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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 21 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Belgique: trop petite pour le patronat, trop grande pour les syndicats

Depuis six ans, une crise inouïe frappe l'Europe, et donc notre pays.

Tout est ébranlé : la monnaie, qui démontre son artificialité, les dettes publiques qui enflent avec les pensions, la déflation avec laquelle nous renouons pour la première fois depuis les années trente et une récession qui est pernicieuse.

A cela s'ajoute un immense basculement du monde qui verra notre économie de services être capturée par l'automatisation, la robotique et la digitalisation, essentiellement localisées aux Etats-Unis, heureusement notre allié militaire.

Et qu'avons-nous envisagé pour aborder ces défis de l'envergure d'une crise mondiale et d'une révolution industrielle ?

Rien.

Enfin rien d'important.

Tout n'est qu'accommodements et ajustements.

Avec l'espoir que la répétition de scénarios et les arrangements suffiront.

Les gouvernements belges n'en finissent plus de se fragmenter en articulations régionales dont le tropisme ne permet pas une vision d'ensemble et cohérente.

Le grand patronat belge a, quant à lui, quitté silencieusement la Belgique en trois phase (1988 avec l'affaire de la Générale de Belgique, 1998 avec la vague d'OPA et 2008 avec la chute bancaire de Fortis) tandis que la Belgique reste un marché intérieur trop étriqué pour des entrepreneurs d'envergure.

Les syndicats ont, quant à eux, confiné leur action à un niveau essentiellement local.

Tout cela reconfigure incidemment la nature du dialogue social belge. Les syndicats, qui représentent naturellement le travail local, font face à un patronat dont les représentants principaux gèrent des entreprises dont la Belgique n'est plus le cœur du chiffre d'affaires. Il est vrai que le groupe des dix (qui regroupe des représentants syndicaux et patronaux) reflète un ancrage belge, mais les vrais représentants influents du patronat n'y sont pas représentés.

En un mot comme en cent, la Belgique est devenue trop petite pour le patronat et les entreprises multinationales, tandis qu'elle est trop grande pour les syndicats.

Cela explique pourquoi la nature de la réflexion socio-économique est bornée et partiellement inadaptée.

Sans rentrer dans une économie planique (encore que cela fonctionne parfaitement dans des pays telle la Corée du Sud), nous devrions établir la cartographie stratégique du pays, en mettant en évidence, selon la manière traditionnelle, les forces, faiblesses, menaces et opportunités.

Cette analyse devrait être fondée à la fois sur la géographie économique (puisque la Belgique est une terre de transit commercial) et l'économie des services digitalisée.

Il faudrait aussi définir, selon les régions, les axes de croissance et adapter la fiscalité régionale en fonction de ces choix. C'est un immense travail; qui pourrait être délégué à une équipe de consultants pluridisciplinaires et non-partisans, car les organismes existants (Conseils Supérieurs divers et Conseil Central de l'Economie) ne jouent pas ce rôle.

Pourquoi ne pas essayer ?

Plusieurs pays d'Amérique du Sud avaient fait appel à des universités américaines pour définir leur plan stratégique. Ce fut utile, sachant que la volonté démocratique l'emporte toujours sur toute analyse stratégique.

En conclusion, la taille de la Belgique exige une approche socio-économique différente. Le tropisme du dialogue social est inadapté à une économie mondialisée, au sein de laquelle les flux de commerce sont volatils. La Belgique semble trop étriquée pour des entreprises multinationales tandis qu'elle est trop large pour une vision syndicale homogène, toutes deux respectables. Il faudrait effectuer un 'business case' de notre pays pour en identifier les pistes de réflexions de la prospérité future.

Posté le 20 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Quel précompte mobilier sur des intérêts négatifs ?

Depuis la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d'imposer des taux d'intérêt négatifs sur les dépôts que des banques commerciales lui confient, la notion d'intérêt négatif se propage dans tout le circuit bancaire.

Le but de cette disposition était d'éviter que les banques privées stérilisent la monnaie créée par la BCE en la redéposant auprès de cette même institution.

Mais progressivement, plusieurs banques commerciales du Nord de l'Europe ont appliqué des taux négatifs sur les gros dépôts bancaires (et surtout les dépôts des entreprises). Il est fort à parier que ces constats sporadiques se généralisent en Europe.

