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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 21 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Dettes publiques et la fin de l'Etat-providence

Chaque élection importante le rappelle : la crise est loin d’être terminée. D’une ampleur exceptionnelle, elle devrait faire sentir l’amplitude de son cycle et la violence de ses effets sociaux endéans les prochaines années, au moment où le niveau du surendettement sera internalisé dans la perception du bien-être futur et que l’impossibilité, pour l’Etat, d’être à la hauteur de ses engagements sera révélée. Les modèles européens, fondés sur l’Etat nourricier et des tissus sociaux très denses, eux-mêmes héritiers de l’empreinte catholique, ont conduit à des États providentiels suffocant sous leur endettement, atteignant des étiages inconnus en temps de paix. Cet état d’anesthésie a été entretenu par une classe politique qui nous a menés au bout de nos propres faiblesses et abandons.

Lorsqu’on s’interroge sur les origines de cette dette, la première réponse qui fuse d’ordinaire est de l’attribuer à la crise financière. L’explication est politiquement commode, mais elle est totalement incorrecte. Elle relève même de l’imposture intellectuelle. Ce ne sont pas les sauvetages bancaires qui ont créé la dette publique. Ils l’ont réveillée et révélée. Les tendances profondes portent des risques lourds et la théorie de l’imprévisibilité de la dette publique ne peut pas être défendue.

L’endettement excessif ne permet pas un développement durable. Il est né dans les années septante, une bonne trentaine d’années avant l’épisode des subprimes. Libérés du carcan monétaire des accords d’après-guerre au moment des premiers chocs pétroliers, les gouvernements européens ont tenté de camoufler la mutation de leurs économies à coups de transferts sociaux, aides publiques et autres soutiens à l’économie sans se réserver de gisements fiscaux suffisants. A l’époque, l’Europe sortait de trente ans de croissance, fertilisée par la reconstruction industrielle et le plan Marshall.

Tant l’Europe que les États-Unis ont connu une période de croissance dont l’analyse rétrospective fait ressortir une combinaison de trois facteurs : une abondance de crédits à faible taux d’intérêt, une épargne individuelle déclinante et un afflux de biens étrangers à bas prix entrainé par un phénomène de délocalisation industrielle majeure, auto-entretenu par une concurrence débridée. Mais l’Europe, moins résiliente que les États-Unis et adossée à des systèmes sociaux plus généreux mais aussi plus rigides, est en plus grande difficulté. Elle risque un tragique manque de croissance.

Ceci ne veut pas dire que notre modèle social, conçu pour aider les plus démunis, est mauvais. Au contraire : il véhicule l’humanisme européen. Mais les stabilisateurs économiques, destinés à atténuer les chocs conjoncturels, donnent désormais le gîte à toute l’économie.

Les pays européens, happés par la logique des marchés qui les financent, seront obligés de s’immerger dans une économie nettement plus exigeante, au sein de laquelle l’Etat, intoxiqué par quatre décennies d’endettement croissant et de manque de vision et d’ambition, sera contraint d'exercer un rôle répressif. La monétisation de la crise suscitera de probables poussées d’inflation modeste. Cette inflation résignée sera, avec le vieillissement de la population, la trame commune de tous les scénarios économiques des prochaines années.

La crise révèle aussi une contradiction sociétale : avec la monnaie unique, nos communautés ont exprimé un choix d'économie de marché et de libre-échange qui aurait théoriquement dû conduire à une diminution relative du rôle de l'Etat. Pourtant, le poids et la dette de ce dernier ont augmenté, reflétant sa fonction légitime de stabilisation économique pour traverser la crise.

Cette contradiction explique les indécisions politiques : l'excès d'endettement public exige de diminuer ce dernier alors que c'est justement en période de récession qu'il faut l'augmenter. Sous un même angle, l'économie de marché prescrit un désengagement de l'Etat mais ce dernier est invoqué pour assurer la stabilité sociale et la protection collective.

Quand on poursuit cette contradiction, on constate qu'au travers de son endettement public, l'Etat est devenu un acteur du marché qu'il réfute lui-même. Il est donc placé dans une position inconfortable : pour protéger son crédit, il lui faut honorer ses dettes tout en devant stimuler sa propre prospérité. Et c'est ainsi que les Etats sont à la fois ébranlés tant par leur fragilité financière (c'est-à-dire la crise des dettes publiques) que par leur difficulté à susciter la croissance économique.

