Posté le 31 juillet 2012 par Bcolmant

Politique monétaire : A la Corbeille ou au Parlement ?

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De plus en plus de voix s'élèvent pour exiger un changement de mandat de la BCE, qui est actuellement essentiellement centré sur le contrôle de l'inflation.

Il y a 15-20 ans, cette orientation était logique : l'Europe sortait d'une période d'inflation, réalimentée par la réunification allemande, et les Allemands exigeaient légitimement un euro fort comme le Mark, dont la robustesse avait discipliné l'économie germanique pendant quatre décennies.

Mais aujourd'hui, comment est-il possible de ne pas pouvoir débattre de ce postulat ancien, alors que la substance de la monnaie, c'est-à-dire l'homogénéité de l'euro, est mise en joue ?

C'est un débat important (et plus politique qu'économique), qui ne peut pas être escamoté par quelques mouvements de marchés ou décisions secondaires de la BCE.

C'est aussi un débat qui mérite mieux que quelques confidences du Président de la BCE ou conclaves entre les dirigeants des grands pays européens : il s'agit, en effet, du phénomène monétaire, qui est à la base des rapports socio-politique.

Certes, de Galle disait que la politique de la France ne se faisait pas à la Corbeille (ancienne technique boursière), mais il ne faudrait pas que le sentiment de marché se substitue désormais aux débats séminaux : de quel euro voulons-nous ?

Si les objectifs d’inflation restent bas et que la politique monétaire se rigidifie, la charge de la dette sera reportée aux générations suivantes, avec un risque de frictions sociales dans les pays du Sud de l'Europe.

Par contre, si la BCE s’engage dans une politique monétaire plus laxiste qui autorise une inflation acceptable, la charge de la dette sera plus équilibrée en termes de dispersion générationnelle.

Bien sûr, les économistes sérieux savent qu'un rachat d'obligation souveraine massive par la BCE n'est pas indolore. Cela peut même s'avérer contre-productif si l'économie est empêtrée dans un piège de la liquidité. On parle de piège de la liquidité lorsqu’une banque centrale injecte des liquidités dans l'économie sans parvenir à relancer la croissance. Les acteurs économiques absorbent les liquidités, les thésaurisent et ne les dépensent pas.

Mais, d'’un point de vue macro-économique, la BCE sera responsable de fixer le gradient social de la génération qui devra acquitter la dette publique.

Ce sera la BCE qui déterminera, plus qu’auparavant, le modèle social et de compétitivité du continent.

Concrètement, plus la BCE se concentrera sur son objectif d'inflation, plus elle va favoriser les rentiers au détriment des jeunes travailleurs, et vice-versa.

Les américains l'ont bien compris : ils continueront à injecter des liquidités dans l'économie domestique (sous forme d'un quantitative easing 3, par exemple) afin de faire décroitre le chômage, dont on estime que le taux s'affaissera à 7,7 % fin 2013 (contre 11 % en Europe).

Mais, attention, l'important est de ne pas se limiter à des effets médiatiques d'aubaine.

Invoquer une intervention de la BCE n'a aucun sens sans volonté politique de renforcer la construction d'une Europe politique.

Cette poursuite d'une Europe fiscale et budgétaire est la question structurelle qui conditionne l'avenir de l'euro. Ne pas être capable d'y répondre rend les avis politiques, aussi importants tentent-ils d'être, totalement superfétatoires.

Prof. Dr. Bruno Colmant, 31 juillet 2012

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