mars 2012

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique et Docteur en Economie Appliquée (ULB). Expert reconnu internationalement, il enseigne la finance à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC et à la Vlerick Business School. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 29 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'inéluctable inflation

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Depuis le début de la crise financière de 2008, résultat d’un endettement privé et public, je suis convaincu que la voie de sortie sera inéluctablement l’inflation.

Cette thèse est contredite par la plupart des économistes belges qui envisagent plutôt une stagnation économique donnant nécessairement lieu à un contexte déflationniste, c’est-à-dire de baisse des prix.

En un mot, tout le contraire de l’inflation.

Les arguments ne manquent pas en faveur des thèses de mes contradicteurs : peut-être les économies sont-elles empêtrées dans un immense piège de la liquidité, c’est-à-dire une accumulation d’encaisses improductives ? Peut-être l’effet de la récession submergera-t-il les poussées d’inflation ?

Mais alors, pourquoi une conviction d’inflation ?

Essentiellement parce que le problème résiduel de la crise est l’endettement public, dont la maîtrise semble impossible en période de stagnation économique, d’autant plus qu’en Europe, la perte de contrôle sur les finances publiques domestiques et les contraintes budgétaires imposées par la monnaie unique conduisent à l’inéluctabilité d’un assouplissement monétaire.

Envisagé sous un angle plus direct, la discipline budgétaire étant inopérante lorsque le manque de croissance est persistant, il faut refinancer l’économie par la création monétaire. Le prix de cette orientation est une poussée d’inflation, telle que l’Europe la constate depuis trois ans.

D’ailleurs, les Etats-Unis l’ont parfaitement compris : ils ont réussi à relancer leur économie par un déficit budgétaire sciemment creusé et de gigantesques assouplissements monétaires.

L’Europe, quant à elle, cherche à réduire ses déficits budgétaire au prix d’une austérité récessionnaire (et qui constitue le ferment, voire porte le germe, de troubles sociaux) et du maintien d’objectifs d’inflation réduit.

Cette politique européenne, dont la typologie est restrictive, contractée et maussade, ne sera aucunement le tremplin de croissance future.

Bien évidemment, l’inflation n’est pasune solution souhaitable puisqu’elle fait peser un risque d’auto-alimentation et d’augmentation nominale des dépenses de l’Etat. Aucun homme politique ne s’oserait d’ailleurs à la préconiser car cela reviendrait à saper la confiance dans la monnaie. Mais elle nous paraît s’imposer comme une conséquence, voire un débouché, inéluctable de l’endettement public.

A regrets, car cela signifierait que les rentiers paieraient les égarements de l'Etat-providence.

Quelle déception, finalement...

Bruno Colmant, mars 2012

 

Posté le 27 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Hallucinations et enfers monétaires

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Aux Etats-Unis, de plus en plus d’ouvrages, au degré variable de sérieux, prédisent l’Armageddon financier, c’est-à-dire une épouvantable implosion du système financier ou plutôt de la monnaie-papier.

A lire ces modernes prédicateurs de l’apocalypse, seuls des lingots d’or, une ferme, une carabine et des cartouches sauveraient d’un retour à des Moyen-âge monétaires.

Bien sûr, je me suis toujours méfié des prophètes désespérés qui invoquent la fin des économies dans des affres dantesques ou eschatologiques.

Les métaphores et prémonitions sont, en économie, de bien mauvais conseillers.

Et pourtant….

Et pourtant - oserais-je l’avouer ? - parfois, un fugace doute me traverse : si nous étions inéluctablement aspirés dans une des plus grandes catastrophes monétaires que le monde s'apprête à traverser, c’est-à-dire la confrontation et l’aspiration, tel un trou noir, dans le risque systémique, c’est-à-dire l’annihilation du système ?

Car, quand on y réfléchit, la monnaie est peut-être en train de perdre sa signification.

Avant les années septante, la monnaie était garantie par l’or. Cela donnait un faux sentiment de confiance, car la parité entre une monnaie et l’or relève toujours du marché (comme aujourd’hui) ou des pouvoirs publics (comme dans le cadre des accords de Bretton Woods).

Mais, aujourd’hui, les banques centrales créent, en quelques clics d’ordinateur, des milliers de milliards d’euros et de dollars afin de soutenir le financement des dettes publiques. C’est le rôle : les banques centrales sont les prêteurs en dernier ressort du système.

