juillet 2012

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique et Docteur en Economie Appliquée (ULB). Expert reconnu internationalement, il enseigne la finance à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC et à la Vlerick Business School. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques. L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 31 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Politique monétaire : A la Corbeille ou au Parlement ?

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De plus en plus de voix s'élèvent pour exiger un changement de mandat de la BCE, qui est actuellement essentiellement centré sur le contrôle de l'inflation.

Il y a 15-20 ans, cette orientation était logique : l'Europe sortait d'une période d'inflation, réalimentée par la réunification allemande, et les Allemands exigeaient légitimement un euro fort comme le Mark, dont la robustesse avait discipliné l'économie germanique pendant quatre décennies.

Mais aujourd'hui, comment est-il possible de ne pas pouvoir débattre de ce postulat ancien, alors que la substance de la monnaie, c'est-à-dire l'homogénéité de l'euro, est mise en joue ?

C'est un débat important (et plus politique qu'économique), qui ne peut pas être escamoté par quelques mouvements de marchés ou décisions secondaires de la BCE.

C'est aussi un débat qui mérite mieux que quelques confidences du Président de la BCE ou conclaves entre les dirigeants des grands pays européens : il s'agit, en effet, du phénomène monétaire, qui est à la base des rapports socio-politique.

Certes, de Galle disait que la politique de la France ne se faisait pas à la Corbeille (ancienne technique boursière), mais il ne faudrait pas que le sentiment de marché se substitue désormais aux débats séminaux : de quel euro voulons-nous ?

Si les objectifs d’inflation restent bas et que la politique monétaire se rigidifie, la charge de la dette sera reportée aux générations suivantes, avec un risque de frictions sociales dans les pays du Sud de l'Europe.

Par contre, si la BCE s’engage dans une politique monétaire plus laxiste qui autorise une inflation acceptable, la charge de la dette sera plus équilibrée en termes de dispersion générationnelle.

Bien sûr, les économistes sérieux savent qu'un rachat d'obligation souveraine massive par la BCE n'est pas indolore. Cela peut même s'avérer contre-productif si l'économie est empêtrée dans un piège de la liquidité. On parle de piège de la liquidité lorsqu’une banque centrale injecte des liquidités dans l'économie sans parvenir à relancer la croissance. Les acteurs économiques absorbent les liquidités, les thésaurisent et ne les dépensent pas.

Mais, d'’un point de vue macro-économique, la BCE sera responsable de fixer le gradient social de la génération qui devra acquitter la dette publique.

Ce sera la BCE qui déterminera, plus qu’auparavant, le modèle social et de compétitivité du continent.

Concrètement, plus la BCE se concentrera sur son objectif d'inflation, plus elle va favoriser les rentiers au détriment des jeunes travailleurs, et vice-versa.

Les américains l'ont bien compris : ils continueront à injecter des liquidités dans l'économie domestique (sous forme d'un quantitative easing 3, par exemple) afin de faire décroitre le chômage, dont on estime que le taux s'affaissera à 7,7 % fin 2013 (contre 11 % en Europe).

Mais, attention, l'important est de ne pas se limiter à des effets médiatiques d'aubaine.

Invoquer une intervention de la BCE n'a aucun sens sans volonté politique de renforcer la construction d'une Europe politique.

Cette poursuite d'une Europe fiscale et budgétaire est la question structurelle qui conditionne l'avenir de l'euro. Ne pas être capable d'y répondre rend les avis politiques, aussi importants tentent-ils d'être, totalement superfétatoires.

Prof. Dr. Bruno Colmant, 31 juillet 2012

Posté le 29 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

In God we trust...

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Depuis des décennies, les américains ont fait preuve d’un cynisme monétaire absolu.

Le dollar étant une monnaie de réserve, ils peuvent en imprimer des quantités considérables, forçant les pays étrangers à les acquérir afin d’éviter de voir leur propre devise s’apprécier, au détriment de leurs exportations.

Ce sont d’ailleurs les Américains qui mirent fin, en aout 1971, au système de Breton Woods qui garantissait un étalonnage monétaire sur l’or.

Derrière cet opportunisme économique se cache un paganisme monétaire, que certains opposent à la rigueur protestante allemande dans la défense de la force de l’Euro.

Pourtant, qualifier les américains de païens monétaires peut  s’avérer osé, alors que le dollar est une des seules devises faisant référence à la Divinité, au travers du « In Good we trust », imprimé sur tous les billets.

