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Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 21 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Six ans de crise, trois récessions...

C'est devenu une évidence : la zone euro retombe, pour la troisième fois depuis 2008, en récession.

Mais, au-delà des expressions sémantiques, c'est beaucoup plus grave : nous entrons à reculons dans les années trente, c'est-à-dire un mélange toxique de monnaie forte, de rigueur budgétaire et de récession déflationniste. Depuis 22 mois, le taux d'inflation est inférieur à 2 % et la croissance est en baisse depuis 16 mois.

Mais le constat ne suffit pas.

Il faut s'interroger sur les causes de cette situation apocalyptique.

Elles sont polymorphes, mais il est certain que les politiques de la Commission et de la BCE, concomitamment orientées vers la rigueur budgétaire et monétaire, ont aggravé la situation.

Par exemple, le bilan de la BCE est le seul des importantes banques centrales qui se soit contracté depuis 3 ans.

Mais, finalement, la contraction du bilan de a BCE ressortit aux anecdotes de l'Histoire que tout le monde aura oubliées dans 2 ans.

Ce qui se passe, c'est que le monde bascule dans d'autres géométries et que nous avons été dirigés par des hommes des années septante qui n'ont pas pris la mesure correcte du redéploiement du progrès dans l'ère digitale et technologique.

Tout s'est passé comme si la crise avait entraîné une attitude attentiste destinée à espérer qu'une croissance, venue d'on ne sait où, remette l'économie sur les rails.

Nous avons perdu six ans.

Six ans pendant lesquels peu de progrès ont été faits pour resserrer l'union européenne, pour relancer l'économie, pour reformuler une politique monétaire différenciée selon les pays ert surtout pour préciser une politique industrielle et des services offensive et cohérente.

Posté le 19 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les allumettes mouillées de la BCE

Dans des temps peu reculés, les banques centrales étaient les prêteurs en dernier ressort des banques et des Etats.

Aujourd'hui, les banques centrales inondent le marché de liquidités, craquant, une après l'autre, les allumettes de la politique monétaire pour susciter l'inflation.

Mais, comme des allumettes mouillées par un excès de liquidité, aucune étincelle n'est créée.

Aujourd'hui, les banques centrales se sont engouffrées dans le vide de la déflation.

N'importe quelle hausse de taux d'intérêt pulvériserait une fragile reprise économique et le secteur financier.

La géométrie du monde financier s'est modifiée : le flux monétaire est renationalisé.

Cet état du monde financier est irréversible.

Mais faut-il s'en étonner alors que l'histoire séculaire apprend que l'excès de dettes publiques corrompt la monnaie ?

Nous entrons dans un nouveau monde financier : les symboles que formulent les dettes publiques la monnaie seront des variables d'ajustement.

En effet, faute d'inflation (dont l'espérance disparaît au rythme de la discipline germanique de l'euro), les dettes publiques du Sud de l'Europe feront l'objet d'abattement.

Posté le 18 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Tony Vandeputte est décédé.

Tony Vandeputte, l'ancien président de la FEB, est décédé.

Une page se ferme. Celle d'un certain 20ème siècle bienveillant.

C'était un grand homme, un de ceux que les moins de vingt ans n'ont pas connu.

Un homme d'honneur, en paix avec lui-même, qui avait traversé une épreuve de santé terrible, tout en gardant une foi en son action.

Un homme en paix qu'animait un feu de passion, de mouvement, de combats.

Un homme d'équilibre, de nuances et de justesse, sans parler de justice. Un homme d'érudition, aussi, ayant combiné une large formation académique.

Peut-on comprendre l'action d'un homme sans se pencher, avec silence, sur ces nombreux jours de sacrifice qu'il a consacré à l'étude, à l'écoute, à l'action, à la foi dans ce pays et son économie ?

Parfois, je le croisais devant le Palais Royal ou près du Parc de Bruxelles.

Un mot caractérisait sa personnalité : la tempérance. La bienveillance, aussi.

C'est une attitude importante, à l'heure où les cynismes et manques de civilités se répandent.

Tony Vandeputte était un gentleman.

Posté le 17 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'euro à 18 pays était une erreur avérée...mais c'est trop tard

De nombreuses voix s'élèvent pour revenir aux devises nationales et désintégrer l'euro.