Mais on arrive à ce curieux paradoxe : la monnaie est une dette des banques centrales et une créance qu’ont les citoyens sur leurs Etats dont les dettes sont financées par cette même monnaie créée par les banques centrales. Lorsqu’on ajoute à cette réalité le fait que les citoyens d’un Etat en sont à la fois les créanciers monétaires et les débiteurs d’impôts, on est pris de vertige. En d’autres termes, la monnaie, qui est une dette des banques centrales l’est aussi celle des Etats puisque de l’argent est créé pour les financer.

Du vertige que les agents économiques (Etats, citoyens-contribuables et Banques Centrales) sont des agents économiques qui se confondent et se superposent plutôt qu’ils ne se distinguent.

Alors, dans ces moments de doute, je me dis que cette injection monétaire qui rapproche les banques des Etats finira dans une vague d’inflation qui reflétera elle-même la méfiance, voire la déréliction, par rapport à la monnaie.

Et puis...

Et puis je me dis que la monnaie n’a toujours été qu’un contrat étatique et que, même si le monde financier donne parfois l’impression psychique d’être en apesanteur, elle s’impose comme une convention sociale à laquelle personne n’a d’autre choix que de faire confiance.

Car, finalement, la monnaie n’est peut-être qu’une simple abstraction, un "voile", comme écrivait l'économiste français Jean-Baptiste Say.

Si la monnaie disparait, ce qui est improbable, une autre monnaie lui sera immédiatement substituée.

Posté le 24 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

1932 : L'erreur économique allemande

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Deux années résonnent de manière sinistre dans l'histoire allemande d’avant-guerre : 1923 et 1933

Il y a tout d’abord l’année 1923, qui ruina le pays sous l’hyperinflation de la République de Weimar. Et puis, il y a 1933, la plus sombre année du vingtième siècle, qui vit Hitler accéder au pouvoir et mêler son sang aux pires obscurités de l’âme humaine avant de semer la désolation.

Les esprits peu informés relient le fossé de la décennie 1923-33 avec la causalité du nazisme, comme si l'hyperinflation monétaire avait conduit la dépréciation de toute référence morale. Or c'est incorrect : un nom est enfoui dans les fissures de l'histoire : Brüning. Comme Laval dans la France de 1935, l'homme incarne les mauvaises orientations économiques dans des temps difficiles. Brüning est l'acteur d'une déflation en période de récession

Né en 1885, Heinrich Brüning est nommé Chancelier en 1930 par le vieux Président Hindenburg. Probablement inspiré par la désastreuse doctrine Hoover (à laquelle Roosevelt mettra fin), Brüning tente alors de mettre en œuvre une politique déflationniste visant à enrayer la crise économique. Il décide de l’austérité et d’une politique monétaire restrictive, c’est-à-dire déflationniste. Brüning postule les vertus rédemptrices et morales de l’exigence budgétaire.

Après moins de deux ans, son échec est lourd de conséquence. Quelques mois plus tard, le parti d’Hitler prend le pouvoir.

Avec le recul de l’histoire, il est difficile de défendre que c’est l’hyperinflation, tant redoutée par les Allemands qui a éveillé les démons du nazisme.

En fait, l’Allemagne toucha, en moins de 10 ans, les deux extrémités des erreurs monétaires, à savoir l’hyperinflation en 1923 et la déflation organisée en 1933. Mais ces deux politiques antagonistes ne furent aucunement le fait de la providence ou de la conjoncture.

Alors, quelles leçons doit-on titrer de la déflation de Brüning? Les temps sont différents mais les enseignements sont nombreux. Le principal est que la déflation n’est pas le bon choix car elle déclenche des crises sociales. Ceci explique la volonté des autorités monétaires de garder les taux d’intérêt bas et d’inonder les économies grippées d’une abondance de liquidité.

Ceux qui, aujourd’hui, prônent l’austérité et la rigueur pour sortir d’une situation déflationniste sont totalement dans l’erreur. A partir du moment où la dette publique atteint des sommets que la croissance économique ne peut plus éroder, c’est par la perte de valeur de la monnaie, c’est-à-dire l’inflation qui résulte d’un assouplissement monétaire, qu’une économie peut retrouver ses marques et éviter la suffocation sous l’impôt et les charges d’intérêt de la dette publique.

