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Posté le 1 mai 2017 par Bcolmant

Retour au franc français : le coup d’Etat monétaire et la ruine économique

360px-Recto_d'un_billet_de_50_francs_de_1967Certains, en France, préconisent le retour du franc français, affirmant que, dans un an, la baguette serait payée en francs. C’est possible. Mais, à part ce qui est uniquement produit localement ou les biens et services dont les contenus importés peuvent être remplacés par des équivalents français, la France subirait une vague d'inflation importée. Le franc français serait probablement déprécié de 15 % à 20 %. Un sabordage monétaire signifierait une ruine de l’épargne bancaire, mobilière et immobilière, et des chaos indescriptibles portant sur le blocage des banques, des restrictions à la mobilité des capitaux et des personnes ainsi que le rétablissement de frontières étanches. Les banques françaises seraient probablement pulvérisées avant d’être évidemment nationalisées, comme Mitterrand le fit au début des années quatre-vingt. Il y aurait une fuite massive de capitaux et l’arrêt de tout investissement étranger. Qui investirait encore en France si ce n’est pour tirer temporairement profit du prix d’actifs déclassés mais instables ? Si l’euro est une monnaie de réserve reconnue par le FMI, le franc français (dont je ne vois comment il pourrait être dissocié l’euro dont il est un des constituants) serait expulsé du bilan des banques centrales, d’autant qu’un retour du franc français s’assimilerait à un défaut étatique entrainant une envolée mortelle des taux d’intérêt. Des chocs sociaux très durs seraient à attendre, conduisant à des formulations autoritaires. Outre la perte de représentation de l’Europe au niveau mondial, la paix serait remise en cause à un moment fragile de l’état du monde.

Je le répète : en cas de sabordage monétaire, ce sera une ruine pour le capital, des ruées sur les banques qui devront appliquer des restrictions aux mouvements en espèces, des faillites bancaires (sauf à les nationaliser évidemment), une chute des prix de l’immobilier et une bourse dont le décrochage se transformerait en trou d’air. Et c’est d’une grande naïveté de croire qu’on se détache d’une union monétaire en postulant que les autres pays y restent attachés.Les pays méditerranéens devraient, eux aussi, probablement quitter l’euro car leurs devises deviendraient trop fortes par rapport à un franc français déprécié. La monnaie unique serait donc pulvérisée. Les pays du Sud de l’Europe refuseraient, encore plus qu’aujourd’hui, de s’aligner sur les normes de productivité allemandes, qui leur sont d’ailleurs inaccessibles. Pour appréhender cette réalité, il faut se convaincre du fait que l’Espagne ne retrouvera son niveau de richesse produite annuellement que cette année. Ce sera en 2020 pour le Portugal, 2024 en Italie…et dans une vingtaine d’années pour la Grèce. Il s’en suivrait des vagues de protectionnisme, voire d’isolationnisme, et des dévaluations en cascade dans une guerre des monnaies qui ne serait pas limitée à l’Europe. Pour s’en convaincre, il faut replonger dans les troubles monétaires qui ont suivi l’abandon de l’étalon-or par les Etats-Unis, en 1971, à une époque où les économies étaient pourtant moins intégrées.

Une zone Mark se reformerait autour de l’Allemagne, l’Autriche et le Benelux. Cela signifierait accessoirement pour la Belgique un choc de compétitivité très négatif à l’exportation car, à part l’Allemagne et les Pays-Bas, nous serions concurrencés par des monnaies plus faibles.

Cet aggiornamento monétaire pourrait, à mon intuition, semer les germes d’une crise financière mondiale. Il faut donc espérer que ce funeste scénario ne se réalise pas. Mais, en même temps, les germes d’une implosion de la zone euro sont vivaces. Il faut reconstruire, dans la solidarité et le renforcement de l’axe franco-allemand, une monnaie qui soit plus centrée sur l’emploi, et un peu moins sur la protection désinflatée du capital car cela nous a conduits à un abîme de déflation.

Il faut donc que des hommes et des femmes politiques courageux et de haute tenue morale se lèvent pour corriger l’incompétence économique, la myopie sociologique, la méconnaissance de l’Histoire et de ses arrière-plans religieux ainsi que la poltronnerie politique de nombreux dirigeants européens qui n’ont pas voulu dépasser l’Europe des Etats-nations alors que le choix d’une monnaie unique était posé.

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