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juin 2017

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 28 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Devenons-nous de simples statistiques ?

UntitledProgressivement, de manière indicible, nous devenons des paramètres soumis à la mécanique d’algorithmes qui nous encerclent inéluctablement. Nous mutons en pouvoirs d’achat, paramètres électoraux et statistiques. C’est une douce et séduisante dictature qui s’appelle le progrès et que Jules Verne avait très bien décrite dans son « Paris au 20ème siècle ». Progressivement, Nous abandonnons nos pensées, nos intranquillités et nos révoltes à des messages informatiques qui alignent, soigneusement et paisiblement, nos pensées. Est-ce 1984 d’Orwell. Ou déjà 2084 ? Nous verrons. L’accès à la connaissance de l’histoire est-il la plus grande innovation ou livrons-nous nos présents et nos mémoires à la plus puissante des dictatures ? Et où seront nos consciences. Où sera l’Arche de l’Alliance qui renferme nos textes sacrés. Et que sera-t-il écrit sur ces derniers lorsqu’ils seront exhumés ? Une feuille blanche ? Pour tout réécrire ?

Posté le 23 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La mère des crises : le temps volé ?

2170511761_71eee9fe15Depuis des années, je m’interroge sur cette succession de crises qui pulsent nos communautés.

Chaque incident, considéré isolément, conduit à des causes – ou plutôt à des affinités – qui semblent avoir un certain pouvoir explicatif.

Mais existerait-il une synthèse à ces crises ? Une explication globale et holistique qui, à l’instar du gnosticisme, considérait qu’il existait un Dieu parfait au-delà de ses déclinaisons inachevées ?

J’offre une intuition à la critique.

Jusque dans les années quatre-vingts, dans le sillage de la reconstruction d’après-guerre, on partageait le temps et les richesses accumulées et accomplies. Et puis, selon l’inspiration protestante qui prévaut dans les pays anglo-saxons, on a commencé à négocier, et donc à anticiper, le futur. C’est d’ailleurs le rôle assigné aux marchés financiers qui permettent, aujourd’hui, de traiter son anticipation.

Nous avons tout devancé : la dette publique qui nous a donné un bien-être éphémère au détriment des futures générations, la dette climatique qui sera soldée par des catastrophes et des migrations, la dette de la tempérance sociale qui sera payée par des troubles, etc.

Il y a trente ans, nous avons inversé le sens du temps. Mais le futur nous présentera le prix de son emprunt. Et c’est cela qui se passe maintenant, avec des flammèches de crises dont la synthèse est peut-être que nous avons injurié le futur.

Et le temps –on le sait, mais nous l’oublions – nous est compté.

Posté le 22 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une stagnation séculaire ?

LesTempsModernesCertains auteurs américains ont soulevé l'idée d’une stagnation séculaire.

Cette intuition est, entre autres, basée sur l’idée que la révolution digitale, contrairement à d’autres découvertes humaines, ne créerait pas d’écosystème de croissance, mais conduirait plutôt à simplifier et à améliorer des tâches auparavant mises en œuvre par des humains.

L’exemple de l’automobile est, à cet égard, souvent cité : la découverte et l’utilisation du moteur à explosion ont conduit à créer des routes, un système de distribution de carburants, des fabricants, des garages, une mobilité, bref une croissance économique stupéfiante.

Est-ce que la voiture électrique conduira au même résultat ? Sans doute pas car ce type de véhicule améliore un outil existant plutôt qu’il ne transforme le concept.

La révolution digitale créera bien sûr des poches de croissance mais sera, dans un premier temps, une simplification. Cela entraîne la question de la quantité et de la qualité du travail, voire même de sa signification et de sa rémunération. C’est ce contexte qui conduit à soulever les débats d’allocation universelle, de taxation des robots, etc.

Ceci étant, je reste convaincu que nous sommes sur les berges de bouleversements d’une envergure insaisissable qui vont bouleverser nos vies sous tous les angles, à commencer par l’aspect biologique. Des poches insoupçonnées de progrès seront découvertes. Le progress suivra une courbe exponentielle.Dans tous les domaines, bons et mauvais, les limites seront repoussées.

Et finalement, l’erreur est peut-être de confiner la pensée à l’architecture actuelle du monde, sans penser à sa mutation.

