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Posté le 11 novembre 2017 par Bcolmant

Egarement monétaire

AchilletalondToute la difficulté de l’imagination du monde futur réside dans l’ancrage au passé.
Trop souvent, affectés d’un naturel biais cognitif, nous projetons l’état présent en le simplifiant, sans imaginer que le futur puisse relever d’une autre dimension après des points de discontinuité impensable. Dans ce cadre, je m’interroge sur la cosmographie future de la monnaie.
Qu’est-ce que la monnaie ?
Le signifiant de la monnaie est insaisissable. La monnaie est un artefact, c'est-à-dire un phénomène créé de toute pièce par les conditions expérimentales statistiques, dépourvu de toute signification théorique.
La monnaie revêt diverses significations et répond à de nombreuses exigences, dont la division du travail, et la transportabilité temporelle du travail. Mais c’est d’abord un référentiel fondé sur l’adhésion et la juxtaposition, plus ou moins volontaires, d’unités de confiance individuelles. La monnaie est aussi, évidemment, une tutelle publique. Cela explique incidemment la subordination de l’ordre monétaire à l’ordre social.
La monnaie renvoie à ce qui la garantit. Elle doit s'adosser à un niveau de confiance qui excède ce qu'elle garantit. Il faut une réciprocité de la qualité de la confiance et de la quantité de monnaie. La monnaie est une idée qui sert de modèle à une autre : un empiriste la qualifierait probablement d'archétype socio-politique.
Pour le sociologue, la monnaie est un moyen d'impersonnaliser l'association entre des personnes inconciliables et donc une sublimation des rapports sociaux. C'est une abstraction au-dessus des structures sociales, si ce n'est la structuration des agrégats sociaux eux-mêmes. La monnaie est alors un postulat par son adhésion spontanée ou forcée.
Pour l'économiste, la monnaie est un phénomène monétaire éphémère et circonstanciel. C'est une formulation simplifiée de l'utilité du temps. Un monopole d'émission sur une monnaie non gagée est un instrument de tutelle publique sur les faits de commerce qui reflète l'équilibre relatif et la primauté d'un facteur de production (travail ou capital), reflété par une tension entre son rôle transactionnel et de thésaurisation.
Que sera la monnaie du futur ?
Imaginons que l’humain soit plongé dans un monde presque totalement robotisé où le temps biologique de l’humain devienne une variable accessoire. Le temps « n’existe » plus (il se résume à son instantanéité) et le travail biologique, qui est rémunéré par de la monnaie, n’existe plus non plus. Dans ce monde dystopique, quelque chose doit structurer l’ordre social et l’évitement de la violence que la structuration monétaire permet de déflecter.
Cette autre chose est, peut-être, la capacité individuelle de contribuer plus efficacement à la robotisation généralisée. On en arrive alors à une monnaie qui est proche du bitcoin, c’est-à-dire une monnaie dont la création est strictement liée au perfectionnement de la robotisation.
Mais, dans une telle société, les robots s’auto-amélioreraient de manière heuristique.
Une telle société entraînerait sa propre destruction humaine puisque les rapports sociaux ne seraient plus normés.
La monnaie, qui est une abstraction, disparaîtrait avec l’humanité. 
J’ai dû m’égarer…

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