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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 18 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Des réseaux sociaux au malaise sociétal ?

OrwellLe troisième millénaire s’ouvre sur une ère de progrès inimaginable qui apporte à l’homme les plus grands espoirs dans tous les domaines, à commencer par la médecine qui va augmenter le bonheur et l’espérance de vie. Certains avancent même que l’immortalité, donc Dieu, est à portée de main. On n’arrive d’ailleurs pas à circonscrire les changements sociétaux tant leur rapidité et leur amplitude sont titanesques. Deux phénomènes, d’une envergure inconnue à l’aune de l’humanité, se conjuguent. Il s’agit, d’une part, de la mondialisation physique, portant sur la mobilité des hommes, des biens et des services et, d’autre part, de la numérisation, fondée sur l’interconnexion des humains et des systèmes digitaux qui enrobent leurs activités. Les gains de productivité sont aspirés ou refoulés en fonction des zones géographiques sur lesquels le progrès économique – et donc l’enrichissement – se greffe fugacement. Le capital est d’autant plus fluide que le travail est déterritorialisé.

Pourtant, les pulsations du monde en deviennent tellement imprévisibles que la sphère civile est affolée et atomisée par cette mondialisation qui s’accompagne d’une déliquescence des pouvoirs publics. L’autorité étatique est toujours délimitée par des frontières physiques tandis que les flux d’informations et de capitaux sont animés par des multinationales qui créent, autour du globe terrestre, une exosphère de commerce qu’on appelle désormais – pour lui donner une version de pureté biblique – le cloud.

Devant l’immersion dans le monde des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et autres plateformes commerciales en ligne, nombreux sont ceux qui se réfèrent aux affres de l’univers orwellien de « 1984 ». Dans ce dernier, le monde est divisé en blocs totalitaires. Un fonctionnaire du Ministère de la Vérité, Wilson, réfute l’effacement du passé et l’instantanéité de l’histoire. Le héros est torturé avant de concéder sa conscience au Parti qui veut éliminer sa « nature humaine ». Au terme d’un ultime reniement, ce personnage central s’abandonne à ce qu’il qualifie de victoire personnelle. Il aime « Big Brother » qui encourage l’expression démente et fanatique de la haine, pendant deux minutes par jour, contre l’ennemi démoniaque inventé du Parti, Emmanuel Goldstein. Pour lui, la lutte intérieure est terminée. L’histoire ne le dit pas, mais il finira probablement exécuté d’une balle dans la nuque.

Ce roman fut publié en 1950. Faut-il en tirer un parallèle ? Je ne sais pas car nous traversons une phase de progrès fulgurant qui démultiplie la connaissance humaine et propulse la recherche. Mais si c’est le cas, en quelle année sommes-nous ? En 1860, année probable durant laquelle Jules Verne écrivit « Paris au 20e siècle », roman d’anticipation dont la publication fut refusée au motif que personne ne croirait à la prophétie que les sciences humaines seraient anéanties par les sciences exactes ? Est-ce déjà 1984 avec « Big Data » qui remplace « Big Brother » au travers des smartphones qui sont nos meilleurs espions ? Bientôt en 1935 avec des centaines de milliers de soldats enfermés dans leur uniforme à Nuremberg ? Ou vraiment en 2017 avec deux milliards d’amis ectoplasmiques paramétrés par Facebook, LinkedIn et Twitter dans la séduction hédoniste d’un abandon doux et consenti puisque la liaison numérique devient addictive ?

Dans cette coexistence du progrès et de la barbarie, le monde a donc peut-être engendré son « Big Brother » tant aimé : 100 milliards de requêtes Google par mois pour 7,5 milliards d’individus.  Mais alors qui est Emmanuel Goldstein, la victime expiatoire dont l’image ne précède aucune réalité ? Peut-être soi-même ou tout autre humain qu’on envie dans un monde hyper-mercantile. Emmanuel Goldstein serait Emmanuel « Google-stein ». « Big Brother » et son ennemi seraient alors consubstantiels mais antinomiques, comme deux aimants de polarités antagonistes dont on force le rapprochement. Et c’est cela qui est peut-être l’invraisemblable singularité de la révolution des réseaux sociaux : elle est inextricable car elle fusionne les contraires. Le système est notre reflet. Il amplifie nos propres désirs en les rendant inatteignables et insatiables. Chaque jour, ces convoitises sont placées plus haut et plus loin. Elles en sont donc quotidiennement plus inatteignables. Et c’est pour cela que nous pourrions nous haïr. Ce même système crée donc nos propres ennemis éphémères et fugaces, à savoir nos envies, qui sont le revers de ce que nous ne pouvons atteindre. Le système porte en lui sa propre intranquillité, puisqu’il combine tentations et révulsion.

Nous sommes ainsi devenus des paramètres soumis à la mécanique d’algorithmes prédictifs qui nous encerclent. C’est un liquide amniotique dans lequel nous sommes tellement baignés que nous n’arrivons plus à en définir les contours et l’inclusion. Il est individualiste et narcissique. D’ailleurs, même si tous nos faits, gestes et pensées sont mémorisés et paramétrés par des objets électroniques, il ne s’agit plus d’une intrusion dans nos vies privées puisque nous choisissons volontairement l’extrusion de nos personnalités dans ces algorithmes.

