janvier 2012

Bruno Colmant est Docteur en Economie Appliquée et professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, de gestion des devises et de fiscalité.

Posté le 31 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

In-dex-flation ? Un débat nuancé

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Le débat sur l’indexation automatique des salaires à l’index est extrêmement complexe.

Complexe d'un point de vue économique et social.

Délicat aussi parce que l’indexation est un acquis social qui est privilégié à titre individuel, mais difficilement maintenable de manière macroéconomique, eu égard à la perte de compétitivité du Royaume.

Un des problèmes qui lui est associé est qu’à partir d’un certain niveau de salaire, l’indexation couvre plus que l’augmentation de prix des biens courants ou de première nécessité. L’indexation se transforme donc en incitation (ou en propension) à épargner, ce qui n’est pas son objectif.

Comment alors équilibrer le système ?

Peut-être en limitant l’amplitude de l’indexation à un montant maximal.

C'était l'idée du précédent Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique, Guy Quaden.

D’aucuns contestent cette orientation au motif qu’elle brise le caractère mutualiste et assurantiel de la sécurité sociale belge puisque les cotisations des hauts salaires participeraient moins au financement de cette même sécurité sociale. Cet argument n'est pas faux.

Certains préfèrent poursuivre l’indexation automatique de tous les salaires mais augmenter le taux de taxation de la dernière tranche de revenus, ce qui revient à renoncer à l’indexation du dernier barème fiscal. Ou, en d’autres termes, à indexer les salaires tout en désindexant un barème fiscal. Mais ceci ne serait correct que si tous les salaires sont automatiquement indexés, alors que de nombreux ne le sont pas. C'est le cas des indépendants, de plus en plus nombreux.

On le voit, le débat est extrêmement complexe et il n’y a pas une solution optimale.

Chacun a une sensibilité sociopolitique et économique légitime dans cette problématique aux nombreuses facettes.

Ceci étant, mieux vaut se préparer au débat eu égard à l’inévitable retour de l’inflation

Posté le 29 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un chemin sinueux

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Les temps économiques sont complexes et la grève de lundi en est l’illustration.
Nous entrons en récession, et ceci devrait conduire le gouvernement à augmenter le déficit budgétaire afin d’activer les stabilisateurs économiques. Mais cette option est écartée au motif, légitime, que la dette publique est trop élevée. Il faut donc mettre en œuvre des politiques d’austérité ou de rigueur qui entrent en résonnance avec la récession.
De surcroît, chacun admettra que la rigueur ne crée pas de prospérité et qu’en tant que telle, la rigueur n’est pas une stratégie économique.
Nous devrons vivre avec des ambiguïtés et ces complexités, et trouver le chemin qui redresse nos finances publiques sans décourager l’entreprenariat.
Dans cette logique, le gouvernement a raison de mettre en œuvre des mesures certes impopulaires mais structurelles, qui dépassent le cadre partisan.
Le chemin sera long et sinueux, comme chantaient les Beatles.

Posté le 27 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le combat intime de la Belgique

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Nous l’avons déjà suggéré dans ce blog : l’Etat-providence est un effet d’illusion.

Croire qu’une autorité supérieure, tel l’Etat, est à même d’assurer systématiquement la prospérité collective est probablement une erreur de vision.

L'Etat doit absolument aider les plus faible, et c'est notre devoir moral. Mais il peut, au mieux, redistribuer l’impôt prélevé sur ses propres contribuables.

La Belgique devra donc accepter l’inflexion de son modèle social, car l’importance de la dette publique l’a sabordé.

Le pays entamera un combat intime : celui qui l’oppose à lui-même. D’ailleurs, il oscille en permanence entre deux espace-temps : il s’impose un modèle social industriel, inventé dans les années soixante, alors que 70 % du PIB provient désormais du secteur des services.

Et c’est cela, sans doute, le chromosome faible de la Belgique : le flottement permanent entre deux modèles, le passager clandestin de tous les courants. Ni dehors, ni dedans. Certains appellent cela du pragmatisme ou un relent de lutte des classes. D’autres le qualifient de pusillanimité.

