Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique et Docteur en Economie Appliquée (ULB). Expert reconnu internationalement, il enseigne la finance à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC et à la Vlerick Business School. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 22 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

La révolution de la distribution bancaire

ImagesCA4YNI0JPendant longtemps, certains ont prédit que le secteur bancaire subirait un choc industriel comparable à celui de la sidérurgie des années 2000.

Il n'en a rien été : les banques sont, plus que jamais, indispensables au fonctionnement de l'économie, au recyclage de l'épargne et à sa canalisation vers le financement des collectivités publiques.

Ces mêmes banques font d'ailleurs face à des défis multiples qui relèvent de la gestion de leur rentabilité dans un contexte de taux d'intérêt bas et d'atonie économique.

Mais la véritable révolution des banques se situe au niveau de leurs modes de distribution et de collecte de l'épargne.

L'abondance de cette dernière ne justifie plus exclusivement des réseaux denses d'agences physiques alors que les modes de distribution par Internet s'assouplissent et se popularisent.

Les banques traditionnelles qui effectuent une migration vers la banque en ligne, et centrent leur stratégie sur la transportabilité de la relation bancaire au travers de différents canaux (agences, tablettes, etc.), seront des acteurs évidemment incontournables du paysage bancaire. Toutes s'efforcent d'étançonner leur offre de service par une seconde marque et des comptes (ou des canaux) digitaux.

Pourtant, il faut regarder plus loin : alors que le débat porte souvent sur la nécessité (légitime) de garder un ancrage physique au travers d’un réseau d’agences, des établissements bancaires opèrent de manière exclusivement digitale, au prix d'une palette de services plus réduite : ce sont les opérateurs de cartes de crédit et certains circuits de type Paypal.

Certes, ces dernières sont manufacturées et distribuées par des établissements classiques. Il n'empêche que Visa, MasterCard et American Express sont des relations bancaires fondées sur la mobilité géographiques de leurs titulaires.

De qui ces opérateurs vont-ils se rapprocher demain ?

Probablement des entreprises qui combinent une alimentation permanente du profil de leurs clients et la géo-localisation. Il s'agit de Facebook, Google, Amazon etc.

Ces entreprises permettront de rapprocher la proximité logique et physique de leurs clients/adhérents tout en offrant une capacité de modélisation de leurs profils. Ce sont donc des candidats idéaux à un rapprochement avec des banques, à l'instar des entreprises de téléphonie. On pourrait d'ailleurs imaginer des congruences inattendues : une entreprise de téléphonie qui s'allie à un fournisseur de contenu (Amazon, Google, EBay, etc.) pour offrir un service financier.

A mon intuition, le monde bancaire est à l'aube d'une révolution qui sera d'une envergure comparable au basculement informatique des années septante.

Les banques conserveront bien sûr s'indispnsables et efficaces réseaux d'agences physiques mais on verra peut-être apparaître des plateformes mondiales qui sécrèteront de gigantesques économies d'échelle.

Les vaisseaux-amiraux de la finance seront peut-être des entreprises qui ne sont pas des banques aujourd'hui.

  Une chose est certaine : La révolution d'Internet n'a pas encore commencé.

Posté le 21 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'erreur monétaire de Chypre

ImagesImaginons qu’un jour, le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires devienne négatif.

Ce jour-là, la rémunération négative de l’épargne représenterait le prix de sa sécurité physique et de son accessibilité électronique.

Mais, en même temps, la question de la détention physique de la monnaie serait posée : pourquoi faudrait-il accepter une rémunération négative de l’argent alors que sa conservation sous forme de billets n’entraînerait aucune déperdition ? 

La réponse à cette question réside peut-être dans le fait que ce jour-là, la détention physique de la monnaie ne protégerait plus contre une démonétisation des billets, à l’instar de ce qui arriva pendant l’opération Gutt.