Les Etats sont désormais écartelés entre le maintien légitime d'un système de protection sociale et un face-à-face avec l'économie de marché. La protection sociale est indispensable, mais son financement devient insoutenable et conduit à une étatisation croissante des flux de l'économie. La confrontation avec l'économie de marché est, quant à elle, brutale mais nécessaire pour épouser les immenses basculements économiques, géographiques et technologiques qui traversent la planète.

A travers le prisme des autorités européennes, cette contradiction fissure les fondements d’un projet de prospérité puisqu'elle contribue à tolérer des taux de chômage épouvantables tout en s'obstinant à maintenir une monnaie forte. A cause de son endettement public excessif, l'Europe doit se plier aux exigences monétaires des marchés en réduisant ses déficits alors qu'il faudrait, au contraire, profiter des taux d'intérêt bas pour stimuler les dépenses d'investissements collectifs.

Comment, dès lors, intégrer, dans un projet positif, des taux de chômage qui excèdent 20 % (et plus de 50 % pour les jeunes), dans certains pays du Sud ? Comment imaginer que cette crise ne va pas nourrir le ferment de la rancœur d’une jeunesse confrontée au remboursement de la dette des aînés tout en voyant ses possibilités de création de valeur s’étioler ? Quelle fiction nous conduit-elle à tolérer l’abyssal chômage des jeunes que nous avons délaissé au profit d’une monnaie désinflatée ? La désespérance économique de la jeunesse ne peut pas être un projet de société.

L’avenir ne sera plus ce qu’il était. Et où seront les sentinelles de l’Histoire ? Il ne faut pas que ce monde de demain soit inconsolable. Depuis l’année 2008 et la crise financière mondiale, nous avons réalisé que nous vivons une période charnière qui se situe entre le modèle de l’Etat-providence industriel et la mondialisation. Depuis le début de cette crise, j’ai l’intuition d’un ample choc sociétal qui demandera de s’extraire de la décision par abstention. Nos circuits de pensée sont probablement confinés aux réflexes d’une inflexion conjoncturelle. Pourtant, la rupture économique relève d’un point de discontinuité majeur. Nos communautés vont immanquablement être traversées par des chocs sociologiques inattendus qui forceront à repenser l’équation de la justice sociale. Sous toutes les hypothèses, l’Histoire s’est accélérée et les crises sont probablement des défaites de le pensée stratégique. Pasteur l’avait écrit : L’avenir n’appartient qu’aux esprits préparés.

 

Article publié dans La Libre du 20 mai 2017

Posté le 16 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Est-ce que quelqu'un comprend encore la fiscalité mobilière belge ?

Depuis plus de 25 ans, j’enseigne la fiscalité des produits financiers. Et je ne peux plus cacher à mes étudiants l’abîme de perplexité et d’incompréhension dans lequel cet enseignement me plonge. Deux éléments sont, à proprement parler, inquiétants : la fiscalité pénalise le risque d’entrepreneur. Mais, de surcroît, elle pénalise l’investisseur à long terme. En d’autres termes, le particulier belge qui ne souhaite prendre aucun risque pour la gestion de son épargne en la plaçant sur un compte d’épargne bénéficiera d’une exonération fiscale sur les revenus de ses placements (certes contrariée et rendue caduque par le niveau actuel des taux d’intérêt), tandis qu’un autre contribuable qui investit à long terme, et à risque, sera ponctionné sur son capital, parfois dès l’engagement de sa mise de fonds. Cela conduit à promouvoir un modèle sociétal de rentier passif alors que nous disposons d’un stock d’épargne gigantesque découlant d’un des plus hauts taux d’épargne du monde. En d’autres termes, notre pays épargne, mais seuls les placements sans risques sont fiscalement favorisés. Pour illustrer les singularités fiscales affectant les produits financiers traditionnels, il convient de se pencher sur les étrangetés suivantes. Elles sont loin d’être exhaustives.

