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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 31 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Demain, deux Europes ?

De plus en plus de voix s'élèvent pour envisager une Europe à deux vitesses.

Récemment, l'ancien Président français, Valery Giscard d'Estaing, en a émis l'idée sous la forme d'une Europe concentrée qui s'appellerait Europa.

Cette question était impensable, il y a trois ans, mais aujourd'hui, force est de constater que les visions économiques diffèrent.

On distingue désormais le nord de l'Europe, au sein duquel la force de la monnaie est collectivement fondatrice, du sud du continent, où la monnaie a toujours été disqualifiée au profit des pouvoirs centralisateurs.

L’euro, présenté comme un facteur de paix, garrote désormais des économies qui s’effondrent sous une dévaluation interne, faute de pouvoir effectuer une dépréciation externe.

Demain, si des secousses traversent l’Europe, nous verrons peut-être apparaître une monnaie germanique, regroupant les pays industriels et réformés du nord, c’est-à-dire l’Allemagne et les Pays-Bas autour desquels graviteront la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et quelques pays connexes, favorisés par leur proximité géographique avec l’Allemagne.

La fracture sera peut-être opérée entre les pays catholiques et les pays réformés.

Mais d'autres agrégats sont envisageables : une Rhénanie-Westphalie étendue, une zone d'économie industrielle (qui est centrée sur ses propres capacités de production manufacturière)…

Peut-être même que la zone monétaire ressemblerait alors à la Lotharingie de Louis le Germanique (806-876), petit-fils de Charlemagne, en 870 ?

Posté le 29 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Après une longue récession, que deviendront nos démocraties ?

La démocratie, ce pouvoir du peuple, probablement inventé par Périclès, est le concept le plus fragile et insaisissable qui soit.

La démocratie est-elle la loi du plus grand nombre ?

Ou le nombre des plus heureux ?

Porte-t-elle justice et respect en elle ?

Ou, au contraire, est-elle, par son impitoyable arithmétique, l'expression concédée d'une domination?

Je ne sais pas.

Cette question, insoluble, appartient aux philosophes.

Mais, en tant qu'économiste, ce que je ressens, c'est que la crise va désormais attiser les vents mauvais de l'exclusion, de l'ostracisme, de la prédation.

Alors que nous célébrons le drame de la guerre de 1914-18, peut-être trop lointaine pour l'accrocher au réel, d'autres se réfèrent à la seconde guerre mondiale.

Nos communautés plongent dans l'appauvrissement collectif, donc dans la lutte individuelle.

Ce monde va souffler sur les braises de la dissension.

Car si, pendant quelques instants, le doute s’installe, c’est que Camus avait raison, lui qui affirmait que l’absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence du monde.

A l’absurde, Camus apportait la réponse de la révolte, c’est-à-dire l’affrontement avec le destin.

Prenons garde : nos communautés entrent en période de haute turbulence. Il ne faudrait pas que de banalisation en assentiments résignés, nous entrions dans des années obscures.

Et réfléchissons bien à la nécessité absolue d'une démocratie et d'un consensus social bienveillant.

Posté le 28 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Gestion de l'euro : un retour au réel s'impose...

Entre le Président de la Banque de France qui explique que la Banque Centrale Européenne (BCE) est "très mal à l'aise" avec le niveau d'inflation et son économiste en chef, le belge Peter Praet qui s'inquiète aussi du manque d'inflation et réitère la possibilité de mesures non conventionnelles pour soutenir l'économie, on commence à comprendre que la situation est très grave.

Car, dans le langage soyeux des banquiers centraux, exprimer un "mal à l'aise" revient à dire qu'on s'attend à un désagrément (et c'est un euphémisme).

Et cette perturbation, c'est le basculement dans la déflation, dont aucun livre d'économie ne possède la recette pour s'en extraire.

Ce que Peter Praet veut dire, c'est qu'après avoir baissé les taux d'intérêt à leur minimum, mis en place des taux d'intérêt négatifs, constaté le violent échec de refinancement des crédits bancaires, il ne reste qu'une solution : réescompter des dettes publiques.

C'était impensable.

Ce devra être mis en œuvre.

C'est toute la logique de la construction de l'euro qui est désormais fissurée, car ce réescompte éventuel des dettes publiques est incompatible avec la vision allemande de la monnaie, d'autant qu'une telle opération doit être gigantesque pour être efficace, nonobstant le fait que son succès est aléatoire.