Le risque de l’erreur de jugement des prophètes de la rigueur obstinée, c’est que l’ordre social soit, à un moment, perturbé et conduise à des discontinuités politiques. Finalement, c’est plutôt le démon de la récession que le spectre de l’hyperinflation que l’Allemagne doit craindre.

 

Posté le 22 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Retour vers notre futur....

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L’annonce d’une économie plus dure n’est pas un message facile. Mais cette réalité ne signifie ni résignation, ni prophétie désespérée. C’est cela, peut-être, le message de cette crise : il faut repenser la pensée, sortir de nos réflexes idéologiques et culturels, et redéfinir ensemble la prospérité économique de notre pays.

Les foyers de croissance du monde se recomposent, avec une zone européenne à la croissance autonome très faible, suite à un manque de capacité d’innovation et à la finitude d’un capitalisme d’endettement et d’accumulation.

Au cours des dix dernières années, les économies occidentales se sont limitées à croître grâce à une politique monétaire expansionniste, aux conséquences artificielles et éphémères. Comme l’expansion monétaire atteint ses limites, la croissance de l’Europe continentale va en être durablement affectée.

Nous traverserons une immersion dans une économie de marché beaucoup plus exigeante, voire prédatrice, au sein de laquelle l’Etat, intoxiqué par quatre décennies d’endettement croissant et de manque de vision, sera contraint à assurer un rôle d'irrigation monétaire. Les prochaines années signeront la fin de l’Etat-providence et des modèles de stimulation étatique à crédit.

L’Etat deviendra banquier et devra organiser, de différents moyens, la déliquescence de son endettement. Acculés par leur endettement, les États vont reprendre le contrôle du secteur financier en plaçant les banques sous une tutelle plus contraignante. Cette dernière conduira à exiger des banques de canaliser l’épargne vers le financement de leurs dettes. Les États vont donc recapturer le droit régalien de battre monnaie dont le sabordage des accords de Bretton Woods en 1971 les avait dépossédés.

Cette monétisation de la crise suscitera de probables poussées d’inflation, elles-mêmes attisées par la rareté croissante des ressources alimentaires. L’hyperinflation est un scénario extrêmement peu probable, quoiqu’il ne soit aucunement exclu d’un point de vue purement théorique. Il s’agirait alors du « Weimar planétaire » esquissé par Jacques Attali.

Le prix des matières premières, qu’elles soient énergétiques, alimentaires ou industrielles, pourrait atteindre des sommets qui risquent d’être inimaginables, malgré l’adaptation progressive de l’homme à la raréfaction des biens. En même temps, les contraintes démographiques et environnementales, que l’humain n’aura pas réussi à discipliner, se verront régulées par les prix d’une économie de marché, c’est-à-dire la loi de l’offre et de la demande, multipliée par la peur de la pénurie.

Les gouvernants de la zone Euro seront confrontés au dilemme schizophrénique de devoir relancer leurs économies au risque d’une fragmentation de la zone Euro. Il en résultera des probables poussées inflationnistes. Des états, situés aux confins de l’Europe, vont suffoquer sous la discipline de la monnaie unique.

L’hétérogénéité des foyers de croissance sera un ferment fécond à des troubles sociaux (qui seront graves dans certains pays), voire, à une échelle extra-européenne, à des frictions militaires, qui porteront sur les flux alimentaires et/ou énergétiques. Des tensions générationnelles émergeront et certains pays pourraient connaître un Mai 68 socio-économique, avec des réminiscences de mouvements ultra-violents.

Posté le 21 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Relance ou rigueur ?

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Drôle de langage que celui de nos autorités monétaires : on parle désormais de relance, quelques jours après avoir plaidé pour la rigueur et l'austérité, après avoir signé une règle d'or européenne et expliqué que la dette publique intoxiquait nos économies.

Est-ce un mouvement d'humeur médiatique ? Un exercice de méthode Coué ? Ou simplement le reflet de l'indécision qui prévaut dans la gestion d'une crise à la morphologie inconnue.

Voici mon explication : les autorités monétaires ont décidé de relancer l'économie non pas par des politiques de déficits publics utiles, c'est-à-dire des investissements productifs et d'infrastructure, mais par une politique monétaire inflationniste. C'est la création monétaire, comme précédemment l'endettement public, qui va relancer nos économique. Les récentes mesures créent donc de l’argent sans créer de capital. Ce n'est pas une orientation blzamable : c'est la seule qui soit cohérente.