A l’aune des divagations cauchemardesques qui précèdent, on comprend mieux l’absurdité coupable de la confiscation des dépôts bancaires de Chypre, puisque dans le cas de cette île, la monnaie sous forme de billets a été préservée du séquestre alors que les dépôts ont été ponctionnés.

Bruno Colmant, 21 mai 2013

Posté le 20 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

De profondes dissensions idéologiques

220original_39633D'aucuns préconisent de confisquer l'épargne des rentiers afin de rembourser la dette publique.

Après tout, cette dernière trouve sa contrepartie dans des actifs accumulés, pour partie, par la population.

Pour les aficionados des grands soirs léninistes, il ne serait donc pas illogique d’effectuer une immense compensation.

Malheureusement, la naïveté de l'idée confine au simplisme ainsi qu'à l'injustice sociale et générationnelle.

De surcroît, si la solution est d'appauvrir les rentiers (au motif qu'ils possèdent les actifs qui seraient la contrepartie de la dette publique), la difficulté est que ces derniers sont dilués dans toute la population au travers de systèmes de pensions et de protection fondés sur la répartition collective et non pas sur la capitalisation individuelle.

Le paradoxe est là : la richesse apparente du pays se reflète dans des engagements collectifs multiples. Les rentiers ne constituent plus une classe sociale segmentée, puisque nous sommes tous débiteurs et créanciers d'un système d'impôts, de cotisations, de transferts sociaux et de pensions.

Tout se passe comme si la dette publique était devenue un système de solidarité sociale dont on ne peut plus distinguer les protagonistes.

En d'autres termes, la dette publique a « déstratifié » les classes sociales. Nous sommes solidairement liés les uns aux autres dans un inextricable imbroglio intra- et intergénérationnel qui reflète peut-être le modèle belge, à savoir un schéma sociologique compliqué qui assure un certain ordre social en empêtrant chaque citoyen dans une relation compliquée à l'Etat.

Il y a un autre problème : l'impôt ou le report de la dette ne suffiront pas à honorer les engagements de l'Etat, alors que ces derniers sont grevés par une immense dette publique et un système de financement des travailleurs inactifs (en nombre croissant) par des travailleurs actifs (en nombre relativement décroissant).

Mais les prochaines générations vont-elles accepter l'héritage des dettes publiques sans exercer un droit d'inventaire ? C'est loin d'être certain.

Pendant longtemps, j'ai cru que la fin de l'Etat-providence allait découler d'un choc de marché d'une envergure comparable à celui qui fut traversé en 1979-81.

Mais j'ai peut-être commis une erreur de jugement en ce que la crise actuelle met le modèle social global en question.

Au risque d'être mal guidé par mon intuition, nous entrons peut-être dans des turbulences idéologiques qui seront liées à la nécessité d'assurer l'ordre social du remboursement de la dette publique tout en se dépêtrant d'un modèle de subsides sociaux devenu impayable.

Comme la protection professionnelle est fondée sur un système d'assurance collective, elle-même bâtie sur l'emprunt public, la résorption de ce dernier pourrait inciter certains à évoquer une étatisation accrue de toute l'économie.

L'Etat devrait, par exemple, conserver une forte tutelle sur le secteur financier pour canaliser l'épargne populaire vers son propre financement. En bonne logique intuitive, le système d'Etat-providence risquerait de se transformer en piège financier pour toute la population et non pas pour certaines classes de contribuables.

Mais pourquoi imaginer que la fin de l'Etat-providence s'échouerait peut-être dans plus d'étatisation plutôt que dans une confrontation à l'économie de marché ? Parce que nos économies n'ont montré aucune capacité de rebond politique depuis cinq ans et que le réflexe de protection des avantages acquis a (temporairement ?) vaincu la créativité d'une jeunesse accablée par le chômage et une dette publique qui est un legs insupportable.

Pourtant, je reste convaincu que le libre-échange et la liberté individuelle sont un modèle supérieur à toute étatisation croissante de l'économie. Mais, dans tous les scénarios, les prochaines années révèleront des ajustements inattendus et de profondes dissensions idéologiques. Plus d'Etat ne résoudra rien, au contraire.