Pourtant, la référence à Dieu est d’ordre éthique et moral, aucunement de nature ecclésiastique. D’ailleurs, au cours des dernières décennies, les affiliations religieuses des présidents des Etats-Unis ont été variées, bien qu’ils aient prêté serment sur la même Bible. Au reste, le protestantisme réfute l’idée d’un Etat religieux.

Mais cette référence à la Dieu est peut-être plus subtile qu’une référence morale. En effet, en postulant la suprématie divine, on déclasse la monnaie à une utilité secondaire, dont la valeur peut être dévoyée par une impression excessive.

Chez les protestants, plus les affaires prospèrent, plus grandit la conviction de faire partie des élus. Inspiré de l’Ancien Testament, le protestantisme considère l’enrichissement comme une bénédiction divine. Les calvinistes croyaient à la prédestination et voyaient dans leurs succès professionnels une marque de la Providence et surtout la confirmation de leur élection divine.

En même temps, l’élection exige, pour garder la foi, abnégation et ascétisme. L’ascétisme conduit lui-même à l’affectation de l’épargne, c’est-à-dire à l’investissement. Rejoignant en cela la Parabole des talents (réduite dans l’enseignement catholique à la valorisation de l’altruisme et du don), la thésaurisation improductive est réfutée par les préceptes réformés. Chez les protestants, l’homme est le régisseur des biens qui lui ont été confiés par la grâce de Dieu et il est responsable par rapport à ces derniers.

Cet éclairage est utile pour comprendre la politique monétaire américaine, dont le dollar est un des outils et non un aboutissement.

Au reste, la Federal Reserve a un mandat plus large que la BCE, puisqu’elle doit composer avec des contraintes de croissance et d’inflation, ce qui peut s’avérer contradictoire.

Et finalement, au-delà des références théologiques, le paganisme américain ne s’est pas mieux exprimé qu’au travers d’un propos sentencieux d’un Secrétaire d’Etat au Trésor, John Connally (incidemment présent dans la limousine de Kennedy lors de son assassinat à Dallas), qui avança, en 1971 : Le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème. 

Posté le 27 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Epitaphe monétaire ou résurrection politique ?

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Force est constater que quelque chose n'a pas fonctionné dans la compréhension de la situation économique européenne, puisque les marchés sont dans un état de décomposition pire qu'avant le Sommet de Bruxelles.

Les repères s'estompent : on ressent un profond malaise.

C'est presque une exaspération.

On voit, en France, un pouvoir politique qui tente, comme en 1981-83, de domestiquer l'économie, mais, au niveau européen, une économie qui terrasse les structures politiques.

Tout semble contredit.

Les gouvernements européens veulent-ils encore de ce qu'ils ont construit il y a moins de 15 ans ?

Parfois, je commence à en douter.

Les autorités politiques imposent une convergence budgétaire qui conduit les pas du Sud à s'enfoncer dans une récession dont les effets – il faut s'en convaincre – sont irrécupérables et ferments de troubles sociaux.

La conjoncture s'est négativement retournée en Europe, et les cénacles politiques imposent une politique de rigueur, alors que c'est exactement l'inverse qui devrait être mis en œuvre.

Cette politique de rigueur est confortée par la BCE qui dit concomitamment que le problème budgétaire doit être réglé par les Etats (ce qui est théoriquement vrai) mais que l'Euro est irréversible (ce qui est un postulat très fragile) sans vouloir intervenir de manière claire, malgré les propos de son Président.

La question qui se pose est de savoir où se situe le véritable pouvoir économique ?

Aux marchés, bien entendu, qu'on ne leurre jamais très longtemps.

Au-delà de ces derniers, le pouvoir politico-économique ressortit normalement aux autorités politiques européennes.

Pratiquement; le véritable pouvoir est aux mains de la BCE.

C'est un phénomène d'allégeance du pouvoir nominal (la Présidence européenne) au pouvoir réel (la BCE).

C'est la BCE qui, par défaut, devra intervenir pour sauver l'euro, par un refinancement des Etats, par des modifications des taux d'intérêts, etc.