Un dépôt d’épargne réglementé voit ses intérêts exonérés d’un précompte mobilier de 15 % jusqu’à un montant annuel de 1.880 euros. Une même somme, placée sur un compte à terme, subira un précompte mobilier de 30 % sans aucune exonération. Alors que les taux d’intérêt sont quasiment nuls pour de lointaines échéances, un même investissement est soumis à des fiscalités différentes. Cela pousse évidemment les particuliers à déposer leurs économies sur des comptes d’épargne réglementés, qui sont érodés par une inflation supérieure au taux d’intérêt…alors que les autorités politiques s’émeuvent du fait que cette épargne n’est pas suffisamment déployée vers des investissements productifs.

De nombreux particuliers investissent en Sicav. Là aussi, la taxation est lourde, au travers de la taxe sur les opérations de bourse (TOB), dont le plafond a été doublé, pénalisant ainsi les particuliers qui souhaitent investir des montants conséquents dans des véhicules de capital à risque. Selon que ces Sicav soient de capitalisation ou de distribution, cette taxe s’élève à 1,32 % ou 0,27 %. On argumentera, à juste titre, que la plus-value est exonérée sur la plupart des Sicav de capitalisation et que cela justifie une TOB plus élevée. Mais on ne peut manquer de s’interroger sur cette taxe qui s’ajoute, pour les Sicav de distribution, au précompte de 30 % (pourcentage lui-même aussi doublé en près de cinq ans !) appliqués aux revenus qui en sont tirés. Et que penser des investissements directs en actions dont les revenus, s’ils sont d’origine belge, sont taxés à un taux global de plus de 50 % si on intègre correctement l’impôt des sociétés ?

Mais le plus singulier concerne les produit d’assurances d’investissement (ou de placement) que constituent les branches 21 (assurances à capital garanti) et branches 23 (assurances à capital non garanti) dont l’encaissement s’est littéralement effondré à cause d’une taxation précipitamment rehaussée sans que le gouvernement n’ait envisagé une minute les effets d’élasticité que cela pourrait entraîner.

Ces produits d’assurances sont soumis à une fiscalité délirante. Dans le cas d’une assurance-vie de la branche 21, un particulier bénéficie certes d’un avantage fiscal portant sur le montant investi dans le système de l’épargne-pension (déduction maximale de 940 € de prime maximale en 2017) ou de l’épargne à long terme (2.260 € de prime maximale en 2017). Par contre, la déduction du capital d’une branche 23 n’est envisageable que dans le cas de l’épargne-pension. Mais il y a une contrepartie : une souscription de police d‘assurance branche 21 déduite dans le cadre de l’épargne à long terme sera soumise à une taxation, selon des modalités complexes car changeantes, de l’ordre de 10 %. Il y a aussi une taxation sur les primes qui s’établit à 2 % tant sur les souscriptions d’assurances branche 21 (sauf pour l’épargne pension) ou 23. Ce prélèvement de 2 % correspond à vingt années de rendement d’un compte d’épargne. Pourquoi prélever 2 % sur un capital investi à long terme alors que le taux d’intérêt à dix ans sur les obligations d’Etat belge est inférieur à 1 % ? Mystère et boule de gomme.

Un précompte mobilier s’applique aussi sur les assurances de la branche 21 si le contrat a une durée de vie inférieure à huit ans ou que le particulier souhaite récupérer son capital avant ce terme. Ce précompte est calculé sur un rendement fictif de 4,75 % alors que le taux d’intérêt à un siècle est inférieur à ce seuil. Bien sûr, ce pourcentage est un héritage du passé. Mais pourquoi l’avoir conservé ? Le mystère reste entier.

Ces particularités fiscales ont conduit à une situation que de nombreux économistes ont déjà dénoncée, à savoir que c’est la fiscalité qui oriente les investissements des particuliers. A titre d’exemple, que deviendrait l’assurance branche 21 sans les possibilités de déductions dans le cadre de l’épargne pension ou à long terme ? Sans doute pas grand-chose.