Si on raisonne à périmètre sociétal inchangé, la stagnation séculaire est un concept envisageable, sans être plausible.

Mais tout sera évidemment bouleversé. Profondément.

Posté le 20 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Taxation des plus-values : ni Marx, ni Reagan

L’expression politique est le reflet de consensus. Cette réalité, à laquelle nous nous sommes accoutumés, démontre que la fiscalité belge relève d’ajustements budgétaires plutôt que d’une réflexion conceptuelle globale. Du reste, le Royaume n’a jamais réussi à formuler d’importantes réformes fiscales qu’après les guerres.

La réforme de 1962, qui prévoyait une globalisation des revenus assortie d’une taxation par barèmes progressifs, était un modèle d’équité, même si son empreinte idéologique est contestable. En effet, la fiscalité belge n’a jamais restitué le fait que tous les revenus ne présentent pas le même niveau de risque. Le travail est la source de revenus la plus risquée. On ne peut que difficilement diversifier ses activités professionnelles dans un contexte où les aléas de la vie, à commencer par ma vieillesse, atténuent la productivité. Il en est de même pour l’entrepreneur qui investit dans son projet et qui concentre donc un capital à risque. Par contre, le propriétaire qui possède un champ, dont il se limite à moissonner les foins chaque année, possède un actif aux revenus qui traverseront le temps. Pourtant, ces revenus étaient taxés au même taux progressif dans le cadre de la globalisation.

Le choix de l’égalité de traitement des revenus fut dicté, à l’époque, par une vision redistributrice de l’impôt. Elle correspondait au contexte d’après-guerre. Aujourd’hui, la fiscalité doit être plus incitative pour contrer les forces contraires de l’économie. Et pourtant, ce sont les revenus les plus risqués (travail et capital à risque) qui sont les plus imposés alors que les revenus sans risques le sont moins. Pourquoi cette évolution ? Les causes en sont nombreuses. Je crains que ce soit, pour partie, un effet d’aubaine générationnel : au rythme de l’accès à la pension des travailleurs d’antan, la fiscalité a été déversée sur la génération suivante alors que les retraités, qui doivent conserver une épargne sans risque, s’exonéraient d'une taxation plus lourde.

Quoi qu’il en soit, la dérive de la fiscalité belge est accablante. Notre État est un des plus taxateurs du monde. Cette situation ne se traduit pas dans des mécanismes de solidarité optimaux puisque notre taux de pauvreté et d’inégalité n’est pas significativement meilleur que celui de nos concurrents économiques. Le modèle d’État-providence  ne démontre plus son efficacité, puisqu’il n’octroie pas de confort collectif supérieur malgré une fiscalité plus lourde et, surtout, un endettement public excessif.

Ap_ronald_reagan_jef_120615_wbAujourd’hui, après  le tax shift, la question fiscale d’importance porte sur la réforme de l’impôt des sociétés. Cette dernière est indispensable. Notre pays a perdu ses centres de décision. Notre dépendance par rapport aux entreprises étrangères est extrêmement dangereuse et fragilisante. Au sud du pays, le modèle s’oriente vers une économie mixte. La plupart des entreprises marquantes sont détenues ou soutenues par les pouvoirs publics. Au nord, c’est différent : l’économie de marché est plus résiliente.

C’est pourtant du nord du pays que bruisse le débat portant sur la taxation des plus-values qui, selon un parti, est subordonnée à la baisse de l’impôt des sociétés. On veut bien baisser l’impôt sur les sociétés, c’est-à-dire indirectement ses actionnaires, mais alors il faut les taxer sur leurs plus-values… dont la contrepartie sont des revenus (passés ou futurs) qui auront déjà été taxés. Ce débat ne relève pas d’une quelconque logique mathématique. Il s’agit d’un impôt idéologique, symbolique et de rendement minime. Ce rendement est tellement minime qu’une véritable réforme de l’impôt des sociétés coûterait intuitivement plus de deux milliards d’euros alors que le rendement d’un impôt sur les plus-values, tel que préconisé par ce parti de la coalition gouvernementale, ne dépasserait pas… 80 millions d’euros. Mais qu’importe que le revenu du capital à risque, qui est le vecteur de croissance de toute économie, soit plus taxé dans ce pays qu’ailleurs. Qu’importe que l’épargne des Belges, pourtant abondante, stagne dans des carnets de dépôt stériles alors que son redéploiement pourrait transformer la Belgique en exemple mondial d’entrepreneuriat. Qu’importe que la fiscalité inhibe toute démarche de mise à risque du capital. Pour certains : il faut taxer les plus-values alors que les revenus du capital à risque sont, au minimum, taxés à 54 %.

