Bruno Colmant est Docteur en Economie Appliquée et professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, de gestion des devises et de fiscalité.

Posté le 4 juin 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une union bancaire européenne ?

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Une des pistes qui est élaborée pour sortir de la crise de la zone Euro est désormais une « union bancaire ».

J’avoue rester perplexe devant cette appellation confuse : comment imaginer construire une union bancaire alors qu’on refuse de mutualiser les dettes publiques qui sont elles-mêmes les facteurs les plus déstabilisants dans les mêmes bilans bancaires ?

L’idée de cette union est d’établir des exigences de contrôle communes, un système de garantie commun aux pays européens et un réservoir de fonds publics pour recapitaliser les banques en détresse.

L’intention est louable, mais elle suscite à nouveau des interrogations : qui va financer un système de protection des dépôts qui conduirait immanquablement à assurer les déposants des pays faibles contre une déconfiture de leur propre Etat. Cela reviendrait à imaginer des « Eurodépots » plutôt que des Eurobonds.

En fait, en embuscade de cette idée se cache une autre réalité, dont nous avons déjà traité dans ce blog : le système bancaire est plus proche de la nationalisation que de l’économie de marché. Ce n'est pas une nationalisation par la capture des capitaux bancaires propres, mais plûtot par la concentration des dettes souveraines dans les actifs bancaires.

Par attraction de leur détresse et face à la nécessité de voir financer leurs dettes publiques par l’épargne domestique, les Etats imposent aux banques une dangereuse consanguinité.

Pour cette raison, il vaut mieux agir avec ordre et méthode et envisager un refinancement des Etats fragilisés par la BCE, ce qui, par transitivité, restaurerait la liquidité des banques fragilisées et assurerait une protection aux déposants.

Mais, pour des raisons dogmatiques, on essaie de tout mutualiser, sauf ce qui en est le premier support, à savoir la monnaie.

Posté le 3 juin 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un Weimar européen ?

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Et si on se dirigeait – comme Jacques Attali l'a un jour invoqué – vers un Weimar planétaire (en référence à l'hyperinflation allemande de 1923), c'est-à-dire une impression monétaire continentale, tant aux Etats-Unis qu'en Europe, afin de monétiser les dettes publiques et de les rembourser avec de l'argent déprécié.

Je crois ce scénario extrême improbable, car la stabilité de la monnaie est le fondement de l'ordre social, à tout le moins dans les communautés démocratiques.

Mais nous nous orientons peut-être vers de gigantesques assouplissements monétaires destinés à gommer les dettes publiques, au détriment des créanciers, notamment étrangers.

Cette situation  serait l'écho des dévaluations concurrentielles des années d'entre les deux guerres. 

Est-ce souhaitable ?

Pour partie, je le crois.

Mais attention : il faut des injections monétaires mesurées. Espérons donc que les autorités monétaires se coordonnent et injectent, à un rythme raisonnable mais convaincu, les liquidités nécessaires à éviter que l'activité économique se grippe.

Posté le 2 juin 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Voyage au bout des ennuis

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Peu de commentateurs prennent la véritable mesure de la nature de la crise, ou plutôt des crises qui se superposent depuis cinq ans.
Les débats sont idéologiques et souvent rétrospectifs.
Mais il y a plus.
Cette crise n'est pas accessoire à l'économie : elle lui est consubstantielle.
Non pas en termes de remise en cause du modèle capitaliste, dont certains prédisaient la suffocation ou le Grand Soir.
Non, c'est beaucoup plus grave.
Ce qui est en cause, c'est l'étalonnage de l'économie, c'est-à-dire le métrage de la vie des affaires.
Ce qui est en danger, c'est la monnaie.
En effet, la monnaie n'a, de manière intrinsèque, aucune valeur.
Elle n'acquiert une valeur de reconnaissance que par la confiance de son pouvoir d'achat futur, c'est-à-dire par la garantie que les émetteurs y associent.
Pour cette raison, les gouvernements gardent d’ailleurs toujours le pouvoir de modifier la valeur de la monnaie en émettant plus ou moins de billets.
C'est ainsi qu'un Etat trop endetté va immanquablement tenter de diluer le fardeau de la dette dans une impression monétaire.
Pour s'y opposer, on postule, avec naïveté, l'indépendance des Banques Centrales forçant les gouvernements à instaurer, au détriment de la croissance et de l'ordre social, une rigueur budgétaire, le temps de réaliser son effet déflationniste et….finalement d'imprimer de l'argent.
C'est intuitivement ce qui va se passer dans la zone Euro.
La monnaie unique ne va survivre qu'à coups d'injections monétaires.
C'est un choix néfaste dans l'absolu, mais sans doute optimal eu égard aux enjeux politiques et sociaux contemporains.
Cette création monétaire n'est pas un substitut à la croissance. Elle ne crée une l'illusion du capital et aucun enrichissement.
Et réfléchissons en s'imaginant en 2016, après quatre années sans croissance et des dettes publiques qui affaissent les pays qui ne tiennent encore ensemble qu'au prix d'un déluge monétaire.
Qui peut croire qu'il n'y aura pas d'inflation ?

