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septembre 2017

Bruno Colmant est membre de l'Académie Royale de Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) et Master of Science de l'Université de Purdue (Etats-Unis). Il enseigne la finance appliquée et l'économie à la Solvay Business School (ULB), à la Louvain School of Management (UCL), à l'ICHEC, à la Vlerick Business School et à l'Université de Luxembourg. Sa carrière est à la croisée des secteurs privés, publics et académiques.

L'objectif de son blog est de clarifier certains débats économiques avec un angle d'approche différent. Les sujets traités relèvent essentiellement des problèmes de dettes et déficits publics, et de gestion des politiques monétaires.

Posté le 26 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Faut-il taxer les robots ?

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Dans la Genèse (3 :19), il est écrit que « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain ». Il faut donc travailler pour survivre. Pourtant, cette discipline ancestrale est peut-être caduque. Nos communautés occidentales traversent un bouleversement d’une saisissante amplitude. La mondialisation économique induit un monde multipolaire et complexe. Après les deux premières révolutions industrielles, celle des années 1780 qui a porté sur les sciences et techniques du textile, de la métallurgie et du transport ferroviaire, et celle qui a débuté dans les années 1880 avec l’apparition du moteur à explosion, de l’électricité, de l’automobile et de l’aviation, nous pénétrons dans une troisième révolution économique, celle de la mobilité du capital et de l’information. C'est la révolution digitale. Cette troisième révolution modifie la typologie du progrès. Le développement des sciences et des techniques se propage désormais au rythme de la transmission de l’information et de la fluidité des capitaux. Cette mondialisation économique altère les espaces-temps. Elle est globale et dissocie la géographie de la formation du savoir des lieux de leur commercialisation.

Trois changements organiques s'alignent dans la morphologie de la sphère marchande.

Tout d’abord, l'ère digitale est à l'économie des services ce que fut la désindustrialisation à l'économie manufacturière. La singularité de cette économie digitale est qu'il n'existe pas de superposition géographique entre le travail d'un intermédiaire qui disparaît et un centre informatique qui se situe souvent dans un autre pays. Internet est donc devenu un substitut à l’allocation géographique des facteurs de production en permettant la délocalisation et la désynchronisation des circuits de production. Keynes avait incidemment théorisé ce phénomène en 1930 en invoquant le chômage technologique. Ensuite, les entreprises qui pilotent cette mondialisation digitale sont des entreprises en situation quasiment monopolistique, à tout le moins dans certaines géographies. Enfin, la démocratie, et le donc le pouvoir taxatoire, se limite aux frontières d'un Etat. Or, de grandes entreprises, dont les acteurs de la digitalisation, dominent déjà les Etats. Ces entreprises allument et éteindront les feux de croissance selon de nombreux critères.

Mais un autre problème se pose, à savoir celui de la taxation des revenus professionnels, voire même la notion même de revenu dans un contexte où de nombreuses tâches sont mécanisées. En effet, nos systèmes fiscaux sont fondés sur une économie traditionnelle, c’est-à-dire sur le caractère tangible d’une valeur ajoutée humaine, de nature manufacturière ou intellectuelle. Si les hommes sont remplacés par des processus informatiques ou robotiques, le gain de productivité, qui fonde la rémunération d’un travailleur, et donc la taxation professionnelle de sa valeur ajoutée, se déplace vers l’entreprise qui possède ou opère ces processus. En d’autres termes, la base taxable se déplace latéralement du revenu d’une personne physique vers celui d’une entreprise.

Ceci ne pose pas de problème si ce gisement fiscal ressortit au même pouvoir taxateur. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas dans l’économie digitale, puisque la valeur ajoutée des processus se trouve souvent à l’étranger et qu’il est complexe de soumettre des groupes étrangers ou des flux d’informations à une taxation cohérente. On peut bien sûr imaginer une taxation sur la consommation des flux digitaux sous forme de taxe à la consommation, mais ceci supposerait que le transfert d’information, qui n’est qu’un déplacement latéral de flux sans valeur ajoutée systématique, soit correctement mesuré. Ceci relève de l’impossibilité fiscale, et même conceptuelle, car cela reviendrait à taxer, de manière anticipée, la créativité et l'entrepreneuriat qui pourraient découler d'un accès immédiat à des sources d'information. En effet, la révolution de la transmission de l’information induit elle-même un sens de l’histoire instantané, c’est-à-dire un rapport au temps différent. Elle crée des communautés éphémères, transitoires, promptes à stimuler l’échange, la créativité et l’échange commercial. Cette nouvelle relation de l’homme à l’information engendre des associations humaines élastiques, mobiles et donc multiloculaires.