Certains dépôts d'épargne (au-delà d'un certain montant, par exemple) seraient alors, eux aussi, assortis d'un intérêt négatif dans les prochains trimestres.

Des taux d'intérêt négatifs constitueraient, bien sûr, une situation ahurissante puisqu'il s'agit de déprécier la monnaie au fur et à mesure de l'écoulement du temps.

Il est d'ailleurs troublant de penser qu'un dépôt bancaire puisse voir sa valeur s'éroder par des taux d'intérêt négatifs alors qu'un billet de banque garde sa valeur nominale. L'année 2015 pourrait donc nous faire pénétrer dans un monde monétaire inconnu.

Cette prospective correspond à deux faits, qui relèvent respectivement du constat et de la solution.

Tout d'abord, des taux d'intérêt négatifs reflètent une déflation, c'est-à-dire une tendance structurelle de baisse des prix. Comme l'intérêt est le prix de la monnaie et que la déflation entraîne un report systématique des achats, la monnaie devient trop abondante et n'est plus aspirée dans le circuit de consommation. Cette abondance de la monnaie peut entraîner des taux d'intérêt négatifs.

Mais des taux d'intérêt négatifs peuvent aussi constituer un instrument de combat de la déflation. La monnaie ne doit plus être rémunérée puisqu'elle gagne en pouvoir d'achat : chaque euro augmente le pouvoir d'achat puisque les prix baissent. Des taux d'intérêt négatifs correspondent donc à une dépréciation des encaisses monétaires destinées à stimuler la consommation. Il est, en effet, plus raisonnable de consommer que de voir son épargne se déprécier par l'application de taux d'intérêt négatifs, sauf à spéculer que la chute des prix future soit d'une ampleur supérieure au taux d'intérêt négatif.

Cette situation pose des questions fiscales singulières.

En effet, en temps d'inflation positive, le taux d’intérêt doit indemniser l’épargnant pour la perte de liquidité liée à la dépossession temporaire des sommes. Cette indemnisation économique, appelée le taux d’intérêt réel, dépend de la période de blocage de l’épargne. Mais le taux d’intérêt doit aussi protéger le pouvoir d’achat de l’épargne, c’est-à-dire compenser le taux d’inflation.

C'est à ce niveau que la fiscalité ne respecte pas l'économie des transactions. En effet, les intérêts sont ponctionnés du précompte mobilier au taux de 15 % (au-delà de l'exonération prévue pour les dépôts d'épargne réglementés).

Or ce prélèvement fiscal frappe l’entièreté de l’intérêt, et pas seulement sa composante qui compense la perte de liquidité. En d’autres termes, la protection fournie par l’intérêt pour compenser l’inflation est imposée au taux de 15 %. Or, puisque la protection contre l’inflation est justement destinée à protéger l’intégrité du capital, le taux d’impôt qui frappe cette composante du taux d’intérêt devrait être nulle, et non pas de 15 %.

Dès lors, en temps d'inflation positive, le précompte agit non pas comme un impôt sur le revenu, mais bien sur le capital, dont il corrode le pouvoir d’achat.

Comment corriger ce phénomène ? Il existerait théoriquement une correction, consistant à défalquer à postériori du rendement des placements l’inflation constatée pendant une période déterminée. Ce serait malheureusement, irréaliste et irréalisable pour un ensemble de raisons techniques.

Lorsque les taux d'intérêt deviennent négatifs, la question du précompte mobilier se pose de manière radicalement différente : il n'est, bien sûr, pas possible d'appliquer un prélèvement fiscal à un taux d'intérêt négatif puisque la logique voudrait plutôt que l'épargnant récupère un précompte auprès de l'Etat.

Ce ne serait néanmoins qu'une prospective théorique, puisque l'Etat n'a pas à indemniser un épargnant pour un paramètre de marché, d'autant qu'il fournit une protection des dépôts jusqu'à 100.000 € par épargnant. Et pourtant ! Si des intérêts négatifs s'assimilent à une inflation "imposée" à la monnaie, l'Etat aura donc prélevé le précompte mobilier sur l'inflation effectivement contenue dans des taux d'intérêt positifs, tandis qu'il ne donne pas d'à-valoir sur la situation inverse, c'est-à-dire lorsque les taux d'intérêt sont négatifs.

