Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 20 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

A juste titre, la "suédoise" envisage de promouvoir le capital à risque

Sur l’échelle de Richter des bouleversements économiques, les années 2008-14 aura été celle du pire choc sismique en un siècle.

La débâcle de Fortis et la recapitalisation précipitée de plusieurs institutions financières ont rappelé les risques inhérents à l’investissement boursier. La stabilité de la sphère bancaire en a été fort abîmée. Il peut paraître incongru de promouvoir l’investissement en actions après un krach, et l’idée doit certainement faire son chemin.

Mais s’il est un message que la crise financière a formulé, c’est la nécessité de la stabilité des entreprises aux chocs de marché.

Or il existe un moyen de répondre à ces chocs : c’est l’existence de capitaux propres suffisants ou, plus généralement, de capitaux à risque.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les pouvoirs publics ont dû intervenir dans les sauvetages bancaires. Au reste, c’est justement lorsqu’une crise bancaire contracte le crédit que les apports de capitaux propres doivent jouer un rôle de force de rappel. Une entreprise ne peut être menée à bien sur base du seul endettement.

Certains doivent donc prendre des risques : ce sont les actionnaires. Et l’actionnaire n’est pas un spéculateur : c’est d’abord un investisseur qui associe son épargne à un projet risqué. Or, depuis 30 ans, le capital à risque est l’orphelin du financement de l’économie belge. Au niveau macro-économique, les chiffres sont stupéfiants.

Sur une période de 15 ans, moins de 5 % de l’épargne des particuliers s’est orientée vers l’investissement direct en actions. Cette précarisation du capital à risque est telle que les pouvoirs publics doivent eux-mêmes stimuler la capitalisation des entreprises. Au niveau fiscal, la pénalisation du capital à risque est encore plus cinglante.

Malgré le remarquable apport des intérêts notionnels, les dividendes restent fiscalement défavorisés par rapport aux intérêts des dettes. Le précompte mobilier est plus lourd pour les dividendes que pour les intérêts. Une fiscalité d’entreprenariat devrait taxer plus légèrement les actions que les placements sans risque.

Or, au lieu de la stimuler, la fiscalité pénalise la prise de risque. Pourquoi le Royaume a-t-il développé une telle défiance par rapport au capital à risque ? Intuitivement, notre pays aurait dû, comme le Grand-duché de Luxembourg, faire de la fiscalité un outil de compétitivité et d’attractivité économique.

Il y eu, bien sûr, des raisons politiques, très prégnantes dans les années septante mais aujourd’hui anachroniques. L’instabilité juridique et la pusillanimité politique ont aussi certainement contribué à ce climat. L’État n’a pas rassuré les actionnaires.

A l’époque, les politiques de dépenses publiques entraînèrent le pays dans le gouffre des déficits et de l’endettement publics. Les pouvoirs publics n’eurent d’autre choix que de financer les creux budgétaires par un appel massif à l’emprunt.

Le choix obligé fut donc de faire appel à l’épargne nationale, par des émissions d’emprunts à répétition. Le volume de ces derniers fut tel qu’il assécha le marché des capitaux au détriment des investissements productifs, c’est-à-dire du capital à risque.

La bourse de Bruxelles fut d’ailleurs, au début des années quatre-vingt, totalement désertée. Ce phénomène entraîna deux conséquences sérieuses. Tout d’abord, le taux d’intérêt des emprunts d’État belge dut être majoré d’une prime (afin de couvrir les risques de dépréciation du franc belge et le risque de solvabilité inhérent à l’État belge), au détriment global des pouvoirs publics.

Ensuite, le rendement du capital à risque, déjà émoussé par les poussées inflationnistes et une fiscalité lourde, ne fut plus suffisamment attractif en comparaison des placements sans risque. C’est la nécessité d’avantager fiscalement la souscription des emprunts d’État qui conduisit à pénaliser la fiscalité des revenus d’actions. Différentes mesures imaginées par le Sénateur Etienne Cooreman, comme les actions AFV et les souscriptions Monory-De Clercq, habilement mises en œuvre en 1982-3, pallièrent cette situation.

