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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 12 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un détail fiscal à l'ISOC

UntitledDans les prochaines semaines, un conclave budgétaire sera consacré à la réforme de l’impôt des sociétés (ISOC). La matière est extrêmement complexe et ne se prête pas à des dislocations importantes. Il semble d’ailleurs que, dans un premier temps, seules les PME soient visées et voient ainsi leur taux d’ISOC baisser. Je ne suis incidemment pas certain que cette mesure soit décisive car, pour les PME, c’est moins l’ISOC que le coût du travail qui constitue un obstacle au développement. Tout économiste sait que ce sont les grandes entreprises qui créent la richesse tandis que les PME, surtout en Wallonie, créent l’emploi.

Cela étant, le diable (et sa queue fourchue d’inconstitutionnalité) est parfois dans les détails, surtout si ceux-ci sont survolés, comme c’est souvent le cas dans les conclaves budgétaires. Ce détail concerne les participations détenues par des PME, donc des actions dans d’autres sociétés qui seraient détenues par ces mêmes PME.

Si une PME détient des actions dans une autre société, elle bénéficie actuellement d’une exonération sur les plus-values qu’elle réalise sur ces mêmes actions, pour autant que ces dernières aient été détenues au moins un an. Dans le cas d’une détention de moins d’un an, la plus-value est taxée à 25 %. En ce qui concerne les dividendes, ils sont exonérés à concurrence de 95 % s’ils se rapportent à des participations (de la PME dans des actions de la société dont elle détient des titres) de 10 % ou de 2.500.000 €. Ces seuils étant rarement atteints, les dividendes sont généralement taxés au taux ordinaire de l’ISOC, soit 34 %. C’est un cas flagrant de double imposition, puisque si une PME détient une petite participation dans une autre société belge, les impôts des sociétés se conjuguent pour atteindre un prélèvement fiscal de 56 %. Dans le je-m’en-fichisme fiscal du moment, cela n’a pas l’air d’émouvoir grand monde.

Dans les premiers textes qui ont circulé, au début de l’année 2017, il est question d‘étendre cette exigence de participation minimale (10 % ou 2.500.000 €) à toutes les plus-values sur actions, donc y compris celles qui sont détenues par des PME et qui seraient, de facto, imposées désormais totalement sur les dividendes et plus-values d’actions qu’elles détiendraient dans d’autres sociétés. Ce serait, bien évidemment, une catastrophe (et je pèse mes mots) pour toutes les structures de PME qui, pour différentes raisons de convenances personnelles, patrimoniales ou familiales, sont elles-mêmes actionnaires d’autres PME.

Mais il y a pire. La question est de savoir à partir de quand cette mesure s’appliquerait, si tant est que la persévérance dans la double taxation se confirmait. Dans le respect des principes constitutionnels et de la prééminence du droit comptable sur le droit fiscal, une plus-value sur action, actuellement immunisée dans le chef d’une PME, ne pourrait être taxable (si elle ne respecte pas les critères de 10 % et de 2.500.000€) qu’au mieux à partir de 2017, c’est-à-dire pour la plus-value qui est réalisée avec une date de départ qui ne précède pas le début de l’année d’application de cette éventuelle mesure.

Si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire que de petites participations en actions, parfois très anciennes et devant être comptabilisées à la valeur historique selon le prescrit du droit comptable, deviendraient taxables pour la plus-value relative aux exercices antérieurs à 2017. Ce serait une grave violation du principe de l’annualité et de la non-rétroactivité de l’impôt. La Cour Constitutionnelle croulerait sous les recours en annulation.

A titre d’exemple, une action acquise en 2000 pour un coût d’acquisition de 100 € et qui vaudrait successivement 300 € au 1er janvier 2017 et 320 € au 31 décembre 2017, date de sa cession, ne pourrait être taxée que sur 20 € (à savoir 320 € moins 300 €) et pas sur la plus-value acquise au cours des exercices comptables précédents. Le respect de cette règle d’équité évidente pourrait être simplifié par le fait de modifier le régime de taxation des plus-values en le confinant aux nouvelles acquisitions de titres, c’est-çà-dire celles réalisées en 2017 ou 2018.

De manière plus générale, il est désormais important d’avoir, en matière d’ISOC et de fiscalité des plus-values, une vision construite, robuste et conceptuellement étanche. Trop d’égarements, coups de gueule médiatiques et autres pusillanimités politiques ont conduit à des choix fiscaux par abstention. Cette période doit être révolue.