Certaines théories furent formulées. L'économiste suisse Jean de Sismondi (1773-1842) théorisa ce basculement vers la mécanisation en argumentant qu'il profitait au patronat. Selon Sismondi, la machine est un moyen privilégié de l'accumulation de capital parce qu'elle n'a pas besoin de salaire. Il suggéra que tout individu remplacé par une machine reçoive à vie une rente perçue sur la richesse entraînée par cette même mécanisation. En d’autres termes, le propriétaire ou le gestionnaire de processus devrait s’acquitter d’un impôt correspondant à une partie des gains de productivité qu’il soustrait à la sphère marchande « collective ». La théorie de Sismondi fait écho à l'opposition des facteurs de production, à savoir le capital et le travail. Malheureusement, elle conduirait à annihiler le rendement du capital lié à l'innovationLes thèses de Sismondi constituent aussi un terreau fertile aux théories d’allocations universelles, bien qu’on puisse s’interroger sur leurs financements si la quantité de travail (et le rendement marginal du travail) baisse au profit d’un rendement marginal croissant du capital. Et, là aussi, on en revient à un déplacement de l’impôt des personnes physiques vers l’impôt des sociétés, en gardant à l’esprit que la digitalisation de l’économie est, pour partie, un bien public. De surcroît, une question porte sur le caractère assurantiel de la sécurité sociale, qui est fondé sur une économie manufacturière, très éloignée du contexte d’économie digitale.

A l’intuition, la réponse fiscale à cette évolution sera de faire glisser l’impôt des revenus professionnels vers la taxation de la consommation de biens et de services (y compris des services électroniques mais en écartant certains flux d’information). Cela me semble répondre à la mobilité croissante des hommes, des capitaux et de l’information. Est-ce pour autant une évolution souhaitable sous l’angle de l’équité sociale ? Peut-être pas, mais cette évolution me semble liée à la modification fondamentale du concept fiscal de revenu professionnel, voire de revenu tout court. Quoiqu’il en soit, le problème est tellement vaste que l’OCDE l’étudie en profondeur.

 

 

Posté le 25 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Un mauvais vent bugétaire allemand ?

GettyImages-813831822-714x476Depuis dimanche soir, l’Europe est confrontée à une nouvelle configuration politique allemande, qui sera, plus que jamais, fondée sur le modèle de l’ordolibéralisme.

Cette doctrine, développée dans les années trente, consiste à aligner l’économie sur une amélioration permanente des exigences de productivité malgré une devise forte.

La CDU/CSU d’Angela Merkel devra probablement constituer un gouvernement avec le parti libéral FDP qui a exprimé son opposition formelle à l’union bancaire, à la désignation d’un Ministre des Finances européens. Ce même parti a exprimé son souhait d’éjecter la Grèce de la zone euro et exige que la BCE soit dirigée par un allemand selon des principes d’orthodoxie monétaire germanique.

L’ordolibéralisme allemand a toujours écarté le keynésianisme, d’autant que ce pays fait face à un gigantesque déficit démographique déflationniste et structurel.

Ce nouvel alignement politique entraînera des difficultés pour la France qui espérait que ses réformes suscitent une certaine complaisance de l’Allemagne dans la gestion de ses finances publiques.

Il est donc possible que le raidissement allemand, combiné à une restriction des libertés budgétaires, contribue à maintenir une empreinte déflationniste, d’autant que la BCE va bientôt atténuer son soutien monétaire. Cela pourrait alimenter une tension des taux d’intérêt des pays faibles de la zone.

Posté le 20 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Traitons-nous respectueusement nos étudiants en médecine ?

