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juin 2016

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 30 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les tombereaux de l’histoire

La loi du genre humain n’est pas l’union, mais la désunion. C’est ainsi que les empires et les royaumes se sabordent et sont engloutis dans le néant de l’histoire. Au vingtième siècle, des compositions ancestrales ou éphémères se sont effondrées, qu’il s’agisse de l’empire austro-hongrois ou de l’ union soviétique avec l’éclatement subséquent de ses affiliées : Tchécoslovaquie, Yougoslavie.

Rien ne dure, rien n’existe, disait Mauriac. Tout sera bouleversé par les mains hasardeuses du temps, renchérissait Montherlant.

Au-delà du fait qu’il reflète la volonté populaire, le Brexit en est l’illustration.

L'union entre les peuples est un combat permanent contre l’entropie.

Mais l’union exige des valeurs morales, c’est-à-dire un projet qui porte les hommes plus haut et plus loin. Ce projet ne peut pas être la prospérité immédiate, mais plutôt l’ascèse de garantir un avenir prospère et pacifié aux futures générations.

Et malheureusement, c’est cela que l’Europe n’incarne plus.

Posté le 29 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Europe : fédération d’Etats-nations ou Union souveraine ?

A mon intuition, le Brexit n’est qu’une des nombreuses expressions d’amertume, de nature essentiellement domestique, qui découle de la crise de 2008.

Dès sa survenance, il est apparu que c’était un choc de croissance et un questionnement sociétal.

Il nous confronta à de nombreux défis, dont l’absence de soubassements institutionnels satisfaisants à l’euro et le manque d’harmonie quant à la gestion de cette crise devenue internationale.

Contrairement à d’autres continents, l’Europe fit fausse route, s’engageant dans une politique de contraction budgétaire et de monnaie forte qui devait évidemment conduire à la déflation que nous observons actuellement.

Mais pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas répondu de manière adéquate à cette crise économique, à l’instar de ce qui est constaté dans d’autres domaines comme la gestion des flux migratoires et les contraintes environnementales ?

Peut-être parce que, de manière résignée, l’Europe n’est qu’une expression institutionnelle fugace qui ne respecte pas suffisamment, à l’aune de l’histoire, des cultures et religions, les particularismes nationaux et le facteur social.

Ce facteur social a servi de variable d’ajustement à la monnaie unique, dont la force s’est immédiatement traduite par la faiblesse de l’emploi dans les pays les plus vulnérables de la zone euro.

Entraînée par des forces centrifuges, l’Europe ne se désintègre-t-elle pas avec la dilution des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale ? Je l’espère mais l’image de l’Europe ramène trop souvent à une technocratie insaisissable. L’Europe est d’ailleurs perçue comme une juxtaposition fragile d’intérêts et une administration plutôt qu’un projet.

Il en est de même pour l’euro, dont les fondations socio-économiques sont absentes. Là aussi, on a cru que la couleur de l’alliage entraînerait la fusion de ses composants. A tort.

Au-delà des sentencieuses paroles et autres pétitions de principes, il importe que les leaders européens s’unissent.

Jean-Claude Junker avait dit être le Président de la Commission de la dernière chance. Il faut la saisir, mais je crois que cette Europe nouvelle sera proche de l’image qu’en avait Charles de Gaulle, à savoir une coopération d’Etats-nations qui conservent leur souveraineté nationale. C’est d’ailleurs cela qui constitue le défi européen : repenser l’Europe dans le cadre d’une fédération plutôt qu’une hypothétique union.

Posté le 28 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Brexit: Jupiter rend fou…

Après avoir conjure les britanniques de voter en faveur du maintien de leur pays dans l’Union Européenne, les dirigeants de cette dernière n’ont pas assez de mots pour presser le Royaume-Uni à la quitter le plus rapidement possible.

Les anglais se presseront-ils ?

Aucunement.

Ce découplage prendra des années et entrainera des milliards d’heures de travail, mettant à contribution, de part et d’autre de la Manche des milliers de juristes et autres consultants.

Et qui a jamais travaillé avec des juristes anglais sait que ce sont de redoutables négociateurs et diplomates, rompus à ce qui est peu maitrisé en Europe continentale, à savoir le droit coutumier, de nature contractuelle et inductive.

De plus, les anglais dominent…leur langue, ce qui donne toujours un avantage en négociation, sans compter leur capacité légendaire à maîtriser le temps.

