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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 30 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Qu'on nous rappelle Herman Van Rompuy ! Et vite !

Depuis quelques jours, je ressens un immense et profond malaise. Cet étrange balai diplomatique dans le monde irréel des salles de réunions monétaires me laisse inquiet. Fiévreux de la dramaturgie, probablement factice, des évènements. Sceptique du sérieux des hommes censés nous représenter.

A quoi ressemble cet immense jeu de rôle entre des créanciers aveugles et des débiteurs aux effets de manche ?

Comment l'actualité peut-elle être crédule d'un référendum sur une question incompréhensible dans un pays ruiné ?

Comment comprendre les propos irréfléchis et émotifs d'un Président de la commission qui confirme désormais sa totale incapacité à apporter calme et discernement.

Comment regarder sans ciller des diplomates s'étriper sur des questions symboliques alors qu'un peuple est au bord de son effondrement bancaire.

Un seul homme aurait été capable de gérer cette crise grecque avec subtilité, jésuitisme, élégance, finesse et l'ambiguïté constructive qui caractérise les hommes politiques qui ont pris toute la distance d'une vie.

Qu'on nous rappelle Herman Van Rompuy.

Et vite !

Posté le 30 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Quand deux expressions de l'Etat s'entrechoquent

Ce qui se passe en Grèce suscite de nombreuses réflexions. Je ne parle pas des expressions diplomatiques et autres figures de styles qui ressortissent à l'accessoire de l'histoire. Je veux plutôt parler de l'antagonisme entre deux expressions démocratiques, ou plutôt entre deux adhésions collectives de nature étatico-sociale : l'Etat et la monnaie.

La démocratie, le pouvoir du peuple, conduit à donner à l'Etat les clés de sa configuration.

Mais la monnaie, qui est aussi une expression de l'Etat dans un symbole supérieur, représente aussi une adhésion collective.

La Grèce est donc confrontée à un dilemme qu'on pourrait qualifier de cornélien au travers de ce référendum. Ce dernier porte à la fois sur l'expression démocratique populaire et sur la monnaie, sachant qu'il y a un antagonisme entre la représentation politique grecque actuelle et les conditions qui sont attachées à l'expression monétaire. En votant oui à l'euro, les grecs votent contre leur gouvernement et inversement. Cette situation inédite est liée au fait que la monnaie est désormais supranationale... c'est-à-dire le reflet d'autres démocraties.

Posté le 29 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'été monétaire meutrier : Dix leçons d'un week-end catastrophique

Les premiers jours de l'été 2015 auront représenté l'automne d'une certaine union monétaire, fondée en 1999 et traversée, depuis six ans, par des chocs systémiques importants. Nul ne sait quel sera l'avenir de la Grèce dans cet agencement monétaire, mais la zone euro a perdu sa virginité, c'est-à-dire le postulat de son intangibilité. La monnaie est désormais à risque. Or, la monnaie est l'adhésion étatique la plus aboutie, puisque fondée sur la confiance collective.

Quelles leçons peut-on tirer des dernières heures ?

  1. L'euro est une monnaie politique qui n'a jamais correspondu à une zone monétaire optimale. L'éloignement géographique de ses Etats constituants empêche une homogénéité et un rééquilibrage des différentes économies. Nous avons cru, un peu naïvement, que la monnaie commune recouvrerait mécaniquement des siècles de différences entre les peuples.
  2. La zone euro ne s'est pas dotée d'institutions politiques, budgétaires et fiscales solides, et encore moins de mécanismes de résolutions de crises majeures. La monnaie est devenue commune mais les finances publiques sont confédérales. Sachant que la monnaie garantit les dettes publiques et inversement, il eut fallu mettre en œuvre une mutualisation des dettes publiques et un marché des capitaux homogène.
  3. Par son référendum, la Grèce reconnait que le choix monétaire relève des attributs populaires et  non d'une représentation particratique. La Grèce souligne l'antagonisme entre un choix démocratique domestique et une tutelle monétaire supranationale. Ces deux formulations sont légales, mais leur opposition est légitime.
  4. La BCE a perdu deux ans avant de reconnaitre le contexte déflationniste qui l'a finalement conduit à devoir procéder à une gigantesque création monétaire. Ce déni de déflation a retardé le redémarrage économique de la zone euro.
  5. Par  contre, la BCE s'est imposée comme le véritable pilote du système monétaire puisque son assistance aux banques grecques permettra probablement l'évitement d'une implosion du système financier local.
  6. Les plans de rigueur et d'austérité, mis en œuvre par la Commission Européenne et traduit dans le Pacte de Stabilité et de Croissance, ont probablement été contre-productifs et ont conduit à accentuer la chute des économies les plus faibles de la zone euro.
  7. La dette grecque, comme d'autres dettes publiques, est incompatible avec  la richesse nationale et l'épargne domestique. Il eut donc fallu procéder à son rééchelonnement perpétuel  plus tôt, sachant que cette dette est, dans les faits, incompatible avec ses échéances de remboursement.
  8. Les négociations avec la Grèce ont conduit à amalgamer des mesures monétaires, bancaires et un programme d'austérité. Il eut été préférable de découpler les mesures budgétaires d'un problème structurel d'endettement.
  9. Malgré son orientation de gauche, le gouvernement grec n'a pas procédé aux amorces de réformes indispensables dans le domaine fiscal. Il a préféré fonder sa légitimité sur une opposition avec l'Europe.
  10. Finalement, la derrière leçon porte sur l'adéquation entre une symbolique monétaire et l'économie réelle, sur le respect des différences entres les cycles économiques et les typologies des États de la zone euro, sur l'opportunité de se limiter à une politique monétaire homogène, fondée sur un seul objectif d'inflation à 2 %, sans tenir compte des variations propres à chaque pays et de leur niveau d'activité, sur la nécessité de déployer des projets d'envergure européenne suivant une logique keynésienne.