Le 6 août 2017, je publiais, à titre personnel, cette chronique sur mon blog de l’Echo.

Je la mets, à nouveau, en ligne, inquiet du cynisme dont font preuve certains par rapports à nos futurs médecins.

Comment le monde académique, auquel je ressortis, a-t-il pu se commettre à participer à une telle offense qui touche à nos valeurs fondamentales ? C’est stupéfiant.

J’invite aussi le lecteur à lire très attentivement la carte blanche du député fédéral Georges Dallemagne, qui est médecin de formation : http://www.lalibre.be/debats/opinions/examen-en-medecine-un-sommet-de-betise-d-absurdite-et-de-brutalite-gratuite-opinion-59c2455acd705ab67ee121c1

Les choix de la vie m’ont conduit à enseigner l’économie appliquée dans différentes universités du pays.

Je contribue, comme d’autres, à former de remarquables jeunes adultes qui, pour la plupart, travailleront dans la sphère financière (banque, audit, consultance, etc.).

A côté de cela, des centaines d’étudiants, dont la valeur sociétale – si tant est qu’elle soit mesurable, ce dont je suis intuitivement convaincu- est supérieure, entament des études de médecine.

Ces dernières sont longues, gigantesques et exigent une application qui ne peut trouver ses fondements que dans une admirable passion et un courage personnel qui confine à l'abnégation. Ces études exigent, avant la réussite d’un examen tellement imposant qu’on l’appelle le « mammouth », des stages dans différentes disciplines. Ceux-ci sont évidemment dispersés géographiquement et temporairement rares puisque deux cohortes d’étudiants se télescopent. Ces stages sont non rémunérés et exigent donc une voiture, la négociation de baux précaires sans compter que les pires horaires sont souvent réservés à ces mêmes stagiaires, sauf quand (et c’est fréquent) un bienveillant médecin accompagne l’étudiant.

La course d’obstacles débute ensuite pour une spécialisation. Les places sont très rares et souvent confinées par les cloisonnements universitaires. Bien sûr, un étudiant peut devenir un généraliste. Mais il faut regarder la réalité en face : un généraliste ne gagne pas bien sa vie (en fait, les médecins bien rémunérés sont ceux qui posent des actes techniques), est accablé de lourdeurs administratives et désormais numériques sans compter que son rôle dépasse le champ strictement médical pour relever de l’aide socio-psychologique aux personnes. On ne compte plus les médecins généralistes qui frôlent la précarité financière et le burn-out.

Et voici que depuis plusieurs années, on garrote les médecins avec l’attribution des numéros INAMI. Si je comprends que les dépenses de la sécurité sociale doivent être contenues (encore que le VERITABLE problème des finances du pays est que les dépenses de pensions représentent plus de 10 % du PIB), je me dis qu’il est troublant de soumettre ces étudiants à des stress qu’à nouveau, comme le disait récemment un reçu-collé (c’est-à-dire un étudiant qui a réussi sa première année sans être en ordre utile et doit donc repasser, après une année d’étude, un examen d’entrée) sur les ondes de la RTBF, seul le courage personnel peut surmonter.

Quand on pense qu'on en est arrivé à établir des QUOTAS (comme si trop de passions était punissable) par université ?

Où sommes-nous ?

Je pose paisiblement la question : agissons-nous de manière respectueuse et honorable par rapport à cette jeunesse ? Ne vaut-elle pas mieux que des postures politiques au sein d'obscurs comités de concertation au sein desquels l’arbitrage relève de quotas linguistiques sachant qu’on a jamais vu un cancer déclarer sa langue de traitement !

Comment réconcilier ces réalités avec les prévisions de déficits du nombre de médecins en Wallonie ?

Sommes-nous, membres de la communauté universitaire de Belgique, le pays du grand anatomiste Vésale, à la hauteur morale et humaniste de ces constats ?

En tout cas, je suis certain que le jour où j’ai un problème de santé, un médecin me sera plus utile qu’un économiste…



Posté le 20 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Le piège de la dette ? Lequel ?