Les anglais ont conquis les mers, bâti l’Empire et conservé le bien commun (le Common Wealth) après la décolonisation.

Ils égareront les négociateurs des autres pays, qui en perdront leur calme, se rappelant ce mémorable vers de Virgile dans l’Enéide : Quos vult perdere Juppiter dementat (Jupiter rend fou ceux qu'il veut perdre).

Posté le 28 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un zeste de risque…

La formulation des cours de bourse relève d’une alchimie complexe. Il est donc impossible de donner une explication complète portant sur la chute du cours des actions bancaires et d’assurances dans le sillage du Brexit. Intuitivement, les marchés ont intégré, comme ils l’avaient fait au paroxysme de la crise souveraine grecque, le fait que l’immuabilité et l’intangibilité de la formulation des institutions européennes ne sont plus assurées. Il s’agit d’un risque consubstantiel à l’organisation étatique et donc non diversifiable.

Au travers du Brexit, ce risque se transmet à l’euro et à la valorisation des obligations souveraines des pays faibles de la zone euro, dont la prime de risque s’est immédiatement élevée.

Le Brexit génère donc un filament de risque systémique dont la révélation est immédiate dans la valorisation boursière des institutions financières.

Posté le 27 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les étés meurtiers

Les mois d’été ne sont pas toujours rayonnants pour les monnaies. On se souvient du mois d’aout 1971, avec l’engloutissement américain des accords de Bretton Woods, du décrochage de la livre sterling du SME en septembre 1992 et de son sabordage en juin 2016, sans compter les relents de la crise grecque dont le paroxysme fut atteint par la nécessité, imposée au Président de la BCE, qu’il ferai tout pour sauver l’euro, durant l’été 2012.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? J’ai la faiblesse de penser que le marché des changes est une base instable mais probablement la meilleure expression de la force relative d’une économie. Les variations du cours de change reflètent et corrigent les excès qui leur ont donné naissance. La chute de la livre sterling est donc un phénomène auto-correcteur, tout en reflétant instantanément l’appauvrissement de l’économie britannique qu’elle va contribuer à corriger.

Posté le 27 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Mon dernier livre est en téléchargement gratuit.

Grâce à l’Echo, mon dernier livre de chroniques est téléchargeable gratuitement à l’adresse suivante, rehaussée d’un article de Marc Lambrechts :

 http://www.lecho.be/economie_politique/international_economie/Le_futur_se_rappelle_a_notre_souvenir.9781689-3168.art?highlight=Colmant

Ce recueil de chroniques publiées entre les printemps 2015 et 2016 aborde différents thèmes économiques et sociétaux. Le lecteur n’y trouvera que de fugaces intuitions offertes à la critique.

Il y a néanmoins une transversalité à ces contributions. C’est la conviction que cette crise n'est plus souveraine, ni monétaire. Elle porte sur l'exercice des Etats, écartelés entre des entreprises mondiales et versatiles, et des dettes publiques dont la stabilité de l'expression monétaire et le refinancement sont les garants de l'ordre social. Nos politiques sont étatico-nationales alors que le marché est universel.

Dans les prochaines années, le débat idéologique portera sur le dialogue entre l'Etat et le marché, entre la collectivité et l'individu, et entre la dette publique et la propriété privée. Certains exigeront une étatisation croissante, voire généralisée, de l'économie, pour maintenir l'ordre social. D'autres argumenteront que cette voie conduirait à désertifier toute initiative spontanée. Les insoutenables dettes publiques engageront la question du défaut ou de l'opposition sociale. La monnaie et la dette publiques, qui représentent des passifs étatiques fondés sur la stabilité de la configuration politique, verront leur stabilité engagée.

Nos temps révèlent une fin de modèle. La fin d'un modèle de complaisance, de manque de vision et de déficit de perspectives. Faute de regarder le futur sans cligner des yeux, il risque de se rappeler au souvenir d’années sombres.

Posté le 18 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si la politique monétaire dérivait ?

Depuis plus d’un an, la Banque Centrale Européenne (BCE) achète des obligations d’Etat pour créer de la monnaie. Des dettes publiques garantissent donc un bien public. Mais, depuis un mois, la BCE a étendu son rachat de titres à des dettes d’entreprises. Que penser de cette évolution qui rend extrêmement perplexe la plupart des économistes, y compris au sein des banques centrales qui se demandent elles-mêmes si la politique monétaire ne s’emballe pas dans sa propre dynamique ?

