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juillet 2017

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 30 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Il faudra deux générations pour stabiliser l’euro!

Fotolia_29640484_mL’euro est une réussite politique incontestable. Sa réalité financière s’est imposée jusqu’à hisser cette jeune monnaie parmi les cinq devises de réserve du FMI. 

Pourtant, les disparités économiques entre les différents Etats associés restent persistantes.

Nombreux sont ceux qui s’intéressent aux incontestables différentiels de dettes publiques.

Mais il y a un autre indicateur, dont l’importance est dissoute parce que nous avons justement adopté une monnaie unique, c’est le différentiel des balances des payements (c’est-à-dire la différence entre les exportations et les importations).

En ce qui concerne les échanges internes à la zone euro (c’est-à-dire pas avec le « reste du monde »), un pays est un exportateur net massif. Il s’agit de l’Allemagne (et des Pays-Bas, dans une moindre mesure). Les autres pays sont, par simple arithmétique, globalement en déficit. Certains le sont structurellement. C’est le cas de la France. D’autres sont plus ou moins à l’équilibre sur longue période. C’est le cas de la Belgique.

Est-ce grave d’avoir un déséquilibre structurel entre les pays d’une même zone monétaire ?

Non car cela scelle cette même union. En effet, un pays exportateur net accumule des créances sur les pays déficitaires. Si ce pays excédentaire quittait la zone monétaire, ces mêmes créances seraient dépréciées. L’Allemagne doit donc rester arrimée à la monnaie unique. Il en est de même pour un pays déficitaire qui a accumulé un endettement par rapport aux pays excédentaires. Si ce pays quittait la zone euro et respectait ses engagements, sa dette extérieure croîtrait au rythme de la dépréciation de sa propre devise retrouvée (et évidemment dépréciée).

 Mais, en même temps, un excédent commercial est corrélé avec le taux d’emploi. Les pays excédentaires aspirent donc, par leurs qualités intrinsèques, l’emploi des pays déficitaires qui ne disposent plus de la possibilité de voir leurs cours de change se déprécier.

Les pays excédentaires forcent donc les pays déficitaires à s’aligner sur leurs propres normes de compétitivité, pour autant, bien sûr, que les mêmes types d’industries soient concernés.

Ce constat est inhérent à toute zone monétaire, dont aucune n’est optimale. Cela devrait théoriquement se résoudre, pour partie, par la mobilité du travail et du capital. En ce qui concerne le travail (et je simplifie le raisonnement jusqu’à ce qu’il en devienne simpliste), les travailleurs des pays déficitaires devraient migrer vers les pays excédentaires, ainsi qu’on le constate aux Etats-Unis.

C’est cependant complexe pour différentes raisons linguistiques, politiques, culturelles, etc. Mais c’est aussi une solution qui s’oppose à la réalité des peuples et des systèmes politiques dont certains maintiennent l’importance première, contestant le constat qu’un fait monétaire doit discipliner, par des flux migratoires, l’économie réelle.

La création d’une union monétaire est un phénomène extrêmement complexe qui demande beaucoup de temps pour assurer son propre équilibre. Il est coutumier d’avancer que la plupart échouent après 15 ans. Ce n’est pas le cas de l’euro. Mais sa stabilisation continentale prendra sans doute deux générations.

Posté le 28 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

L'Allemagne enterre Keynes une seconde fois !

KeynesLa théorie keynésienne est extrêmement riche et complexe car Keynes était un marginaliste, c’est-à-dire qu’il considérait les évolutions économiques à leur tangente. Il recommandait que les Etats s’endettent pour financer de grands travaux d’intérêt public et productif en cas de récession tandis que ces mêmes Etats devaient réduire leur endettement lorsque l’économie se portait mieux. La théorie de Keynes suppose donc une économie « rythmée ». Or le vieillissement de la population et la baisse de la croissance des gains de productivité nous entraînent peut-être dans une économie atone et caractérisée par un trop faible taux de croissance pour envisager d’amples variations conjoncturelles. Certains évoquent même une stagnation séculaire, même si cette intuition doit être sujette à caution. L’économie n’est plus « rythmée » car aucun retour à une prospérité robuste ne semble plausible endéans une décennie.