Cette crise est celle de nos futurs. Ils doivent être reformulés, avec justice, optimisme, confiance et volonté.

Posté le 18 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Quatre Présidents américains pour comprendre un siècle

220px-Ronald_Reagan_with_cowboy_hat_12-0071M_editAprès les crises, il y a toujours un besoin de rangement sociétal.

Ce fut le cas dans les années trente, lorsque la spéculation à Wall Street fut désignée comme la coupable de tous les maux.

Les banquiers étaient alors qualifiés de banksters.

A cette époque, de nombreux régimes politiques furent fondés sur une moralisation national(ist)e axée sur l’homogénéisation des contributions à l’Etat.

Ce fut le cas en Italie, en France, en Allemagne mais aussi aux Etats-Unis où le New Deal de Roosevelt conduisit à une politique de stimulation keynésienne couplée à des taux d’imposition très élevés et à une semi-confiscation de l’épargne détenu par les particuliers.

En Europe, on sous-estime gravement l’impact qu’eut la grande Dépression des années trente sur la population américaine.

Notre perception est, en effet, biaisée par le fait que la crise des années trente fut subordonnée à la seconde guerre mondiale, ce que les américains traversèrent sans invasion de leur propre territoire.

La plupart des mesures imposées par Roosevelt furent finalement levées dans les années septante.

En 1980, Reagan fut élu sur la base d’un programme ultra-libéral, mais surtout sur la base d’une dissociation sociologique avec les années grises de la guerre du Vietnam et de Corée.

Au moment de l’élection de Reagan, l’économie américaine suffoquait pourtant sous les chocs pétroliers et la mutation de l’économie.

Quand on examine le vingtième siècle américain à l'aune des orientations politiques des différents présidents, trois noms émergent.

Il y eu Woodrow Wilson (Président de 1913 à 1921) qui assimila le libéralisme économique à une doctrine morale.

Ensuite, Franklin Roosevelt (Président de 1933 à 1944) socialisa l'économie américaine dans le cadre de son New Deal.

Reagan (Président de 1981 à 1989) tourna la page de Wilson au travers d'une financiarisation populaire de l'économie.

Obama tournera peut-être celle de Reagan.

Posté le 16 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Euro : des pays catholiques et colonisateurs contre des pays réformés

ImagesCAKZBVNORécemment, un éminent dirigeant d’entreprise belge me faisait remarquer que la différence de mentalité entre les pays du Nord et du Sud de la zone euro se fondait aussi sur le fait que le Nord comprend moins d’anciens pays colonisateurs que le Sud.

Cet angle d’approche est extrêmement intéressant sans être définitif, puisque la Hollande fut une des principales puissances colonisatrices européennes.

Il complète la fracture religieuse (catholiques contre les protestants) que j’évoque souvent dans ce blog.

Je superposerais d’ailleurs les deux explications : les pays du Sud de l’Europe catholiques et colonisateurs s’opposent aux pays protestants.

Les anciens pays colonisateurs bénéficièrent pendant des siècles d’une rente d’extraction et de main d’œuvre venant des colonies.

Cette situation aurait conduit à dévitaliser l’esprit d’entreprise.

Est-ce donc une coïncidence si les anciennes puissances colonisatrices ont conforté des systèmes d'Eta-providence fondés sur l'endettement collectif et, in fine, la dépréciation de l'unité monétaire ? Probablement pas car l’Etat–providence est fondé….sur la providence qui fut, selon les temps et les lieux, l’or d’Amérique du Sud, les minerais d’Afrique et les tissus de l’Asie.

Plus fondamentalement, longtemps dominante, l’économie européenne s’est diluée, en moins de trois décennies, dans la mondialisation.

C’est la fluidité du capital qui a entraîné de facto le changement de modèle : à partir du moment où les capitaux, grâce à l’ouverture des frontières, peuvent se localiser dans les poches de meilleure rentabilité, on alimente un modèle d’économie de marché.