On pourrait argumenter que de telles obligations privées pourraient, si elles étaient acquises par des banques commerciales, contribuer au flux monétaire au travers du multiplicateur du crédit. On pourra aussi argumenter que le gisement des obligations d’Etat destinées à être refinancées par la BCE se tarit.

Mais ici, on franchit une étape supplémentaire en garantissant la monnaie par des actifs privés qui ne sont, par nature, pas exempts de risques.

Et puis, quelle est la signification de cette politique monétaire qui va conduire des émetteurs internationaux à émettre en euros pour voir leurs titres émis à taux d’intérêt minuscules refinancés par la BCE ? Quel est l’impact sur l’économie réelle ? Quelle est la relation avec la stimulation de la croissance et de l’inflation ? Je ne sais pas.

A mon intuition, il aurait mieux valu que la BCE achète auprès des banques commerciales des crédits destinés à stimuler l’investissement privé (prêts hypothécaires par exemple) ou des obligations destinées à financer des infrastructures publiques ou privées essentielles. On aurait alors pu imaginer une relation entre la politique monétaire et la croissance économique.

Aujourd’hui, je crains que la BCE commence à s’égarer.

Posté le 16 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

20 % de la dette publique europeenne est reechelonnee !

Depuis plus d’un an, la Banque centrale européenne achète les obligations d’Etat des différents membres de la zone euro en garantie de la monnaie qu’elle émet. Le rythme de ces achat s’est récemment amplifié, passant d’un montant mensuel de 60 à 80 milliards d’euros. Présentée comme une stimulation de l’économie réelle, ces injections de monnaie dévoilent progressivement leur véritable objectif : aider à financer les immenses dettes publiques que la crise de 2008 a embrasées, tout en permettant aux Etats de trouver un créancier plus complaisant que les marchés qui ne les financeraient probablement pas à des conditions aussi favorables.

Equation impossible

Incidemment, la pression à l’achat sur les obligations d’Etat conduit à une baisse de leur rendement. C’est ainsi que le taux de rendement des obligations d’Etat allemandes est proche de zéro. C’est une première depuis un demi-millénaire, c’est-à-dire la période au cours de laquelle la réforme protestante s’est distancée du prescrit pontifical d’interdiction de prélever un intérêt sur les sommes prêtées (l’interdiction du prêt à intérêt fut abolie du droit canon en 1830).

Concomitamment, la BCE impose des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts bancaires qui lui sont confiés afin que la monnaie créée ne revienne pas au passif de son bilan. Les taux d’intérêt négatifs auraient donc la fonction théorique de relancer le cycle du crédit et de l’investissement. Il n’en sera bien sûr rien pour les particuliers : des taux d’intérêt négatifs inquiètent plutôt qu’ils ne rassurent, tout en plaçant la rentabilité des banques dans une équation impossible et en contribuant probablement à une surchauffe obligataire qui se dégonflera au rythme de la normalisation inéluctable des taux d’intérêt.

Vélocité en baisse

Quel est le bilan des opérations d’assouplissement quantitatif de la BCE ? Incontestablement, l’offre accrue de monnaie a fait baisser l’euro, dont le cours de change devenait anormalement fort par rapport au dollar en période de tassement économique. Mais il est trop tôt pour en tirer la moindre conclusion car le temps court ne permet pas de juxtaposer une meilleure croissance à une injection monétaire, d’autant que le taux d’inflation reste extrêmement bas. Les circuits bancaires restent grippés et on constate d’ailleurs un phénomène inattendu aux Etats-Unis : le rythme de circulation (qu’on appelle la vélocité) de la monnaie baisse au rythme de sa création. En d’autres termes, la monnaie créée par une banque centrale compense la monnaie qui n’est plus créée par les banques commerciales.