 

La question porte sur la nécessité de dépasser une gouvernance européenne reflétant la juxtaposition d'Etats-nations hérités du 19ème siècle.

L'euro doit rester un projet d'expansion et de croissance, pas une logique de refoulement de ses membres les plus faibles.

Posté le 27 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Samedi 27 juin 2015: le début de la fin de l'euro ?

Cinq ans après le début de la crise grecque et une multitude d'erreurs en cascade, une lente dérive se transforme en naufrage complet.

Un gouvernement a indirectement décidé de soumettre l'euro au référendum. Mais il n'agit plus d'adhésion, mais de maintien dans la zone monétaire. Bien sûr, le referendum porte formellement sur les mesures proposées par les créanciers de la Grèce, mais derrière ces questions techniques, c'est l'adhésion monétaire qui est concernée.

Le gouvernement athénien de Syriza ne s'est jamais senti obligé par les orientations de prédécesseur, mettant en joue le postulat de Jean-Claude Junker que la démocratie nationale est subordonnée aux traités européens.

Le peuple grec votera probablement contre les mesures d'austérités imposées en contrepartie de l'aide financière accordée à ce pays, puisque le gouvernement qualifie lui-même celles-ci d'ultimatum.

Le rejet des mesures européennes conduira immanquablement à un défaut souverain, dont les modalités restent imprécises. Un Grexit serait donc, contre toute attente, envisagé.

Et, comme je l'écrivais dans ce blog, tout se terminera avec un régime autoritaire. En Grèce, les colonels sont toujours dans l'angle mort de l'histoire

Mais derrière tout cela, il y a autre chose de beaucoup plus profond. Syriza est porteur d'une idéologie "révolutionnaire" qui va se renforcer par un plébiscite. La question qui est engagée, c'est  elle de la cohérence d'une monnaie qui s'est imposée aux forces sociales, plutôt qu'elle n'en a découlé.

L'histoire monétaire européennne ne recense aucune union monétaire qui n'a démontré autre chose que son caractère éphémère. La crise de l’euro a d'ailleurs révélé une hétérogénéité croissante entre les pays qui ont adopté la monnaie unique. Auparavant, un pays en décrochage pouvait dévaluer sa monnaie et stimuler ses exportations au prix d’une inflation importée. La dévaluation permettait de juxtaposer la monnaie à la faiblesse d'une économie. Mais aujourd’hui, l’outil de la dévaluation n’est plus accessible : seule la dévaluation interne est possible, c’est-à-dire une baisse du pouvoir d'achat destinée à augmenter la compétitivité extérieure. Cette politique de rigueur et d'austérité, dont on reconnaît aujourd'hui l'inadéquation et l'effet destructeur, ont fait basculer les économies du Sud européen dans la récession en moins de deux ans, alors qu'une dévaluation aurait pu leur épargner. Ces politiques d'alignements budgétaires ont conduit à un accroissement du chômage et à des inégalités qui peuvent se traduire dans des glissements sociaux, dont les soubresauts sont la parfaite illustration.

Henri de Montherlant parlait du bouleversement des mains hasardeuses du temps...

