Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique et Docteur en Economie Appliquée (ULB). Expert reconnu internationalement, il enseigne la finance à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC et à la Vlerick Business School. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 17 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Economie monétaire : la malédiction des années qui finissent par "2"

ImagesCA5PFOS0Les années qui finissent par 2 gravent l’histoire monétaire belge.

Il y eu 1982 et sa terrible dévaluation, 1992 et son traité de Maastricht imparfait, 2002 et l’introduction de l’euro aux lendemains qui auraient dû chanter pour s’échouer en 2012 sur le défaut grec.

En février 1982, après quatre années d’effarement budgétaires, la Belgique fut forcée à dévaluer le franc belge de 8,5 % par rapport au Deutsche Mark. Ce périlleux affaissement de notre monnaie fut accompagné d’un blocage des prix et des salaires destiné à empêcher une poussée d’inflation. La dévaluation de 1982 révéla un problème d’endettement public, né dans les années septante.

A l’époque, l’Europe émergeait de trois décennies de croissance, fertilisées par la reconstruction industrielle et le plan Marshall. Libérés du carcan des accords monétaires de Bretton Woods au moment des premiers chocs pétroliers de 1973 et de 1979, les gouvernements européens tentèrent de camoufler la mutation de leurs économies à coups de transferts sociaux, d’aides publiques et autres soutiens étatiques.

Cette dévaluation consacra la finitude du modèle industriel et la plongée dans l’économie des services.

Dix ans après la dévaluation belge de 1982, les pays européens formulèrent le Traité de Maastricht, qui posa les jalons de la création de l’euro en janvier 1999. Cette année, les marges de fluctuations du Système Monétaire Européen (SME) entre plusieurs devises européens furent resserrées jusqu’à cristalliser les devises à leur cours-pivot. L’euro scriptural était né avant de basculer à l’euro fiduciaire, sous forme de pièces et de billets, en 2002.

Les États abandonnèrent leur tutelle monétaire et se dépossédèrent de leur droit régalien de battre monnaie.

Rares furent les économistes qui décodèrent les prospectives qu’un tel choix entraînerait. L’euro fut et reste un postulat de mobilité des facteurs de production.

A partir du moment où des États sont contraints par une monnaie unique, c’est aux facteurs de production, à savoir les hommes et le capital, de se fluidiser afin de positionner les zones d’emploi et de croissance. Cette démarche suppose que la mobilité des facteurs de production soit optimisée afin que la monnaie unique fluidifie les différences économiques entre les pays qui ressortissent à la même zone monétaire.

Or, c’est exactement l’inverse qui s’est passé : l’emprise nationale des Etats sur le capital et le travail s’est resserrée.

On peut d’ailleurs se demander si l’euro, qui constitue un choix résolu d’économie de marché, n’est pas en profonde contradiction avec le poids croissant de la majorité des États dans les économies européennes ?

Comment est-il possible de revendiquer le statut de monnaie de réserve dans un continent dont les systèmes bancaires sont sous quasi-tutelle publique ?

En ce qui concerne le marché du travail, les choses sont nettement plus graves. L’Europe est menacée d’un chômage endémique et structurel, lié notamment au manque d’intégration des jeunes, à l’absence de stimulations au recyclage, à l’hémorragie de l’emploi industriel, etc.

On le constate aujourd’hui ; la réalité économique nous replace exactement dans la même logique que celle du système monétaire européen (SME) créé en 1979, qui contraignait les monnaies à des convergences relatives assorties de possibilités d’ajustements par les réévaluations/dévaluations. Le SME prévoyait des marges de fluctuations des devises nationales participantes autour d'un cours-pivot.

Or, nous sommes aujourd’hui dans la même situation qu’en 1999 : les écarts entre les taux d’intérêt des obligations souveraines (les spreads) remplacement les marges de fluctuation des cours de change et les défauts (comme en Grèce) sont des substituts à des dévaluations.