Une bonification fiscale fut allouée aux nouvelles souscriptions d’actions dont la contrepartie devait être affectée à certains investissements productifs. Près de 30 ans plus tard, des relais fiscaux doivent être envisagés. En effet, l’argent public injecté dans certaines bancaires et des plans de relance, ne sera jamais un relais naturel au capital à risque. Le temps est sans doute venu d’imaginer des solutions nouvelles. Nous irriguons le débat avec l’idée suivante : celle d’un système d’épargne-actions, complémentaire à l’épargne-pension.

L’objectif serait d’investir à long terme dans des augmentations de capital, c’est-à-dire des nouveaux apports de capitaux à risque. Ces investissements se seraient effectués au travers de fonds, gérés par des banques et des compagnies d’assurances. Le système se rapprocherait des déductions Monory-De Clercq qui, à l’époque, étaient limitées à 1.000 euro par personne.

La déductibilité fiscale conduirait à une réduction d’impôt de l’ordre de 40 % sur les sommes investies. Il s’agirait donc de promouvoir des apports de capitaux frais à des sociétés, avec les avantages de la diversification, de la liquidité assurée par la cotation des fonds et de la déductibilité fiscale. Les fonds devraient être conservés pendant un nombre minimal d’années (5 à 10 ans) afin d’éviter la réalisation de gains à court terme.

Les négociateurs de la "suédoise" envisagent, quant à eux, de faire bénéficier les actions de la même exemption que celle dont bénéficient les carnets de dépôts. Cette exonération portera-t-elle sur les dividendes ou l'investissement ? Ce n'est pas clair, mais c'est une orientation porteuse.

Le système n’aurait rien de révolutionnaire. Il existe, en France, sous le vocable « Plan d'épargne en actions » ou PEA. Il serait utile de s’en inspirer. En résumé, il est utile de tirer des leçons des traumatismes financiers de l’année 2008 et d’étançonner l’actionnariat. Sous cet éclairage, la mise sur place d’un système d’épargne-actions serait salvatrice. Ce système serait bien moins lourd pour les finances publiques qu’une injection directe d’argent dans l’économie.

Posté le 18 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Selon le FT, la BCE a tout faux !

Dans un éditorial d'une virulence inhabituelle, l'éditorialiste du Financial Times, Wolfgang Münchau s'en prend à la politique de la BCE.

Selon cet économiste, notre Banque Centrale dérive vers une situation de déflation qu'elle ne sera plus capable de rattraper. La BCE aurait dû, depuis longtemps, procéder à des rachats d'actifs pour apporter de la liquidité dans le système financier, à l'instar de ce que les Etats-Unis font.

On se souvient, à cet égard, de la calamiteuse décision de la BCE d'augmenter, à deux reprises, au printemps 2011, le taux d'intérêt directeur au motif que la BCE voyait de l'inflation.

Dans le sillage de cette décision, la BCE est chaque fois étonnée de la chute du taux d'inflation, qui frôle des planchers rarement atteint. Ce manque d'inflation est un reflet du contexte récessionnaire et déflationniste.

Mais l'économiste ne s'arrête pas à ce constat : il est trop tard, selon lui, pour racheter des dettes souveraines, car leur taux d'intérêt converge vers zéro.

Ce qu'il faut faire, c'est que la BCE finance d'immenses projets d'infrastructure, en mettant son bilan au service d'une politique keynésienne.

Mais Wolfgang Münchau est certain qu'elle ne le fera pas et que le véritable risque est une désintégration de l'euro.

Je partage ce constat, sauf que plutôt qu'un sabordage de l'euro, c'est à un immense rééchelonnement de dettes publiques que nous assisterons dans les pays faibles.

Posté le 17 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le piège de la déflation

J'ai publié cet article il y a quelques jours dans Le Monde

Le piège économique se referme inexorablement dans la zone euro.

Le scénario de la déflation japonaise était dénoncé comme le pire danger économique. Et pourtant, par manque de vision et par obstinations politiques, la zone euro s'engage dans cette voie mortifère. Une déflation est plus grave qu'une inflation.

En effet, une inflation peut être combattue par une augmentation autoritaire des taux d'intérêt et des contrôles des prix, au prix d'un tassement économique.