Mais de cela, les autorités politiques ne veulent pas non plus, et pour trois raisons. Tout d'abord, cela révélerait leur impuissance décisionnelle. Ensuite, les autorités politiques ne sont pas prêtes à accepter les conséquences d'une intervention massive de la BCE, car cette dernière sera inflationniste. Enfin, une intervention massive de la BCE pourrait s'avérer un échec, ce qui signifierait que le constat de la fin politique et monétaire de l'euro est dressé.

Qu'avez vous fait alors qu'il en est encore temps ? demandera dans quinze ans la prochaine génération à ses aînés.

Qu'avez-vous fait, il y a quinze ans ? demandent aujourd'hui les peuples d'Europe qui avaient imposé une monnaie unique, aujourd'hui effritée.

Posté le 26 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Allemagne, 1934 : une monnaie parallèle

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L’histoire monétaire est riche d’exemples de défauts et d’expulsions monétaires. Dans ce registre, le pays le plus intéressant à examiner est l’Allemagne, qui fut successivement frappée par l’hyperinflation (1923) et la déflation/récession (1930-2) en moins d’une décennie. Au reste, c’est la déflation et non l’hyperinflation qui a conduit à l’avènement du Nazisme.


Mais, les annales économiques d’outre-Rhin révèle une autre innovation, dont la transposition contemporaine pourrait être utile à un pays qui quitterait une zone monétaire.


C’est en 1934 que l’Allemagne inventa une unité de compte, à usage exclusivement domestique et industriel, appelé MEFO (ou Metallurgische Forschungsgesellschaft), permettant aux entreprises d’armement de comptabiliser des créances sur l’Etat allemand sans flux financiers effectifs. L’idée, épouvantablement cynique, était que cette unité de compte soit gagée par les conquêtes territoriales que la nation prévoyait de réaliser grâce à ces mêmes entreprises d’armement.

Cette unité de compte était une manière de contourner l’interdiction de réarmement allemand imposé par le Traité de Versailles. Le montant émis suite aux MEFO reste inconnu, mais il semblerait qu’il ait atteint une contrevaleur de 12 millions de Reichsmarks, soit plus que celui de la dette publique du pays.

Mais, aussi abject et terrifiant qu’ait été l’aboutissement de la création des MEFO, c’est un exemple de monnaie alternative et domestique qui constituait un circuit parallèle à la monnaie externe, le  Reichsmark.

Peut-être qu’un jour, des pays européens, expulsés ou abandonnant la zone euro, devront s’inspirer de cet exemple historique pour réaliser un ajustement monétaire assimilable à une dévaluation interne.

 

Posté le 25 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Terre brûlée et jeunesse

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Jour après jour, une chose me frappe : le monde évolue à une vitesse fulgurante mais l'Europe semble rester ancrée dans une tétanie politique et monétaire.

Bien sûr, des méta-structures de décisions sont élaborées, mais pour quels résultats ?

La Grèce est tombée dans une grave récession malgré les plans de soutien, l'Espagne s'effondre dans une banqueroute publique et des pertes bancaires, le Portugal est sous perfusion et la France a un défi surhumain à surmonter.

Nous venons de traverser trois années de crise bancaire et étatiques, que n'importe quel pays aurait fini par résoudre de manière holistique, et, au contraire, nous tentons de conserver l'acquis et de modifier à la marge les postulats au lieu de les repenser.

C'est ainsi que le PNB européen va baisser cette année, que des millions de jeunes s'entassent au chômage et que la seule réponse semble être le cloisonnement intellectuel.

Les foyers de croissance du monde se recomposent, avec une zone européenne à la croissance autonome très faible, suite à un manque de capacité d’innovation et à la finitude d’un capitalisme d’endettement et d’accumulation.

Au cours des dix dernières années, les économies occidentales se sont limitées à croître grâce à une politique monétaire expansionniste, aux conséquences artificielles et éphémères.

Comme l’expansion monétaire atteint ses limites, la croissance de l’Europe continentale va en être durablement affectée. Les prochaines années signeront la fin de l’Etat-providence et des modèles de stimulation étatique à crédit.

Plus tard, les auteurs de cette supercherie seront confrontés à la réalité de l’économie, dont ils ont mystifié la pédagogie, car la mondialisation s’en chargera.

Nos communautés continueront à traverser un profond changement de modèle, touchant à la trame de nos valeurs collectives.