Vingt ans après le Traité de Maastricht, c’est un tremblement de terre qui a secoué l’Europe. Celui-ci dévoile deux problèmes : certains pays sont fragilisés budgétairement et – c’est le véritable problème – aucun mécanisme de solidarité budgétaire n’a été mis en œuvre entre les pays.

Tout se passe comme si les charnières financières entre les pays grinçaient dans un bruit assourdissant. Au travers des conditions du Traité de Maastricht, l’euro postulait la cohésion des économies européennes.

Or ces dernières en restent éloignées. Faute d’avoir délégué à l’Europe des prérogatives budgétaires suffisantes (ou un fédéralisme fiscal approprié), la zone euro est probablement sous-optimale. Pour réussir la monnaie unique, il faudra que les États desserrent leurs étaux sur le système financier, ce qui passera inéluctablement par une baisse de l’endettement public.

Si, un jour, l’euro traverse des doutes existentiels, il ne faudra pas s'en étonner...en 2022 ?

Posté le 16 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

La BCE : une forme inconnue d'autorité publique ?

ImagesOn sait que la Banque Centrale Européenne(BCE) est indépendante.

Mais indépendante de quoi, finalement ?

Elle ne peut pas être indépendante des marchés des changes puisqu'elle s'inquiète de la force de l'euro ?

Elle ne peut pas non plus être indépendante des niveaux d'activités, puisqu'elle explique ses réticences à mettre en œuvre une politique monétaire plus accommodante.

On peut comprendre que la BCE ne soit pas destinée à devenir le comptoir d'escompte des dettes publiques, mais n'est-elle pas devenue la forme la plus aboutie du pouvoir européen, très distante du pouvoir législatif et exécutif européen, et soumise à un contrôle démocratique peu coercitif ?

Cette situation mérite réflexion.

Si la monnaie est un méta-objet, supérieur à tous ceux dont elle mesure la valeur d'échange, la BCE, qui imprime cette monnaie, est peut-être devenue une méta-institution, c'est-à-dire un fait institutionnel absolu, soit une forme inconnue de pouvoir étatique.

Posté le 15 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le suicide des emprunteurs

ImagesCAZHXFEMUne ces conséquences collatérales du contexte déflationniste est la hausse mécanique des taux d'intérêt réel, c'est-à-dire après déduction de l'inflation.

Si l'inflation baisse, le coût réel de la dette augmente pour le débiteur.

C'est ainsi que si l'inflation est l'euthanasie des rentiers, la déflation est le suicide des emprunteurs (à taux fixe).

Or nos Etats sont de gourmands emprunteurs : les dettes publiques dépassent allègrement plus d'une année de PIB et les dettes latentes (pensions légales, soins de santé, vieillissement de la population, etc.) s'accumulent.

Le coût relatif de ces dettes augmente donc avec la déflation. C'est un très grand danger pour les équilibres macro-économiques. En effet, la dette "sociétale" augmente au détriment des travailleurs futurs. Une déflation peut donc perturber les équilibres générationnels.

Il fallait de l'inflation....

Posté le 13 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Banque : déposant et actionnaire, même combat ?

ImagesCACZ50CSLe magazine anglo-saxon "The Economist" du 11 avril 2014 a consacré son principal sujet à l'évitement des crises financières.

L'idée centrale qui y est développée – d'essence libérale anglo-saxonne – est que les Etats ont biaisé la nature de la prise de risque en accordant aux banques des garanties qui les poussent … à une prise de risque excessive.

L'idée n'est pas neuve : à partir du moment où les dépôts sont garantis par les autorités publiques et que ces dernières interviennent pour se substituer à des actionnaires défaillants, les gestionnaires bancaires pourraient être incités à prendre des risques inconsidérés.

C'est effectivement ce qui s'est passé lors de la crise des caisses d'épargne américaines (dans les années quatre-vingt) ou, plus récemment, lors du désastre des subprimes.

Selon "The Economist", les banques devraient être plus petites et abandonnées en cas de défaillance. En d'autres termes, il s'agit de transformer les déposants en actionnaires, contraints de supporter des pertes si les capitaux propres des banques sont insuffisants.