Le pire, d’ailleurs, serait l’espoir insensé d’un retour aux temps anciens. Cette crise n’est pas une parenthèse. C’est véritablement un basculement capitalistique. Elle ne fait d’ailleurs que commencer car elle révèle et accélère le mal-être de l’Etat-providence.

Ce n’est pas non plus la saturation du capitalisme, comme certains voudraient en faire le postulat idéologique. Cette crise est l’état naturel de l’économie. Celui-ci est une succession de ruptures et de déséquilibres. Il n'y a probablement rien à espérer d'une régulation providentielle, que personne n'arrive à définir depuis trois ans.

Notre réalité sera l’économie de marché, sur les bases de laquelle nous devons redéfinir un pacte social adapté au 21ème siècle. Cette économie de marché est mouvante. Elle vit en suspension d’elle-même.

Posté le 25 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La mauvaise monnaie chasse la bonne...


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Après tout, qu’est-ce que la monnaie, sinon une convention socio-étatique ?
La monnaie possède une fonction transactionnelle, mais le bien-fondé de sa valeur réside dans sa fonction d’épargne, qui correspond elle-même à la confiance qu’on peut avoir dans le pouvoir d’achat futur de la monnaie.


Si les agents économiques sont défiants par rapport à la monnaie, ils vont se dépêcher de s’en débarrasser au profit de biens réels, qui deviennent eux-mêmes, le cas échéant, une nouvelle monnaie. C’est une application de la loi de Thomas Gresham (1519 - 1579, voir la copie du tableau) qui constate que « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».

En effet lorsque deux monnaies (dont des biens réels et de l’or, par exemple) se trouvent simultanément en circulation, les agents économiques préfèrent conserver, thésauriser la bonne monnaie, et par contre utilisent pour payer leurs échanges la mauvaise dans le but de s'en défaire au plus vite.


Si, par contre, les agents économiques ont confiance en la monnaie, ils l’épargne à long terme.


La confiance dans la monnaie se mesure donc par sa profondeur dans le futur.


C’est pour cette raison qu’une dette publique trop élevée conduit naturellement à un phénomène de défiance monétaire : les agents économiques savent qu’une dette publique excessive ne peut pas être remboursée par des impôts à un rythme acceptable (d’autant que des taux d’intérêt élevés y sont associés) : ils savent que la dette sera remboursée avec ’de l’argent qui vaut moins’, c’est-à-dire rogné par l’inflation.


C’est dans cet esprit que l’économiste anglais Ricardo avait énoncé son paradoxe, à savoir qu’un endettement public excessif se traduit dans une épargne plus élevée pour faire face aux impôts futurs.


Aujourd’hui, c’est bien l’euro qui est mis en joue par cette crise. Elle est bien sûr bancaire et étatique, mais son fondement est devenu monétaire et, à notre intuition, l’année 2012 sera peut-être l’année des ajustements monétaires.

Posté le 22 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Il suffira d'un matin...

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Ce blog est d’habitude destiné à des analyses économiques.

Cette fois, je voudrais partager une préoccupation, à savoir notre incompréhension de la jeunesse.

J’appréhende  ce déficit de perception au travers de mes enseignements universitaires. Bien sûr, cette jeunesse n’est pas un échantillon de celle du pays et elle est, de plus, composée d’étudiants en économie.

Pourtant, je subodore que mes impressions sont transposables à d’autres jeunes.

Je constate, année après année, un fossé croissant entre les valeurs de cette jeunesse et les débats citoyens et politiques qui sont animés par des protagonistes qui confisquent le débat médiatique.

Or, notre jeunesse, ouverte au monde, est différente des biais cognitifs et politiques qui conditionnent les débats de la cité.

Elle est ouverte au monde, organisée en réseaux maléables, multiraciale, croisée linguistiquement et animée par des valeurs humanistes et de partage, notamment de connaissance, qui sont à l’opposé des postulats politiques agrippés aux modèles d’antan.