L’Europe des nations économiques – qui correspond à une forme d’insularité de l’économie – n’est plus possible quand les frontières s’ouvrent aux flux financiers.

Nos économies se sont engouffrées dans un nouvel ordre de type juridico-marchand : il individualise les aléas de la vie et limite la protection collective.

Cette mutation consomme un éloignement du modèle latin, c’est-à-dire d’un planisme dirigé, fondé sur une croissance prévisible et un partage des richesses.

Bruno Colmant, 15 mai 2013

Posté le 15 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Euro : une monnaie lotharingienne ?

LothL’euro survivra-t-il aux tensions socio-économiques qui traversent le continent ?

L'avenir nous le dira.

La crise a dévoilé des différends que la monnaie unique avait occultés temporairement.

Mais, du fond des âges, les tensions entre le Catholique et le Réformé, entre l’industriel, l’agriculteur et le marin, entre l’homme des plaines et des montagnes ressurgissent.

On distingue désormais le Nord de l'Europe, au sein duquel la force de la monnaie est collectivement fondatrice, du Sud du continent, où la monnaie a toujours été disqualifiée au profit des pouvoirs centralisateurs.

L’euro, présenté comme un facteur de paix, garrote désormais des économies qui s’effondrent sous une dévaluation interne, faute de pouvoir effectuer une dépréciation externe.

Demain, si des secousses traversent l’Europe, nous verrons peut-être apparaître une monnaie germanique, regroupant les pays industriels et réformés du Nord, c’est-à-dire l’Allemagne et la Hollande, autour desquels graviteront la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et quelques pays accessoires, favorisés par leur proximité géographique avec l’Allemagne.

La fracture sera peut-être effectuée entre les pays catholiques et réformés. Mais d'autres agrégats sont envisageables : une Rhénanie-Westphalie étendue, une économie industrielle (qui est centrée sur ses propres capacités de production manufacturière),…

Peut-être même que la zone monétaire ressemblerait alors à la Lotharingie de Louis le Germanique (806-876), petit-fils de Charlemagne, en 870 (en vert sur la carte).

En Belgique, une question serait alors posée quant aux choix monétaires. Il est possible que le Nord et le Sud ne partagent plus une vision homogène de la monnaie.

C'est là que se situe le vrai risque de tourner la page de 1830.

Posté le 14 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une courte réflexion sur la dette publique

Time-is-Money1Souvent, on avance que les débiteurs de la dette publique seront les prochaines générations.

Cette formulation est exacte, pour autant que la dette publique soit remboursée avec une monnaie qui possède le même pouvoir d’achat qu’au moment de son émission.

A titre d’illustration, si une dette de 1.000 euros et d’une maturité de 10 ans voit son pouvoir d’achat se déprécier de 3% par an (et en supposant que ces 3 % ne sont pas couverts par le taux d’intérêt), sa valeur se réduira 745.

Pourtant, il ne faudrait pas imaginer que la dette publique soit caractérisée par un créancier du passé et un débiteur du futur : à tout moment, présent ou à venir, la dette publique est détenue par des créanciers, et ses débiteurs en sont la collectivité.

En d’autres termes, le service de la dette doit toujours se mesurer en termes instantanés, sauf à imaginer son report perpétuel.

Mais, même dans ce cas de figure, les débiteurs et créanciers se juxtaposent dans le temps. Par contre, ce qui est particulier avec la dette publique, c'est que l'ancrage de son pouvoir d'achat est passé (il s'agit de la valeur de la monnaie au moment de l'émission de la dette).

L'acceptabilité et les modalités collectives de son remboursement ou de son refinancement sont, quant à elles, futures et s'inscrivent dans les configurations socio-politiques de l'avenir.

La véritable question est donc de savoir comment la charge du remboursement migre du débiteur vers le créancier.

Est-ce au travers de l’impôt ou de la dépréciation du capital ?