Ce débat exigerait une gigantesque étude, mais, à mon intuition, Ce ne serait pas une bonne idée. Ce serait même une idée dangereuse.

En effet, une telle opération, si tant est qu'elle soit envisageable, supposerait un contrôle des capitaux et des mouvements des hommes très stricts.

Il s'agirait donc d'un renoncement temporaire à la mobilité des facteurs de production et de la démocratie. Il en résulterait des troubles sociaux inconnus car l'équivalent général à l'économie, c'est-à-dire la monnaie qui structure les rapports sociaux, perdrait son attribut de confiance.

Les pays du Nord de l'Europe seraient immédiatement frappés par une réévaluation déflationniste de leur nouvelle devise tandis que les pays du Sud subiraient une terrifiante dévaluation inflationniste.

Le secteur bancaire serait désintégré et les pays faibles devraient faire un immédiat aveu de banqueroute publique (ce qui serait d'ailleurs une des justifications de sortie de l'euro).

L'aboutissement de cette aberration économique de la monnaie unique ne se situe pas dans un retour brutal aux devises nationales, mais plutôt dans un rééchelonnement probable et insidieux des dettes publiques.

Posté le 16 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Europe : encore un mois perdu…

Encore un mois de déflation.

Encore un mois de stagnation économique et de croissance revue à la baisse.

Encore un mois de pusillanimité de la Banque Centrale Européenne qui voit son bilan se réduire et repousser d'affronter la question d'une immense injection monétaire.

Encore un mois sans tracé politique clair en matière de politique industrielle européenne (qui est d'ailleurs le plus grand handicap de la zone euro), ni de progrès en matière de fiscalité des entreprises.

Encore un mois de perte de crédibilité pour le combat contre le chômage des jeunes contre lequel la réponse européenne est un montant dont personne ne comprend à quoi il servira.

Encore un mois sans qu'un message politique d'adhésion soit formulé pour aborder, avec sagesse, volonté et discernement, les enjeux ethniques, migratoires, politiques, sociaux, environnementaux.

Et puis, d'autres questions doivent être débattues : comment assurer l'homogénéité du progrès et de la prospérité avec des politiques de pays riches alors que le Sud de l'Europe s'enfonce dans la récession ?

Quelle est la perspective de l'Europe pour assurer l'harmonie sociale alors que chaque pays est livré à lui-même pour assurer ses défis de chômage et de pension ?

L'austérité budgétaire et la rigueur ne peuvent pas être les seules réponses à une crise dont le fondement se trouve dans le déficit d'innovation, la robotique, les sciences médicales, c'est-à-dire des disciplines dont nous nous ne sommes plus à l'avant-garde.

En un mot comme en cent : quel est le plan stratégique de cette Europe dont le tracé devient imprécis ?

Les responsables de l'Europe doivent faire extrêmement attention : ils sont investis d'une responsabilité qu'une lente adhésion leur a accordée depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Ils ne pourront pas se camoufler derrière l'échafaudage d'une technocratie qui les protège.

Posté le 16 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Derrière le Pacte de Stabilité, une crise de la démocratie ?

Sous l'impulsion de la précédente Commission Européenne et du Président du Conseil Européen, la zone euro s'est imposé un Pacte de Stabilité et de Croissance.

Ce pacte exige de diminuer l'excédent d'endettement public de 5 % par an afin d'atteindre un rapport de la dette publique sur le PIB de 60 %. Le pourcentage de 60 % n'est pas anodin puisqu'il fondait un des critères d'accession à la zone euro en 1999.

Cette règle se conjugue désormais à ce qu'on appelle la "règle d'or" qui exige de ne pas dépasser un déficit "structurel", c'est-à-dire compte non tenu des aléas conjoncturels, égal à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB). On l'a compris : il s'agit d'un pacte de stabilité plutôt que de croissance.

Mais au-delà de ce hiatus sémantique, la véritable question est de savoir quelle est son utilité et sa réalité.

Une contraction budgétaire est inefficace en période de récession.

De surcroît, il est impossible d'imaginer de réduire l'endettement public sous un horizon de croissance presque nulle.