C’est pour cette raison que l’Allemagne, dont l’ordolibéralisme a toujours écarté le keynésianisme, n’aime pas cette théorie. Ce pays fait face à un gigantesque déficit démographique (qui, dans certains pays comme la Belgique, est amplifié par l’absence de financement accumulé des engagements en matière de retraite). Ce dépeuplement est récessionnaire et structurel. L’Allemagne ne veut pas y répondre par une politique keynésienne de défaut budgétaire car il n’y aura pas de rebond. Même en période de récession, l’Allemane exige donc un équilibre budgétaire. Or cette exigence n’est pas compatible avec la réalité de pays plus faibles qui ne peuvent pas se le permettre. Ceci souligne incidemment l’incongruité d’avoir associé des pays très différents dans l’euro.

Posté le 28 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La fiscalité belge favorise asymétriquement l'endettement

 

La fiscalité belge de l’impôt des personnes physiques (IPP) est fondée, sauf à de rares exceptions, sur la taxation des revenus. Le capital n’est, de manière générale, pas taxé car sa formation est imposée par un système de barèmes progressifs par tranches. Il est néanmoins ponctionné par des droits d’enregistrement, de succession et de donation.

 

Un des principes fondateurs de la fiscalité belge conduit à taxer les revenus nets. Les dépenses et charges associées à l’acquisition d’un revenu sont donc défalquées des revenus bruts dans le cadre de la déclaration des revenus. C’est, à titre exemplatif, le cas des revenus professionnels qui sont soumis à l’impôt progressif après déduction des charges professionnelles, que ces dernières soient calculées de manière réelle ou forfaitaire (avec une limite de 3.950 euros). Mais cela concerne aussi d’autres revenus, de nature immobilière ou mobilière, et même les revenus divers.

 

Il reste cependant une question, mal posée et à laquelle on ne répond pas suffisamment, concernant les intérêts des sommes empruntées pour obtenir des revenus. L’endettement est, en effet, une fonctionnalité inhérente à une économie de marché. On peut s’endetter pour acquérir des biens, mobiliers ou immobiliers, pour financer un enseignement destiné à générer des revenus professionnels ou accessoires, et aussi pour des dépenses de consommation.

 

Quel est le cadre conceptuel qui préside à l’éventuelle déduction fiscale de ces intérêts ? Il n’est pas formulé, et donc soumis aux aléas des contraintes budgétaires qui se sont progressivement substituées à une réflexion de cohérence sur la taxation des revenus.

 

Les intérêts associés au financement d’une formation professionnelle sont-ils déductibles ? La réponse est généralement négative, d’autant qu’il peut y voir un décalage temporel entre la formation envisagée et les revenus qui peuvent y être associés.

 

Et qu’en est-il des intérêts associés à un emprunt pour acquérir des revenus mobiliers ? De manière générale, ces intérêts ne sont pas déductibles. La situation est donc singulière : les revenus mobiliers sont taxés tandis que les intérêts des emprunts destinés à financer les capitaux correspondants ne peuvent pas être déduits fiscalement. Comme ces intérêts sont souvent encaissés et taxables auprès de l’institution financière qui a octroyé le financement, il y a une taxation nette, dans le chef de l’établissement financier, sans déduction correspondante dans le chef du particulier. Est-ce équilibré ? Aucunement.

 

Le même phénomène est constaté pour les revenus immobiliers. Progressivement – et je devrais dire subrepticement -, les déductions d’emprunts hypothécaires, tout en subsistant conceptuellement, sont confinées, alors que la plupart des acquisitions immobilières sont financées par l’emprunt et soumises, de manière générale, à un droit d’enregistrement (s’échelonnant, selon les régions de 10 % à 15 % en Wallonie) ou à une TVA de 21 % qui ponctionnent, sans contrepartie, la nécessité, dans la plupart des cas, de se loger.  Les systèmes régionaux de corbeilles fiscales sont, quant à eux, rabotés. Là aussi, on doit s’interroger.

