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Posté le 12 février 2017 par Bcolmant

Un terrible réveil des dettes publiques ?

Il n'aurait pas fallu écouter Jean-Claude Trichet quand, Président de la BCE, il était halluciné par une ectoplasmique inflation qui lui fit, à deux reprises et contre toute raison, augmenter les taux d’intérêt directeurs de son institution, au printemps de l’année 2011, c’est-à-dire au milieu de la crise grecque. Quelques mois plus tard, son successeur s’empressa d’extourner ces décisions avant de devoir admettre la gravité de la situation monétaire au point qu’il en fut réduit à devoir tout faire pour « sauver l’euro ».

Mais, aujourd’hui qu’il est confiné à des charges académiques, il faut écouter Jean-Claude Trichet lorsqu’il prédit un « terrible réveil » si on continue à creuser les dettes publiques.

Cette prophétie ne peut pas être dissociée de la construction de l’euro puisque les dettes publiques servent désormais, pour un montant qui atteindra 2.200 milliards d’euros, à garantir la monnaie créée par la BCE pour combattre le manque d’inflation. En effet, l’euro n’est plus créé naturellement par le multiplicateur bancaire, c’est-à-dire la séquence des prêts et dépôts qui anime le flux monétaire : il faut injecter un stock de monnaie pour compenser le ralentissement du flux monétaire bancaire. Il faut même imposer des taux d’intérêt négatifs pour décourager une irrépressible thésaurisation.

Le constat de l’euro confirme que la construction de l’euro porte en elle ses propres contradictions. Il est impensable d’imposer, avec le même niveau de prospérité, une monnaie homogène à des économies dissemblables. L’euro est donc confronté au manque de synchronicité entre les économies des Etats-membres, ce qui se traduit par des différentiels d’endettement et des déséquilibres de balances commerciales (c’est-à-dire l’importance relative des importations et des exportations).

Mais, aujourd’hui, ce même euro constitue un effet d’aubaine extraordinaire pour les pays du Nord européens qui bénéficient temporairement de taux d’intérêt faibles grâce à l’impression monétaire de la BCE. Cet effet d’aubaine est accentué par le fait que toute rupture de la zone euro conduirait à agripper ces pays, dont la Belgique, à une zone Deutsche Mark étendue, au prix – c’est vrai – d’une réévaluation qui serait désinflationniste mais conduirait à ne pas altérer l’épargne constituée.

Au Sud européen, les taux d’intérêt sont faibles mais cet avantage sera gommé par la finitude de la création monétaire. Ces pays, dont l’Italie, seront confrontés à des dettes publiques insupportables dont la hauteur engagera la question de l’arrimage à l’euro. En effet, ces dettes sont libellées dans une devise qui est trop forte par rapport à leur économie. Ces pays du Sud ne pourront pas prétendre à rejoindre la zone Deutsche Mark. Le cas de la France est, à cet égard, intrigant puisque ce pays se situe aux confins de deux agrégats économiques.

Quel est alors l’aboutissement de cette situation si les pays du Sud ne font pas sécession monétaire ? Les dettes publiques seront immanquablement rééchelonnées au prix d’une ruine partielle des épargnants. De quel pourcentage sera ce rééchelonnement ? Il sera, à mon intuition, de l’ordre de la dévaluation que certains pays faibles auraient subie s’ils avaient conservé leur devise originelle. Mais attention : il s’agit de la dévaluation cumulée depuis la cristallisation des cours de change en 1999. Ce sera donc un abattement de dette de l’ordre d’au moins 25 % en Italie et peut-être autant en France. Cet abattement sera sans doute insidieux car il sera mis en œuvre sous forme d’une consolidation de dettes, assortie d’une perpétualisation de leurs échéances.

Scénario improbable ? Non, puisque c’est exactement ce que fait la BCE lorsqu’elle acquiert…à perpétuité des dettes publiques des Etats-membres de la zone euro.

Cette fois-ci, Jean-Claude Trichet aura eu raison.

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