Il ne faut pas chercher plus loin la désaffection de nos concitoyens pour le redéploiement du capital à risque ni le manque d’innovations financières que d’autres pays, tel que le Grand-Duché de Luxembourg, ont réussi à amplifier. Je pense qu’il est grand temps que notre pays procède à une profonde réflexion sur l’avenir de son secteur financier et à un aggiornamento de sa fiscalité mobilière. Cette dernière reflète désormais des mauvais consensus entre des secteurs bancaires et d’assurances concurrents et des décisions budgétaires prises à l’emporte-pièce, sans aucune hauteur prospective. A moins, bien sûr, qu’il faille trouver à la typologie de la fiscalité de l’épargne belge une autre explication, à savoir que l’Etat, excessivement endetté, souhaite canaliser l’épargne populaire, au travers des bilans bancaires et d’entreprises d’assurances, vers son propre financement en octroyant à cette fin, des avantages fiscaux aux placements sans risque… ce qui arrange les institutions financières qui bénéficient dès lors d’un financement défiscalisé à coût réduit. Mais ceci est une autre histoire.

 

Posté le 15 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La crise : 9 ans.

Quel sera l’aboutissement de la crise de l’euro ? Et surtout, qui en sera l’acteur décisif ? Est-ce l’Allemagne qui entretient une vision luthérienne et ascétique de l’endettement public et de son financement par l’épargne privée ? Sera-ce la France qui est inéluctablement happée par les pays du Sud de la zone euro et confrontée à son manque de compétitivité? La solution sera peut-être dans un rapprochement des modèles économiques français et allemand puisque l’euro est désormais consubstantiel à l’architecture de ces deux pays. Macron et Merkel, même combat obligé ?

Il y aura un autre équilibre à trouver au sujet du remboursement des dettes publiques qui finiront inéluctablement (et injustement) par appauvrir les créanciers, puisque l’imposture de la rigueur expansionniste est éventée.

Ce gigantesque ajustement sera-t-il opéré avec l’apparence du respect de la propriété privée, c’est-à-dire une inflation modérée ? Ou bien assisterons-nous à des ajustements plus expéditifs, tels des rééchelonnements et consolidations de dettes, des confiscations de dépôts bancaires (Chypre) ou de réserves d’assurances (Hongrie), des défauts (Grèce), etc. ?

Dans l’angle mort de ces questions se pose la question du modèle politique. Quel sera le rôle de l’Etat dans ces exigences contradictoires de la défense du pouvoir d’achat des rentiers et des revendications de confiscation du capital. Entre Marx et Smith, le combat des classes est toujours vivace. Il s’exprimera très durement.

J’entretiens depuis 9 ans la même intuition, familière aux lecteurs de ce blog : cette crise consomme l’aboutissement des égarements de l’Etat-providence. Comme ces icebergs qui s’écroulent, c’est une génération de décideurs et d’économistes qui s’effondre.

Posté le 11 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Chocs idéologiques

Plusieurs questions vont animer les débats politiques des prochaines années : l’équilibre entre le capital et le travail, les tensions générationnelles, la contribution des patrimoines et revenus privés aux endettements collectifs, etc.

Nos économies sont devenues des cénacles de rentiers, tant en termes d’idées que de capitalisme, cherchant collectivement la sécurité au détriment de l’entreprenariat individuel. Cette posture, qui constitue l’héritière lointaine des tutelles ecclésiastiques, a été confortée par l’Etat-providence. Or l’Etat providence est un fatras idéologique confus, reflétant plutôt les circonstances de la reconstruction industrielle d’après-guerre qu’un état normal de l’économie.

C’est cette fiction de la providence économique qui nous conduit à tolérer l’abyssal chômage des jeunes que nous avons délaissé au profit d’une monnaie stable et désinflatée.

Ce déséquilibre n’a plus de sens.

Il est même mortifère et c’est ce que les mouvements qualifiés de populistes expriment.

Je crois de plus en plus que nos communautés vont être traversées par des chocs sociologiques inattendus qui forceront à repenser l’équation sociale dans le sens d’une plus grande justice.

Ce choc sociologique ne peut pas être la recherche d’une étatisation accrue, dont l’échec économique est patent. Il faudrait oxygéner nos économies dans le sens d’une libération de l’entreprenariat et d’un poids réduit de l’Etat, mais ce sera extrêmement compliqué, voire impossible à cause du vieillissement de la population.

Quoiqu’il en soit, la désespérance et l’inquiétude ne peuvent pas être un projet de société.

