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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 26 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le monde perd la paix

Depuis la confrontation aux réalités terroristes, certains s’évertuent à dissocier les événements. Ils les singularisent et les isolent dans une analyse circonstancielle pour s’épargner de prendre une mesure correcte des phénomènes. Mais la plupart des hommes ne comprennent qu’à posteriori la signification de l’évolution historique qui les porte. Ils n’ont aucun repère de l’historicité des faits. A juste titre, de Gaulle écrivait que pour assurer la direction de la guerre, il fallait des esprits d’une capacité synthétique absolument exceptionnelle. C’est cela : nous sommes incapables d’opposer aux événements une réponse cohérente parce que la synthèse des menaces n’est pas clairement formulée. D’ailleurs, faute de prendre le recul intellectuel nécessaire, nos communautés démontrent une très faible capacité à se projeter dans le futur.

L’évidence est devant nous, ainsi que d’éminentes personnalités l’ont clairement affirmé : nous sommes en guerre. Aux sociétés occidentales sécularisées, le Pape François a établi la séquence : après les guerres de 14-18 et de 39-45, il y a celle qui commence. Il parle de guerre qui n’est pas organique, mais organisée. Le Vatican possède les plus fins diplomates du monde au sein d’une institution qui a traversé deux millénaires : chaque mot du Pape a dû être mûrement réfléchi. Ce Pape désigne une troisième guerre, non pas mondiale mais fragmentaire. L’Europe occidentale, imprégnée d’une supériorité identitaire, se croyait à tort isolée par Gibraltar et le Bosphore. Le temps de l’insouciance est donc révolu. La mèche d’une machine infernale serait-elle allumée ? Si c’est le cas, il faut l’éteindre et ramener la paix.

Là aussi, de Gaulle, dans le Fil de L’épée, avait, en 1932, parfaitement résumé les choses : L’action de guerre revêt essentiellement le caractère de la contingence. L’ennemi peut se présenter d’une infinité de manières. Il dispose de moyens dont on ignore la force exacte. Ceux qui combattent se trouvent donc perpétuellement en face d’une situation nouvelle.

La situation est nouvelle. Des forces titanesques sont-elles engagées ? Oui. Sont-ce les premières escarmouches d’une confrontation de modèle de société ? Peut-être encore que je crois toute idéologie subordonnée à des intérêts dictatoriaux. Est-ce un rejet d’un prétendu impérialisme occidental ou de l’économie de marché ? Oui, mais c’est une explication parcellaire et gauchisante. Dans nos pays, est-ce une guerre de religion ? Non : elle est de formulation nihiliste et les symboles régaliens et d’épanouissement individuels sont visés par l’usurpation d’une rhétorique. Est-ce une guerre civile ? Non plus, sous la réserve que le renforcement sécuritaire et autoritaire de nos pouvoirs étatiques compense l’affaissement moral des populations. Le danger mute, de manière virale, dans une escalade de l’horreur et du symbole qui culminera à un point non pas de découragement, mais d’exaspération. Ce jour-là, les bons sentiments ne suffiront plus. Les pacifistes seront écartés. Et un combat rampant, de nature subversive, commencera. Seul prévaudra, ce jour, la vengeance, en substitut de justice. Alors, la pensée sera perdue. C’est cela qu’il faut éviter à tout prix.

Allons-nous laisser la paix à la séquence du hasard ? Non. Car, prenons garde : derrière une capitulation morale, c’est l’Humanisme, la Réforme, les Lumières et la Révolution française qui s’affaissent. C’est un combat d’un demi-millénaire qui serait anéanti. Ce combat, c’est celui de la reconnaissance de la conscience humaine, au-delà de la peur et de la tutelle qui est associée aux religions. Il faut refuser la tétanie face au néant et à l’anéantissement. S’il y a un paradoxe dans l’évolution de nos sociétés : leur épanouissement s’est accompagné d’une sécularisation et d’une libération par rapport à une tutelle ecclésiastique exténuante. Mais si nous pénétrons dans une guerre aux prétextes religieux, serait-ce à l’Eglise catholique de jouer un rôle, ce que les propos du Pape François laissent présumer. L’accepterait-t-elle ? Et ne serait-ce pas l’illustration que nous choisissons d’opposer les cultes, ce qui est évidemment une catastrophe ? Et l’accepterons-nous alors que la chrétienté est plutôt devenue une empreinte culturelle qu’une ascèse morale. Je ne sais pas, car certains, dont je suis, voient dans la laïcité de l’Etat la seule discipline propice à apaiser nos communautés. A mes yeux, la religion est soluble dans la nation, et pas l’inverse.

