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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 24 juillet 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

L'étude qui démonte le latency arbitrage

Deux professeurs de l'université de Berkeley en Californie, Robert P.Barlett, et Justin McCrary, ont récemment publié une étude qui remet en cause l'avantage de vitesse des firmes de trading à haute fréquence sur les autres participants de marché. Ils se sont attaqués au latency arbitrage, une stratégie de trading qui consiste à profiter de la différence de diffusion des prix sur les marchés américains. Cette stratégie avait été mise en cause notamment dans le livre "Flash Boys" de Michael Lewis, car elle s'effectue au détriment des autres participants de marché. Aux Etats-Unis, beaucoup d'observateurs, allant du fondateur de la firme de données de marché Nanex, Eric Hunsader, en passant par les fondateurs de la plateforme de transactions IEX, Brad Katsuyama et Ryan Ronan, au fondateur de la firme de recherche Tabb Group, Larry Tabb, ont mis en cause la structure des marchés financiers américains, où les participants de marché qui sont co-logés dans les centres de données des Bourses américaines bénéficient des prix du Direct Feed (donnés par les Bourses directement aux traders co-logés) dix fois plus rapidement que le reste du marché qui regarde les prix affichés par le SIP (Securities Information Processus). Une universitaire de l'université du Michigan, Elaine Wah, avait même démontré dans une étude que le latency arbitrage avait coûté environ 3,03 milliards de dollars aux investisseurs en 2014. 

Barlett et McCrary se sont penchés sur les données du SIP, horodatées en microsecondes, provenant du NYSE et du Nasdaq. Ils soulignent dans leur étude que les données manquent sur la latence (le temps de transmission des données de marché) entre le SIP et le Direct Feed. Depuis le mois d'août 2015, les Bourses américaines ont été obligées de rapporter leurs données de marché du SIP en microseconde. Les deux universitaires se sont penchés sur les données des titres du Dow Jones 30 entre août 2015 et juin 2016. Ils ont découvert que le délai pour un changement de cotation entre le SIP et le Direct Feed des Bourses s'élève en moyenne à 1,13 milliseconde, mais de 22,84 millisecondes pour une transaction. Cette différence de temps s'explique selon les deux chercheurs par le fait que deux tiers des transactions s'opèrent en dehors des Bourses aux Etats-Unis (sur des dark pools) alors que les cotations restent rafraîchies sur les Bourses. 

Les deux chercheurs ont mesuré que 97% du temps, le temps des transactions sur le SIP et le Direct Feed correspondait. Sur les 3% restant, seul 10% des transactions ont été effectuées au détriment d'un trader qui prend de la liquidité sur le marché. Les deux chercheurs estiment que les preuves pour démontrer un avantage des traders plus rapides sur le reste du marché sont inexistantes. Au mieux, les ordres qui retirent de la liquidité sur les marchés ont gagné en moyenne 0,0003 dollars par action sur la période étudiée. 

Evidemment, la Modern Markets Initiative, qui défend les intérêts des firmes de trading à haute fréquence aux Etats-Unis, s'est empressée de twitter cette étude. 

Du côté d'Eric Hunsader, c'est la consternation.

 

Posté le 22 juillet 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des dark pools peu contrôlés en Europe

La Financial Conduct Authority, organe de supervision des marchés financiers britanniques, vient de publier un rapport sur les dark pools, ces plateformes de transactions où les ordres restent anonymes. En Europe, la part de transactions négociées sur ces plateformes atteint 8% des volumes de transactions. Cette part a augmenté depuis 2007, et l'implémentation de la directive MiFID, comme le montre ce graphique de Bloomberg.

Darkpool

Ces dark pools sont opérées entre autres par des banques, comme Goldman Sachs, Credit Suisse et UBS. Certaines ont essayé de requalifier leur dark pool en MTF (davantage régulé) en vue du changement de réglementation prévu pour 2018, avec la révision de MIFID, qui limite les volumes de transactions sur les dark pools. Mais toutes ne l'ont pas fait. La FCA a constaté que beaucoup de dark pools opérées par les banques n'ont pas mis en place un contrôle suffisant de l'activité de leurs clients. Elle a aussi pointé le manque de transparence sur la manière dont opèrent ces dark pools auprès de leurs utilisateurs. Elle a appelé ceux-ci à mener leur examen sur le fonctionnement de ces plateformes.

