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Posté le 5 mars 2017 par Bcolmant

Taux d’intérêt : si l’Eglise avait eu raison ?

La position de l’Eglise catholique par rapport a taux d’intérêt a été dictée par des contingences économiques. Mais à l’heure où les gigantesques créations monétaires et les taux d’intérêt bas, voire négatifs, n’arrivent plus à extraire l’économie de sa torpeur, je me demande si, de loin en loin, le précepte scholastique ne revêt pas une certaine validité.

La position dogmatique défendue, des siècles durant, par le magistère de l’Eglise s’est exprimée contre le prêt à intérêt, c'est-à-dire l'enrichissement au fil du temps : nul n’est maître du temps, excepté Dieu. Or, c'est précisément le rapport à la monnaie, donc au temps qui discrimine les modèles économiques. Le temps, c’est de la monnaie, et l’intérêt n’est rien d’autre que le fruit du temps appliqué à la monnaie.

Alors que la religion catholique formule un précepte vital de confiance et d’épanouissement tant elle intériorise, au sein de chaque homme, la guidance du Bien, le corps ecclésiastique n’a jamais montré beaucoup de bienveillance par rapport à la monnaie car ce dernier est source de tentation et un obstacle à l’entrée dans le royaume de Dieu. L’évangile de Luc avance que « les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir la pareille… faites du bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très Haut ». La position de l’Eglise catholique par rapport au commerce et au profit se retrouve dans le « Homo mercator vix aut numquam potest Deo placere » : le commerçant peut agir sans pécher, mais il ne peut pas être agréable à Dieu.

L’Eglise catholique s’est toujours méfiée du caractère impersonnel des relations mercantiles qui soustraient l’homme à l’influence religieuse. Thomas d’Aquin qualifiait de turpitudo – honte - la recherche du profit et se refusait à lui accorder une valeur éthique positive. Pour ce philosophe scholastique, ce n'est que naturali ratione – c’est-à-dire parce que la Nature l’y oblige - que le travail est nécessaire à la subsistance de l'homme.

La religion catholique est intimement fondée sur l’ordonnancement du temps : la résurrection et l’éternité, sur lesquels repose la trame biblique, ramènent à des vecteurs de temps. Un des messages de la Bible est l’offre du temps, faite par Dieu aux hommes. En même temps, le temps est divin car l’infini passé et à venir est, par essence, inimaginable (c’est-à-dire qu’il est impossible à conceptualiser, ne fut-ce que dans son infinitude) pour l’homme. Le temps chrétien est linéaire : il est borné par la Création et l'Apocalypse. La linéarité du temps catholique est frappante quand on consulte les conclusions du Concile de Nicée de 325 : « Pour ceux qui disent : "Il fut un temps où il n'était pas" et "Avant de naître, il n'était pas" et "Il a été créé du néant", ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d'une autre substance ou d'une autre essence, ou qu'il est soumis au changement ou à l'altération, l'Église catholique et apostolique les déclare anathème ».

Tout ceci a conduit à réfuter le prêt à intérêt, très éloigné de la charité. Pendant très longtemps, l’Eglise considéra que l’intérêt était le profit extorqué de la monnaie prêté : un « vol du temps » alors que le temps n’appartient qu’à Dieu. Dans les évangiles, Jésus range la monnaie parmi les puissances qui asservissent l’homme. Un nom démoniaque est donné dans l’évangile de Matthieu à la monnaie : Mammon. Jésus avance que « Nul ne peut servir deux maîtres... Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Matthieu 6, 24).

Aujourd’hui des taux d’intérêt nuls s’assimilent à un temps gratuit. C’est même pire : les prix augmentent plus vite que le niveau des taux d’intérêt, conduisant à un reflux temporel du pouvoir d’achat. Ce dernier baisse avec le futur. Tout se passe comme si le produit du vol du temps était restitué.

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