Au niveau mondial, les configurations politiques changent également. Le niveau de dangerosité du monde est porté à incandescence. Dans tous les continents, des foyers belliqueux s’embrasent. Bien sûr, ils ont tous des généalogies singulières que des historiens perceront à jour, peut-être, dans le futur. Il n’empêche : les brasiers sont nombreux. La Chine revendique de nouveaux rapports navals, les deux Corées ont incontestablement augmenté le niveau de risque de conflit, la Russie veut progressivement regagner son champ de dominance, notamment au sein des trois Etats baltes et en Ukraine, alors que des forces de l’OTAN, certes modestes, sont déplacées à l’Est. Le rapprochement de la Turquie et de la Russie, combiné à un désengagement structurel américain en Europe, nous rappelle que le désarmement de l’Allemagne, qui est la conséquence du nazisme, laisse un trou béant dans notre défense géographique (qui avait été compensé, dans les années quatre-vingt, par l’installation de missiles américains en Allemagne). Le Moyen-Orient et de nombreux pays d’Afrique du Nord sont en guerre tandis que les Etats-Unis vont progressivement accélérer leur désengagement militaire étranger, tirant définitivement un trait sur la doctrine de Théodore Roosevelt. Des régimes européens se raidissent alors que des vagues migratoires, notamment de nature climatique, vont s’amplifier. Et puis, les cyber-attaques seront aux prochaines décennies ce que les chars et l’aviation furent à la guerre de 1940. Tout est bouleversé.

La loi du genre humain n’est pas l’union. C’est la désunion et la dictature. C’est ainsi que les empires et les royaumes se sabordent et sont engloutis dans le néant de l’histoire. Au vingtième siècle, des compositions ancestrales ou éphémères européennes se sont effondrées : Empire austro-hongrois, Reich, Union Soviétique avec l’éclatement subséquent de ses affiliées, Chine maoïste, etc. Rien ne dure, rien, n’existe, disait Mauriac. Tout sera bouleversé par mes mains hasardeuses du temps, renchérissait Montherlant. L'union au sein et entre les peuples est un combat permanent contre l’entropie. Mais l’union exige des valeurs morales, c’est-à-dire un projet qui porte les hommes plus haut et plus loin. Ce projet ne peut pas être la prospérité immédiate, mais plutôt l’ascèse de garantir un avenir prospère et pacifié dans la solidarité sociale et le respect identitaire aux futures générations. Et malheureusement, c’est cela que l’Europe, dont la classe moyenne est exténuée par la crise, n’incarne plus.

Notre propre pays est aussi en guerre au Levant. Il était un peu naïf de croire que ce serait une guerre courte, fraîche et joyeuse réservée aux forces armées professionnelles. Si nous sommes en guerre au Moyen-Orient dans une politique étrangère et une stratégie militaire qui n’est pas suffisamment élucidée (personne n’est capable de m’expliquer intelligiblement où, comment, sous quel commandement et contre qui nos forces aériennes sont engagées), il fait aussi s’interroger sur les racines de cet engagement. Si le Moyen-Orient est une poudrière, c’est aussi parce que l’Occident a lancé ses troupes en Irak et en Libye à des motifs qui s’avèrent aujourd’hui fragiles ou dont les fondations morales, tels le devoir d’ingérence, apparaissent légers. Là, on a replacé les États par le chaos. Là aussi, des milliers de personnes se font assassiner. Nous ne pouvons donc pas dissocier le Levant du terrorisme en déposant un voile pudique sur des réalités plus lointaines.