Aux Etats-Unis, depuis 2012, la Securities and Exchange Commission a mené la même enquête auprès des dark pools, bien plus nombreuses qu'en Europe. Les marchés américains comptent une soixantaine de dark pools, alors qu'en Europe, leur nombre tourne autour de 38 selon Tabb Group. Aux Etats-Unis, les amendes ont plu sur ces plateformes, où il leur a été reprocher de ne pas suffisamment protéger l'information de leur clientèle. La SEC a redoublé ses efforts depuis 2014.Elle a infligé  154 millions de dollars d' amendes à Barclays et Credit Suisse, après 20,3 millions de dollars pour ITG  et 14 millions de dollars pour UBS.

Plusieurs professionnels du secteur pensent que de telles amendes pourraient aussi pleuvoir en Grande-Bretagne envers les dark pools, où ces plateformes sont domiciliées.

Posté le 1 juin 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les firmes de HFT européennes plus rentables

L'année 2015 fut très profitable pour des firmes de trading à haute fréquence comme IMC et Optiver. Ces deux firmes sont basées à Amsterdam et opèrent depuis les années 80. Optiver célèbre d'ailleurs cette année son trentième anniversaire.

Les bénéfices nets de IMC ont grimpé de 12% à 185 millions d'euros en 2015, par rapport à 2014. A titre de comparaison, Virtu Financial, qui connaît trois trimestres consécutifs de baisse de revenus de trading, a généré un bénéfice  net de 197 millions d'euros l'année passée.

Avec un bénéfice net  de 395 millions d'euros, en hausse de 50% par rapport à 2014, Optiver s'avère la firme de trading la plus rentable au monde. KCG, avec 53,6 millions d'euros de bénéfices nets en 2015, voit son poids faiblir de plus en plus. Optiver a généré plus d'un milliard d'euros  (1,2 milliard d'euros pour être précis) de revenus de trading en 2015. Comme le montre ce graphique provenant du blog Amsterdam Trader, ses bénéfices ont grimpé en flèche depuis 2009, contrairement à ceux des firmes de trading à haute fréquence basées aux Etats-Unis.

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Ceux d'IMC suivent la même trajectoire, bien qu'Optiver a connu une année 2009 catastrophique. 2012 n'a pas été facile non plus pour Optiver, mais il faut rappeler que cette année-là, la firme a payé 14 millions de dollars d'amende à la CTFC, qui supervise le marché des dérivés aux Etats-Unis, pour avoir manipulé les prix du pétrole en 2007, à l'aide d'un algorithme appelé "The hammer" (le marteau).

C'est un peu une revanche des firmes de trading historique sur les petits nouveaux du HFT comme Virtu Financial, qui se caractérisent par moins de personnel. Optiver compte 913 employés. A Amsterdam, sa salle de marché compte une centaine de traders et quants. Elle possède deux autres salles de trading à Chicago et à Sydney, de taille plus modeste. On est loin de l'image d'une boîte noire qui génère toutes les transactions, sans intervention humaine, même si l'essentiel des transactions d'Optiver est généré par de puissants serveurs informatiques. On est aussi loin des "cinq types dont le plus arrogant est le chef" dépeint dans le livre "Flash Boys" de Michael Lewis.

 Source du graphique: Amsterdam Trader

 

Posté le 31 mai 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des bénéfices en recul pour le HFT

Les firmes de trading à haute fréquence (HFT) voient leurs bénéfices diminuer d'année en année depuis 2008, où leurs bénéfices avaient atteint un pic. 2008 correspond aussi à un record de la volatilité sur les marchés alors que la crise des subprimes battait son plein.

Aux Etats-Unis, entre 2009 et 2014, les bénéfices des firmes de HFT sont passés de 7,2 milliards de dollars à 1,3 milliard selon une étude de Deutsche Bank. En Europe, par contre, les firmes de HFT ont vu leurs bénéfices progresser. Mais le HFT a seulement décollé à partir de 2007 sur le Vieux Continent, avec l'apparition de plateformes de transactions comme Chi-X Europe et le changement des règles de concentration de liquidités sur les marchés.

Revenues

Les firmes se sont diversifiées dans d'autres classes d'actifs que les actions depuis 2009. Virtu Financial, l'une des stars du secteur, a privilégié les devises. Citadel Securities se spécialise dans les swaps. D'autres vont jusqu'à diversifier leurs sources de  revenus. Jump Trading et DRW colonisent les réseaux d'antennes hertziennes en Europe et aux Etats-Unis, qui leur permettent de revendre des emplacements de parabole pour les autres acteurs du marché souhaitant utiliser ce moyen de diffusion des données de marchés.

