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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 1 février 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Pourquoi un tel déni de déflation chez certains économistes ?

Depuis un an, la tendance déflationniste était évidente pour tout économiste sérieux qui s'exerce à un élémentaire exercice de perspective.

Pourtant, les économistes bancaires joignirent leurs voix à celles des décideurs politiques et des dirigeants de la BCE pour former un invraisemblable orchestre de déni.

Je m'interroge sur la raison d'un tel phénomène, qui s'apparente à un biais cognitif inavoué, voir à un syndrome de Stockholm intellectuel.

Certes, on doit toujours apprécier la neutralité intellectuelle des économistes bancaires avec un scepticisme bienveillant ou une bienveillance sceptique : ils ne sont pas présents dans les médias à titre personnel mais ex officio, c'est-à-dire pour accompagner l'action commerciale de leur employeur qui les rémunère.

La seule explication que je trouve est donc que ces économistes ne peuvent, en aucune manière, mettre en question les pouvoirs publics qui sont les garants finaux de leur emploi.

Ils doivent donc s'accommoder de toutes les réalités et s'immerger dans l'ordre établi du moment, sans pouvoir s'autoriser la moindre critique ambitieuse.

Ils restent donc à la marge de la pédagogie.

Cette attitude conduit à ne jamais mettre en question l'expression des pouvoirs publics et monétaires : on n'est pas en déflation tant que les autorités ne l'ont pas signifié, la rigueur budgétaire est une obligation irradiante tant que l'humeur politique l'exprime. Aucune critique, aucun doute, aucune prospective ne peut donc être exprimée par des économistes bancaires, ce qui explique le déni de déflation tant que les pouvoirs supérieurs ne leur auront pas autorisé d'en émettre l'argument.

Pourtant, parmi ces derniers, certains ont des formations académiques robustes et ont démontré, par le passé, un courage intellectuel qui les a honorés par le passé.

Posté le 31 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Amertumes hivernales sur mon pays.

J'ai 53 ans.

Eveillé à la musique par Sergeant Pepper's des Beatles et désormais réveillé par Stromae, le temps a passé.

Presque un demi-siècle.

C'est long et court à la fois.

Assez long pour se rappeler le décollage d'Apollo 11 et l'atterrissage de la première navette spatiale. De Paul VI à François.

Mais assez court pour se rappeler que trois rois auront dirigé le pays.

J'aime profondément mon insaisissable pays.

Ceux qui l'ont créé sont les mêmes que ceux qui se sont battu pour sa liberté et ont accueilli les autres.

Mais il me déçoit parce qu'il a dérivé.

Il est devenu petit, ramené à sa géographie, lui qui avait accueilli tous les hommes de rupture en recherche d'un havre de liberté de penser et d'expression, d'Hugo à Marx.

Durant les deux siècles de son existence, la Belgique a été un pays de liberté d'expression, de création refoulée, donc exacerbée.

Foyer du surréalisme, elle devient un pays triste, étreint par la conformité.

Sans ambition.

Fragmenté.

Ereinté par ceux qui ont voulu le diriger par opportunisme.

C'est devenu un pays banal.

Je suis déçu de ceux qui l'ont dirigé.

Autrefois foisonnante de créativité, Bruxelles est devenu un ghetto ou un downtown, selon qu'on soit la nuit ou le jour.

Je n'aime pas déléguer mon futur à d'autres, mais je pense qu'il manque quelque chose: une, des, valeurs morales qui guident ce pays vers son avenir. Des hommes politiques qui n'entrent pas dans l'avenir à reculons. Des hommes qui, quand ils représentent la Nation, ne pensent pas à la fracturer.

DEs femmes, des hommes qui écoutent d'abord les jeunes.

Qui comprennent les changements ahurissants du monde sans se boucher les oreilles.

Des femmes, des hommes étonnants, différents.

Qui me donnent toujours envie d'écouter Sergeant Pepper's et Stromae.

Posté le 29 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Déflation : des riches plus riches, des pauvres plus pauvres ?

Il est coutumier d'énoncer que l'inflation pénalise les travailleurs de faibles revenus au motif qu'ils doivent absorber l'inflation associée à leur consommation alors que les personnes plus fortunées, ou plutôt celles qui possèdent un capital, peuvent échapper à l'inflation par des investissements indexés sur l'inflation (immobilier de rapport, actions, etc.).