Mais que va-t-il se passer au terme de ce gigantesque réescompte européen de dettes publiques ? Il y aura un débat politique de fond sur la gouvernance de la zone euro et les orientations de la BCE car le scénario actuel est exactement ce que les Allemands redoutaient quand ils furent contraints d’abandonner le Deutsche Mark dans le sillage de leur réunification, à savoir que la BCE devienne le comptoir d’escompte des dettes publiques. Une amplification de l’injection monétaire est donc peu probable. Tout au plus pourrait-on s’attendre à une modique prolongation des achats de dettes publiques (et de dettes privées) avant une inéluctable atténuation du rythme de la création monétaire. Si l’exemple américain est suivi, il s’agira de réduire les montants réescomptés de 10 milliards par mois. Au terme de l’année 2017, la création monétaire sera donc aboutie. Evidemment, comme aux Etats-Unis, la BCE ne va pas demander le remboursement des dettes publiques réescomptées : une fois arrivées à leur échéance, ces dettes seront remplacées par d’autres titres. On peut donc considérer que les dettes publiques placées dans le bilan de la BCE sont assimilables à des dettes perpétuelles. Ces dettes seront donc conceptuellement extraites du passif des Etats, comme si elles faisaient l’objet d’un abattement. Indirectement, la dette publique globale de la zone euro aura subi un rééchelonnement portant sur 20 % de son encours. En effet, la création monétaire portera sur un montant proche de 2.000 milliards d’euros, à comparer à une dette publique globale de la zone euro qui approchera 10.000 milliards d’euros, soit 20 %

Bien sûr, avancer l’idée d’une perpétualisation de cette quote-part des dettes publiques semble incongru. Elle est pourtant fondée : les perspectives de croissance ne permettent pas à l’épargne privée, qu’on veut justement voir se déployer vers des investissements productifs, de se réorienter vers le financement des dépenses courantes des Etats. Les dettes réescomptées par la BCE constitueront seront donc conservées et remplacées sans retour vers l’épargne privée.

Finitude et prime de risque

Ceci étant, sauf à penser qu’une déflation s’installe définitivement en Europe, la finitude de la création monétaire conduira irrémédiablement à une hausse des taux d’intérêt. Cela concernera les taux d’intérêt à long terme, mais progressivement les taux à court terme, car la politique de taux d’intérêt à court terme négatifs ne sera pas tenable. Elle est d’ailleurs vivement critiquée en Allemagne par la frange âgée de la population qui ne peut plus vivre des revenus de son épargne.

Cette hausse de taux d’intérêt constituera, entre autres, une normalisation du prix du risque : jamais les dettes publiques n’ont été aussi élevées et les taux d’intérêt bas. Le risque de crédit n’est donc pas valorisé. Ces dettes atteignent aujourd'hui des sommets inconnus en période de paix, et à tout le moins son niveau le plus élevé, en termes relatifs et absolus, depuis la seconde guerre mondiale. Or, singulièrement, le risque associé à l'importance de cette dette publique n'est pas reflété dans le taux d'intérêt. Pour s'en convaincre, il suffit de penser au fait que l'Etat belge a émis un emprunt (certes modique) d'une maturité d'un siècle à un taux nominal de 2,3 %. Si l'objectif de la Banque centrale européenne d'atteindre un taux d'inflation de 2 % est réalisé (et il le sera au terme des politiques d'assouplissement monétaire), cela signifie que le risque associé à l'Etat belge et la rémunération réelle des créanciers (c'est-à-dire leur rémunération pour la dépossession de l'épargne) est de 0,3 %. A l'intuition, ce montant est insuffisant. Il est donc probable, sinon certain, que la prime de risque souveraine, c'est-à-dire l'exigence de rémunération pour prêter à des Etats dont l'endettement augmente structurellement, va augmenter.

Ajustement monétaire

Au reste, il y a un invariant économique : il est impossible de conserver l'intangibilité du prix d'une monnaie (c’est-à-dire le taux d’intérêt) lorsque les forces et les contingences dont elle doit assurer les équilibres sont en voie de changement. Le déséquilibre des finances publiques finit toujours (et c'est une loi universelle) par corrompre et par avilir une monnaie. Cela signifie que l'excès d'endettement public conduit irrémédiablement à un ajustement monétaire, comme sa dilution dans l'inflation au travers de sa monétisation (pratique mise en œuvre par la BCE) ou par sa réduction autoritaire (comme ce fut le cas dans de nombreux pays, dont Chypre). Sans les deux cas (inflation ou réduction autoritaire), le prix de la monnaie, c'est-à-dire le taux d'intérêt, augmente puisque la stabilité du pouvoir d'achat de la monnaie n'est plus assurée et que le risque des émetteurs publics augmente.

Quand cette hausse de taux d’intérêt va-t-elle se intégrer les marchés ? Au moment où la BCE indiquera le rythme de l’atténuation de son intervention. Ce moment devrait se situer à l’automne 2016 car toute indécision serait nuisible à une information anticipative des marchés. De surcroît, la BCE sera attentive à ne pas voir se développer une bulle médiatique qui entretienne la croyance naïve que la BCE sera toujours présente pour alimenter les marchés en liquidités à bon marché.