Au fur et à mesure que notre pays se rétrécit dans la mondialisation et devient une anecdote géographique et économique, cette jeunesse a des rêves planétaires.  Elle s’engage dans des causes tandis que d’autres pensent à leurs avantages acquis.

Que s’est-il passé ? C’est simple : l’Etat n’a plus donné confiance. Le pouvoir politique s’est rétréci par morcellement. La Belgique est devenue plus petite parce que le pouvoir politique écarte ses élites des débats citoyens. L’entreprenariat est suspect, les centres universitaires sont désargentés et les reconnaissances nationales sont devenues le résultat d’équilibres politiques et linguistiques. 

Certains sont résignés devant cette banalisation de l’accablement. Ce n’est pas notre cas. Nous voulions et aurons une Belgique qui reconquiert ses disciplines internes. Que faire ? Certainement ne pas attendre des hommes providentiels. Ils ne viendront pas. Il faut sortir du déclinisme et des modèles d’Etat-providence. A un niveau individuel, il s’impose diffuser les valeurs qui forgent la prospérité et la solidarité. Ces valeurs s’appellent le courage, l’envie du travail et la confiance dans un avenir bâti. Il convient aussi d’accepter la récompense de l’effort engagé. Notre pays a besoin de nouvelles valeurs.

Quelque chose se passe donc dans notre jeunesse.

Nous la croyons moins mobilisée, et pourtant elle l’est beaucoup plus, mais sous une forme hétérogène. Nous la croyons rompue à l’individualisme matérialiste d’une économie de marché désincarnée, mais son équation n’est pas un capitalisme d’accumulation.

Si nous croyons que cette jeunesse va rester immobile et placide devant la crise financière et économique, devant la fissuration de la monnaie et les problèmes d’environnement, nous nous trompons lourdement.

Elle se lèvera, sans violence mais avec une tranquille force, car toute crise est accompagnée de ruptures générationnelles.

Car finalement, c’est peut-être nos modèles qui vieillissent mal ?

Et puis, comme chantait Jean-Jacques Goldman :

Il suffira d'un signe, un matin.
Un matin tout tranquille et serein

Posté le 21 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La fin du capitalisme ?

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Depuis plusieurs jours, le Financial Time consacre des chroniques à l'avenir du capitalisme. Le débat est intéressant. En toile de fond, une question se pose : Y a-t-il des coupables tout désignés au marasme actuel ?

C’est difficile à dire. Il est vain et maladroit de tenter de désigner des coupables dans une économie caractérisée par la transitivité des flux et l’interaction de ses protagonistes. Il n’y a pas un coupable, ni des coupables, mais un système qui s’ajuste et qui explore, à tout moment, son propre futur.

Il y a des failles qui, lorsqu’elles posent problème en même temps, ont un impact démultiplié qui met en danger l’ensemble du système. D’ailleurs, la crise est désormais celle du dernier rempart : les États.

La réalité commune des crises financières, aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire, c’est l’endettement. Ce qui diffère, c’est la manière d’en sortir. Et, dans ce domaine, il existe un florilège de méthodes : inflation, confiscation, expropriation, guerres, etc.

L’anatomie de la crise actuelle relève de ce schéma, encore qu’elle soit particulièrement complexe car de nombreux phénomènes s’y superposent. A l’avant-plan de la crise, on trouve une série d’acteurs qui se sont endettés de manière excessive pour acquérir des actifs trop élevés : cela va des emprunteurs individuels américains à faibles revenus et profils risqués (dont les emprunts hypothécaires subprime) aux hedge funds.

Lorsque l’endettement se contracte, tous ces acteurs sont acculés au remboursement. Certains supputent que la crise financière est liée à l’accélération de la libéralisation économique et à la réduction du champ de contrôle prudentiel des autorités de tutelle au profit d’une réglementation par le marché, fondée sur des contrôles internes et des codes de bonne conduite. C'est certainement vrai mais il faut rester nuancé car les crises sont inhérentes au continuum économique.