La question du taux d’intérêt recouvre aussi une modalité de remboursement de la dette : un taux trop faible bénéficie au débiteur tandis qu’un taux trop élevé s’exprime à l’avantage du créancier.

Posté le 13 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Spéculation boursière : ne pas se tromper de cible

Rater-la-cibleDes membres du gouvernement aux gouverneurs des banques centrales, il ne se passe pas un jour sans qu’un régulateur exige légitimement un meilleur contrôle des prédateurs boursiers.

Le problème, c’est qu’on arrive difficilement à désigner ces vampires du marché. Alors, pêle-mêle, on cite les hedge funds, les fonds spéculatifs de private equity et autres activistes actionnariaux.

Ces opérateurs ne sont, bien sûr, ni nouveaux, ni innovateurs. Par contre, ils se singularisent parce qu’ils opèrent parfois hors des canaux boursiers traditionnels, aidés en cela par la libéralisation des flux financiers.

Certains voudraient donc sanctionner, de manière plus générale, ces spéculateurs à court terme. Il s’agirait de pénaliser les actionnaires qui le sont restés trop peu longtemps.

Le problème, c’est que c’est impossible. Tout d’abord, ce ne sont pas les acheteurs à court terme, mais bien les vendeurs qu’il faudrait, en tout état de cause, sanctionner.

En effet, ce n’est pas l’acte d’achat, mais plutôt la décision de vendre à court terme qui serait blâmable. Mais alors, il convient de s’interroger pourquoi un actionnaire vend ses titres.

Et la raison en est simple : Dans la plupart des cas, il vend parce qu’il anticipe que le cours pourrait baisser. Dans l’hypothèse inverse, l’actionnaire attendrait la hausse de cours anticipée avant de vendre.

Mais alors, si on contraignait les actionnaires à conserver leurs titres plus longtemps qu’ils ne le souhaitent, cela reviendrait à les obliger à conserver leurs titres au-delà de la période de hausse de cours qu’ils anticipent.

Cela les conduirait à supporter, le cas échéant, une perte ou un moindre gain.

Et qui serait le bénéficiaire de cette perte ?

Ce serait l’acheteur à qui le vendeur n’a pas pu vendre immédiatement ses titres. En d’autres termes, retarder une vente revient à favoriser un acheteur futur, qui est lui-même aussi, peut-être, un spéculateur !

On peut voir les choses sous un autre angle.

Si la vertu était associée à l’horizon de détention des actions, il conviendrait de récompenser l’acheteur à long terme, en lui permettant de profiter d’un prix d’achat plus bas ou d’un prix de vente plus haut.

Mais alors, ceci annihilerait immédiatement le bien-fondé des marchés boursiers dont la finalité est la formulation d’un prix unique, exprimé de manière continue.

On le voit : tout cela conduit à une impasse intellectuelle. Et, finalement, il y a qu’une leçon absolue en matière boursière : L’incertitude associée aux cours de bourse réside dans l’horizon d’investissement. Nul ne sait quand la prime de risque, correspondant à un surcroît de rendement, est obtenue par l’actionnaire.

Cette incertitude est exclusivement prospective. Elle ne dépend pas de la période de temps pendant laquelle l’action a déjà été détenue. D’ailleurs, les marchés boursiers n’ont, par essence, pas de mémoire, car ils se projettent uniquement dans le futur. La date d’achat d’un titre n’a donc d’importance que pour son propriétaire, mais pas pour le marché. Ce dernier forme d’ailleurs les course de bourse exclusivement sur base des anticipations de dividendes et ceci, indépendamment des dividendes passés.

Un marché boursier ne fonctionne donc pas mieux si les actionnaires sont, d’une manière ou l’autre, avantagés s’ils détiennent leurs titres à long terme. Au contraire, car cette situation peut parfois conduire à des poches d’actionnariat immobiles.

