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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 26 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Euro : il faudra un aggiornamento

La plupart des dirigeants européens sont désormais convaincus que l'euro ne subsistera pas sous sa forme actuelle.

La crise grecque a révélé les tortures politiques découlant de l'absence d'union budgétaire et fiscale. Pourtant, je reste très sceptique quant à une avancée majeure rapide en termes de mutualisation des finances publiques des différents Etats –membres de la zone euro.

La raison de cette incrédulité est fondée sur les différences organiques des différentes économies européennes.

Celles-ci sont très différentes et probablement trop divergentes pour pouvoir envisager une quelconque union fiscale.

De surcroît, une union fiscale est infondée si elle n'est pas associée à une union sociale ou parafiscale, rendue elle-même hypothétique par les différences caractérisant les systèmes sociaux, les dynamiques démographiques, les politiques d'immigrations, etc.

L'erreur de jugement des concepteurs de l'euro est d'avoir naïvement cru que les paramètres sociaux et capitalistiques s'ajusteraient à une monnaie qui serait elle-même la moyenne pondérée des forces relatives des économies des Etats-membres. Cela ne s'est évidemment pas passé, d'autant qu'une moyenne pondérée conduit, en termes monétaires, à favoriser les pays forts et à accabler les pays faibles.

Mais il y a une autre erreur d'appréciation, plus fondamentale, qui a été commise, c'est celle de ne pas avoir fait converger les systèmes sociaux domestiques, dont les réalités sont les soubassements d'une monnaie.

A la décharge de ces pères fondateurs, il n'était peut-être pas possible d'envisager des convergences avec des pays tellement différents que les constituants de l'euro.

Quel que soit l'angle d'approche, on en arrive à l'implacable constat que l'euro ne survivra qu'à condition qu'un réel aggiornamento soit envisagé.

Et je ne suis pas certain que la volonté politique soit présente pour le concevoir.

Elle devrait pourtant nous interpeller.

Posté le 24 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

En-deçà de la Grèce ?

Dans une récente opinion (L'Echo, 23 juillet 2015), Philippe Maystadt établit un constat lucide et visionnaire portant sur l'inaboutissement de la structure budgétaire et fiscale de la zone euro, en référence à la crise grecque. Il préconise la constitution d'un budget européen destiné, entre autres, à aider les pays en difficulté, dans une logique communautaire. Cette idée est méritante eu égard au fait que la monnaie est devenue fédérale tandis que les finances publiques sont restées confédérales. Malheureusement, cette idée ne verra pas le jour : à part une gestion plus homogène de la monnaie par la BCE, aucun progrès notable n'est constaté dans la fédéralisation budgétaire de la zone euro depuis 5 ans. C'est même pire : la crise grecque a révélé des dissensions dans le couple franco-allemand, dont l'euro avait signé la paix monétaire.

Mais le véritable problème n'est évidemment pas là : il est consubstantiel à la formulation de l'euro lui-même. Si tant est qu'un euro regroupant les pays du Nord européen était robuste, il était insensé de s'engager dans un projet politique trop vaste et aux fondements économiques inexistants. Le défaut originel de l'euro est donc d'avoir découlé d'une décision institutionnelle plutôt que d'une adhésion monétaire naturelle auxquelles des économies convergentes souhaitaient s'associer.

Parce que l'espace monétaire est trop large, l'euro ne correspond pas à une zone monétaire optimale, caractérisée par la fluidité des facteurs de production et une spécialisation industrielle ou des services adéquate. Pire, l'euro fut un effet d'aubaine, permettant, dans un premier temps, à l'Allemagne de ne plus devoir réévaluer le Deutsche Mark tandis que les pays du Sud européen virent leurs taux d'intérêt fondre, comme s'ils empruntaient eux-mêmes en Deutsche Marks.

Toutes les erreurs de conception de la monnaie unique apparaissent aujourd'hui avec une évidence cinglante : la zone monétaire est trop étendue et ses économies dissemblables, les fondements budgétaires et fiscaux sont absents tandis que les dettes publiques, trop importantes, n'ont pas fait l'objet d'une minime mutualisation, sauf peut-être au travers du rachat d'obligations publiques par la BCE. Les mécanismes de résolutions de crises sont obscurs tandis que l'austérité budgétaire imposée aux pays du Sud (et censée remplacer une dévaluation monétaire) a aggravé les chocs asymétriques, ce qui explique que la différence entre les performances économiques du Nord et du Sud s’est creusée en quinze ans.