Mais le vent tourne à nouveau. Car depuis trois trimestres consécutifs, la publication des résultats trimestriels de Virtu Financial fait réagir le marché. Le 4 mai 2016, la firme a publié ses résultats où elle a indiqué une baisse de plus de 50%  de ses revenus de trading sur les devises  par rapport au même trimestre l'an dernier.Ses revenus de trading sur les matières premières ont également baissé de 12% par rapport au même trimestre de 2015.

Virtuytd

En  cause, une baisse des volumes de transactions sur les devises, alors que les flash crash, des épisodes où les cours des titres chutent brutalement de plusieurs pourcent pour rebondir dans les secondes qui suivent, se multiplient.

Le business des antennes hertziennes a lui aussi ralentit. Flow Traders, une firme basée à Amsterdam, cherche à vendre ses tours et paraboles à environ 2 millions d'euros, car elles lui coûtent plus cher finalement à devoir exploiter alors que la concurrence offre une connection plus rapide. Flow Traders n'a toutefois pas publié des résultats en recul au premier trimestre de cette année. Ils étaient plutôt stables par rapport à l'année dernière.

Posté le 16 mai 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les antennes du HFT s'étendent en Europe

123203746McKay Brothers, une firme de services financiers, vient d'annoncer avoir ouvert de nouveaux points de présence à Marseille et à Madrid. Pour ceux qui l'ignorent, McKay Brothers s'avère l'une des firmes qui offrent un réseau d'antennes hertziennes aux sociétés de trading à haute fréquence, banques et hedge funds qui souhaitent obtenir plus rapidement leurs données de marché. La vitesse de transmission des données est  réduite de dix fois par rapport à la fibre optique, qui reste toujours employée.

Les deux points de présence de McKay Brothers à Marseille et Madrid relient le réseau entre le LD4 et le FR2, le charmant nom donné aux centres de données d'Equinix, une société de centres de données, situé à Slough (en Grande-Bretagne) et à Francfort. Les moteurs d'appareillement de Bats (actions et ETF) et de EBS (la plateforme de devises de Thomson Reuters) sont situés dans le LD4. Eurex(dérivés) et Xetra (actions)sont situés dans le FR2. Les firmes de trading à haute fréquence cherchent à exploiter les différences de prix entre les titres négociés sur ces marchés.

McKay Brothers précise dans un communiqué que Marseille et Madrid sont des destinations importantes pour sa clientèle, car Marseille se trouve à l'intersection d'un câble de fibre optique sous-marin reliant l'Inde et le Moyen Orient, tandis que Madrid s'avère un un important hub de trading en Europe.

Le réseau d'antennes hertziennes du trading à haute fréquence s'étend donc en Europe. D'autres sociétés prévoient aussi de connecter les marchés scandinaves au réseau.

Parallèlement, la route entre Francfort et Londres s'est recentrée autour de la Belgique. Le réseau d'antennes délaisse le nord de la France pour se concentrer sur le territoire belge, en plein dans l'axe entre Francfort et Londres à vol d'oiseau. Vigilant Global, une filiale de la firme de HFT DRW, et New Line Networks (Jump Trading et KCG), veulent construire chacun une antenne de 300 mètres de haut à Richborough dans le Kent,  qui reliera la côte belge, mais jusqu'à présent, les habitants de la commune s'y opposent.

Toutefois, Flow Traders, une firme de HFT, envisage de revendre son propre réseau d'antennes, faute de rentabilité.

Posté le 26 avril 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une définition européenne du HFT

D'ici 2018, date à laquelle la directive MiFID2 entrera en vigueur en Europe, toutes les firmes qui envoient au moins 2 messages par seconde sur les marchés européens seront qualifiées de traders à haute fréquence (HFT). Il sera demandé aux HFT de conserver les détails de leurs algorithmes pendant au moins 5 ans et répertorier leurs transactions selon 34 paramètres différents.

Cette définition vient d'être ajoutée dans le texte de MiFID2, qui rappelons-le, a été repoussée à 2018 car le secteur financier n'est pas prêt. L'ESMA, l'autorité européenne de supervision des marchés financiers, s'est vue confier le soin de peaufiner les détails techniques du texte, sur base des recommandations du secteur.

