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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 23 mai 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

0,0027$ par action de profitabilité pour le HFT?

Greg Laughlin, un professeur d'astronomique et d'astrophysique de l'UC Santa Cruz, s'est penché sur la profitabilité de Virtu Financial, une firme de trading à haute fréquence. Virtu Financial, comme KCG (qui va bientôt fusionner avec elle) et Flow Traders sont cotées en Bourse. Leurs comptes de résultats trimestriels permettent de se faire une idée de leur profitabilité. Ainsi, on y apprend qu'en 2016, le bénéfice par action de Virtu Financial s'élevait de 0,82 dollar par action, pour une marge bénéficiaire de 31,9%. Celui de KCG s'élevait à 2,86 dollars par action, pour une marge bénéficiaire de 17,9%, et celui de Flow Traders (une firme basée à Amsterdam) à 2,02 euros par action pour une marge bénéficiaire de 37,6%. On peut en déduire que ces firmes sont rentables.

Greg Laughlin a analysé le prospectus de Virtu Financial que la firme a dû remettre à la Securities and Exchange Commission en vue de son introduction en Bourse. L'action de la société a démarré sa cotation le 16 avril 2015. Pour rappel, la firme avait choisi de postposer son introduction en Bourse en 2014, à cause de la mauvaise publicité que le livre "Flash Boys" a généré autour du trading à haute fréquence. En effet, en 2014, suite à la publication du livre de Michael Lewis, le thème s'est retrouvé sous le feu des projecteurs , comme le montre Google Trends.

HFTtrends

Le professeur a découvert que Virtu Financial dispose d'une filiale, Blueline Comm, qui exploite un réseau de pylônes  de communications entre Chicago et New York. Ce réseau consiste en une série de pylônes situés à distance de 62,6 kilomètres en moyenne de l'un à l'autre, et permet à Virtu d'obtenir des données de marchés (prix et flux de transactions) entre Aurora et Carteret en environ 4,7 millisecondes. Le réseau de Spread Networks, décrit dans "Flash Boys", affiche lui une latence de 6,65 millisecondes.

Greg Laughlin a calculé que Virtu Financial dégage 0,0027 dollar par action négociée. Il arrive ce résultat en comptant que la firme reconnaît que 51 à 52% de ses transactions résultent en un bénéfice, et que le spread sur lequel se rémunère un teneur de liquidité comme Virtu Financial s'élève à 0,01 dollar. Ce résultat implique que la firme, selon le professeur, négocie 160 millions d'actions par jour sur les marchés, soit environ 3% du volume de transactions quotidien sur les marchés d'actions américains. Il en dérive que les bénéfices du trading à haute fréquence aux Etats-Unis tourne autour de 10 millions de dollars par jour, et de 2,5 milliards de dollars par an, avant frais et coûts de technologies.

 En analysant les données du Nasdaq, Laughlin estime à 100 actions la taille moyenne des transactions  de Virtu, et à 200 actions par transaction la taille la plus large exécutée par la firme de trading. Ce qui donne entre 2,5 et 3,5 millions de transactions exécutées par Virtu sur l'ensemble des classes d'actifs.

Virtu Financial avait indiqué qu'elle n'avait accusé de perte de trading que sur une journée entre 2011 et 2014 (1248 jours de trading). Laughlin en déduit que cette perte a été générée soit par une erreur humaine, soit par une erreur d'algorithme.

 

 

Posté le 22 mai 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Un temps synchronisé pour les Bourses européennes

HoptroffL'IntercontinentalExchange a adopté une horloge atomique pour horodater ses transactions. Le marché de dérivés, présent à Londres, tombe sous le coup de la directive MiFID2, qui requiert un horodatage à la microseconde des transactions exécutées sur les Bourses et MTF européens. Un spécialiste de la technologie des marchés souligne que "toutes les plateformes de transactions où du trading à haute fréquence a lieu devront répondre aux exigences d'horodatage" voulue par la réglementation européenne. Ces exigences requièrent en particulier un horodatage synchronisé des transactions, car jusqu'à présent cet horodatage ne l'est pas. "Les horloges atomiques apportent une précision supplémentaire et permettent une synchronisation. Si les régulateurs collectent des horodatages de transactions différents de différentes plateformes, cela les empêchent d'établir une chronologie de ce qui s'est passé sur les marchés" explique-t-il.