Ceci étant, si nous risquons la guerre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières, il faut s’y préparer d’autant qu’aucune évolution géopolitique ou politique ne nous est favorable. Il faut en accepter les conséquences plutôt que d’espérer que les forces militaires et de police nous préservent d’une prise de conscience. Ces conséquences, seront, entre autres, un rétablissement d’un service citoyen, de nature militaire, sur une base volontaire. Chacun devra décider, selon sa conscience et son attachement aux valeurs que nos collectivités défendent, quelle sera son implication. Au reste, notre voisin français reconstitue ses contingents de réservistes et crée une Garde Nationale.

Une guerre exige aussi des formulations juridiques et pénitentiaires particulières. Nous ne pouvons pas persister dans la précarisation financière et logistique de la Justice, des forces policières et militaires, etc. Croit-on réellement qu’on va pouvoir, pendant des années, demander à des militaires et forces de polices exténués de garder nos rues en espérant qu’ils seront assistés de vigiles privés devant les magasins sans, qu’à un moment, on ne pose la question de mode de société ?

C’est aujourd’hui que les hommes qui nous dirigent doivent être audacieux et clairvoyants. Le monde vieillit, « Mundus senescit », disait saint Augustin. Il perd la paix, dit le Pape François. Je fais partie de cette génération qui a connu l’appel sous les drapeaux et a trop écouté l’écho des morts de la dernière guerre pour manquer aujourd‘hui de lucidité et d’intuition. Bien conscientisés et préparés, nous serons légitimes pour pacifier nos communautés. Mais nous devrons aussi nous engager individuellement à défendre des valeurs bienveillantes et solidaires sous un vocable qui paraît, à tort, désuet : le patriotisme, dissocié des religions et de l’économie. Si le Pape François a raison, il faut restaurer des valeurs collectives et rebâtir la place de nos États, car ils se sont affaiblis depuis 40 ans. Et il faut retrouver la tempérance économique et la solidarité sociale.

La synthèse est peut-être dans ces constats.

En tout cas, c’est la mienne.

Posté le 26 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Réforme de l’ISOC : Il ne faut pas toucher aux amortissements

Le projet de réforme fiscale à l‘impôt des sociétés prévoit de supprimer les amortissements dégressifs sur immobilisations. Ce système permet à l’entreprise d’anticiper une déduction fiscale qu’elle ne peut pas revendiquer plus tard. L’entreprise décaisse donc moins d’impôts au début de la vie utile d’une immobilisation tandis que sa charge fiscale augmente à la fin de cette même vie utile. Cet amortissement dégressif permet donc théoriquement de bénéficier du coût de l’argent puisqu’un moindre impôt décaissé aujourd’hui est plus avantageux qu’un moindre impôt décaissé plus tard. En période de taux d’intérêt nuls, cet avantage disparaît, mais l’entreprise est quand même soulagée en termes de débours de liquidités.

Pourquoi est-ce important de conserver ce système, dont le coût budgétaire est négligeable ?

Parce que, lorsqu’on quitte la théorie fiscale pour discuter avec des dirigeants d’entreprises, les entreprises belges, confrontées à un coût du travail important, automatisent les processus manufacturiers en augmentant la productivité. C’est ainsi que les gains de productivité, essentiellement issus de la numérisation industrielle et des services, sont encourages par des investissements productifs que l’amortissement dégressif permet de favoriser.

De plus, les entreprises ont absolument besoin de redéployer leurs investissements. Toutes les études sérieuses pointent l’insuffisance d’investissements productifs, en réponse, ou inversement, à la cause des pressions déflationnistes.

Posté le 25 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

L’épargnant et le contribuable

La Banque Centrale Européenne crée des déluges de monnaie mais veut éviter que cette dernière lui soit retournée : elle pénalise donc les dépôts des banques sur son propre bilan en imposant des taux d’intérêt négatifs. En d’autres termes, face à une faible croissance et à une inquiétante chute de l’inflation, qui mesure elle-même le niveau d’activité, la BCE impose des taux d’intérêt négatifs aux banques qui, à leur tour, les répercutent dans toute l’économie. C’est ainsi que le taux sur les carnets de dépôts réglementaires est tombé au minimum légal de 0,11 %, ce qui conduit à un rendement réel de – 2 %, puisque l’inflation est actuellement supérieure à 2 % en Belgique. Des taux d’intérêt négatifs devraient théoriquement conduire à stimuler la consommation puisque l’argent épargné se détruit lui-même.

