Posté le 8 août 2012 par Anne-Sophie Bailly

"Athènes doit couper le cordon ombilical avec l'Europe"

"A un moment donné, chacun doit déménager de chez maman, et les Grecs en sont là", déclare le ministre régional des Finances de l'État de Bavière, Markus Söder.

"A un moment donné, chacun doit déménager de chez maman, et les Grecs en sont là", déclare le ministre régional des Finances de l'État de Bavière, Markus Söder.

par Frédéric Therin, à Munich


Voilà qui ne devrait pas arranger les relations déjà tendues entre l'Allemagne et la Grèce... Dans un entretien au journal "Bild am Sonntag", le ministre régional des Finances de l'État de Bavière, Markus Söder, a demandé aux Hellènes de couper le cordon ombilical avec l'Europe. "À un moment donné chacun doit déménager de chez maman et les Grecs en sont là", a expliqué l'élu qui appartient à l'Union Chrétienne Sociale (CSU), l'alliée traditionnelle des chrétiens-démocrates (CDU) de la chancelière Angela Merkel.

Accusant Athènes de "traîner des pieds dans le but de retarder la mise en oeuvre des réformes", ce père de quatre enfants va même plus loin en implorant "la zone euro (d'envoyer) un signal fort afin de montrer à Athènes qu'elle peut 'sortir les crocs'".

Shoder


Et si Bruxelles refuse de "mordre", Berlin devrait montrer l'exemple en suivant "un vieil adage de l'alpinisme, ajoute Söder. Si quelqu'un dépend de votre cordée et qu'il est sur le point de vous faire tomber dans le vide, vous devez couper la corde. Dans la période où nous sommes actuellement, nous devons couper à temps la corde qui nous relie à la Grèce car l'Allemagne peut être en danger."
Solidaires, mais pas stupides...

Ce conservateur, qui table sur une sortie d'Athènes de la monnaie unique "d'ici la fin de l'année", est un habitué des phrases à l'emporte-pièce. Le mois dernier, il avait déjà affirmé au sujet de la Grèce: "Nous sommes solidaires mais nous ne sommes pas stupides".

Ces déclarations ne seraient que des petites phrases populistes sans grande importance si elles n'étaient prononcées que par un seul et unique politicien en Allemagne.

Mais depuis quelques semaines, les élus de droite principalement sont de plus en plus nombreux à accuser Athènes de tous les maux afin de gagner quelques points dans les sondages. Et de nombreux leaders n'hésitent plus aujourd'hui à souhaiter la réintroduction de la drachme pour renforcer la monnaie unique.
Une sortie grecque n'est plus une horreur

Le scénario d'une "sortie de la Grèce de la zone euro a perdu de son horreur il y a longtemps" déjà, note Philip Rösler, le vice-chancelier fédéral et ministre de l'Economie.

L'autre élu libéral, Patrick Döring, juge, pour sa part, que "si la Grèce ne faisait plus partie de la zone euro, cela pourrait créer de la confiance sur les marchés".

Les idées de ces cadres du FDP sont partagées par de nombreux leaders de la CSU. Le ministre allemand des Transports, Peter Ramsauer, a ainsi expliqué dans une interview à la télévision publique ARD que "naturellement la Grèce peut sortir de l'euro".Cette bataille de "petites phrases" au sein de la coalition gouvernementale n'arrange pas les affaires de la Chancelière dans ses négociations à Bruxelles.

N'arrivant plus à contenir la colère de ses "alliés", la Chancelière ne peut pas non plus se passer de leur soutien si elle souhaite se maintenir au pouvoir. Cette position inconfortable fragilise son image face à ses partenaires européens.

Inquiet, le chef de la diplomatie allemande issu du parti libéral, Guido Westerwelle, a d'ailleurs récemment demandé, dans un entretien à l'hebdomadaire Focus, à "chacun à surveiller le fond et la forme de ses propos".

Markus Söder n'a visiblement pas entendu ce message de bon sens...

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