L'actuelle différence d'horodatage des transactions sur les Bourses européennes résulte selon un analyste de la nature des ordinateurs. "Le signal dérive à partir de là. Il faut un service pour corriger cette distortion.  Cette distortion n'est pas tolérée par MiFID2" relève-t-il.

Le spécialiste souligne que ces problèmes se situent au niveau des centres de données des Bourses et des MTF. Car pour rappel, les transactions qui s'effectuent sur les Bourses et les MTF ont lieu dans des centres de données, situés à différents endroits. Celui de Bats par exemple se situe à Slough, près de Londres. Celui de l'ICE, d'Euronext et de la Bourse de Luxembourg se situe à Basildon, près de Londres. Le London Stock Exchange utilise deux centres de données, l'un dans la City de Londres, l'autre à Milan. Il faut savoir qu'à chaque centre de données correspond un autre centre de données, en cas de problèmes. Euronext a un deuxième centre de données près de Paris, pour cette raison.

L'ICE va utiliser le service fourni par NPL, l'organisme gouvernemental britannique de mesure du temps, dans son centre de données de Basildon. Cela fait plusieurs années déjà que l'ICE, mais aussi d'autres Bourses, procèdent à des tests avec NPL.

Le spécialiste relève que cela va engendrer des coûts supplémentaires pour les Bourses et les MTF. "Ces coûts vont être transférés au sein de l'industrie financière, avec des conséquences pour le buy side" prévient-il.

Posté le 15 mai 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Bats s'adapte pour MiFID2

13047002_84658606.previewLe MTF (système multilatéral de transactions) Bats se prépare à l'entrée en vigueur de la directive MiFID2. Son directeur européen, Mark Hemsley, a répondu à nos questions durant le salon du trading électronique Trade Tech qui se tenait le 25 et le 26 avril au Palais des Congrès à Paris. Bats, racheté par le Chicago Board of Exchange en septembre 2016, s'apprête aussi à proposer une alternative moins chère que la closing auction period des Bourses, qui concentre avec l'ouverture des marchés le gros des volumes de transactions.

 Qu'est-ce que MiFID2 va changer pour Bats?

Nous sommes très optimistes vis-à-vis de MiFID2, car nous avons lancé des nouveaux produits en vue du changement de réglementation. MiFID2 va amener plus de transactions de bloc, sous la dénomination "large in scale". Nous avons déjà lancé aux Etats-Unis une initiative, BIDS, sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Bats LIS va permettre aux firmes d'investissement et aux courtiers de passer leurs transactions au-delà de la limite LIS, mais aussi entre firmes d'investissement, et entre courtiers, à travers des opérateurs désignés.  Nous avons aussi lancé des mini enchères périodiques durant la séance sur notre marché lit. Celles-ci vont durer une demi-seconde. Car avec le changement de réglementation va se poser la question d'où vont aller les transactions qui ne se qualifient pas pour le LIS mais sont supérieures à la limite des capitalisations pour les dark pools. De plus, la directive va demander des rapports de transactions, et nous offrons ce service. Nous nous attendons à plus de transactions sur le marché lit.

 Récemment, le CME a fermé son bureau londonien, et TOM a cessé d'exister. Est-ce que la concurrence se tarit sur les marchés européens?