Supernova

Le scénario idéal serait une augmentation tempérée et contrôlée qui demandera beaucoup de doigté de la part de la BCE, tant en termes d’information et de préparation des marchés qu’en termes de consensus politique. L’augmentation des taux serait alors corrélée à de meilleures perspectives d’inflation.

Le scénario catastrophique (auquel je ne crois pas) serait que cette hausse de taux soit le reflet des faiblesses de gouvernance de la zone euro et d’une gestion politique chaotique qui ranime les profonds antagonismes en termes de compréhension des phénomènes monétaires entre le Nord et le Sud de l’Europe. Il ne faut pas l’exclure : la crise grecque l’a illustré pendant 4 ans. Dans ce cadre, Bill Gross, un des meilleurs gestionnaires de fonds obligataire au monde, a récemment associé la politique de taux d’intérêt négatifs à une supernova, c’est-à-dire à la mort d’une étoile qui s’accompagne d’une augmentation fantastique et brève de sa luminosité. Selon ce financier, nous serions donc dans la luminescence d’une supernova : les valeurs des obligations seraient fantastiquement élevées avant qu’elles ne s’effondrent comme l’étoile qui implose en mourant.

Hausse graduelle

En conclusion, quel que soit l'angle d'approche, la rigueur intellectuelle conduit à devoir envisager une hausse progressive des taux d'intérêt à long terme. Il n'est donc pas raisonnable de considérer que le contexte actuel puisse perdurer indéfiniment. Je crois néanmoins que le scénario d’une hausse graduelle est le plus plausible car les Etats ne peuvent pas se permettre une brutale hausse de taux d'intérêt. Ces mêmes Etats imposeront donc leur diktat à la BCE dont l’indépendance sera subordonnée à une gestion ordonnancée de l’endettement public. Au reste, la gestion des futures crises financières sera dévolue aux banques centrales qui ont pris le contrôle des marchés. Mais, en économie comme en toutes choses, l’avenir reste, comme l’esquissait Victor Hugo, ce fantôme aux mains vides qui promet tout mais ne possède rien. Une extrême sagesse s’impose donc dans la gestion de portefeuille obligataire.

Posté le 12 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Taux d'intérêt et illumination stellaire

Bill Gross, un des meilleurs gestionnaires de fonds obligataire au monde, a récemment associé la politique de taux d’intérêt négatifs à une supernova, c’est-à-dire à la mort d’une étoile qui s’accompagne d’une augmentation fantastique et brève de sa luminosité. La métaphore céleste ramène au fait que les taux d’intérêt négatifs conduisent à une surévaluation de la valeur des obligations qui ne peut pas, sauf à penser à la perpétration de rendement négatifs, subsister. Bill Gross s’attend donc à une remontée des taux d’intérêt qui entraînerait une chute brutale de la valeur des obligations.

Selon Bill Gross, nous serions donc dans la luminescence d’une supernova : les valeurs des obligations seraient fantastiquement élevées avant qu’elles ne s’effondrent comme l’étoile qui implose en mourant.

Est-ce que Bill Gros a raison ? Peut-être, encore qu’il faille se méfier de ces gourous qui sont capables d’influencer les marchés financiers à leur bénéfice. Mais il n’empêche qu’un niveau de dettes privées et publiques jamais atteint (sous différentes métriques absolues et relatives) combiné à un niveau de taux d’intérêt qui est au plus bas depuis un demi-millénaire, c’est-à-dire la naissance de Calvin qui a extrait le temps de la sphère théologique pour lui donner un prix, c’est-à-dire le taux d’intérêt, devrait inciter à une certaine prudence.

Il faut espérer que les banques centrales aient suffisamment un contrôle suffisant du secteur financier pour éviter l’implosion stellaire.

Posté le 6 juin 2016 par Bcolmant Réactions | Réagir

Réhabiliter l'Etat

Depuis les attentats, qui catalysent un gigantesque traumatisme, un sentiment d’amertume se répand dans la population. Au sujet de cette terrifiante réalité terroriste bien sûr, mais aussi et surtout sur le déchaînement des conflits sociaux et politiques qui s’y superposent.