Ce constat est d'autant plus évident que les Etats ne diminuent jamais leur endettement : ils le diluent dans une croissance économique future espérée. Sans croissance, une réduction relative de l'endettement public est irréaliste.

On l'a donc encore mieux compris : le Pacte de Stabilité sera peut-être un Pacte de récession déflationniste.

L'Europe entre dans une période de déflation dont les affres et les désespoirs vont être amplifiées par le basculement de l'économie dans l'ère digitale, qui exigera son écot de chômage et donc d'aides publiques.

Comment des Etats européens appauvris seront-ils capables d'absorber leur déficit public alors que l'économie réelle exigera le contraire ?

Comment ces mêmes Etats vont-ils assurer l'ordre social et public dans l'écartèlement entre leurs responsabilités domestiques et les contraintes européennes.

Et puis, comment les Etats vont-ils susciter la croissance dans une économie marchande où les richesses crées par les entreprises leur échappent ? Les États en seront-ils amenés à taxer la consommation plutôt que le revenu qui s'enfuit ?

Cela pose une question sur la nature du régime politique qui émergera de ces contraintes.

A l'intuition, il sera plus éloigné d'un système démocratique, à tout le moins dans son expression nationale.

A moins, bien sûr, que des forces politiques réfutent les contraintes européennes au motif de leur manque de légitimité populaire et de leur émanation d'une technocratie administrative ?

Mon intuition est que nos communautés glissent lentement et inéluctablement vers d'autres configurations politiques. Celles-ci seront plus autoritaires car la démocratie est consubstantielle à une croissance économique suffisante. Sans croissance, l'autorité publique est appelée à jouer un rôle plus directif.

Quoiqu'il en soit, ce Pacte de Stabilité et de Croissance engage une question de représentativité démocratique.

Posté le 15 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une bulle boursière NON-technologique ?

Dans quelques années, l'économie des services, qui représente près de 70 % de la création de richesse nationale, va être balayée par la digitalisation.

La digitalisation est un terme générique pour qualifier la robotisation et l'informatisation de nombreux processus qui font encore intervenir des intermédiaires humains.

Tous les métiers n'en mourront pas, mais tous en seront frappés : grande distribution et commerce de détail, banque, assurance, cosmétique et santé, automobile, etc.

Quel est le pourcentage des emplois qui pourrait disparaitre à un horizon de 10 ans ? 25 % ? 40 ? Personne ne peut le dire car les Etats freineront cette évolution qui n'est pas de nature ou schumpétérienne, mais fractale.

A la richesse perdue correspond un accroissement de valeur de nombreuses autres entreprises.

Google est sans doute à la pointe de cette évolution, voulant révolutionner la robotique, la santé, le transport, enfin tout ce qui est l'environnement que nous connaissons afin de construire un univers "2.0".

Si ce bouleversement se produit, alors la valeur de nos actifs traditionnels, c'est-à-dire les actions de sociétés qui sont actives dans des métiers qui pourraient être submergés par cette économie digitale, s'écrouleront.

Contrairement au krach Internet des années 2000-01, nous ferions face à l'éclatement d'une bulle non-technologique.

Les marchés boursiers n'ont peut-être pas encore intégré cette prospective.

Posté le 15 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Ceci n'est pas une déflation ...c'est plus grave !

Mon dernier livre disponible gratuitement ! Grâce à l'Echo, mon dernier livre est en téléchargement gratuit en suivant le lien :

http://www.lecho.be/economie_politique/belgique_general/Ceci_n_est_pas_une_deflation_C_est_beaucoup_plus_grave_Bruno_Colmant.9567773-4003.art?highlight=colmant

Pierre Kroll a réalisé la couverture.

En voici le résumé : Cette crise n'est plus souveraine, ni monétaire : elle porte sur l'exercice des Etats, écartelés entre des entreprises mondiales et versatiles, et des dettes publiques dont la stabilité de l'expression monétaire et le refinancement sont les garants de l'ordre social. Nos politiques sont étatico-nationales alors que le marché est mondial.

Dans les prochaines années, le débat idéologique portera sur le dialogue entre l'Etat et le marché, entre la collectivité et l'individu, et entre la dette publique et la propriété privée. Cette confrontation se greffera sur un bouleversement technologique qui va pulvériser les modes d'organisation de la sphère marchande.