 

Bien sûr, on peut questionner le fait que l’Etat intervienne dans la subsidiation du financement de certains actifs. Certains réfutent cet interventionnisme au motif que les choix d’allocation patrimoniale relèvent des choix individuels. En même temps – et c’est mon inclinaison politique personnelle-, il semble utile que l’Etat favorise la protection financière prospective au travers d’incitants qui entraînent une prudence comportementale dans la gestion de l’épargne. C’est ainsi que l’Etat promeut l’épargne-pension ou à long terme.

 

Mais comment articuler un système cohérent ? La logique voudrait, dans la tradition fiscale belge, que les intérêts spécifiquement destinés à acquérir des actifs ou des formations professionnelles soient déductibles, à due concurrence, des revenus de ces mêmes actifs ou revenus professionnels.

 

De manière générale, ces interrogations s’inscrivent dans un plus vaste débat : les systèmes fiscaux doivent-ils favoriser l’épargne et l’endettement ? Les pays anglo-saxons, fondés sur l’anticipation de la consommation et une cyclicité économique plus rapide, ont tendance à favoriser fiscalement l’endettement tandis que les pays d’Europe continentale promeuvent l’épargne. On retrouve incidemment dans ces orientations la divergence entre les capitalismes anglo-saxons et rhénans, sans qu’une supériorité puisse, à mon estime, être établie.

 

 

Posté le 12 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un détail fiscal à l'ISOC

UntitledDans les prochaines semaines, un conclave budgétaire sera consacré à la réforme de l’impôt des sociétés (ISOC). La matière est extrêmement complexe et ne se prête pas à des dislocations importantes. Il semble d’ailleurs que, dans un premier temps, seules les PME soient visées et voient ainsi leur taux d’ISOC baisser. Je ne suis incidemment pas certain que cette mesure soit décisive car, pour les PME, c’est moins l’ISOC que le coût du travail qui constitue un obstacle au développement. Tout économiste sait que ce sont les grandes entreprises qui créent la richesse tandis que les PME, surtout en Wallonie, créent l’emploi.

Cela étant, le diable (et sa queue fourchue d’inconstitutionnalité) est parfois dans les détails, surtout si ceux-ci sont survolés, comme c’est souvent le cas dans les conclaves budgétaires. Ce détail concerne les participations détenues par des PME, donc des actions dans d’autres sociétés qui seraient détenues par ces mêmes PME.

Si une PME détient des actions dans une autre société, elle bénéficie actuellement d’une exonération sur les plus-values qu’elle réalise sur ces mêmes actions, pour autant que ces dernières aient été détenues au moins un an. Dans le cas d’une détention de moins d’un an, la plus-value est taxée à 25 %. En ce qui concerne les dividendes, ils sont exonérés à concurrence de 95 % s’ils se rapportent à des participations (de la PME dans des actions de la société dont elle détient des titres) de 10 % ou de 2.500.000 €. Ces seuils étant rarement atteints, les dividendes sont généralement taxés au taux ordinaire de l’ISOC, soit 34 %. C’est un cas flagrant de double imposition, puisque si une PME détient une petite participation dans une autre société belge, les impôts des sociétés se conjuguent pour atteindre un prélèvement fiscal de 56 %. Dans le je-m’en-fichisme fiscal du moment, cela n’a pas l’air d’émouvoir grand monde.

Dans les premiers textes qui ont circulé, au début de l’année 2017, il est question d‘étendre cette exigence de participation minimale (10 % ou 2.500.000 €) à toutes les plus-values sur actions, donc y compris celles qui sont détenues par des PME et qui seraient, de facto, imposées désormais totalement sur les dividendes et plus-values d’actions qu’elles détiendraient dans d’autres sociétés. Ce serait, bien évidemment, une catastrophe (et je pèse mes mots) pour toutes les structures de PME qui, pour différentes raisons de convenances personnelles, patrimoniales ou familiales, sont elles-mêmes actionnaires d’autres PME.

Mais il y a pire. La question est de savoir à partir de quand cette mesure s’appliquerait, si tant est que la persévérance dans la double taxation se confirmait. Dans le respect des principes constitutionnels et de la prééminence du droit comptable sur le droit fiscal, une plus-value sur action, actuellement immunisée dans le chef d’une PME, ne pourrait être taxable (si elle ne respecte pas les critères de 10 % et de 2.500.000€) qu’au mieux à partir de 2017, c’est-à-dire pour la plus-value qui est réalisée avec une date de départ qui ne précède pas le début de l’année d’application de cette éventuelle mesure.

