Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 29 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

En mai, fais ce qu'il te plaît…

L'été 2016 sera-t-il celui du malaise social ? Au Sud de l'Europe, et en France, de telles évocations semblent émerger. L'Europe est en souffrance d'un projet et d'une gouvernance. La monnaie est, pour certains, devenue un symbole de récession et d'austérité plutôt qu'un signe d'harmonie. Je crains que nous ne réalisions trop tard que la rigueur budgétaire soit incompatible avec la réalité sociale de pays qui s'effondrent sous le chômage et l’absence de projet sociétal. Le taux de chômage atteint aujourd'hui 11 % de la population active. Ce chiffre ahurissant est la représentation numérique d'une profonde crise économique, au sein de laquelle les Etats ne peuvent plus agir par stimulation budgétaire, cohésion et force de l'euro obligeant. D'ailleurs, le Nord et le Sud divergent de plus en plus. Jamais, depuis très longtemps, les gouvernants ne semblent tellement éloignés des réalités sociales et des bouleversements gigantesques qui nous engloutissent. Que ce soit en matière de migration, de cohésion sociale ou de digitalisation : l’Etat est muet.

J'appréhende que nous entrions dans des années sans croissance. J'ai, depuis huit ans, l'intuition que l'ajustement se fera par l'étalon monétaire. Il sera peut-être déprécié dans tous les pays endettés afin de re-étalonner l'endettement public sur une base dépréciée.

Mais peut-être qu'un choc social devra être un préalable au déclenchement de cette solution monétaire.

Il faut toujours se méfier des débuts de siècle. 

Et, depuis 1968, des mois de mai. 

Après, les choses changent parfois brutalement.

Posté le 27 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

La Belgique doit retrouver un tracé moral

Les attentats ont exténué le Royaume. Pire, ils l’ont éreinté par une usure morale. Ces agressions nous confrontent avec de nouvelles réalités, comme l'écorce d'un arbre qui est arrachée en le mettant à vif. Certes, l’appareil de l’Etat et son exercice sont, par nature, incapable d’anticiper l’impensable. Mais, au-delà du courage et de l’abnégation inouïs dont font preuve ceux qui sécurisent ce pays et soignent les victimes de ces tragiques événements, il y a autre chose : nous sommes collectivement devenus inaptes à prendre de la hauteur. De nombreuses initiatives citoyennes démontrèrent une noblesse remarquable, mais chez d’autres, moins d’une semaine après le drame, tout ne fut que déchirements et surtout manque de sagesse, de retenue et de respect. Nous sommes immédiatement retombés dans un biais cognitif, c’est-à-dire une répétition de scénario, de fragmentation.

Si aucune souffrance ne doit être perdue, nous ressentons que quelque chose ne fonctionne plus dans ce pays. Est-ce un leurre, un tranquille naufrage ou bien un véritable supplice que seul le temps va effacer ? Je ne sais pas. Mais une chose est certaine : nous avons vécu des rentes d’un passé glorieux, sans comprendre que la grandeur d’un pays exige une discipline, une certaine élévation de pensée et un projet partagé.

Où trouver l’origine de cette lente dérive de l’Etat ? Chacun aura un avis documenté sur la question, dont aucun historien n’arrivera à distinguer les faits de l’intuition.

Pourrait-elle être bien plus ancienne et profonde que des revendications contemporaines. J’en suis convaincu. Entourée de silences ou de confidences chuchotées, il y a une zone d’ombre dans l’histoire de notre pays. La plupart des mémorialistes la contourne avec embarras, comme si l’histoire était hantée par le néant. C’est la saison froide de la Belgique. Elle est lugubre : c’est la question royale où les deux communautés furent perdantes. Le régime fut désacralisé et mis au vote. La consultation populaire de 1950 le dépouilla d’un grand nombre de ses attributs régaliens pour transformer progressivement le pays en communautés et régions. Toute la transcendance originelle de la Belgique en fut ébranlée. Depuis, c’est une complexité institutionnelle qui se substitue à la lisibilité du tracé politique. Le pouvoir exécutif s’est fragmenté sous des couches de réformes qui eurent aussi comme conséquence d’entraîner l’immobilité sous une administration pesante. Singulièrement, la force de l’Etat repose peut-être sur l’impossibilité d’en désigner le détenteur.

