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Posté le 27 février 2017 par Bcolmant

Dettes publiques à 100 ans = retour de l'inflation ...

De nombreux pays, dont la Belgique, ont récemment étendu la maturité de certaines lignes d’obligations jusqu’à un siècle. Les Etats-Unis envisagent la même démarche afin de tirer profit du contexte de taux d’intérêt bas. Si cette initiative est louable dans la perspective d’un gouvernement, et donc d’un contribuable, elle devrait inciter à la prudence dans le chef des investisseurs. En effet, une dette publique est un postulat sur la stabilité politico-étatique.

Or, qui peut, raisonnablement, formuler la moindre anticipation sur des événements qui pourraient se concrétiser dans cinq générations ? Il y a un siècle, en 1917, qui pouvait anticiper la fin de la première guerre mondiale ? Et qui pouvait prévoir l’avènement du bolchévisme, ainsi que l’éruption de la seconde guerre mondiale 22 ans plus tard.

De surcroît, une dette à un siècle est, à mon intuition, un signe d’inflation. En effet, le moyen le plus civilisé pour diluer une dette publique dans le temps est de la rogner par l’inflation. La technique est ancestrale. Il suffit de penser aux alchimies monétaires de l’Empereur Constantin ou de Philippe le Bel, sans oublier le scandale des assignats français, l’hyperinflation de Weimar et les confiscations monétaires diverses et variées comme l’opération Gutt de 1944.

En France, par exemple, le taux d’inflation s’est établi, au cours du vingtième siècle, à environ 8 %, y compris les périodes de guerre. Aux Etats-Unis, ce taux est supérieur à 3 % entre 1913 (année de la création de la Federal Reserve) et 2013. Tous ces taux sont largement supérieurs aux probable taux d’intérêt d’emprunts à un siècle, compte tenu des circonstances monétaires contemporaines caractérisées par une (très temporaire !) désinflation

L’inflation n’est aucunement une solution souhaitable puisqu’elle fait peser un risque d’auto-alimentation et d’augmentation nominale des dépenses de l’Etat. Mais elle me parait s’imposer comme une conséquence, voire un débouché, inéluctable de l’endettement public. En 2010, avec une extraordinaire lucidité, Jacques Attali avait avancé que « pour éviter un désastre, il faudra avoir le courage politique de déclencher l'inflation assez tôt pour qu'elle soit utile, et d'engager,  quand l'inflation dépassera les 5% par an, un programme de stabilisation des prix, très rapide et brutal». Bien sûr, l’inflation appauvrit le rentier d’autant que l’épargne est investie en titres à revenus fixes. Mais, comme l’avançait Keynes (1883-1946), il est « plus grave, dans un monde appauvri, de provoquer le chômage que de décevoir le rentier ». Malheureusement, on sait ce qui en est advenu : le dogmatisme rhénan a prévalu sr le pragmatisme (et le paganisme !) anglo-saxon.

Voilà ce que j’écrivais moi-même en 2010 : Je garde cette conviction confortée par l’élongation des maturités de dettes souveraines, que les États ont peut-être fait un calcul en deux, voire trois temps, qui consiste à baisser les taux d’intérêt au plus bas, afin de refinancer leurs dettes à des conditions exorbitantes tout en pouvant les escompter auprès des banques centrales, avant de voir l’inflation déprécier ces mêmes dettes et/ou permettre leur rachat à des conditions avantageuses, et d’appauvrir ses citoyens par un impôt inflationniste lancinant. Et lorsque l’inflation surgira, elle causera un appauvrissement insidieux mais aussi un défi à surmonter pour la population. Ce sera une sorte d’impôt implicite dont l’Etat pourra rejeter la responsabilité politique de la cause.

Méfiance, donc.

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