Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 28 avril 2017 par Bcolmant

Et encore la taxation des plus-values…

Bruno Colmant - Soir Plus 2017 03 25L’expression politique est le reflet de consensus. Cette réalité, à laquelle nous nous sommes accoutumés, explique que la fiscalité belge relève d’ajustements budgétaires plutôt que d’une réflexion conceptuelle globale. Au reste, le Royaume n’a jamais réussi à formuler d’importantes réformes fiscales qu’après les guerres.

En même temps, la dérive de la fiscalité belge est accablante. Notre Etat est un des plus taxateurs du monde. Cette situation ne se traduit pas dans des mécanismes de solidarité  optimaux puisque notre taux de pauvreté et d’inégalité n’est pas significativement meilleur que celui de nos concurrents économiques. En un mot comme en cent : le modèle d’Etat-providence  ne démontre plus son efficacité, puisqu’il n’octroie pas de confort collectif supérieur malgré une fiscalité plus lourde et, surtout, un endettement public excessif.

Aujourd’hui, la question fiscale d’importance porte sur la réforme de l’impôt des sociétés. Cette dernière est indispensable. Notre pays a perdu ses centres de décisions. Notre dépendance par rapport aux entreprises étrangères est extrêmement dangereuse et fragilisante. Au Sud du pays, le modèle s’oriente vers une économie mixte. La plupart des entreprises marquantes sont détenues ou soutenues par les pouvoirs publics . Au Nord, c’est différent : l’économie de marché est plus résiliente.

C’est pourtant du Nord du pays que bruisse le débat portant sur la taxation des plus-values. Ce débat ne relève pas d’une quelconque idéologie ou d’une logique mathématique. Il s’agit d’un impôt symbolique et de rendement minime. Mais qu’importe que le capital à risque, qui est le vecteur de croissance de toute économie, soit plus taxé dans ce pays qu’ailleurs. Qu’importe que l’épargne, pourtant abondante, des Belges stagne dans des carnets de dépôt stériles alors que son redéploiement pourrait transformer la Belgique en exemple mondial d’entreprenariat. Qu’importe que la fiscalité inhibe toute démarche de mise à risque du capital. Pour certains : il faut taxer les plus-values alors que les revenus du capital à risques sont, au minimum, taxés à 54 %.

Je maintiens que, sous l’angle de la fiscalité, la taxation des plus-values est une erreur conceptuelle. Cette conviction est démontrable facilement sous l’angle de la mathématique et de la fiscalité. Mais une chose m‘apparait plus inquiétante : c’est que l’immunisation fiscale des plus-values reste, malgré sa justesse conceptuelle, un des seuls atouts de notre pays en matièr e d’impôt puisque nous sommes un des pays les plus taxateurs du monde. Quelle est, au reste, la logique de taxer des plus-values alors qu’en même temps, on promeut des mesures destinées à capitalisées les start-ups …dont la finalité est de susciter l’innovation, l’emploi, mais aussi de la richesse …sous forme de plus-values.

Ceux qui voudraient introduire cette disposition porteraient une énorme responsabilité. Et qu’on ne me dise pas qu’il faut brider la spéculation néolibérale d’une mondialisation désordonnée par une taxation ancillaire et symbolique dans un pays où l’Etat brasse déjà plus de 50° % du PIB, ce que même Marx n’aurait osé espérer …

 

Réactions