Mais ce n’est pas tout : le pays s’est aussi désintégré économiquement dès avant son émiettement institutionnel. Au lieu de déployer une ambition, chaque mutation économique s’est accompagnée d’un effritement. Le déclin commença dans les années trente et s’accentua avec la désuétude progressive du charbon et de l’acier, couplée à l’indépendance des colonies. Des trente années glorieuses (1944-1974), seules quelques-unes, encadrant l’exposition universelle de 1958, furent illustres. En plein cœur des années septante, qui furent une décennie maudite, le pays entama sa régionalisation au prix du maintien de secteurs nationaux qui étaient rendus surannés au moment même de leur désignation. On se déchira sur les Fourons pendant qu’un basculement économique engloutissait l’économie manufacturière. Plus tard, l’affaire de la Générale noya le quart du PIB dans un chaotique sabordage. Dix ans plus tard, la moitié du BEL-20 passa sous actionnariat étranger tandis que la crise de 2008 mit le secteur bancaire à genoux.

Socialement, aussi, les choses se sont gravement dégradées. Certes, les trente glorieuses furent plutôt l’exception que la norme en termes de configuration socio-politique. Il n’empêche qu’elles fondèrent la cohésion sociale sur le respect du travail et l’envie d’un projet de société commun basé sur l’entrepreneuriat et la redistribution. Aujourd’hui, la classe moyenne s’étiole et la pauvreté s’infiltre alors que le tourbillon de la révolution numérique va pulvériser des pans entiers de notre économie. La quantité et la qualité de travail vont diminuer. Dans ce domaine, l’Etat reste muet alors que l’économie de marché spontanée ne permettra pas de financer nos engagements collectifs. Les prochaines années vont révéler une terrible confrontation et sans doute une colère sociale de certaines classes défavorisées. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas minimiser les risques de radicalisation et d’extrémismes politiques. Les crises économiques entraînent des éruptions et les escalades politiques sont une lave qui n’est jamais refroidie

Et puis, des défis sociétaux d’une envergure tectonique nous attendent. Nous avons, en grande partie, échoué à intégrer des populations immigrées ou de confessions religieuses différentes alors que des vagues de migrations successives, d’origine politique, économique ou climatique, sont certaines. A la périphérie de l’Europe, des frontières se ferment et des régimes renouent avec l’esprit des années trente. La guerre se diffuse à l’Est et au Sud. Au-delà des premières réactions de répression et d’exclusion, qu’allons-nous faire ? Sans un message politique clair sur la cohésion sociale, nous allons diviser architecturalement nos villes et quartiers, avant de redéfinir les pays et les frontières. Ou irons-nous? Où sera l’envie du futur ?

Depuis 2008, toutes les crises se mélangent et se conjuguent pour s’amplifier. Or ces crises sont un avertissement sévère tant à la société civile qu’à nos gouvernants, et surtout à nous-mêmes. C’est d’ailleurs peut-être davantage qu’un avertissement, un passage vers une prise de conscience de mondes nouveaux. Dans le Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline aurait pu transposer aux ruptures sociétales son pressentiment que c'est peut-être cela qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.

La véritable question portera sur la représentation de l'avenir du corps social car les configurations sociétales deviennent extrêmement vulnérables. Les démocraties seront mises à l'épreuve dans le sillage des chocs économiques. Insidieusement, d'autres configurations politiques risquent d'émerger. Nos temps révèlent d’ailleurs une fin de modèle. La fin d'un modèle de complaisance, de manque de vision, de déficit de perspectives. Le moment est venu de poser la question des temps nouveaux et de constater qu'un univers moderne se dresse, sans qu'on l'ait pressenti, ni conjuré. Cet univers reste à réinventer.

L’absurdité des événements n’apparait que si nous les jugeons à l’aune du temps court. S’il y a des périodes politiques, il faut désormais un temps étatique. Il convient de retrouver un tracé moral. Il faut un Etat et des régions forts, non pas au sens de l’autoritarisme qu’ils peuvent exercer, mais de l’autorité qui peut en rayonner. Il faut, avant tout, un Etat qui rassure. Mais aucune solution institutionnelle consensuelle ne pourra y contribuer car ce qui importe, c’est de créer un éthos de confiance, c’est-à-dire une vision longue qui promulgue la cohésion sociale, la solidarité politique et la bienveillance économique. C’est donc dans des valeurs morales, intégrées et respectées, que se trouve la solution. Ces valeurs partagées sont la solidarité et le respect de l’autre. C’est surtout et d’abord l’instruction publique et civique. Ce sera un travail permanent car des valeurs se construisent plus qu’elles ne se postulent.