Avec bienveillance et confiance, nous adhérons à un modèle où la jouissance immédiate, mais garrotée pour la tenir en haleine, devient la trame du futur. Nos comportements sont reconnus, confortés puis infléchis vers d’autres désirs et achats. C’est un assujettissement sans aucune violence puisque la pensée est douce. Des images entretiennent le consommateur, peu mobilisé au bord de la falaise de ses désirs incessamment rappelés par des sites de vente en ligne dont la formation des prix suit un processus d’enchères ? A nouveau, tout est dans tout : nous alimentons notre propre servage. La combinaison de nos interactions sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche permettrait de mieux nous connaître…que nous-mêmes. Est-ce plausible ? Un jour, avec l’intelligence artificielle, certainement. D’ailleurs Amazon est parfaitement capable, click par click, millimètre par millimètre, de guider, avec justesse, nos achats.

Est-ce une société utilitariste ? Bien sûr. Il faut, avant tout, être compétent et présent, jeune et versatile, mais surtout individualiste alors que les réseaux donnent l’impression d’appartenir à une collectivité. Que deviendra la monnaie lorsque la seule violence sera celle de la consommation immédiate ? Sera-t-elle renforcée dans son rôle freudien de violence sociale ? La monnaie comme aboutissement de l’oppression digitale ? A moins que ce ne soit l’inverse.

Tout ceci se situe dans un contexte qui renforce un modèle de société. Les individus se conforment collectivement plutôt qu’ils ne se différencient. C’est d’ailleurs un singulier servage que d’alimenter, au travers d’incessantes interactions, l’unicité des pensées qui se renforce au rythme de notre délégation de confiance. Cela va plus loin qu’un contexte consumériste puisqu’on constate une éradication de la vie privée et certains comportements au profit de style de vie normés. D’ailleurs, il devient suspect de s’exclure des réseaux sociaux ! Quelle déviance sentimentale, sexuelle, intellectuelle pourrions-nous devoir cacher dans un monde où l’apparente transparence est bienveillante…alors qu’elle conduit exactement au résultat contraire. Mêmes nos élections deviennent désormais douteuses, non pas tant à cause de fraudes, que par le « soft power » agencé par des entreprises privées qui arrivent à circonscrire et faire infléchir les inclinaisons politiques de personnes inconnues, mais parfaitement paramétrées en fonction de leur activité informatique. L’entreprise Cambridge Analytica, désormais très connue depuis les votes pour Trump et le Brexit, propose ouvertement d’influencer les comportements des électeurs lors des élections ! Sceptique ? Il suffit de consulter leur site web. Nous abandonnons nos idées, nos intranquillités et nos révoltes à des messages informatiques qui alignent, soigneusement et paisiblement, nos pensées. Peut-être que le monde de demain consistera en une dictature mobile de quelques multinationales qui nous conduiront à un capitalisme digital d’une surveillance généralisée au sein de laquelle des normes floues écarteront les comportements asociaux, voire les déviances génétiques ?

Que faire devant ces évolutions que nous n’appréhendons pas bien, alors que l’intelligence artificielle et le transhumanisme, qui est peut-être l’antichambre de l'eugénisme, esquissent de nouveaux futurs qui, un jour, nous feront pénétrer dans le meilleur des mondes de Huxley ? Une fois que l’intelligence artificielle se déploiera de manière presque autonome, que restera-t-il de l’intelligence « naturelle » ? Si c’est encore possible - ce dont je doute -, l’extraction de cette sphère moelleuse des pensées rédigées avant notre éveil de conscience exigera un effort personnel inouï et, sans jeu de mot, surhumain. Peut-être sommes-nous au bord de bouleversements incontrôlés, sauf si l’homme se réfugie dans une noire répétition de scénario qui exprimera son exaspération, mais qui sera peut-être lui-même alimenté par des algorithmes, c’est-à-dire la guerre... qui pourrait elle-même être un subprime digital. Ou, lorsque les désirs inatteignables seront confrontés à la limite de nos moyens et à la confrontation des inégalités, une rancœur mondiale ? Réfuterons-nous ce féodalisme numérique qui nous berce? Au prix d’une salubre et définitive solitude. A moins, bien sûr, que nous décidions, peut-être de manière inconsciente, comme Winston, le héros de « 1984 », d’aimer sans réserve « Big Data».

 

 

Posté le 17 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les banques centrales soldent l'Etat-providence

Untitled"Bah, murmura-t-il pour se rassurer, tout cela n'arrivera pas l'année prochaine".

Cette phrase, prononcée par Saccard, le héros du roman "L'argent" d'Emile Zola devant les propos fiévreux et exaltés d'un révolutionnaire sous le second Empire, résume la difficulté d'analyser les événements économiques, d'autant que le rôle de l'économiste est moins d'exhumer le passé que de s'exercer à écarter les angles des scénarios futurs, tout en gardant l'humilité du confinement de ses propres raisonnements.