 

 

Posté le 11 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si on s'intéressait aux problèmes importants ?

AgrosEtant économiste de formation et de métier, j’ai une circonstance atténuante : les problèmes macro-économiques m’interpellent plus que les scandales politiques.

Mais je suis affecté d’une circonstance accablante : je suis un citoyen, qui, comme la plupart des belges, fait face à des questionnements fondamentaux qui portent sur le modèle de société dans une mondialisation inquiétante, les inégalités sociales, les déséquilibres des finances publics auxquels nous sommes confrontés par le manque de travail et le vieillissement de la population, le choc digital, le système éducatif qui doit faire son aggiornamento, les phénomènes de migration et d’expressions religieuses, les défis climatiques, bref tout ce qui engage notre futur.

Or, depuis des mois, le monde politique francophone s’engouffre, chaque jour un peu plus, dans un accablant tropisme intraverti et entretient un débat public qui possède sa propre dynamique médiatique. Il s’agit de commissions d’enquêtes de responsables politiques portant sur les agissements de leurs pairs, de déchirures de gouvernements, de resquilleurs qui, comme des cambrioleurs de tronc d’églises, ont volé l’argent des plus démunis, de matchs de football, d’appareils à rata (dont je saurai gré qu’on m’explique l’utilité), d’une nuée de mandats, etc.

Tout ceci s’accompagne de son brouhaha d’analyses politiques, de présences médiatiques ad nauseam aux postures caricaturales, de débats télévisés et radiophoniques qui sont animés par ceux-là mêmes qui devraient faire exactement autre chose, c’est-à-dire s’occuper, entre autres, des défis politiques, sociaux et économiques que je mentionne plus haut.

Chaque jour de perdu pour avancer dans ces débats est définitivement englouti.

Je pense qu’il y a des débats majeurs de prospérité collective et d’emploi à engager. Par pudeur, discernement et intelligence, c’est à cela que les représentants de la population, auxquels je porte un infini respect car l’exercice de l’Etat est la tâche ultime, doivent se consacrer. Pas à des distractions médiatiques dont ils seront finalement les victimes.

Posté le 10 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

De l'acier et du bourbon !

Cv-wh-156A l'heure où l’administration Trump envisage d’imposer des restrictions aux importations d’acier européen et que les Européens envisagent d’appliquer des règles tarifaires au bourbon, le monde renoue avec un de ses démons : le protectionnisme.

L’administration Trump envisage d’imposer des restrictions aux importations d’acier européen, tandis que les Européens envisagent d’appliquer des règles tarifaires au bourbon. Pour rappel, le bourbon, (dont la production n’est pas limitée au Kentucky) est un remarquable alcool de maïs vieilli en fût de chêne.

Le monde renoue donc avec un de ses démons : le protectionnisme. Il faut des décennies pour ouvrir les frontières, mais quelques jours suffisent à les fermer. Pourquoi ce réflexe néfaste ? Parce que la crise économique et l’absence de croissance conduisent les hommes à chercher des replis identitaires pour exorciser une mondialisation qui les inquiète. Le protectionnisme n’est d’ailleurs qu’un des indices de tensions internationales, puisque comme l’avait postulé le mythique patron de Fiat, Gianni Agnelli : « Là où les camions passent, les armées ne passent plus ».

Quelles sont les formes de protectionnisme ? L’histoire en recense plusieurs : barrières à l’entrée de biens importés sous forme de contraintes tarifaires et douanières, quotas, dépréciation d’une devise pour renchérir le prix des produits importés et stimuler les exportations, discriminations portant sur : la qualité des biens et services, engouements patriotiques (« Buy American », « Achetez Wallon », etc.), normes techniques et sanitaires, contraintes en matière de contrats publics, etc.

​Le protectionnisme semble intuitivement être une bonne chose, surtout s’il est conforté par une nécessité d’assurer des conditions salariales et sociales équivalentes aux biens et services produits de manière domestique ou à l’étranger. On protège temporairement des emplois locaux au détriment de l’étranger. Mais très rapidement, c’est le consommateur du pays qui s’engage dans le protectionnisme qui en est la victime : son pouvoir d’achat diminue et le niveau d’activité du pays (qui se croit) protégé se tasse. En effet, l’avantage des importations qu’on veut contrarier disparaît et doit être payée par le consommateur domestique.

