
La crise de l'Euro porte en elle les germes d'une dislocation monétaire sans précédent.
Il y a bien sûr le risque grec, encore que ce dernier soit celui pour lequel les autorités monétaires sont les mieux préparées. Mais que la Grèce se décroche ou non de la monnaie unique n'a finalement plus la moindre importance. En effet, l'Europe a montré son incapacité politique à s'accorder sur une logique de coopération.
Malgré les injections massives de monnaie effectuées par la BCE, certains Etats périphériques n’arrivent plus à financer leurs dettes publiques à des conditions acceptables. Ces mêmes pays, structurellement faibles et insuffisamment industrialisés, subissent un déficit de compétitivité.
Ce dernier était auparavant résolu par des dévaluations successives, aujourd’hui interdites par la monnaie unique. De surcroît, ces même pays, suffocant sous la récession qui aggravent leurs déficits, doivent mettre en œuvre des programmes d’austérité qui alimentent la récession.
Faute de pouvoir dévaluer leur monnaie, on leur impose une dévaluation interne, c’est-à-dire un appauvrissement de la population qu’on espère voir traduit dans une meilleure compétitivité. Malheureusement, cette dévaluation interne conduit à un écroulement de la consommation interne qui entraîne une flambée de chômage.
Avec aveuglement, les instances dirigeantes de Frankfort s’obstinent à exiger un retour à l’équilibre budgétaire alors que ce postulat s’oppose à la réalité économique mais aussi aux contraintes sociales.
Si l'Europe persévère dans cette voie mortifère, l'histoire des prochains trimestres est facile à écrire. Au fur et à mesure que les pays du Sud vont assister à une contraction de leurs économies, elle-même entraînée par des programmes d'austérité, des mouvements sociaux sporadiques vont émerger. Ceux-ci, d'abord mal organisés, vont constituer des foyers de déstabilisation. Ils vont aussi diffuser l'idée que la monnaie unique est un facteur d'appauvrissement et de désespoir, alors que le projet avait été bâti pour étançonner la paix entre les peuples.
Dès lors, que faire pour sauver l’Euro ?
La première question est de savoir si l’Euro peut encore être sauvé dans sa formulation actuelle et si son étendue géographique est encore justifiée. La réponse est exclusivement politique. En effet, l’absence de cohésion politique et la désynchronisation des économies révèlent une terrifiante réalité : pendant sa première décennie, l’Euro ne fut probablement un succès que parce que la conjoncture était favorable et que la croissance était alimentée par l’endettement public.
A court terme, il faudra que la BCE continue à injecter de l’argent dans le système bancaire et à aider le financement des Etats faibles. Mais, à moyen terme, cette orientation sera limitée, voire prohibée, par les pays du Nord de l’Europe qui y verront un danger inflationniste. L’Allemagne a toléré les injections d’argent de la BCE car ces dernières ont principalement été utilisées par les banques des pays faibles de l’Europe (Portugal, Espagne et Italie) pour racheter la dette publique de leurs propres pays auprès de créanciers étrangers.
Mais si la BCE et les pays du Nord de l’Europe n’assouplissent pas sa vision, il faut penser à des solutions alternatives. Celles-ci prendront certainement la forme de rééchelonnement de dettes, c’est-à-dire de consolidation des dettes publiques qui obligeront les créanciers à subir un étalement des dettes publiques dans le temps. Dans les pays faibles, il y aura aussi des défauts, ou plus probablement des faillites bancaires.
En conclusion, pour éviter le chaos et la contagion, il faut donc que la BCE atténue sa position et se lance dans un assouplissement quantitatif important. Ceci exigera la mise en cause de l'indépendance de la BCE, ou à tout le moins un élargissement de son mandat.
Le mauvais scénario serait alors que l’Euro, forgé pour sceller la paix entre les nations européennes, soit le ferment de troubles sociaux qui appellent des réactions autoritaires. Le rejet social d’une rigueur sans croissance constituerait le scénario le plus probable. Le pire serait que les nationalismes prennent le dessus sur les exigences monétaires et qu’en douze ans, le sentiment d'adhésion à l'Euro se transforme en révulsion.
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