Cette approche a incidemment été amorcée par l'adoption d'un système de "bail-in" au sein de la zone euro.

Là aussi, l'idée est intéressante, sous la réserve du fait que les déposants ne sont, contrairement à des actionnaires, pas diversifiés : personne ne va répartir son épargne sur 20 banques pour en éviter le risque de défaillance individuelle.

Tant les banques que les Etats qui les régulent ont intérêt à ce que les banques forment un oligopole, c'est-à-dire soient concentrées et que l'épargne soit conservée nationalement : cela s'oppose au fait que les déposants diversifient suffisamment leurs avoirs et soient capables d'absorber la banqueroute d'une des banques auprès desquels leurs avoirs sont conservés.

Cet oligopole a incidemment été renforcé par la crise bancaire et le choc des dettes souveraines : les dettes publiques sont, plus qu'auparavant, financées par les banques situées dans les Etats qui ont émis ces mêmes dettes. Le risque bancaire domestique s'est accru, au détriment d'une capacité de diversification du risque des déposants bancaires.

Mais le vrai problème n'est pas là, et c'est sans doute l'erreur d'appréciation de "The Economist" : au travers du flux qu'elles suscitent, les banques créent la monnaie.

Elles fabriquent donc un bien public…pour le compte des Etats.

Cette fabrication de monnaie (qui est traduite par l'adage 'loans make deposits', c'est-à-dire que l'octroi de crédit appelle des dépôts) explique, entre autres, pourquoi les banques financent les dettes des Etats qui sont elles-mêmes libellées dans cette même monnaie.

Si une banque importante s'effondre, cela entraîne non seulement des ruines individuelles et collectives, mais aussi une rupture de la fabrication du flux monétaire.

C'est pour cette raison que si les banques ne doivent pas être trop grosses (pour pouvoir être sauvées), elles doivent l'être parce qu'elles constituent le mur mitoyen entre la monnaie et les États.

Elles sont même consubstantielles au droit régalien de battre monnaie.

Qu'elles soient nationalisées ou pas, les banques et les Etats représentent l'avers et le revers de la même pièce…de monnaie.

Posté le 12 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

La monnaie créée de toute pièces ...

ImagesCAOLQWR5La monnaie est le fondement de notre système d’économie marchande.

Ses fonctions principales sont connues : c’est un étalon de mesure des échanges et une unité de compte. Elle possède un rôle transactionnel puisqu’elle permet de remplacer le troc des biens et des services par une marchandise intermédiaire, un « super-objet », à savoir la monnaie elle-même.

Dans cette perspective, elle mesure l’utilité du temps consacré à la fabrication d’un bien ou à la production d’un service.

Mais ce n’est pas tout : elle sert aussi d’instrument de thésaurisation. En conservant une quantité de monnaie, on diffère sa consommation dans le temps.

En effet, l’argent épargné sert principalement à couvrir d’éventuelles dépenses futures.

La monnaie s’est imposée au rythme de la division du travail, c’est-à-dire lorsque le troc ne permettait plus d’assurer un fonctionnement des communautés marchandes.

Au cours de l’histoire, elle a revêtu de nombreuses formes. A l’origine, elle était un bien consommé (un animal, par exemple) pour devenir progressivement un bien non consommable. Progressivement, son monopole a été capturé par les pouvoirs publics, car la monnaie est un des attributs de l'autorité et permet de payer l’impôt.

Les droits de lever l’impôt et de battre monnaie correspondent d'ailleurs aux deux privilèges régaliens.

Au fil de l’histoire, la monnaie est devenue fiduciaire (c’est-à-dire fondée sur la confiance) et scripturale (transmissible par des écritures manuelles ou informatiques). Aujourd’hui, la monnaie est au mieux un bout de papier et au pire des électrons qui apparaissent épisodiquement sur l’écran d’un ordinateur. Elle n’est plus gagée par des métaux précieux, comme c’était le cas dans le cadre des cours de change fixes de l'étalon-or du système de Bretton Woods, abandonné en 1971.

La monnaie n’a donc plus de valeur mais se limite à la représenter.