Deux messages par seconde, cela semble une éternité pour une firme de trading à haute fréquence, car il faut rappeller que désormais, il s'en passe des choses sous la microseconde pour les titres cotés les plus liquides, comme Vodafone par exemple. Mais la FIA Epta, l'association européenne des firmes de trading souligne "avoir de la clarté sur la définition du trading algorithmique". "Les membres de la FIA Epta sont déjà en règle avec les principes de l'ESMA sur le trading automatique depuis 2012" indique Mark Spanbroek, le président de la FIA Epta. "Nous pensons que seule une petite part de nos membres sera soumise au rapport additionel d'activités lié à la définition du HFT, car seulement quelques membres dépassent le seuil fixé" par les régulateurs, ajoute-t-il.

Qu'entend-on par messages, au juste?

Sur le site du London Stock Exchange, il est répertorié une longue liste de types de messages que peut recevoir le moteur d'appareillement de la Bourse. Elle ne s'arrête pas seulement aux messages d'exécution  des ordres. Les firmes de trading comptent aussi sur des messages de confirmation de leurs ordres. Car s'ils ne reçoivent pas ces messages, certaines suspendent leurs transactions. Elles perçoivent que la Bourse a un problème. Des messages sont envoyés aussi à la Bourse pour l'identification de l'intervenant de marché.

Sous MiFID2, les participants de marchés seront obligés de procéder à l'horodatage de toutes les étapes servant à la transaction. C'est sans doute grâce à cet horodatage que les régulateurs parviendront à déterminer qui envoie au moins deux messages par seconde sur les marchés européens.

Mais ce ne sera pas chose facile. Le professeur de l'UCL et cryptographe Jean-Jacques Quisquater, qui donnait récemment une conférence au Belgian Finance Club sur le Blockchain, a souligné que l'ordre de calcul pour le "timestamping" (horodatage)  s'opère en milliard de secondes, mais que cela provoque un gaspillage considérable de ressources énergétiques. Cet horodatage, devant être synchronisé à l'UTC (temps universel coordonné), n'a en outre pas l'air si évident pour une firme de HFT. Mais selon Mark Spanbroek, la partie la plus compliquée à mettre en place dans la régulation se trouve dans MAR, la directive sur les abus de marchés, qui entre en vigueur en juillet, et qui requiert un rapport des transactions suspectes aux régulateurs, et prévoit des amendes sévères et de la prison pour ceux qui se livrent à des abus de marché. Il indique que les membres de la FIA Epta se pencheront d'ici deux mois sur la question de l'horodatage des transactions.

Il risque d'y avoir quelques surprises...

 

 

Posté le 19 avril 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Big brother dans les salles de marché

Hal-9000-eyeAprès les scandales à répétition qui ont frappé les salles de marché des banques, les régulateurs ont voulu serrer la vis. En 2018, lorsque la directive MiFID2 entrera en vigueur, les banques devront mettre en place un système de surveillance de tous les moyens de communication employés par les employés dans la salle de marché. En Grande-Bretagne, depuis 2013 déjà, la Financial Conduct Authority, organe de supervision des marchés financiers, a imposé un tel contrôle au sein du secteur bancaire. Mais faute de technologie, les banques ont demandé à leurs traders de s'abstenir d'utiliser leur GSM pour communiquer entre eux, alors que la régulation leur impose de surveiller les communications par GSM.

Depuis, la technologie a évolué. Chez IPC, une firme de services financiers, on explique qu'il est désormais possible d'installer une carte SIM dans les téléphones portables des traders, pour surveiller toutes leurs conversations. Lionel Grosclaude, vice-président d'IPC, a expliqué durant un entretien lors du salon TradeTech2016, que l'automatisation des contrôles a facilité ceux-ci. "Ce n'est plus une option d'être compliant (en règle). L'infrastructure devient critique comme dans un avion, s'il y a une panne, il existe deux systèmes pour éviter de perdre le contrôle. Avant, si l'enregistrement d'une conversation téléphonique ne fonctionnait pas, ce n'était pas signalé. Maintenant, il y a un système de bridge "indique-t-il. "A travers un robot, tous les téléphones sont enregistrés. La qualité du signal se généralise dans les banques" ajoute-t-il. "Avec un mot-clé, il devient plus facile de détecter s'il y a eu de l'inside trading".

Selon Lionel Grosclaude, l'évolution technologie de la surveillance de la communication va faciliter la tâche des régulateurs. "La responsabilité personnelle des dirigeants des banques (en cas de délit d'initié) sensibilise les gens à ces règles " assure-t-il.

Mais il le reconnaît, avec cette évolution technologique, on tombe dans le monde "Big Brother". Car les communications des traders des salles de marché seront toutes enregistrées, peu importe le canal de communication.

Le monde bancaire évitera-t-il à l'avenir des scandales comme celui du Libor, de l'or, des devises,...?