Si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire que de petites participations en actions, parfois très anciennes et devant être comptabilisées à la valeur historique selon le prescrit du droit comptable, deviendraient taxables pour la plus-value relative aux exercices antérieurs à 2017. Ce serait une grave violation du principe de l’annualité et de la non-rétroactivité de l’impôt. La Cour Constitutionnelle croulerait sous les recours en annulation.

A titre d’exemple, une action acquise en 2000 pour un coût d’acquisition de 100 € et qui vaudrait successivement 300 € au 1er janvier 2017 et 320 € au 31 décembre 2017, date de sa cession, ne pourrait être taxée que sur 20 € (à savoir 320 € moins 300 €) et pas sur la plus-value acquise au cours des exercices comptables précédents. Le respect de cette règle d’équité évidente pourrait être simplifié par le fait de modifier le régime de taxation des plus-values en le confinant aux nouvelles acquisitions de titres, c’est-çà-dire celles réalisées en 2017 ou 2018.

De manière plus générale, il est désormais important d’avoir, en matière d’ISOC et de fiscalité des plus-values, une vision construite, robuste et conceptuellement étanche. Trop d’égarements, coups de gueule médiatiques et autres pusillanimités politiques ont conduit à des choix fiscaux par abstention. Cette période doit être révolue.

 

 

Posté le 11 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si on s'intéressait aux problèmes importants ?

AgrosEtant économiste de formation et de métier, j’ai une circonstance atténuante : les problèmes macro-économiques m’interpellent plus que les scandales politiques.

Mais je suis affecté d’une circonstance accablante : je suis un citoyen, qui, comme la plupart des belges, fait face à des questionnements fondamentaux qui portent sur le modèle de société dans une mondialisation inquiétante, les inégalités sociales, les déséquilibres des finances publics auxquels nous sommes confrontés par le manque de travail et le vieillissement de la population, le choc digital, le système éducatif qui doit faire son aggiornamento, les phénomènes de migration et d’expressions religieuses, les défis climatiques, bref tout ce qui engage notre futur.

Or, depuis des mois, le monde politique francophone s’engouffre, chaque jour un peu plus, dans un accablant tropisme intraverti et entretient un débat public qui possède sa propre dynamique médiatique. Il s’agit de commissions d’enquêtes de responsables politiques portant sur les agissements de leurs pairs, de déchirures de gouvernements, de resquilleurs qui, comme des cambrioleurs de tronc d’églises, ont volé l’argent des plus démunis, de matchs de football, d’appareils à rata (dont je saurai gré qu’on m’explique l’utilité), d’une nuée de mandats, etc.

Tout ceci s’accompagne de son brouhaha d’analyses politiques, de présences médiatiques ad nauseam aux postures caricaturales, de débats télévisés et radiophoniques qui sont animés par ceux-là mêmes qui devraient faire exactement autre chose, c’est-à-dire s’occuper, entre autres, des défis politiques, sociaux et économiques que je mentionne plus haut.

Chaque jour de perdu pour avancer dans ces débats est définitivement englouti.

Je pense qu’il y a des débats majeurs de prospérité collective et d’emploi à engager. Par pudeur, discernement et intelligence, c’est à cela que les représentants de la population, auxquels je porte un infini respect car l’exercice de l’Etat est la tâche ultime, doivent se consacrer. Pas à des distractions médiatiques dont ils seront finalement les victimes.

Posté le 10 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

De l'acier et du bourbon !

Cv-wh-156A l'heure où l’administration Trump envisage d’imposer des restrictions aux importations d’acier européen et que les Européens envisagent d’appliquer des règles tarifaires au bourbon, le monde renoue avec un de ses démons : le protectionnisme.

L’administration Trump envisage d’imposer des restrictions aux importations d’acier européen, tandis que les Européens envisagent d’appliquer des règles tarifaires au bourbon. Pour rappel, le bourbon, (dont la production n’est pas limitée au Kentucky) est un remarquable alcool de maïs vieilli en fût de chêne.