Comment est-il dès lors possible de réconcilier le manque de substance intrinsèque de la monnaie avec la valeur qu’on lui attribue ?

Il faut que quelque chose garantisse la monnaie tout en lui étant supérieur. Or, quel est ce « quelque chose » ?

C’est la confiance.

Tout se passe donc comme si la monnaie était garantie par des unités "psychiques" de confiance individuelle qui, assemblées collectivement comme un immense légo, assurent sa pérennité.

La question est alors de savoir en quoi la confiance doit se placer.

C’est à ce niveau que le raisonnement tourne court : il faut que la monnaie soit garantie par la confiance en … les institutions qui émettent la monnaie.

En résumé, la confiance associée à la monnaie porte donc sur la valeur de l’usage du temps.

En d’autres termes, la substance de la monnaie est indéfinissable, puisqu’elle est garantie par elle-même.

C’est un concept en suspension car il faut une réciprocité de la qualité de la confiance et de la quantité de monnaie.

On pourrait même avancer que la monnaie est un artéfact, c'est-à-dire un phénomène créé de toute pièce, dépourvu de toute signification théorique.

En même temps, c'est un phénomène plus ou moins conscient d'adhésion forcée puisque son cours légal est imposé par les Etats.

Posté le 10 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Dette publique et démocratie

ImagesCA3W1UDAUne dette publique n'est tolérée que parce que des créanciers l'autorisent.

C'est ainsi qu'il doit y avoir une lointaine corrélation entre le niveau d'endettement public et celui de l'épargne domestique, puisque des créanciers exclusivement étrangers mettraient une limite naturelle à la capacité d'emprunt d'un pays.

Mais vers quel système politique une dette publique excessive entraîne-t-elle ?

L'économiste libéral Friedrich Hayek suggérait qu'elle conduit à une restriction des libertés individuelles et donc à une nationalisation sournoise de l'économie. Cette dernière serait destinée à ordonnancer la pression fiscale mise en œuvre pour assurer l'ordre social associé à des dépenses publiques excessives.

Quel est, en effet, l'aboutissement de ce mouvement de fuite dans lequel l'Etat s'engouffre au travers de l'endettement public ? Est-ce vers une étatisation insidieuse de toute l'économie et/ou vers la perte de pouvoir d'achat entraînée par l'inflation qui découle de l'arme monétaire ? La réponse se situe sans doute dans une complexe chimie de ces deux éléments qu'on pourrait qualifier, dans la logique d'Hayek, d'étatisation inflationniste.

Certains auteurs pencheraient plutôt pour une ploutocratie, c'est-à-dire un système politique au sein duquel les plus riches gouvernent….au motif qu'ils sont les plus gros créanciers de l'Etat.

D'autres économistes suggèrent que la morphologie démographique de nos communautés conduit plutôt à une gérontocratie.

Enfin, la jeunesse peut aussi se manifester et établir de nouvelles bases au contrat social et fiscal afin de ne pas suffoquer sous la dette.

C'est alors la révolution En Belgique, la dette publique est indirectement détenue par la classe moyenne qui affecte une grande partie de son épargne à des placements bancaires et des investissements dans des produits d'assurance.

Quoiqu'il en soit, l'exercice de la démocratie est difficile lorsqu'elle est financée par un Etat grevé de dettes.

La vraie question centrale sera désormais de savoir quelle majorité ou génération va imposer sa loi à quelle minorité ?

Qui sera le garant de la propriété privée ?

Comment les marchés vont-ils composer avec les pouvoirs souverains ?

Le chemin sera sinueux entre le libéralisme de l’économie de marché et le socialisme redistributif mais l’instant de vérité de notre modèle social est proche.

Posté le 9 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un dialogue entre les Etats et l'économie marchande

ImagesCAMJAOQ2Et si, imperceptiblement, nos économies européennes changeaient d'orientation idéologique, dégrisées du vent du libéralisme des années quatre-vingt ?

J'ai l'impression que cette crise de 2008 est un choc de conscience.