Par contre, une déflation est une résignation parce que la politique monétaire classique devient inopérante.

Elle entraîne le chômage, un marasme économique et une augmentation du taux d'intérêt réel (c'est-à-dite après déduction de l'inflation) des emprunts (publics et privés) qui contrarie les investissements. Une déflation s'accompagne d'ailleurs souvent d'un piège de la liquidité, qui est une situation caractérisée par l'accumulation d'épargnes de précaution malgré des taux d'intérêt très bas.

Cette déflation est liée à deux erreurs de politique économique.

La première erreur relève d'une grave myopie politique.

Dès la crise de 2008, il était évident qu'un terrible choc allait affecter l'économie réelle. Ce choc de 2008 activa les stabilisateurs économiques des Etats qui durent, de surcroît, recapitaliser ou nationaliser les banques. La croissance de leur endettement était donc inéluctable, d'autant que le choc de vieillissement de la population commença à embraser les dépenses de retraites. Face à la croissance naturelle de l'endettement public, les autorités européennes décidèrent pourtant d'imposer de violentes politiques d'austérité.

C'était évidemment une erreur totale, comme si la théorie keynésienne avait été lue avec dyslexie.

Dans les années trente, Keynes exhorta les pays en déflation des années Trente à ne pas aggraver cette dernière par des politiques de rigueur. Il ne fut pas écouté alors que toutes les politiques déflationnistes échouèrent (Laval en France, Hoover aux Etats-Unis, Brüning en Allemagne, etc.) jusqu'à en devenir des ferments de violence militaire.

On le constate d'ailleurs aujourd'hui, les pays qui ont subi les pires politiques d'austérité sont les mêmes que ceux dont l'inflation est devenue négative.

La contraction budgétaire est aujourd'hui scellée dans un pacte européen qui va inévitablement catalyser la contorsion économique.

Ce pacte exige de diminuer l'excédent d'endettement public de 5 % par an afin d'atteindre un rapport de la dette publique sur le PIB de 60 %. Cette règle se conjugue désormais à ce qu'on appelle la "règle d'or" qui exige de ne pas dépasser un déficit "structurel", c'est-à-dire compte non tenu des aléas conjoncturels, égal à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB). Faute de pouvoir réaliser une dévaluation monétaire 'externe', l'Europe a imposé une dévaluation 'interne', c'est-à-dire une contraction budgétaire et des modérations salariales, traduites sous l'exigence de programmes d'austérité, désormais consacrés par le pacte budgétaire.

L'autre cause de la déflation est l'euro dont les erreurs de conception apparaissaient désormais avec effarement. C'est ainsi que la logique des pays du Nord, qui était fondée sur une désinflation compétitive se transforme en déflation récessionnaire. L'euro est devenu une monnaie génétiquement déflationniste.

C'est le piège japonais d'une monnaie forte assortie d'un manque d'inflation et d'une croissance. L'Europe du Nord impose sa souveraineté monétaire à la zone euro alors que l'assouplissement monétaire est poursuivi par les Etats-Unis, l’Angleterre et le Japon.

Sans inflation, nous sortions de cette crise d’endettement public " par le bas et par l'intérieur", c'est-à-dire par des effacements de dettes publiques dans les pays du Sud de l'Europe.

De plus, un autre risque se précise : c'est la hausse des taux d'intérêt.

Les banques centrales ont toutes affirmé qu'elles garderaient les taux d'intérêt à un niveau plancher mais cela ne vaut que pour les taux à court terme. Les taux à long terme sont, quant à eux, déterminés par les marchés.

Et il faut s'y préparer : ces taux à long terme vont augmenter pour plusieurs raisons : aboutissement progressif de l'assouplissement monétaire aux Etats-Unis, chute des devises émergentes, poussées d'inflation, etc. Une telle hausse sera catastrophique pour une Europe, engluée dans la déflation et la récession.

Que devrions-nous faire ? Il faudrait créer un choc d'inflation, c'est-à-dire déprécier fortement l'euro par un immense assouplissement quantitatif, c'est-à-dire un refinancement massif (correspondant à une création monétaire) des dettes publiques des pays fragilisés.