Je maintiens que, sous l’angle de la fiscalité, la taxation des plus-values est une erreur conceptuelle. Mais une chose m‘apparaît plus inquiétante : c’est que l’immunisation fiscale des plus-values reste, malgré sa justesse conceptuelle, un des seuls atouts de notre pays en matière d’impôt puisque nous sommes un des pays les plus taxateurs du monde. Quelle est, du reste, la logique de taxer des plus-values alors qu’en même temps, on promeut des mesures destinées à capitaliser les start-ups dont la finalité est de susciter l’innovation, l’emploi, mais aussi de la richesse… sous forme de plus-values ?

Ceux qui voudraient introduire cette disposition porteraient une énorme responsabilité, à savoir celle d’avoir subordonné une analyse économique rigoureuse à une impulsion politique et peut-être à des fluences médiatiques. Or, je pense que pour une matière d’une telle importance, et dont la première tentative de taxation des plus-values a dû être abandonnée avec pertes et fracas en 2016, le pays vaut mieux que des compromis flous et des abandons de la pensée. Et qu’on ne me dise pas qu’il faut brider la spéculation néolibérale d’une mondialisation désordonnée par une taxation ancillaire et symbolique dans un pays où l’État brasse déjà plus de 50 % du PIB, ce que même Marx n’aurait osé espérer lorsqu’il rédigea le Manifeste du Parti Communiste en 1847…à Bruxelles.

 

 

Posté le 18 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Même dans les moments paisibles...

711AI6kX9nL__SL1091_Et si le monde était au bord de son questionnement ?

Partout, des pouvoirs totalitaires se manifestent.

La conscience des drames anciens s’évanouit.

La civilité disparaît.

Et tous, nous ressentons que quelque chose d’inéluctable se prépare.

Tous, nous nous essayons à espérer l’homme providentiel, le deus ex machina. Comme un noyé qui espère une goulée d’air.

Mais il n’existe pas. Donc il ne viendra pas.

Le monde se dirige-t-il vers des ruptures ?

Je ne sais pas.

Il y a 40 ans, Supertramp sortait son « Even in the quietest loments ». Même dans les moments les plus tranquilles, avec une neige déposée sur un piano. De la neige en été.

Dans un de ses morceaux, peut-être le plus importants, il est dit : While everybody's sleeping, the boats put out to sea .Born on the wings of time.

L’année prochaine, le monde se souviendra du demi-centenaire de Mai 68.

Peut-être le fetera-t-il plus tôt.

Mais la vie rebondit toujours.

Et je suis confiant sur notre futur.

Posté le 18 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un renouveau économique wallon

Nouvelle%20image%20(5)_0Autrefois une des régions les plus prospères d’Europe, la Wallonie est affectée d’une sous-activité et d’un chômage endémiques. Même si des signes évidents de redressement sont incontestables, notamment grâce aux pôles de compétitivité, la nécessité d’un soutien public à l’entreprise est, en tant que tel, l’illustration que la Wallonie s’inscrit dans un contexte d’économie mixte. Ce n’est pas critiquable : les pouvoirs régionaux ont joué leur rôle de manière optimale puisque certains fleurons wallons sont caractérisés par un actionnariat public alors qu’ils sont des opérateurs d’envergure mondiale. De nombreuses entreprises bénéficient aussi d’un extraordinaire maillage auquel la Sowalfin et les Invest ressortissent. C’est un écosystème performant et exemplatif qui doit être amplifié.

