Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 10 juin 2017 par Bcolmant

Dettes publiques : on dirait le Sud...

Nino-ferrerAu sein de la zone euro, la dette publique va bientôt atteint 90 % du PIB, auxquels il faut ajouter la dette cachée, c'est-à-dire une partie du coût du vieillissement de la population. Les critères de Maastricht ayant fixé le seul d'une dette publique supportable à 60 % du PIB, cela signifie que l'excédent de dette publique atteint 3.100 milliards d'euro, soit près de 8 fois le PIB belge. Cette dette s'est indubitablement enflammée à cause de la crise économique et des sauvetages bancaires. Une parie de cette dette est – il est vrai – réescomptée par la BCE qui l’utilise comme garantie pour créer de la monnaie.

Evidemment, on peut argumenter qu'une dette publique est, comme le suggérait Karl Marx, un capital fictif. Elle n'est jamais remboursée et se dilue au gré des années dans un refinancement permanent. Sous cet angle, on peut imaginer que la dette soit naturelle, en ce qu'elle reflète un transfert continu des créanciers de l'Etat vers les secteurs publics, à l'instar d'une gigantesque sécurité sociale. La dette importerait alors peu. Elle serait à l'épargne privée ce que l'impôt est aux revenus professionnels. Elle serait même "la" représentation par excellence de l'Etat puisque son refinancement conditionne les mécanismes fiscaux et de redistribution.

Malheureusement, l'analyse marxiste est un peu courte, car la dette publique est probablement l'écueil principal à une fluidité du capital et à l'allègement du coût du travail. En effet, si la dette est refinancée par l'impôt, c'est immanquablement le travail, avant le capital, qui est frappé. La dette publique représente donc une ponction continue sur la croissance productive.

L'euro, qui est pourtant un choix d'économie libérale, a été conçu par des responsables politiques qui n'ont pas voulu aller au bout du concept, c'est-à-dire une diminution sage du rôle des Etats. Chaque pays a profité de la dilution de sa devise domestique dans une nouvelle monnaie mutualisée et commune à travers un gigantesque effet d'aubaine alimenté par la force de l'économie allemande. L'endettement public a donc cru à bon compte, comme s'il en serait indolore. Il n'a pas été discipliné par des taux d'intérêt qui auraient dû augmenter pour signaler l'excès d'endettement public.

L'économie européenne est donc coincée. En bonne logique keynésienne, les Etats devraient s'engager dans une politique de déficit budgétaire afin de stimuler la demande. Cela pourrait toutefois entraîner une hausse des taux d'intérêt qui freinerait cette même demande et alourdirait, de manière géométrique, l'endettement public. De surcroît, une amplification de ce dernier susciterait, à terme, des accroissements d'impôts alors que le modèle social européen est fondé sur l'Etat-providence, déjà lourdement imposé. salutaires mais réfutées par l'Allemagne) et de taux d'intérêt (qui feraient suffoquer les Etats).

Comment sortirons-nous de ce piège ? Nombreux sont ceux qui invoquent la croissance comme une sortie "par l'extérieur" de l'endettement public, c'est-à-dire par une croissance. Malheureusement, il n'y a pas de croissance. Je crois, au contraire, que nous en sortirons "par l'intérieur", c'est-à-dire par une diminution du pouvoir d'achat de la monnaie elle-même.

Cette orientation devrait, de préférence, s'inscrire dans une poussée d'inflation.

Mais l'orientation politique allemande écarte l'inflation. Pour certains pays du Sud de l'Europe, il faudra se préparer à un effacement des dettes. Cela signifiera, au mieux, un étouffant contrôle étatique des banques afin que ces dernières canalisent l'épargne populaire vers le financement des Etats. Pourtant, dans certains pays, cela ne suffira pas : il faudra une restructuration des dettes publiques. Cela prendra la forme de défauts (Grèce), de compensations (Chypre) et de confiscations (pensions publiques au Portugal et réserves d'assurances en Hongrie). Il y aura des élongations forcées de dettes publiques, des abandons de créances, etc.

On peut s'interroger sur la plausibilité de ce scénario d'effacement des dettes. Pourtant, de nombreux indices sont discernables. Parmi ces derniers, les dettes publiques ont re-migré vers leur pays d'origine (la dette publique portugaise a été rachetée par des banques portugaises, etc.). Cela rejoint la logique allemande qui veut que les dettes d'un pays soient financées par l'épargne domestique.

La plus grande menace pour la stabilité de l'euro, c'est la dette publique. Il est parfaitement naïf d'imaginer que la monnaie, les dépôts bancaires et les réserves d'assurance garderont un pouvoir d'achat stabilisé alors que leur contrepartie se trouve dans des dettes publiques impayables. On se rendra bientôt compte avec effarement de l'erreur de jugement de ceux qui préconisaient la rigueur et l'austérité absolue au milieu d'une récession.

C'est comme le Sud. On sait bien qu'il y aura la guerre (économique).

Réactions