
Et si, maintenant que la faillite de la Grèce semble évitée grâce à une opération gigantesque de remise de dettes, on réfléchissait posément à ce qu’on veut en Europe et plus spécifiquement à l’avenir de la monnaie unique.
Car, qu’on le veuille ou non, et quelle que soit la réhabilitation qu’ils s’exercent à obtenir aujourd’hui, les pères fondateurs de la monnaie unique doivent désormais admettre que les postulats politiques d’il y a 20 ans s‘avèrent incorrects.
Bien sûr, ils argumenteront que les autorités grecques avaient menti, ce qui est incontestable. Mais d’autres pays fragiles, tels le Portugal, l’Espagne et peut-être l’Italie, sont aussi impliqués dans ce fragile exercice de maintenir la cohésion de la monnaie unique malgré des économies très différentes.
La réalité est qu’on a imposé une monnaie forte à des pays désindustrialisés.
Ces derniers ont, dans un premier temps, bénéficié de conditions de financement anormalement basses avant d’être confrontés à l’irréconciliable, à savoir une devise trop forte pour une économie trop faible. En d’autres temps, ces pays faibles auraient dévalué leur monnaie nationale. Au reste, le cas grec en est la parfaite illustration : un défaut ou une restructuration de dette est équivalent à une dévaluation.
Maintenant que le problème grec est en passe d’être réglé, l’euro va sans doute se renforcer, aggravant la situation des économies européennes plus faibles.
Et rien ne sera réglé.
Il reste, en effet, à assurer une cohérence budgétaire et une synchronicité des politiques européennes industrielles. Toute la difficulté de la zone Euro sera de conserver une monnaie homogène sans coordination des politiques sociales et budgétaire et surtout avec des différentiels de compétitivité important selon les pays.
Pendant des années, l’Euro sera donc tiraillé entre des politique d’austérité discale et budgétaires, nécessaires à l’homogénéité monétaire de l’Euro, et son contraire, à savoir une politique de transferts sociaux qui sera exigée par les populations et qui grèvera des dettes publiques déjà insoutenables. Le dilemme se situera aussi entre la poursuite d’une monétisation des dettes publiques, avec un corollaire d’inflation, tout en espérant que le déluge de liquidité n’entraîne pas de hausse des taux d’intérêt, et une hausse des taux en cas de politique monétaire plus restrictive. Finalement, les deux scénarios conduiront à de l’inflation et à une hausse des taux d’intérêt, sauf si les États finissent par accepter de perdre leur totale autonomie fiscale et budgétaire au profit des institutions européennes.
La devise européenne sera traversée par des chocs spasmodiques. Soit l’Euro sera gravement fragilisé dans son architecture, soit la gouvernance économique européenne sera profondément réformée. Les unions monétaires ne sortent jamais indemnes des grandes crises. En effet, les ancrages de devises sont bâtis en haute conjoncture. Et, surtout, ils exigent une convergence économique qui est justement ébranlée par le manque de rigueur budgétaire découlant des crises financières.
Et puis, surtout, il faudra bien réfléchir au remboursement des dettes publiques stratosphériques dont l’amplitude est telle qu’elles seront réfutées par les futures générations, avec un risque d’ébullition sociale.
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