 

 

 

 

Posté le 27 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Quand la bonne monnaie doit être thésaurisée

La crise grecque est un chapelet de réunions de la dernière chance et autres paroxysmes qui relèvent d'une chimie diplomatique inaccessible au commun des mortels. Cette crise dure depuis cinq ans. Elle a subi de nombreuses mutations virales qui ont conduit les Etats à délester leurs banques privées des obligations d'Etat grecques, avec l'aide du FMI et de la BCE. Il ne s'agit donc plus d'un problème bancaire, mais étatique, ou plutôt supra-étatique, en ce qu'il oppose un Etat avec les institutions chargés de sa supervision monétaire. Un Etat est donc en conflit avec ses autorités de tutelle bancaire.

Cette situation singulière reflète la perte de souveraineté associée à l'adhésion à la zone euro. Cette perte de souveraineté n'est pas uniquement monétaire : elle est socio-économique, puisque certaines orientations démocratiques nationales peuvent ne pas être assimilables à l'ordre monétaire de l'euro.

Le pire sera bien sûr évité et les banques grecques devraient ouvrir lundi.

Mais si, un jour, elles devaient être fermées pour éviter une ruée sur les dépôts, cette situation apocalyptique, qui ferait écho à la confiscation des dépôts bancaires chypriotes, porterait en elle sa propre contradiction : des citoyens seraient empêchés de retirer des euros dont l'existence est à la base de leur retrait. La discipline associée à l'euro entraînerait l'empêchement de sa propre thésaurisation, sous forme fiduciaire. La loi de Gresham postule que la mauvaise monnaie chasse la bonne. Cela signifie qu'on thésaurise la monnaie stable et qu'on confine la monnaie instable ou fragile aux transactions. Une fermeture des banques confirmerait cet adage, puisque la bonne monnaie (l'euro) sera thésaurisée de manière autoritaire par la fermeture des banques.

Posté le 26 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Mon dernier livre en téléchargement gratuit

Mon dernier livre "De gigantesques soustractions socio-économiques" est en téléchargement gratuit sur le site de l'Echo. Lien : https://t.co/GFgoZOmTXk

En voici le quatrième de couverture :

De profonds chocs socio-politiques sont proches parce que nous n'arriverons plus à assurer la cohésion sociale. En effet, la croissance économique est une échappée dans le futur. Son absence devient une prison puisqu'il n'est pas possible de se projeter dans un avenir économique meilleur.

Quels sont les murs de cette geôle ? Il s'agit de la gigantesque soustraction des dettes que nous avons contractées et qui doivent être défalquées de notre futur, comme un monde qui se renverserait. Il s'agit, bien sûr, de la dette publique, mais aussi des autres dettes sociales, comme l'accentuation des inégalités, et des dettes sociétales dont les latences environnementales et climatologiques. Les pensions relèvent de cette problématique : un nombre réduit de travailleurs actifs n'arrivera pas à assurer l'augmentation de l'espérance de vie, dont il faut pourtant se réjouir. L'endettement des Etats, aggravé par la déflation, va les priver des moyens d'assurer la cohésion civile.  

Cette déduction du futur, qui ne peut plus s'opérer sur la croissance, pourrait conduire à l'exclusion et à la prédation, d'autant que la pénétration dans l'économie digitale va temporairement pulvériser des pans entiers de l'économie marchande. Les démocraties sont mises à l'épreuve dans le sillage des chocs économiques. Insidieusement, d'autres configurations  politiques, plus autoritaires, risquent d'émerger.

Karl Marx a écrit que l'histoire a plus d'imagination que les hommes. Nous longeons les abîmes de grands chocs socio-économiques. Les configurations sociales deviennent extrêmement vulnérables.

Cet opuscule reprend les textes de l'auteur publiés entre l'automne 2014 et le printemps 2015. Les perspectives abordées relèvent de la politique monétaire et de la gouvernance de la Banque centrale Européenne, de l'euro, de la crise grecque et de la déflation, trop longtemps niée. De nombreux textes sont consacrés aux configurations sociétales et aux ordonnancements sociaux qui sont mis à mal par la crise.

 

Posté le 25 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

La dette publique, c'est comme le temps : en expansion.

S'il existe une fantaisie, en économie, c'est de parler du remboursement de la dette publique. Même quand elle baisse en termes relatifs, elle augmente. Le cas belge est, à cet égard, révélateur : en 1993, la dette publique atteignait près de 138 % du PIB. Aujourd'hui, le pourcentage est tombé à 107 %. Mais la dette exprimée en euros a presque doublé depuis 1993, passant de 224 à 432 milliards d'euros.