Je dois beaucoup à ce pays, à commencer par l’éducation, tout en tentant de rendre ce qui m’’est donné. Je garde une foi indestructible et une conviction absolue qu’il finira par se ressaisir devant les grands périls qui le menacent.

Mais, aujourd’hui, l’Etat suscite l’indécision et même parfois l’inquiétude. A terme, tous, quelles que soient les configurations politiques futures, nous en serons perdants. Je crois que l’engagement citoyen et individuel ne suffit pas. Il est indispensable que, faute d’homme providentiel, ceux qui dirigent l’Etat indiquent, au risque de l’impopularité, quel est son avenir social et politique dans un cadre moral apaisant. Le pays manque de lisibilité sur son avenir, quel qu’il soit. En transposant à un pays ce qu’il appliquait à l’homme, c’est peut-être François Mauriac qui avait raison quand il affirmait que « notre vie vaut ce qu’elle a coûté d’efforts ».

 

Cet article a été publié dans Le Soir du 26 avril. Il est rédigé à titre personnel et n’engage aucunement les institutions auxquelles l’auteur est affilié.

 

Posté le 21 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

L’euro ne rapporte pas assez ou coûte trop cher ?

Le Ministre allemand des finances ne veut plus des mesures monétaires accommodatrices mises en œuvre par la BCE. Ces dernières, qui conduisent à des taux d’intérêt négatifs, ruineraient les épargnants allemands, sous forme directe ou indirecte (au travers du faible rendement de placements à long terme et autres assurances vies). Certaines fluences politiques allemandes exigent même que le prochain Président de la BCE soit allemand, ce qui repose sur le doute de l’indépendance de la BCE.

Faut-il s’étonner de tout ceci ? Aucunement.

Ce sont les allemands qui ont voulu cette politique.

Aujourd’hui, l’euro ne rapporte pas assez. Mais il a coûté fort cher dans le sud, auquel on a imposé des dévaluations internes.

Et, finalement, plus personne n’est content de cette monnaie.

Les erreurs de conception de l’euro apparaissaient désormais avec cruauté. C'est ainsi que la logique des pays du Nord, qui était fondée sur une désinflation compétitive se transforme en déflation récessionnaire. L'euro est devenu une monnaie génétiquement déflationniste. C'est le piège japonais d'une monnaie forte assortie d'un manque d'inflation et d'une croissance.

Le problème est consubstantiel à la formulation de l'euro lui-même. Si tant est qu'un euro regroupant les pays du Nord européen était robuste, il était curieux de s'engager dans un projet politique trop vaste et aux fondements économiques inexistants. Le défaut originel de l'euro est donc d'avoir découlé d'une décision institutionnelle plutôt que d'une adhésion monétaire naturelle auxquelles des économies convergentes souhaitaient s'associer.

Parce que l'espace monétaire est trop large, l'euro ne correspond pas à une zone monétaire optimale, caractérisée par la fluidité des facteurs de production et une spécialisation industrielle ou des services adéquate. Pire, l'euro fut un effet d'aubaine, permettant, dans un premier temps, à l'Allemagne de ne plus devoir réévaluer le Deutsche Mark tandis que les pays du Sud européen virent leurs taux d'intérêt fondre, comme s'ils empruntaient eux-mêmes en Deutsche Marks.

La zone monétaire est trop étendue et ses économies dissemblables, les fondements budgétaires et fiscaux sont absents tandis que les dettes publiques, trop importantes, n'ont pas fait l'objet d'une minime mutualisation, sauf peut-être au travers du rachat d'obligations publiques par la BCE. Les mécanismes de résolutions de crises sont obscurs tandis que l'austérité budgétaire imposée aux pays du Sud (et censée remplacer une dévaluation monétaire) a aggravé les chocs asymétriques, ce qui explique que la différence entre les performances économiques du Nord et du Sud s’est creusée en quinze ans.

