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Posté le 17 août 2017 par Bcolmant

Les banques centrales soldent l'Etat-providence

Untitled"Bah, murmura-t-il pour se rassurer, tout cela n'arrivera pas l'année prochaine".

Cette phrase, prononcée par Saccard, le héros du roman "L'argent" d'Emile Zola devant les propos fiévreux et exaltés d'un révolutionnaire sous le second Empire, résume la difficulté d'analyser les événements économiques, d'autant que le rôle de l'économiste est moins d'exhumer le passé que de s'exercer à écarter les angles des scénarios futurs, tout en gardant l'humilité du confinement de ses propres raisonnements.

Les paramètres macro-économiques ont désormais atteint des niveaux de tensions qui vont immanquablement conduire à des ajustements. Les prochaines années devraient nous confronter à des modifications structurelles de l'économie. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que si la crise de 2008 fut celle des dettes privées, aujourd’hui, 20 % des dettes publiques, qui ont absorbées ces dernières, sont logées dans le bilan des banques centrales.

Dans nos économies européennes, le niveau d'endettement public est incompatible avec les perspectives de croissance. L'emprunt de la prospérité future est antagoniste avec les anticipations démographiques et d'activité économique.

Les Etats, lourdement endettés et empêtrés dans une récession, devront cohabiter avec des acteurs privés, c'est-à-dire des entreprises et des marchés dont le champ d'influence et d'action dépasse celui des Etats-nations. Cette réalité sera source de tension idéologique. La frontière entre la propriété privée et les biens publics sera modifiée, dans le sens d'une étatisation croissante mais temporaire de l'économie.

Dans le prolongement de ce qui précède, les Etats ont accru leur tutelle sur le secteur bancaire et des assurances. De nombreux motifs sous-tendent cette situation, dont la protection des déposants. Concomitamment, les Etats ont repris le contrôle d'une partie du circuit monétaire. Ceci s'inscrit dans une réalité séculaire, à savoir que les Etats ne suffoquent jamais longtemps sous leur dette publique : des ajustements monétaires et fiscaux, dont les Etats ont le privilège, sont mis en œuvre.

La crise est donc devant nous. Elle est devant nous car la récession va durer des années. Des années pendant lesquelles des politiques d’austérité aveugles vont entraîner un chômage qui culmine à 9 % de la population active européenne, alors que certains continuent à invoquer la rigueur budgétaire. Et il faut bien réaliser que cette récession est tenace alors que les taux d’intérêt sont proches de zéro. Une faible remontée de ces derniers étoufferait toute reprise potentielle.

Cette crise est devant nous car le coût des pensions va augmenter géométriquement, sans qu’aucune solution structurelle n’ait pu être trouvée. Au reste, comment imaginer qu’un système de paiement pyramidal de pensions et de soins de santé puisse être financé alors que les courbes démographiques se sont inversées et que le taux chômage des jeunes (c’est-à-dire de ceux qui sont alimenter la pompe du financement des travailleurs inactifs) atteint près de 25 % pour la zone euro ?

A cet égard, la nature des dettes publiques ne peut pas être dissociée de l’expression monétaire, elle-même d'une grande complexité. La plupart des économistes en ont d'ailleurs une compréhension légitimement différente car ce phénomène est intimement lié à la notion de valeur, elle-même imprécise. Certains distinguent les valeurs d'échange, d'usage, fondamentales et historiques. D'autres assimilent la valeur au prix.

La dette publique est un stock… de dettes. Mais c'est également un flux, puisque la valeur de la dette est l'expression des prélèvements publics qui vont la refinancer ou la rembourser. La politique fiscale est donc intimement liée à la dette publique dont elle est, en partie, la garante de la pérennité. La monnaie est aussi, à tout moment, un stock puisqu'il est théoriquement possible de le cristalliser. Mais, en même temps, la monnaie n'existe que par son propre flux, puisqu'une monnaie qui serait exclusivement thésaurisée perdrait sa principale fonction : celle de l'utilité transactionnelle.

C'est ainsi que si la dette publique et le stock de monnaie sont, à tout instant, des substituts régaliens, ils n'existent que par les flux futurs (impôts pour la dette et transactions pour la monnaie) qui les valident. Il est donc intuitif que l'Etat détienne deux privilèges : lever l'impôt et battre monnaie. Ce lien est probablement une des facettes du contrat social. Concrètement, cette relation explique qu’on puisse rembourser une dette publique par l’impôt ou par la dépréciation monétaire, c’est-à-dire l’inflation… qui est assimilée à un impôt silencieux.

On ne peut pas combiner une monnaie trop forte, un chômage stratosphérique, une récession et un désendettement public. La solution passera immanquablement par un assouplissement monétaire et budgétaire qui érodera la valeur de la monnaie et/ou des effacements de dettes publiques, à moins que des chocs sociaux perturbent cet ordonnancement.

A ce jour, les banques centrales soldent l’endettement public né de la crise financière. Elles soldent aussi des États-providence. Mais l’avenir nous confrontera au manque de futur. La dette publique, c’est du temps emprunté.

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