Les paramètres macro-économiques ont désormais atteint des niveaux de tensions qui vont immanquablement conduire à des ajustements. Les prochaines années devraient nous confronter à des modifications structurelles de l'économie. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que si la crise de 2008 fut celle des dettes privées, aujourd’hui, 20 % des dettes publiques, qui ont absorbées ces dernières, sont logées dans le bilan des banques centrales.

Dans nos économies européennes, le niveau d'endettement public est incompatible avec les perspectives de croissance. L'emprunt de la prospérité future est antagoniste avec les anticipations démographiques et d'activité économique.

Les Etats, lourdement endettés et empêtrés dans une récession, devront cohabiter avec des acteurs privés, c'est-à-dire des entreprises et des marchés dont le champ d'influence et d'action dépasse celui des Etats-nations. Cette réalité sera source de tension idéologique. La frontière entre la propriété privée et les biens publics sera modifiée, dans le sens d'une étatisation croissante mais temporaire de l'économie.

Dans le prolongement de ce qui précède, les Etats ont accru leur tutelle sur le secteur bancaire et des assurances. De nombreux motifs sous-tendent cette situation, dont la protection des déposants. Concomitamment, les Etats ont repris le contrôle d'une partie du circuit monétaire. Ceci s'inscrit dans une réalité séculaire, à savoir que les Etats ne suffoquent jamais longtemps sous leur dette publique : des ajustements monétaires et fiscaux, dont les Etats ont le privilège, sont mis en œuvre.

La crise est donc devant nous. Elle est devant nous car la récession va durer des années. Des années pendant lesquelles des politiques d’austérité aveugles vont entraîner un chômage qui culmine à 9 % de la population active européenne, alors que certains continuent à invoquer la rigueur budgétaire. Et il faut bien réaliser que cette récession est tenace alors que les taux d’intérêt sont proches de zéro. Une faible remontée de ces derniers étoufferait toute reprise potentielle.

Cette crise est devant nous car le coût des pensions va augmenter géométriquement, sans qu’aucune solution structurelle n’ait pu être trouvée. Au reste, comment imaginer qu’un système de paiement pyramidal de pensions et de soins de santé puisse être financé alors que les courbes démographiques se sont inversées et que le taux chômage des jeunes (c’est-à-dire de ceux qui sont alimenter la pompe du financement des travailleurs inactifs) atteint près de 25 % pour la zone euro ?

A cet égard, la nature des dettes publiques ne peut pas être dissociée de l’expression monétaire, elle-même d'une grande complexité. La plupart des économistes en ont d'ailleurs une compréhension légitimement différente car ce phénomène est intimement lié à la notion de valeur, elle-même imprécise. Certains distinguent les valeurs d'échange, d'usage, fondamentales et historiques. D'autres assimilent la valeur au prix.

La dette publique est un stock… de dettes. Mais c'est également un flux, puisque la valeur de la dette est l'expression des prélèvements publics qui vont la refinancer ou la rembourser. La politique fiscale est donc intimement liée à la dette publique dont elle est, en partie, la garante de la pérennité. La monnaie est aussi, à tout moment, un stock puisqu'il est théoriquement possible de le cristalliser. Mais, en même temps, la monnaie n'existe que par son propre flux, puisqu'une monnaie qui serait exclusivement thésaurisée perdrait sa principale fonction : celle de l'utilité transactionnelle.

C'est ainsi que si la dette publique et le stock de monnaie sont, à tout instant, des substituts régaliens, ils n'existent que par les flux futurs (impôts pour la dette et transactions pour la monnaie) qui les valident. Il est donc intuitif que l'Etat détienne deux privilèges : lever l'impôt et battre monnaie. Ce lien est probablement une des facettes du contrat social. Concrètement, cette relation explique qu’on puisse rembourser une dette publique par l’impôt ou par la dépréciation monétaire, c’est-à-dire l’inflation… qui est assimilée à un impôt silencieux.

On ne peut pas combiner une monnaie trop forte, un chômage stratosphérique, une récession et un désendettement public. La solution passera immanquablement par un assouplissement monétaire et budgétaire qui érodera la valeur de la monnaie et/ou des effacements de dettes publiques, à moins que des chocs sociaux perturbent cet ordonnancement.

A ce jour, les banques centrales soldent l’endettement public né de la crise financière. Elles soldent aussi des États-providence. Mais l’avenir nous confrontera au manque de futur. La dette publique, c’est du temps emprunté.

Posté le 16 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les pistes d'une réforme fiscale américaine

UntitledSi l’Administration Trump semble embourbée dans la réforme des soins de santé, son prochain combat sera la réforme fiscale de l’impôt des sociétés. La matière est en mutation car, dans un contexte de protectionnisme rampant et de dislocation des accords commerciaux, de nombreux pays abandonnent l’idée d’une harmonisation fiscale pour s’engager dans une concurrence taxatoire.

C’est dans cet esprit que le Président Trump a annoncé, lors de son discours au Congrès américain, le 28 février, les grandes lignes de sa réforme. Elles ne sont pas transposable, de manière mimétique, en Europe mais n’en sont pas moins très intéressante sous l’angle conceptual.