Armadilha-1728x800_cSelon la Banque des règlements internationaux, le piège de la dette menace l’économie mondiale. Est-ce une affirmation solide ou simplement le constat qu’après des années d’argent gratuit, il est normal que l’endettement privé et public ait augmenté en accroissant sa vulnérabilité à une potentielle hausse de taux d’intérêt ?

Sommes-nous, après les baisses de taux d’intérêt qui ont conduit à l'emballement des subprimes et à la crise bancaire, à l’aube d’une nouvelle crise, d’une nature comparable, qui résulterait du fait que les taux d’intérêt sont en baisse structurelle depuis près de 35 ans ?

Personne, sauf un marabout, ne peut donner de réponse unique à cette question.

Mais une chose m’apparaît désormais claire : la cinétique des taux d’intérêt ne ressemble pas à celle des cycles précédents : un climat de faible croissance, alimenté par le vieillissement de la population, par la digitalisation et bientôt par l’intelligence artificielle, combiné à une abondance d’épargne pourrait maintenir les taux d’intérêt bas. C’est d'autant plus vrai que les Etats, surendettés suite à la crise, ont placé le système bancaire et monétaire sous une telle tutelle qu’ils seront capables de maintenir des taux d’intérêt faibles. Du reste, sous l’angle monétaire, le système financier est plus proche de sa nationalisation que de l’économie de marché.

Les immenses dettes sont donc soutenables sauf raidissement des marchés et accident qui conduiraient à redresser les primes de risque.

Posté le 17 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

La politique monétaire sur le fil ?

Mary-poppinsPlus de deux ans après une création monétaire sans précédent, la Banque Centrale Européenne (BCE) fait face à des décisions cruciales, voire existentielles pour l’économie de la zone euro. Jusqu’en 2015, cette dernière flirtait avec la déflation, qui constitue le pire scénario économique puisque la confiance dans le futur disparait. L’injection monétaire, toujours en cours, avait l’objectif principal de stimuler l’inflation. Cet objectif n’est pas atteint et la BCE semble en avoir fait son deuil. Manifestement, et à la surprise de nombreux économistes, un facteur subjuguant domine l’économie dans sa faible croissance : c’est le vieillissement de la population. Face à cette réalité démographique, une création monétaire est de peu d’effet.

La création monétaire avait aussi pour objectif d’affaiblir l’euro, mais surtout de refinancer les dettes publiques d’Etats surendettés.

Aujourd’hui, l’euro se renforce au détriment des exportations.

Les dettes publiques sont, quant à elles, toujours très élevées. Seuls les taux d’intérêt anormalement bas imposés par la BCE autorisent, pour les pays faibles, de la zone euro, leur soutenabilité.

La BCE va-t-elle donc prendre le risque de resserrer sa politique monétaire ?

Ce n’est pas certain. J’ai même l’intuition qu’elle pourrait temporairement prolonger son soutien monétaire.

Mais rien ne sera décidé avant les élections allemandes puisque ce pays est un fervent partisan de l’orthodoxie budgétaire et monétaire. Il serait donc impensable que la BCE pollue la réélection probable d’Angela Merkel avec un message de complaisance.

Posté le 15 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Une guerre avec la Corée du Nord. Vraiment ?

