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Posté le 10 mars 2017 par Bcolmant

Scandales politico-financiers : d'un pavé au déplacement latéral d'un crayon...

Depuis les révélations des récents scandales politico-financiers, un nombre grandissant des Belges sont perplexes, déçus et surtout très inquiets des déficits moraux qui affectent nos communautés. La moitié des électeurs wallons disent modifier leurs intentions de vote. Bien sûr, l’érosion du temps et l’écœurement médiatique feront leur œuvre. Il n’empêche : les bruyantes expressions de moralisation de ceux qui espèrent secrètement que rien ne change sont désormais caduques.

Je suis certain qu’on sous-estime complètement la difficulté de l’exercice de l’État : la gestion publique est extrêmement complexe. La fragile mécanique institutionnelle reflète la nécessité de composer avec des langues, et cultures différentes. De surcroît, les hommes politiques sont soumis au vote médiatique permanent. Ils doivent apporter constats, projets et prospective. Choisir une carrière politique est donc une décision de carrière éminemment respectable qui exige, pour en faire un aboutissement sociétal, de nombreuses humilités et renoncements.

Mais, à côté de cela, certains protagonistes d’outrances financières se rendent-ils compte que ce sont leurs actes qui aliment une frustration populaire dont ils s’émeuvent candidement dans leurs interviews des émissions radiophoniques du matin ou de la presse du week-end ? Sont-ils conscient que, parce que la population est âgée, c’est derrière le rideau d’un isoloir que le vote se déplace et non plus dans le jet d’un pavé ? Ont-ils pris la mesure de l’intranquillité de notre pays qui est affecté de déséquilibres multiples et grandissant dont ils n’ont pas été à la hauteur ? Je parle de réalités financières, comme la gestion des finances publiques et des pensions, mais aussi des problèmes de mobilité, de sécurité, de « vivre-ensemble » ? Moins d’un an après les attentats, ont-ils intégré le fait que ce pays est en grave malaise ? En profond mal-être ? Le Royaume est inhibé. L’Etat est devenu administré plutôt que guidé. Depuis longtemps, la démocratie représentative a été capturée par une particratie. Mais c’est peut-être plus grave : cette dernière est remplacée par une opaque technocratie au contrôle démocratique imprécis.

Au lieu de prendre le recul de la réflexion et le grand angle du temps, notre pays trouve, de manière introvertie, son occupation dans l’immédiateté. Tout se passe comme si le mouvement se substituait à la pensée stratégique et comme si l’addition des fluences politiques quotidiennes emplissait le vide de l’expression étatique. Que ce soit dans le domaine politique ou syndical, tout le monde veut exister mais sans contribuer à une œuvre commune. Pour peu, on ferait un parallèle avec les égarements de la quatrième république française qui fut balayée par de Gaulle.

Mais, en vérité, ce ne sont pas, en tant que telles, les révélations de rémunérations occultes de mandataires qui me préoccupent. Officiant dans les secteurs publics, privés et académiques, je sais, comme de nombreux responsables de ces institutions, que derrière des défraiements, il y a très souvent des années de dur labeur, d’études et de renoncement. Je réfute les fluences populistes qui, au motif d’une légitime inquiétude devant la mondialisation et d’une économie qui ne trouve pas ses bases stabilisées, rejette des « élites » dont on ne peut que reprocher la difficulté à trouver des solutions plutôt que de s’être structurées. Je ne serai donc pas de ceux qui blâment le secteur public alors que les égarements bancaires des années 2006-8 ont failli faire imploser le système monétaire

Ce qui me préoccupe, c’est que ces scandales révèlent les côtés sombres de la Belgique, cette couche obscure du Royaume du siècle passé qu’on ne peut plus assimiler aux murs mitoyens de la concertation sociale. Il y a des circuits d’économies qui plaident pour la transparence tout en se l’empêchant.

Ce qui importe désormais, c’est d’avoir un agencement politique qui promeuve la cohésion sociale et l’espérance dans un monde où les bouleversements sont trop nombreux pour pouvoir être compris et intégrés par une population inquiète et désemparée. Quelles que soient leurs formulations, les modèles préconisés par les tribuns de l’extrême ne sont, à mon intuition, que d’éphémères et destructrices expressions médiatiques. La Belgique n’a que faire des vendeurs de grands soirs et autres locutions stériles d’isolationnisme économique. Le pays est exténué par une gestion politique qui soustrait les énergies plutôt qu’elle ne les multiplie. Notre pays a besoin de concentration, de concertation, d’alignement et de promotion de valeurs vertueuses qu’on pourrait englober dans un vocable de patriotisme. Il faut que la critique soit orientée vers une confiance nationale. Les hommes de caractère sont rares. Plus nombreux sont ceux qui cèdent à la prudence, à l’esquive ou à l’abstention.  Plus que tout, il faut des hommes jeunes, engagés et à la rigueur morale et intellectuelle irréprochable. Il faut des hommes qui expliquent la complexité du monde, la signification des enjeux sociétaux et les valeurs du contrat social et sociétal.

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