Vous pointez que ces fermetures concernent des marchés de dérivés. Différentes raisons expliquent ceci. Le CME a affirmé qu'il avait eu des difficultés à trouver des transactions. Pour TOM, il y a eu des problèmes du côté du clearing. Le dénouement des positions sur les futures sur LCH.Clearnet  peut prendre du retard. La concurrence sur les dérivés est plus difficile à cause de cela. Elle repose sur des solutions de clearing. Pour les actions, BATS avait créé une solution de clearing en partenariat avec Euro CCP. Il y a plus de choix en matière clearing.

Deutsche Börse et le LSE ont échoué à fusionner. Est-ce que des fusions de Bourses deviennent impossibles?

 

 Il est évident qu'en Europe, les problèmes de concurrence soulèvent des oppositions à ces rapprochements. Mais c'est aussi surprenant que beaucoup de ces sociétés qui ont échoué à consolider sont des quasi monopoles. C'est pour cela que ces fusions sont difficiles en Europe. Beaucoup de sociétés détiennent de fortes positions.

Quel impact aura le Brexit sur BATS?

Nous restons engagé vis-à-vis d'une activité paneuropéenne. Nous voulons maintenir nos opérations à l'intérieur de l'Union européenne. Nous devrons décidé quelle stratégie nous allons adopter d'ici deux ans. Nous prévoyons de déplacer nos bureaux au sein de l'Union européenne.

Et que va-t-il advenir de vos centres de données?

Je pense qu'ils vont rester à Londres, car beaucoup de transactions proviennent de Londres.

Etes-vous prêt pour les exigences d'horodatage des transactions requises par MiFID2?

Oui. Nous disposons d'une bonne solution technologique.

 

Posté le 1 mai 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Ce qui va changer pour le HFT avec MiFID2

68142032_490651772.previewLa directive MiFID2, qui entre en vigueur le 3 janvier 2018, prévoit un volet consacré au trading à haute fréquence définit à l'article 4 (1) (40), comme du trading "utilisant une infrastructure pour réduire sa latence (telle que la colocation), l'absence d'intervention humaine pour initier, et diriger un ordre, et qui envoie 2 messages par seconde par instrument négocié (ou 4 messages par seconde par plateformes de transactions)".

Les firmes de trading qui tombent dans cette catégorie devront se signaler au régulateur et aux plateformes de transactions sur lesquelles elles sont actives. Le régulateur pourra alors demander à la firme de décrire ses stratégies de trading, ses processus de gestion de risque, et ses limites de trading . Elle devra aussi procéder à l'enregistrement de ses ordres, en incluant les annulations, les exécutions d'ordres et les cotations passées sur les plateformes de transactions pendant une durée de 5 ans, et permettre l'accès de ces données  au régulateur.

La firme de trading devra s'assurer d'une équipe de conformité ayant une connaissance de ses activités de trading, de personnel maîtrisant des compétences pour gérer les systèmes de trading algorithmiques et les algorithmes, ainsi que les principes de surveillance d'abus de marché. Ces principes incluent le test des algorithmes pour éviter tout abus de marché.

En bref, l'accent est mis sur le pre et le post rapport des transactions pour les firmes de trading.

Piebe Teeboom, secrétaire général de la FIA Epta, qui défend les intérêts des firmes de trading européennes, estime que l'impact de MiFID2 pour le secteur sera "important". "Après MiFID2, toutes les firmes de trading seront régulées et soumises à une liste de règles. Cela reconfigure la manière dont opère l'industrie" a-t-il indiqué lors du salon Trade Tech. Selon lui, le test des algorithmes, les exigences pour les teneurs de liquidité, et la stabilité des marchés  va amener un série de nouveaux coûts. A cela il faut ajouter le coût du reporting des données selon lui, ce qui aura un impact sur la structure des marchés.

Piebe Teeboom avait un ton plus inquiet que certaines firmes de trading participants à Trade Tech. Un des représentants de ces firmes estimait en marge de la conférence que leur activité ne serait pas impactée. Car il s'attend à plus de transactions pour les firmes de trading à haute fréquence, alors que la structure des marchés financiers européens va changer avec la disparition des dark pools. Cela va résulter selon lui en une raréfaction des contreparties de marchés, au bénéfice des firmes de trading à haute fréquence.