(l'image est issue de Voyage au bout de la Nuit, de L-F Céline, illustré par Tardi)

Posté le 1 juin 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si certains voulaient disloquer la zone Euro ?

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A quoi va ressembler la zone euro après l'été, dont on sait qu'il est la période propice aux dislocations monétaires, depuis la décision de Nixon, en 1971, de mettre fin aux Accords de Bretton Woods ?

La BCE et les autorités politiques font face à un danger gigantesque : celui de perdre la confiance de leurs citoyens.

En effet, la perception d'une expulsion monétaire de la Grèce et la ruée sur les dépôts bancaires italiens et espagnols sont la parfaite illustration que la confiance, qui fonde une monnaie, est minée. C'est extrêmement grave.

Si la BCE n'agit pas très rapidement, la scission de la zone euro est en jeu.

Mais, finalement, n'est-ce pas ce que certains veulent, à savoir effeuiller cette zone de ses membres les plus faibles pour construire plus d'Europe avec un nombre de pays plus restreint, ou, à tout le moins, des pays plus homogènes ?

Si c'est la volonté cachée, alors il faut arrêter d'imposer aux pays dérivants des plans d'austérité qui sont le ferment de troubles sociaux.

Mon intuition est que les tergiversations et raidissements politiques depuis 3 ans constituent le reflet d'un désaccord profond en Europe concernant le futur monétaire du continent.

L'Europe a été bâtie par des hommes qui avaient connu la guerre. Ils portaient un projet politique. Peut-être que leurs successeurs sont usés, ou juste résignés devant les erreurs d'avoir été emportés par un enthousiasme économique auquel la crise de 2008 a mis fin.

Dans tous les cas de figures, que ce soit par le prisme monétaire ou budgétaire, c'est la fin d'un monde, celui de l'emploi providence, et du confort économique que nous avons gaspillé au détriment des futures générations. La raison en est simple : au mieux, la Belgique devra s'aligner sur l'Allemagne, qui a montré qu'elle avait sacrifié son bien-être immédiat à sa compétitivité.

Bruno Colmant 1 juin 2012

Posté le 31 mai 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La solitude du banquier sans fonds

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Trois ans de tergiversations de la Banque Centrale Européenne, pourtant garante de la liquidité des banques privées, conduisent au plus gigantesque bank run de l’histoire : 100 milliards d’euro ont quitté les banques espagnoles pour s’investir dans d’autres pays, ressortissant probablement au Nord de l’Europe.

Cent milliards, c’est beaucoup.

Pour illustrer l'ordre de grandeur, c’est environ 30 % du PNB belge.


Les particuliers espagnols sont donc cohérents au point de tirer profit de la monnaie unique et de l’ouverture des marchés bancaires pour éviter …que cette même monnaie unique se désintègre.


Jean-Claude Trichet n’avait pas pris la mesure de la gravité de la situation.


Mario Draghi doit se sentir bien seul, face à l’obstination allemande de rigorisme budgétaire et monétaire.

Posté le 31 mai 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les pays de l'Euro-zone s'entendent-ils (encore) ?

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Dans l’angle mort de la crise grecque dont l’issue reste, à mon intuition, obscure, d’autres problèmes, d’une envergure sensiblement plus importante, se camouflent.

Il s’agit, par exemple, de l’effritement des systèmes bancaires du Sud de l’Europe, caractérisé par un « bank run » insidieux et silencieux : l’argent quitte, de manière discrète, les banques du Sud de l’Europe pour se localiser dans le Nord de l’Europe ou en Suisse.