Cela revient-il à dire qu’il n’y a pas de responsabilité individuelle ? Non, bien sûr. Comme un système en tant que tel ne se moralise pas, il convient de responsabiliser chacun de ses acteurs : d’une part, au travers d’une responsabilité individuelle qui soit mieux définie et « appelable » en cas de problème et, d’autre part, au travers d’une plus grande transparence des actes posés. La responsabilisation et la transparence sont fondamentales dans le domaine financier, puisque les différents acteurs endossent un rôle d'intérêt général.

Posté le 19 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La crise est un choc psychique

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La crise que nous traversons est lourde de menaces.
On la sait différente des précédentes, car elle ébranle l’Etat-providence qui s’immerge dans l’économie de marché.
Un légitime sentiment de colère a traversé la population au moment où les excès des banques ont été révélés.
Mais cette colère dissipée, nous avons désormais l’intuition d’un sentiment de peur.
Cette anxiété est récupérée par certains qui veulent toujours la canaliser contre les sphères financières, mais ces postures idéologiques ne leurreront plus grand monde : ce qui est en joue, aujourd’hui, c’est le financement de l’État.
Un de ses mérites est d’avoir étendu, grâce aux progrès de la médecine, l’espérance de vie.
C’est un bonheur immense dont nous seront nombreux à jouir.
Mais, en même temps, la crise souveraine et la fragilisation des Etats conduisent à ce que ce gain de vie soit, pour beaucoup, associés à la peur de ne pas pouvoir l’assurer financièrement.
C’est cela, le message de crise : le temps financier se rétrécit et la protection de l’épargne devient fragile alors que nous vivrons plus vieux.
L’Etat se dérobe financièrement alors qu’il a offert le confort des progrès de la médecine.
Il aurait fallu anticiper cette réalité. Certains pays, comme le grand-Duché de Luxembourg et la Hollande, l’ont habilement fait.
La Belgique a, par contre, fait preuve de pusillanimité et d’inattention, alors qu’il y a 15 ans, certains économistes, tel Etienne de Callataÿ, prédisait les chocs que nous traversons.
Cela frisque de susciter une grande psychose et des réflexes plus individualistes.
Nos communautés vont traverser un choc psychique important.

Posté le 18 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Désendetter, oui mais comment ?

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Tous les économistes s’accordent sur un fait : l’endettement de la zone Euro est globalement excessif. Certains pays sont d’ailleurs systématiquement, et non pas seulement chroniquement, en déficit.

Pour réduire cet endettement, deux Ecoles "extrêmes" s’affrontent.

Une première Ecole prône l’austérité et la réduction des déficits budgétaires qui devraient, en théorie, être affectés au désendettement. C’est bien sûr un vœu pieux, puisque les déficits budgétaires financement des dépenses courantes et non des dépenses d’investissement. En d’autres termes, une réduction du déficit budgétaire affectée au désendettement semble hypothétique et socialement hasardeuse.

Une seconde Ecole conduit au désendettement par la monétisation de la dette et sa dépréciation monétaire par une inflation lancinante.

La solution sera entre ces deux Ecoles, mais l’adoption de la seconde semble plus intuitive.

Posté le 16 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une bouffée d'inquiétude monétaire

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Je deviens préoccupé de ce qui se passe dans la zone Euro.

Le constat est solaire : il y a dix ans, les fondateurs de l’Euro, devenus moins loquaces qu’autrefois, ont réalisé un tour de force monétaire mais ils n’ont pas conditionné nos économies à l’exigence d’une monnaie unique.

Il fallait flexibiliser le travail et réduire les déficits publics afin de diminuer le poids de l’Etat, puisque l’Euro est un choix d’économie de marché.

Certains, comme le commissaire Bolkestein, avait partagé la force politique et la vision de cette flexibilisation, mais plus nombreux ont été ceux qui ont préféré entrer dans une monnaie unique avec un système social autonome, national et imperméable.

Aujourd’hui, avec des dettes publiques en croissance, il est devenu évident que les postulats politiques, aussi convaincants tentent-ils d'être, sont insuffisants. Ce sont les Etats, c’est-à-dire nous, qui avons prolongé un système d’Etat-providence impayable et qui avons hypothéqué l’avenir des prochaines générations.