Or le marché boursier fonctionne mieux si tous les actionnaires sont actifs, et ce indépendamment de la durée de détention de leurs titres. Au reste, un marché qui est animé par un volume important de transactions est toujours plus efficient, c’est-à-dire qu’il incorpore plus instantanément les informations susceptibles de modifier les cours de bourse.

Posté le 11 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si la dette publique mesurait le contrat social ?

32070428Depuis des années, une question m'interpelle : pourquoi avons-nous bâti un tel endettement public, dont nous savons qu'il est de plus en plus difficile de se dépêtrer ?

Certains accuseront des courants collectivistes qui veulent diluer l'enrichissement individuel dans une obligation collective à laquelle personne ne peut se soustraire.

Ceux-là même imaginent que la dette publique est un préalable à une étatisation de toute l'économie à laquelle la dette publique conduit irrémédiablement.

Sous cet angle, on pourrait mettre en rapport le droit individuel de propriété avec l'utilité collective de l'endettement public, utilité qui varie – comme la perméabilité du droit de propriété privée – avec le temps.

D'autres invoqueront une succession d'égarements et complaisances politiques. Mais peut-être avons-nous façonné la dette publique à l'image de notre société et qu'il est vain de vouloir en espérer le remboursement.

Le compte de l'Etat, c'est-à-dire de nous mêmes par rapport à nous-mêmes, ne serait alors jamais soldé.

Cette dette publique serait le reflet d'une mixité sociale et intergénérationnelle que nous avons choisie, les uns par opportunisme, les autres par inquiétude de l'avenir et de perte de leurs privilèges.

La dette publique serait-elle alors un équivalent général de la composition sociale. 

Elle mesurerait la stabilité de la mixité et de l'homogénéité des classes sociales ?

Serait-elle-même la mesure des conditions sociales ? Peut-être. En allant plus loin, la dette publique, qui est le reflet exact de la monnaie puisqu'elle en conditionne la valeur, serait-elle la face cachée – voire l'abjuration – de l'aliénation de l'argent au sens marxiste du terme.

On pourrait en effet imaginer que la monnaie et la dette publique sont les deux cotés bilantaires, de polarité inverse, d'une même réalité de l'Etat.

Cela expliquerait (peut-être) pourquoi Marx considérait la dette publique comme un "capital fictif", au même titre qu'il réfutait la domination de l'argent.

Bruno Colmant, 11 mai 2013

Posté le 10 mai 2013 par Bcolmant Réactions | Réagir

Que signifie le "money fiat" ?

Vatican_sixtine_400Dans la terminologie monétaire, on mentionne souvent le terme “money fiat”, comme attribut du Prince ou des gouvernants de créer de la monnaie à leur discrétion.

Le « money fiat » formule donc un postulat monétaire qui s’impose par autorité aux économies.

L’origine en est biblique, les premiers mots prononcés par Dieu ayant été « fiat lux » (que la lumière soit).

Les monnaies relèvent de la même symbolique archétypale que les dieux : elles n’existent que le temps de rassembler des adeptes.

L’origine étymologique du mot monnaie constitue d’ailleurs un indice intéressant. Le mot monnaie vient du verbe latin monere, qui signifie « avertir ».

La monnaie ramène au temple de la Moneta où les pièces romaines étaient frappées. La légende véhicule que ce temple fut construit à l’endroit où les oies du Capitoles étaient parquées. Leurs cacardements auraient prévenu de l’invasion de Rome par les Gaulois, au quatrième siècle avant Jésus-Christ.

Mais le temple de la Moneta abritait aussi le culte de la déesse Junon, l’archétype de la déesse cosmique, qui promet prospérité et fécondité, ce qui ramène à l’idée que le but de la circulation monétaire est d’assurer sa propre reproduction.

Junon reçut le surnom de Moneta (qui « avertit ») car elle aurait averti les romains d’un tremblement de terre.

Comme la divinité biblique, la monnaie est fondée sur la création et la reproduction.

Un jour ce sera "inflation fiat".

Dernières réactions sur nos blogs