Est-ce que la BCE a raison de procéder à cet assoupissement quanitatif : oui, sans conteste.

Mais c'est moins clair pour les taux d'intérêt negatifs.

Cela stimule—il la consommation ? Non. C’est même le contraire : face à des taux d’intérêt très bas ou négatifs, les particuliers épargnent plus pour compenser la faiblesse de la rémunération de l’épargne. On le constate depuis 2008 : les encours des carnets de dépôts ont été démultipliés alors que les taux d’intérêt baissent. C’est d’ailleurs intuitif. Imaginons le cas d’un épargnant belge qui dispose de 10.000 € sur un carnet de dépôt. Son taux d’intérêt réel, après inflation, est de – 2 %. Il perd donc 200 € par an, sans compter les frais bancaires. Croit-on réellement que cet épargnant va dépenser 200 € qui sont perdus à cause de la faiblesse des taux d’intérêt ? Aucunement, puisque même s’il le faisait, il continuerait à perdre de l’argent sur les 9.800 € restant. Il aurait donc dépensé 200 € et perdu 196 €, c’est-à-dire 2 % de 9.800 €. Cet épargnant va sans doute être incité à conserver son épargne, voire à l’augmenter, pour se protéger des aléas du futur. Plus généralement, les taux d’intérêt négatifs ont une lourde portée psychologique : on sent, on sait que le système financier dysfonctionne.

En vérité, on doit s’interroger sur le véritable objectif des taux d’intérêt négatifs. Ceux-ci n’ont qu’un seul objectif, à savoir permettre aux Etats de refinancer leur dette publique à des conditions extrêmement favorables. Or ces dettes publiques se sont embrasées depuis la crise de 2008. Les taux d’intérêt bas ou négatifs permettent donc de limiter la charge budgétaire du paiement des intérêts sur la dette publique. Et c’est à ce niveau qu'indirectement, l’épargnant belge s’y retrouve : il perd de l’argent sur son épargne mais il ne doit pas payer plus d’impôt puisque l’État se finance à un coût réduit. En simplifiant outrancièrement les choses, on pourrait dire que l’épargnant subsidie le contribuable, en sachant que ce sont souvent les mêmes individus.

Posté le 22 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une crise financière globale ?

Le commerce des prophètes désespérés de la fin du monde financier est florissant depuis 2008.

Il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir les rayons d’Amazon (en anglais) qui sont consacrés à la mort de la monnaie, à la crise finale, au « lock down » (c’est-à-dire de blocage généralisé du système bancaire) et aux autres spirales dantesques de la fin du monde. Même Attali avait, dans un ouvrage récent, engagé la question de savoir si nous ne serions pas tous ruinés dans quelques années.

Une crise est-elle possible ? Toujours. La formulation de la valeur est un processus dynamique et aléatoire, à tout le moins sur le court terme.

Mais si c’est le cas, il me semble intuitif que les banques centrales poursuivront leurs injections monétaires jusqu’à immerger l’économie sous des déluges de liquidités. Il en résultera une salutaire (et, au reste, souhaitée par les autorités publiques) inflation. Il me semble qu’une crise financière qui s’accompagnerait d’une restriction monétaire serait totalement contraire à la gestion de la crise précédente, telle qu’elle est menée par les banques centrales.

Depuis que j’ai dirigé la bourse du pays, en 2008, et que je lis l’histoire de l’économie depuis 30 ans, je reste ancré à cette intuition qu’une économie mondialisée, multipolaire et caractérisée par des flux financiers interpénétrés par pays et devises ne peut sortir d’une crise d’endettement que par l’érosion monétaire. En fidèle adepte de Friedman, j’étais certain que l’inflation découlerait des assouplissements quantitatifs. Cette inflation est, aujourd’hui, désignée unanimement comme chemin de sortie de crise. Faute d’avoir eu raison dans la séquence, j’ai eu raison dans la nature de la solution. Elle finira, je crois, j’espère, par arriver sous une forme graduelle et maitrisée.