Certains exigeront une étatisation croissante, voire généralisée, de l'économie, pour maintenir l'ordre social. D'autres argumenteront que cette voie conduirait à désertifier toute initiative spontanée. Les insoutenables dettes publiques engageront la question du défaut ou de l'opposition sociale.

Notre démocratie y survivra-t-elle ? Et puis, que penser de la gestion autocratique de l'euro par une Banque Centrale Européenne éloignée du pouvoir exécutif et des graves erreurs de politique économiques de la Commission Européenne qui a géré la crise à coups de rigueur et d'austérité en accentuant la génétique déflationniste de l'euro?

Faut-il craindre Karl Marx pour espérer Adam Smith ? Ou déboulonner Milton Friedman pour restaurer Maynard Keynes ? Thomas Piketty, auquel plusieurs textes sont consacrés, n'a-t-il pas confondu richesse et monnaie ? La véritable question porte sur la représentation de l'avenir du corps social.

Posté le 13 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Taxer le capital, les plus-values ou les revenus du capital ?

Depuis plusieurs jours, une question légitime anime les membres du gouvernement : faut-il taxer le capital ?

Ou bien faut-il taxer les plus-values, sachant qu'une plus-value n'est pas un revenu et que sa taxation est un prélèvement sur le capital.

Ou bien faut-il modifier la taxation des revenus du capital, c'est-à-dire les dividendes et intérêts sans impacter les plus-values ou le capital lui-même ?

Cette matière est très délicate et elle exige une réflexion globale, plutôt que des négociations par communiqué de presse interposés.

L'impôt sur le capital se justifie, d'un point de vue macro-économique, dans des circonstances particulières. A partir du moment où l'Etat s'est endetté et qu’une quote-part de cet endettement se situe dans des accumulations de biens par des particuliers, on peut aussi concevoir que l’Etat veuille rembourser sa dette en capturant une partie du patrimoine de ces mêmes particuliers.

Ce qui aurait un certain sens, c'est de taxer certaines plus-values, c'est-à-dire les plus-values spéculatives, mais pas les plus-values sur des investissements à long terme.

Mais c'est une problématique très complexe et sans réponse unique.

Pour la comprendre, il faut rappeler le fondement du régime d’exonération des plus-values sur actions. La taxation des résultats d’une entreprise est fondée sur deux faits générateurs.

Le premier, qui donne lieu à l’impôt des sociétés, est la constatation d’un accroissement, par les résultats de l’entreprise, de son patrimoine, par essence collectif.

Le second fait générateur, qui entraîne la soumission à l’impôt des personnes physiques, est fondé sur la sortie d’un patrimoine collectif (celui de l’entreprise) vers un patrimoine individuel (celui de l’actionnaire) sous forme de dividendes.

Par contre, une cession d’action, assortie de la constatation d’une plus-value, n’altère pas le patrimoine collectif mais transfère une fraction de sa propriété vers un autre actionnaire. Une taxation de la plus-value affecte un flux sans que ce dernier crée un accroissement global de richesse.

Illustrons ceci par un exemple extrêmement simplifié (à rendement du capital constant) : un investisseur A achète une action qui vaut 100 et génère un dividende brut de 10, soumis au précompte mobilier de 2,5 (c’est-à-dire au taux de 25%). Après quelques années, le dividende de l’action passe à 20 et, concomitamment, la valeur du titre passe à 200, comme si le potentiel bénéficiaire de l’entreprise doublait instantanément. L’investisseur A vend alors l’action à l’investisseur B. Il réalise une plus-value de 100. Celle-ci n’est pas imposée, mais elle le sera indirectement dans le chef du contribuable B. En effet, les dividendes de l’action seront soumis à un précompte qui s’établira à 5, c’est-à-dire 25% d’un dividende qui s’établit désormais à 20. Si la plus-value de 100 réalisée par l’investisseur A était taxée, cette taxation conduirait à taxer anticipativement des dividendes qui le seront ultérieurement dans le chef de l’investisseur B.

Par ailleurs, la charge fiscale qui affecte un dividende s’élève, à l'heure actuelle, à 34% (impôt des sociétés) plus 25% du montant disponible, soit 50%, Ce taux de taxation est comparable, au taux marginal, à celui des revenus professionnels.