Nous n'avons pas le choix de ne pas assurer la cohésion de notre monnaie. Un retour en arrière serait catastrophique.  Mais les chefs d'Etat qui ont mal créé l'euro portent une responsabilité devant l'histoire. En étendant la monnaie trop loin de son centre de gravité naturel, c'est-à-dire l'axe franco- allemand, ils ont pris le risque de faire imploser le dessein européen. En se limitant à en faire un acte politique sans soubassements économiques, ils ont sapé l'ancrage monétaire du projet

Posté le 20 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Fiscalite immobilière et problèmes de mobilité

La fiscalité immobilière des personnes physiques est un puzzle énigmatique. Elle est complexe, fragile, enchaînée dans des effets multiples de causes à effet, encastrée dans les pouvoirs taxateurs des régions et communes, extrêmement corrélée avec l'emploi et presque impossible à modifier, sauf par de microscopiques et délicates manipulations.

Cette fiscalité immobilière des personnes physiques est archaïque à deux égards : l'acquisition d'un bien immobilier est soumise à d'importants droits d'enregistrement, tandis que le revenu fiscal tiré de la jouissance d'un bien est, pour de nombreux immeubles, basé sur un revenu cadastral dont la dernière péréquation date de 1975. Bien sûr, ce revenu cadastral est indexé depuis près de 25 ans et il est adapté au rythme de la rénovation du parc immobilier. Il n'empêche : cette fiscalité est désuète. Acquitter un droit d'enregistrement de 10 %, 12,5 % ou 15 % sur une acquisition immobilière, qui constitue un déplacement latéral d'épargne est insensé, d'autant que ce pourcentage passe à 21 % sur des immeubles neufs. Il s'agit d'impôts sans contrepartie, sinon l'obtention du privilège de pouvoir accéder à sa propre propriété. L’acquisition de l’immeuble de son domicile étant un véhicule d’épargne souvent nécessaire, l’Etat tire profit de l’inélasticité de cette nécessité pour prélever un impôt qui s’ajoute à la ponction fiscale grevant la constitution de l’épargne nécessaire à cette acquisition immobilière. A cet égard, il faut rappeler que l’impôt progressif taxe déjà la formation d’épargne (alors que les droits d’enregistrement ou la TVA taxent le capital lui-même). En effet, le revenu d’une personne physique est soit consommé, soit épargné. Mais la fraction de la consommation n’est pas proportionnelle au revenu : on ne double pas sa consommation si le revenu est multiplié par deux. L’épargne augmente donc marginalement avec le revenu. Cette logique conduit à un impôt progressif. Il s’agit donc d’un impôt dont le barème augmente avec les tranches du revenu imposable ou, plus précisément, avec le montant de l’épargne.

Mais il y a autre chose : les droits d'enregistrement ou la TVA reflètent un effet d'aubaine, à savoir la petite taille du pays. En effet, comme il est théoriquement possible de travailler partout en Belgique quelle que soit la localisation de sa résidence (grâce à un réseau routier et ferré de forte densité), la nécessité d'un déménagement physique pour des raisons professionnelles est moins aiguë que dans de grands pays. L’Etat taxe donc le privilège théorique de la localisation selon les choix personnels de chaque contribuable. Cette fiscalité reflète aussi le caractère anciennement agricole et industriel de notre économie qui exigeait des habitations proches des centres de production. Nonobstant le fait que les droits d'enregistrement sont différenciés selon les régions, leur récupération en cas de vente rapide du bien immobilier reste d'ailleurs limitée dans le temps Un lourd impôt sur la mutation immobilière est donc sociologiquement plus acceptable en Belgique qu'il ne le serait dans des pays caractérisés par la nomadisation professionnelle (Etats-Unis, par exemple).

Cette vision théorique est désormais bouleversée par les problèmes de mobilité. Notre pays devient un engorgement routier permanent par manque de vision stratégique ou d’entretien des infrastructures. Les investissements structurels sont insuffisants et leur mise en œuvre doit respecter des arcanes politiques qui conduisent à leur paralysie. Aujourd’hui, il n’est donc plus possible d’affirmer que le travailleur belge a le choix de son domicile. Les problèmes de mobilité forcent de nombreuses personnes à subordonner le choix de leur domicile aux contraintes de localisation professionnelle. La question est donc de savoir s’il est juste, sous l’angle de l’équité de l’impôt, de soumettre un choix immobilier, désormais dépendant de manière croissante de ces problèmes de mobilité, à des droits d’enregistrement ou à des prélèvements de TVA qui reflètent un contexte révolu ? Je ne le crois pas. Prenons, par exemple, le cas de Bruxelles dont l’accès aux heures de pointe devient incertain : un travailleur qui choisit de faire sa carrière dans la capitale devra immanquablement s’y résider, au prix d’une cherté de l’immobilier, elle-même majorée d’une fiscalité (droits d’enregistrement ou TVA) qui est proportionnelle à ces prix élevés. On pourrait même avancer que les droits d’enregistrements et la TVA sur des acquisitions immobilières relèvent, pour partie, des impôts professionnels. Voilà la singularité fiscale : la fiscalité sur l’immobilier devrait tenir compte de la difficulté croissante d’être professionnellement mobile.

