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Posté le 11 août 2017 par Bcolmant

10 ans plus tard, des leçons bancaires

UntitledAvec neuf-dix ans de recul, la crise bancaire s’avère riche d’enseignements. Lorsqu’on prend du recul par rapport aux événements et qu’on affranchit le diagnostic de tout jugement moral, il apparaît que la crise a apporté une ébauche de réponses à une question imprévue : à savoir le calibrage des fonds propres bancaires en cas de choc planétaire.

Risque systémique

Depuis longtemps, les théoriciens académiques craignaient qu’au niveau mondial le niveau des capitaux propres soit, en moyenne, insuffisant pour absorber des chocs extrêmes. Ces derniers s’assimilent au risque systémique, c’est-à-dire à un dysfonctionnement paralysant l'ensemble du système financier. Cette crainte était liée à la sophistication des instruments financiers, et leur risque d’effet domino dans l’économie. La crise a résolu spontanément ce problème : une pression a été exercée sur les banques qui n’étaient pas assez dotées en capitaux propres afin qu’elles soient recapitalisées.

Les banques font, en effet, intervenir deux types d’investisseurs au profil asymétrique : les actionnaires et les déposants (ou épargnants). Les actionnaires apportent les capitaux propres. Ils sont les propriétaires de l’entreprise, dont ils espèrent dividendes et plus-values. Mais en contrepartie de ces espoirs de rendement, ils sont les premiers à absorber les pertes. Hormis un problème de liquidité, ce n’est, en effet, que lorsque les actionnaires auront perdu l’entièreté de leur patrimoine que les déposants seront impactés négativement, c’est-à-dire ne récupéreront qu’une partie de leur épargne.

Absorbeur de choc

En même temps, si les actionnaires supportent les premières pertes, ils ne sont jamais obligés de combler le passif, c’est-à-dire d’apporter des capitaux propres frais en cas d’insuffisance. C’est le principe de la société anonyme.

Techniquement, les actionnaires supportent donc le premier risque d’appauvrissement afin de protéger les déposants. En conséquence, une banque doit posséder des capitaux propres suffisants pour éviter que les épargnants soient impactés négativement en cas de perte majeure. Tout en appartenant aux actionnaires, ces capitaux propres agissent comme un absorbeur de choc. Ils constituent un tampon destiné à atténuer les pertes d’actifs. Le problème, c’est que le principe de la société anonyme limite les risques d’un actionnaire à sa mise de fonds initiale. Si un incident survient, il n’est pas possible de forcer les actionnaires à apporter des capitaux frais, c’est-à-dire à recapitaliser. Une augmentation de capital n’est jamais contraignante. Elle l’est d’autant moins auprès d’actionnaires déjà appauvris par une chute de cours. C’est d’ailleurs pour cette raison que des États ont dû intervenir au titre d’actionnaire de dernier recours.

Capitaux prudentiels

Une banque doit donc posséder des capitaux propres suffisants. Leur importance est d’ailleurs conditionnée par différentes réglementations très strictes (Bâle III, etc.) qui formulent ce qu’on appelle des capitaux prudentiels ou réglementaires. Ces derniers procèdent d’une mathématique complexe. Malheureusement, les capitaux prudentiels ne reflètent pas le risque de liquidité. Or, la crise a révélé des ruptures de liquidités ; ce qui explique que des banques ont dû être refinancées par des États. C’est d’ailleurs cette constatation qui a convaincu les autorités de contrôle à mettre en œuvre des tests de liquidité.

Il y a dix ans, la crise bancaire a créé un profond traumatisme au sein de la sphère financière. Un contrat implicite a été rompu entre les banques et l’État. Cet accord tacite consistait à accepter que les institutions financières réalisent des bénéfices en tirant avantage de rentes de situations oligopolistiques. Cette liberté de profit avait une contrepartie : les banques devaient se gérer de manière suffisamment prudente afin de ne jamais devoir faire appel à l’aide de l’État. Pendant des années, les pouvoirs publics ont ainsi payé une « prime d’assurance » aux banques en contrepartie de l’élimination du risque de sauvetage. Ce contrat est désormais rompu. Mais, à la réflexion, il était vicié car affecté d’un phénomène d’aléa moral (ou moral hazard) : certaines banques ont pris des risques excessifs en sachant que l’État interviendrait en cas de problème.

Actionnariat étatique

En conséquence, la leçon de la crise des subprimes réside probablement dans l’inadéquation des capitaux propres bancaires. Ils sont insuffisants comme digue en cas de crise déferlante. L’intervention récente des États dans le capital ou le financement de certaines banques doit rétrospectivement s’interpréter comme la création d’un socle (temporaire et réversible) d’actionnariat. L’actionnariat étatique est un relais à la responsabilité limitée des actionnaires. En effet, les États disposent, grâce à leur capacité d’emprunt et de la levée d’impôts, d’une capacité de financement théoriquement illimitée. Les États ont mis leur capacité d’emprunt en garantie du capital des banques : ils ont joué le rôle d’actionnaire de dernier de recours, comme les banques centrales ont joué le rôle de prêteur de dernier recours pour protéger les déposants.

Est-il, dès lors à l’avenir, possible d’éviter tout risque systémique, c’est-à-dire de vacciner le système bancaire de tout risque de réaction en chaîne ? Malheureusement, ce n’est pas possible sauf à nier le principe de la banque, car cela supposerait que les banques ne soient financées que par des capitaux propres. La responsabilité des autorités de contrôle est de discipliner le système, de prévenir le risque systémique et d’empêcher sa contamination. En effet, les chocs extrêmes n’exonèrent en aucune manière les banques d’une stricte gestion. Le risque systémique est la ligne de fracture bancaire. Les capitaux propres en sont le sismographe. Le risque systémique est inhérent à toute architecture financière. Pour cette raison, il est impossible à quantifier, inassurable et non diversifiable

En résumé, le paysage bancaire est clarifié. Il en résulte des rapports épurés entre les trois protagonistes du contrat bancaire : les dirigeants bancaires qui devront se concentrer sur la protection de l’épargne, les États qui devront jouer un rôle de supervision actif, et les clients qui seront en droit d’exiger plus de transparence sur la gestion de leur épargne. Cependant, les épargnants ne doivent se faire aucune illusion : ils payeront, plus que jamais, la garantie d’État (désormais activée), qui protège leur épargne au travers de taux d’intérêt bas.

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