Posté le 8 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Politique budgétaire : Macron va imposer un retour au réel

Gilles-caron-68Macron élu, c’est toute l’articulation de la logique budgétaire européenne qui va être bouleversée. La zone euro est, en effet, contrainte par des traités qui exigent un retour rapide à l'équilibre budgétaire et un désendettement structurel des Etats pour revenir aux critères de Maastricht, à savoir une proportion de l'endettement public qui converge vers 60 % du PIB. Or ces objectifs sont parfaitement irréalistes, eu égard à la faible croissance prévisible de l’économie et au vieillissement de la population, qui contribue d’ailleurs à cette moindre croissance.

Avec un prisme keynésien, il faut revoir ces exigences budgétaires auxquelles Macron ne souscrit d’ailleurs pas puisqu’il s’est limité à respecter la contrainte d’un déficit budgétaire qui n’excède pas 3 % du PIB…au contraire d’un retour à l’équilibre.

Mais alors, quel sera l’aboutissement de cette dynamique ?

Sans croissance ni inflation suffisantes, il faudra s’accoutumer à un endettement public important que seuls des taux d’intérêt bas peuvent soulager. Ces taux d’intérêt bas seront imposés par les Etats au travers d’une canalisation plus ou moins coercitive de l’épargne publique vers la souscription d’emprunts d’Etat au travers des bilans de banques et des entreprises d’assurances-vie. Mais, dans les pays faibles, comme l’Italie et le Portugal, la dette publique sera, à un certain moment, un tel problème qu’un rééchelonnement est plausible.

 

Posté le 7 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Macron doit aller à Berlin. Vite.

4493069-6756049Macron, Président presque confirmé, a cinq ans pour sauver l’Europe et l’euro puisqu’aucun des dirigeants en fonction n’arrive à susciter la catalyse indispensable à un rebond moral. Son projet s’oppose au fatalisme résigné des prophètes désespérés qui attendent que les événements décident à la place de leur abstention.

Macron doit aller à Berlin.

Pour que les Allemands comprennent que les ferments de la droite dure ne peuvent pas être totalement dissociés de la politique de rigueur budgétaire et monétaire imposée par l’Allemagne dans la zone euro.

Et parce que c’est du Berlin de 1933 que s’inspirent les nostalgiques de Degrelle et De Man, les marcheurs aux flambeaux, les négationnistes et révisionnistes ramenant la Shoa à un détail de l’Histoire, les petits chanteurs à la croix gammée, les languissants des exclusions, les mélancoliques des Croix-de-Feu et autres suppôts de l’extrême-droite d’extraction pétainiste et maurassienne ainsi que les autres porte-drapeaux des années noires, importants en nombre et temporairement écartés.

C’est pour montrer à ceux qui aiment bien les rencontres à Montoire et les promenades à Berchtesgaden que l’Europe n’a existé qu’après ces sinistres temps.

C’est maintenant que tout commence.

Parce que l'Europe glisse, à nouveau, dans certains pays et pour certains, dans les mêmes travers que ceux des années qu'il ne faut pas oublier.

Posté le 4 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le mouvement lent de l'histoire

27-avril-1969-De-Gaulle-s-en-vaNotre monde est en basculement. Il en a vécu de nombreux. Mais celui-ci m’impressionne car les mouvements de l’Histoire sont lents et puissants. Ses signaux faibles sont inaudibles dans l’immédiateté médiatique. Immanquablement, presque irréductiblement, je suis transporté à la fin des années soixante. Charles de Gaulle, dans la solitude d’un monde qui s’esquivait, marchait, seul, en Irlande tandis que Mai 68 riait encore du monde ancien, qui l’avait pourtant sauvé de la dictature. Les Beatles avaient achevé Sergeant Peppers’s avant de s’échouer dans Le It Be.


Le Monde change parce que le souvenir de ceux qui ont entendu la guerre est dissipé par ceux qui appartiennent à un autre siècle, celui d’après. Les années froides et terribles semblent lointaines mais elles nous frôlent à nouveau. Sommes-nous, comme un rescapé de la guerre de 1870, des prophètes désespérés en 1914 ? Ou devrions-nous nous fondre dans les années folles d’une paix éphémère ? Où va le monde qui perd sa civilité ? Quel est ce monde qui, après des décennies de prudence, commence à hurler ? Ma génération a-t-elle semé les graines de telles inégalités que la suivante se rebiffe ? Et cette dernière n’est-elle pas entraînée dans des égarements que seule quelque ancienne sagesse peut apaiser ? Je ne sais pas. Mais la fatalité est la résignation des hommes faibles qui abandonnent le destin de leurs semblables à la résignation. Nous devons sauver la paix, la solidarité et l’Europe. Un monde ancien meurt doucement. Préparons sa renaissance.

