février 2012

Bruno Colmant est Docteur en Economie Appliquée et professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, de gestion des devises et de fiscalité.

Posté le 29 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La confiance dans la confiance

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Le manque de vision et d’ambition collective explique peut-être que le pays a silencieusement vendu ses entreprises à l’étranger, et perdu ou nationalisé certains joyaux de son patrimoine industriel qui ont pu survivre, faute de pouvoir leur insuffler la confiance et assurer la stabilité nécessaire à une remise en question sereine.

C’est même, sans doute, la raison de la disparition de grands groupes internationaux dont la Belgique avait jadis été le berceau, quand cela n’a pas été une croyance presqu’aveugle dans des modèles économiques surannés et dans un éventuel retour de la bonne fortune et de conditions plus favorables.

 Et, pourtant, tous les ingrédients de la prospérité restent présents : les compétences, les hommes et l’épargne. D’autres petits pays, tels les pays nordiques et la Suisse, ont d’ailleurs étançonné leurs entreprises.

Tout cela est derrière nous, désormais. La Belgique plonge dans l’économie de marché, et il faut en tirer les conséquences.

Les orientations du gouvernements, dont on ne peurt pas blâmer la pusillanimité, s'inscrivent dans la bonne direction et il faut s'en féliciter.

 L’enseignement, c’est que le capitalisme n’est pas illégitime, et que l’économie de marché, lorsqu’elle est bien balisée, n’est pas inefficace, injuste et responsable de toutes les inégalités sociales. La leçon économique, c’est aussi que le modèle d’interventionnisme étatique, couplé au dirigisme de l’emploi, appartient, pour tous, au passé.

 La base de l'économie, c'est la confiance dans le progrès.

La confiance dans la confiance.

La confiance qui fonde une société de développement.

Car l’économie n’est pas fondée sur la Providence.

Elle est stimulée par l’optimisme, la créativité et des valeurs positives.

Posté le 28 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

2008-2015 : Sept années bibliques ?

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Et si, finalement, le message biblique de Joseph à Pharaon, plus que Schumpeter, avait formulé la pulsation de l‘économie, avec une alternance de 7 années de vaches grasses et de 7 années de vaches maigres.

Si on s’essaie à fragmenter les années qui ont suivi l’abandon des accords de Bretton Woods, on arriverait approximativement au découpage suivant :

1971-1979 : période de 8 ans caractérisée par 2 chocs pétroliers et une indécision monétaire caractéristique de la perte de repère de l’étalon-or.

1980-1987/8 : 7-8 années de croissance, et de libéralisme qualifiées d’années Reagan et Thatcher. Le krach de 1987, vite gommé, est probablement le signe de la fin de la période de croissance.

1988-1994 : période atone, caractérisée par une chute industrielle et la première guerre d’Irak.

1994-2001 : période de croissance liée au développement prometteur d’Internet, clôturée par le krach technologique.

2001-2008 : c’est une période de fausse croissance, caractérisée par un coût de crédit trop faible qui conduisit à la bulle d'endettement. La plus grosse erreur de politique monétaire (et de myopie des économistes) est de ne pas avoir pris la mesure de la globalisation et du caractère artificiel de la croissance. Au reste, les États auraient dû, pendant cette période, se désendetter plutôt que de transférer aux populations le bénéfice des baisses d’impôts. Keynes l’avait pourtant écrit : The boom, not the slump is the right time for austerity at the Treasury…. En d’autres termes, l’expansion des années 2001-2008 fut probablement fondée sur l’indiscipline budgétaire.

2008-2015 : une période de récession qui se terminera, à notre intuition, par de l’inflation afin de diminuer le poids des dettes publiques, faute de pouvoir le faire par des impôts. De surcroît, le Président de la BCE l’a clairement indiqué : le modèle social européen de l’Etat-providence est caduc.

Et après 2015 ? Je suis optimiste, car la jeune génération insuffle un élan de créativité et de fluidité technologique qui va révolutionner le monde.

Posté le 26 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Economie fiction : La Belgique et l'Allemagne ?

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Si la Belgique avait gardé le contrôle de sa monnaie, le franc belge aurait été dévalué à plusieurs reprises depuis trois ans, avec un corollaire d’inflation importée. Ce n’est plus possible depuis l’introduction de l’Euro, dont la Belgique est un des passagers clandestins.

Que va-t-il alors se passer ? Nous voyons plusieurs dangers. Il y a un risque de fissuration de la zone euro qui s’assimilerait, pour les pays détachés de la monnaie unique, à un choix d’hyperinflation et de régime autoritaire. Ce risque, bien que lointain, n’est pas nul : il pourrait être entraîné par des troubles sociaux ou des mouvements politiques inattendus.

