Démographie et inflation
On observe une situation qui conjugue des taux d’intérêt extrêmement bas et un endettement public qui s’élève à une vitesse inquiétante.
Cette situation est évidemment temporaire et porte en elle les germes de l'inflation. En effet, si tant est que l’étude des phénomènes économiques passés apporte un éclairage, même diffus, à l’analyse de la situation actuelle, on ne combinera pas l’escalade de l’endettement public et la spéléologie des taux d’intérêt sans inflation.
L'inflation est-elle inéluctable dans notre économie en crise? Probablement, car elle est aussi un outil au service de l'Etat, qui permet de rétablir les grands déséquilibres de flux financiers.
Kenneth Rogoff, l'ancien économiste en chef du FMI, continue d’ailleurs à recommander deux ou trois années d’inflation suffisantes pour dégonfler l’ensemble des dettes, surtout si les systèmes politiques, juridiques et les autorités de contrôle prudentiel sont trop paralysés. Le prix Nobel Stiglitz ne dit rien d’autre en préconisant la poursuite des politiques monétaires accommodantes.
Une poussée d’inflation sera donc une des probables solutions, avec l’inconnue de savoir quel en sera le phénomène déclencheur et les correctifs sociaux.
Mais ce n'est pas tout : de surcroît, dans la théorie keynésienne, l'inflation est un substitut à l'absence de démographie, sur base de laquelle nos modèles de redistribution ont été construits.
En effet, une population âgée a tendance à moins consommer. Une poussée d'inflation suscite cette consommation et met l'économie en mouvement.
C'est là que le secteur financier au sens large intervient. L'intermédiation financière a trois fonctions premières : la transformation des échéances (maturité), la modification du risque, et la facilitation des échanges entre agents économiques. L'assurance remplit des fonctions analogues.
Les changements démographiques grandissants sont donc autant d'appels à innover en utilisant cette capacité de transformation.
En résumé, deux paramètres vont influencer la typologie du secteur financier : l'inflation, qui s'assimile à un rétrécissement du temps monétaire, et l'augmentation démographique, qui reflète une élongation du temps physique. L'inflation précarise l'épargne improductive et exigera du secteur financier de développer une épargne participative et plus risquée, tandis que le vieillissement de la population requerra une sécurité accrue de l'épargne. Le monde bancaire évoluera entre ces deux contraintes.
Bruno Colmant, Associé et Grégoire Tondreau, Principal Roland Berger Strategy Consultant

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