393675Les tiraillements militaires en mer de Chine pourraient laisser penser qu’un affrontement entre la Corée du Nord et les Etats-Unis est inéluctable.
Une guerre n’est jamais impossible : un feu de broussaille entraine parfois un incendie de forêt.
De surcroît, si on donne un marteau à un dingue, tout ressemble à un clou...
Mais, à mon intuition, c’est peu probable.
Ce qui se passe – et de nombreux indices l’induisent-, c’est l’émergence croissante d’un pôle chinois qui, dans le sillage d’une prédominance économique incontestable, conduit à une géographie de contrôle.
François Mitterrand l’avait d’ailleurs prédit : Le 21ème siècle sera caractérisé par une lutte à mort, mais sans morts, entre les Etats-Unis et la Chine.
La Chine construit donc sa zone d’influence au travers de ses alliés, dont l’un est son bras armé.
Au reste, la présence américaine en Asie est, pour l’essentiel, une rémanence d’ancienne guerres : la guerre avec le Japon (1941-45) qui a d’ailleurs conduit à démilitariser ce pays, la guerre de Corée (1950-53) et, à certains égards, la guerre du Vietnam (1955-75).
Or ces temps sont révolus.
Par ailleurs, les grandes puissances ne se confrontent jamais directement mais le font au travers de leurs vassaux. On n’imagine donc pas les Etats-Unis engager directement la Corée, encore que la guerre du Viêtnam en soit le précédent.
Cette intuition d’absence de confrontation directe entre les grandes puissances avait d’ailleurs conduit Charles de Gaulle à craindre que les Etats-Unis et la Russie utilisent le sol européen pour engager des hostilités dans le cadre de la guerre froide, raison pour laquelle il avait délocalisé la force nucléaire française dans des sous-marins qui pourraient tirer « tous azimuts », de Washington à Moscou.
Aujourd’hui, la Corée du Nord tire dans un azimut.
Mais c’est surtout l’expression d’une délimitation de zone d’influence chinoise.
Et la Chine ne veut, à aucun prix, d’une guerre.

Posté le 6 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Dollar : prudence historique et circonspection ...

P37-Richard-Nixon-FrontSauf à être un charlatan ou un bonimenteur, Il est impossible de se prononcer avec certitude et fermeté sur l’évolution des devises et je ne le ferai pas.
Ce monde relève de l’aléa et appartient à des initiés. Les devises reflètent la pulsation du monde et leur appréciation exige une finesse d’intuition que peu possèdent.
Pourtant, une chose me frappe et elle fait l’objet de cette courte note.
En un an, tout a changé aux Etats-Unis.
Tout.
C’est, bien évidemment, le sillage des élections.
Mais, en matière de politique monétaire, les messages de la Federal Reserve se sont inversés : Il n’est plus question d’un resserrement de la politique monétaire, et donc d’une hausse des taux d’intérêt.
Il n’est même plus question d’inflation.
Il est surtout question de la succession des membres, et de la Présidente, de la Federal Reserve.
Le numéro deux de la Federal Reserve vient d’annoncer son départ, laissant, un peu plus, le champ libre aux Républicains.
Mon intuition m’incline à penser que la faiblesse du dollar pourrait s’accentuer car toute la trame de la politique commerciale de l’Administration Trump repose sur le protectionnisme et le dénouement des accords commerciaux.
Il serait, sous cet angle, incohérent et contrintuitif d’imaginer un dollar fort, d’autant que les Etats-Unis ont assuré leur autonomie énergétique.
Tout ceci rappelle la fin des accords de Bretton Woods, en 1971, année au cours de laquelle, sous de spécieux motifs, Nixon saborda l’unité monétaire d’après-guerre en dissociant la valeur du dollar de celle de l’or.
Bien sûr, c’était il y a un demi-siècle.
Mais la doctrine Roosa, consistant à affaiblir le dollar au détriment des pays qui accumulent des excédents commerciaux vis-à-vis des Etats-Unis, est toujours – je crois – d’application, d'autant que les Etats-Unis enregistrent un déficit commercial.
Quelques tweets de Donald Trump concernant la Chine et l’Allemagne pourraient en constituer l’intuition.

Posté le 6 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Les Etats-Unis seront-ils encore une république en 2020 ?

1310762-George_WashingtonImaginer que le régime politique des Etats-Unis, finement ciselé par des protestants et cristallisé dans une constitution qui a subi seulement une trentaine d’amendements depuis l’indépendance du pays, puisse sournoisement se transformer apparaîtra une démarche hasardeuse, voire outrancière. En effet, comment subodorer que ce pays, qui a fondé sa politique extérieure sur le multilatéralisme du  Président Woodrow Wilson, et la diffusion de son modèle économique sur la défense des libertés individuelles, puisse être affecté par les péripéties récentes de l’administration Trump ? 