Une dette publique ne se rembourse donc jamais. Au mieux, elle se stabilise en termes relatifs, c'est-à-dire en pourcentage du PIB qui correspond à la richesse crée annuellement dans un pays. Par contre, une dette se refinance, au rythme des échéances des obligations émises. Pour assurer ce refinancement, un pays doit assurer une crédibilité suffisante et s'acquitter d'un taux d'intérêt correspondant au risque du pays.

L'infini est donc dans l'infini. Le reste n'est qu'expressions de sentiments moraux ou d'images populistes, bref des distractions à l'aune de l'Histoire.

Ne l'oublions jamais : la monnaie et la dette publique ne sont que des fictions et des symboles auxquels nous accordons naïvement une quelconque valeur puisque cette dernière dépend de la conviction collective. Et nous sommes assez crédules pour avoir inventé le taux d'intérêt, qui est le prix du temps et de la dette, alors que le temps nous est compté et, de surcroît, selon les physiciens, en expansion. La dette publique, c'est comme l'éternité : c'est long, surtout vers la fin.

Posté le 23 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

A Athènes, tout va exploser (?)

Ceux qui, naïvement, croient que les effets de manche diplomatiques et autres figures de style règlent la question grecque se trompent lourdement.

Rien n'est réglé, rien ne sera réglé.

Ce qui est en cause, c'est l'inadéquation d'un phénomène monétaire qui regroupe des polarités contraires, et qui tente de s'imposer malgré les différences entre les peuples.

Au reste, l'aboutissement est connu : les forces sociales l'emporteront sur la symbolique monétaire, sauf si nous choisissons une véritable solidarité financière européenne.

Cet exercice socratique exigera de reconnaitre l'état de nos économies, toutes surendettées par les contrats qu'elles se sont signés entre elles, en matière de solidarité (pension, etc.).

La crise grecque n'est qu'un symptôme, dont l'histoire apprend qu'il ne pourra pas être escamoté.

Athènes révèle un choc de modèle, une rupture entre le Nord et le Sud de l'Europe, entre le catholique, le réformé et l'orthodoxe.

Athènes réveille les colonels et Z.

Athènes rappelle qu'il est temps d'avoir des femmes et des hommes qui respirent l'histoire, qui hument deux millénaires de ruptures, qui se rappellent la renaissance, la Réforme et la fin des Etats-nations.

Posté le 23 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

La bourse : de Newton à Wall Street

La bourse est un rouage essentiel à l’économie. Pour les investisseurs, elle entraîne des images mythiques, car elle polarise les sentiments les plus extrêmes : l’envie et la peur C’est sans doute la seule institution qu’on rejoint avec l’envie du gain et le frisson des pertes, mais qu’on quitte avec le regret de n’avoir pas été assez patient. La Bourse exerce une fascination car elle entre en résonnance avec les pulsions les plus secrètes de l’investisseur, comme si elle représentait un être virtuel. Pourtant, la bourse n’existe pas à l’état naturel. Elle a été créée par l’homme pour formuler des valeurs.

Étant une construction humaine, la bourse est-elle rationnelle ? Ou est-elle, au contraire, irrationnelle ? Elle est parfaitement rationnelle dans son fonctionnement, mais imprévisible dans son mouvement. La bourse, c’est le jeu ordonné (rationnel) de millions de libertés d’achats et de vente face à des milliers d’actions concurrentes. C’est une pulsation universelle, un immense mouvement d’adaptation collectif à la diversité mouvante de l’économie.

D’ailleurs, la prédiction des valeurs boursières est impossible. Et pour cause : la fonction principale de la Bourse est d’explorer l’utilité des biens dans le futur. C’est une machine non pas à remonter, mais à se projeter dans le temps. Cette réalité est irritante pour l’esprit cartésien qui recherche des cycles répétitifs et des schémas prévisibles. Et comme l’incrédulité fait bon ménage avec l’obscurantisme, cela conduit à l’imagerie populaire d’une sphère financière dévoyée et dissociée des vertus rédemptrices de l’économie qualifiée de « réelle ». En fait, il n’y a pas d’économie réelle, à opposer à une économie financière ou virtuelle. C’est plutôt une question d’échelle de temps que de réalité ou de virtualité : Il y a des transactions économiques révolues à comparer avec un marché boursier d’anticipations et d’engagements futurs.

Car, quand on analyse froidement leur formation, les cours découlent d’une mécanique élémentaire : Ils résultent de la confrontation d’anticipations contraires portant sur un même nombre de titres achetés et vendus. L’acheteur anticipe une hausse cours, tandis que le vendeur spécule sur une baisse. Chaque opérateur, par sa contribution à la transaction, anticipe donc une certaine volatilité. Cette réalité s’oppose à nouveau à la critique de marchés boursiers trop volatils, alors que cette volatilité fonde les transactions.