A cet égard, il faut rappeler que le taux d’impôt des sociétés américain est de l’ordre de 40 % (y compris les prélèvements des États), ce qui explique, entre autres, que de nombreuses sociétés conservent des liquidités correspondant à des bénéfices passés hors des Etats-Unis afin de les soustraire à une taxation importante. C’est notamment le cas d’Apple et d’autres sociétés emblématiques américaines. La réforme fiscale veut apporter une réponse à cette délocalisation financière qui, selon certains, dépasserait 2.500 milliards de dollars. Selon l’administration Trump, ces réserves pourraient subir un impôt limité à 10 % en cas de rapatriement. Ce serait, pour les Etats-Unis, l’amorce d’un redéploiement d’investissements domestiques très importants, d’autant que l’Administration envisagerait d’exonérer de tout impôt les dividendes découlant du résultat des filiales étrangères de groupes américains.

Les Etats-Unis cherchent aussi, au travers de cette réforme envisagée, à mettre fin aux inversions fiscales, c’est-à-dire aux achats inversés de sociétés (l’acquéreur devenant l’acquis) destinés à faire glisser une base imposable hors des Etats-Unis. Si l’Administration Obama avait clôturé cette possibilité, la délocalisation de Burger King au Canada dans le cadre de son rapprochement avec un des leaders du fast food local, Tim Hortons, a laissé des traces.

Quels sont les grands axes de cette réforme ?

Il s’agit tout d’abord de baisser le taux à 20 %, voire 15 %. De surcroît, les investissements feraient l’objet d’une déduction fiscale immédiate. Cette modalité, déjà préconisée sans succès en Belgique, s’inscrit dans la droite ligne d’une politique de relance keynésienne puisque l’amortissement des investissements serait immédiat plutôt qu’étalé sur leur durée de vie utile. Tout se passe comme si une déduction pour investissement de 100 % s’appliquait.

Par contre, les intérêts des emprunts contractés par l’entreprise ne seraient plus déductibles que des résultats financiers futurs. Cette idée est étonnante et exige quelques clarifications. Dans la plupart des pays, les intérêts d’emprunt sont totalement déductibles, contrairement aux résultats (destinés aux actionnaires) qui sont taxable. C’est incidemment cette symétrie de traitement qui m’avait conduit à imaginer la trame des intérêts notionnels en septembre 1999. Dans le cas de la réforme fiscale américaine, il s’agirait d’isoler les charges et les produits financiers de l’entreprise et de les considérer comme un « bénéfice à part », à manière telle que ce résultat ne puise qu’être positif, et donc taxable. Un résultat financier négatif ne pourrait qu’être défalqué que de résultats financiers positifs présents ou futurs. Il faut noter que cette orientation est à l’opposé d’une réforme imaginée il y a une quinzaine d’année et qui aurait correspondu, sous le vocable de cost of capital allowance, à une immunisation étale du coût de toutes les sources de financements (dettes et capitaux propres), à l’instar d’une déduction pour intérêt notionnels appliquée à tout le passif bilantaire.

Dans le même esprit, les pertes fiscales reportables ne seraient déduites des bénéfices futurs qu’à concurrence de 90 % de ces derniers. Le système de récupération des pertes fiscales sur les bénéfices antérieurs (carry back) serait aboli.

La réforme fiscale prévoit aussi un traitement différentiel selon que les bénéfices soient réalisés aux Etats-Unis ou à l’exportation. Ces derniers seraient exonérés de manière à stimuler les exportations. Inversement, il serait prévu que les charges liées aux importations soient non déductibles. Ces mesures s’inscrivent donc dans une logique protectionniste incontestable.

S’il est impossible d’avancer si cette réforme aboutira, il faut constater qu’elle est, au-delà de ses aspects protectionnistes, conceptuellement ambitieuse. La déduction intégrale des nouveaux investissements et l’isolement du traitement des intérêts constituent des innovations destinées à stimuler le capital productif et la capitalisation des entreprises.

Posté le 11 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

10 ans plus tard, des leçons bancaires

UntitledAvec neuf-dix ans de recul, la crise bancaire s’avère riche d’enseignements. Lorsqu’on prend du recul par rapport aux événements et qu’on affranchit le diagnostic de tout jugement moral, il apparaît que la crise a apporté une ébauche de réponses à une question imprévue : à savoir le calibrage des fonds propres bancaires en cas de choc planétaire.

Risque systémique

Depuis longtemps, les théoriciens académiques craignaient qu’au niveau mondial le niveau des capitaux propres soit, en moyenne, insuffisant pour absorber des chocs extrêmes. Ces derniers s’assimilent au risque systémique, c’est-à-dire à un dysfonctionnement paralysant l'ensemble du système financier. Cette crainte était liée à la sophistication des instruments financiers, et leur risque d’effet domino dans l’économie. La crise a résolu spontanément ce problème : une pression a été exercée sur les banques qui n’étaient pas assez dotées en capitaux propres afin qu’elles soient recapitalisées.

Les banques font, en effet, intervenir deux types d’investisseurs au profil asymétrique : les actionnaires et les déposants (ou épargnants). Les actionnaires apportent les capitaux propres. Ils sont les propriétaires de l’entreprise, dont ils espèrent dividendes et plus-values. Mais en contrepartie de ces espoirs de rendement, ils sont les premiers à absorber les pertes. Hormis un problème de liquidité, ce n’est, en effet, que lorsque les actionnaires auront perdu l’entièreté de leur patrimoine que les déposants seront impactés négativement, c’est-à-dire ne récupéreront qu’une partie de leur épargne.