Nous voilà donc entrés dans une situation monétaire et fiscale inédite, et surtout porteuse d'asymétrie de traitement fiscal.

Posté le 19 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Il faut un nouveau pacte fiscal

La confrontation avec la déflation et la récession, deux symptômes d'une économie en détresse, exige de revoir le contrat fiscal du pays.

Il est trop facile de se réfugier dans un statu-quo que les coalitions gouvernementales permettent, puisque chaque parti dispose d'un droit de véto au changement et d'une prime à la récompense de son propre électorat.

Il est temps de fermer la porte fiscale d'un vingtième siècle révolu, même si les charnières financières grincent.

Depuis 30 ans exactement, notre fiscalité a lentement dérivé vers une taxation alourdie du travail et une détaxation des revenus du capital sans risque.

Ce glissement n'est pas anodin : il reflète le vieillissement de la population qui est progressivement devenue rentière plutôt que travailleuse.

Malheureusement, cette évolution est rendue caduque par la diminution relative du nombre de travailleurs actifs.

Aujourd'hui, la situation est devenue malsaine : plus un revenu est risqué, plus il est taxé. C'est ainsi que les revenus du travail (et qui sont les plus à risque) et du capital à risque sont taxés à 50 % tandis que les revenus des rentes d'Etat et carnets d'épargne sont à peine taxés, s'ils le sont.

Ce système est injuste et inefficace en ce qu'il dévitalise la prise de risque.

C'est cette équation qui doit être réécrite.

Posté le 18 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Il faut réinstaurer les dispositions Monory-De Clercq

Sur l’échelle de Richter des bouleversements économiques, les années 2008-14 auront été celles du pire choc sismique en un siècle. La débâcle de Fortis et la recapitalisation précipitée de plusieurs institutions financières ont rappelé les risques inhérents à l’investissement boursier.

La stabilité de la sphère bancaire en a été fort abîmée. Il peut paraître incongru de promouvoir l’investissement en actions après un krach, et l’idée doit certainement faire son chemin.

Depuis 30 ans, le capital à risque est l’orphelin du financement de l’économie belge. Au niveau macro-économique, les chiffres sont stupéfiants. Sur une période de 15 ans, moins de 5 % de l’épargne des particuliers s’est orientée vers l’investissement direct en actions.

Cette précarisation du capital à risque est telle que les pouvoirs publics doivent eux-mêmes stimuler la capitalisation des entreprises.

Au niveau fiscal, la pénalisation du capital à risque est encore plus cinglante. Malgré le remarquable apport des intérêts notionnels, les dividendes restent fiscalement défavorisés par rapport aux intérêts des dettes. Le précompte mobilier est plus lourd pour les dividendes que pour les intérêts. Une fiscalité d’entreprenariat devrait taxer plus légèrement les actions que les placements sans risque.

Or, au lieu de la stimuler, la fiscalité pénalise la prise de risque.

Pourquoi le Royaume a-t-il développé une telle défiance par rapport au capital à risque ? Intuitivement, notre pays aurait dû, comme le Grand-duché de Luxembourg, faire de la fiscalité un outil de compétitivité et d’attractivité économique.

Il y eu, bien sûr, des raisons politiques, très prégnantes dans les années septante mais aujourd’hui anachroniques. L’instabilité juridique et la pusillanimité politique ont aussi certainement contribué à ce climat. L’État n’a pas rassuré les actionnaires.

A l’époque, les politiques de dépenses publiques entraînèrent le pays dans le gouffre des déficits et de l’endettement publics.

Les pouvoirs publics n’eurent d’autre choix que de financer les creux budgétaires par un appel massif à l’emprunt.

Le choix obligé fut donc de faire appel à l’épargne nationale, par des émissions d’emprunts à répétition. Le volume de ces derniers fut tel qu’il assécha le marché des capitaux au détriment des investissements productifs, c’est-à-dire du capital à risque. La bourse de Bruxelles fut d’ailleurs, au début des années quatre-vingt, totalement désertée.

Ce phénomène entraîna deux conséquences sérieuses. Tout d’abord, le taux d’intérêt des emprunts d’État belge dut être majoré d’une prime (afin de couvrir les risques de dépréciation du franc belge et le risque de solvabilité inhérent à l’État belge), au détriment global des pouvoirs publics.