Nous n'avons pas le choix de ne pas assurer la cohésion de notre monnaie. Un retour en arrière serait catastrophique.  Mais les chefs d'Etat qui ont mal créé l'euro portent une responsabilité devant l'histoire. En étendant la monnaie trop loin de son centre de gravité naturel, c'est-à-dire l'axe franco- allemand, ils ont pris le risque de faire imploser le dessein européen. En se limitant à en faire un acte politique sans soubassements économiques, ils ont sapé l'ancrage monétaire du projet. Un droit d'inventaire devra, un jour, être exercé.

 

 

Posté le 23 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une sortie temporaire de la zone euro n'a aucun sens

L'idée d'une sortie  temporaire de la Grèce fut apparemment fugacement évoquée. Conceptuellement, l'idée repose sur des fondations incontestables : cela permettrait de procéder à une dévaluation qui, une fois qu'elle est stabilisée, lui permettrait de rejoindre la zone euro. Mais à y réfléchir deux fois, l'idée est très complexe et s'apparente à une sortie définitive de la zone euro précédant un éventuel (et hypothétique) retour dans la zone monétaire. Tous les inconvénients d'un Grexit seraient associés à un départ temporaire : confiscation et conversion forcée des euros, contrôle des capitaux, inflation importée voire hyperinflation,  etc.

De surcroît, il serait illusoire qu'une sortie de la zone euro ne s'accompagne pas d'un défaut puisque ce qui est intolérable, c'est justement la dette publique grecque. Imaginer son remboursement en euros alors que la Grèce décroche de cette même monnaie relève de la plus profonde naïveté.

Mais si une sortie temporaire a été évoquée, c'est l'illustration parfaite du fait que la Grèce n'aurait pas dû adopter l'euro. Au reste, les programmes d'austérité qui lui ont été imposés au titre de 'dévaluation interne' (c'est-à-dire de réduction des coûts salariaux pour doper les exportations par les prix plutôt que par une dévaluation monétaire) se sont avérés parfaitement inutiles : les exportations grecques n'ont pas crû.

La crise grecque rappelle sans cesse qu'une zone monétaire n'est optimale que si elle regroupe des pays dont les économies sont juxtaposées et similaires.

Posté le 21 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Euro : que de chemin reste à faire...

La résolution (très temporaire) de la crise grecque révélera bientôt son caractère artificiel. Le problème est connu : les pays faibles de la zone euro se voient imposer une monnaie trop forte. L'euro est, pour ces pays, équivalent à une devise étrangère. Toutes les erreurs de conception de la monnaie unique apparaissent aujourd'hui avec une évidence cinglante : la zone monétaire est trop large et ses économies dissemblables, les fondements budgétaires et fiscaux sont absents tandis que les dettes publiques, trop importantes, n'ont pas fait l'objet d'une minime mutualisation, sauf peut-être au travers du rachat d'obligations publiques par la BCE. Les mécanismes de résolutions de crises sont obscurs tandis que l'austérité budgétaire imposée aux pays du Sud (et censée remplacer une dévaluation monétaire) a aggravé les chocs asymétriques, ce qui explique que la différence entre les performances économiques du Nord et du Sud s’est creusée en quinze ans.

Nous n'avons pas le choix de ne pas assurer la cohésion de notre monnaie. Un retour en arrière serait catastrophique.  Mais ceux qui ont mal créé l'euro porte une responsabilité écrasante devant l'histoire. En étendant l'euro trop loin de son centre de gravité naturel, c'est-à-dire l'axe franco- allemand, ils ont conduit à faire imploser le projet européen. En se limitant à en faire un projet politique sans soubassements économiques, ils ont sapé l'ancrage monétaire du projet. Un devoir d'inventaire devra un jour être exercé.

Posté le 20 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Tirer sur le 'choke' du moteur économique.

Une crise chassant l'autre à la vitesse de l'émotion médiatique, une nouvelle question interpelle les économistes : et si nous entrions dans une nouvelle chute récessionnaire, à l'instar d'un moteur qui ne démarre pas, malgré qu'on ait tiré sur le "choke" (qui permettait, dans mes temps d'adolescence, d'enrichir en essence le mélange qui était envoyé dans le carburateur des moteurs à explosions) ?