 

 

 

Posté le 28 avril 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Ce qui va changer pour les marchés avec MiFID2

68142032_490651772.previewLe 3 janvier 2018, l'entrée en vigueur de la directive MiFID2 risque d'apporter un changement important sur les marchés d'actions européens. Certains observateurs craignent même que durant les deux premiers mois après cette implémentation, la structure des marchés financiers sera confuse, avec des conséquences pour la liquidité.

Le changement majeur de la directive repose sur la fin des dark pools gérées par les banques. Lors de la conférence Trade Tech, beaucoup de participants ont souligné combien les banques n'étaient pas contentes de ce changement, car ces dark pools leur ont coûté beaucoup d'argent en termes d'exploitation et de services.

Chez Liquidnet, un dark pool spécialisé dans le trading de bloc (qui représente environ 5% des volumes de transactions par jour sur les marchés européens), Mark Pumfrey et Rebecca Healey relèvent que la disparition des dark pools des banques, mais surtout la limite imposée aux transactions dont le volume dépasse 4% du montant total des volumes de transactions sur un titre traité sur une Bourse, ou 8% si ce titre est traité sur plusieurs plateformes de transactions, risque de poser des problèmes pour ceux qui passent ces transactions. 96% des actions européennes vont dépasser cette limite le 3 janvier 2018, indique Mark Pumfrey, s'appuyant sur une étude menée par le London Stock Exchange.

L'avantage des dark pools repose sur l'anonymat des transactions. Pour un gestionnaire de fonds, une compagnie d'assurances, ou un investisseur comme le milliardaire Warren Buffett, exécuter une transactions sur les marchés non anonymes pose un gros problème à cause de l'impact de ces transactions sur les marchés. Alors, il leur est nécessaire de rester discret. Afin de ne pas causer de tort aux marchés, les régulateurs européens ont défini une taille requise pour que ces transactions restent anonymes. Il s'agit du "large in scale".

Où vont donc se retrouver ces transactions sur les actions européennes après le 3 janvier 2018? Liquidnet a mené son enquête auprès des firmes d'investissement, et est arrivé à ce tableau.

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Le problème, souligne Liquidnet, repose sur le volume des "Large in scale (LIS)". Comment passer de 5% à 27% en l'espace de 7 mois? Selon Mark Pumfrey, les investisseurs institutionnels vont devoir regrouper leurs transactions pour pouvoir atteindre cette taille de transactions.

On le voit aussi sur ce tableau, les transactions vont migrer vers les Systematic Internalizers (SI), définit selon MiFID par une firme d'investissement qui traite les ordres de sa clientèle à son propre compte, de manière organisée, fréquente, systématique et substantielle en dehors des plateformes de transactions.

Philip Allison, CEO de la firme de trading KCG Europe, a aussi relevé durant une présentation à Trade Tech  qu'une partie des volumes de transactions sur les marchés européens va migrer vers les Systematic Internalizers.

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 SOR, pour ceux qui l'ignorent, est l'acronyme de "smart order router", l'algorithme employé par les courtiers pour envoyer les ordres sur les plateformes de transactions en fonction de critère comme le prix, la liquidité,...

Une des explications à cette émergence des SI repose sur leur absence de commissions. Alors que les Bourses et les MTF ( des systèmes de transactions alternatifs aux Bourses, comme Bats et Aquis Exchange) demandent elles des frais de transactions. Sous MiFID2, les firmes d'investissement sont tenues de publier la structure des coûts de leurs transactions. Elles doivent prouver la meilleure exécution des ordres de leurs clients. Le prix n'est pas le seul critère de meilleure exécution (la directive MiFID, pour rappel, n'a pas imposé ce critère), mais il peut clairement jouer un rôle dans le nouveau paysage des Bourses.