Ensuite, le rendement du capital à risque, déjà émoussé par les poussées inflationnistes et une fiscalité lourde, ne fut plus suffisamment attractif en comparaison des placements sans risque.

C’est la nécessité d’avantager fiscalement la souscription des emprunts d’État qui conduisit à pénaliser la fiscalité des revenus d’actions. Différentes mesures imaginées par le Sénateur Etienne Cooreman, comme les actions AFV et les souscriptions Monory-De Clercq, habilement mises en œuvre en 1982-3, pallièrent cette situation. Une bonification fiscale fut allouée aux nouvelles souscriptions d’actions dont la contrepartie devait être affectée à certains investissements productifs.

Près de 30 ans plus tard, des relais fiscaux doivent être envisagés.

En effet, l’argent public injecté dans certaines bancaires et des plans de relance, ne sera jamais un relais naturel au capital à risque. Le temps est sans doute venu d’imaginer des solutions nouvelles. Nous irriguons le débat avec l’idée suivante : celle d’un système d’épargne-actions, complémentaire à l’épargne-pension.

L’objectif serait d’investir à long terme dans des augmentations de capital, c’est-à-dire des nouveaux apports de capitaux à risque. Ces investissements se seraient effectués au travers de fonds, gérés par des banques et des compagnies d’assurances. Le système se rapprocherait des déductions Monory-De Clercq qui, à l’époque, étaient limitées à 1.000 euro par personne. La déductibilité fiscale conduirait à une réduction d’impôt de l’ordre de 30 % sur les sommes investies. Il s’agirait donc de promouvoir des apports de capitaux frais à des sociétés, avec les avantages de la diversification, de la liquidité assurée par la cotation des fonds et de la déductibilité fiscale.

Les fonds devraient être conservés pendant un nombre minimal d’années (5 à 10 ans) afin d’éviter la réalisation de gains à court terme. Le système n’aurait rien de révolutionnaire. Il existe, en France, sous le vocable « Plan d'épargne en actions » ou PEA. Il serait utile de s’en inspirer. En résumé, il est utile de tirer des leçons des traumatismes financiers de l’année 2008 et d’étançonner l’actionnariat. Sous cet éclairage, la mise sur place d’un système d’épargne-actions serait opportune.

Posté le 16 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'intranquilité de la Belgique

Il se passe quelque chose d'inquiétant dans notre pays.

Soyons lucides : nous vivons un moment de profonde rupture de l'économie.

L'Etat-providence des années septante, c'est fini.

Mais, en même temps, l'appauvrissement collectif que laisse présager la déflation exige une meilleure bienveillance sociale.

Au moment où nous traversons les pires difficultés depuis un demi-siècle, l'entente nationale n'est pas forgée.

Un parti représente minoritairement la Wallonie tandis que la Flandre est, de manière dominante, dirigée par un parti qui souhaite d'autres configurations politiques. La force syndicale exige, quant à elle, un nouveau pacte social, sans prendre toute la mesure de l'inéluctable basculement de notre économie vers la désintermédiation, c'est-à-dire la désindustrialisation appliquée à l'économie des services.

Les prochains chocs économiques vont exacerber l'opposition entre les représentations politiques, linguistiques et sociales.

Comment allons-nous traverser les prochaines années ?

Dans l'échec du dialogue social et communautaire ou dans la concertation ? La Belgique est un pays artificiel, qui tente, par de complexes articulations socio-politiques, de trouver une inatteignable tranquillité.

La clé de voûte de l'édifice est la recherche absolue – je devrais même écrire vitale – d'une large adhésion à un projet de société, c'est-à-dire à un projet qui assure la cohésion.

 

Posté le 14 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Gouvernement-syndicats : et si tout le monde se trompait ?

Demain, la Belgique va traverser une grève générale.

Ce n'est pas un phénomène anodin, loin s'en faut.

Nous faisons face à un choix de modèle, qui se polarise au rythme de la gravité de la crise.

En effet, les années de croissance "indistincte" sont révolues.

Ces années ont permis d'esquiver les questions importantes, dont le type de modèle de croissance et de société dont nous voulons.

Nous avons tenté de prolonger un modèle d'économie industrielle, c'est-à-dire centré sur la géographie, alors que l'économie de la connaissance et de la robotique est géographiquement versatile.

Nous croyons toujours avoir un contrôle sur les entreprises alors que ces dernières glissent de pays en pays.

