Face à la robotisation de plus en plus importante des marchés financiers, les acteurs de ceux-ci sont contraints de devoir s'adapter, avec plus ou moins de bonheur.
Les intermédiaires financiers se livrent à une course à la technologie. Les acteurs du buy side (fonds de pension, compagnies d'assurances,...) leur demandent d'employer celle-ci pour pouvoir exécuter leurs ordres. Ceci les poussent aussi à se tourner vers des plateformes d'exécution où leurs ordres passeront inaperçus (les dark pools).
Et l'investisseur particulier, dans tout ça?
"Les petits actionnaires européens sont marginalisés par rapport aux autres acteurs financiers. Entre les gestionnaires pour compte tiers, le trading pour compte propre des banques et le trading à haute fréquence, notre part s'est considérablement réduite" constate Guillaume Prache, président d'Euroshareholders.
"Il y a quelques années, nous représentions 50% du marché. Aujourd'hui, nous n'en pesons plus que 10% environ" ajoute-t-il.
Beaucoup d'observateurs s'accordent sur le lien entre la fragmentation des marchés et la montée en puissance du trading à haute fréquence. Mais Guillaume Prache souligne que cette fragmentation des marchés est défavorable aux petits investisseurs.
"Nous n'avons pas d'accès direct aux MTF (plateformes de transactions alternatives comme Chi-X). Ces MTF ne proposent pas les transactions sur les PME. Et quand on s'adresse à notre courtier retail, le plus souvent, celui-ci ne propose que les données de marchés du marché réglementé" indique-t-il.
Il cite une étude réalisée par Equiduct (un MTF derrière lequel se cache Knight Capital et Citadel Investment Securities) "qui indique que jusqu'à 17% des transactions retail ne profitent pas des meilleurs prix".
"On trouve que la fragmentation n'a pas de sens au niveau économique. C'est comme si on décide de créer un marché à chaque coin du village plutôt qu'un seul sur la place. Ce n'est pas bon pour la formation des prix" déplore-t-il.
"Même la Commission européenne a reconnu, avec MiFID 2, que les bénéfices de MiFID 1 ne sont pas passés aux investisseurs finaux. Donc, ce sont seulement les intermédiaires financiers qui en ont profité" conclut-il.
Cela dépend de quel intermédiaire financier on parle. Instinet, le plus gros courtier en Europe, n'est pas rentable. Des sources proches du dossier indiquent que Nomura pourrait réintegrer celui-ci dans ses services. Equiduct cherche quant à lui à se refinancer. Et quand aux traders à haute fréquence, leurs bénéfices sont réinvestis immédiatement dans la technologie, une course sans fin.
Mais Guillaume Prache constate que dans les propositions de la Commission européenne, on va vers davantage de fragmentation, avec la création d'une quatrième catégorie de marché: les Organised Trading Facilities.
Celles-ci sont une réponse à la progression des transactions de gré à gré, comptant pour 40% des volumes de transactions sur les marchés d'actions (sur les autres marchés comme le change ou les dérivés, le gré à gré est la règle). Mais du côté des intervenants de marché, plusieurs soulignent que cela ne va rien changer à la problématique du gré à gré.
Bref, le petit investisseur est bien perdu dans tout ça.
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