De surcroît, les pays qui s’engagent dans le protectionnisme partent souvent du postulat que les autres pays l’absorbent de manière passive. Or rien n’est plus faux : le protectionnisme entraîne sa propre perpétuation et sa généralisation, et aboutit souvent à des guerres des monnaies, c’est-à-dire des dévaluations compétitives. On renoue alors avec un vieil adage économique qui consiste à exprimer la recherche de sa prospérité au détriment des autres pays sous le vocable « Beggar my neighbour » (Je fais de mon voisin un mendiant). Au reste, les entreprises protégées par le protectionnisme deviennent moins performantes car elles ne sont pas confrontées à une juste mise en concurrence. Il en résulte des baisses en matière de gains de productivité et d’innovation. La variété et l’innovation des biens et des services en pâtissent.

Le protectionnisme est un soulagement qui confond l’immédiat et l’avenir. Le commerce international est porteur de paix et surtout de prospérité multilatérale. Y renoncer conduirait à des appauvrissements généralisés qu’il faut exorciser.

Posté le 6 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un dernier mot à mes étudiants

D930061543ba5ddbcaa170b54ebf4ec8_600x577x1Chaque année, je tente de donner un dernier message à mes étudiants.

Aidez-nous à repenser une économie qui se fissure. Ne prenez pour de bonnes décisions les solutions imposées.

Etudiez l'histoire et les sciences humaines pour mieux comprendre votre futur.

Ne soyez pas les troupiers qu'on envoie à la guerre conjoncturelle, mais devenez les officiers des idées de demain.

Ne pensez pas de manière linéaire et obéissante, mais brisez les lignes de la créativité.

Abandonnez les stocks de savoir, créez des flux d'intelligence et d'intuitions

Oxygénez nos économies avec des idées latérales, différentes et moins pyramidales.

Ne vous repliez pas dans les convenances et les obéissances, mais confrontez-nous.

Osez les différences.

Repensez les modes d'échange.

Et doutez.

Car si, pendant quelques instants, le doute s’installe, c’est que Camus avait raison, lui qui affirmait que l’absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence du monde.

A l’absurde, Camus apportait la réponse de la révolte, c’est-à-dire l’affrontement avec le destin

Dans son discours de la servitude volontaire, La Boétie s’interroge aussi …qui a pu tant dénaturer l'homme, seul né de vrai pour vivre ? Rousseau, aussi, écrivait que l'homme est né libre, partout il est dans les fers.

Comme Lennon : Imagine.

Posté le 4 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Tempêtes

03f20c3e92142d0911b117be2455e5cbLes grandes guerres ne sont pas mondiales par hasard. Elles reflètent un état d’exaspération des hommes qui s’annihilent pour apaiser toutes leurs angoisses refoulées. La guerre est un exutoire. Après un orgasme cataclysmique s’ensuit une petite mort. Alors, souillé de sang, le monde se cherche de nouvelles solidarités. Mais, à un moment, les mémoires s’estompent et les voix sages deviennent de lointains échos. Et lorsque l’ancrage du passé est largué, le futur se rapproche plus vite.

Depuis une trentaine d’années nous l’avons emprunté, au profit d’un éphémère bien-être, vain à l’échelle de notre moralité.

Même le prix du temps, c’est-à-dire le taux d’intérêt, est devenu nul, rendant plus aisée la consommation du futur.

Mais un futur qui se rapproche nous confine à ses finitudes et nous confronte à nos propres incohérences.

C’est une pulsion de mort qui nous pousse, par prédation, à sacrifier nos descendances au motif de les protéger contre les autres.

Je crois que le monde devient exaspéré de sa surpopulation, de son vieillissement, de son avenir économique assombri et de ses passés engloutis. Alors, il cherche des hommes qui simplifient son avenir à coup de mensonges, de religions, etc., bref de puretés sacrificielles. Ivres de pouvoirs financiers et religieux, certains déclarent la guerre à l’apaisement, à la solidarité, au respect et à tout ce qui est nécessaire pour des communautés qui se sont, depuis des décennies, mélangées. Mais cela ne mènera nulle part. Nulle part.

Posté le 2 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La fin de l'argent facile ?