Nous croyions aussi que le facteur social se résignerait alors que ce n'est aucunement le cas.

En un mot comme en cent, les luttes sociales reflètent une confrontation des facteurs de production, le capital et le travail, que seule la croissance permettait d'anesthésier.

C'est fini.

Ma conviction, c'est que tous, nous devons sortir de nos biais cognitifs.

Ce qui est en jeu, c'est la capacité de la Belgique de rentrer dans l'économie digitale, c'est-à-dire celle de la robotique et surtout de la dissociation géographique entre l'homme (situé ici) et la machine (qui est dans d'autres pays).

Qui s'occupe de cette évolution inéluctable ? C'est le cœur du problème et l'enjeu des premières décennies du vingtième-et-unième siècle.

Tant du côté gouvernemental que syndical, ne faisons pas les mêmes erreurs que dans les années septante et quatre-vingt, au cours desquelles nous avons tenté de prolonger les trente années glorieuses d'après-guerre, révolues depuis vingt ans.

A moins, bien sûr, que tout ceci ne soit qu'un immense spectacle, inspiré des deux côtés, de figures imposées et répétitions scénarios, mais je crois que notre pays vaut mieux que cela.

Posté le 14 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Banque Centrale Européenne : cela va mal se terminer

Jour après jour, la déflation s'installe en Europe.

Ses conséquences sur l'économie réelle sont éprouvantes en matière de croissance et de chômage. Ses relais politiques conduisent à de graves confrontations sociales.

Cette déflation n'est pas la conséquence exclusive d'une politique monétaire.

De nombreux facteurs, qui sont autant de tendances lourdes de l'économie, ont un pouvoir d'influence : vieillissement de la population, déplacement des centres de croissance vers d'autres continents, manque de politique industriel visionnaire, incapacité à moderniser nos économies au travers d'un dialogue social non confrontationnel, maintien d'un état providence partiellement inefficace, état d'esprit insuffisamment entrepreneurial, etc.

Mais, à côté de ces explications dominantes, la politique monétaire a été pusillanime.

Mario Draghi a cru que ses propos, confinés à la sphère verbale sans relais dans l'action concrète, suffiraient à stabiliser l'économie.

Mais si le phénomène monétaire relève effectivement des adhésions collectives, la ferveur ne correspond pas à l'action.

La BCE a, de manière systématique, agi avec retard, utilisant l'argument de l'attente de l'analyse des données pour…attendre encore un peu.

Or, pour ceux que les chiffres rassurent, l'évidence est devant nos yeux.

Le taux d'inflation de la zone euro sera probablement négatif en décembre et dans les prochains mois (et pour d'autres raisons que la chute du prix du pétrole) et les perspectives d'inflation à un horizon de cinq ans (extraites de données de marché) sont de 1,69 % dans la zone euro mais de -0,15 % en Allemagne.

En d'autres termes, les marchés anticipent que l'inflation sera négative en Allemagne dans cinq ans pour les cinq années suivantes.

La BCE met en œuvre actuellement quelques mesures dont l'effet est accessoire et chaque fois en-deçà des attentes.

L'étape suivante sera la mise en œuvre (évidemment repoussée) d'un assouplissement quantitatif.

Son effet sera probablement ancillaire, car il est, jour après jour, trop tard.

En effet, ainsi que les années trente l'ont instruit, deux années d'erreurs coûtent 10 ans de déflation.

Or nous avons déjà épuisé ces deux années d'erreurs.

Dans un intéressant éditorial publié dans l'Echo de ce week-end, Etienne de Callatay explique parfaitement le dilemme de la BCE : si elle ne fait rien, elle sera blâmée pour son action contre la déflation, et s'il elle agit tout en devant constater que son action est inopérante, elle perdra sa crédibilité.

Dans les deux cas, la BCE aura échoué.

En fait, tout se passe comme l'histoire imagée d'un parachutiste dont le parachute dorsal ne s'ouvre pas et qui n'ose pas activer son parachute ventral, dans l'angoisse que, lui aussi, ne fonctionne pas.

Çela se termine toujours mal.

Posté le 13 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les banquiers hollandais et la promesse à Dieu

Dans les calvinistes Pays-Bas, les banquiers sont progressivement soumis à un serment d'agir de manière conforme à une série d'engagements de manière éthique.

