L'Europe face à ses terrifiantes ambiguïtés
Le reflux conjoncturel de ces deux dernières années révèle un excès d'endettement public, qui est devenu le problème central de la zone euro.
Cet endettement insoutenable entraîne trois effets concomitants : il met en péril la cohésion des économies de la zone, il alimente – au travers de taux d'intérêt très élevés – la récession des pays du Sud de l'Europe et il fragilise les banques.
Au reste, les banques sont dans une situation singulière.
Il n'y a, en effet, aucune crise bancaire généralisée car les établissements de crédit possèdent une solvabilité robuste, à part certains d'entre eux qui ont été frappés par des chocs sectoriels, tels les pertes immobilières en Espagne.
Ce qui fragilise les banques relève du risque souverain, donc de la moindre qualité de crédit de certains Etats européens. En effet, depuis trois ans, les banques sont placées sous une forte tutelle publique qui encercle leurs activités. Les Etats sont actionnaires ou garants des institutions bancaires et couvrent les dépôts des particuliers, mais exigent en contrepartie que l'épargne collectée nationalement soit canalisée vers le financement de leur propre dette publique.
De manière simplifiée, les ratings des Etats sont donc conditionnés par la stabilité et l'abondance de l'épargne nationale.
Cette situation étonnante amène de nombreuses banques à devenir "systémiques", c'est-à-dire à constituer un danger pour la stabilité financière en cas de défaut.
En effet, la faillite éventuelle d'une banque, elle-même de plus en plus créancière de son Etat de tutelle, précarise non seulement les déposants mais aussi l'Etat lui-même.
Sur base de ce constat, quelles sont les pistes de réflexion d'une sortie de crise, sachant que cette dernière doit revitaliser les banques et les Etats ?
Pour les banques, il est prévu qu'un fonds européen soit affecté à leur éventuelle recapitalisation. C'est une bonne chose dans la mesure où il est impossible de demander à un seul Etat fragilisé de sauver ses propres banques qui sont en même temps ses créanciers. Le sauvetage des banques systémiques doit donc s'articuler à un niveau européen.
La seconde étape aboutit immanquablement à exiger une injection massive d'argent de la BCE. Au-delà des restrictions théoriques et idéologiques, cette création de monnaie est incontournable.
En effet, à partir du moment où les dettes publiques sont impossibles à rembourser à un rythme raisonnable au travers de l'impôt et de la croissance, elles finissent par être monétisées, c'est-à-dire financées par de la création monétaire ex-nihilo. Cela entraîne l’impression de billets au pouvoir d'achat se dépréciant progressivement. S’ensuit de l’inflation et un horizon inconnu.
Enfin, la troisième étape, qui relève plutôt du postulat incantatoire que du mode opératoire, serait cette hypothétique mutualisation des budgets et des fiscalités des Etats membres de la zone euro. Mais ne nous faisons aucune illusion : contrairement à ce que certains esprits euphoriques prédisent, les crises européennes n'ont jamais contribué à solidifier l'Europe mais, au contraire, à la déliter. Seules les périodes de croissance la renforcent.
En conclusion, les Etats européens sont arrivés au bout de leurs ambiguïtés monétaires. Eu égard aux tensions sur les taux d'intérêt, la monnaie n'est plus unique. Les dettes publiques sont stratosphériques et les banques fragilisées dans une conjoncture atone. Il faudra renforcer les capitaux bancaires et procéder à une injection massive d'argent frais afin d'immerger la crise étatique dans un déluge de monnaie. Le pouvoir d'achat n'en sortira pas indemne, mais ce sera un moindre mal par rapport à une dislocation de l'euro. Les marchés financiers n'attendront pas la fin de l'été pour obtenir une réponse crédible.

Réactions