Bien sûr, comme aurait dit Mauriac : le malheur ne tourne jamais vers nous la face que nous attendons.

Mais, en même temps, les valeurs financières ne sont jamais que le reflet des réalités tangibles.

Et ces réalités permettent de surmonter leur expression boursière.

L'émotivité est donc un mauvais guide.

Posté le 22 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Quel sera l’avenir des taux d’intérêt ?

Sauf à croire à la théorie de la stagnation séculaire (qui, il faut l’admettre, revêt une crédibilité croissante), il arrivera, un moment, où l’inflation ressurgira.

C’est, au reste, l’objectif explicite de la BCE. L’inflation honnie est désormais souhaitée par les autorités de contrôle pour différents motifs : augmentation nominale des recettes des Etats, relance de la consommation et de l’investissement, allègement des risques de crédit pour les banques, etc. 

Adoptions dès lors l’hypothèse plausible d’une inflation à 2 %.

Le taux d’intérêt à long terme est la somme de deux composants, à savoir le taux d’intérêt réel (qui correspond vaguement au taux de croissance de l’économie, qui correspond lui-même, à démographie inchangée et absence de bouleversements sociétaux majeurs, aux gains espérés de productivité) et l’inflation anticipée.

A terme, les taux à long terme devraient donc s’établir à 1,5 % (croissance réelle) plus 2 % (objectif d’inflation de la BCE), soit 3,5 %.

C’est évidemment intolérable pour les Etats dont les dettes publiques augmentent inexorablement

Les taux d’intérêt ne retrouveront donc pas ce niveau avant longtemps. En conséquence, les marchés financiers seront soumis à une répression financière qui contraindra les taux d’intérêt à un bas niveau.

L’épargne investie dans des actifs à revenus fixes sera lentement érodée, dans ce scénario, par de l’inflation qui ne sera pas reflétée dans la rémunération de la monnaie. Il faut donc s’y préparer par une adéquate diversification d’actifs.

Posté le 19 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un euro ne vaut plus....un euro !

Lors de la création de l’euro physique, notre Ministre des Finances de l’époque, Didier Reynders, dont le foudroyant esprit de répartie n’est plus à démontrer, avait l’habitude de répondre, quand on l’interrogeait sur la question de savoir combien valait l’euro (en sous-entendu par rapport à une autre devise), qu’un euro valait un euro.

Il avait raison.

Mais est-ce toujours le cas, ainsi que le prix Nobel Stiglitz en engage le questionnement dans son dernier ouvrage consacré à l’euro (au sein duquel – au risque de commettre un péché d’orgueil- les éventuels lecteurs trouveront de très nombreux, si pas tous les argumentaires, préalablement analysés dans ce blog) ?

Non.

En effet, comme les mécanismes d’assurances des dépôts bancaires ne sont pas mutualisés au sein de la zone monétaire, un euro déposé dans une banque grecque vaut moins qu’un euro déposé dans une banque allemande.

C’est tellement vrai que … c’est arrivé : l’euro chypriote déposé sur un compte bancaire s’est soudainement déprécié au printemps 2013.

La zone euro disposera-t-elle un jour d’un système européen de garantie des dépôts ?

L’idée existe.

Il s’agit de remplacer progressivement les systèmes nationaux de protection des dépôts bancaires par un système européen unique. Concrètement, à partir de 2017 et jusqu'en 2020, le fonds européen de garantie des dépôts ne serait utilisé que si le système national de protection des dépôts n'était pas suffisant pour indemniser les déposants d'une banque en faillite. Ensuite, de 2020 à 2024, le fonds national de garantie des dépôts et le fonds européen seraient appelés ensemble, dès le premier euro d'indemnisation. Enfin, à partir de 2024, les systèmes nationaux n'existeraient plus et seraient remplacés par le fonds européen de garantie des dépôts, lequel sera doté à cet horizon de 45 milliards d'euros.