Quand on tirait trop sur le choke, le moteur était moyé, et il fallait attendre quelques minutes.

Aujourd'hui, on a tiré sur le choke de la création monétaire, mais l'économie ne reprend pas. Il faudra peut-être continuer à gonfler le moteur ce que, de manière peu prudente, on faisait avec les moteurs deux-temps des années septante, dont on coupait le mélange huile-essence avec un peu d'éther…au travers d'une création monétaire encore plus importante ?

Personne ne sait.

La monnaie crée reste engluée dans les circuits bancaires sans être aspirée par une augmentation de la demande. Au reste, la chute du prix des matières premières constitue peut-être le présage d'un ralentissement économique.  Aux Etats-Unis, on remarque une contraction de la masse monétaire depuis la stabilisation des programmes d'assouplissement quantitatifs.

Il faudra peut-être attendre quelques années avant d'embrayer et de passer la première.

Posté le 19 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Euro : l'édifiant constat de l'ancien Président de la FED

Ben Bernanke, l'ancien président de la Federal Reserve (c'est-à-dire la FED, qui est la Banque Centrale américaine) a commis une récente tribune au sujet de l'euro.

Son constat est accablant : la zone euro souffre d'une croissance anémique, mais surtout mal partagée entre un Nord européen qui bénéficie d'une monnaie trop faible et d'un Sud européen qui est accablée par une monnaie trop forte.

Selon Ben Bernanke, le gagnant de l'euro est l'Allemagne qui tire profit d'un avantage monétaire à l'exportation, tant au sein qu'à l'extérieur de la zone euro, alors qu'un Deutsche Mark aurait subi une forte appréciation qui aurait tempéré cet avantage concurrentiel.

L'euro pose donc un problème insoluble, conduisant certains pays du Nord européen à accumuler des surplus commerciaux (c'est-à-dire un excédent d'exportations sur les importations) liés, entre autre, au fait que la monnaie est trop faible pour eux, tandis que des pays du Sud, peu exportateurs, accumulent un déficit commercial structurel. 

En bonne logique, il faudrait que les pays du Nord – et l'Allemagne au premier chef- tirent leur croissance d'un déploiement de leur consommation intérieure plutôt que de l'exportation, tandis que les pays du Sud en ont été réduit à subir une dévaluation interne, c'est-à-dire une augmentation de compétitivité par l'appauvrissement salarial,  ce qui a entretenu une gigantesque récession assortie d'un chômage eschatologique.

Ben Bernanke suggère donc que le Pacte de Stabilité et de Croissance, qui exige un retour à l'équilibre budgétaire et un désendettement public structurel, soit assorti de modalités différenciées selon la situation du commerce extérieur de chaque pays de la zone euro.

C'est une idée intelligente.

Posté le 17 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'insoutenable légèreté de l'inflation

La crise grecque est riche d'enseignements. Un de ceux-ci concerne la dette publique. Celle-ci a déjà fait l'objet de nombreux abattements. Une nouvelle restructuration est donc temporairement écartée, malgré l'insistance du FMI dont les projections conduisent à ce que cette dette augmente en proportion du PIB grec. Les économistes du FMI arrivent donc à la conclusion qu'au-delà de l'aide financière apportée à la Grèce, les mesures d'austérité qui lui sont imposées vont conduire à une augmentation relative du poids de cette dette par rapport au PIB.

Je reste convaincu que cette dette grecque fera finalement l'objet d'une extension de maturité, de l'ordre de 30 à 40 ans, voire d'une perpétualisation afin de la transformer en dette infinie, sans plus aucune maturité.

Mais, au-delà du cas particulier de la Grèce, je crains que l'augmentation des dettes publiques se généralise dans les pays du Sud européen.

En saine logique, ces pays vont, à des degrés divers, être confrontés à l'insoutenabilité de la dette. Si une restructuration est écartée, alors la seule manière de diluer ces dettes dans une croissance atone est l'inflation.

L'enjeu de la reprise est donc de susciter une poussée d'inflation, ce que la BCE est occupée – à juste titre – à alimenter.

Posté le 15 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Grèce : aurait-on oublié l'essentiel ?