Posté le 3 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'euro ne peut pas devenir un alignement sur les normes de compétitivité allemandes

20111126_CNA400Que Marine Le Pen ou Emmanuel Macron remporte l’élection présidentielle française n’y changera rien : la question de la soutenabilité de l’euro au sein de l’économie française est engagée. Même si les citoyens ne réalisent pas l’envergure du désordre qui serait associé à l’abandon de la monnaie unique, c’est une autre question sous-jacente qui est engagée, à savoir la pérennité des ordres sociaux une économie éreintée par la crise.

Que s’est-il passé ? L’euro était une utopie. Il est entré par effraction dans l’histoire. Ce cambriolage monétaire s’est effectué au moment de la réunification allemande. Certains profitèrent de cette situation afin de diluer l’Allemagne dans un agrégat monétaire au sein duquel sa dominance économique serait partagée. Dans un premier temps, la monnaie unique bénéficia d’un effet d’aubaine : les pays de Nord troquèrent leur notation de crédit souveraine (rating) dont bénéficièrent les pays du Sud, contre la disparition des réévaluations régulières qui affectaient leurs monnaies. Les capacités d’exportation allemandes et hollandaises en furent (et en sont toujours) démultipliées tandis que l’endettement public et privé put croître à des conditions financières inespérées au sein des pays méditerranéens, dont la France. Trois crises en rafale (les subprimes, la banqueroute grecque et la crise souveraine des pays du Sud) pulvérisèrent ce fragile état stationnaire.

C’est à ce moment que l’Europe donna la mauvaise question à un problème pourtant bien posé. Plutôt que de s’engager dans une politique keynésienne de déficit budgétaire et un assouplissement monétaire immédiat (auquel les Etats-Unis et le Royaume-Uni procédèrent dès 2009), la zone euro s’enferra dans une politique d’austérité conduisant à des dévaluations internes, c’est-à-dire des diminutions salariales destinées à reproduire l’effet d’une dévaluation. Les conséquences en furent immédiates : ces pays du Sud européens, dont la croissance est incidemment fondée essentiellement sur la consommation interne plutôt que sur l’exportation (à part le tourisme et l’agriculture) basculèrent dans la récession et puis la dépression.

Peut-on, pour autant, faire le reproche de la gestion de l’euro aux Allemands qui durent accepter, comme la dernière clause du Traité de Yalta, d’abandonner leur souveraineté monétaire pour recouvrer leur souveraineté monétaire après la chute du mur ? Non. L’Histoire allemande y est pour beaucoup. Si les Etats-Unis sont hantés par le spectre de la grande dépression des années trente, c’est le fantôme de l’inflation de 1923 et de 1946 qui habite l’Allemagne. L’inflation d’entre les deux guerres a conduit à la névrose hitlérienne. Les américains, par contre, vivent dans l’enseignement que la Grande Dépression des années trente aurait pu être évitée su le gouvernement Hoover n’avait pas maintenu la parité d’un dollar surévalué et la contraction des déficits budgétaires. On retrouve l’antagonisme ancestral entre le pragmatisme anglo-saxon et le rigorisme idéologique rhénan. Pour les Allemands, on ne peut pas acheter de la croissance et de l’emploi avec de l’argent et de l’endettement. C’est ainsi qu’au sein de l’Europe, les pays du Nord réévaluaient leur monnaie par le travail tandis que les pays du Sud la dévaluaient pour le travail, c’est-à-dire pour rétablir un équilibre entre le capital et le travail.

Sans modification idéologique portant sur l’utilisation de la monnaie pour stimuler l’emploi (c’est)-à-dire par l’acceptation d’une inflation élevée), l’euro ne peut survivre que si les Etats-membres s’alignent sur les normes de compétitivité du pays le plus fort, à savoir l’Allemagne. Mais les dynamiques et les typologies des pays sont différentes. Les mouvements populistes ne peuvent donc pas être dissociés de l'euro. Ces mouvements savent qu'il n'est pas possible de modifier des ordres monétaires cristallisés dans des traités inviolables. Ils veulent donc sortir de l'euro faute de pouvoir en altérer la gestion.