ImagesUJA6BXMATant aux Etats-Unis qu’en Europe, les politiques monétaires vont progressivement se resserrer. Aux Etats-Unis, cela se manifeste par des augmentations prudentes de taux d’intérêt à court terme et la diminution progressive du bilan de la Federal Reserve (FED). La FED va donc faire ruisseler son bilan en acquérant moins d’obligations que celles qu’elle avait achetées pour apporter des liquidités aux marchés. En Europe, le programme d’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire des mesures monétaires non conventionnelles destinées à créer de la monnaie, va s’atténuer. Les taux d’intérêt négatifs imposés par la Banque centrale européenne vont probablement revenir en territoire positif.

Cependant, une augmentation des taux d’intérêt, amplifiée un retour progressif de l’inflation, va aggraver les charges de dettes publiques (y compris les dettes latentes de pensions) dont le niveau n’a jamais été atteint en période de paix. Bien sûr, de manière cynique, on peut se demander si les États n’ont pas fait un calcul en deux, voire trois temps, qui consiste à baisser les taux d’intérêt au plus bas, afin de refinancer leurs dettes à des conditions exorbitantes tout en pouvant les escompter auprès des banques centrales, avant de voir l’inflation déprécier ces mêmes dettes et/ou permettre leur rachat à des conditions avantageuses, et appauvrir ensuite ses citoyens par un impôt inflationniste lancinant. Ceci ramène à l’acerbe postulat de Lénine qui avançait que « pour détruire le régime bourgeois, il suffit de corrompre sa monnaie ».

Est-ce un scénario improbable ? Il ne faut pas l’exclure, d’un point de vue strictement théorique. Lorsque l’inflation surgira, elle causera un appauvrissement insidieux, mais aussi un défi à surmonter pour la population. Ce sera une sorte d’impôt implicite dont l’État pourra rejeter la responsabilité politique de la cause. C’est incidemment la situation qui est actuellement constatée pour la rémunération de l’épargne sans risque : cette dernière, essentiellement logée dans des dépôts bancaires et des polices d’assurance-vie, n’est plus rémunérée alors que le taux d’inflation atteint presque 2 %. Le pouvoir d’achat en est diminué. Comme les États ne peuvent pas se permettre d’augmentation de taux d’intérêt qui se traduirait par une élévation de la pression fiscale, il est probable que nous entrions dans un contexte de répression financière. Celle-ci est caractérisée par des dispositions imposées aux institutions financières destinées à les contraindre à canaliser l’épargne collectée vers des emprunts d’État de longue maturité et faible rendement. Cette situation contraindra à la baisse la rémunération de l’épargne. Sauf accident, la fin de l’argent facile, c’est-à-dire à bon compte, n’est peut-être pas pour demain.

Posté le 28 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Devenons-nous de simples statistiques ?

UntitledProgressivement, de manière indicible, nous devenons des paramètres soumis à la mécanique d’algorithmes qui nous encerclent inéluctablement. Nous mutons en pouvoirs d’achat, paramètres électoraux et statistiques. C’est une douce et séduisante dictature qui s’appelle le progrès et que Jules Verne avait très bien décrite dans son « Paris au 20ème siècle ». Progressivement, Nous abandonnons nos pensées, nos intranquillités et nos révoltes à des messages informatiques qui alignent, soigneusement et paisiblement, nos pensées. Est-ce 1984 d’Orwell. Ou déjà 2084 ? Nous verrons. L’accès à la connaissance de l’histoire est-il la plus grande innovation ou livrons-nous nos présents et nos mémoires à la plus puissante des dictatures ? Et où seront nos consciences. Où sera l’Arche de l’Alliance qui renferme nos textes sacrés. Et que sera-t-il écrit sur ces derniers lorsqu’ils seront exhumés ? Une feuille blanche ? Pour tout réécrire ?

Posté le 23 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La mère des crises : le temps volé ?

2170511761_71eee9fe15Depuis des années, je m’interroge sur cette succession de crises qui pulsent nos communautés.

Chaque incident, considéré isolément, conduit à des causes – ou plutôt à des affinités – qui semblent avoir un certain pouvoir explicatif.

Mais existerait-il une synthèse à ces crises ? Une explication globale et holistique qui, à l’instar du gnosticisme, considérait qu’il existait un Dieu parfait au-delà de ses déclinaisons inachevées ?

J’offre une intuition à la critique.