Ce n’est pas une coïncidence. En effet, l’impôt des sociétés, cumulé à la retenue du précompte mobilier sur les dividendes, doit conduire à un taux d’imposition global proche du niveau de taxation des revenus d’un indépendant.

Ce raisonnement n'est évidemment valable que pour des plus-values qui correspondent à des investissements à long terme.

En effet, des plus-values à court terme ressortissent à une autre nature. C'est sans doute sur celles-ci qu'il faut se concentrer.

Cela permettrait de ne pas pénaliser le capital productif.

Mais, je le répète, c'est une matière délicate qui exige une vision politique qui dépasse, de loin, les seules perspectives académiques.

Posté le 11 novembre 2014 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une révolte sociale à l'ère d'Internet ?

Au début du 19ème siècle, le français Joseph Jacquard inventa le métier à tisser en combinant plusieurs techniques, dont un système de cartes perforées (qui furent elles-mêmes l'ancêtre des cartes perforées de programmation informatique qu'on utilisait encore dans les années quatre-vingts).

Cette invention donna le signal du départ à un renouveau manufacturier textile qui culmina par la révolution industrielle.

Mais, avant cette révolution industrielle, il y eu de nombreuses insurrections sociales, dont la révolte des canuts lyonnais (canut signifie tisserand) qui se rebellèrent contre le déploiement du métier à tisser qui disqualifiait leurs emplois.

La machine remplaçait l'homme : l'homme détruisit les machines à tisser.

La révolte des canuts s'étendit en plusieurs vagues (1830, 19834, 1848 et 1849) et entraîna des répressions militaires qui firent des centaines de morts.

Ces révoltes repoussèrent la mécanisation de l'industrie textile.

A l'origine du mouvement syndical français, la révolte des canuts fut un fait social majeur dont l'émergence s'expliqua par la juxtaposition géographique des hommes et des machines. Les métiers à tisser traditionnels et les tisserands étaient localisés dans la même ville.

L'économiste suisse Sismondi (1773-1842) théorisa ce basculement vers la mécanisation en argumentant qu'il profitait au patronat. Il suggéra que tout individu remplacé par une machine reçoive à vie une rente perçue sur la richesse entraînée par cette même mécanisation. Cette idée est actuellement relayée par l'économiste (et ami) Paul Jorion.

L'ère digitale, dans laquelle nous pénétrons, est à l'économie des services ce que fut la industrialisation de l'économie manufacturière au 19ème siècle. Des flux physiques quittent l'économie réelle pour se transformer en flux digitaux, transportés par Internet. Il s'agit de toutes les applications existantes transportées par les smartphones, mais aussi les nouveaux modes de commerce (Amazon, EBay) et de paiement (Apple Pay) en passant par la mécanisation des actes administratifs, etc.

La singularité de cette économie digitale est qu'il n'existe pas de superposition géographique entre le travail d'un intermédiaire qui disparait et un centre informatique qui se situe aux Etats-Unis.

Une révolte des Canuts serait bien vaine, puisque le progrès est un flux qui nous échappe.

Cette évolution, porteuse de progrès et d'innovation, présente donc un danger : celui de la stupeur qui va nous transpercer lorsque les pleins effets de la digitalisation vont éroder l'économie des services.

Si la destruction économique est créatrice, encore faut-il trouver les relais de croissance et d'emplois à ce qui va disparaître.

Et là, c'est moins clair, car la Belgique n'est aucunement préparée à cette évolution, continuant à entretenir un coupable narcissisme.

C'est pour cette raison qu'il faut complètement repenser la formation des jeunes, en partant des compétences futures qui seront demandées dans les nouvelles technologies, plutôt que d'ancrer le système éducatif sur des traditions révolues.

Et qu'il faut redéployer la formation intellectuelle vers les nouvelles technologies, tout en promouvant les apprentissages techniques et professionnels.

Il faut aussi associer les entreprises et le monde éducatif et réfléchir, à un niveau régional, à accentuer le développement de pôles de croissance.

Un immense travail de stratégie devrait être effectué à une échelle étatique, à l'instar des questionnements qu'une entreprise doit entretenir pour sa propre survie. Je crains que nous ne soyons aucunement préparés à l'évolution technologique qui se prépare.

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