Et pourtant, - est-ce l’influence de mes racines familiales américaines ? -, j’ai l’intuition qu’il se passe quelque chose, peut-être d’extrêmement préoccupant, aux Etats-Unis. Et ceci se passerait sous nos yeux, mais sans que nous n’y prêtions l’attention suffisante, car nous sommes distraits par les gazouillis du compte Twitter du Président Trump. Depuis l’élection présidentielle, une exaspération sociale et une désespérance sociétale, qu’elle a d’ailleurs contribué à révéler, se déchaîne. La réalité américaine apparaît aussi dans sa crue réalité, comme si on arrachait l’écorce de l’image que ce pays veut donner au travers de la diffusion de son modèle cinématographique. Là-bas, la vie est dure, extrêmement rude. Il n’y a pas de filet social et les chocs économiques, comme la crise de 2008, abattent des populations socialement en dérive. Les tensions raciales ont toujours été exacerbées (souvenons-nous des émeutes de 1992 de l’affaire Rodney King) et trouvent leur contrainte dans une réalité policière moins sympathique que celle de Starsky et Hutch. Les addictions (opioïdes, alcool, etc.) font des ravages à telle enseigne que l’espérance de vie des blancs, pourtant traditionnellement (et scandaleusement) plus élevée, stagne ou baisse. Les grandes villes sont, dans le Midwest, devenus de dangereux chancres. Pour faire court, si on enlève deux bandes de 50 kilomètres de côtes Est et Ouest, on a un pays qui, malgré une santé économique globale florissante, voit ses inégalités sociales s’aggraver et entretenir l’idée que la globalisation a escamoté l’emploi et la flamboyance industrielle d’après-guerre.

Il faut avoir vécu ou étudié dans ce pays pour le savoir : les Etats-Unis restent une contrée de pionniers qui alimente une vision prédatrice du progrès et de l’enrichissement. Ceux qui ont forgé cette nation furent les exilés de mondes qui ne voulaient plus d’eux. Ils ont dû se frayer un chemin dans des contrées hostiles au prix d’une conquête qui ne s’est jamais apaisée puisqu’ils imposent leur monnaie et leur armée comme la garantie de leur suprématie. Leur économie reflète cette réalité.

Pour certains, c’est peut-être un détail, mais, aux Etats-Unis, le port d’armes est un principe constitutionnel. Il en résulte un niveau de violence larvée que seule une répression pénale inconnue chez nous tempère. L’espace de liberté individuelle est plus large, mais la transgression du droit conduit à des sanctions qui sont des multiples de ce qui nous est familier. La détention d’armes est généralisée, mais de nombreux Etats (30 sur 50) autorisent encore la peine de mort.

Avant l’élection présidentielle, le Président Trump avait clamé qu’il ne faudrait même pas tenir les élections et, aujourd’hui qu’il est élu, près de 40 % des Américains s’interrogeraient sur la nécessité d’encore tenir des élections présidentielles. Certains souhaitent leur report. Ce pourcentage reflète peut-être des fluences médiatiques. Il n’empêche qu’il est inquiétant, d’autant qu’il s’inscrit dans un contexte de resserrement vertical du pouvoir dans de nombreux pays.

Je crains que le contexte sociétal américain puisse subir un choc implosif. Des foules exaltées et hystériques qui hurlent contre leurs institutions et leurs médias dans le rappel des blessures de la guerre civile et de la ségrégation, une négation des institutions représentatives au travers d’un plébiscite porté par les réseaux sociaux et un Président qui crée, sans nier son charisme – et peut-être à cause de cela –, une frénésie : tout cela pourrait entraîner des violences politiques et contre des journalistes. En effet, peut-on, aujourd’hui, postuler que la liberté d’expression est respectée alors que le Président martèle que les médias sont manipulés et entretiennent des « fake news »? Comment appréhender une administration présidentielle qui halète sous la recherche du plébiscite digital en conspuant les institutions et leurs représentants, alors même que des enquêtes pour collusion avec l’ennemi de la guerre froide sont lancées ? Combien de temps un pays peut-il résister, sans sombrer, à cet univers orwellien ? Des sénateurs, des journalistes sont nominativement vilipendés dans l’affirmation que ce ne sont pas de « bons Américains ». La presse locale le suppute à mots voilés : leurs vies sont, le cas échéant, menacées. Et aujourd’hui, l’ONU considère que le Président Trump incite à attaquer des journalistes. Souvenons-nous, dans un autre contexte, de cette députée anglaise, Jo Cox, assassinée car elle s’opposait au Brexit. C’était un signal faible, mais aussi une clameur, de l’histoire. Que se passerait-il dans un tel cas aux Etats-Unis ? Je ne sais pas.