Dans un premier temps, elle fut perçue comme une fracture de marché.

Mais, force est de le constater : seuls les Etats ont sauvé l'économie de marché.

C'est la collectivité qui a sauvé l'entreprise privée. Ce sauvetage était justifié, en ce que les banques "fabriquent" le flux monétaire au travers de leur propre existence.

Elles sont donc consubstantielles à la formulation de la monnaie elle-même. Un abandon des banques se serait assimilé à une démonétisation des dettes et une répudiation des dettes publiques. Les Etats ont aussi mis en œuvre ce qu'on qualifie de stabilisateurs économiques, c'est-à-dire la fonction contre cyclique qui consiste à augmenter les dépenses publiques et à encaisser moins de recettes en période de retournement conjoncturel.

Si les Etats sont intervenus, la question est de savoir quel équilibre va s'installer entre le rôle de l'Etat et l'économie marchande, sachant que ces deux acteurs sont interdépendants.

Il s'agit donc d'un véritable débat idéologique portant sur le modèle de société. Le centre de gravité de ce débat n'est pas ancré.

Il ne s'agit plus de savoir s'il faut moins d'État à tout prix, mais de savoir comment l'Etat, c'est-à-dire notre collectivité, s'intègre dans des relations sociales collectives et individuelles harmonieuses.

A cet égard, il faut être lucide: même si le poids de l'Etat dans l'économie est trop élevé, il n'est pas prêt de diminuer drastiquement.

L'absence de croissance dans un contexte économique désinflaté freine tellement la croissance que les équilibres exigeront un ordonnancement de l'économie par l'Etat.

Posté le 8 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Casser l'€uro pour sauver l'Europe ?

C_Casser-lEuro_7502Les fondateurs de l'euro se font plus discrets pour deux raisons.

Tout d'abord, ils ne sont plus des acteurs pertinents du débat politique, dont ils sont relégués à l'arrière-plan.

Et puis, surtout, ils se sont trompés en créant une monnaie unique qui ne se greffe pas sur l'économie réelle, problème aggravé par l'insoutenable lévitation des dettes publiques dans un monde désinflaté et récessionnaire.

On sait que l'euro n'est plus adapté à l'eurozone, étant une monnaie trop forte pour les pays du Sud et trop faible pour les pays du Nord.

On sait qu'une politique monétaire unique est incohérente avec des Etats souverains intrinsèquement différents et asynchrones dans leur articulation économique et étatique.

On essaie, vaille que vaille, d'imposer des dévaluations internes aux pays du Sud tout en stimulant modiquement la consommation intérieure des pays du Nord.

On a abandonné l'idée d'une politique budgétaire et fiscale commune.

On connait les pourcentages de dévaluations/réévaluations qui devraient être appliqués si on revenait aux monnaies nationales : le franc français et la peseta seraient dévalués de 25 % par rapport à un Deutsche Mark réévalué. Ce pourcentage de 25 % n'est incidemment rien d'autre que la perte qui sera finalement associée à l'abattement sur les dettes publiques.

On sait donc qu'il est probable que cela se termine mal, avec, au mieux, des abattements de dettes et/ou des refinancements directs des Etats par une création monétaire mise en œuvre par la BCE.

Faut-il alors sauver l'euro ?

Evidemment, mais en repensant, par exemple, sa mécanique au travers du maintien d'une monnaie commune (l'euro) qui coexisterait avec des monnaies nationales réinstaurées. Il s'agirait d'un système comparable au Système Monétaire Européen de mars 1999, mais assorti d'une singularité : l'euro (contrairement à l'écu) existerait au titre de monnaie réelle et serait un passage obligé entre devises nationales.

On ne pourrait pas convertir des francs belges en Deutsche Mark sans passer par la conversion préalable en euro.

L'euro serait conservé pour les transactions internationales. Les monnaies nationales seraient donc définies par rapport à l'euro, selon un taux de change fixe mais ajustable qui permettrait une convertibilité interne entre les devises nationales réinstaurées.