Si ce raisonnement était correct, la déflation serait bénéficiaire aux faibles salaires tandis qu'elle pénaliserait les titulaires de capitaux.

Ce n'est pas le cas.

La déflation s'accompagne de taux d'intérêt extrêmement bas qui font mécaniquement monter le prix des actifs (immobilier, actions, etc.), puisque le "prix du temps", mesuré par le taux d'intérêt disparaît.

Tout se passe comme si l'investisseur n'était pas pénalisé par le passage du temps avant de recevoir le revenu de son capital.

Le travailleur bénéficie quant à lui, d'un pouvoir d'achat accru, puisque les prix à la consommation baissent.

Ceci est correct à un niveau micro-économique, mais certainement pas à un niveau agrégé, puisqu'un exclu du circuit du travail n'en retrouve pas dans un contexte récessionnaire et déflationniste.

On remarque d'ailleurs que depuis plusieurs années (et ceci indépendamment du contexte déflationniste), la part du travail dans le PIB a baissé tandis que la part dres revenus du capital a augmenté.

Lors de l'entrée en déflation, il valait mieux être un capitaliste qu'un travailleur.

La déflation, qui est une situation épouvantable en termes de contexte économique, se conjugue donc à une perpétuation des inégalités sociales.

Les hommes politiques et économistes qui ont nié l'évidence de la déflation doivent être confrontés à cette réalité.

Posté le 28 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Danger : émergence de monopoles dans l'économie digitale

Trois changements organiques s'alignent dans la morphologie de la sphère marchande :

1. Nous pénétrons dans l'ère de la digitalisation. L'ère digitale, dans laquelle nous pénétrons, est à l'économie des services ce que fut la désindustrialisation à l'économie manufacturière. Des flux physiques quittent l'économie réelle pour se mécaniser en flux digitaux, transportés par Internet. Il s'agit de toutes les applications existantes transportées par les smartphones, mais aussi les nouveaux modes de commerce (Amazon, eBay) et de paiement (Apple Pay) en passant par la mécanisation des actes administratifs, etc. La singularité de cette économie digitale est qu'il n'existe pas de superposition géographique entre le travail d'un intermédiaire qui disparait et un centre informatique qui se situe aux Etats-Unis.

2. Les entreprises qui pilotent cette mondialisation digitale sont des entreprises en situation quasiment monopolistique, à tout le moins dans certaines géographies. Les Etats-Unis entretiennent ces monopoles alors que pendant très longtemps, le capitalisme américain s'est structuré sur leur fragmentation. Il suffit de penser à la téléphonie (AT&T) en 1982. Si la téléphonie fut éclatée, rien de tel ne fut imaginé pour Microsoft et tous les nouveaux opérateurs impliqués dans la digitalisation (Google, etc.)

3. La démocratie se limite aux frontières d'un Etat. Aujourd'hui, de grandes entreprises, dont les acteurs de la digitalisation, dominent les Etats. Ces entreprises allument et éteignent des feux de croissance selon de nombreux critères, sans que l'exercice du pouvoir régalien d'un Etat particulier ne puisse n'être plus qu'un facteur accessoire.

Il faut repenser l'évolution de la sphère marchande selon ces axes. Immanquablement, cela plaide pour des politiques industrielles ou digitales à l'échelle de macro-zones ou de continents. L'Union Européenne n'a pas encore fait ses preuves dans ce domaine. Il importe néanmoins que chaque pays mette en œuvre une profonde réflexion stratégique sur la digitalisation.

Posté le 27 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Au Sud, referait-on l'euro ?

Au-delà de l'expression des élections grecques, une question se pose : les économies du Sud de l'Europe ont-elles véritablement tiré un bénéfice structurel et collectif de leur appartenance à la zone euro ?

Pendant les premières années, ces économies et surtout leurs Etats, débarrassés du risque de change, ont pu se refinancer à des conditions allemandes et tirer profit d'un espace commercial étendu.

Mais depuis 2011, les pays du Sud doivent subir un drastique régime d'amaigrissement budgétaire dans un contexte de déflation et d'une monnaie trop forte.