Car, au-delà de l’adoption du modèle, un fait s’impose, au même rythme que la disparition des référentiels supérieurs : ce sera la confiance en l’individu et donc sa responsabilisation au titre d’acteur de l’économie de marché, qui prévaudra. Ceci ramène à un des grands défis de nos communautés occidentales : la répartition des richesses, c’est-à-dire l’alignement des intérêts privés et des bénéfices sociaux.

Pourtant, il faut se préparer à une décennie économique de terre brûlée.

Mais cette réalité ne signifie ni résignation, ni prophétie désespérée.

C’est cela, peut-être, le message de cette crise : il faut repenser la pensée, sortir de nos réflexes idéologiques et culturels, et redéfinir ensemble la prospérité économique.

Et il faut, absolument, aider les jeunes car leur impossibilité à rentrer dans le marché du travail, surtout au Sud de l'Europe, entraîne des dégâts irréversibles.

Posté le 24 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Comme un galet poli par la mer

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Prenons un peu de recul par rapport à la situation mondiale.

Qu'est-ce qui a vraiment changé depuis une dizaine d'année, au-delà de la création de l'euro et de la crise bancaire et étatique ?

C'est la mondialisation, combinée à la croissance démographique, qui a ouvert des opportunités de commerce, de travail et d'enrichissement probablement comparable aux opportunités suscitées par les grandes découvertes et la révolution industrielle.

Cette croissance pose le problème aigu de la finitude des ressources de la nature et des inégalités sociales. Ces deux contraintes sont d'ailleurs traitées de manière scandaleusement accessoire.

A une échelle plus immédiate, cette globalisation, combinée à un changement de polarité du monde, révèle l'inanité d'un modèle de croissance fondé sur l'endettement.

Je reste stupéfait qu'il n'y ait pas un nombre croissant d'économistes qui ne souligne pas que c'est LE problème de nos communautés, et probablement la plus grande injustice par rapport aux futures générations…dont on s'inquiète en même temps qu'elles ne pourraient pas bénéficier du même niveau de vie que nous.

Bien sûr, on peut, à court terme, divertir le débat public en s'inquiétant des dérives du capitalisme mais – sans minimiser la question de la justice sociale, fondamentale à mes yeux – cette problématique est accessoire aux réalités dominantes d'endettement collectif et déshonorent les commentateurs qui en confondent les causes et les symptômes.

J'ai d'ailleurs décidé de ne jamais rentrer dans ce type de débats secondaires et qui sont instrumentés à des buts politiques. Ceci étant, je reconnais incidemment, comme cela m'est régulièrement reproché, d'avoir contribué au phénomène d'aveuglement qui a consisté à ne pas tirer profit des premières années heureuses de l'euro pour revendiquer un désendettement public en Belgique.

Ma question centrale, tournée comme un galet qui roule dans une vague, posée dans ce blog et mes écrits, se résume toujours à l'interrogation centrale de avoir comment libérer les futures générations de cette dette publique.

Si on écarte les solutions simplistes, relevant de l'annulation de la dette, de la confiscation et des idioties idéologiques surannées, que reste-t-il, sinon la dilution de cette dette dans la création monétaire ?

Cela ira de pair avec de l'inflation dont les gouvernements tireront profit en plaçant les banques sous une forte tutelle de répression financière.

Si mon intuition se confirme, alors nos communautés glisseront lentement vers l'étatisation généralisée.

Et pourtant, il faudra s'extraire de cette dérive pour continuer, en superposition de la création monétaire, à stimuler l'envie du futur et encourager la création et l'entreprenariat.

Je crois que les prochaines années vont être accompagnées de chocs sociaux et de tensions idéologiques très marquées.

Posté le 23 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Questions monétaires

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Au fur et à mesure que les problèmes de dettes étatiques apparaissent avec le reflux de la croissance, une conclusion s'impose : il est impossible que ces dettes soient remboursables en maintenant intact le pouvoir d'achat de la monnaie (c'est-à-dire l'euro) dans laquelle elles ont été émises.

Bien sûr, on peut imaginer de subir théoriquement leur remboursement par une fiscalité renforcée et étalée sur plusieurs décennies, mais le problème n'est pas là.

Outre le fait que l'impôt sera peut-être réfuté par les nouvelles générations (dont il ne faut jamais oublier que l'émigration est une option), il faut admettre l'incongruité d'un tel niveau de dettes avec l'immersion dans une économie de marché qui exige souplesse, adaptation et entreprenariat.