Une telle éventualité, assimilable dans sa formulation régalienne, à une « répudiation de dette », est donc un scénario qu’il faut garder à l’esprit pour certains pays périphériques. Par contre, il semble inévitable que certains pays aient à restructurer leurs dettes, à plus ou moins courte échéance. Il y a aussi un incontournable facteur d’inflation qui nous semble la conséquence mécanique de l’excès d’endettement public et des assouplissements monétaires récemment déployés.

Nos gouvernements ont mis en œuvre une politique keynésienne dévoyée (qui conduit à creuser des déficits publics pour des dépenses courantes) et une politique monétariste qui aurait été inconcevable, il y a deux ans. Bien sûr, l’inflation n’est pas un choix économique idéal, mais elle sera un scénario résigné, destiné à éviter de trop fortes tensions sociales.

Quelle orientation faut-il alors adopter pour la Belgique ? Nous en voyons une : c’est aligner scrupuleusement nos politiques socio-économiques et donc notre compétitivité sur l’Allemagne, afin d’importer la discipline budgétaire de notre principal partenaire économique. Ce serait un choix comparable à celui qui avait été fait au début des années nonante, lorsque le franc belge s’était arrimé au Deutsche Mark et au Florin suivant la doctrine de Jean-Luc Dehaene.

La Belgique est incidemment le septième partenaire commercial de l’Allemagne et sa croissance est entraînée par l’économie germanique.

Alors, de quoi demain sera-t-il fait ? Tout le monde a compris que l’impôt ne suffira pas à corriger l’endettement public, car cela étoufferait la croissance qu’il faut justement susciter. Il faut tout d’abord repenser à la croissance, seul moyen acceptable de digérer l’endettement public. Cela suppose de formuler un modèle de confiance et d’emploi pour les jeunes. Il faut aussi faire une lucide analyse du plan stratégique de la Belgique et un grand débat citoyen sur le modèle social afin d’étançonner la répartition des revenus.

L’inflation jouera aussi un rôle majeur car l’assouplissement monétaire est intenable et conduira à une baisse de la valeur de la monnaie. Dans cet éclairage, arrimer l’économie belge à l’économie allemande nous semble un choix de discipline salvatrice. Cette piste serait encouragée par la géographie : la Belgique et l’Allemagne ont tout à gagner d’un rapprochement économique, tant en termes d’accès aux communications maritime et terrestre que de prolongement des activités industrielles des deux pays. Vingt ans après les choix de Jean-Luc Dehaene, la Belgique réintégrerait la zone Mark.

Posté le 23 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La confiance dans la monnaie

 

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Quand on décante les principaux aspects de la science économique, on en arrive à un constat simple et limpide : la seule chose qui importe pour assurer un circuit économique robuste, c’est la confiance dans la monnaie.

Depuis l’abandon d’un étalon-or, la monnaie est débasée, c’est-à-dire que sa contrepartie en or n’est plus fixe et qu’elle n’existe plus que par elle-même.

La monnaie est aussi fiduciaire, c’est-à-dire basée sur la confiance.

Mais de quelle confiance s’agit-il ? La confiance concerne l’horizon de temps pendant lequel le pouvoir de la monnaie est prévisible.

En d’autres termes, si une monnaie inspire confiance, elle peut être investie à long terme sans crainte que son pouvoir d’achat disparaisse.

Au contraire, une monnaie qui suscite la défiance sera immédiatement échangée contre des biens réels et ne sera en aucun cas thésaurisée. Une monnaie qui brûle les doigts se consume vite…

La confiance associée à la monnaie porte donc sur la valeur de l’usage du temps.

Une économie robuste ne peut donc pas fonctionner sans une monnaie stable.

Mais, en même temps, la monnaie est une invention des Etats, puisque ce sont eux qui l’impriment et en exercent la tutelle. La monnaie correspond donc à une fonction étatico-sociale qui reflète le droit régalien de battre monnaie.

C’est pour cette raison qu’un endettement souverain excessif est incompatible avec une monnaie stable et forte, puisque la monnaie est garantie par des dettes souveraines et que les Etats ont la tendance naturelle à rembourser leurs dettes par une corruption monétaire, c’est-à-dire une dépréciation de la valeur de la monnaie.

C’est d’autant plus vrai que, de nos jours, la création monétaire sert désormais à acheter des obligations souveraines dans le cadre des assouplissements quantitatifs de la BCE. Ces derniers aboutissent inévitablement à fragiliser la monnaie et à embraser à terme l’inflation.