Nous le répétons depuis des mois : la solution à court terme sera monétaire et elle sera douloureuse car elle exigera un effritement du pouvoir d’achat. La seule solution est de procéder à des abattements de dettes pour les pays devenus insolvables et à refinancer des dettes publiques par la BCE.

Au reste, l’Histoire fournit un constat invariant : un Etat ne peut pas s’effondrer sous une dette publique. Il doit, dans des cas de détresse, fluidiser l’économie par la création monétaire au risque de susciter une inflation.

Pourtant, l’Europe n’arrive pas à traverser cette épreuve. Cela me préoccupe car, en poussant les tendances, on voit arriver un risque de fragmentation de la zone euro et un choc bancaire majeur.

Mais il y a pire : si l’Europe est incapable de formuler une réponse monétaire souveraine, elle sera incapable de donner une réponse politique aux revendications sociales qui émaneront de la récession.

Bruno Colmant (16/1/2012)

Posté le 15 janvier 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Zone Euro : du décrochage au trou d'air

Le plus surprenant, dans la baisse de rating généralisée qui frappe l’Europe, c’est qu’elle soit surprenante.

Elle était prévue, donc parfaitement prévisible.

Au reste, comment peut-on concilier l’entrée en récession et une monnaie qu’on veut rendre homogène par des plans de rigueur sans qu’à un moment, le marché sanctionne ce mauvais alignement astral ?

La vérité, cruelle, est que l’Europe est incapable de clarifier sa vision monétaire.

L’Euro est une devise trop forte pour certains pays auquel on impose une austérité mortifère.

Des problèmes ponctuels, tel l’abattement de créance sur l’Etat grec, sont sans réponse depuis 26 mois.

Certains veulent prolonger un système d’Etat-providence qui a conduit au gouffre de l’endettement.

Tout cela risque de mal se terminer sauf si un assouplissement monétaire massif, tel celui qui a été mis en œuvre, tel celui qui a été mis en œuvre aux Etats-Unis, n’est pas réalisé.

Les gouvernants de la zone Euro seront confrontés au dilemme schizophrénique de devoir relancer leurs économies avec des différentiels selon les pays qui conduiront à hétérogénéiser les économies des États-membres, au risque d’une fragmentation, même ordonnée, de la zone Euro.

Toute la difficulté de la zone Euro sera de conserver une monnaie homogène sans coordination des politiques sociales et budgétaire et surtout avec des différentiels de compétitivité important selon les pays.

Ces réalités contradictoires conduiront sans doute à des rééchelonnements de dettes dans certains États-membres. Le rééchelonnement sera sans doute la manière la moins destructrice d’éroder le capital des titulaires d’obligations d’Etat sans entrainer de faillites bancaires en chaîne.

Pendant des années, l’Euro sera donc tiraillé entre des politiques d’austérité discale et budgétaire, nécessaires à l’homogénéité monétaire de l’Euro, et son contraire, à savoir une politique de transferts sociaux qui sera exigée par les populations et qui grèvera le remboursement des dettes publiques.

Le dilemme se situera aussi entre la poursuite d’une monétisation des dettes publiques, avec un corollaire d’inflation, tout en espérant que le déluge de liquidités n’entraîne pas de hausse des taux d’intérêt, et une hausse des taux en cas de politique monétaire plus restrictive.

Finalement, les deux scénarios conduiront à de l’inflation et à une hausse des taux d’intérêt, sauf si les États finissent par accepter de perdre leur autonomie fiscale et budgétaire au profit des institutions européennes.

Pour les pays de la zone Euro qui peuvent se le permettre, même si l’inflation peut paraître comme un scénario du pire mais, nous sommes convaincus que ce ne serait pas le cas. Bien sûr, l’inflation est un facteur d’appauvrissement, mais elle serait préférable à un acte unilatéral de spoliation des créanciers, telle une restructuration de la dette ou un moratoire.

Sans cela- et c’est notre conviction intime -, le décrochage monétaire et souverain va se transformer en trou d’air.

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