Il n’empêche que la situation de l’emploi reste faible, quelle que soit la métrique utilisée. Au niveau belge, le taux de chômage wallon est quasiment le double de celui qui frappe la Flandre. Les statistiques sont également moroses en termes de taux de croissance et d’activité, de formation des jeunes, de nombre d’indépendants, de capacité fiscale, etc. Bien sûr, on argumentera que ce sont essentiellement les anciens bassins industriels qui sont affectés et que la Wallonie, dont le déclin commença dans les années 30, a plus souffert que la Flandre de la mutation industrielle qui atteignit son paroxysme dans les années septante. Pendant cette décennie maudite, le modèle wallon perdit toute lucidité. A l’époque, l’économie se traitait par prétérition, en supposant naïvement que la croissance des trente glorieuses (1944-1974) se maintiendrait. La Wallonie était dans une ligne de fracture et ses caricaturaux dirigeants politiques et syndicaux furent aveuglés. D’un paradis social dans une opulence économique, ils firent de la Wallonie un purgatoire social dans une désertification économique. De surcroît, la reconversion wallonne fut écartée par de piètres politiciens qui troquèrent la régionalisation flamande contre l’éphémère soutien à des secteurs nationaux qui furent balayées en moins d’une décennie.

Mais ces indéniables constats n’expliquent pas les difficultés wallonnes contemporaines. Même si la lenteur de la reconversion wallonne peut être partiellement expliquée par un contexte socio-culturel qui trouve ses racines dans la tradition industrielle du 19ème siècle, les années septante, c’était il y a presque un demi-siècle. Cinquante ans, c’est le temps qui a suffi à la plupart des miracles économiques (Allemagne, Japon, Corée, etc.) pour s’épanouir. Immanquablement, la question se pose de savoir comment deux régions connexes à la Wallonie, à savoir le Grand-duché de Luxembourg et l’Allemagne, peuvent, de manière résiliente, démontrer des taux de croissance et des performances en matière d’emploi qui sont stupéfiants. Là aussi, on avancera, à juste titre, que les situations ne sont pas comparables sous de nombreux angles géographiques, historiques, culturels, religieux, socio-économiques, etc. Mais, en moins de vingt ans et sans ressources naturelles dans une géographie enclavée, le Luxembourg est devenu un des principaux centres financiers du monde. L’Allemagne a bâti un Mittelstand, c’est-à-dire un maillage d’entreprises, souvent familiales, qui s’inscrivent dans une logique co-création avec de grands groupes dans un modèle de partenariat et d’équilibres des représentations patronales et syndicales. Quelle différence avec la Belgique qui, contrairement à l’exigence bismarckienne de productivité élevée dans un contexte de monnaie forte et disciplinant, n’a pas pris l’ampleur des changements économiques en devenant le passager clandestin d’autres pays !

Qu’est ce qui ne fonctionne pas ? Il serait hasardeux d’appliquer des causalités et des corrélations à des phénomènes complexes dont les causes se juxtaposent dans la longue histoire. Je crois qu’il y a néanmoins une question d’ethos, c’est-à-dire de trame morale (je devrais écrire caractérielle car je crois à l’âme wallonne) qui inhibe la Wallonie à dépasser les réflexes anciens pour épouser la fluidité et la flexibilité du 21ème siècle. Sans devoir trancher entre le pragmatisme du capitalisme anglo-saxon et le dogmatisme du modèle rhénan, il y a un choix de modèle : une économie ne prend son destin en mains que dans le cadre d’une logique de marché, certes régulée et tempérée, mais qui promeut la prospérité individuelle et donc collective. Une économie doit, pour partie, être spontanée. Ceci ne peut se concevoir que dans le respect du succès financier de l’entreprise individuelle. Il ne s’agit donc pas de promouvoir la réussite monétaire comme un aboutissement absolu, mais plutôt comme une contribution indispensable à la prospérité collective.

On peut, bien sûr, imaginer des structurations politiques isolationnistes et des colères sociales qui entretiennent l’idée d’un Etat-providentiel, mais elles sont vaines à l’échelle d’une région de 4 millions d’habitants. L’économie contemporaine est gyroscopique. Elle est fondée sur des flux digitaux et non plus sur des modèles industriels traditionnels. Cette économie est versatile car les centres de décisions d’investissements sont fluents. Cela signifie que si la Wallonie emprunte une orientation politique qui s’écarte résolument de l’économie de marché, l’isolationnisme wallon va entretenir sa propre dynamique, d’autant que, dans moins de dix ans, certains transferts se tariront et que toute la Belgique sera confrontée à un gigantesque problème de vieillissement de la population et de financement des retraites qui risquent d’engloutir les finances publiques.