En janvier 2014, c'est-à-dire il y a 9 mois, au Sommet de Davos, le Président de la BCE, Mario Draghi, disait "ne pas voir de déflation".

Il disait même que "l'amélioration des marchés financiers et la politique monétaire très accommodante en vigueur depuis la fin 2011 (...) se transmettent enfin à l'économie réelle".

Je crois qu'un retour au réel s'impose.

Posté le 28 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'inquiétude de la BCE devient ....inquiétante

La situation économique européenne rappelle l'histoire de l'homme qui cherche ses clés près d'un lampadaire public et qui explique à un passant interpellé qu'il limite son champ de recherche à l'endroit où il y a de la lumière.

En d'autres termes, le tropisme européen nous conduit à un manque d'introspection.

C'est pour cette raison qu'il faut chercher des références auprès d'économistes étrangers pour stabiliser son appréciation de l'économie européenne.

C'est donc à la lecture d'économistes anglo-saxons et asiatiques qu'on prend toute la mesure du drame que la zone euro est en passe de traverser.

C'est désormais établi académiquement : La rigueur et l'austérité sont corrélées avec la tendance déflationniste.

La BCE a, quant à elle, insuffisamment injecté d'argent dans l'économie et son bilan diminue chaque jour. Certes, la BCE s'est engagée à racheter des actifs bancaires…mais la situation récessionnaire et déflationniste conduit à ce qu'il n'y en ait pas assez.

Au reste, le bilan de la BCE devrait augmenter non pas de 1.000 milliards d'euros, mais peut-être de 2.000 à 3.000 milliards d'euros.

L'Europe tombe dans un piège de la liquidité, c'est-à-dire une situation où l'épargne n'est plus investie de manière productive, comme l'eau d'un lac que plus aucun courant ne traverse.

Je crois que la BCE réalise avec effroi ce qui se trame.

L'interview de Peter Praet dans l'Echo de ce jour est très révélatrice

Posté le 27 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Dette publique : thèse, contre-thèse et foutaises...

On l'avait oublié, mais le revoilà.

Il s'agit de Beppe Grillo, le leader nihiliste italien.

L'homme eut son éphémère succès.

Le revoilà avec une exigence digne de Proudhon : arrêtons de rembourser les intérêts sur la dette publique italienne, qui s'élève à 100 milliards d'euro par an (soit un quart du PIB belge).

Ce que Grillo demande, c'est une répudiation des engagements passés, d'autant plus lourds que l'Europe s'enfonce – malgré les dénégations de la BCE- dans une inexorable déflation.

Thèse, contre-thèse et foutaise : l'idée n'a aucun sens, puisqu'elle ruinerait les rentiers, les déposants et actionnaires bancaires, ainsi que les compagnies d'assurances.

Grillo aime bien les faillites, à commencer par celui de son pays.

Mais qui peut jurer quel sera l'aboutissement de cette crise, aux mutations virales dans un environnement monétaire dont les meilleurs auteurs académiques relèvent les erreurs de conception ?

Beppe Grillo est un amuseur public et un personnage d'arrière-plan que l'Histoire reléguera au registre des farces et attrapes, rubrique poil à gratter et coussin peteur.

Mais il n'empêche que la dette publique est impossible à rembourser sans inflation ni croissance.

Et lorsque cette réalité sera intégrée, on parlera sérieusement de partage de charge de la dette et de soustraction patrimoniale.

Et ce sera moins drôle.

Posté le 26 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si l'Allemagne quittait insideusement la zone euro ? Un scénario à exorciser.

L'information est passée inaperçue.

Il y a quelques mois, le Ministre des Finances Allemand a annoncé que son pays ne lèverait pas de dette publique en 2015.

Ce serait une première depuis 1969.

La dette allemande est donc devenue plus rare et est, en termes relatifs, plus difficile à obtenir au titre de garantie bancaire. En conséquence, les taux d'allemands sont très bas, reflétant la pénurie de leur support.

Les autres pays européens, dont la France et l'Italie, prennent résolument une voie opposée, dépassant les critères du Pacte de Stabilité et de Croissance et augmentant leur endettement public.