Cette dette est un héritage de l'Etat-providence. Malheureusement, la providence ne nous aidera plus. Dans les prochaines années, il n'est donc pas exclu que les dettes publiques soient réaménagées pour en étaler le remboursement.

Certains Etats devront immanquablement faire aveu de faillite. La Belgique ne sera pas concernée par ces réaménagements de dettes ou ces faillites, car sa compétitivité devra être alignée sur celle de l'Allemagne.

On peut même avancer que notre pays appartient déjà à une zone Euro-Mark étendue qui la protège Mais il est évident que les autorités monétaires seront interpellées pour financer ces mêmes dettes par la création monétaire.

Au reste, on peut se demander quelle est, au-delà du pur juridisme, la cohérence du fait régalien de la Banque centrale européenne qui contraint la politique socio-économique à un environnement d'inflation basse.

D'aucuns argumenteront que la BCE respecte son mandat. C'est vrai, mais est-ce que l'environnement monétaire et économique n'est pas suffisamment différent des postulats qui avaient été formulés il y a une quinzaine d'années ? Il arrivera donc un moment où la question de l'orientation des autorités monétaires sera posée, alors que les orientations sociopolitiques ont été déléguées à un niveau supranational.

Nous voyons un problème dans ce constat parce qu'il est admis que l'euro aurait dû être accompagné d'une union budgétaire et fiscale.

Pourquoi, dès lors, renforcer l'autonomie supranationale des autorités monétaires en leur subordonnant les orientations politiques nationales, qui auraient dû devenir, elles aussi, supramationales ?

Peut-être parce que le processus monétaire est trop engagé pour faire marche arrière. C'est là que se situe le problème, car les divergences et l'hétérogénéité des pays européens sont peut-être devenues trop grandes pour ne pas être obligées de faire marche arrière ou à tout le moins pour repenser ce qui n'a pas fonctionné dans la zone euro.

(le dessin est issu des Idées Noires de Frankin)

Posté le 21 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'infaillibilité monétaire et une explosion sociale ?

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Le Président de la BCE vient d'affirmer l'irréversibilité de l'euro.

Cela a le mérite de la clarté et du courage, puisque ce message n'est plus entendu par les marchés qui consacrent une zone euro éclatée entre les pays du Nord, les pays semi-périphériques (dont la Belgique et la France) et les pays faibles.

Mais si l'euro est irréversible, et donc infaillible, alors il faut savoir comment en assurer la pérennité.

En effet, les résultats du Sommet de Bruxelles sont plus qu'annihilés malgré que les décisions consacrèrent, comme nous l'avions écrit dans ce blog, le dernier effort allemand.

Ceci étant, le message de Monsieur Draghi laisse peut-être présager la mise en œuvre de nouvelles mesures, tels un assouplissement monétaire supplémentaire et des taux d'intérêt négatifs sur les dépôts bancaires auprès de la BCE.

Mais le véritable problème n'est pas là : l'irréversibilité de l'euro exige des décisions politiques structurelles.

Il faudrait une mutualisation plus aboutie des politiques fiscales et budgétaires, qui est contraire à l'intuition économique que des pays n'arriveront pas à se maintenir dans la zone euro.

Il faudrait aussi être capable d'expliquer comment on peut continuer à imposer une monnaie trop forte et des politiques d'austérité à des économies dont le taux de croissance du PNB devient négatif.

Mon intuition est que si l'euro ne correspond plus à des réalités socio-économiques, alors il faut se débarrasser du biais cognitif et avoir la lucidité de s'interroger sur le bien-fondé des décisions monétaires prises il y a une quinzaine d'années.

Finalement, une monnaie n'est que le reflet éphémère d'un ordre étatico-social.

Une monnaie reproduit l'équilibre circonstanciel de la tension entre les facteurs de production.

La monnaie n'est même, peut-être, qu'un archétype socio-politique.

Mais nous l'avons souvent écrit : ce ne seront pas des axiomes politiques qui assureront la survie de l'euro. Des événements inattendus s'annoncent.

Le Président allemand du Parlement Européen ne vient-il pas d'avertir d'une explosion sociale ?

Il faut avoir rencontré et discuté avec Monsieur Martin Schulz pour comprendre que c'est tout sauf un plaisantin ou un gai-luron farceur.

Posté le 19 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

La BCE ne répond plus...

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Dans un billet récent, nous avions mis en évidence les dangers de taux d'intérêts négatifs.