 

 

Posté le 15 avril 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des manipulations à l'origine de la volatilité des titres

TraderserveLes algorithmes de trading devront bientôt être testés. En 2018, lorsque la directive européenne MiFID2 entrera en vigueur, les firmes qui utilisent des algorithmes pour exécuter leurs ordres devront procéder à un test de ceux-ci hors marché ou cesser de trader. La direction de ces firmes sera tenue pour responsable si un manque de tests résulte en un désordre sur les marchés.

Durant le salon du trading électronique TradeTech qui se tenait du 12 au 13 avril à Paris, Nick Idelson, directeur de TraderServe, une firme qui propose le test des algorithmes de trading, a souligné qu'actuellement sur les marchés, "des centaines d'algorithmes mal conçus, naïfs, peuvent entrer en interaction avec des algorithmes destinés à perturber les marchés" ce qui contribuent à des fortes variations de titres.

Il a montré durant une présentation au stand de sa firme durant le salon comment les titres réagissent face à des manipulations de marché comme le spoofing, le quote stuffing, le momentum ignition, le smoke,... si en face se trouve un algorithme qui vend ou achète 100 titres à intervalle régulier. Il a fait une démonstration avec trois sociétés cotées. Chaque fois que l'agorithme naïf rencontre un qui ressort de la liste des manipulations, les trois titres voient leur cours soudainement chuter. "Cela peut aller de 2 à 10%" souligne Nick Idelson. Lorsque la manipulation cesse, les titres remontent.

Nick Idelson indique que dans le cas du flash crash du Dow Jones le 6 mai 2010, et du crash des Treasuries le 15 octobre 2014,  du spoofing a été détecté avant que les krach ne surviennent. "C'est très facile à détecter" affirme-t-il.

Toutefois, si Navinder Sarao, le trader britannique,  a été accusé par les Etats-Unis de spoofing et d'avoir provoqué le flash crash de 2010, le gouvernement américain n'a pas mis en cause spécifiquement le spoofing dans le cas du crash des Treasuries. Il a plutôt désigné le self-trading, une aberration des marchés où le trader se retrouve des deux côtés de la transaction, comme responsable, entre autres, du crash des Treasuries en octobre 2014. Mais il faut rappeler que le nom de Sarao n'est apparu qu'en avril 2015, cinq ans après le flash crash du Dow Jones.

A TradeTech, tous n'ont pas partagé l'avis de Idelson sur la facilité à détecter du spoofing sur les marchés. "Non, ce n'est pas si évident" m'a affirmé un courtier présent, qui a souhaité rester anonyme. Mais il a constaté que des ordres de 100 titres sont assez récurrents sur les marché, même sous la microseconde, où se passent beaucoup de transactions.

 

 

Posté le 13 avril 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des sanctions plus sévères pour les manipulations de marché

SpoofingA Trade Tech 2016, le salon du trading électronique qui se tenait mardi 12 et mercredi 13 avril à Paris, un panel d'intervenants a fait le plein d'auditeurs. Mais il faut préciser que la salle était petite par rapport au grand auditoire du Palais des Congrès.  Des personnes sont restées debout pour entendre le débat modéré par Remco Lenterman, qui arborait un badge en tant que conseiller pour la FIA Epta, l'association de défense des firmes de trading électronique en Europe, sur les manipulations de marché et sur comment arrêter celles-ci.

En Europe, en juillet 2016, la directive MAR (sur les abus de marché) va entrer en vigueur. Celle-ci prévoit une peine de prison allant jusqu'à 4 ans et une amende jusqu'à 5 millions d'euros pour ceux qui se font attraper pour délit d'initié ou manipulation de marché. Kostas Botopoulos, conseiller pour les affaires européennes et membre de la Banque de Grèce, a rappelé que "tout comportement suspect doit être reporté " auprès des superviseurs de marché. Il a constaté que depuis la crise financière, les cas d'abus de marché ont augmenté en Grèce. Sur 20 cas, 15 ont conduit à des amendes. "Désormais, sous MAR, ces abus de marché seront criminalisés. Il n'y a plus de sanctions administratives" a-t-il prévenu. A la place, il y aura donc de la prison et des amendes lourdes pour ceux qui se feront prendre.