Bien sûr, l’expression démocratique prévaut. Mais peut-on raisonnablement espérer constituer une terre de grands développements économiques si l’empreinte communiste se confirme sous l’angle politique ? Bien sûr que non ! Le protectionnisme économique wallon est une fiction et le radicalisme politique est un sabotage. Et malheureusement, je crains que ce tournant politique s’accentue par le déplacement des gisements de croissance vers d’autres contrées dans un contexte sociologique où la mondialisation est perçue, en Wallonie, comme une source d’inquiétude. Pourtant, il ne faut se faire aucune illusion. Si, comme certains le préconisent désormais, la Wallonie doit adopter un modèle d’extrême gauche, ou influencé par celui-ci, ses pourvoyeurs de capitaux quitteront cette région sur la pointe des pieds, comme ses cerveaux. Suis-je en train d’agiter le spectre de la mobilité des hommes et des capitaux ? Evidemment, et à raison : les tendances globales reflètent une multitude de décisions micro-économiques. Et ce mouvement a déjà commencé. Les entreprises qui quittent Bruxelles vont essentiellement vers la Flandre. A nouveau, j’entends les revendications politiques qui exigeront des sanctions, mais c’est vain. Totalement dérisoire.

Je suis conscient que la formulation d’un message d’économie de marché dans un contexte de déflation et de récession est complexe. Après tout, ce capitalisme a failli en 2008. Et, comme l’écrivait l’essayiste Michel Albert, le monde est un conglomérat schizophrénique de sous-ensembles paranoïaques. L’économie mondiale est schizophrénique car elle n’a pas d’unité de pensée. En même temps, chaque pays, chaque région est frappée de paranoïa, croyant à la supériorité de son modèle malgré l’interdépendance des économies.

Au-delà des gigantesques défis institutionnels qui vont conditionner les prochaines années, la Wallonie est donc devant un choix historique. Son mouvement social s’exprime actuellement par opposition à une tutelle supérieure, qui est le niveau fédéral. Mais, bientôt, elle devra prendre son destin financier en mains, de manière extravertie. L’ennemi ne sera plus celui de l’étranger, mais les démons wallons eux-mêmes. Les orientations politiques devront s’exprimer de manière autonome et non plus par contestation ou différence. C’est donc maintenant que des choix visionnaires doivent être faits. Les partis traditionnels doivent se préparer à une union sacrée pour affronter la période la plus dure de l’histoire de la Wallonie depuis l’indépendance du pays. Le choix se situera entre un naufrage isolationniste ou une jouvence politique que, comme wallon, j’appelle de tous mes vœux.

Posté le 16 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Vague à l'âme au seuil de l'été...

61LjEnkqK2L__SX355_Passé un certain âge indéfinissable, l’histoire vécue devient non pas embarrassante, mais légèrement inquiétante. Les souvenirs ne sont plus le ravissement de la mémoire. Ils deviennent le rappel du temps qui est passé. Et même si les temps anciens ravivent la douceur de les avoir goûtées, ils se dissipent dans des paysages et des odeurs. A un moment imprécis, le début du mois de juillet perd l’extase des vacances scolaires pour devenir l’échéance comptable d’une entreprise. A quel âge cet insidieux glissement s’insère-t-il dans le calendrier ? Vers 45 ans ? Ou un peu plus tard.

Mais parfois, telle une ombre qui se joue des sinuosités du temps, on replonge dans ces décennies perdues.

Souvent en été. Quand le temps est plus lent. Et plus long.

Toutes ces années sont emplies de musiques qui exaltaient car elles promettaient la poussière des chemins vierges que chaque vie allait traverser. Nous sommes en 2017. Il y a cinquante ans, c’était Sergeant Pepper’s. En 1977, au milieu de deux crises pétrolières, c’était « Animals » de Pink Floyd deux ans après le « Crisis, what crisis » de Supertramp avant trois papes en deux mois.

Même l’an 2000 apparaît aujourd’hui vain, tant il est inutile.

Tout aura chaviré dans les fosses communes de nos histoires.

En 1973, Pink Floyd chantait: Ten years have got behind...