Je ne sais pas si des études ont été réalisées, mais je me demande si ce ne sont pas les économies du Nord de l'Europe qui auraient, plus que proportionnellement à leur importance dans le PIB de la zone euro, bénéficié d'un effet d'aubaine, à savoir de ne pas devoir réévaluer leur monnaie tout en éliminant des concurrents du Sud européen. D'ailleurs, si la monnaie est trop forte pour Sud, elle est trop faible pour le Nord qui représente un pourcentage relatif supérieur du PIB de la zone euro.

Quoi qu'il en soit, si on devait refaire l'euro dans les circonstances contemporaines, on ne le referait pas, ce qui est la preuve qu'on aurait pas dû construire l'euro ou que sa gouvernance est inappropriée.

D'ailleurs, les études de banques d'affaires que les cours de changes des Etats-membres qui furent, un instant, en équilibre au moment de la création de la monnaie commune seraient très différents si on revenait théoriquement aux monnaies nationales.

L'orientation grecque démontre à suffisance ce que je crains depuis deux ans : l'euro ne subsistera dans les pays du Sud qu'au prix d'une absorption interne et massive de pertes sur les dettes publiques.

Il y aura de gigantesques abattements de créances, correspondant à des non-valeurs, qu'il faudra reconnaitre.

Ces jours arriveront.

Ils seront sans doute déclenchés par des expressions démocratiques.

Posté le 26 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Quel est le calibre de la dernière cartouche de la BCE?

Au risque d'entretenir un propos qui s'assimile à de l'obstination, chaque jour me conforte dans l'idée que l'euro souffre de vices de conception irrémédiables.

Le défaut originel de l'euro est d'avoir découlé d'une décision politique plutôt que d'une adhésion monétaire naturelle auxquelles des économies convergentes souhaitaient s'associer.

Projet utopiste, l'euro fut le prix payé par l'Allemagne pour sa réunification. Sa souveraineté monétaire fut donc troquée contre sa souveraineté territoriale sous l'impulsion des anciennes puissances alliées qui craignaient une gravitation économique allemande trop puissante.

Cette décision politique fut cristallisée dans le Traité de Maastricht qui s'essaya à des normes d'économies convergentes sans mettre en place d'union politique, fiscale et budgétaire et encore moins une politique industrielle, qui a incidemment échoué dans tous les domaines, des télécommunications à l'énergie.

Le choc de 2008 révéla l'ampleur du désastre des erreurs de fabrications de l'euro qui devint rapidement une monnaie unique plutôt que commune.

Les tensions nationales prirent immédiatement le pas sur une réponse harmonisée à la crise souveraine tandis que la BCE s'enferra dans une succession d'erreurs impardonnables.

Il y eu la période de la présidence de Jean-Claude Trichet qui était frappé par la hantise d'une inflation ectoplasmique tandis que Mario Draghi perdit deux ans avant de réaliser la pente de la déflation dans laquelle toute l'économie européenne glissait.

Aujourd'hui, la BCE a décidé de refinancer l'économie européenne par un assouplissement quantitatif. C'est une démarche intelligente, "hygiéniquement" indispensable, mais tardive.

Son échec sera peut-être la conséquence du délai avec lequel elle a été mise en œuvre. L'économie européenne est affectée de taux d'intérêt proches de zéro sur des durées très longues : la BCE achètera donc des actifs au plus haut prix à des vendeurs qui n'auront pas d'affectation immédiate pour les sommes reçues de la BCE.

Il en résultera une baisse de taux d'intérêt prolongée avant d'espérer l'inflation que, dès le début de la crise, la BCE aurait dû accueillir comme une solution organique à l'excès d'endettement public. Ce dernier est incidemment un problème consubstantiel à la gestion monétaire : les dettes publiques et la monnaie sont deux expressions régaliennes.

Mais projetons nous dans deux ans et imaginons l'hypothèse pessimiste que l'économie soit restée dans une stagnation et un contexte déflationniste, malgré l'action de la BCE.

Que va-t-il se passer ?

La réponse est diffuse mais il est probable que la BCE continue son programme de rachat d'actif dont elle a d'ailleurs dit qu'il resterait en activité jusqu'à ce que l'inflation revienne à un niveau proche de 2 %.