La Bourse gardera donc toujours sa part de mystère. De manière imagée, on pourrait donc envisager le cours de bourse comme la porte, ouverte mais jamais franchie, vers le futur. Car si, d’aventure, la prévision du futur était concevable, il serait possible de savoir si un cours va monter ou baisser, ce qui entraînerait des achats sans vendeurs ou des ventes sans acheteurs de titres. Il n’y aurait aucune transaction, donc pas de bourse. Ou, inversement, la Bourse existe parce que nul n’est capable, de manière établie, d’augurer le futur. Elle porte en elle la volatilité des évaluations qui fonde son existence. Sans volatilité, il n’y aurait pas de bourse.

Le cours est donc, par essence, doublement éphémère. Il est, en effet, destiné à être contredit à tout moment. Il n’emporte aucune pérennité, puisqu’il reflète la dernière transaction qui, au moment de sa publication, appartient déjà au passé. En d’autres termes, la formation du cours entraîne sa propre précarité, puisque sa seule pertinence est d’avoir été, plutôt que d’être, comme un futur qui n’est qu’un passé en préparation. Mais il y a plus : le cours n’est valable pour les acheteurs et les vendeurs qui effectuent la transaction. Il ne constitue qu’une indication pour les acheteurs et vendeurs potentiels. Ceux-ci créeront leur cours au moment de la transaction.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que la valeur d’une action procède de l’actualisation des dividendes espérés. Cette actualisation s’effectue à un taux dont la modélisation est, elle aussi, impossible, puisqu’elle intègre, selon des pondérations inconnues, l’ensemble des anticipations relatives au marchés financiers et à l’action concernée. Au reste, la théorie boursière a bien identifié la marche au hasard des actions, dont les cours sont soumis à des oscillations aléatoires. La leçon de la bourse, qu’on peine paradoxalement à se remémorer est bien là : les marchés n’ont pas de mémoire.

Les procès inquisitoires ou en sorcellerie sur les marchés financiers sont donc souvent vides de sens. La bourse n’est ni vertueuse, ni odieuse, et encore moins une machine infernale. Elle est juste une mesure du temps et des valeurs prospectives.

Cela n’évitera pas les phénomènes d’exubérance irrationnelle, d’ailleurs très difficile à déceler, et encore plus à anticiper. Le physicien Isaac Newton, qui venait de perdre 20 000 livres sterling dans un placement financier hasardeux, ne se trouva d’autre excuse à sa perte qu’en affirmant, avec mauvaise foi : « Je peux mesurer le mouvement des corps, mais je ne peux pas mesurer la folie des hommes". Il fut effectivement meilleur physicien qu’économiste.

Posté le 21 juin 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Combien vaut une dette publique ?

Je me pose souvent la question de savoir que vaut une dette publique ?

Un capital fictif comme le subodorait Marx ?

Tout ? Rien? Un peu de rien entouré de tout ?

Comme la monnaie, c'est un concept insaisissable.

En effet, une dette publique est l'expression d'un certain contexte socio-étatique et de sa stabilité temporelle. La dette reflète donc des tensions et des forces socio-politiques qui peuvent se modifier.

Mais cela va plus loin : la dette publique n'a de valeur que si elle est cohérente avec les engagements que la collectivité a contractés "dans" son propre futur. Ainsi, si les pensions deviennent impayables, la dette vaudra moins, puisque l'Etat sera déchiré entre ses obligations de payement et sa capacité d'honorer sa dette passée.

La dette est aussi une expression de la stabilité monétaire : la dette est exprimée dans une monnaie qui voit elle-même sa valeur fluctuer.

Je ne sais pas s'il est possible de modéliser ces facteurs mais, avec intuition, les dettes publiques vaudront, en pouvoir d'achat, moins que ce qu'on les espère valoir. En effet, l'immensité des engagements publics, qui représentent des multiples du PIB, combinée à la nécessité impérieuse de faire tourner la planche à billet me laissent penser que le pouvoir d'achat de la dette publique va se déprécier ou, qu'à tout le moins, son taux d'intérêt actuel est insuffisant.

Mais alors, une autre question se pose : comme la dette publique est un engagement collectif, ne vaut-il pas mieux qu'elle serve justement de variable d'ajustement, à notre bénéfice collectif, en valant moins ?

En d'autres termes, le créancier domestique de l'Etat est sans doute insuffisamment rémunéré, mais ce serait au bénéfice de la collectivité, auquel il appartient aussi.

On le voit : poser la question de la valeur de la dette publique conduit à ne pas pouvoir y répondre…

 

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