Aujourd’hui, certains mouvements politiques réfutent la monnaie, c’est-à-dire l’attribut ultime de la souveraineté publique. Face aux forces centrifuges qui risquent de désintégrer l’euro dans un chaos eschatologique qui va désintégrer le capital, il ne suffit pas d’invoquer la fatalité, car c’est le meilleur moyen de déresponsabiliser les hommes qui sont censés tracer l’histoire. Il faut, à tout prix, resserrer l’axe franco-allemand et amplifier l’interdépendance de ces deux pays. Il faudra aussi des avancées institutionnelles spectaculaires. Il faut donc que l’euro retrouve sa légitimité fiduciaire et reflète, de manière spontanée, les rapports des forces sociales plutôt que des normes de compétitivité inaccessibles.

Posté le 1 mai 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Retour au franc français : le coup d’Etat monétaire et la ruine économique

360px-Recto_d'un_billet_de_50_francs_de_1967Certains, en France, préconisent le retour du franc français, affirmant que, dans un an, la baguette serait payée en francs. C’est possible. Mais, à part ce qui est uniquement produit localement ou les biens et services dont les contenus importés peuvent être remplacés par des équivalents français, la France subirait une vague d'inflation importée. Le franc français serait probablement déprécié de 15 % à 20 %. Un sabordage monétaire signifierait une ruine de l’épargne bancaire, mobilière et immobilière, et des chaos indescriptibles portant sur le blocage des banques, des restrictions à la mobilité des capitaux et des personnes ainsi que le rétablissement de frontières étanches. Les banques françaises seraient probablement pulvérisées avant d’être évidemment nationalisées, comme Mitterrand le fit au début des années quatre-vingt. Il y aurait une fuite massive de capitaux et l’arrêt de tout investissement étranger. Qui investirait encore en France si ce n’est pour tirer temporairement profit du prix d’actifs déclassés mais instables ? Si l’euro est une monnaie de réserve reconnue par le FMI, le franc français (dont je ne vois comment il pourrait être dissocié l’euro dont il est un des constituants) serait expulsé du bilan des banques centrales, d’autant qu’un retour du franc français s’assimilerait à un défaut étatique entrainant une envolée mortelle des taux d’intérêt. Des chocs sociaux très durs seraient à attendre, conduisant à des formulations autoritaires. Outre la perte de représentation de l’Europe au niveau mondial, la paix serait remise en cause à un moment fragile de l’état du monde.

Je le répète : en cas de sabordage monétaire, ce sera une ruine pour le capital, des ruées sur les banques qui devront appliquer des restrictions aux mouvements en espèces, des faillites bancaires (sauf à les nationaliser évidemment), une chute des prix de l’immobilier et une bourse dont le décrochage se transformerait en trou d’air. Et c’est d’une grande naïveté de croire qu’on se détache d’une union monétaire en postulant que les autres pays y restent attachés.Les pays méditerranéens devraient, eux aussi, probablement quitter l’euro car leurs devises deviendraient trop fortes par rapport à un franc français déprécié. La monnaie unique serait donc pulvérisée. Les pays du Sud de l’Europe refuseraient, encore plus qu’aujourd’hui, de s’aligner sur les normes de productivité allemandes, qui leur sont d’ailleurs inaccessibles. Pour appréhender cette réalité, il faut se convaincre du fait que l’Espagne ne retrouvera son niveau de richesse produite annuellement que cette année. Ce sera en 2020 pour le Portugal, 2024 en Italie…et dans une vingtaine d’années pour la Grèce. Il s’en suivrait des vagues de protectionnisme, voire d’isolationnisme, et des dévaluations en cascade dans une guerre des monnaies qui ne serait pas limitée à l’Europe. Pour s’en convaincre, il faut replonger dans les troubles monétaires qui ont suivi l’abandon de l’étalon-or par les Etats-Unis, en 1971, à une époque où les économies étaient pourtant moins intégrées.

Une zone Mark se reformerait autour de l’Allemagne, l’Autriche et le Benelux. Cela signifierait accessoirement pour la Belgique un choc de compétitivité très négatif à l’exportation car, à part l’Allemagne et les Pays-Bas, nous serions concurrencés par des monnaies plus faibles.