C’est ce qui explique la rigueur de la position allemande qui est fondée sur la discipline industrielle d’une monnaie forte et non altérée par l’inflation

A notre intuition, il sera pourtant impossible de s’extraire de la crise souveraine sans assouplissements monétaires successifs, ce qui conduira à une inflation que nous qualifions de « résignée ».

D’ailleurs, cette crise souveraine révèle l’incompatibilité de l’endettement public et de l’harmonisation monétaire.

Posté le 21 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Grèce : et maintenant ?

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Le problème de la dette grecque est temporairement réglé et il faut louer l'ambition politique qui a prévalu.

J'écris 'temporairement' car il faudra que l'austérité grecque n'entraîne pas de spirale récessionnaire et que l'apaisement social revienne.

Or, rien n'est certain dans ce domaine, car personne ne peut faire le postulat d'une soumission docile de la Grèce à un appauvrissement budgétaire rigoureux.

Si ce plan réussit, deux effets sont prévisibles : les taux d'intérêt allemands vont probablement augmenter, puisque les obligations allemandes constituaient une protection contre un éclatement de la zone Euro, apparemment évité. Et il est probable que l'Euro se renforce, à tout le moins face au dollar.

Mais, à l'identique, si le plan Grec s'avère être un échec et conduit, dans des circonstances qui seraient inilaginables, déplorables et dramatiques, à une sortie de la zone euro, cela conduirait aussi à une augmentation des taux d'intérêt allemands et à un renforcement de l'Euro 'résiduel'.

En conclusion, très sommaire, le risque est désormais peut-être d'avoir une devise trop forte.

Rien n'est simple, en économie...

Posté le 19 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Grèce : l'arbre qui cache(ra) la forêt


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Et si, maintenant que la faillite de la Grèce semble évitée grâce à une opération gigantesque de remise de dettes, on réfléchissait posément à ce qu’on veut en Europe et plus spécifiquement à l’avenir de la monnaie unique.

Car, qu’on le veuille ou non, et quelle que soit la réhabilitation qu’ils s’exercent à obtenir aujourd’hui, les pères fondateurs de la monnaie unique doivent désormais admettre que les postulats politiques d’il y a 20 ans s‘avèrent incorrects.

Bien sûr, ils argumenteront que les autorités grecques avaient menti, ce qui est incontestable. Mais d’autres pays fragiles, tels le Portugal, l’Espagne et peut-être l’Italie, sont aussi impliqués dans ce fragile exercice de maintenir la cohésion de la monnaie unique malgré des économies très différentes.

La réalité est qu’on a imposé une monnaie forte à des pays désindustrialisés.

Ces derniers ont, dans un premier temps, bénéficié de conditions de financement anormalement basses avant d’être confrontés à l’irréconciliable, à savoir une devise trop forte pour une économie trop faible. En d’autres temps, ces pays faibles auraient dévalué leur monnaie nationale. Au reste, le cas grec en est la parfaite illustration : un défaut ou une restructuration de dette est équivalent à une dévaluation.

Maintenant que le problème grec est en passe d’être réglé, l’euro va sans doute se renforcer, aggravant la situation des économies européennes plus faibles.

Et rien ne sera réglé.

Il reste, en effet, à assurer une cohérence budgétaire et une synchronicité des politiques européennes industrielles. Toute la difficulté de la zone Euro sera de conserver une monnaie homogène sans coordination des politiques sociales et budgétaire et surtout avec des différentiels de compétitivité important selon les pays.

Pendant des années, l’Euro sera donc tiraillé entre des politique d’austérité discale et budgétaires, nécessaires à l’homogénéité monétaire de l’Euro, et son contraire, à savoir une politique de transferts sociaux qui sera exigée par les populations et qui grèvera des dettes publiques déjà insoutenables. Le dilemme se situera aussi entre la poursuite d’une monétisation des dettes publiques, avec un corollaire d’inflation, tout en espérant que le déluge de liquidité n’entraîne pas de hausse des taux d’intérêt, et une hausse des taux en cas de politique monétaire plus restrictive. Finalement, les deux scénarios conduiront à de l’inflation et à une hausse des taux d’intérêt, sauf si les États finissent par accepter de perdre leur totale autonomie fiscale et budgétaire au profit des institutions européennes.