C’est une conséquence de la monnaie unique qui est nominalement commune mais devient souverainement hétérogène.

Ce phénomène contrarie l’action de la BCE.

En effet, la BCE incite les banques des pays faibles à racheter la dette publique de leurs propres Etats afin de re-domestiquer ces mêmes dettes publiques.

Chaque pays devient plus indépendant – et donc plus fragile – et les banques locales se placent volontairement en état latent de nationalisation, mais le risque systémique (c’est-à-dire le risque d’une implosion globale du système bancaire entraîné par l’interpénétration des dettes publiques et de leurs créanciers) diminue.

Cette orientation de la BCE repose sur le postulat que les banques domestiques sont capables de canaliser l’épargne nationale vers le financement de leurs propres Etats.

Au titre d’illustration, les banques espagnoles tentent de conserver les dépôts des espagnols et de se financer auprès de la BCE afin de financer l’Etat espagnol dans l’espoir que cette proximité des « déposants+Banques+Etats » reste suffisamment robuste.

Malheureusement, si les déposants espagnols perdent confiance en leurs propres banques, ils s’opposent à cette re-domestication.

Plus la crise s’aggravera, plus le contrôle de l’épargne sera rigide, et cela se concrétisera peut-être par des contrôles de sortie de l’épargne, c’est-à-dire des mesures coercitives rappelant les années d’après-guerre.

Tout cela est un immense retour en arrière.

Il faut donc sauver le système, ce qui n’est possible que si les gouvernants européens s’accordent sur un relâchement des mesures d’austérité et sur une injection de monnaie par la BCE.

Ces solutions, que tous les économistes recommandent, ne trouvent aucun écho politique.

Cela conduit à une interrogation, à laquelle la réponse est consubstantielle à la pérennité de l’Euro : les peuples et gouvernants européens s’entendent-ils encore suffisamment pour partager la même unité de compte?

 

Posté le 30 mai 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La fin de la candeur monétaire

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On avait dit : si la Grèce fait défaut, l'Euro implose.

La Grèce a fait défaut.

Puis, on a dit : si la Grèce sort de la zone Euro, c'est la désintégration de la monnaie unique.

Aujourd'hui, certains commissaires européens et gouvernants disent de se préparer à une expulsion monétaire de la Grèce.

Mais on avait aussi dit : si la confirmation gangrène l'Espagne, c'est vraiment – mais alors vraiment- la fin de l'Euro.

Aujourd'hui, le système bancaire espagnol est fissuré et des chiffres astronomiques circulent quant aux créances immobilières douteuses et recapitalisations bancaires.

L'Allemagne emprunte à des conditions stupéfiantes, qui sont le signe avant-coureur d'une rupture du système.

L'euro, resté singulièrement stable par rapport au dollar, chute désormais.

La véritable question est de savoir ce qui nous attend. Va-t-on vers un véritable effet domino ou la BCE va-t-elle intervenir avant que le système ne suffoque sous des taux d'intérêts exorbitants dans les pays du Sud.

Et puis, il y a une mauvaise nouvelle dans tout cela : lorsqu'on investit en Euro, on n'investit plus dans un continent mais dans certains pays.

C'est un monde ancien qui s'escamote.

Nous l'avions écrit, il y a trois ans, attirant les foudres de certains responsables politiques : la crise de 2008 annonce l'immersion dans une économie de marché et la solution sera inévitablement monétaire.

Et il faut que cette solution soit monétaire plutôt que budgétaire, car dernière ces chiffres qui dansent, il y a des hommes et des femmes dont la rancœur sociale va s'amplifier très rapidement.

Posté le 29 mai 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Crise de la monnaie : Comprenne qui pourra...

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Depuis le début de la crise grecque, chaque message politique, gommant le précédent, emporte son lot d’indécisions et de scepticismes.

C’est ainsi qu’au début de la crise, le danger qui hantait l’économie était la déflation, c’est-à-dire une économie de baisses des prix, typique des économies en récession. On était en 1931.

Pourtant, rapidement, la peur de la déflation fut gommée par la peur de l’inflation, argument qui fut utilisé pour éviter les créations monétaires, pourtant bien nécessaires à combattre la crise. On retourna en 1923 dans la République de Weimar.

