Posté le 14 février 2012 par Bcolmant

Etats et banques : un jour de saint-Valentin

 St_-Valentine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis longtemps, les théoriciens académiques craignaient qu’au niveau mondial, le niveau des capitaux propres bancaires soit, en moyenne, insuffisant pour absorber des chocs extrêmes. Ces derniers constituent un risque systémique, c’est-à-dire un dysfonctionnement paralysant l'ensemble du système financier.

Cet éclairage explique le rôle des pouvoirs publics dans le sauvetage des banques fragilisées. En effet, comme les banques jouent un rôle central dans l’économie et qu’en même temps, il est impossible d’exiger des actionnaires de combler leur passif, c’est aux Etats ou à un nouvel actionnaire de référence d’intervenir afin d’apporter le complément de capitaux propres.

Malheureusement, le problème affectant les dettes étatiques (ou souveraines) introduit une nouvelle dimension dans la configuration bancaire. En effet, ces dettes sont traditionnellement exemptées de pondération en capitaux propres au motif qu'elles sont non risquées.

En d'autres termes, les actionnaires bancaires ne doivent pas couvrir l'investissement en dettes étatiques par des capitaux propres. C'est un des privilèges régaliens que les Etats se sont octroyés et dont les actionnaires privés ont bénéficié de l'effet d'aubaine, puisqu'ils ont pu limiter leur investissement en capitaux propres.

Or l'exemple grec, et peut-être portugais, infirme totalement ce postulat d'absence de risque. Il serait donc logique de considérer que les dettes étatiques sont risquées et exigent une couverture en capitaux propres. Malheureusement, ceci s'effectuerait au détriment des actionnaires privés des banques puisque les capitaux propres deviendraient insuffisants. Ils devraient alors peut-être faire appel aux Etats qui sont parfois les mêmes que ceux dont les dettes deviennent risquées. Il en résulterait une spirale de destruction de valeur et de contamination des ratings.

C'est pour cela qu'il faudrait aborder les choses différemment. Il conviendrait, tout d'abord, d'autoriser les banques à diversifier suffisamment leurs activités afin de réduire leur dépendance par rapport à un risque étatique. Le retour généralisé à des banques traditionnelles non diversifiées et trop dépendantes des États porte d'ailleurs en lui le germe de leur annihilation. Cette diversification est possible sans tomber dans les travers du passé.

Mais ce n'est pas tout : il faudrait qu'au lieu d'une nationalisation comme aboutissement fatal d'une banque touchée par le risque étatique, les Etats refinancent, au travers d'obligations, les déperditions sur dettes étatiques de la même zone monétaire, sans dilution actionnariale excessive. Cette approche nous semble la seule qui permette de maintenir le secteur bancaire dans un état suffisamment éloigné d'une nationalisation tacite. Or un actionnariat robuste, stable et proche de l'économie du pays est critique pour le bien-être des citoyens.

En résumé, toute la difficulté des banques dans les prochaines années, qu’elles soient privées ou publiques, sera de restaurer leur solvabilité et leur accès à une liquidité stable. La solvabilité, c‘est-à-dire le renforcement des capitaux propres, se traduira par une politique de dividendes affinés, d’éventuelles augmentations de capital et des cessions d’actifs (qualifiées de deleveraging). La liquidité sera, quant à elle, assurée par le maintien d’une base de dépôts stables, ce qui laisse augurer des campagnes d’attraction de commerciales agressives, surtout si des opérateurs étrangers tentent de capter l’épargne belge, traditionnellement très élevée. Immanquablement, cette évolution devrait conduire à une tarification plus fine et plus juste des crédits aux entreprises et aux particuliers.

Et une chose est certaine : les banques doivent retrouver une rentailité suffisante grâce à des actvités diversifiées et rémunératrices.

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