L'accord grec avait pour objectif de sauver l'euro…mais peut-être pas la Grèce.

Certes, ce pays va recevoir d'importants montants pour aider à ressusciter son économie, qui a perdu 25 % de son PIB depuis 2008, mais rien n'est réglé pour la dette grecque.

Celle-ci a déjà fait l'objet d'abattements, de restructurations, d'élongations et de baisse de taux d'intérêt assorties d'un moratoire, bref de ce qui fait la joie des juristes et financiers.

Pourtant, le FMI vient d'annoncer que la dette publique grecque, qui est déjà une des plus élevée au monde, va croître de 175 % du PIB actuellement à 200 % en 2017.

Le FMI, qui n'est pourtant pas le porte-drapeau du laxisme budgétaire, adjure les créanciers de mettre en œuvre un abattement supplémentaire de la dette grecque ou des restructurations comparables, comme une perpétualisation. C'est un point de vue que la plupart des économistes qui observent la situation grecque partagent.

Ce rééchelonnement sera sans doute écarté pour des raisons politiques compréhensibles : il ne s'agit pas de créer un précédent dont d'autres pays pourraient se prévaloir, sachant qu'un abattement de la dette publique grecque conduit à le faire supporter par les contribuables européens.

L'histoire n'est donc pas écrite car, en 2017 ou plus tôt, on reparlera d'un quatrième plan de sauvetage…

Posté le 13 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si la Grèce était le canari de la zone euro ?

Un des points les plus obscurs de l'accord grec concerne la dette piblique.

Cette dernière, déjà remodelée et restructurée, ne fera pas l'objet d'une remise mais sera, de manière prude, re-profilée, c'est-à-dire élongée dans le temps sous forme de rééchelonnement, selon des modalités imprécises.

Mais ne nous faisons aucune illusion : la Grèce est le 'canari' des autres pays, en  référence aux oiseaux que les mineurs descendaient dans la fosse pour être prévenu des émanations de grisou. Un canari mourant ou s'agitant signalait la présence de méthane. Les mineurs devaient alors impérativement remonter à la surface.

Les dettes publiques s'embrasent dans tous les pays européens. Elles sont d'ailleurs massivement refinancées par la Banque Centrale Européenne (BCE), ce qui revient à une sorte de rééchelonnement par la création monétaire. En effet, une fois engouffrée dans un refinancement des dettes, une banque centrale ne peut que très difficilement s'en extirper, au risque de provoquer une augmentation des taux d'intérêt.

La Grèce est donc peut-être le canari de la zone euro, car nos problèmes de pensions seront, un jour, de la même envergure que ceux que la Grèce connait. En Grèce, les retraites pèsent 13 % du PIB….alors que nous sommes à 11 % en Belgique.

Le canari grec nous avertit que la croissance économique sera insuffisante pour absorber ces engagements futurs et que, nous aussi, nous devrons restructurer nos endettements.

Il s'agira de le faire souplement en étirant la dette dans le futur.

Posté le 12 juillet 2015 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le Grexit serait une défaite morale

L'Histoire s'accélère.

Aujourd'hui, tout peut basculer ou retrouver de fragiles bases stabilisées.

Ma conviction est qu'un Grexit serait une faute morale.

En effet, l'Europe est une juxtaposition de pays adjacents dont la guerre fut la trame depuis des millénaires.

Aujourd'hui, les contraires sont unis : le catholique, le réformé et l'orthodoxe, le marin et l'agriculteur, l'homme des plaines et celui des montagnes, ...

Le ciment de l'Europe est le couple franco-allemand, ressoudé par De Gaulle et Adenauer.

Deux peuples qui se sont détruits quatre fois en deux siècles, constituent, par le respect de leurs différences, la symbolique de l'union.

De surcroît, le projet européen est un mouvement : il ne se justifie que par son extension géographique.

Certes, l'euro souffre de vices de conception dont les concepteurs n'ont jamais admis la responsabilité. La Grèce a triché.

Mais, voilà, aujourd'hui, l'histoire s'écrit ou se déchire.

Je reste convaincu que si les fondateurs du projet européen étaient parmi nous, ils rappelleraient que c'est sur les cendres des guerres, au-delà d'eux-mêmes, qu'ils ont porté un idéal.

Nous en sommes les héritiers et les dépositaires.

 

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