Au reste, la décision de l'Allemagne de ne pas augmenter sa dette publique est une sèche fin de non-recevoir aux demandes réitérées des instances internationales, dont la Banque centrale Européenne, de mettre en œuvre une politique keynésienne de travaux d'infrastructure financés par l'endettement public, à l'image du Pont du Rhin de Leverkusen, fissuré de toutes parts, et fermé pendant plusieurs mois faute d'investissement.

Comment la zone euro peut-être s'extraire d'une tendance récessionnaire et déflationniste si les principaux pays expriment un tel antagonisme de visions économiques ?

Comment obtenir un accord allemand pour une stimulation budgétaire alors que la principale puissance économique européenne s'y oppose ?

Et comment espérer que la BCE puisse vraiment déployer tout son arsenal monétaire dans un contexte de désunion.

Et puis, pourquoi cette rigidité monétaire allemande ?

Les explications sont nombreuses, mais mon intuition me ramène au caractère luthérien de l'essence allemande et à la trame de l'Etre Suprême hégélien.

L'Etat dépasse l'individu et la monnaie est un symbole fondateur.

L'Allemagne est d'ailleurs un pays dont la monnaie fut un facteur de désunion (hyperinflation de 1923) ou d'union (réunification de 1989). La monnaie a désormais une telle valeur que l'Allemagne réévaluait le Deutsche Mark au détriment de son potentiel d'exportation, tout en surmontant cette réévaluation par une productivité industrielle et un ascétisme monétaire rigoureux.

En Allemagne, la force de la monnaie doit être surmontée par la discipline du peuple.

C'est pour cela que l'euro a juxtaposé temporairement des mentalités monétaires non miscibles.

Peut-être que l'Allemagne considère-t-elle qu'elle a assez payé pour sa réunification territoriale au prix duquel elle a perdu sa souveraineté monétaire.

L'Allemagne quitterait alors la zone euro avec ses principaux partenaires économiques, dont la Belgique, mais probablement sans la France et l'Italie.

Scénario improbable ? Il faut l'espérer. C'est pour cette raison que les prochaines années doivent démontrer la cohérence du projet européen.

Posté le 26 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Travailler jusque 67 ans…Vraiment et comment ?

Le financement des pensions est un problème mathématiquement insoluble puisque l'espérance de vie moyenne augmenté de 10 ans depuis les années soixante et que la pyramide des âges s'est inversée.

Il est virtuellement impossible de financer une population âgée croissante avec une population active déclinante.

L'erreur passée est de s'être collectivement engagés à perpétuer un système de pension dont les bases arithmétiques devenaient instables et incorrectes.

Certes, il faut augmenter le taux d'activité des personnes âgées.

Dans cette perspective, on augmente l'âge de la pension.

Mais ne nous leurrons pas : cette augmentation est plutôt destinée à augmenter le nombre d'années nécessaires à une carrière complète qu'à stimuler le travail des aînés puisque la récession et la déflation entraînent une stagnation du marché du travail.

Au reste, comment imaginer demander à des personnes âgées plus longtemps alors que la jeunesse, intuitivement plus apte à s'adapter à une nouvelle économie, ne trouve pas assez de travail ?

Le problème est que l'économie traverse, comme dans les années quatre-vingts avec l'introduction de l'informatique, une période de fracture technologique: c'est une économie digitalisée qui disqualifie de nombreux métiers d'intermédiaires.

Ce constat est, en vérité, le véritable obstacle à une augmentation du taux d'emploi des travailleurs âgés. L'augmentation de l'âge de la pension est donc un postulat qui camoufle une réalité économique incontestable.

D'ailleurs, penchons-nous sur un travailleur qui aurait 67 ans aujourd'hui (en supposant qu'il doive travailler jusqu'en 2014, ce qui est une situation fictive puisque ce travailleurs est, en l'état, déjà pensionné), c'est-à-dire né en 1947, deux ans après la victoire alliée. Pour autant que ce travailleur ait effectué des études à 18 ans, celles-ci furent achevées en 1969, c'est-à-dire l'année d'Apollo 11. A l'époque, l'informatique était un mot presque inconnu. Cette personne a atteint son meilleur potentiel d'activité en 1992, c'est-à-dire il y a 22 ans, dans un mode où Internet relevait presque de la futurologie.