Lorsqu'on conjugue les archaïsmes de cette fiscalité immobilière, ne pourrait-on pas imaginer un système qui consisterait à baisser significativement les droits d'enregistrement et la TVA tout en revalorisant le revenu cadastral à chaque mutation immobilière ? Cela permettrait de diminuer la ponction sur le capital tout en revalorisant le revenu cadastral imposable.

La fiscalité glisserait alors d'une ponction unique sur le capital vers la taxation d'un revenu cadastral revalorisé. En termes conceptuels, tout se passerait comme si le droit d'enregistrement était lissé dans le temps au travers de la déclaration du revenu cadastral à l'impôt des personnes physiques. L'immobilier résidentiel subirait donc une péréquation cadastrale au rythme de la mutation de sa propriété, des règles particulières devant être imaginées pour les donations et les successions. En tablant sur une détention moyenne d'un bien qui doit être de l'ordre de 15 ans, la péréquation serait générationnelle. La péréquation annulerait bien sûr l'indexation.

La probabilité d'une modification fiscale qui s'inscrive dans les idées développées ci-dessus est presque nulle. Il n'empêche qu'elles seraient cohérentes avec la réalité des problèmes de mobilité. Dans tous les cas de figure, une réflexion est utile.

Posté le 19 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le dollar : une courte note

Depuis l’année 1971, qui consacra la fin de l’ordre monétaire d’après-guerre, le dollar est une devise en dépréciation structurelle. En effet, une monnaie faible permet d’exporter l'inflation domestique. C’est pour cette raison qu’une éventuelle inflation américaine, qui serait entraînée par une pression haussière sur les salaires, pourrait ne pas conduire à une hausse des taux d’intérêt. Cette dernière serait pourtant logique pour éviter une surchauffe de l’économie domestique. Mais une hausse de taux d’intérêt conduirait à apprécier le dollar, ce qui contrarierait l’exportation de l’inflation américaine.

Posté le 15 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un tsunami de dettes (bis)

Lisant les commentaires (dont je remercie les auteurs) de ma note précédente, je comprends qu’il y a une suspicion de gigantesque bulle. Certes, la valeur des actifs augmente dans des proportions démultipliées au rythme de la baisse des taux d’intérêt. Mais cette augmentation est mécanique. Elle est liée au coût de l’argent, et non pas à un engouement spéculatif, sauf à croire qu‘il y a une défiance par rapport à la monnaie elle-même (ce qui ne me semble pas être le cas).


Mon intuition me conduit à penser que les taux resteront bas car les Etats ne peuvent pas tolérer leur hausse, qui pulvériserait leurs finances en en reportant le coût sur les contribuables. Je crois donc que de manière autoritaire, un phénomène de répression financière va s’installer. Il s’agit d’une oppression baissière des taux d’intérêt couplée à un autoritarisme croissant afin que les banques continuent à financer les Etats à coût réduit (voire artificiellement réduit).

Posté le 14 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un tsunami de dettes publiques

Le FMI confirme ce que les statistiques instruisaient depuis des années : les dettes publiques, exprimées en pourcentage du PIB, sont au plus haut niveau depuis la seconde guerre mondiale. Mais, en vérité, elles sont au plus haut depuis deux siècles, voire depuis le début de l’humanité. En même temps, le taux d’inflation et le taux de croissance sont anémiques.
Comment s’extraire de cette situation? L’histoire recense de nombreuses solutions dont les extrémités civilisées sont la répudiation de dettes ou un choc inflationniste.
Le choix inflationniste a été postulé par les banques centrales. Il devra être poursuivi au travers de réescompte de dettes publiques et de taux négatifs jusqu’au moment où immanquablement et inexorablement, l’inflation réapparaitra (avec, c’est vrai, un corollaire d’augmentation des taux d’intérêt lié à l’adossement d’une anticipation d’inflation ultérieure).
La répudiation de dettes me semble peu probable car le système bancaire et les banques centrales elles-mêmes en seraient pulvérisées.
Et finalement, on en arrive au scénario que j’avais esquissé dès 2010 : la stagflation, c’est-à-dire une combinaison de croissance réelle basse et d’inflation d’origine monétaire.