Les Bourses et les MTF récupéreront les flux de transactions qui ne peuvent pas être exécutés en LIS ou sur les  SI. Philip Allison relève que des transactions "grises" vont faire leur apparition. Il définit ces transactions par le fait que celles-ci vont passer par des systèmes d'enchères. Le MTF Bats a créé des mini-enchères durant une demi-seconde, de manière régulière. Le London Stock Exchange a aussi lancé ses mini-enchères.

Quelles seront les conséquences de cette évolution? Outre la confusion des investisseurs après le 3 janvier 2018, certains analystes craignent aussi une augmentation des coûts de transaction. Larry Tabb, le fondateur de Tabb Forum, estime que les spreads vont augmenter sur les Bourses. Il se demande même si MiFID 2 ne va pas détruire les Bourses européennes. Toutefois, du côté d'Euronext, Aquis Exchange et Bats, on ne semble pas inquiet. Que du contraire.

Par ailleurs, tous les détails de MiFID2 ne sont pas encore connus, alors qu'il reste 7 mois avant la mise en vigueur de cette réglementation. L'ESMA, autorité européenne des marchés financiers, doit encore apporter des précisions, attendues pour le mois de juillet.

 

 

Posté le 25 avril 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le futur du trader

Sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, une photo a beaucoup circulé tellement est elle interpellante. On y voit un avant/après de la salle de marchés d'UBS à Stamford, dans le Connecticut. Depuis la crise financière, elle s'est quasiment vidée car UBS a regroupé ses traders à New York et écrémé ses effectifs au passage.

Cela ne s'est pas passé sans conséquence pour les activités de la salle de marchés. Eric Boess, responsable du trading chez Allianz, a souligné durant le salon Trade Tech qui se tient ce mardi et mercredi à Paris au Palais des Congrès, que "la communication devient difficile quand vous devenez plus grand. Si un trader se situe à un endroit et que ses clients sont localisés dans divers endroits, cela devient plus compliqué". A la question: "Que regardez-vous si vous voulez recruter un trader", Eric Boess a répondu "une forte compréhension de la technologie mais surtout sa capacité à communiquer". "S'il n'est pas capable de communiquer avec le sell side et les gestionnaires de fonds, alors ce n'est pas bon. Cela n'a pas beaucoup changé" estime-t-il.

Pourtant, avec l'évolution de la technologie, le métier de trader évolue, comme le constate Alfred Eskandar, CEO de Portware. "Cela devient de plus en plus difficile pour les traders, car ils ont de moins en moins d'informations à partager" indique-t-il. "La communication des traders avec les courtiers et les gestionnaires de fonds devient inutile car un trader humain n'apporte aucune valeur ajoutée par rapport à un algorithme. Elle l'est par contre utile dans de rares cas comme un événement de liquidité, une action des sociétés comme une augmentation de capital,... tout ce qui sort d'un modèle normal des transactions. Un trader devient inutile quand il veut communiquer comment se traite l'action Vodafone pour un montant de 5000 euros à investir" ajoute-t-il. 

Selon lui, cela va conduire à une disparition des traders dans les salles de marchés. "La tendance ne va pas s'inverser " affirme-t-il. "On voit aussi que l'utilisation des algorithmes à la place des traders se répand sur d'autres classes d'actifs comme les taux de change et les obligations d'entreprise. On assiste de plus en plus à des conversations entre serveurs informatiques" souligne-t-il. "Mais on assiste aussi de plus en plus à des conversations entre serveurs informatiques et traders humains, qui leur donnent des indications sur comment agir sur les marchés. Ca, c'est le modèle qui va se développer ces prochaines années" prédit-il.