Un travailleur de 67 ans a donc dû traverser des phases d'adaptation et de recyclage impressionnantes, dans un contexte où le développement technologique est presque exponentiel.

La véritable question n'est pas de mettre en cause son adaptabilité, car nombreux sont ceux qui veulent et peuvent travailler plus tard.

La question porte sur ce que les pouvoirs publics font pour aider ces travailleurs à se recycler et à se former pour qu'ils puissent maintenir un potentiel économique suffisant.

Et à cette question, je n'ai pas vu de réponse.

Posté le 25 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

La déflation dans la zone euro est le plus grave problème de l'économie mondiale.

Cette année, l'Europe fêtera le quinzième anniversaire de la zone euro.

La cérémonie sera courte et frugale, car les lendemains qui allaient chanter ont déchanté. La zone euro n'est pas allée au bout de sa propre exigence, c'est-à-dire une union fiscale et budgétaire, n'a pas mutualisé ses dettes publiques et a imposé à contretemps des mesures d'austérité aux pays du Sud, où le taux de chômage des jeunes dépasse allègrement 40 %.

Les pays de la zone euro ont aussi signé un Pacte de Stabilité qui est un Pacte de déflation, que le Président du Conseil Italien qualifie de "Pacte de Stupidité".

Le faible niveau de croissance interdit tout retour rapide à l'équilibre budgétaire et encore moins un désendettement public, impossible à réaliser.

Mais la question n'est pas là : que va-t-il se passer ?

A court terme, il faudra attendre que l'Allemagne effectue – de manière socratique – son propre aveu de tendance déflationniste avant d'autoriser une flexibilité des règles budgétaires, que même le Président de la BCE appelle.

Il faudrait aussi que les États puissent tirer profit des taux d'intérêt bas pour financer de grands travaux dans l'économie digitale, et que ces emprunts soient financés par la BCE qui créerait alors de la monnaie, elle-même destinée à perdre de sa valeur sous une inflation espérée.

A moyen terme, il y aura des rééchelonnements inévitables de dettes publiques pour libérer la jeunesse de la prospérité qu'on lui a empruntée.

Mais il est possible que des troubles sociaux s'embrasent, encore que le vieillissement de la population conduise plutôt – et c'est pire – à une asthénie et à la résignation.

Dans tous les cas de figure, il est inévitable que l'anti-européanisme gagne en importance et que des peuples veuillent se libérer du carcan monétaire.

Faut-il le souhaiter ?

Je ne sais pas.

La monnaie et la dette publique relèvent du symbolique. Ce sont des postulats qui ne résistent pas aux rapports de force sociaux et aux réalités de l'économie réelle. En même temps, il est essentiel d'assurer l'harmonie entre les peuples et d'intégrer les économies, car le poison de la dissension est prompt à être distillé.

Et c'est cela, sans doute, le problème de la zone euro : un attentisme dont nous ne sortirons qu'à notre détriment.

Car il est évident que les problèmes de l'euro ne constituent que le voile d'une transformation sociale beaucoup plus importante : c'est une tension entre les peuples qu'il faut éviter.

Il faut aussi, à côté d'un assouplissement budgétaire et monétaire, de véritables politiques industrielles, car, là aussi, le résultat est médiocre. Tant la libéralisation de la production énergétique que le déploiement des télécommunications ont été des échecs.

The Economist titre cette semaine sur le fait que la zone euro est le plus gros problème économique du monde et que les dirigeants européens n'ont plus le temps.

Leur attentisme serait un acte irresponsable à l'aune de l'Histoire, au même titre que l'inconséquence des créateurs de l'euro apparait aujourd'hui avec désarroi.

Posté le 25 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

La Banque Centrale Européenne est échec et mat.

Depuis plusieurs semaines, la Banque Centrale Européenne (BCE) a modifié son message.

Après des annonces fracassantes de refinancement de l'économie (injection d'argent frais au travers de financements de crédit bancaires, prêts à des taux extrêmement bas) et des baisses de taux d'intérêt qui auraient été impensables puisqu'ils en deviennent négatifs, il faut se rendre à l'évidence : cela ne marche pas.

Les projections de croissance et d'inflation restent désespérément basses.

C'est incidemment une des conséquences de la politique de la BCE elle-même puisque son bilan (qui mesure la création de monnaie) a baissé depuis trois ans, au contraire de toutes les autres banques centrales.