Il est incontestable que les États et les banques centrales procèdent actuellement à une monétisation de la dette publique avec son corollaire de création de surliquidité et d’inflation différée éventuelle. Plutôt que de relance, on ferait donc mieux de comprendre étalement du remboursement des dettes publiques par une baisse de pouvoir d'achat.

L’inflation est, parmi les solutions que nous recensons, la plus intuitive. Sans s’y substituer, elle est, de loin, préférable à une politique d’austérité qui conduirait à contracter ultérieurement l’économie. Notre intuition est que la Belgique, comme d’autres pays européens, est trop engagée dans une dette publique élevée pour imaginer qu’une baisse substantielle de cette dette puisse être faite de manière conventionnelle dans les délais raisonnables qu’impose la montée des coûts du vieillissement de la population.

 

Posté le 19 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Giscard et l'emprunt-or de 1973

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Les accords de Bretton Woods furent probablement la plus grande réalisation monétaire du vingtième siècle. Consacrés avant la victoire alliée sur le Japon et l’Allemagne, ils bâtirent la reconstruction d’après-guerre et portèrent sur les fonts baptismaux les trente glorieuses années (1944-1974).

Les accords de Bretton Woods postulèrent une parité fixe entre les monnaies des pays développés, fondée sur l’étalon-or. Ce système, qualifié de Gold-Exchange Standard, définit les devises dans un rapport au dollar, qui était lui-même rattaché à l’or.

Pourtant, en août 1971, le Président américain Richard Nixon décida de suspendre la convertibilité en or du dollar, ouvrant ainsi le champ à une monnaie purement fiduciaire et à l'explosion des dettes publiques. Le système de Bretton Woods fut définitivement enterré en 1973 avec l'adoption du régime des changes flottants, confirmé par les accords de la Jamaïque, en 1976.

Face à cette situation, les pays européens traversèrent plusieurs années de chaos monétaire, caractérisées par la création de l’éphémère serpent monétaire (1972-1978) puis par la fondation du Système Monétaire (SME) en mars 1979, qui déboucha sur la monnaie unique, vingt ans plus tard.

Pourtant, un pays européen décida de jouer les prolongations monétaires, à savoir la France. C'est en 1973 que Giscard d'Estaing, bientôt Président de la République mais encore Ministre des Finances de Pompidou, lança un emprunt indexé sur le poids en or du franc. Le choix de cette indexation reflétait la perception de la stabilité du prix de l'or, qui avait été la clé de voûte du système monétaire pendant 30 ans. Giscard répliqua l’emprunt du Ministre Pinay (1952-1958), qui sera son prédécesseur comme Ministre des Finances de Charles de Gaulle.

L'emprunt fut une ruine pour le Trésor français. Non seulement son taux d'intérêt, soit 7 %, dépassa tout entendement, mais l'emprunt vit sa valeur croître à cause de la dévaluation du franc et de la croissance du prix de l'or. Finalement, pour 6,5 milliards de francs empruntés pour 15 ans, l'Etat français dut rembourser plus de 90 milliards de francs (intérêts compris). Le coût de l’emprunt fut d’ailleurs plutôt lié à la dépréciation du franc par rapport au dollar qu’à l’appréciation du cours de l’or, qui passa de 97 à 437 USD l’once entre 1973 et 1988, avec une pointe, heureusement gommée, en 1980, lorsque l’URSS envahit l’Afghanistan.

Quelle leçon tirer de l’emprunt Giscard, au-delà du fait qu’il fut une passerelle fragile entre un étalon-or qui avait sombré et une immersion dans un monde de monnaie-papier qui est intrinsèquement précaire, puisque lié à la discipline hasardeuse des Etats ?

Avec le recul du temps, il est insensé de lier une masse monétaire à un stock aurifère, d’autant que si l’or est convertible en monnaie papier, le rapport de conversion reste toujours un privilège discrétionnaire des autorités publiques. Mais il y a sans doute une autre leçon à tirer, d’une envergure plus inquiétante et aux résonnances contemporaines : un Etat qui possède le droit de battre monnaie sans la contrainte d’une garantie perceptible, c’est-à-dire un Etat qui imprime des billets dont la seule garantie est l’existence des billets qui seront imprimés dans le futur, est toujours à la frontière d’un dévoiement de sa propre monnaie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’endettement public excessif est foncièrement incompatible avec la stabilité monétaire et porteur d’inflation. Cette perspective d’inflation conduit à l’appréciation de monnaies parallèles, tel l’or.