Posté le 25 avril 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La transparence des marchés financiers

Le 3 janvier 2018, les marchés européens vont connaître une petite révolution avec l'entrée en vigueur de MiFID2. Comme l'a souligné Gerard Rameix, le président de l'Autorité des Marchés Financiers ce mardi lors du salon Trade Tech à Paris, "MiFID1 (en 2007) a amené une forte baisse de la transparence sur la formation des prix"  car depuis cette date, les dark pools, ces plateformes où les transactions restent anonymes, ont connu une progression importante, passant de 2,7% en 2011 à 9,1% en 2016. Une des raisons à cette progression est la volonté de certains acteurs de marché d'éviter les traders à haute fréquence qui ont vu leur envol sur les Bourses. Mais pas seulement. Les banques qui opèrent ces plateformes, comme Goldman Sachs, UBS et Credit Suisse, ont activement fait la promotion de leur dark pools auprès de leur clientèle, séduites par des prix plus attractifs pour les transactions. Parallèlement, les transactions de gré à gré (sans passer par une Bourse) sont restées importantes.

Avec MiFID2, une sévère limite va être imposée pour toutes les transactions qui  dépassent un certain seuil en termes de volumes. Car il faut rappeler que l'existence des dark pools se justifie par la nécessité pour des gros acteurs de marché de minimiser leur impact sur les marchés lorsqu'ils achètent et vendent des titres. Un seuil de 4% du montant total des volumes de transactions pour un titre traité sur une plateforme, ou 8% s'il est traité sur plusieurs plateformes, sera imposé à partir du 3 janvier. Ceci signifie que les transactions qui dépassent ce seuil ne peuvent plus être négociées sur les dark pools, et devront revenir sur des marchés réglementés, ce qui fait plaisir à Euronext, Aquis Exchange,... Richard Seemark, responsable d'UBS MTF, prédit que le 3 janvier 2018, beaucoup d'actions vont tomber dans cette limite. Selon une étude du London Stock Exchange, que plusieurs participants ici à Trade Tech ont mentionné, 96% des actions européennes vont tomber dans cette limite. Toutefois, les transactions "large in scale" échappent à cette exigence. Pour être qualifiée de "large in scale", la taille des transactions doit excéder 50.000 euros pour une valeur qui se traite à un volume de 0,5 million de titres par jour, "cinq fois la taille moyenne d'une transaction" relève Robert Barnes, de Turquoise.

Cette limite vise à réduire les transactions de gré à gré. Elle visait au départ les dark pools des banques, mais celles-ci sentant le vent tourner, ont décidé, comme UBS et Goldman Sachs, de requalifier leur dark pool en MTF, soumis à des obligations plus strictes. Chez Liquidnet, un dark pool, Mark Pumfrey, souligne que ces cinq dernières années,12 à 15% des volumes sur les MTF des banques sont faites sur un mode non transparent. "Cette proportion a doublé en 5 ans" relève-t-il.

La notion "large in scale"a fait réfléchir les acteurs de marché. Mark Pumfrey souligne que pour atteindre cette limite qui échappe aux exigences de transparence requises par MiFID2, les firmes commencent à collaborer pour obtenir une taille correspondant au "large in scale". Ce ne sera pas sans conséquence, puisque la taille d'une transaction sur les dark pools équivaut en général désormais à celle sur un marché réglementé, soit 10.000 euros.

Posté le 3 avril 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Frein à la vitesse: où en est-on en Europe?

Aux Etats-Unis, depuis la transformation d'IEX en Bourse en août 2016, ses concurrents se sont mis à réflechir, voire agir pour imiter son modèle. IEX, pour rappel, est une plateforme de transactions lancée en 2013, qui présente la particularité d'imposer un frein de 350 microsecondes pour toutes les transactions qui y sont exécutées. Ce frein est rendu possible par l'utilisation de deux centres de données (au lieu d'un centre principal et un centre miroir)  où les ordres entrent et sortent d'un centre situé à Secaucus et où l'offre et la demande se rencontrent dans un centre situé à Weekhawken, pas très loin de là. Un câble de fibre optique rejoint les deux points, mais celui-ci a volontairement été rallongé de 61,235 kilomètres, enroulé en bobine. Les transactions sont ralenties grâce à cette bobine.