Mais cela ne suffira pas : il faudra réaliser que le retour à l'équilibre budgétaire n'est pas la solution alors que l'économie se contracte.

Mieux vaut en effet, de grands projets d'infrastructure destinés à moderniser l'Europe au-delà des Etats-nations. L'Europe n'y est pas préparée.  Elle se prépare à une décennie aride. La monnaie et l'ordre social ne sortiraient pas indemnes d'une déflation.

Ce serait la dernière défaite de l'euro.

Posté le 16 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Derrière l'Euro, une crise de régime européen ?

L'économie est, avant toute chose, un fait socio-politique.

Il n'existe pas de tutelle monétaire ou budgétaire qui puisse être dissociée de la formulation des régimes politiques qui leur sont contemporains.

C'est ainsi qu'une crise de gouvernance politique se situe peut-être dans l'angle mort de la crise économique de la zone euro.

Pourquoi cette intuition ?

Parce que l'Europe s'étouffe sous des nœuds coulants et que cette situation de résignation ne résiste pas aux chocs de conscience.

Qu'on en juge : la zone euro est défunte de croissance et les perspectives économiques sont désespérantes. Le scénario japonais se précise, puisque les autorités monétaires ont refusé d'agir de manière suffisamment proactive, et les dettes publiques s'élèvent inexorablement tandis que les objectifs de retour à l'équilibre budgétaire demeurent de douces utopies.

Face à cette situation funeste, de nombreux censeurs exigent des mesures structurelles et autres chocs de compétitivité et de flexibilisation de l'économie.

Mais que croient ces moralisateurs ?

L'économie est un reflet de forces puissantes et lentes, dont l'aboutissement n'est pas un concept absolu, mais plutôt un optimum collectif ?

Qui peut être assez naïf pour imaginer que des postulats politiques seront adaptés à une des pires crises économiques que l'Europe traverse, sachant que cette crise met en joue la monnaie elle-même ?

Comment évoquer la flexibilité alors que l'Europe est en souffrance parce que justement, on l'a placée dans une situation d'inflexibilité, qui s'apparente pour certains à une lente asphyxie.

Qu'est ce qui manque de flexibilité ?

La monnaie, d'abord, qui regroupe des économies divergentes et impose une politique monétaire homogène, inflexible et indifférenciée à des économies fondamentalement différentes ?

Et puis aussi le Pate de Stabilité qui impose l'inflexibilité budgétaire à contretemps de la récession et donc de toute logique ?

Au reste, pourquoi la solution de l'adaptation du travail à l'économie serait-elle meilleure que la revendication d'une politique monétaire – c'est-à-dire du capital- plus souple ?

Comment en sommes–nous arrivés à ne plus nous étonner que le Président d'une Banque Centrale – en l'occurrence l'Allemagne – donne des leçons budgétaire aux gouvernements d'autres pays, oubliant par ce fait l'expression politique qui fonde les Etats.

Je crois que la gouvernance européenne et la politique monétaire, elle-même assises sur des fondations démocratiques critiquables, ne résisteront pas à l'état de viscosité économique et d'impavidité politique.

Sans céder à l'inquiétude, je crois que la Commission Européenne a intérêt à bien réfléchir à ses orientations socio-politiques car une crise de gouvernance – ou, à tout le moins, un fait social inattendu- n'est pas exclue.

Posté le 15 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Tourner la page des deux Commissions Barroso

Après des élections européennes désastreuses par leur taux d'abstention et la révélation d'un anti-européanisme grandissant, la tombée de plusieurs économies en récession et l'incapacité structurelle de nombreux pays à réduire leurs déficits budgétaires et dettes publiques, il serait temps de se poser les bonnes questions en termes de politique économique européenne.

L'invariant du problème est bien sûr l'euro, dont le caractère artificiel et contraignant révèle les mêmes vices de fabrication que tous les ancrages monétaires d'économies divergentes (Union Monétaire Latine de la fin du dix-neuvième siècle, Bloc-or des années Trente et Étalon-or de Bretton Woods, finalement sabordé par les Etats-Unis en 1971).