Peut-être que les Etats-Unis font germer des ruptures civiles. Et des conflits, sachant que depuis leur indépendance, ce pays a été près de 225 années en guerre. Le Président Trump ne pourra pas entretenir l’imminence du déchaînement de la force sans la faire, à moins – et ce serait un scénario tout autant épouvantable – que cette violence soit intravertie et donc interne au pays ? D’ailleurs, ce renvoi dos-à-dos des démocrates et extrémistes raciaux porte en lui, au-delà de la négation de l’esprit de la constitution américaine, l’expression d’une opposition civile. C’est d’autant vrai que les lignes du respect du droit républicain deviennent floues, notamment à cause de la pleutrerie et à la lâcheté de représentants du peuple qui sont devenus des hommes faibles ou menacés.

J’ai l’étrange intuition, que j’espère démentie du fond du cœur, que les élections de 2020 ne vont pas se passer normalement. Elles seront en tout cas dangereuses pour ceux qui s’opposeront à la ploutocratie qui se met en place car la nature de la représentation publique mute. Elle transforme le consensus en rapport de forces dans un contexte de bouillonnement mondial incontestable. Je combats mon inquiétude en me rappelant la résilience d’un système institutionnel qui a surmonté tant d’épreuves, dont une guerre civile. Et je garde la confiance que cette terre promise, pour de nombreux européens, respectera l’esprit des Lumières et de la liberté.

Mais, pour ceux que les précédents inquiètent, il faut rappeler que 1968 a vu Luther King, Prix Nobel de la Paix mais opposant au Vietnam, et Bobby Kennedy, candidat à l’investiture démocrate, être abattus. En 1970, la garde nationale tira sur un campus contre ceux qui s’opposaient au carnage inutile de l’invasion du Cambodge. Et, plus tard, Nixon, président paranoïaque et proche de la destitution, fut remplacé par son vice-Président, Gérald Ford, qui n’avait lui-même pas été élu, ayant remplacé le vice-Président englué dans une fraude fiscale.

Bien sûr, les élections de 1976 eurent lieu. Mais comme disait le philosophe Jankélévitch: il faut penser tout ce qu'il y a de pensable dans l'impensable. Pour regarder l’avenir sans ciller.

 

Posté le 5 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

2008 : percuteur ou détonateur ?

ImagesP1UPIN6AEt si la crise de 2008 n’avait été que le percuteur d’une conflagration d’une ampleur plus vaste que la crise bancaire ? Si le shrapnel qui avait fissuré les lourds bilans bancaires était, en réalité, un glissement tectonique dont nous n’avions pas mesuré l’ampleur, sachant que 2008 fut, entre autres, à la fois, le point de départ du papy-boom et du basculement climatique ?

Certes, cette crise a révélé des fragilités financières et a déclenché une spirale d’endettement public qui est désormais financée par la création monétaire. Mais 2008 est peut-être le point de départ d’une mutation sociétale portant sur l’articulation de nos systèmes économiques. Au reste, 2008, près de vingt ans après la chute du mur qui disqualifia le modèle communiste comme antithèse du capitalisme qui devint  la référence ultime, fut une émanation du capitalisme lui-même.

Depuis la fin des trente glorieuses d’après-guerre (1944-74), celui-ci est, en effet, désormais fondé sur une fuite en avant qui conduit à emprunter, au bénéfice d’une jouissance prématurée, le « capital » humain, financier, environnemental, etc. Cet emprunt est, pour partie, traduit, en signes monétaires, mais certains emprunts, tel celui de la Terre, semblent rester, à tort, une abstraction.