Les Bourses comme le NYSE et le Nasdaq ont tenté d'empêcher l'émergence d'IEX comme treizième Bourse des marchés d'actions aux Etats-Unis. Mais la Securities and Exchange Commission a donné son feu vert. Depuis, le NYSE, le Nasdaq et le Chicago Stock Exchange veulent imposer un ralentisseur sur leur marché, mais pour certains segments.

Le NYSE projette d'appliquer un frein de 350 microsecondes pour les transactions sur les petites et moyennes valeurs. Le Nasdaq avait lancé en août 2016 un type d'ordres destiné à ralentir les transactions parmi tous les autres), et le Chicago Stock Exchange doit lancer cet été son frein pour les ordres qui retirent de la liquidité sur le marché.

En Europe, les Bourses n'ont pas pris cette voie. Chez Euronext, Stéphane Boujnah, président du directoire, souligne que la concurrence n'est pas aussi intense sur le Vieux Continent par rapport aux Etats-Unis. "Le "speed bump" est une fonctionnalité spécifique au modèle de marché interconnecté des Etats-Unis, qui a été conçue pour répondre au positionnement commercial d’IEX. En Europe, nous pensons que les bourses doivent exécuter les ordres immédiatement et que tous les membres de marché doivent être traités de la même façon. L’ampleur du flux provenant de nos clients a pour conséquence que le risque de distorsion des marchés Euronext par des opérations HFT est faible. Sur Euronext, ce type de flux est principalement repris dans des programmes de market making conçus pour favoriser la liquidité pour tous les investisseurs".

 En outre, en Europe, les marchés sont nettement moins fragmentés qu'aux Etats-Unis. Les opérateurs historiques des bourses, comme Euronext, Deutsche Börse, et le London Stock Exchange, conservent une part de marché dominante. Un exemple avec le Bel20, où Euronext (en vert sur le graphique) domine le marché.

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(source: Fidessa).

Aux Etats-Unis, les acteurs historiques comme le NYSE et le Nasdaq n'ont plus que 20 à 25% de part de marché.

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(Source: Bats)

L'entrée en vigueur de la directive MiFID2 le 1er janvier 2018 ne devrait pas provoquer une situation comme aux Etats-Unis. La directive cible davantage les transactions qui passent sur les marchés non réglementés, comme les dark pools, et les données de marché. Elle ne vise plus à instaurer une concurrence sur les transactions, comme en 2007, avec sa première version. En outre, le projet d'instaurer un frein d'une demi-seconde sur les transactions s'est perdu dans les négociations du Parlement européen.

 

Posté le 31 mars 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La course à la vitesse touche à sa fin pour les HFT?

La course à la vitesse est-elle terminée pour les firmes de trading à haute fréquence? Il semblerait, au vu des derniers développements dans le secteur, avec notamment la vente de l'activité de trading à haute fréquence de Teza Technologies à la firme texane Quantlab. Teza dispose de l'une des technologies les plus rapides sur le Chicago Mercantile Exchange, une Bourse qui a récemment revu ses accès pour permettre aux ordres d'être exécutés sur le mode premier arrivé, premier servi.

Mark Spanbroek, président de la FIA Epta, une association qui regroupe les firmes de trading européennes,  souligne que seule une poignée d'acteurs investit encore dans la vitesse de leurs transactions. "Leur business model le leur permet" indique-t-il. "Les autres firmes ont adopté un modèle différent. Alors, la course à la vitesse n'est plus importante" ajoute-t-il.

"Aujourd'hui, l'accent est davantage mis sur le data mining et l'apprentissage automatique des algorithmes" relève Mark Spanbroek.

Le but pour les firmes de trading s'avère de prédire l'évolution des marchés sur plusieurs heures plutôt que sur l'instant même, souligne Vikas Shah, de Rosenblatt Securities.