Ce qui aggrave la coercition monétaire, c'est que la récession et tendance déflationniste sont alimentées par les politiques de rigueurs qui sont désormais devenues contraignantes au travers du Pacte de Stabilité Budgétaire, alors qu'une élémentaire intuition d'économiste d'arrière-plan conduit au constat qu'il sera impossible à respecter dans une économie sans croissance.

Il faudrait donc suspendre les exigences de réductions des déficits budgétaires et imposer à la BCE un refinancement des dettes publiques.

Il s'agirait de monétiser les dettes publiques afin de s'extraire de la déflation.

Il reste à espérer que la Commission Juncker ne commette pas les mêmes erreurs de jugements que les deux Commissions Barroso dont le bilan s'avère, jour après jour, calamiteux, malgré les sentencieuses affirmations et leçons de morale politique du principal intéressé…. dont le pays dont il fut le Premier Ministre, c'est-à-dire le Portugal, est en récession ET en déflation

Posté le 13 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le risque du risque...

Récemment, un de mes amis à qui je partageais mon inquiétude des taux d'intérêt bas et de leur niveau anormal sur une base historique m'a répondu, avec perspicacité et sagesse : le risque n'est pas là, car tout le monde en est conscient.

La véritable question est de savoir où se situe le risque socio-économique auquel personne ne pense actuellement.

Il s'agit du "risque du risque" ou, pour utiliser la terminologie anglo-saxonne, de l'unknown unknown (l'inconnu de l'inconnu).

Comme ce risque n'est pas intégré dans la pensée contemporaine, il faut faire preuve de pensée latérale.

On peut imaginer des fractures monétaires (elles sont légions dans l'histoire), la concrétisation de risques écologiques ou médicaux, c'est-à-dire tous les malheurs de la terre.

Mon intuition (sans doute bornée) me porte plutôt à penser au risque social, c'est-à-dire à l'expression du refus d'une formulation économique européenne.

Là aussi, on trouvera de doctes penseurs qui s'accommoderont du fait que la jeunesse soit sacrifiée au profit de la préservation de la stabilité du capital, de la monnaie et des engagements sociaux.

Pourtant – sauf à pénétrer dans un monde anglo-saxon qui reste éloigné de la nature du contrat social européen -, je crois que c'est là que se situera le questionnement de la crise. L'intégration de la jeunesse est d'ailleurs ce à quoi les américains se sont immédiatement attaqués au milieu du ressac économique.

Plus précisément, l'interrogation sera la suivante : comment voulons-nous assurer un partage harmonieux de la prospérité et de l'espoir ? Comment voulons-nous intégrer les classes sociales et d'âges dans les prochaines décennies ? Quelle est la nature du contrat social et fiscal.

C'est à ces questions que notre prochain gouvernement doit réfléchir.

Rapidement.

Posté le 12 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Vers une longue stag-déflation…

Tous les organismes officiels de prévisions économiques s'accordent pour dire que le taux de croissance de la zone euro sera extrêmement faible au cours des prochaines années.

Il oscillera autour d'un pourcent, avec une fracture entre le Nord et le Sud de l'Europe.

En même temps, le taux d'inflation projeté par les marchés financiers a dégringolé jusqu'à atteindre 0,5 % dans les prochaines années.

Les jalons de l'économie sont plantés : ce sera un mélange de récession et de déflation, ou pour parler pudiquement, de désinflation.

Les lecteurs de ce blog l'ont souvent lu.

Depuis cinq ans, l'intuition d'une nécessité d'inflation ne m'a pas quittée.

J'avais imaginé un scénario de stagflation, c'est-à-dire une chimie de contraction et d'inflation. Au travers de plans d'austérité et d'une politique monétaire parcimonieuse, nos dirigeants ont pris une autre orientation.

Ce ne sera donc pas la stagflation, mais la stagdéflation.

C'est pire.

Ce contexte économique rend une résorption du chômage et une stimulation de l'activité impossible.

En bonne théorie économique (qu'elle soit keynésienne ou Friedmanienne), il faut que l'Etat se substitue aux agents économiques privés pour alimenter la croissance économique.