Posté le 12 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

La monnaie : avec un zeste biblique ?

La monnaie est une expression symbolique qui représente le rapport d'échange de biens et des services ? Mais il y a plus : elle défie les lois de la physique puisqu’elle est à la fois un flux et un stock. La monnaie ne vaut rien en tant que telle. Elle représente la valeur sans l'intégrer. Elle n'est pas valeur mais sa propre reproduction. Elle n'est pas uniquement un stock car elle ne vit que par sa propre circulation. 

La monnaie est donc la projection d'un flux insaisissable. Quand on réfléchit à ce phénomène, on se perd rapidement dans le signifiant du phénomène. La crédibilité monétaire ne peut pas découler d’un acte d’autorité. La monnaie doit s'adosser à un référent qui excède ce qu'il garantit. Il faut donc une réciprocité de la qualité de la confiance et de la quantité de monnaie. Dans le cas d’une monnaie fiduciaire, le garant est un état de confiance. Il faut donc donner à la monnaie une valeur morale supérieure pour que la confiance qui lui est associée soit un référant satisfaisant. Ceci explique que le privilège de battre monnaie ait été capturé par les États au rythme de la formulation des États-nations à laquelle son étatisation est consubstantielle.

Mais quand cela ne suffit pas, on y ajoute un peu de divinité. Dans cet immense dédale conceptuel, l’origine étymologique du terme "monnaie" est un indice intéressant. La monnaie ramène au Palais de la Moneta, où les pièces romaines étaient frappées. La légende veut que ce bâtiment fut construit à l’endroit où les oies du Capitoles étaient parquées. Mais le Palais de la Moneta abritait aussi le culte de la déesse Junon, l’archétype de la déesse cosmique, qui promet prospérité et fécondité. Cela ramène à ce que Marx (1812-1883) énonçait dans sa théorie du Capital, à savoir que le seul but de la circulation monétaire est d’assurer sa propre « « ovulation ». Junon était incidemment appelée Junon Moneta (c'est-à-dire Junon qui prévient) car la déesse aurait averti les romains d'un tremblement de terre imminent.

De nos jours, on retrouve toujours Dieu dans l'expression monétaire. Il a bien sûr le "in God we trust" qui est une mention obligatoire sur les billets en dollars depuis 1957. Il s'agit d''ailleurs d'une expression collective, puisqu'il est inscrit "in God WE trust" et non "I trust"", ce qui est logique puisque la monnaie, comme la divinité, n'existe que si elle fédère un nombre suffisant d'adeptes.

Mais tout près de chez nous, Dieu est encore très présent dans les matières monétaires. Sur la tranche des pièces hollandaises d'euro, il est inscrit "God zij met ons". Dans ce pays, les banquiers doivent d’ailleurs faire serment de leur probité…sur la Bible. D'aucuns argumenteront que ces expressions religieuses sont propres aux pays protestants, au sein desquels la monnaie, comme le taux d'intérêt, fut mieux accepté que dans les pays catholiques qui subordonnent toujours la monnaie à Dieu. Dans les pays protestants, la Réforme dé-spiritualisa le temps, nécessaire pour calculer l'intérêt de la monnaie. Il n'empêche : quel singulier et schizophrénique métissage !

La Bible rappelle aussi l’inanité des choses monétaires. Selon les Évangiles, le Christ aurait été trahi par Judas l’Iscariote pour trente deniers d’argent. De nombreux historiens se sont interrogés sur ce montant. Il s’agissait d’environ 120 grammes d’argent, un faible montant sachant que la solde d’un soldat romain était de l’ordre de 500 deniers par an, soit 750 euros. Mais imaginons que Judas (avant son suicide) ou ses héritiers aient placé ces 750 euros dans une hypothétique banque millénaire à un taux composé de 2,5 %. 