A ce moment, l'Allemagne s'y opposera définitivement et envisagera probablement son extraction de la zone euro.

Concomitamment, l'explosion des dettes publiques, plombées par le coût asymptotique des pensions, conduira des Etats à d'inéluctables rééchelonnements de dettes.

Dans l'hypothèse d'une rupture de l'euro, il en résulterait une poussée inflationniste pour les pays qui seraient dissociés de l'Allemagne. Cette inflation pourrait faciliter la stabilisation des dettes publiques.

Dans tous les cas de figure, l'euro n'y survivait pas sous sa forme actuelle.

Sans s'engager dans une futurologie hasardeuse mais en s'essayant à un sommaire exercice d'intuition, on comprend d'ailleurs aisément que l'euro est intrinsèquement inadapté à des économies asynchrones et indépendantes les unes des autres. Et il faut admettre qu'un départ allemand, auquel les pays du BENELUX s'associeraient certainement, est un scénario plausible en cas d'échec de la politique monétaire de la BCE.

Il reste donc à espérer que la dernière cartouche de la BCE soit d'un calibre suffisant pour réanimer une économie que sa propre politique monétaire et une rigueur budgétaire aveugle ont contribué à accabler.

Les américains appellent cela une 'silver bullet', c'est-à-dire une solution parfaite qui atteint la cible du problème.

Et surtout, il faut en être convaincu : il n'y aura plus d'euro sans plus d'Europe.

Posté le 25 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'euro : comme un domino qui commence à tomber ?

Nous traversons un moment crucial.

Sauf à craindre que la volonté démocratique du peuple grec ne soit pas respectée avec la hantise d'un Georgios Papadhópoulos de 1967, la Grèce vient de signifier à l'Europe une fin de non-recevoir à la poursuite d'un programme d'austérité contraire à tout discernement socio-politique.

Il ne faut jamais l'oublier : une devise est une représentation symbolique qui n'existe que par l'adhésion d'un nombre suffisant d'adeptes.

Une monnaie ne discipline pas une économie : elle la reflète.

Il y avait l'espoir que l'ordre politique s'aligne sur la voie de l'adhésion, mais aujourd'hui, les élections grecques illustrent que l'économie "réelle" s'oppose au maintien artificiel d'une symbolique monétaire qui a échoué à ancrer son postulat dans une réalité socio-politique dans les pays du Sud européen.

Je suis convaincu qu'après des mois de dénégation de récession et de déflation, le barrage des dénis des vices de conception de l'euro est fissuré.

Car, si la Grèce n'est qu'un épiphénomène politique, c'est la substance de la gouvernance européenne qui est interpellée : comment continuer à postuler la pérennité d'un symbole qui ne constitue plus un projet de prospérité collective et partagée.

Et ne nous y trompons pas : la chute de l'euro par rapport aux autres devises et à l'or reflète un scepticisme sur la consistance d'un symbole.

Il serait temps que les concepteurs et signataires de l'euro encore vivant expriment un avis circonstancié. Et surtout que nos dirigeants politiqueset monétaires expriment un avis convergent.

Notre avenir monétaire est à ce prix.

Posté le 25 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Grèce : de la démocratie de Périclès à l'euro

Lors de l'ouverture de l'Union Européenne, le Président français Giscard d'Estaing aurait dit qu'il était exclu de ne pas y associer la Grèce, au motif que Platon ne joue pas seconde division.

Le même raisonnement fut apparemment tenu pour l'entrée de la Grèce dans la zone euro, deux ans après la plupart des autres pays européens.

Les finances de ce pays étaient dans un état pitoyable, mais la Grèce organisait les jeux olympiques de 2004.

Il aurait été indécent d'écarter le berceau de la démocratie de la plus grande aventure monétaire du vingtième siècle, dont la réussite irradiante n'aura échappé à personne.

Dix ans après son entrée dans la zone euro, la Grève dut avouer, de manière socratique, l'état de ses finances publiques, conduisant les autres pays de la zone euro à un sauvetage étatique sans que le mot "défaut" puisse être prononcé.