La devise européenne sera traversée par des chocs spasmodiques. Soit l’Euro sera gravement fragilisé dans son architecture, soit la gouvernance économique européenne sera profondément réformée. Les unions monétaires ne sortent jamais indemnes des grandes crises. En effet, les ancrages de devises sont bâtis en haute conjoncture. Et, surtout, ils exigent une convergence économique qui est justement ébranlée par le manque de rigueur budgétaire découlant des crises financières.

Et puis, surtout, il faudra bien réfléchir au remboursement des dettes publiques stratosphériques dont l’amplitude est telle qu’elles seront réfutées par les futures générations, avec un risque d’ébullition sociale.

Posté le 17 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

UNE TVA SOCIALE EN BELGIQUE ?

 

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Depuis quelques semaines, le débat de la fiscalité française se concentre sur la TVA sociale. Cette dernière consiste à financer une fraction des charges sociales par une augmentation de la TVA sur tous les produits consommés, qu’ils soient produits nationalement ou importés. Tous les biens et services supporteraient un accroissement de TVA, mais la production nationale (c’est-à-dire en Belgique) de ces biens et services bénéficierait d’un allègement des charges sociales. Cette technique permet de rééquilibrer la fiscalité au profit des produits et services domestiques mis en concurrence avec des biens et services étrangers. C’est une sorte de dévaluation implicite associée à de forts gains de productivité.

Les effets négatifs de la mesure ne sont cependant pas négligeables : baisse de pouvoir d’achat, surtout pour les faibles revenus (ce qui est contraire aux plans de relance), poussées inflationnistes et effet d’aubaine pour les entreprises qui produisent des biens et des services non concurrencés par des importations. Par ailleurs, la mesure serait plus favorable aux entreprises à forte intensité de main-d’œuvre qu’aux entreprises plus capitalistiques. 


Un argument géographique joue aussi en défaveur de la mesure. Une augmentation de la TVA peut pousser des consommateurs belges à effectuer leurs achats à l’étranger. Plus d’un tiers de la population belge habite, en effet, à moins de 20 kilomètres d’une frontière. Et les spécialistes l’ont déjà constaté dans différents domaines : l’élasticité de la consommation à la variation de la TVA est importante dans notre pays, avec le risque d’une intensification du commerce transfrontalier. Cet argument est d’ailleurs aggravé par le fait que la moitié de la valeur des biens consommés en Belgique est importée.

La TVA sociale risque donc de ne pas favoriser la production intérieure tout en stimulant la consommation à l’étranger. De plus, le mécanisme d’indexation accentuerait l’impact inflationniste de la fiscalité. Sauf à envisager une action concertée au niveau européen, il est donc difficile d’affirmer le bien-fondé absolu d’une TVA sociale dans une économie à la fois petite et ouverte sur les importations, telle celle de la Belgique.

Posté le 15 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

2012 : Le déclenchement des hostilités économiques

 

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Et si, en quatre ans, la Belgique avait pris un terrible coup de vieux ?

La récession démoralise le Royaume.

Le pouvoir politique, tétanisé pendant près de 2 ans, a commencé une triste, mais nécessaire et volontaire, réforme de l'impôt.

La monnaie est rognée par une construction monétaire inquiétante et des dettes publiques suffocantes.

Le pays a mal à lui-même, à son passé glorieux mais disparu.

Parfois, il devient gris comme ces ciels sombres que chantait Jacques Brel.

Tout se passe comme si, trente ans après avoir échappé par miracle à la dureté de l'ajustement économique des années quatre-vingts, un ressac conjoncturel frappait la Belgique.

Plus que nous ne le pensions, cette crise est un point d'inflexion qui frappe le psychisme collectif.

Nous savons désormais que les années radieuses sont derrière nous, et que la mondialisation est un déclenchement des hostilités économiques.

Le pays a besoin d'un souffle de jeunesse, d'optimisme, de confiance dans l'avenir, de valeurs morales.

C'est notre rôle à tous.

Posté le 14 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Etats et banques : un jour de saint-Valentin

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Depuis longtemps, les théoriciens académiques craignaient qu’au niveau mondial, le niveau des capitaux propres bancaires soit, en moyenne, insuffisant pour absorber des chocs extrêmes. Ces derniers constituent un risque systémique, c’est-à-dire un dysfonctionnement paralysant l'ensemble du système financier.

Cet éclairage explique le rôle des pouvoirs publics dans le sauvetage des banques fragilisées. En effet, comme les banques jouent un rôle central dans l’économie et qu’en même temps, il est impossible d’exiger des actionnaires de combler leur passif, c’est aux Etats ou à un nouvel actionnaire de référence d’intervenir afin d’apporter le complément de capitaux propres.