Bien sûr, les conséquences d'un tel basculement restent imprécises : contrôle des changes, identification de la devise dans laquelle l'épargne de chaque citoyen européen est libellée, nécessité de contrôler les flux de capitaux, poussées d'inflation dans les pays faibles, expression monétaire des actifs bancaires, etc.

Impossible ? Non. La Belgique a connu, de loin en loin, ce système jusque dans les années quatre-vingt avec des francs belges commercial et financier, système qui s'assimilait à une inconvertibilité partielle de la monnaie.

Cette prospective alimente utilement le débat.

Elle est examinée dans un passionnant et accessible ouvrage, écrit à huit mains "Casser l'€uro pour sauver l'Europe".

L'ouvrage publié aux Editions LLL coûte (encore) 19 €.

A lire de toute urgence

Posté le 7 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si nous étions vraiment au bout d'un monde monétaire ?

ME0000100152_3Parfois, je m'interroge sur la pérennité de la formulation de notre économie.

En effet, tout n'est finalement qu'expressions symboliques et conventionnelles, plus ou moins bien ancrées dans une logique d'adhésion collective.

La dette publique et la monnaie en sont de parfaites illustrations.

Comment le symbole monétaire pourra-t-il alors rester stable alors que les dettes publiques, qui sont le gage et l'expression de la monnaie, sont impossible à absorber sans inflation ni rééchelonnement des dettes ?

La monnaie n'est plus valeur, elle se borne à la représenter.

Que vaut donc la monnaie par rapport aux forces élémentaires de l'économie productive ?

Rien, si ce n'est le vecteur de l'échange. Mais son métrage est subordonné aux flux de l'économie réelle.

Notre naïveté, c'est de tenter de résoudre des problèmes économiques sur base de postulats symboliques alors qu'ils ne sont que fugaces et éphémères.

L'origine étymologique du mot "monnaie" ramène au Palais de la Moneta où les pièces étaient frappées à Rome. La légende véhicule que ce Palais, dédié au culte de Junon, déesse de la fécondité et de la reproduction, fut bâti à l’endroit où les oies du Capitole, qui prévinrent de l’invasion de Rome par les Gaulois au quatrième siècle avant Jésus-Christ, étaient parquées.

Peut-être que toute la question monétaire ramène à cette interrogation sémantique : de quoi la monnaie, ultime convention socio-étatique, prévient-elle, alors que sa circulation est conditionnée par sa propre reproduction ?

Peut-être du fait que la monnaie est un phénomène monétaire éphémère et circonstanciel.

Et Qu’y a-t-il derrière ce dernier ?

Le pâle reflet d’imparfaites et éphémères conventions humaines ?

Une tentative de mesure dégradée du temps ?

Une hallucination collective choisie ?

Le néant ?

Une plongée dans son côté sombre ou plutôt une tentative de maquillage de ses ténèbres ?

Tout pourrait donc être bouleversé par les mains hasardeuses du temps.

Et beaucoup le sera, je crois.

Posté le 6 avril 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

En économie, l'exception, c'est la croissance

Welsh-minersNous faisons souvent preuve d'une coupable myopie.

En effet, nous nous référons sans cesse aux 'trente glorieuses', ces trois décennies d'après-guerre qui ont été caractérisées par un relatif plein-emploi et une stabilité monétaire.

Pourtant, il faut rester lucide : cette période fut un effet d'aubaine.

Il fallait reconstruire la Belgique avec une main d'œuvre qui avait été engloutie par la guerre. Le plein-emploi fut plutôt un effet de rattrapage qu'autre chose.

Certains confinent d'ailleurs ces trente glorieuses à trois années de croissance exceptionnelles, de 1958 à 1960, avant les grandes grèves et la perte des colonies.

L'état naturel de l'économie marchande est la crise et le manque de croissance.

Au reste, plus de deux-tiers de l'humanité est en état de sous-développement, ce qui singularise les économies en croissance.

Il faut garder cette réalité à l'esprit car nos économies s'enfoncent dans la déflation.

Le véritable miracle serait le retour rapide de la croissance.

Dernières réactions sur nos blogs