Posté le 18 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Taxer le capital à risque en rafale ?

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Les récentes mesures fiscales frappant les revenus mobiliers sont essentiellement destinées à contrarier le capital à risque, c’est-à-dire les investissements en action. Pêle-mêle, on cite l’augmentation de la TOB, du précompte mobilier, de la taxation des plus-values au sein des sociétés, sans compter la réduction des intérêts notionnels et les menaces réitérées d’impôt sur le capital et de cadastre des fortunes.

D’ailleurs, ce n’est plus un secret : certaines grandes fortunes belges quittent le pays et localisent leur patrimoine à l’étranger, en toute légalité et dans le plus parfait respect de la fiscalité belge. La raison de ces départs est claire : la peur de l’éventuelle confiscation et de l’anonymat. On peut toujours séduire des épargnants par des DLU, mais on peut difficilement forcer des rapatriements.

L’important, dans ces matières, est de bien mesurer la portée et les conséquences de ses déclarations et de ses actes, et d’en assurer la cohérence politique. En effet, on ne peut pas, en même temps, taxer en rafale les actionnaires des entreprises privées et leur quémander des créations d’emplois, dans un monde globalisée au sein duquel la compétitivité belge s’effrite à cause d’une fiscalité excessive.

En fait, au lieu de contrarier et de cibler les actionnaires et les entrepreneurs, on devrait stimuler la capitalisation des entreprises, c’est-à-dire leurs capitaux propres. Les crises économiques fragilisent les plans d’investissements. Il faudrait donc stimuler les recapitalisations par des déductions fiscales liées à des conditions en matière d’investissements. Cette approche s’apparente aux mesures Cooreman déployées en 1982-3.

Des avantages pourraient être octroyés aux entreprises qui augmentent leur capital afin de réaliser des investissements productifs. Ces mesures seraient cumulatives aux intérêts notionnels. Cette orientation paraîtra incongrue en pleine tempête conjoncturelle alors qu’elle risque de dégrader les finances publiques, déjà mises à mal par la crise.

Mais l’important est que ces révolutions fiscales ne soient pas, au sens étymologique, un retour au point de départ, c’est-à-dire le prélude à des compensations taxatoires qui en gommeraient l’effet bénéfique. Car c’est bien le problème de l’impôt des sociétés : on le croit à charge du capital et donc d’êtres moraux inépuisables, alors que ce sont les entreprises qui créent l’emploi, donc génèrent la base de l’impôt des personnes physiques et de la TVA.

 

Posté le 16 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le cynisme de l'histoire monétaire

 

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L'origine du mot 'monnaie' est religieuse, ce qui illustre en qu'en toutes choses, l'homme s'en remet, à un certain moment, à la providence.

En effet, les monnaies romaines étaient au début frappées dans le temple de Junon moneta, origine du mot « monnaie ».

Mais l'histoire est cynique.

A peine sauvée, il apparaît qu’un second plan d’aide sera nécessaire à la Grèce.

Sera-ce de 50 milliards d’euros ? Ou plus ? Ou moins ? Cela n’a plus d’importance tant les chiffres donnent le tournis.

Ensuite ce sera bientôt probablement au tour du Portugal de quémander une seconde tranche d’aide.

Et puis, que va-t-il se passer ? La France sera-t-elle inquiétée ? C’est fort probable. Son endettement a augmenté dans des proportions anormales et sa balance des paiements est extrêmement déficitaire. Avant l’introduction de la monnaie unique, le franc français aurait été dévalué. Peut-être qu’un choc se produira après les élections présidentielles.

A mes yeux, les choses sont d’une clarté solaire : en l’absence de croissance, il est impossible que l’euro survive en l'état sans des mesures structurelles visant à plus d’intégration budgétaire. Or ces mesures seront réfutées, car la récession prévient les élans fédérateurs.

Alors, que va-t-il se passer ? L’économie sera inondée de billets imprimés par la BCE, mais il est possible que cela ne suffise pas.

L’Euro se fissurera-t-il alors ? Je ne le crois pas.

Il faudra juste imprimer …encore plus de billets.

Et s'en remettre (un peu) à la providence...