Cela ne signifie pas que la vitesse des transactions a ralenti. Le Chicago Mercantile Exchange, principal marché de dérivés aux Etats-Unis, vient de revoir ses accès. Euronext, le groupe qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, prévoit de changer de plateforme de transactions cette année, en automne, pour diminuer le temps de latence des transactions. Ce n'est pas le signe que la vitesse des transactions ralentit. De plus, sur les marchés européens, le débat sur un frein à la vitesse des transactions n'existe pas vraiment. Euronext n'a pas l'intention de mettre un frein sur ces marchés. Alors qu'aux Etats-Unis, le NYSE, le Nasdaq et le Chicago Stock Exchange essaient de ralentir les transactions.

Posté le 27 mars 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Fusion dans le monde du HFT

Virtu Financial a déposé une offre de rachat des titres KCG entre 18,50 dollars et  20 dollars l'action. Cela valoriserait KCG à 1,33 milliard de dollars, alors que sa capitalisation boursière évolue actuellement à 1,192 milliard de dollars. A l'annonce de ce rachat, le titre KCG a connu une brusque hausse, comme le montre ce graphique.

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Eric Hunsader, le fondateur de la firme de données Nanex, a ironisé sur cette fusion, soulignant qu'à ce train-là, il n'y aurait plus qu'une seule firme de trading à haute fréquence sur les marchés: Virtu Financial.

 

Cette fusion intervient alors que les temps sont difficiles pour les firmes de trading à haute fréquence. Teza a vendu son activité de trading à haute fréquence à une autre firme, Quantlab, pour 20 à 30 millions de dollars. Motif? La société éprouve des difficultés à suivre dans la course à la vitesse que se livrent toutes les firmes de trading à haute fréquence. Tours à fréquence hertzienne, laser, coûts de colocation et de connectivité pèsent lourd dans leur budget. Et les firmes se plaignent des coûts des données de marché. Aux Etats-Unis, Wolverine Trading s'est plaint que ses coûts on triplé entre 2008 et 2016 à cause du prix des données de marché.

De plus, les bénéfices des firmes de HFT ne suivent pas. TABB Forum, cité par le Wall Street Journal, estime que le chiffre d'affaires du secteur est tombé à 1,1 milliard de dollars en 2016 contre 7,2 milliards de dollars en 2009.

L'année 2015 a particulièrement été difficile pour KCG et Virtu Financial. Les deux sociétés ont dégagé un bénéfice respectif de 60,1 millions de dollars et 26,4 millions de dollars, contre 76,8 millions de dollars et 194,4 millions de dollars en 2014. KCG a connu une embellie en 2016, avec un bénéfice net de 246,2 millons de dollars. Pour Virtu, l'année dernière s'est avérée meilleure que 2015, mais ses bénéfices, à 26,4 millions de dollars, s'affichent loin derrière ceux de 2014.

La faible volatilité actuelle sur les marchés explique en partie les faibles revenus des firmes de HFT. En 2008, ceux-ci avaient atteint un record, alors que le VIX, qui mesure la volatilité des prix des options sur le S&P500, avait touché 80 points. Actuellement, cet indice tourne autour de 12.  Il faut noter qu'en 2008, Virtu Financial est . Il n'y a plus eu depuis d'émergence de nouveaux acteurs d'envergure parmi les firmes de trading à haute fréquence.

A cela viennent s'ajouter des taxes sur les transactions, comme celles imposées par l'Italie en septembre 2013 pour les transactions intraday (de 0,002% sur les transactions en actions dont la détention ne dépasse par 0,5 seconde). La France veut également étendre sa taxe sur les transactions aux transactions intraday, en principe le 1er  janvier 2018. Et il ne faut pas oublier les amendes qui frappent le secteur, en particulier aux Etats-Unis.

Une consolidation du secteur dans ce contexte semble donc inévitable.

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