La
microfinance a réussi ce que beaucoup croyaient impossible, car trop risquée;
intégrer les populations les plus pauvres à un système financier efficient. Le
succès de la microfinance nous pousse à s’intéresser aux principes sur lesquels
elle repose et dans quelle mesure le système financier traditionnel pourrait
s’en inspirer. Dans
l’article qui suit, Jacques Attali nous offre un éclairage intéressant sur le
rôle que peut jouer la microfinance dans la reconstruction d’un monde
financier plus responsable. Malgré son importance limitée dans les échanges
financiers mondiaux, Jacques Attali pense en effet que le système financier
mondial qui émergera de la crise devrait largement s’inspirer des principes qui
fondent la microfinance. Combinant
les activités d’économiste, professeur, écrivain et conseiller d’état (sous
François Mitterand), Jacques Attali est le fondateur d’Action contre la faim et
fût le premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le
Développement. Il préside aujourd’hui l’institution PlaNet Finance qui œuvre au
développement du microcrédit dans le monde. Auteur
de 44 livres diffusés à plus de 6 millions d’exemplaires, il a enseigné
l’économie théorique à l’Ecole Polytechnique, à l’École des Ponts et Chaussées
et à l’Université Paris-Dauphine à Paris. Jacques
Attali a été désigné par le magazine Foreign Policy comme l’un des cent
intellectuels les plus importants au monde. L’article
ci-dessous a été rédigé en mars 2009. Désireux de soutenir l’initiative Fair
Street, Jacques Attali a accepté la reproduction de cet article. “La microfinance comme solution à la crise financière”
par Jacques Attali Samedi, mars
7th, 2009 A priori, la micro-finance, est trop
petite pour représenter un enjeu significatif dans la crise financière globale
qui vient de commencer : elle ne concerne que les plus pauvres des
entrepreneurs du monde, qui n’empruntent que quelques centaines de dollars par
an, pour assurer leur fonds de roulement, ou pour développer leur petite
affaire ; au total, elle ne représente qu’un encours mondial de 30 milliards de
dollars, ce qui est évidemment dérisoire, comparé aux 80 000 milliards de
dollars d’encours du système bancaire mondial. Plus encore, beaucoup regardent
avec mépris ces institutions de microcrédit, comme si elles incarnaient la
forme la plus archaïque de la finance, qu’il faut très vite dépasser, pour
permettre à tous les gens du monde d’avoir accès aux banques conventionnelles,
dont la présence dans un quartier ou une ville est vue par ces soit disant
élites comme une marque de progrès économique et social. En réalité, elle est au cœur de ce qui
constituera un jour la réponse structurelle à la crise financière. Parce
qu’elle est fondée sur des principes exactement inverses de ceux pratiqués par
les banquiers qui ont déclenché la crise : une finance éthique, responsable, au
service de l’entreprise, fondée sur la connaissance intime du client. Chacun reconnait maintenant que la
source principale des désordres actuels réside dans un système financier tout
occupé à faire des profits pour lui-même par un octroi excessif de crédits à
des consommateurs ou des entreprises n’ayant pas nécessairement les moyens de
rembourser (en particulier les plus pauvres, au moyen des prêts subprimes),
transférant à d’autres les risques de ces crédits , gardant pour soi l’essentiel
des profits qui devraient revenir aux entreprises, en inventant des produits
virtuels, sans aucune réalité . Les banquiers sont devenus les héros d’un
système dont il devrait être les serviteurs. Ils se servent trop souvent avant
de servir. La micro-finance répond point par point
à ces critiques, par les quatre principes qui la fondent, et qui devraient
inspirer la réforme du système financier mondial : Il est donc essentiel de promouvoir
aujourd’hui la microfinance et de mettre ses quatre principes au cœur de la
réforme de la finance globale. De comprendre que les principes de la micro
finance, que les principes d’une finance éthique, ne sont en rien ceux d’une
finance archaïque, mais qu’ils constituent l’avenir de la finance, la condition
de la survie de l’économie mondiale : Back to the future. Il est en
particulier essentiel de faire de la finance une industrie au service des
autres et non d’elle même. De faire de la banque un service d’intérêt général
et non une source d’accaparement du profit. Il est aussi, en particulier,
urgent d’utiliser les patrons de cette industrie financière si particulière
comme conseils dans la reforme du système bancaire mondial. Sans doute faudra-t-il beaucoup
d’efforts pour convaincre les maitres de la finance d’aujourd’hui, dont
l’arrogance reste entière, malgré leur débâcle, d’écouter ces banquiers au pied
nus, venus de nulle part. Il faudra aussi lui accorder beaucoup plus de moyens
pour se développer, pour toucher plus de pauvres, relançant ainsi une demande
mondiale saturée au Nord par l’excès de dettes, et participant ainsi à
l’émergence d’un monde nouveau, plus équilibré, plus juste, dont la naissance
marquera le commencement de la fin du désordre actuel. Jacques
Attali



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