Un malaise grandissant

Incontestablement, il se passe quelque chose. Certains, parmi les plus âgés, ressentent uniquement une gêne ou un embarras. D’autres, plus nombreux, pressentent une érosion. Je veux dire une véritable usure, pas l'expression mondaine ou convenue de ceux qui qui disent que tout change en espérant que rien ne les affectera. De plus en plus de Belges s’interrogent sur leur pays et sur son futur. C’est un courant froid et lancinant qui révèle un scepticisme et une intranquillité par rapport à l’avenir. En vérité, la Belgique est déçue de mal vieillir. Depuis la crise de 2008, elle réalise qu’elle a vécu comme un rentier que l’angoisse de manquer ronge à la fin de sa vie. La confiance s’amenuise. Les malaises se conjuguent pour devenir une inquiétude citoyenne. Le découragement s’installe.

Tout se mêle et s’entrechoque : un climat anxiogène suite aux attentats, un monde politique au projet sociétal insuffisamment lisible, des déchirements culturels, des syndicats menant certains combats inintelligibles et dispersés devant un patronat qui s’éloigne, une fracturation politique entre les communautés avec des configurations politiques fédérales qui deviennent mutuellement exclusives en termes de représentation régionale majoritaire, une mobilité anéantie et étouffante, une justice exsangue et véhémente devant sa subordination institutionnelle, des prisons asphyxiées, des écoles désargentées, etc. dans un contexte où l’Europe est en questionnement sur sa propre réalité. Devenue notaire d’une technocratie, cette dernière étouffe sous des nœuds coulants. L’Europe du traité de Rome reflue même vers les Etats-nations du 19e siècle. De surcroît, la zone euro est défunte de croissance suffisante et les perspectives économiques sont peu réjouissantes.

En perte de repères

En vérité, tous, depuis le début de la crise de 2008, nous sentons que quelque chose nous échappe. Cette crise n’est pas comme les autres. Le Royaume apparaît inhibé et ses forces vitales l’abandonnent. La Belgique devient inquiète et cultive un sentiment d’impuissance. En quelques années, nos préoccupations sont devenues locales, comme si le pays avait abandonné l’idée d’être l’acteur d’un destin. Est-ce de la mélancolie ? L’épuisement du modèle d’après-guerre ? Ou, pire, est-ce une dépression morale ou un burn-out sociopolitique? C’est difficile à dire. Alors que la mondialisation rend un pays comme la Belgique plus petit, il est singulier de penser que nous en réduisons volontairement la taille jusqu’à ne plus en faire que le passager clandestin de ses voisins. Haletant de réformes en révisions constitutionnelles, le pays n’a pas été dirigé avec une stratégie claire. Il a été administré par inertie ou abstention. Contrairement à d’autres nations où les tenants du pouvoir sont clairement identifiés, la mutation de l’Etat n’a plus autorisé de visions larges, mais a plutôt entraîné des soustractions d’énergie. Sa configuration politique conduit à multiplier ses référents. Il n’y a plus de « père » de la nation. Or un pays, comme toute assemblée humaine, a besoin d’une figure centrale vers laquelle polariser son énergie, positive ou négative. En termes sociologiques, l’impossibilité d’identifier cette figure centrale conduit à la désorientation. C’est ce que nous vivons actuellement.

Partir ou rester ?

Bien sûr, chacun aura une perception circonstancielle et subjective du bouleversement, mais il se fait que depuis plus d’une vingtaine d’années, je consacre, par passion et avec conviction, un temps considérable à l’enseignement de l’économie dans plusieurs institutions universitaires des trois régions du pays, à des étudiants de fin de cycle. Quelque chose d’accablant a profondément changé ces dernières années : un nombre croissant d’entre eux ne voit plus son avenir en Belgique. Certes, on argumentera qu’il y a loin de la coupe aux lèvres et que l’enthousiasme des programmes Erasmus suscite la légitime jubilation de croquer la vie et de courir le monde. L’envie du large soufflette toujours les joues des audacieux et puis, les étudiants apprennent la gestion et l’économie, des disciplines naturellement internationales qui suscitent le déplacement géographique. On me rappellera aussi, à juste titre, que seuls certains auront la possibilité de partir et que la majorité des étudiants, moins qualifiés, n’auront pas le choix de la mobilité géographique ou même l’envie.