Malheureusement, le problème affectant les dettes étatiques (ou souveraines) introduit une nouvelle dimension dans la configuration bancaire. En effet, ces dettes sont traditionnellement exemptées de pondération en capitaux propres au motif qu'elles sont non risquées.

En d'autres termes, les actionnaires bancaires ne doivent pas couvrir l'investissement en dettes étatiques par des capitaux propres. C'est un des privilèges régaliens que les Etats se sont octroyés et dont les actionnaires privés ont bénéficié de l'effet d'aubaine, puisqu'ils ont pu limiter leur investissement en capitaux propres.

Or l'exemple grec, et peut-être portugais, infirme totalement ce postulat d'absence de risque. Il serait donc logique de considérer que les dettes étatiques sont risquées et exigent une couverture en capitaux propres. Malheureusement, ceci s'effectuerait au détriment des actionnaires privés des banques puisque les capitaux propres deviendraient insuffisants. Ils devraient alors peut-être faire appel aux Etats qui sont parfois les mêmes que ceux dont les dettes deviennent risquées. Il en résulterait une spirale de destruction de valeur et de contamination des ratings.

C'est pour cela qu'il faudrait aborder les choses différemment. Il conviendrait, tout d'abord, d'autoriser les banques à diversifier suffisamment leurs activités afin de réduire leur dépendance par rapport à un risque étatique. Le retour généralisé à des banques traditionnelles non diversifiées et trop dépendantes des États porte d'ailleurs en lui le germe de leur annihilation. Cette diversification est possible sans tomber dans les travers du passé.

Mais ce n'est pas tout : il faudrait qu'au lieu d'une nationalisation comme aboutissement fatal d'une banque touchée par le risque étatique, les Etats refinancent, au travers d'obligations, les déperditions sur dettes étatiques de la même zone monétaire, sans dilution actionnariale excessive. Cette approche nous semble la seule qui permette de maintenir le secteur bancaire dans un état suffisamment éloigné d'une nationalisation tacite. Or un actionnariat robuste, stable et proche de l'économie du pays est critique pour le bien-être des citoyens.

En résumé, toute la difficulté des banques dans les prochaines années, qu’elles soient privées ou publiques, sera de restaurer leur solvabilité et leur accès à une liquidité stable. La solvabilité, c‘est-à-dire le renforcement des capitaux propres, se traduira par une politique de dividendes affinés, d’éventuelles augmentations de capital et des cessions d’actifs (qualifiées de deleveraging). La liquidité sera, quant à elle, assurée par le maintien d’une base de dépôts stables, ce qui laisse augurer des campagnes d’attraction de commerciales agressives, surtout si des opérateurs étrangers tentent de capter l’épargne belge, traditionnellement très élevée. Immanquablement, cette évolution devrait conduire à une tarification plus fine et plus juste des crédits aux entreprises et aux particuliers.

Et une chose est certaine : les banques doivent retrouver une rentailité suffisante grâce à des actvités diversifiées et rémunératrices.

Posté le 12 février 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Grèce : ordre social et monétaire

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Et, si, pour la Grèce, on ne comprenait pas les réalités sociales.

Evidemment, il est bien difficile de se forger une opinion stabilisée et sereine des événements grecs, mais on assiste à une trame historique connue, à savoir l’opposition entre l’ordre social et l’ordre monétaire.

La Grèce est devant un terrible choix :

1 Soit céder au pouvoir de la rue, faire défaut, répudier ses dettes publiques et sortir probablement de la zone euro. Ce serait un choix d’hyperinflation, aux conséquences catastrophiques et sans doute incalculables.
2. Soit se soumettre aux restrictions européennes et risquer des troubles persistants, car il ne faut aucunement imaginer qu’un votre in extremis puisse, d’une quelconque manière, apporter une adhésion constructive et  un  apaisement social et monétaire suffisamment robuste.

Ce qui est en jeu, aujourd’hui, c’est la démocratie, car on ne peut jamais imposer un ordre monétaire à un peuple qui le réfute.

Certes, la rue n’a pas raison, mais on n’a pas raison contre elle.

Si les choix monétaires grecs ne peuvent pas être assumés dans un contexte démocratique et social, alors qu’aura gagné l’Europe ?

Le mauvais scénario serait que l’euro, forgé pour sceller la paix entre les nations européennes, soit le ferment de troubles sociaux qui appellent des réactions autoritaires ou militaires.

C’est cela, sans doute, le véritable problème.

Ce devrait conduire à aider, avec discernement, la Grèce à un défaut ordonné qui la stabilise.

Comment Périclès, l’inventeur de la démocratie, l’aurait-il tranché ?

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