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Posté le 3 mai 2017 par Bcolmant

L'euro ne peut pas devenir un alignement sur les normes de compétitivité allemandes

20111126_CNA400Que Marine Le Pen ou Emmanuel Macron remporte l’élection présidentielle française n’y changera rien : la question de la soutenabilité de l’euro au sein de l’économie française est engagée. Même si les citoyens ne réalisent pas l’envergure du désordre qui serait associé à l’abandon de la monnaie unique, c’est une autre question sous-jacente qui est engagée, à savoir la pérennité des ordres sociaux une économie éreintée par la crise.

Que s’est-il passé ? L’euro était une utopie. Il est entré par effraction dans l’histoire. Ce cambriolage monétaire s’est effectué au moment de la réunification allemande. Certains profitèrent de cette situation afin de diluer l’Allemagne dans un agrégat monétaire au sein duquel sa dominance économique serait partagée. Dans un premier temps, la monnaie unique bénéficia d’un effet d’aubaine : les pays de Nord troquèrent leur notation de crédit souveraine (rating) dont bénéficièrent les pays du Sud, contre la disparition des réévaluations régulières qui affectaient leurs monnaies. Les capacités d’exportation allemandes et hollandaises en furent (et en sont toujours) démultipliées tandis que l’endettement public et privé put croître à des conditions financières inespérées au sein des pays méditerranéens, dont la France. Trois crises en rafale (les subprimes, la banqueroute grecque et la crise souveraine des pays du Sud) pulvérisèrent ce fragile état stationnaire.

C’est à ce moment que l’Europe donna la mauvaise question à un problème pourtant bien posé. Plutôt que de s’engager dans une politique keynésienne de déficit budgétaire et un assouplissement monétaire immédiat (auquel les Etats-Unis et le Royaume-Uni procédèrent dès 2009), la zone euro s’enferra dans une politique d’austérité conduisant à des dévaluations internes, c’est-à-dire des diminutions salariales destinées à reproduire l’effet d’une dévaluation. Les conséquences en furent immédiates : ces pays du Sud européens, dont la croissance est incidemment fondée essentiellement sur la consommation interne plutôt que sur l’exportation (à part le tourisme et l’agriculture) basculèrent dans la récession et puis la dépression.

Peut-on, pour autant, faire le reproche de la gestion de l’euro aux Allemands qui durent accepter, comme la dernière clause du Traité de Yalta, d’abandonner leur souveraineté monétaire pour recouvrer leur souveraineté monétaire après la chute du mur ? Non. L’Histoire allemande y est pour beaucoup. Si les Etats-Unis sont hantés par le spectre de la grande dépression des années trente, c’est le fantôme de l’inflation de 1923 et de 1946 qui habite l’Allemagne. L’inflation d’entre les deux guerres a conduit à la névrose hitlérienne. Les américains, par contre, vivent dans l’enseignement que la Grande Dépression des années trente aurait pu être évitée su le gouvernement Hoover n’avait pas maintenu la parité d’un dollar surévalué et la contraction des déficits budgétaires. On retrouve l’antagonisme ancestral entre le pragmatisme anglo-saxon et le rigorisme idéologique rhénan. Pour les Allemands, on ne peut pas acheter de la croissance et de l’emploi avec de l’argent et de l’endettement. C’est ainsi qu’au sein de l’Europe, les pays du Nord réévaluaient leur monnaie par le travail tandis que les pays du Sud la dévaluaient pour le travail, c’est-à-dire pour rétablir un équilibre entre le capital et le travail.

Sans modification idéologique portant sur l’utilisation de la monnaie pour stimuler l’emploi (c’est)-à-dire par l’acceptation d’une inflation élevée), l’euro ne peut survivre que si les Etats-membres s’alignent sur les normes de compétitivité du pays le plus fort, à savoir l’Allemagne. Mais les dynamiques et les typologies des pays sont différentes. Les mouvements populistes ne peuvent donc pas être dissociés de l'euro. Ces mouvements savent qu'il n'est pas possible de modifier des ordres monétaires cristallisés dans des traités inviolables. Ils veulent donc sortir de l'euro faute de pouvoir en altérer la gestion.

Aujourd’hui, certains mouvements politiques réfutent la monnaie, c’est-à-dire l’attribut ultime de la souveraineté publique. Face aux forces centrifuges qui risquent de désintégrer l’euro dans un chaos eschatologique qui va désintégrer le capital, il ne suffit pas d’invoquer la fatalité, car c’est le meilleur moyen de déresponsabiliser les hommes qui sont censés tracer l’histoire. Il faut, à tout prix, resserrer l’axe franco-allemand et amplifier l’interdépendance de ces deux pays. Il faudra aussi des avancées institutionnelles spectaculaires. Il faut donc que l’euro retrouve sa légitimité fiduciaire et reflète, de manière spontanée, les rapports des forces sociales plutôt que des normes de compétitivité inaccessibles.

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