Mais, malheureusement, ce projet n’aboutira pas car certains pays, dont l’Allemagne, refuse d’y souscrire. On peut supposer que l’épargnant ou le contribuable allemand n’a pas envie d’indemniser le déposant grec.

Un euro ne vaut vraiment plus un euro….

 

Posté le 17 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Faire et défaire la monnaie, c’est toujours travailler…

Les premières études académiques comment à être publiées au sujet de ce qu’il est convenu d’appeler la grande récession de la zone euro, caractérisée par deux chocs, en 2008 et en 2011 (voir, par exemple, l’étude de la Federal Reserve Bank de Richmond).

Et, sans surprise, la politique monétaire est pointée du doigt.

Cette dernière fut restrictive, alors que la principale leçon des crises précédentes, et particulièrement celle de 1929, est qu’il faut assouplir l’accès au crédit.

L’illustration de cette erreur de gestion est irradiante : la BCE dû finalement ouvrir les portes d’un gigantesque assouplissement quantitatif monétaire assorti de taux d’intérêt négatifs. Toutes les autres banques centrales avaient, bien avant la BCE, adopté une politique monétaire accommodante.

Alors, pourquoi un tel égarement qui avait même conduit le Président de la BCE, Jean-Claude Trichet, à augmenter les taux de la BCE à deux reprises en 2011, à savoir au milieu du choc récessionnaire et de la crise grecque, au motif qu’il voyait l’inflation revenir (ce qu’on cherche actuellement à obtenir…).

Je suppose que la crainte d’un délitement de l’euro était telle qu’elle a entraîné une perte de sagesse.

Aujourd’hui, on fait exactement l’inverse qu’en 2011, puisqu’on crée actuellement de la monnaie en abaissant les taux d’intérêt alors qu’en 2011, le message était l’inverse.

Ça laisse rêveur…

Posté le 16 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Impôt des sociétés : de la simplification...au simplisme

Le Conseil Supérieur des Finances (CSF) a récemment établi un rapport relatif aux pistes de réformes de l’impôt des sociétés (ISOC). L’opus est intéressant mais incomplet. Au risque de caricaturer un constat complexe, l’idée du CSF est d’élargir la base imposable moyennant une baisse du taux nominal de l’ISOC à un niveau de 20 ou 25 %. L’élargissement de la base serait obtenu par la suppression (justifiée) de la déduction des intérêts notionnels, la limitation de la déduction de certaines charges et une augmentation du précompte mobilier.

A cet égard, dans une contribution précédente (L’Echo du 28 juillet 2016), j’avais déjà mis en évidence l’incongruité de croire qu’une baisse du taux de l’impôt des sociétés pourrait, en équité fiscale, être mécaniquement compensée par une augmentation du précompte mobilier sur les dividendes, nonobstant que ce précompte vient déjà récemment d’être majoré de 2 %. Afin de respecter une élémentaire intégrité taxatoire, une telle mesure exigerait un double précompte mobilier décliné selon que les bénéfices distribués par les entreprises proviennent de résultats taxés avant ou après la baisse de l’ISOC. Ceux qui ont émis cette idée ont supposé que le comportement des actionnaires resterait indifférent aux modifications fiscales. C’est évidemment faire fausse route ainsi que la taxation sur les plus-values en a tristement démontré la réalité.

Mais il y a d’autres incongruités qui reflètent le fait que le Conseil Supérieur des Finances a adopté une vision théorique et macro-économique de l’ISOC, sans appréhender toute la logique et la technique fiscale.