Bien sûr, il ne s'agit pas de mettre en œuvre une politique de simples transferts sociaux, mais plutôt de travaux publics, qui relèvent désormais de l'économie digitale.

Malheureusement, la contraction budgétaire est aujourd'hui scellée dans un pacte européen qui va inévitablement catalyser la contorsion économique.

Ce pacte exige de diminuer l'excédent d'endettement public de 5 % par an afin d'atteindre un rapport de la dette publique sur le PIB de 60 %. Le pourcentage de 60 % n'est pas neuf puisqu'il fondait un des critères d'accession à la zone euro en 1999. Cette règle se conjugue désormais à ce qu'on appelle la "règle d'or" qui exige de ne pas dépasser un déficit "structurel", c'est-à-dire compte non tenu des aléas conjoncturels, égal à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB).

Faute de pouvoir réaliser une dévaluation monétaire 'externe', l'Europe a imposé une dévaluation 'interne', c'est-à-dire une contraction budgétaire et des modérations salariales, traduites sous l'exigence de programmes d'austérité, désormais consacrés par le pacte budgétaire.

Que devrions-nous faire ? Aucune solution n'est idéale. Pourtant, il faudrait créer un choc d'inflation, c'est-à-dire un refinancement massif (correspondant à une création monétaire) des dettes publiques des pays fragilisés.

En d'autres termes, il faudrait s'inspirer de la politique monétaire japonaise contemporaine, puisque nous tombons dans un scénario nippon.

Mais cela ne suffira pas : il faudra réaliser que le retour à l'équilibre budgétaire n'est pas la solution alors que l'économie se contracte. Mieux vaut en effet, de grands projets d'infrastructure destinés à moderniser l'Europe au-delà des Etats-nations.

L'Europe n'y est pas préparée.

Posté le 11 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Reculer l'âge de la pension ? Vraiment ?

Sans actions décisives, le financement des pensions va faire chavirer les finances du pays.

Pour certains, la banalisation du problème en a dilué la gravité.

Mais c'est bien le contraire qui s'impose à nous. Par la mécanique de l'allongement de l'espérance de vie et la chute de croissance associée à la crise de 2008, chaque jour rend inéluctablement la problématique des pensions plus alarmante.

En fait, tout se passe comme si la crise de 2008 nous avait projetés dans le futur au travers d'un bond de génération : un problème de 2038 devient une crise de 2018.

Il n'existe pas de solution unique pour résoudre un problème qui se superpose sur toutes les classes d'âges, qu'elles soient cotisantes ou bénéficiaires de pensions, puisque nous fondons les pensions sur un système de répartition et non de capitalisation.

Différentes pistes ont été évoquées : pensions à "points" par année d'activité, augmentation du taux d'activité des personnes plus âgées, etc.

Mon intuition est que le système atterrira vers une allocation universelle, partiellement dissociée des montants et périodes de cotisations.

En attendant, de nombreux responsables politiques évoquent un déplacement progressif de l'âge de la pension vers 70 ans.

Mais est-ce sérieux ?

Évidemment non.

Ce type de mesure aurait pour unique conséquence de diminuer le montant des pensions de personnes qui ne pourraient pas travailler jusqu'à cet âge.

Car, soyons lucide : repousser l'âge de la pension n'a aucun effet mobilisateur…s'il n'y a pas de travail.

Et c'est là le problème. Il est presque impossible de retrouver un travail après 55 ans, sauf à des conditions déclassées.

Et puis, comment exiger d'une personne qui aurait aujourd'hui 65 ans, c'est-à-dire qui a fait ses humanités dans les années soixante de conserver la flexibilité qu'impose une économie de la connaissance digitale. Le rythme de changement de l'économie nous dépasse d'ailleurs tous.

C'est sans doute à ce niveau que se situe l'imposture de l'idée simpliste d'un report de l'âge de la pension.

Posté le 10 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le cycle long de l'économie

Le véritable rôle de l'économiste est….probablement de ne pas se limiter à décrypter l'économie, science auto-proclamée dont les fondements ressortissent à l'anthropologie, l'histoire, la géographie, la sociologie, etc. ..bref, à un ensemble de disciplines dont les titulaires ne s'expriment pas çà coup de tribunes et opinions dans la presse populaire.