Absorbeur de choc

En même temps, si les actionnaires supportent les premières pertes, ils ne sont jamais obligés de combler le passif, c’est-à-dire d’apporter des capitaux propres frais en cas d’insuffisance. C’est le principe de la société anonyme.

Techniquement, les actionnaires supportent donc le premier risque d’appauvrissement afin de protéger les déposants. En conséquence, une banque doit posséder des capitaux propres suffisants pour éviter que les épargnants soient impactés négativement en cas de perte majeure. Tout en appartenant aux actionnaires, ces capitaux propres agissent comme un absorbeur de choc. Ils constituent un tampon destiné à atténuer les pertes d’actifs. Le problème, c’est que le principe de la société anonyme limite les risques d’un actionnaire à sa mise de fonds initiale. Si un incident survient, il n’est pas possible de forcer les actionnaires à apporter des capitaux frais, c’est-à-dire à recapitaliser. Une augmentation de capital n’est jamais contraignante. Elle l’est d’autant moins auprès d’actionnaires déjà appauvris par une chute de cours. C’est d’ailleurs pour cette raison que des États ont dû intervenir au titre d’actionnaire de dernier recours.

Capitaux prudentiels

Une banque doit donc posséder des capitaux propres suffisants. Leur importance est d’ailleurs conditionnée par différentes réglementations très strictes (Bâle III, etc.) qui formulent ce qu’on appelle des capitaux prudentiels ou réglementaires. Ces derniers procèdent d’une mathématique complexe. Malheureusement, les capitaux prudentiels ne reflètent pas le risque de liquidité. Or, la crise a révélé des ruptures de liquidités ; ce qui explique que des banques ont dû être refinancées par des États. C’est d’ailleurs cette constatation qui a convaincu les autorités de contrôle à mettre en œuvre des tests de liquidité.

Il y a dix ans, la crise bancaire a créé un profond traumatisme au sein de la sphère financière. Un contrat implicite a été rompu entre les banques et l’État. Cet accord tacite consistait à accepter que les institutions financières réalisent des bénéfices en tirant avantage de rentes de situations oligopolistiques. Cette liberté de profit avait une contrepartie : les banques devaient se gérer de manière suffisamment prudente afin de ne jamais devoir faire appel à l’aide de l’État. Pendant des années, les pouvoirs publics ont ainsi payé une « prime d’assurance » aux banques en contrepartie de l’élimination du risque de sauvetage. Ce contrat est désormais rompu. Mais, à la réflexion, il était vicié car affecté d’un phénomène d’aléa moral (ou moral hazard) : certaines banques ont pris des risques excessifs en sachant que l’État interviendrait en cas de problème.

Actionnariat étatique

En conséquence, la leçon de la crise des subprimes réside probablement dans l’inadéquation des capitaux propres bancaires. Ils sont insuffisants comme digue en cas de crise déferlante. L’intervention récente des États dans le capital ou le financement de certaines banques doit rétrospectivement s’interpréter comme la création d’un socle (temporaire et réversible) d’actionnariat. L’actionnariat étatique est un relais à la responsabilité limitée des actionnaires. En effet, les États disposent, grâce à leur capacité d’emprunt et de la levée d’impôts, d’une capacité de financement théoriquement illimitée. Les États ont mis leur capacité d’emprunt en garantie du capital des banques : ils ont joué le rôle d’actionnaire de dernier de recours, comme les banques centrales ont joué le rôle de prêteur de dernier recours pour protéger les déposants.

Est-il, dès lors à l’avenir, possible d’éviter tout risque systémique, c’est-à-dire de vacciner le système bancaire de tout risque de réaction en chaîne ? Malheureusement, ce n’est pas possible sauf à nier le principe de la banque, car cela supposerait que les banques ne soient financées que par des capitaux propres. La responsabilité des autorités de contrôle est de discipliner le système, de prévenir le risque systémique et d’empêcher sa contamination. En effet, les chocs extrêmes n’exonèrent en aucune manière les banques d’une stricte gestion. Le risque systémique est la ligne de fracture bancaire. Les capitaux propres en sont le sismographe. Le risque systémique est inhérent à toute architecture financière. Pour cette raison, il est impossible à quantifier, inassurable et non diversifiable

En résumé, le paysage bancaire est clarifié. Il en résulte des rapports épurés entre les trois protagonistes du contrat bancaire : les dirigeants bancaires qui devront se concentrer sur la protection de l’épargne, les États qui devront jouer un rôle de supervision actif, et les clients qui seront en droit d’exiger plus de transparence sur la gestion de leur épargne. Cependant, les épargnants ne doivent se faire aucune illusion : ils payeront, plus que jamais, la garantie d’État (désormais activée), qui protège leur épargne au travers de taux d’intérêt bas.

Posté le 6 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Traitons-nous respectueusement nos étudiants en médecine ?

5de5ae408d3896ea9cf36e8794f247b17d434117_276x300_Q75Les choix de la vie m’ont conduit à enseigner l’économie appliquée dans différentes universités du pays.