Mais il y a pire : la BCE a appuyé la mise en place du mal-nommé Pacte de Stabilité et de Croissance qui conduit à exiger des retours à l'équilibre budgétaire et à désendetter les économies.

Ce Pacte n'apportera bien sûr ni stabilité, ni croissance en pleine récession, car l'Etat doit justement mettre en œuvre une politique d'assouplissement budgétaire en période de tassement économique.

Aujourd'hui, la BCE tente de faire passer un message dont le caractère florentin mesure l'ambiguïté qu'elle a entretenue depuis des années : il faut respecter la "fidélité" par rapport aux exigences budgétaires mais stimuler la demande dans certains pays.

C'est bien sûr l'Allemagne qui est visée.

La BCE demande donc à l'Allemagne de modifier sa politique budgétaire après l'avoir validée et aligné la gestion de l'euro sur les exigences de la Bundesbank.

Tout ceci reflète un manque complet de vision et d'intuition économique.

D'ailleurs, la BCE annonce un risque de rechute en récession.

Et nous entrerons en récession avant que le mot tabou, à savoir la déflation, soit finalement prononcé.

Les autorités politiques et monétaires européennes sont échec et mat.

Posté le 24 octobre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

De la guerre aux grandes grèves : les cauchemars de la Belgique

Depuis quelques semaines, la Belgique est entrée dans une atmosphère de violentes turbulences.

L'Europe s'enfonce inexorablement dans la déflation et une période de croissance insuffisante. Il était donc prévisible - parce que prévu- ,  que cette crise économique s'échoue dans des débats idéologiques.

Mais nous assistons peut-être à quelque chose de beaucoup plus grave et d'indicible, à savoir la fin d'un mode de gestion commune du pays.

Aujourd'hui, tous les antagonismes s'expriment.

Lors du gouvernement précédent, le parti majoritaire flamand n'était pas représenté, tandis qu'aujourd'hui, un parti minoritaire représente les Wallons et les Bruxellois. Aux revendications d'indépendance flamande, certains opposent un régionalisme wallon beaucoup plus profond qu'on ne le pense.

Les fissures deviennent des fractures, jusqu'à ouvrir les plaies de la guerre et de la collaboration, à coup de violences verbales insupportables.

La Belgique plonge dans ses sombres passés. Les mots honnis sont prononcés : collaboration, Allemagne, nazisme. Ces mots sont des blessures parce que la Belgique n'a pas fait le deuil de sa propre histoire.

Elle ne le fera jamais car sa réalité fut mise en question de 1940 jusqu'au retour du Roi en 1950, lorsque le régime fut mis au vote de la consultation populaire.

Et c'est justement ce qui est peut-être en train de se passer : le régime est, à nouveau, placé en déséquilibre.

D'ailleurs, tout se mélange aujourd'hui.

Car derrière les relents de la guerre, il y a autre chose. Lorsque le profane s’interroge sur la politique belge d’après-guerre, il plonge en apnée dans les méandres de l’histoire. Et c’est alors qu’immanquablement, il discerne, entourée de silences gênés ou de confidences chuchotées, une zone d’ombre. La plupart des mémorialistes la contourne avec embarras, comme si l’histoire était hantée par le néant. C’est la saison froide de la Belgique. Elle est lugubre : c’est la Question Royale.

Et, on le sait : frôler cette question revient à esquisser les interdits. En parler rappelle la guerre, ses égarements et des malédictions collectives.

Mais, plus d'une décennie après la question royale, une autre lutte s'engagea.

Ce furent la loi unique et les grandes grèves, signant la fin d'une prospérité artificielle liée au plan Marshall et à la reconstruction d'après-guerre.

Assisterons-nous à une fracture linguistique et idéologique comparable aux années cinquante et soixante ?

Ce n'est pas exclu.

La Belgique a traversé deux siècles de paix dans une culture du compromis, incidemment signée par la devise nationale.

Je crains qu'elle ne sorte pas indemne des prochaines années car les fractures sont désormais trop importantes.

Et le pire serait que notre démocratie soit sabordée au profit d'une ploutocratie ou d'une oligarchie du plus grand nombre.

Au-delà de lui-même, ce pays doit absolument garder l'humanisme qui a scellé son union.

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