Il s’agit, par exemple, de la suppression éventuelle de l’amortissement dégressif. L’amortissement comptable a pour objectif de juxtaposer le coût d’utilisation d’un actif avec les revenus qu’il génère. Cet amortissement correspond à la durée de vie effective de l’actif en question. En pure logique comptable, l’amortissement devrait correspondre au taux d’utilisation de l’actif. Mais, pour des raisons fiscales, il est autorisé d’amortir certains biens de manière dégressive. Concrètement, cela revient à doubler la charge d’amortissement pendant les premières années d’utilisation. L’amortissement dégressif permet donc à l’entreprise de diminuer sa base imposable, et donc de bénéficier d’un moindre décaissement fiscal. Bien sûr, l’amortissement dégressif conduit à un rétrécissement de la période d’amortissement puisqu’un amortissement précoce est moins étalé dans le temps. La diminution originelle de la base imposable est donc compensée par son augmentation ultérieure. A ce moment, le décaissement d’impôt est, toutes choses restant égales, majoré. L’amortissement dégressif déplace donc dans le temps la levée de l’impôt. Il s’agit donc d’une mesure de stimulation à l’investissement. Bien sûr, d’aucuns argumenteront que des taux d’intérêt nuls annihilent le coût de l’argent et qu’il est indifférent de s’acquitter un impôt plus tôt ou plus tard. Mais rien n’est plus faux : le véritable problème des entreprises est l’accès à la liquidité. L’amortissement dégressif est donc utile. Sa disparition serait, à mes yeux, une erreur, d’autant qu’un contexte déflationniste nécessite de promouvoir le déploiement d’investissements techniques et humains.

Une autre piste soulevée par le CSF conduit, dans la pratique, à supprimer l’immunisation des plus-values sur actions, sauf pour les entreprises liées. Il s’agit bien sûr d’une grave erreur. En effet, tant le système des RDT que celui de l’immunisation des plus-values, visent à éviter le phénomène de double imposition, qui est la clé de voute de l’architecture de l’ISOC. Cette immunisation vise à éviter des taxations en cascade au sein de structure pyramidales de type holding. Il faut, en effet, légitimement éviter qu’une matière imposable soit successivement taxée lors de sa remontée sous forme de dividendes, ou de sa concrétisation sous forme de plus-value, d’une filiale vers une maison-mère. Une taxation des plus-values sur actions achèverait de tuer le capital à risque alors que la philosophie gouvernementale soutient exactement l’inverse. De plus, une remise en cause de l’immunisation des plus-values (qui est incidemment déjà d’application pour les plus –values de moins d’un an) éloignerait encore un peu plus la Belgique de la consolidation fiscale, devenue pourtant un standard européen.

Le CSF envisage aussi de limiter la récupération des pertes fiscales reportables. Concrètement, ces dernières pourraient être défalquées des bénéfices ultérieurs, mais uniquement de manière limitée. A titre illustratif, une entreprise qui fait, l’année 1, une perte fiscale de 10 millions suivie, l’année 2, d’un bénéfice fiscal de 10 millions, ne pourrait défalquer, au cours de l’année 2, que 6,4 à 9,1 millions de la perte de l’année 1. Quelle est la logique d’un tel raisonnement sachant que l’entreprise est déjà dans une relation asymétrique à l’Etat puisqu’elle doit payer des impôts sur ses bénéfices mais attende d’en faire pour récupérer ses pertes ? Mystère et boule de gomme. A nouveau, il s’agirait d’une double imposition temporelle.

On le voit, les pistes du CSF doivent impérativement être débattues. Le risque est de bâtir une réforme sur des intuitions incomplètes, nonobstant le fait que le comportement des entreprises est postulé comme statique. Il faut donc faire des études d’incidences et des simulations approfondies afin d’éviter que l’alchimie théorique conduise à des mélanges détonants.

A la décharge du CSF, les pistes de compensation d’une baisse du taux de l’ISOC sont peu nombreuses. En effet, un élargissement de la base imposable est contraint par le fait que la Belgique a adopté un système de connexion entre le droit comptable et le droit fiscal. Sauf dérogations explicites émanant du droit fiscal, la base imposable découle des comptes annuels de l’entreprise. Les règles d’évaluation comptable sont donc transposées dans la base imposable.

Mais, en réalité, le débat est mal posé. Une réforme de l’impôt des sociétés passera immanquablement par une baisse du taux facial qui ne serait pas compensée par un élargissement de la base. Il en résulterait un coût budgétaire de l’ordre de plusieurs milliards d’euros, qu’il serait peut-être possible de phaser, au travers d’une baisse du taux facial par paliers, sur plusieurs années.