Cet aggiornamento monétaire pourrait, à mon intuition, semer les germes d’une crise financière mondiale. Il faut donc espérer que ce funeste scénario ne se réalise pas. Mais, en même temps, les germes d’une implosion de la zone euro sont vivaces. Il faut reconstruire, dans la solidarité et le renforcement de l’axe franco-allemand, une monnaie qui soit plus centrée sur l’emploi, et un peu moins sur la protection désinflatée du capital car cela nous a conduits à un abîme de déflation.

Il faut donc que des hommes et des femmes politiques courageux et de haute tenue morale se lèvent pour corriger l’incompétence économique, la myopie sociologique, la méconnaissance de l’Histoire et de ses arrière-plans religieux ainsi que la poltronnerie politique de nombreux dirigeants européens qui n’ont pas voulu dépasser l’Europe des Etats-nations alors que le choix d’une monnaie unique était posé.

Posté le 28 avril 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et encore la taxation des plus-values…

Bruno Colmant - Soir Plus 2017 03 25L’expression politique est le reflet de consensus. Cette réalité, à laquelle nous nous sommes accoutumés, explique que la fiscalité belge relève d’ajustements budgétaires plutôt que d’une réflexion conceptuelle globale. Au reste, le Royaume n’a jamais réussi à formuler d’importantes réformes fiscales qu’après les guerres.

En même temps, la dérive de la fiscalité belge est accablante. Notre Etat est un des plus taxateurs du monde. Cette situation ne se traduit pas dans des mécanismes de solidarité  optimaux puisque notre taux de pauvreté et d’inégalité n’est pas significativement meilleur que celui de nos concurrents économiques. En un mot comme en cent : le modèle d’Etat-providence  ne démontre plus son efficacité, puisqu’il n’octroie pas de confort collectif supérieur malgré une fiscalité plus lourde et, surtout, un endettement public excessif.

Aujourd’hui, la question fiscale d’importance porte sur la réforme de l’impôt des sociétés. Cette dernière est indispensable. Notre pays a perdu ses centres de décisions. Notre dépendance par rapport aux entreprises étrangères est extrêmement dangereuse et fragilisante. Au Sud du pays, le modèle s’oriente vers une économie mixte. La plupart des entreprises marquantes sont détenues ou soutenues par les pouvoirs publics . Au Nord, c’est différent : l’économie de marché est plus résiliente.

C’est pourtant du Nord du pays que bruisse le débat portant sur la taxation des plus-values. Ce débat ne relève pas d’une quelconque idéologie ou d’une logique mathématique. Il s’agit d’un impôt symbolique et de rendement minime. Mais qu’importe que le capital à risque, qui est le vecteur de croissance de toute économie, soit plus taxé dans ce pays qu’ailleurs. Qu’importe que l’épargne, pourtant abondante, des Belges stagne dans des carnets de dépôt stériles alors que son redéploiement pourrait transformer la Belgique en exemple mondial d’entreprenariat. Qu’importe que la fiscalité inhibe toute démarche de mise à risque du capital. Pour certains : il faut taxer les plus-values alors que les revenus du capital à risques sont, au minimum, taxés à 54 %.

Je maintiens que, sous l’angle de la fiscalité, la taxation des plus-values est une erreur conceptuelle. Cette conviction est démontrable facilement sous l’angle de la mathématique et de la fiscalité. Mais une chose m‘apparait plus inquiétante : c’est que l’immunisation fiscale des plus-values reste, malgré sa justesse conceptuelle, un des seuls atouts de notre pays en matièr e d’impôt puisque nous sommes un des pays les plus taxateurs du monde. Quelle est, au reste, la logique de taxer des plus-values alors qu’en même temps, on promeut des mesures destinées à capitalisées les start-ups …dont la finalité est de susciter l’innovation, l’emploi, mais aussi de la richesse …sous forme de plus-values.

Ceux qui voudraient introduire cette disposition porteraient une énorme responsabilité. Et qu’on ne me dise pas qu’il faut brider la spéculation néolibérale d’une mondialisation désordonnée par une taxation ancillaire et symbolique dans un pays où l’Etat brasse déjà plus de 50° % du PIB, ce que même Marx n’aurait osé espérer …

 

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