Que valent 750 euros placés pendant 2.000 ans au taux annuel de 2,5 % ? Un calcul élémentaire conduit à un chiffre arrondi saisissant : 2.000.000.000.000.000.000.000.000 euros, ce qui représente 37 milliards de fois le PIB mondial.  Les évangiles résolvent cette incongruité en rangeant la monnaie parmi les puissances qui asservissent l’homme. Un nom démoniaque est donné dans l’évangile de Matthieu à la monnaie : Mammon. Jésus avance que « Nul ne peut servir deux maîtres... Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Matthieu 6, 24). C'est pour confondre Jésus que les Pharisiens lui envoient des disciples chargés de lui poser la question suivante : «Est-il permis de payer le tribut à

César ?». Jésus, s'étant fait montrer la monnaie du tribut, sur laquelle figure l'effigie de César, leur dit : «Rendez donc à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mat 22,21).

Mais alors, pourquoi faire référence à Dieu sur les billets et pièces ? Pour confesser les péchés d’argent ou pour crédibiliser la monnaie ? Ceci rappellerait-il que Dieu et la monnaie sont peut-être de fragiles équivalents sociologiques ou, au contraire, des formulations antagonistes ? La monnaie serait-elle alors la déclinaison humaine indispensable à la divinité, puisque toute religion est fondée sur la charité et le don…de monnaie. Dieu et la monnaie ne seraient-ils finalement que deux artefacts ? 

En conclusion de ces quelques lignes, le sujet du phénomène monétaire est obscur. Il est même ténébreux.  La monnaie est un phénomène monétaire éphémère et circonstanciel mais elle permet (très temporairement) l'accumulation de pouvoir et une hiérarchisation sociale. Parfois, je suis saisi par l’effroi de sa vacuité. Qu’y a-t-il derrière ce dernier ? Le pâle reflet d’imparfaites et éphémères conventions humaines ? Une tentative de mesure dégradée du temps ? Une hallucination collective choisie ? Le néant, une plongée dans son côté sombre ou plutôt une tentative de maquillage de ses ténèbres ? Avec un peu d’intuition, nous savons que des phénomènes monétaires inattendus se préparent. Il y aura d’immenses ajustements puisque nous vivons à crédit d’une dette publique dont le remboursement est repoussé d’années en années. Il faut donc réfléchir au sens de la monnaie car je crains qu’un jour, la monnaie perde "sa" valeur. Ce jour-là, ce sera un profond aggiornamento. C’est parce que j’ai peur de découvrir l’inanité du phénomène monétaire que je me dis que les monnaies ressemblaient aux dieux : elles n’existent que le temps de rassembler des adeptes. Et qu’il faut mourir assez tard avant de savoir que Dieu n’existe peut-être pas, et assez tôt avant de savoir que la monnaie ne vaut peut-être rien.

(Article publié dans La Libre)

Posté le 11 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

La monnaie, en mode mineur

Le monde entier tomberait-il en déflation ? Les taux d’intérêt chutent partout, malgré les immenses quantités de liquidités insufflées dans les circuits financiers. L’économie réelle ne reprend pas, ce qui illustre la viscosité des circuits bancaires : la monnaie créée alimente l’épargne sans infiltrer l’économie réelle.

Mais si tout le monde tombe en déflation… c’est comme si personne n’y tombait.

Cet excédent de monnaie devient improductif.

En d’autres termes, c’est l’étalon lui-même qui modifie sa propre parité : la monnaie vaut moins, faute d’être demandée. Et une monnaie (qui est, par essence, un rapport d’échange ou une donnée scalaire qui représente la valeur plutôt que de l’incarner) qui vaut moins, c’est équivalent à une monnaie qui subit une dépréciation inflationniste. C’est aussi identique à une monnaie dont le placement décroît en valeur, ainsi que nous l’observons par des taux d’intérêt  nominaux négatifs.

Quel que soit le chemin intellectuel qu’on suive, on en arrive à une interrogation séminale : que vaut la monnaie ? Moins que ce qu’elle vaudra dabs le futur. Par de l’inflation ou des taux d’intérêt négatifs, qui s’assimile à de l’inflation imposée.

 

Posté le 4 avril 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si le scénario économique était finalement une stagflation ?