Jusque dans les années quatre-vingts, dans le sillage de la reconstruction d’après-guerre, on partageait le temps et les richesses accumulées et accomplies. Et puis, selon l’inspiration protestante qui prévaut dans les pays anglo-saxons, on a commencé à négocier, et donc à anticiper, le futur. C’est d’ailleurs le rôle assigné aux marchés financiers qui permettent, aujourd’hui, de traiter son anticipation.

Nous avons tout devancé : la dette publique qui nous a donné un bien-être éphémère au détriment des futures générations, la dette climatique qui sera soldée par des catastrophes et des migrations, la dette de la tempérance sociale qui sera payée par des troubles, etc.

Il y a trente ans, nous avons inversé le sens du temps. Mais le futur nous présentera le prix de son emprunt. Et c’est cela qui se passe maintenant, avec des flammèches de crises dont la synthèse est peut-être que nous avons injurié le futur.

Et le temps –on le sait, mais nous l’oublions – nous est compté.

Posté le 22 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une stagnation séculaire ?

LesTempsModernesCertains auteurs américains ont soulevé l'idée d’une stagnation séculaire.

Cette intuition est, entre autres, basée sur l’idée que la révolution digitale, contrairement à d’autres découvertes humaines, ne créerait pas d’écosystème de croissance, mais conduirait plutôt à simplifier et à améliorer des tâches auparavant mises en œuvre par des humains.

L’exemple de l’automobile est, à cet égard, souvent cité : la découverte et l’utilisation du moteur à explosion ont conduit à créer des routes, un système de distribution de carburants, des fabricants, des garages, une mobilité, bref une croissance économique stupéfiante.

Est-ce que la voiture électrique conduira au même résultat ? Sans doute pas car ce type de véhicule améliore un outil existant plutôt qu’il ne transforme le concept.

La révolution digitale créera bien sûr des poches de croissance mais sera, dans un premier temps, une simplification. Cela entraîne la question de la quantité et de la qualité du travail, voire même de sa signification et de sa rémunération. C’est ce contexte qui conduit à soulever les débats d’allocation universelle, de taxation des robots, etc.

Ceci étant, je reste convaincu que nous sommes sur les berges de bouleversements d’une envergure insaisissable qui vont bouleverser nos vies sous tous les angles, à commencer par l’aspect biologique. Des poches insoupçonnées de progrès seront découvertes. Le progress suivra une courbe exponentielle.Dans tous les domaines, bons et mauvais, les limites seront repoussées.

Et finalement, l’erreur est peut-être de confiner la pensée à l’architecture actuelle du monde, sans penser à sa mutation.

Si on raisonne à périmètre sociétal inchangé, la stagnation séculaire est un concept envisageable, sans être plausible.

Mais tout sera évidemment bouleversé. Profondément.

Posté le 20 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Taxation des plus-values : ni Marx, ni Reagan

L’expression politique est le reflet de consensus. Cette réalité, à laquelle nous nous sommes accoutumés, démontre que la fiscalité belge relève d’ajustements budgétaires plutôt que d’une réflexion conceptuelle globale. Du reste, le Royaume n’a jamais réussi à formuler d’importantes réformes fiscales qu’après les guerres.

La réforme de 1962, qui prévoyait une globalisation des revenus assortie d’une taxation par barèmes progressifs, était un modèle d’équité, même si son empreinte idéologique est contestable. En effet, la fiscalité belge n’a jamais restitué le fait que tous les revenus ne présentent pas le même niveau de risque. Le travail est la source de revenus la plus risquée. On ne peut que difficilement diversifier ses activités professionnelles dans un contexte où les aléas de la vie, à commencer par ma vieillesse, atténuent la productivité. Il en est de même pour l’entrepreneur qui investit dans son projet et qui concentre donc un capital à risque. Par contre, le propriétaire qui possède un champ, dont il se limite à moissonner les foins chaque année, possède un actif aux revenus qui traverseront le temps. Pourtant, ces revenus étaient taxés au même taux progressif dans le cadre de la globalisation.