Je contribue, comme d’autres, à former de remarquables jeunes adultes qui, pour la plupart, travailleront dans la sphère financière (banque, audit, consultance, etc.).

A côté de cela, des centaines d’étudiants, dont la valeur sociétale – si tant est qu’elle soit mesurable, ce dont je suis intuitivement convaincu- est supérieure, entament des études de médecine.

Ces dernières sont longues, gigantesques et exigent une application qui ne peut trouver ses fondements que dans une admirable passion et un courage personnel qui confine à l'abnégation. Ces études exigent, avant la réussite d’un examen tellement imposant qu’on l’appelle le « mammouth », des stages dans différentes disciplines. Ceux-ci sont évidemment dispersés géographiquement et temporairement rares puisque deux cohortes d’étudiants se télescopent. Ces stages sont non rémunérés et exigent donc une voiture, la négociation de baux précaires sans compter que les pires horaires sont souvent réservés à ces mêmes stagiaires, sauf quand (et c’est fréquent) un bienveillant médecin accompagne l’étudiant.

La course d’obstacles débute ensuite pour une spécialisation. Les places sont très rares et souvent confinées par les cloisonnements universitaires. Bien sûr, un étudiant peut devenir un généraliste. Mais il faut regarder la réalité en face : un généraliste ne gagne pas bien sa vie (en fait, les médecins bien rémunérés sont ceux qui posent des actes techniques), est accablé de lourdeurs administratives et désormais numériques sans compter que son rôle dépasse le champ strictement médical pour relever de l’aide socio-psychologique aux personnes. On ne compte plus les médecins généralistes qui frôlent la précarité financière et le burn-out.

Et voici que depuis plusieurs années, on garrote les médecins avec l’attribution des numéros INAMI. Si je comprends que les dépenses de la sécurité sociale doivent être contenues (encore que le VERITABLE problème des finances du pays est que les dépenses de pensions représentent plus de 10 % du PIB), je me dis qu’il est troublant de soumettre ces étudiants à des stress qu’à nouveau, comme le disait récemment un reçu-collé (c’est-à-dire un étudiant qui a réussi sa première année sans être en ordre utile et doit donc repasser, après une année d’étude, un examen d’entrée) sur les ondes de la RTBF, seul le courage personnel peut surmonter.

Quand on pense qu'on en est arrivé à établir des QUOTAS (comme si trop de passions était punissable) par université ? Où sommes-nous ?

Je pose paisiblement la question : agissons-nous de manière respectueuse et honorable par rapport à cette jeunesse ? Ne vaut-elle pas mieux que des postures politiques au sein d'obscurs comités de concertation au sein desquels l’arbitrage relève de quotas linguistiques sachant qu’on a jamais vu un cancer déclarer sa langue de traitement !

Comment réconcilier ces réalités avec les prévisions de déficits du nombre de médecins en Wallonie ?

Sommes-nous, membres de la communauté universitaire de Belgique, le pays du grand anatomiste Vésale, à la hauteur morale et humaniste de ces constats ?

En tout cas, je suis certain que le jour où j’ai un problème de santé, un médecin me sera plus utile qu’un économiste…

Posté le 3 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le capital est d’autant plus fluide que le travail est déterritorialisé

UntitledLa sphère économique traverse une période de gigantesques mutations. En effet, deux phénomènes, d’une envergure inconnue à l’aune de l’humanité, se conjuguent. Il s’agit, d’une part, de la mondialisation physique, portant sur la mobilité des hommes, des biens et des services et, d’autre part, de la numérisation, fondée sur l’interconnexion des humains et des systèmes digitaux qui enrobent leurs activités.

On impose aux hommes une versatilité économique insupportable. Les gains de productivité sont aspirés ou refoulés en fonction des zones géographiques sur lesquels le progrès – dont l’enrichissement – se greffe fugacement. Le capital est d’autant plus fluide que le travail est déterritorialisé.

Les pulsations du monde en deviennent d’autant plus imprévisibles que la sphère civile est affolée et atomisée par cette mondialisation qui s’accompagne d’une déliquescence de l’autorité régalienne des pouvoirs publics. L’autorité étatique est toujours délimitée par des frontières physiques tandis que les flux d’informations et de capitaux sont pulsés par des multinationales qui créent, autour du globe terrestre, une exosphère de commerce qu’on appelle désormais – pour lui donner une version de pureté biblique – le cloud.

Mais cette mondialisation s’accompagne d’inégalités croissantes. Les azimuts traditionnels, comme le Nord et le Sud, ne délimitent plus ces inégalités qui rongent ce que furent nos Etats-providence européens, désormais pétrifiés par leurs dettes publiques et par le déplacement latéral de la croissance vers l’Est et les Etats-Unis. Ces inégalités sont elles-mêmes alimentées par le vieillissement de la population.

En Europe, ce ne sera pas la révolution, mais plutôt la résignation de l’âge qui prévaudra. Encore que, comme écrivait Montherlant, tout sera bouleversé par les mains hasardeuses du temps…

Posté le 1 août 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Attention : l’euro redevient une monnaie forte !