Le monde renoue donc avec un de ses démons : le protectionnisme. Il faut des décennies pour ouvrir les frontières, mais quelques jours suffisent à les fermer. Pourquoi ce réflexe néfaste ? Parce que la crise économique et l’absence de croissance conduisent les hommes à chercher des replis identitaires pour exorciser une mondialisation qui les inquiète. Le protectionnisme n’est d’ailleurs qu’un des indices de tensions internationales, puisque comme l’avait postulé le mythique patron de Fiat, Gianni Agnelli : « Là où les camions passent, les armées ne passent plus ».

Quelles sont les formes de protectionnisme ? L’histoire en recense plusieurs : barrières à l’entrée de biens importés sous forme de contraintes tarifaires et douanières, quotas, dépréciation d’une devise pour renchérir le prix des produits importés et stimuler les exportations, discriminations portant sur : la qualité des biens et services, engouements patriotiques (« Buy American », « Achetez Wallon », etc.), normes techniques et sanitaires, contraintes en matière de contrats publics, etc.

​Le protectionnisme semble intuitivement être une bonne chose, surtout s’il est conforté par une nécessité d’assurer des conditions salariales et sociales équivalentes aux biens et services produits de manière domestique ou à l’étranger. On protège temporairement des emplois locaux au détriment de l’étranger. Mais très rapidement, c’est le consommateur du pays qui s’engage dans le protectionnisme qui en est la victime : son pouvoir d’achat diminue et le niveau d’activité du pays (qui se croit) protégé se tasse. En effet, l’avantage des importations qu’on veut contrarier disparaît et doit être payée par le consommateur domestique.

De surcroît, les pays qui s’engagent dans le protectionnisme partent souvent du postulat que les autres pays l’absorbent de manière passive. Or rien n’est plus faux : le protectionnisme entraîne sa propre perpétuation et sa généralisation, et aboutit souvent à des guerres des monnaies, c’est-à-dire des dévaluations compétitives. On renoue alors avec un vieil adage économique qui consiste à exprimer la recherche de sa prospérité au détriment des autres pays sous le vocable « Beggar my neighbour » (Je fais de mon voisin un mendiant). Au reste, les entreprises protégées par le protectionnisme deviennent moins performantes car elles ne sont pas confrontées à une juste mise en concurrence. Il en résulte des baisses en matière de gains de productivité et d’innovation. La variété et l’innovation des biens et des services en pâtissent.

Le protectionnisme est un soulagement qui confond l’immédiat et l’avenir. Le commerce international est porteur de paix et surtout de prospérité multilatérale. Y renoncer conduirait à des appauvrissements généralisés qu’il faut exorciser.

Posté le 6 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un dernier mot à mes étudiants

D930061543ba5ddbcaa170b54ebf4ec8_600x577x1Chaque année, je tente de donner un dernier message à mes étudiants.

Aidez-nous à repenser une économie qui se fissure. Ne prenez pour de bonnes décisions les solutions imposées.

Etudiez l'histoire et les sciences humaines pour mieux comprendre votre futur.

Ne soyez pas les troupiers qu'on envoie à la guerre conjoncturelle, mais devenez les officiers des idées de demain.

Ne pensez pas de manière linéaire et obéissante, mais brisez les lignes de la créativité.

Abandonnez les stocks de savoir, créez des flux d'intelligence et d'intuitions

Oxygénez nos économies avec des idées latérales, différentes et moins pyramidales.

Ne vous repliez pas dans les convenances et les obéissances, mais confrontez-nous.

Osez les différences.

Repensez les modes d'échange.

Et doutez.

Car si, pendant quelques instants, le doute s’installe, c’est que Camus avait raison, lui qui affirmait que l’absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence du monde.

A l’absurde, Camus apportait la réponse de la révolte, c’est-à-dire l’affrontement avec le destin

Dans son discours de la servitude volontaire, La Boétie s’interroge aussi …qui a pu tant dénaturer l'homme, seul né de vrai pour vivre ? Rousseau, aussi, écrivait que l'homme est né libre, partout il est dans les fers.

Comme Lennon : Imagine.