Aujourd'hui, jour de la victoire électorale probable du parti Syriza, la Grèce rappelle que le fondateur de la démocratie fut Périclès et que la voix du peuple domine les symboles monétaires.

Ironie du sort : c'est en 2001, année de l'entrée de la Grèce dans la zone euro, que les Etats-membres lancèrent un programme de lutte contre le faux-monnayage de l'euro.

Le nom de ce programme est…Périclès.

Cela ne s'invente pas.

Posté le 25 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Elections grecques : entre mensonges et demi-vérités

Les élections grecques vont opposer la formulation monétaire et budgétaire de l'euro à l'expression démocratique.

Quelle qu'en soit l'issue politique, il en résultera un probable et inéluctable rééchelonnement de la dette grecque.

Mais opposer Frankfort et Athènes est un sophisme.

Il importe, en effet, de remettre le naufrage grec en perspective.

La Grèce est entrée dans la zone euro avec deux ans de retard (en 2001), eu égard à l'état catastrophique de ses finances publiques, occulté tant par ses dirigeants que par les autorités européennes qui ont fait preuve d'un manque de discernement complet.

On apprend aujourd'hui que les autorités européennes connaissaient l'état mensonger du déficit et de l'endettement grec sans avoir osé révéler la réalité du problème.

Ce maquillage des finances public fut incidemment commis avec la coupable complicité de banques d'affaires anglo-saxonnes.

Dès son entrée dans la zone euro, la Grèce bénéficia d'un effet d'aubaine stupéfiant : débarrassée d'un risque de change et bénéficiaire d'un taux d'intérêt allemand, elle externalisa sa dette auprès de créanciers étrangers.

L'annonce du défaut grec appauvrit lourdement tout le secteur financier européen : tant les actionnaires que les déposants (chypriotes) subirent des pertes.

Les Etats européens durent financer ces dettes en perdition, à telle enseigne que 80 % de la dette publique grecque est financée conjointement par le FMI, la BCE et surtout les autres pays européens, dont la France et l'Allemagne sont les principaux créanciers.

Ce sont donc les contribuables européens qui financent la Grèce.

Il ne faut donc pas simplifier le débat du rééchelonnement de la dette grecque : si tant est qu'il soit inéluctable, ce sont bien tous les citoyens des autres pays de la zone euro qui devront subir un abandon de créance.

En conclusion, les responsables et victimes du drame grec sont nombreux.

La Grèce fut gérée de manière irresponsable et mensongère tandis que les édiles européens firent une erreur de jugement, qui s'ajoute aux vices de fabrication de l'euro. Le programme d'austérité imposé par la Troïka fut une erreur de gestion socio-politique tandis que la Grèce s'avère incapable de modifier ses régimes fiscaux injustes et auxquels échappent les patriciens et les autorités religieuses. La solidarité est désormais une affaire de dissolution des dettes grecques dans les finances publiques des autres 300 millions de citoyens de la zone euro.

Posté le 24 janvier 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si nous avions ouvert le dernier chapitre de l'euro ?

Si la BCE a tiré sa derrière cartouche de son bazooka avec son assouplissement quantitatif, c'est peut-être l'indice que l'euro est désormais vulnérable à sa propre destruction.

Car, sans plus de cartouche, comment se défendre ?

L'assouplissement est une mesure monétaire, mais ce qui importe désormais c'est d'aller au bout de la logique d'une monnaie commune.

Il faut une union fiscale et budgétaire, une mutualisation raisonnable des (impayables) dettes publiques, une harmonisation intelligente des régimes sociaux et surtout une politique industrielle.

Or, dans ces domaines, rien de constructif n'a été accompli.

Sans changement organique de la gouvernance de l'euro, il se confirmera peut-être que l'euro est vraiment vulnérable et suscite la défiance. Je suis d'ailleurs convaincu que la chute de l'euro ne reflète pas uniquement une récession, une déflation et un assouplissement quantitatif.

Cette chute de la monnaie incorpore sans doute une décote de scepticisme et de défiance par rapport à la monnaie unique.

Si cette intuition se vérifiait, alors, c'est très grave car les investissements étrangers se détourneraient de la zone euro, dont la pérennité monétaire ne serait pas assurée.

Nous ouvririons alors le dernier chapitre de la monnaie unique.

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