Et-si-le-dollar-us-redevenait-durablement-une-monnaie-forteLe cours de l’euro remonte par rapport au dollar. Ce phénomène est, entre autres, lié à l’annonce progressive des mesures de création monétaire. Un bien moins abondant coûte plus cher : c’est aussi le cas des monnaies. Mais il faudra que les autorités monétaires soient très prudentes : l’économie européenne est très fragile et trois années d’euro faible n’ont pas permis de restructurer les schémas d’exportations européens.

Une monnaie faible est souvent le reflet d’une fragilité économique plutôt qu’un atout structurel.

Il n’empêche : en 1971, le décrochage des Etats-Unis des accords de parité fixe de Bretton Woods leur donna un avantage concurrentiel incontestable (au prix d’une envolée d’inflation et avec l’avantage d’émettre la monnaie de réserve) tandis que les accords du Plaza, en 1985, conduisirent à surévaluer le yen, ce qui contribua à plonger l’économie japonaise dans une récession dont elle n’est toujours pas remise.

Posté le 30 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Il faudra deux générations pour stabiliser l’euro!

Fotolia_29640484_mL’euro est une réussite politique incontestable. Sa réalité financière s’est imposée jusqu’à hisser cette jeune monnaie parmi les cinq devises de réserve du FMI. 

Pourtant, les disparités économiques entre les différents Etats associés restent persistantes.

Nombreux sont ceux qui s’intéressent aux incontestables différentiels de dettes publiques.

Mais il y a un autre indicateur, dont l’importance est dissoute parce que nous avons justement adopté une monnaie unique, c’est le différentiel des balances des payements (c’est-à-dire la différence entre les exportations et les importations).

En ce qui concerne les échanges internes à la zone euro (c’est-à-dire pas avec le « reste du monde »), un pays est un exportateur net massif. Il s’agit de l’Allemagne (et des Pays-Bas, dans une moindre mesure). Les autres pays sont, par simple arithmétique, globalement en déficit. Certains le sont structurellement. C’est le cas de la France. D’autres sont plus ou moins à l’équilibre sur longue période. C’est le cas de la Belgique.

Est-ce grave d’avoir un déséquilibre structurel entre les pays d’une même zone monétaire ?

Non car cela scelle cette même union. En effet, un pays exportateur net accumule des créances sur les pays déficitaires. Si ce pays excédentaire quittait la zone monétaire, ces mêmes créances seraient dépréciées. L’Allemagne doit donc rester arrimée à la monnaie unique. Il en est de même pour un pays déficitaire qui a accumulé un endettement par rapport aux pays excédentaires. Si ce pays quittait la zone euro et respectait ses engagements, sa dette extérieure croîtrait au rythme de la dépréciation de sa propre devise retrouvée (et évidemment dépréciée).

 Mais, en même temps, un excédent commercial est corrélé avec le taux d’emploi. Les pays excédentaires aspirent donc, par leurs qualités intrinsèques, l’emploi des pays déficitaires qui ne disposent plus de la possibilité de voir leurs cours de change se déprécier.

Les pays excédentaires forcent donc les pays déficitaires à s’aligner sur leurs propres normes de compétitivité, pour autant, bien sûr, que les mêmes types d’industries soient concernés.

Ce constat est inhérent à toute zone monétaire, dont aucune n’est optimale. Cela devrait théoriquement se résoudre, pour partie, par la mobilité du travail et du capital. En ce qui concerne le travail (et je simplifie le raisonnement jusqu’à ce qu’il en devienne simpliste), les travailleurs des pays déficitaires devraient migrer vers les pays excédentaires, ainsi qu’on le constate aux Etats-Unis.

C’est cependant complexe pour différentes raisons linguistiques, politiques, culturelles, etc. Mais c’est aussi une solution qui s’oppose à la réalité des peuples et des systèmes politiques dont certains maintiennent l’importance première, contestant le constat qu’un fait monétaire doit discipliner, par des flux migratoires, l’économie réelle.

La création d’une union monétaire est un phénomène extrêmement complexe qui demande beaucoup de temps pour assurer son propre équilibre. Il est coutumier d’avancer que la plupart échouent après 15 ans. Ce n’est pas le cas de l’euro. Mais sa stabilisation continentale prendra sans doute deux générations.

Posté le 28 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'Allemagne enterre Keynes une seconde fois !

KeynesLa théorie keynésienne est extrêmement riche et complexe car Keynes était un marginaliste, c’est-à-dire qu’il considérait les évolutions économiques à leur tangente. Il recommandait que les Etats s’endettent pour financer de grands travaux d’intérêt public et productif en cas de récession tandis que ces mêmes Etats devaient réduire leur endettement lorsque l’économie se portait mieux. La théorie de Keynes suppose donc une économie « rythmée ». Or le vieillissement de la population et la baisse de la croissance des gains de productivité nous entraînent peut-être dans une économie atone et caractérisée par un trop faible taux de croissance pour envisager d’amples variations conjoncturelles. Certains évoquent même une stagnation séculaire, même si cette intuition doit être sujette à caution. L’économie n’est plus « rythmée » car aucun retour à une prospérité robuste ne semble plausible endéans une décennie.