Mais avons-nous le choix ? Je ne crois pas. De nombreux pays abaissent la taxation des entreprises, et donc du capital. Nous ne pourrons pas déserter cette conscription fiscale. Mais immanquablement, cette orientation rappellera que notre pays est englué dans une fiscalité dévastatrice et pesante dont la libération passera par une refonte des principes de taxation.

Posté le 15 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Révolution digitale : l'optimisme de l'apprentissage

On l’a souvent lu : la moitié des emplois actuels vont disparaître à un horizon qu’on surestime toujours.

Je le fixe à 10 ans, soit une demi-génération.

Bien sûr, d’autres métiers vont apparaitre ou se consolider.

Mais tout ce qui sera automatisable le sera, avec le corollaire d’une baisse de la rémunération du travail puisqu’il sera plus rentable de substituer une machine au travail humain.

Les machines ne tombent pas en panne alors que les humains se cassent, ainsi que l’augmentation stratosphérique des burn-out l’indique.

De surcroît, l’intelligence artificielle et la robotisation ne vont pas compléter la productivité humaine : elles vont la remplacer.

Tout le monde ne profitera pas du progrès technologique.

Les Etats devront donc arbitrer non pas la quantité de travail (le voudraient-ils qu’ils n’y arriveraient pas, sauf à plonger dans les abysses des planifications soviétiques), mais la rémunération du travail par des systèmes redistributif.

Ce sera très complexe car nos économies sont imprégnées d’un modèle d’économie de marché.

Tout est-il perdu ?

Pas du tout : il faut sans doute voir l’apport technologique comme un support utile. Cela voudrait-il dire qu’il ne faut plus étudier ou apprendre ce qui sera automatisé, mais ce qui ne le sera pas. Les filières techniques et professionnelles auraient un avenir radieux ainsi que les sciences humaines, même si nous nous immergeons dans un monde de sciences exactes ? L’inverse pourrait être défendu. C’est une question. Je ne sais pas.

Mais une chose est certaine, dans un monde où la connaissance est accessible partout, de manière presque infinie et gratuitement, il faut, à titre individuel, collectif, de manière organisée ou pas, apprendre, apprendre, apprendre.

Apprendre à appendre.

 Une démarche inverse serait suicidaire.

Posté le 14 août 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le cauchemar de la BCE

Il y a l’apparence de la politique monétaire.

Et puis il y a ses fondements.

Depuis plus d’un an, la politique monétaire est devenue accommodante.

La BCE s’est lancée dans un programme de rachat d’obligations d’Etat pour un montant mensuel rapidement passé de 60 milliards d’euros à 80 millions d’euros en incluant progressivement des obligations privées.

Les taux d’intérêt ont été abaissés jusqu’à en devenir négatif, malgré les dangers systémiques (création de bulles d’actifs, érosion de la rentabilité bancaire, etc.) que cette approcha entraîne. L’objectif apparent était de susciter de l’inflation et de la croissance, ce qui est, jusqu’à présent un échec, encore que je reste convaincu que l’assouplissement monétaire portera ses fruits.

On a aussi constaté un affaiblissement utile de l’euro par rapport, entre autres, au dollar américain, reflétant le différentiel de taux d’intérêt.

Mais le véritable objectif de l’assouplissement quantitatif est de financer directement les Etats.

Au-delà de l’apparence et en totale violation du mandat de la BCE, cette institution achète des obligations sur le marché primaire, c’est-à-dire des obligations directement émises par les Etats.

La BCE solde donc la croissance de l’endettement public.

Et pourquoi ? Parce que le cauchemar de la BCE, c’est qu’un État fasse, comme la Grèce, défaut (même si la Grèce ne l’a pas fait sous l’angle juridique).

Car, ce jour-là, l’intangibilité et l'inaliénabilité de l’euro seront en jeu.

Et personne ne veut s’aventurer dans cette zone de grand danger.

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