Et pourtant, je crois que quelque chose de plus profond se disloque lorsque j’écoute les parents de ces étudiants. Je n’en connais que peu qui ne recommandent pas à leurs enfants de choisir des métiers qui leur octroieront la mobilité géographique professionnelle. Si cette orientation épouse parfaitement la fluidité de l’économie digitale et la mobilité des hommes et des capitaux, il y a aussi, dans l’angle mort de cette réflexion, un navrant constat d’abandon du pays alors que ces jeunes en sont l’avenir et que le système éducatif est le legs des générations précédentes ! Ces jeunes ne voient qu’une dette publique, des conflits sociaux, des dysfonctionnements et des problèmes de pensions qui  leur sont étrangers et surtout une absence de bienveillance sociale.

Crise des valeurs

Dans les discours politiques et les médias, on parle peu de l’avenir des jeunes. Il n’y a pas assez de mots sur leurs débouchés professionnels et l’optimisme qui devrait leur être offert. Ces jeunes apprennent que la crise serait une réplique de celle des années trente, mais rien n’est dit sur leur futur. À l’instar de ce qui se passe dans tous les autres pays européens, ces jeunes ne comprennent pas pourquoi les problèmes des deux générations auxquelles ils succèdent ont été arbitrés à leur détriment. L’emploi se dissipe et ils entendent qu’ils seront débiteurs des dettes de la génération précédente. Ils prennent conscience du fardeau de l’endettement public, qu’ils ne voudront ni n’arriveront à éponger.

Alors, que leur expliquer ? Quelque chose doit s’être fissuré dans l’économie belge. En une dizaine d’années, nos communautés se sont profondément transformées au détriment de la solidarité sociale et générationnelle. Et puis, il y a un autre facteur, dont nous ne soupçonnons pas l’envergure considérable : la perte des valeurs morales supérieures, qui cimentent la pensée collective.

Je crois donc qu’il faut faire très attention car la jeunesse s’enfuit. Sinon physiquement, à tout le moins mentalement, du Royaume. Au reste, c'est l’écrivain français Bernanos qui avait probablement raison quand il suggérait que tous les vingt ans, la jeunesse posait aux vieillards une question à laquelle ils n'ont pas de réponse. Mais un pays qui ne se consacre pas totalement à sa jeunesse, c’est un pays qui échoue.

Temps étatique

En résumé, les crises successives révèlent une fin de modèle. La fin d’un modèle de complaisance, de manque de vision, de déficit de perspectives. Il est indispensable que, faute d’homme providentiel, ceux qui dirigent le Royaume indiquent, au risque de l’impopularité, quel est son avenir social et politique dans un cadre moral apaisant car le pays manque de lisibilité sur son futur, quel qu’il soit. S’il y a des périodes politiques, il faut désormais un temps étatique. Il convient de retrouver un tracé moral. Il faut un Etat et des régions forts, non pas au sens de l’autoritarisme qu’ils peuvent exercer, mais de l’autorité qui peut en rayonner. Il faut, avant tout, un Etat qui rassure. Du reste, il se pourrait que certains imaginent que le rôle de l’Etat puisse diminuer en abandonnant ses attributs régaliens au profit d’une économie de marché spontanée. D’autres mettent aussi en question le sens du pays et la valeur de l’Etat, mais c’est un cul-de-sac. J’ai étudié et vécu aux Etats-Unis : dans ce temple du capitalisme entrepreneurial, l’Etat est fort et ses expressions immensément respectées.

Ce qui importe, c’est une vision longue qui promulgue la cohésion sociale, la solidarité politique et la bienveillance économique. C’est donc dans des valeurs intégrées et respectées que se situe la solution. Ces valeurs partagées sont la solidarité et le respect de l’autre. C’est surtout et d’abord l’instruction publique et civique. Ce sera un travail permanent car des valeurs se construisent plus qu’elles ne se postulent.

L’Etat doit être réhabilité et, sans être providentiel, redevenir protecteur. Mais comment ? Il n’existe aucun chemin défini, sinon l’ascèse de subordonner toute action politique à l’intelligence du dialogue. Il ne s’agit pas de soumettre les inclinaisons idéologiques à un ordre moral, inexistant, mais bien de chercher, exclusivement dans le dialogue et l’écoute de l’autre, la tempérance dans les rapports sociaux. Car j’ai la conviction, dans ces temps tumultueux, que les rapports de force ne créent aucune harmonie sociale. Et j’ai peur d’une chose, à savoir que les chocs profonds que nous traversons ne soient utilisés par certains acteurs comme pieds-de-biche dans une logique opportuniste plutôt que d’union. Mais cela ne mènera nulle part.

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