C’est pour cette raison que l’Allemagne, dont l’ordolibéralisme a toujours écarté le keynésianisme, n’aime pas cette théorie. Ce pays fait face à un gigantesque déficit démographique (qui, dans certains pays comme la Belgique, est amplifié par l’absence de financement accumulé des engagements en matière de retraite). Ce dépeuplement est récessionnaire et structurel. L’Allemagne ne veut pas y répondre par une politique keynésienne de défaut budgétaire car il n’y aura pas de rebond. Même en période de récession, l’Allemane exige donc un équilibre budgétaire. Or cette exigence n’est pas compatible avec la réalité de pays plus faibles qui ne peuvent pas se le permettre. Ceci souligne incidemment l’incongruité d’avoir associé des pays très différents dans l’euro.

Posté le 28 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La fiscalité belge favorise asymétriquement l'endettement

 

La fiscalité belge de l’impôt des personnes physiques (IPP) est fondée, sauf à de rares exceptions, sur la taxation des revenus. Le capital n’est, de manière générale, pas taxé car sa formation est imposée par un système de barèmes progressifs par tranches. Il est néanmoins ponctionné par des droits d’enregistrement, de succession et de donation.

 

Un des principes fondateurs de la fiscalité belge conduit à taxer les revenus nets. Les dépenses et charges associées à l’acquisition d’un revenu sont donc défalquées des revenus bruts dans le cadre de la déclaration des revenus. C’est, à titre exemplatif, le cas des revenus professionnels qui sont soumis à l’impôt progressif après déduction des charges professionnelles, que ces dernières soient calculées de manière réelle ou forfaitaire (avec une limite de 3.950 euros). Mais cela concerne aussi d’autres revenus, de nature immobilière ou mobilière, et même les revenus divers.

 

Il reste cependant une question, mal posée et à laquelle on ne répond pas suffisamment, concernant les intérêts des sommes empruntées pour obtenir des revenus. L’endettement est, en effet, une fonctionnalité inhérente à une économie de marché. On peut s’endetter pour acquérir des biens, mobiliers ou immobiliers, pour financer un enseignement destiné à générer des revenus professionnels ou accessoires, et aussi pour des dépenses de consommation.

 

Quel est le cadre conceptuel qui préside à l’éventuelle déduction fiscale de ces intérêts ? Il n’est pas formulé, et donc soumis aux aléas des contraintes budgétaires qui se sont progressivement substituées à une réflexion de cohérence sur la taxation des revenus.

 

Les intérêts associés au financement d’une formation professionnelle sont-ils déductibles ? La réponse est généralement négative, d’autant qu’il peut y voir un décalage temporel entre la formation envisagée et les revenus qui peuvent y être associés.

 

Et qu’en est-il des intérêts associés à un emprunt pour acquérir des revenus mobiliers ? De manière générale, ces intérêts ne sont pas déductibles. La situation est donc singulière : les revenus mobiliers sont taxés tandis que les intérêts des emprunts destinés à financer les capitaux correspondants ne peuvent pas être déduits fiscalement. Comme ces intérêts sont souvent encaissés et taxables auprès de l’institution financière qui a octroyé le financement, il y a une taxation nette, dans le chef de l’établissement financier, sans déduction correspondante dans le chef du particulier. Est-ce équilibré ? Aucunement.

 

Le même phénomène est constaté pour les revenus immobiliers. Progressivement – et je devrais dire subrepticement -, les déductions d’emprunts hypothécaires, tout en subsistant conceptuellement, sont confinées, alors que la plupart des acquisitions immobilières sont financées par l’emprunt et soumises, de manière générale, à un droit d’enregistrement (s’échelonnant, selon les régions de 10 % à 15 % en Wallonie) ou à une TVA de 21 % qui ponctionnent, sans contrepartie, la nécessité, dans la plupart des cas, de se loger.  Les systèmes régionaux de corbeilles fiscales sont, quant à eux, rabotés. Là aussi, on doit s’interroger.

 

Bien sûr, on peut questionner le fait que l’Etat intervienne dans la subsidiation du financement de certains actifs. Certains réfutent cet interventionnisme au motif que les choix d’allocation patrimoniale relèvent des choix individuels. En même temps – et c’est mon inclinaison politique personnelle-, il semble utile que l’Etat favorise la protection financière prospective au travers d’incitants qui entraînent une prudence comportementale dans la gestion de l’épargne. C’est ainsi que l’Etat promeut l’épargne-pension ou à long terme.

 

Mais comment articuler un système cohérent ? La logique voudrait, dans la tradition fiscale belge, que les intérêts spécifiquement destinés à acquérir des actifs ou des formations professionnelles soient déductibles, à due concurrence, des revenus de ces mêmes actifs ou revenus professionnels.

 

De manière générale, ces interrogations s’inscrivent dans un plus vaste débat : les systèmes fiscaux doivent-ils favoriser l’épargne et l’endettement ? Les pays anglo-saxons, fondés sur l’anticipation de la consommation et une cyclicité économique plus rapide, ont tendance à favoriser fiscalement l’endettement tandis que les pays d’Europe continentale promeuvent l’épargne. On retrouve incidemment dans ces orientations la divergence entre les capitalismes anglo-saxons et rhénans, sans qu’une supériorité puisse, à mon estime, être établie.

 

 

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