Ceux-ci le sont d'ailleurs à double titre, non seulement en termes nominaux, mais aussi réels, c'est-à-dire après déduction de l'inflation.

Cette situation est un terrible désaveu pour la BCE et les autorités politiques, puisque les résultats du Sommet de Bruxelles de fin juin se sont estompés en moins d'une semaine.

D'aucuns pourraient assimiler des taux d'intérêt négatif à un signal positif, voire à une récompense, associé à une bonne tenue des finances publiques. Il n'en est bien sûr rien : les taux sont négatifs parce que les marchés anticipent une scission de la zone euro. Les taux d'intérêt sont donc négatifs par défaut de crédibilité de la zone euro.

Ils pourraient aussi l'être parce que les marchés pressentent une déflation, c'est-à-dire une inflation négative. C'est un scénario épouvantable auquel le FMI associe une probabilité de 25 %.

Mais la vraie question est de savoir ce qui va se passer dans les prochains mois et plus précisément ce que la BCE va faire. Tous les économistes avertis, ainsi que de nombreux dirigeants politiques, la FED et le FMI, pressent la BCE d'assouplir la politique monétaire par un rachat d'obligations souveraines.

Il est incompréhensible que les dirigeants de Francfort, à la légitimité démocratique de plus en plus indécise, ne réagissent pas à ces demandes.

Si la BCE n'intervient pas, la viabilité de la zone euro est évidemment compromise.

Si, par contre, la BCE intervient, ce sera bénéfique à l'homogénéité de la zone et les taux d'intérêt se détendront, tant pour les pays aux taux négatifs que positifs.

La création monétaire de la BCE aura, à terme, des effets inflationnistes qui contrarieront es risques de déflation.

Si la BCE n'intervient pas ou plus, ses dirigeants réitéreront les erreurs, pourtant tellement évidentes, des dirigeants qui avaient cherché la rédemption de la crise de 1929 dans la rigueur monétaire et budgétaire. Ceux-ci se nommaient Hoover (1929), Brüning (1930) et Laval (1935).

Posté le 18 juillet 2012 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le sparadrap bancaire !

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Nous avons souvent traité de la "répression financière" qui frappe les banques.

Cette dernière correspond à une conjugaison de contrôle prudentiel accru destiné à convaincre les banques de financer les Etats à un taux d'intérêt réduit, moyennant une faible rémunération (parfois négative en termes de rendement réel).

Cette répression financière s'inscrit dans le cadre d'une redomestication des dettes publiques qui conduit à faire progressivement reposer le financement des dettes d'un Etat X sur les banques localisées par/localisées dans l'Etat X, elles-mêmes financées par les dépôts de la population de l'Etat X.

Les rôles de contribuables et de déposants se confondent.

Quelles sont les conséquences de cette situation ?

Elles sont nombreuses : une plus faible rentabilité actionnariale bancaire prospective, une inflation qui devra être absorbée par de faibles rendements octroyés aux déposants et un effet d'éviction c'est-à-dire d'accès au crédit aux entreprises privées plus restreint (encore que ce problème ne semble pas se poser en Belgique).

Il y a aussi un effet induit, moins connu et qui porte sur la création monétaire. Cette dernière est alimentée par les banques centrales mais aussi par les banques commerciales : un dépôt auprès d'une banque crée un prêt à quelqu'un qui finira par en faire un dépôt auprès d'une autre banque, etc.

Ce flux crée un phénomène monétaire qui est intitulé le "multiplicateur du crédit". Ce dernier est bien sûr freiné si l'Etat absorbe une partie importante des actifs bancaires. Un même frein est incidemment exercé si les exigences en capitaux propres sont relevées pour les banques.

Cela grippe le multiplicateur du crédit et neutralise la création monétaire qui devient de plus en plus dépendante de la BCE…qui doit elle-même aider au financement des Etats.

On le voit: cette situation est singulière et correspond à une nationalisation tacite. C'est évidemment navrant.

En même temps nous sommes confrontés à une réalité incontournable : le rating des Etats repose désormais sur leur capacité à canaliser l'épargne nationale vers le financement de leur propre dette.

A notre intuition, cette évolution est malsaine car les Etats auront beaucoup de mal à se détacher des banques, dont l'avenir ne passe pourtant pas par l'étatisation.

Ces dettes publiques sont, pour les banques, le sparadrap du capitaine Haddock

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