Posté le 12 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Is this the life we really want ?

Roger-Waters-albumQue nous arrive-t-il ?

Population vieillissante européenne, nous regardons, avec détachement et désistement, notre modèle social-démocrate s’effriter tandis que partout dans le monde, de vrais dictateurs, d’authentiques fous furieux et autres zélotes de fanatismes religieux ne cachent plus leurs envies de domination et de destruction.

Que se passe-t-il pour que l’humour gêné cache l’effroi de voir que ceux qui dirigent la planète ne parlent plus de paix, mais d’armement, de ...murs, d’exclusions, de rejets, de renvois ?

Que se passe-t-il pour que nous acceptions que quelques septuagénaires, ivres de leurs pouvoirs et exaltés par un narcissisme maladif, refusent le constat climatique alors que ses premières migrations sont perceptibles ?

Que se passe-t-il pour que nous feuilletions distraitement les pages colorées des magazines qui montrent des centaines de personnes mourir tous les jours dans la Méditerranée sans plus en ressentir un profond choc?

Que se passe-t-il pour que nous soyons devenus cyniques avec notre jeunesse ?

Que se passe-t-il pour que nous choisissions d’être des paramètres géolocalisés, algorithmés, espionnés et manipulés par des outils informatiques qui prennent le contrôle de nos consciences ?

Que se passe-t-il pour qu’à l’échelle grotesque, tant elle est microscopique, de notre propre pays, nous assistions au glissement inéluctable d’une partie croissante de la population dans la pauvreté tandis que les journaux s’émeuvent de quelques politiciens corrompus qui continent à arborer leurs décorations usurpées dans les cocktails mondains ?

Distraits par le gyroscope de l’actualité, nous ne prenons plus le recul des enjeux sociétaux.

Serions-nous devenus résignés ?

Posté le 11 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Roger Waters vs. the President

MaxresdefaultIls sont tous les deux septuagénaires et intranquilles.

Le temps leur est compté. L’argent moins.

Le premier est anglais, né sous les bombes en 1943. Il a trouvé les infinis musicaux sur la face cachée de la lune, l’année de ses 30 ans.

L’autre est né en 1946 à New-York, mais si son pays est allé sur la lune, il a le pouvoir de faire sauter la planète.

Le premier a détruit le mur imaginaire qu’il avait construit en 1981 dans cet extraordinaire « the Wall » destiné à faire déflagrer sa créativité. L’autre veut construire de véritables murs entre les pays et déporter les familles.

Le premier a signé, en 1992, un album « Amused to Death », mais son dernier CD, « Is this the life we really want » est moins drôle. Il engage la question du temps, des temps qui changent, des temps qui se rappellent à leurs finitudes, des guerres hygiéniques à coup de drones et des désastres climatiques qui attendent l’humanité sans sursaut de conscience.

Le premier est Roger Waters, ex-Pink Floyd.

Le second est Donald Trump mis en joue dans son dernier opus.

Et le premier interroge au second sur le fait de savoir si le monde de demain est vraiment celui où It's not enough that we succeed, we still need others to fail ?

Posté le 11 juin 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Bientôt l'été !

Ete-largeC’est bientôt l’été et, incontestablement, l’économie européenne va mieux. Le taux de croissance reste, certes, faible, ainsi que les perspectives d’inflation, mais le risque de déflation s’éloigne. C’est d’ailleurs troublant que le mot « déflation », dont la zone euro s’était très dangereusement rapprochée, n’est utilisé par la BCE que pour dire que sa proximité s’est éloignée. Nous étions évidemment dans une situation conjoncturelle très dangereuse et la BCE, contrainte par l’ordolibéralisme et l’ascétisme monétaire allemands, dû attendre 2015 pour faire tourner la planche à billets par un gigantesque réescompte de dettes publiques. Les choses vont donc mieux. Il reste à voir comment les marchés financiers réagiront au terme de cette impression monétaire historique. Sans reprise économique soutenue, le risque de certains Etats faibles pourrait réapparaitre, avec des divergences de taux d’intérêt qui sanctionneraient ces mêmes pays. La preuve de la soutenabilité de l’euro sera donc fournie lors du désengagement progressif de la BCE. En attendant, c'est presque l'été. Et c'est trant mieux.

 

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