A peine la crainte de l’inflation oubliée, on s’évertua, en Europe, à exiger l’austérité, c’est-à-dire un équilibrage budgétaire destiné à brider l’endettement public excessif…..avant que des voix s’élèvent, notamment au sein du FMI, pour postuler la relance et la croissance elles-mêmes contrariées par la rigueur. On se plongea donc dans l'année 1995 (qui prépara les pays à l'Euro) avant de revenir à la stimulation budgétaire de 1979.

La même amnésie frappe les plus hauts responsables de la zone Euro, c’est-à-dire eux qui postulait, de manière définitive, que la Grèce ne ferai ni défaut, ni ne sortirait de l’Euro alors que 8 mois plus tard, les mêmes constatent un défaut de fait de la Grèce et prédisent son expulsion de la zone Euro.

Dans ce kaléidoscope médiatique, il faut garder raison et revenir à la base de la théorie économique : en période de récession et de contraction monétaire, il faut accepter une politique temporaire de déficit budgétaire et une plus grande complaisance monétaire.

Bruno Colmant, 29 mai 2012

 

Posté le 28 mai 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le point critique de l'Euro est-il proche ?

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En cas de départ de la Grèce de la zone Euro, certains invoquent un scénario de contagion à d’autres économies périphériques.

Il existe beaucoup de moyens de transmettre le virus infectieux de la détresse monétaire.

Sa pire formulation serait la perception, par les citoyens des autres pays périphériques, que leur pays puisse, un jour, subir un scénario d’éviction monétaire, semblable à celui que brandissent certains économistes.

En effet, cela pousserait ces citoyens à anticiper un retour à une monnaie nationale par le dépôt d’euro dans d’autres pays plus solides, ou même dans des pays situés hors de la zone Euro.

Un bannissement grec alimenterait donc un immense « bank run » à une échelle continentale.

Cela pourrait aussi conduire à des conversions massives d’euro en monnaies étrangères convertibles, tel le dollar, avant l'instauration intuitive d'un contrôle des change et des mouvements bancaires transfrontaliers. L'Euro serait-il, un jour, moins convertible dans certains pays ? C'est possible.

C'est pour cela que les autorités monétaires doivent absolument bien (et longtemps) réfléchir à un scénario d’expulsion monétaire de la Grèce.

Lorsque on lit que la seule intention de principe du dernier sommet informel des Ministres des Finances est l'établissement d'une garantie européenne de protection des dépôts, on se dit que cette histoire d'Euro commence à sentir le roussi...sauf à comprendre que l'intérêt continental prime sur les réalités nationales.

Ce qui se passe en Espagne devrait nous inciter à une réflexion plus approfondie.

Posté le 28 mai 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Voltaire et la monnaie

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Dans un de ses liens, un des internautes qui a eu la gentillesse d’apporter un commentaire rappelait, au travers d’un site référencé, cette parole de Voltaire : Une monnaie papier, basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l’imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque, c’est à dire zéro. 
Cette observation est correcte.
La valeur de la monnaie est dépendante de la confiance qu’on accorde aux gouvernements qui l’impriment. C’est pour cela qu’un gouvernement trop endetté met toujours en péril sa propre monnaie, puisque l’endettement attise l’attrait de la planche à billets, nonobstant l’indépendance (toute relative) qu’on attribue aux autorités monétaires.
Un gouvernement trop endetté est donc intrinsèquement – je devrais écrire consubstantiellement –inflationniste.
Au reste, un gouvernement, qui est le reflet du consensus social, ne va jamais privilégier l’ordre monétaire au détriment de l’ordre social.
Bien sûr, on peut imaginer le retour à des étalon-or ou argent, mais il faudrait, dans tous les cas de figure, établir un lien entre le métal et la monnaie papier. La confiance accordée aux gouvernements se traduirait donc dans la pérennité du rapport de conversion entre le métal et le papier. Or, ce rapport peut changer : ce fut le cas, dans presque toute l’Europe, entre les deux guerres, quand l’or ne fut pas simplement démonétisé (ce fut le cas en 1933 aux USA et lors de la fin des accords de Bretton Woods en 1971).
Toute cette histoire de monnaie est très complexe à appréhender, et je ne suis pas sûr d’en voir une vision complète.
Je crois que nous devons nous résigner à accorder un certain de degré de confiance à la monnaie, faute de quoi ce serait la négation de tout système économique

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