Posté le 4 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Tempêtes

03f20c3e92142d0911b117be2455e5cbLes grandes guerres ne sont pas mondiales par hasard. Elles reflètent un état d’exaspération des hommes qui s’annihilent pour apaiser toutes leurs angoisses refoulées. La guerre est un exutoire. Après un orgasme cataclysmique s’ensuit une petite mort. Alors, souillé de sang, le monde se cherche de nouvelles solidarités. Mais, à un moment, les mémoires s’estompent et les voix sages deviennent de lointains échos. Et lorsque l’ancrage du passé est largué, le futur se rapproche plus vite.

Depuis une trentaine d’années nous l’avons emprunté, au profit d’un éphémère bien-être, vain à l’échelle de notre moralité.

Même le prix du temps, c’est-à-dire le taux d’intérêt, est devenu nul, rendant plus aisée la consommation du futur.

Mais un futur qui se rapproche nous confine à ses finitudes et nous confronte à nos propres incohérences.

C’est une pulsion de mort qui nous pousse, par prédation, à sacrifier nos descendances au motif de les protéger contre les autres.

Je crois que le monde devient exaspéré de sa surpopulation, de son vieillissement, de son avenir économique assombri et de ses passés engloutis. Alors, il cherche des hommes qui simplifient son avenir à coup de mensonges, de religions, etc., bref de puretés sacrificielles. Ivres de pouvoirs financiers et religieux, certains déclarent la guerre à l’apaisement, à la solidarité, au respect et à tout ce qui est nécessaire pour des communautés qui se sont, depuis des décennies, mélangées. Mais cela ne mènera nulle part. Nulle part.

Posté le 2 juillet 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La fin de l'argent facile ?

ImagesUJA6BXMATant aux Etats-Unis qu’en Europe, les politiques monétaires vont progressivement se resserrer. Aux Etats-Unis, cela se manifeste par des augmentations prudentes de taux d’intérêt à court terme et la diminution progressive du bilan de la Federal Reserve (FED). La FED va donc faire ruisseler son bilan en acquérant moins d’obligations que celles qu’elle avait achetées pour apporter des liquidités aux marchés. En Europe, le programme d’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire des mesures monétaires non conventionnelles destinées à créer de la monnaie, va s’atténuer. Les taux d’intérêt négatifs imposés par la Banque centrale européenne vont probablement revenir en territoire positif.

Cependant, une augmentation des taux d’intérêt, amplifiée un retour progressif de l’inflation, va aggraver les charges de dettes publiques (y compris les dettes latentes de pensions) dont le niveau n’a jamais été atteint en période de paix. Bien sûr, de manière cynique, on peut se demander si les États n’ont pas fait un calcul en deux, voire trois temps, qui consiste à baisser les taux d’intérêt au plus bas, afin de refinancer leurs dettes à des conditions exorbitantes tout en pouvant les escompter auprès des banques centrales, avant de voir l’inflation déprécier ces mêmes dettes et/ou permettre leur rachat à des conditions avantageuses, et appauvrir ensuite ses citoyens par un impôt inflationniste lancinant. Ceci ramène à l’acerbe postulat de Lénine qui avançait que « pour détruire le régime bourgeois, il suffit de corrompre sa monnaie ».

Est-ce un scénario improbable ? Il ne faut pas l’exclure, d’un point de vue strictement théorique. Lorsque l’inflation surgira, elle causera un appauvrissement insidieux, mais aussi un défi à surmonter pour la population. Ce sera une sorte d’impôt implicite dont l’État pourra rejeter la responsabilité politique de la cause. C’est incidemment la situation qui est actuellement constatée pour la rémunération de l’épargne sans risque : cette dernière, essentiellement logée dans des dépôts bancaires et des polices d’assurance-vie, n’est plus rémunérée alors que le taux d’inflation atteint presque 2 %. Le pouvoir d’achat en est diminué. Comme les États ne peuvent pas se permettre d’augmentation de taux d’intérêt qui se traduirait par une élévation de la pression fiscale, il est probable que nous entrions dans un contexte de répression financière. Celle-ci est caractérisée par des dispositions imposées aux institutions financières destinées à les contraindre à canaliser l’épargne collectée vers des emprunts d’État de longue maturité et faible rendement. Cette situation contraindra à la baisse la rémunération de l’épargne. Sauf accident, la fin de l’argent facile, c’est-à-dire à bon compte, n’est peut-être pas pour demain.

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