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Posté le 13 novembre 2017 par Bcolmant

Emeutes de Bruxelles : l'odeur du monde devient pestilentielle

B9713794684Z.1_20171113090049_000+GVAA54JP6.1-0Interpellé par les émeutes qui ont affecté le bas de la ville, je m’y suis rendu. Et qu’y voit-on ? des travaux, partout, dans la poisse de cette Belgique en chantiers qui n’en finissent pas, dans cette lamentable idée de construire un piétonnier qui est un chancre. Des palissades dans les interstices desquelles des personnes se réfugient. Des femmes, manifestement réfugiées, qui couvent trois enfants, en quémandant de la nourriture ou de l’argent, à côté des bétonneuses et des containers et entre les sirens hurlantes. Des réfugiés avec comme seule vie, un petit trolley, comme nos aïeux, en 1940, probablement. Des brelans de militaires.

C'est l'armée, dans les rues dans l'anodin d'un nouveau monde désespéré. Des militaires armés d'une mitraillette. Des policiers. Des gardes devant chaque magasin. Des fenêtres brisées. Des races qui n'osent plus se regarder dans les yeux. La peur d'être suivi. Les rires qui ont disparu. Mais où sommes-nous ? Qu'est-il arrivé ?

Et puis, aussi, des dalles humides de ciment froid et silencieux. Des lumières bleues, celles de la police. Partout. Et orange, aussi : celles des lampadaires dans cet enfer du monde qui s’esquive.

Cette lumière, luisante de pluie, des mois courts est détestable. La lune est voilée d’un drap négligé et de vapeurs poussiéreuses. Un misérable brouillard épaissit les mémoires.

Et puis, à côté, Noël qu’on fête déjà le 13 novembre pour exorciser le désespoir de nos réalités et de nos petites nuits. Le village de Noël est encore en poutrelles mais l’artifice de ces accablements de quelques mètres carrés est presque prêt pour son sinistre commerce.

Et puis, le théâtre de la Monnaie. Mais où est le véritable théâtre ? Dans nos mauvaises consciences et ces voitures vite fermées électroniquement ? Dans ces pas pressés dans les parking publics ? Ou ailleurs ? Mais où ?

Pendant ces jours tristes et courts, le pays courbe l'échine entre un ciel tourmenté qui s'alourdit inexorablement et une terre qui rougeoie de ces feux artificiels, comme des scintillements malveillants. Ce sont des vagues d'écume noire.

Demain, le jour va se lever, dans l’entrain des informations et le papier glacé et coloré des nouvelles boursières.

Mais, telle une craquelure qui devient un abîme, un fossé s’est créé.

Et, ne faisons aucune illusion : un monde s’est dérobé. Comme disait de Gaulle avant le grand conflit de 1940, son odeur a changé.

Et cette odeur, celle des conflits larvés et des drames sociaux, celle des ferments de violence et des attentats, celle du racisme et des outrances, celle de la clameur de la rue en colère, devient pestilentielle.

 

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