Il ne faut pas l'oublier : l'économie s'inscrit dans des cycles longs relevant des courants profonds de l'histoire humaine.

Les causes des bouleversements relèvent d'ailleurs souvent de phénomènes progressifs qui échappent à l'attention des contemporains.

Quels sont les facteurs dont le flux quotidien nous enlève l'angle large de la vision ?

Il s'agit sans doute du déplacement latéral des foyers de croissance vers l'Est et l'Ouest, qui sont des zones plus dynamiques et surtout plus jeunes.

Un moment stimulée par la reconstruction d'après-guerre, elle-même financée par le plan Marshall, et les dernières années de la colonisation, l'Europe est devenu un continent âgé, qui s'écroule sous ses propres engagements sociaux d'Etat-providence.

C'est même pire, l'Europe a emprunté la prospérité des futures générations pour assouvir le bien-être de ses citoyens vieillissants, raison pour laquelle les engagements de pensions finiront évidemment par être impayables.

Ce que nous n'avons pas compris, c'est qu'il fallait libérer la jeunesse de nos dettes, et non pas l'y asservir.

Posté le 9 août 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Banque Centrale Européenne : le coup d'Etat permanent ?

Chaque mois, les communiqués et conférences de presse de la Banque Centrale Européenne, et plus spécifiquement de son Président, me laissent de plus en plus perplexe.

Et je pose une question : ne sommes-nous pas en train d'assister à l'émergence d'une forme de pouvoir inconnue, très éloignée de la tradition démocratique qui préside à la fondation de l'Europe.

La BCE dispose d'un pouvoir supranational, qui relève des privilèges qu'on qualifiait de régaliens à l'époque des monarchies gouvernantes, à savoir celui de battre monnaie.

Mais ce n'est pas tout.

Ce droit régalien est personnalisé dans les intuitions de son Président.

C'est ainsi que Jean-Claude Trichet ressentait une poussée d'inflation (en pleine crise souveraine et au milieu du plus profond choc économique depuis les années Trente) et augmenta les taux d'intérêt au niveau profond de la crise grecque tandis que Mario Draghi ne ressent pas de déflation alors que le niveau d'inflation chute comme une pierre dans l'eau, que la croissance de la zone euro oscille autour de moins d'un pourcent, que les taux d'intérêt allemands sont au plus bas depuis 1815, que des pays retombent en récession (Italie) et que les variations de prix à la consommations sont négatifs dans certaines zones (Espagne).

Cela en devient même étrange : la BCE voit un retour de l'inflation alors que les marchés financiers formulent une inflation de l'ordre de 0,5 % dans les prochaines années.

Mais ce n'est pas fini : la BCE est désormais entrée de l'appréciation des orientations politiques.

C'est ainsi que les demandes légitimes de la France de repousser les années-butoir de retour à l'équilibre budgétaire sont réfutées, alors qu'elles émanent d'un pouvoir démocratique.

Bien sûr, cette sentencieuse attitude de la BCE est le reflet de son indépendance. Cette dernière conduit à dissocier la BCE des arbitrages politiques.

Mais comment imaginer un seul instant que l'objectif d'inflation, qui constitue le mandat central, a encore la pertinence qu'on croyait pouvoir lui donner lors de la formation de l'euro ?

Au reste, historiquement, les banques centrales n’ont d'ailleurs pas été indépendantes, mais subordonnées aux banques commerciales ou aux pouvoirs politiques.

Il faudrait considérer une plus grande subordination politique des autorités monétaires, tant que les Etats européens n’arrivent pas à faire aboutir une union fiscale et budgétaire.

En effet, il n'est plus possible de distinguer la politique monétaire de la politique budgétaire, et donc de l'endettement public des Etats.

Et puis, comment est-il possible de continuer à conduire une seule politique monétaire homogène alors que les situations budgétaires des Etats sont tellement différentes ?

En bonne logique démocratique, il faudrait reconsidérer l'indépendance politique de la Banque Centrale Européenne. Je crois que l'ordre social et monétaire est à ce prix.

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