Bien que ce ne soit pas requis (liberté religieuse oblige), la plupart des serments se terminent par une promesse à Dieu.

Ce type de démarche n'est pas étonnante dans un pays protestant.

Mais si la Réforme n'avait pas renoncé au Culte des Saints, on se demanderait auquel il faudrait encore se vouer pour assurer la morale des affaires financières !

Dans les évangiles, Jésus ne range-t-il pas l’argent parmi les puissances qui asservissent l’homme?

Un nom démoniaque est donné dans l’évangile de Matthieu à l’argent : Mammon. Jésus avance que « Nul ne peut servir deux maîtres... Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Mat 6 :24).

L’évangile de Luc (6 :35) avance que « les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir la pareille… faites du Bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très Haut ».

Et puis, c'est pour confondre Jésus que les Pharisiens lui envoient des disciples chargés de lui poser la question suivante : «Est-il permis de payer le tribut à César ?». Jésus, s'étant fait montrer la monnaie du tribut, sur laquelle figure l'effigie de César, leur dit : «Rendez donc à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mat 22:21).

Mais peut-être que la juxtaposition entre la divinité et la monnaie, matière première des banquiers, se trouve ailleurs.

Les monnaies ressemblent aux dieux : elles n’existent que le temps de rassembler des adeptes.

Et il fait mourir assez tard avant de savoir que Dieu n’existe peut-être pas, et assez tôt avant de savoir que la monnaie ne vaut peut-être rien.

C'est peut-être pour cette raison que le serment des banquiers hollandais ne peut se vérifier que...post mortem.

Posté le 12 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le pari à 17.000 milliards de dollars

Depuis le début de cette crise, j'ai défendu l'intuition de la nécessité d'une inflation.

Il fallait "monétiser" la crise par une dilution des dettes.

Certains pays (Etats-Unis, Royaume-Uni et Japon) l'ont fait. La zone euro a fait un autre choix, celui de la monnaie désinflatée.

Aujourd'hui, la pensée dominante consiste à exprimer le postulat d'une déflation généralisée, qui est incidemment alimentée par la chute des prix du pétrole.

Pourtant, depuis le début de la crise, les diverses banques centrales ont dû imprimer 13.000 milliards de dollars pour un PIB mondial de l'ordre de 75.000 milliards. L'offre de monnaie des banques centrales a donc atteint 20 % du PIB pour un état déflationniste.

On admettra que ce n'est pas un succès.

Or les taux d'intérêt ne peuvent pas monter car cela mettrait la plupart des Etats en faillite et cela étoufferait la reprise. 

Les banques centrales devront donc continuer à imprimer de la monnaie pour combattre la déflation tant que les taux d'intérêt restent bas.

Mais quel est l'aboutissement de cette immense impression monétaire ?

L'inflation.

Ce sera peut-être cela, la surprise de 2015.

Je suis conscient que cette intuition peut paraître surprenante. Elle sera probablement démentie par les faits, mais, après tout, les prévisions des économistes pour l'année suivante s'assimilent souvent à de l'astrologie…

Posté le 10 décembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'étrangeté de la dette publique

La monnaie et la dette publique relèvent du même phénomène.

En effet, la monnaie est, pour partie, un passif des banques centrales tandis que la dette est celle des Etats.

Mais à tout passif correspond un actif : les dettes publiques correspondent à des créances sur les États tandis que la monnaie est une créance sur les banques centrales.

Cela va même plus loin : la dette publique vaut monnaie.

Elle est nominalement exprimée en unités monétaires qui devraient exprimer la même sécurité étatique.

C'est ainsi qu'il est presque impossible qu'un Etat fasse défaut sur sa dette sans que sa monnaie soit dépréciée.

Une singularité de la dette est néanmoins que la créance correspondante est gagée par la capacité future des Etats à lever des impôts ou à refinancer la dette afin de l'honorer.

Il y a donc une hypothèse sous-jacente à la pérennité de l'ordre social : la crédibilité et stabilité de l'ordre socio-étatique. Cette même stabilité garantit la monnaie qui est aussi une expression de l'adhésion aux structures socio-étatiques.

Mais alors, la monnaie et la dette publiques ne sont-elles pas de gigantesques paris, relevant de l'adhésion collective ? Probablement.

Marx qualifiait d'ailleurs la dette publique de "capital fictif".

Etrange analyse.

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