Si la déflation s’installe en Europe, rien ne dit qu’elle perdurera, d’autant que la plupart des Etats inondent leurs économies d’une offre de monnaie gagée par leurs propres dettes publiques. On voit d’ailleurs l’inflation remonter doucement dans certains pays.

Je partage une intuition qui m’avait traversée en 2010 : Et si le scénario de l’économie européenne était celui de la stagflation, c’est-à-dire une combinaison de stagnation économique, affectée d’un chômage persistant et d’inflation modérée ? C’’st une idée que j’offre à la critique.

Quels seraient les attributs de cette empreinte de stagflation que nous entrevoyons ? Outre les aspects de solvabilité étatique, ils sont les mêmes que le constat des années septante : un taux de croissance faible de l’économie, combiné à une décroissance marginale des gains de productivité, un chômage structurel et élevé (caractéristique des dislocations structurelles de l’économie), une sous-utilisation des capacités de production, des anticipations de bénéfices des entreprises faibles (à tout le moins dans une perspective de moyen terme), des dépenses d’investissement faibles à modérées, une raréfaction du crédit bancaire pour des investissements privés, des déficits de la balance commerciale et un phénomène généralisé de désindustrialisation.

En ce qui concerne l’effet de stagnation, il sera essentiellement décelable par un chômage structurel, déjà bien établi dans certaines régions. Au-delà de l’effet d’optique du départ à la retraite d’une partie importante des baby-boomers (qui ne fait que reporter le problème de leurs revenus de remplacement sur les pouvoirs publics), le chômage est lié à différents phénomènes : désindustrialisation, inadéquation de l’enseignement, épuisement du modèle de croissance par endettement, manque de flexibilité du marché du travail, entreprenariat ancillaire et surtout atonie des mentalités qui n’ont pas encore bien intégré la mutation des foyers de croissance.   L’immigration devra, elle aussi être repensée de manière à assurer des relais de croissance en matière d’emplois.

L’inflation, quant à elle, n’est aucunement une solution souhaitable puisqu’elle fait peser un risque d’auto-alimentation et d’augmentation nominale des dépenses de l’Etat. Mais elle nous parait s’imposer comme une conséquence, voire un débouché, inéluctable du réescompte monétaire des dettes publiques. Bien sûr, l’inflation appauvrit le rentier d’autant que l’épargne est investie en titres à revenus fixes. Mais, comme l’avançait Keynes (1883-1946), il est « plus grave, dans un monde appauvri, de provoquer le chômage que de décevoir le rentier ».

Certains économistes avancent même une théorie iconoclaste, à savoir que la crise bancaire, étatique et économique est le résultat d’une période caractérisée par un excès de désinflation. Cette période, qualifiée de « grande modération » et qui serait étalée de 1985 à 2005, aurait tiré profit d’une expansion des zones de commerce (au travers de la globalisation) et d’une accessibilité à des poches d’emploi à bas coûts pour masquer la réalité du remboursement des dettes privées et publiques. L'expansion de la demande n'a pas débouché sur une crise d'inflation parce que les occidentaux ont trouvé dans leurs déficits commerciaux l'offre nécessaire à son absorption.

Pourquoi une intuition d’inflation alors que de nombreux économistes agitent le spectre de la déflation séculaire (qui constitue une forte préférence collective pour la liquidité et qu’on confond souvent avec la désinflation) ? Parce que la création de monnaie ex-nihilo (avec des billets qui ne deviennent que des créances sur d’autres billets, ceci rappelant l’expression de l’économiste Jean-Baptiste Say (1767-1832) pour lequel « la monnaie n’est qu’un voile »), telle que mise en œuvre par les banques centrales, est une traite sur l’avenir dont le remboursement deviendra incertain. Il est incontestable que les États et les banques centrales procèdent actuellement à une monétisation de la dette publique avec son corollaire de création de surliquidité et d’inflation différée éventuelle. Les récentes mesures créent donc de l’argent sans créer de capital.

Et finalement, on devra se poser la question de savoir comment les autorités monétaires européennes ont pu imposer en même temps des objectifs d’inflation extrêmement bas (2 % sur une base annuelle) et autoriser des États-membres à augmenter leur endettement public dans des proportions telles que la manière la plus intuitive d’en diminuer le poids est justement une diminution de la valeur relative de la monnaie par l’inflation, ce que la BCE entend désormais stimuler.

(Article paru sur Trends.be)

Dernières réactions sur nos blogs