Kjelle Blom, responsable de la structure des marchés chez Optiver, une firme de HFT, s'est un peu emporté lorsque Kostas Botopoulos a souligné que les cas d'abus de marché ont augmenté depuis la crise financière, lui demandant, alors que ce n'était pas lui le modérateur du débat, si les régulateurs n'ont pas serré davantage la vis,  pour expliquer cette augmentation. Il a gentiment été rappelé à l'ordre par Remco Lenterman. Juste avant l'intervention de Kostas Botopoulos, Kjelle Blom avait constaté une baisse des abus de marché, en indiquant que "tout le monde veut éviter cela, car nous voulons un marché durable". 

Nick Idelson, directeur technique chez TradeServe, une firme de services financiers dont je vous reparlerai bientôt, a lui contredit Blom, en indiquant voir "des tas d'abus de marché". "Un algorithme naïf, lorsqu'il entre en interaction avec un algorithme destiné à de la manipulation de marché contribue à accentuer la volatilité sur un titre, et cela apparaît assez clairement" a-t-il indiqué. Il a souligné en exemple le cas de Navinder Sarao, le trader britannique qui doit être extradé aux Etats-Unis car il est accusé de spoofing, une manipulation de marché, et d'avoir provoqué le krach éclair du Dow Jones le 6 mai 2010, tout en continuant encore quatre ans après à manipuler les marchés américains. "Maintenant, les superviseurs de marché regardent à la fois les ordres et les annulations d'ordres, alors qu'avant ils ne regardaient que les transactions" souligne-t-il. Selon lui, le spoofing est devenu facilement détectable. Cette manipulation est même à l'origine d'après lui des flash crash sur le Dow Jones en 2010, et des Treasuries américains en octobre 2014.

Toutefois, Kostas Botopoulos a relevé que la forme d'abus de marché la plus courante n'est pas le spoofing, mais le délit d'initié. Kjelle Blom a acquiescié."C'est notre plus grande menace. L'année passée, nous avons vu quelqu'un placer un ordre de 8000 put (contrat qui permet de parier sur la baisse d'un titre) sur Volkswagen le vendredi, avant que le cas de fraude sur le diesel ne soit dévoilé. Cela a causé 6 millions d'euros de perte pour la personne qui a dû exécuter des transactions sur le titre, et cela a fait beaucoup de tort au marché" a-t-il indiqué.

Va-t-on en Europe vers une situation comme aux Etats-Unis, où les cas de spoofing commencent à tomber, et où les lanceurs d'alerte comme Eric Hunsader et Haim Bodek, s'illustrent? L'avenir le dira.

Posté le 6 avril 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Spoofing: nouvelles amendes

232390574Alors que le trader britannique Navinder Sarao (photo) doit être extradé pour être jugé aux Etats-Unis où il est accusé de spoofing, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) vient d'annoncer que la  cour fédérale de New York a infligé une amende de 1,38 million de dollars à Heet Khara, et de 1,31 million de dollars à Nasim Salim. Les deux résidents des Emirats Arabes Unis ont été condamnés pour avoir commis du spoofing sur les futures de l'or, et de l'argent, cotés sur le Commodity Exchange (Comex) entre février et avril 2015.

Le spoofing  est une manipulation de marché interdite aux Etats-Unis. Il consiste à envoyer une grande quantité d'ordres sur un titre, pour ensuite annuler ces ordres et provoquer un faux mouvement de marché pour permettre au donneur d'ordres d'empocher un bénéfice sur l'achat ou la vente de titres.

Heet Khara et Nasim Salim sont les deuxièmes à être condamnés pour ce genre de pratique, mais contrairement à Michael Coscia (premier condamné à du spoofing), ceux-ci n'ont pas l'air d'avoir à craindre la prison. Ils ne risquent pas d'extradition des Emirats Arabes Unis vers les Etats-Unis, pas comme Navinder Sarao. Mais il n'est pas dit que la justice américaine laisse passer ça.

Navinder Sarao est attendu par les Etats-Unis car il est accusé d'avoir provoqué le flash crash du Dow Jones Industrial Average le 6 mai 2010 (l'indice avait brutalement perdu 1000 points avant de rebondir aussi spectaculairement quelques minutes plus tard). Une accusation que réfutent Eric Hunsader, le fondateur de Nanex, mais aussi trois professeurs de finance, de droit et d'astrophysique.

Un autre trader, russe, Igor Oystacher, co-fondateur de la firme de trading 3Red Trading, a déjà dû payer 660.000 dollars d'amendes au Chicago Mercantile Exchange, à l'IntercontinentalExchange et à Eurex, pour avoir commis du spoofing sur leur marché. La justice américaine l'a poursuivi fin 2015 pour ces manipulations. Il risque lui aussi la prison.

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