Le choix de l’égalité de traitement des revenus fut dicté, à l’époque, par une vision redistributrice de l’impôt. Elle correspondait au contexte d’après-guerre. Aujourd’hui, la fiscalité doit être plus incitative pour contrer les forces contraires de l’économie. Et pourtant, ce sont les revenus les plus risqués (travail et capital à risque) qui sont les plus imposés alors que les revenus sans risques le sont moins. Pourquoi cette évolution ? Les causes en sont nombreuses. Je crains que ce soit, pour partie, un effet d’aubaine générationnel : au rythme de l’accès à la pension des travailleurs d’antan, la fiscalité a été déversée sur la génération suivante alors que les retraités, qui doivent conserver une épargne sans risque, s’exonéraient d'une taxation plus lourde.

Quoi qu’il en soit, la dérive de la fiscalité belge est accablante. Notre État est un des plus taxateurs du monde. Cette situation ne se traduit pas dans des mécanismes de solidarité optimaux puisque notre taux de pauvreté et d’inégalité n’est pas significativement meilleur que celui de nos concurrents économiques. Le modèle d’État-providence  ne démontre plus son efficacité, puisqu’il n’octroie pas de confort collectif supérieur malgré une fiscalité plus lourde et, surtout, un endettement public excessif.

Ap_ronald_reagan_jef_120615_wbAujourd’hui, après  le tax shift, la question fiscale d’importance porte sur la réforme de l’impôt des sociétés. Cette dernière est indispensable. Notre pays a perdu ses centres de décision. Notre dépendance par rapport aux entreprises étrangères est extrêmement dangereuse et fragilisante. Au sud du pays, le modèle s’oriente vers une économie mixte. La plupart des entreprises marquantes sont détenues ou soutenues par les pouvoirs publics. Au nord, c’est différent : l’économie de marché est plus résiliente.

C’est pourtant du nord du pays que bruisse le débat portant sur la taxation des plus-values qui, selon un parti, est subordonnée à la baisse de l’impôt des sociétés. On veut bien baisser l’impôt sur les sociétés, c’est-à-dire indirectement ses actionnaires, mais alors il faut les taxer sur leurs plus-values… dont la contrepartie sont des revenus (passés ou futurs) qui auront déjà été taxés. Ce débat ne relève pas d’une quelconque logique mathématique. Il s’agit d’un impôt idéologique, symbolique et de rendement minime. Ce rendement est tellement minime qu’une véritable réforme de l’impôt des sociétés coûterait intuitivement plus de deux milliards d’euros alors que le rendement d’un impôt sur les plus-values, tel que préconisé par ce parti de la coalition gouvernementale, ne dépasserait pas… 80 millions d’euros. Mais qu’importe que le revenu du capital à risque, qui est le vecteur de croissance de toute économie, soit plus taxé dans ce pays qu’ailleurs. Qu’importe que l’épargne des Belges, pourtant abondante, stagne dans des carnets de dépôt stériles alors que son redéploiement pourrait transformer la Belgique en exemple mondial d’entrepreneuriat. Qu’importe que la fiscalité inhibe toute démarche de mise à risque du capital. Pour certains : il faut taxer les plus-values alors que les revenus du capital à risque sont, au minimum, taxés à 54 %.

Je maintiens que, sous l’angle de la fiscalité, la taxation des plus-values est une erreur conceptuelle. Mais une chose m‘apparaît plus inquiétante : c’est que l’immunisation fiscale des plus-values reste, malgré sa justesse conceptuelle, un des seuls atouts de notre pays en matière d’impôt puisque nous sommes un des pays les plus taxateurs du monde. Quelle est, du reste, la logique de taxer des plus-values alors qu’en même temps, on promeut des mesures destinées à capitaliser les start-ups dont la finalité est de susciter l’innovation, l’emploi, mais aussi de la richesse… sous forme de plus-values ?

Ceux qui voudraient introduire cette disposition porteraient une énorme responsabilité, à savoir celle d’avoir subordonné une analyse économique rigoureuse à une impulsion politique et peut-être à des fluences médiatiques. Or, je pense que pour une matière d’une telle importance, et dont la première tentative de taxation des plus-values a dû être abandonnée avec pertes et fracas en 2016, le pays vaut mieux que des compromis flous et des abandons de la pensée. Et qu’on ne me dise pas qu’il faut brider la spéculation néolibérale d’une mondialisation désordonnée par une taxation ancillaire et symbolique dans un pays où l’État brasse déjà plus de 50 % du PIB, ce que même Marx n’aurait osé espérer lorsqu’il rédigea le Manifeste du Parti Communiste en 1847…à Bruxelles.

 

 

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