Si cette intuition est correcte, alors la crise de 2008 est non pas une crise de marché, ni de l’économie de marché auquel je crois, mais d’une certaine formulation de cette dernière. Il y a donc peut-être un risque que l’irritation sociale, qui est une des facettes de cette crise, s’amplifie dans une mutation du système. Ce qui pourrait arriver, ce serait que ce système s’emballe, plutôt qu’il n’implose : ce ne serait pas sa contestation qui le fissurerait, mais plutôt l’étirement du système lui-même, à savoir que la predation, quand elle n'est pas tempérée et contrainte par un système politique harmonieux,ne soit plus que financière mais s’assimile à une pulsion de mort, incidemment identifiée par Freud et Keynes comme l’expression de la prédation humaine.

Les leçons à tirer des dix dernières années relèvent essentiellement de la curiosité historique. Ce qui importe, c’est de comprendre, dans un monde au sein duquel l’emprunt du futur et les inégalités monétaires s’aggravent, comment restaurer l’apaisement social, un partage harmonieux de la croissance dans le respect de l’entrepreneuriat et une transition écologique.

 

Posté le 3 septembre 2017 par Bcolmant Réactions | Réagir

Et si l'intelligence artificielle balayait le monde ?

BlakeEtMortimerPublicitaire9_01052004Depuis plusieurs semaines, les avertissements de créateurs d’entreprises d’envergure mondiale se multiplient au sujet de l’intelligence artificielle.
Certains, tel Bill Gates, avaient même plaidé, pour la taxation des robots.
Que se passe-t-il ?
Progressivement, les façonneurs du 21eme siècle se rendent compte que le choc social qui va frapper nos économies est titanesque.
Comme me le faisait remarquer un des figures de proue du patronat belge, on aurait pu croire que la digitalisation, qui conduit essentiellement à une automation améliorée des tâches humaines, allait, à terme, créer autant d’emplois qu’elle n’allait en détruire.
Mais l’intelligence artificielle, c’est différent : ce sont des métiers, relevant essentiellement de la classe moyenne, qui vont disparaitre car un système (qui deviendra un écosystème) va balayer des métiers d’expertise intellectuelle ou, plus généralement, des métiers d’expérience.
Or ces métiers représentent la majorité de ceux qui relèvent de l’économie tertiaire…c’est-à-dire la nôtre.
De quoi parle-t-on ? Des métiers à diagnostic : toute la matière juridique (avocats, magistrats), médecins non spécialisés, économistes appliquées et purs, etc. Mais, plus généralement, de tout métier d’appréciation.
Même les métiers de création (que je voyais être épargnés par la digitalisation) vont être touchés par l’intelligence artificielle. Depuis longtemps, des artistes ne se rassemblent plus physiquement pour enregistrer des albums.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle crée des mélodies surprenantes. Bien sûr, tout cela ne remplacera pas le génie des Beatles ou de Pink Floyd. Mais c’est justement, au risque d‘en faire une généralisation, ce qui va se passer : il y aura toujours des humains dont la pensée s’élèvera dans des ruptures, mais la création anodine, d’accoutumance, va être affectée.
Et ceci est valable pour la peinture, l’écriture (des journaux sont désormais crées par cette intelligence artificielle), etc.
A nouveau, pas pour les artistes d’exception, mais bien pour la « classe moyenne » de la création.
Tout ceci posera un problème social majeur.
C’est un ferment d’exaspération, et donc de violences civiles.
Car ce nouveau monde n’est plus sous le contrôle de nos gouvernants. L’économie digitale permet aux créateurs de ce nouvel environnement d’être hors de portée physique de ses victimes.
Ce sera peut-être le basculement dans un monde de science-fiction dont on n’arrive pas, aujourd’hui, à mesurer les effets.
Mais faut-il s’en étonner ? Certains dirigeants de Google parlent d’humanité 2.0, avec la vision messianique de transformer le monde…et même d’annihiler la mort.
Cette vision transhumaniste rappelle le gnosticisme, courant religieux qui avait postulé que l’imperfection du monde ne pouvait qu’être l’œuvre d’un démiurge dissident qui avait temporairement usurpé les pouvoirs du vrai Dieu.

Dieu avait donc un Dieu.

Google serait-il ce Dieu...avant que l'homme et son "créateur" se rebellent ?

Il est temps de bien réfléchir…

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