Posté le 15 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'euro n'est-il pas trop fort ?

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En 1999, l’introduction de l’Euro ne fut pas une innovation financière.

Depuis deux siècles, l’Europe tentait d’harmoniser les cours de change de ses principaux États-membres. Les tentatives furent nombreuses : franc-or de Napoléon, Union Monétaire Latine imaginé par Napoléon III en 1865, Conférence de Genève de 1922, Accords de Bretton Woods de 1944 fondés sur une parité-or, etc.

Après le sabordage de Bretton Woods en 1971, les États européens imaginèrent un éphémère et précaire Serpent Monétaire (1972 à 1978) avant de créer en 1979 le Système Monétaire Européen (SME). Ce dernier fonda des parités stables, mais ajustables avec des marges de fluctuation autour d’un cours-pivot.

Le SME déboucha sur l'Euro, dont on connait aujourd'hui la fragilité.

Dans ce cadre, que constate-t-on ? Les marges de fluctuations de SME sont désormais métamorphosées en spreads souverains et les dévaluations se traduisent par des défauts, comme en Grèce. Mais une autre question se pose : l'euro n'est-il pas une devise trop forte ?

On peut d'ailleurs se poser la question de savoir si une des intentions de la BCE n'est pas d'affaiblir l'euro au travers des récents assouplissements monétaires. Si c'est le cas, ce serait sans doute une bonne chose, assimilable à un protectionnisme temporaire.

Car il ne faut pas se voiler dernière un angélisme monétaire : les Etats-Unis ont instrumenté une dépréciation du dollar, autorisée par la capacité presque infinie de la Federal Reserve d’imprimer des dollars.

Nous pénétrons peut-être dans un monde de dévaluations compétitives dont il ne faudrait pas que l'Euro soit la victime.

Bien sûr, d'aucuns argumenteront que les importations couteraient plus cher avec un euro plus faible. C'est vrai, et c'est dommageable pour les produits pétroliers.

Mais à nouveau, il fait peut-être utiliser l'arme monétaire pour contribuer à une ré-industrialisation de nos économies.

Une chose nous apparaît de plus en plus claire (et c'est une leçon de l'histoire économique) : discipliner une économie récessionnaire par l'austérité et une devise trop forte conduit d'habitude à des situations de dépression. C'est malheureusement le choix allemand, mais mon intuition est que lorsque les réalités budgétaires de certains pays seront révélées plus clairement, il devra être abandonné.

Posté le 13 mars 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La zone Euro sera méconnaissable...

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La Grèce s’est échouée dans sa banqueroute. C’est un échec terrible pour ce pays, paradoxalement bénéficiaire d’un immense abandon de créances, mais aussi pour l’Europe qui n’aura pas réussi à assurer l’homogénéité de sa construction monétaire.

Y-a-t-il eu une erreur originelle ? Non, mais plutôt une succession d’erreurs qui relève du biais cognitif, à savoir de croire que le postulat politique permet de domestiquer les réalités chiffrées et l’économie de marché.

Mais il y a un autre fait accessoire : les Etats européens avaient tout fait pour que les fameux CDS (Credit Default Swaps) ne soient pas activés. Ces CDS sont des assurances qui permettent, moyennant le payement d’une prime, de protéger un créancier contre le défaut d’un débiteur.

Ce refus des Etats était motivé par le fait que les marchés financiers puissent considérer qu’en s’assurant contre le défaut d’un Etat, ils fragilisent le droit régalien de battre monnaie, c’est-à-dire l’ultime attribut de la puissance publique.

C’est un échec : les CDS sont activés. Au reste, il aurait été incohérent que les Etats interdissent l’exercice de ces CDS, au risque d’entraîner un enrichissement sans cause des institutions qui avaient encaissé les primes des CDS et qui n’auraient pas dû honorer leur engagements.

La leçon de la crise grecque et de l’exercice des CDS relève, à mon intuition, du fait que les Etats sont des contreparties ordinaires de l’économie de marché. Un État ou d’une Banque Centrale, aussi puissant soit-il, est dorénavant contrariée par l’internationalisation des marchés.

En juillet 2011, après le plan de sauvetage grec de l'été, Herman Van Rompuy l’avait affirmé : « la zone euro sortira méconnaissable de cette crise ».

Il n'imaginait sans doute pas la culbute finale de la Grèce.

Mais il avait raison.

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