Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 22 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Prédire les futures actions des banques centrales

120426608Actuellement, les marchés sont rythmés par la communication des banques centrales. Il suffit de voir l'effet qu'a produit le "whatever it takes" de Mario Draghi, le président de la BCE, au sujet du sauvetage de la zone euro depuis l'été 2012 sur les taux obligataires des pays du Sud de l'Europe.

Eugene Fama, le Prix Nobel d'Economie 2013 (prix de la Banque de Suède, pour être exacte), Randall Krozner, ancien gouverneur de la Fed, et Anil Lashyap, expert en politique monétaire, ont pointé dans une interview réalisée par la Chicago Booth  University l'impact de la communication des banques centrales, et en particulier la ligne directrice de leur politique à moyen terme. Comme par exemple, l'indication de Janet Yellen, la présidente de la Federale Reserve, quant à la fin des rachats d'obligations d'ici 6 mois et une remontée du taux d'intérêt.

 

Eugene Fama a jugé positif l'intervention verbale de Janet Yellen pour les marchés. Il a constaté un effet rassurant. Néanmoins, les trois experts soulignent que cette communication sur les plans à moyen terme des banques centrales doit cesser lorsque les mesures non conventionnelles prises pour relancer l'économie auront touché à leur fin. Car comme le rappelle cette interview, les banques centrales ont démarré leurs mesures non conventionnnelles (rachats d'obligations, taux d'emprunt à zéro, opération twist) après la crise financière de 2008. Leur communication sur leur ligne directrice à moyen terme fait partie de ces mesures.

Fama et cie ne se sont toutefois pas prononcé sur la BCE, car rappelons-le, la BCE est la seule banque centrale à avoir diminué la taille de son bilan depuis la crise financière. Car elle ne peut pas, dans ses statuts, se mettre à racheter de la dette sur les marchés. Les OMT n'ont jamais été activés, le rappelait encore récemment l'économiste Frédéric Lordon sur France Inter.

Mais puisque les banques centrales font la pluie et le beau temps sur les marchés par leur communication, certains traders se sont mis à analyser jusqu'aux faits et gestes des présidents des banques centrales pour tenter de prédire leurs futures actions.

Au salon TradeTech2014, Joe Navarro, un ancien agent du FBI, a indiqué lors de son speech sur les personnalités dangereuses, qu'il travaille actuellement sur l'interprétation du langage corporel de Janet Yellen pour des traders. Durant son exposé, il a relevé dix signes qui trahissent les gens lorsqu'ils mentent. Toutefois, Janet Yellen n'a jamais jusqu'à présent répliqué les expressions faciales de Lance Amstrong ou Elliot Spitzer lorsqu'ils ont dû avouer leur faute.

Du côté des algorithmes de reconnaissances faciales, on voit que Facebook et les autres sociétés technologiques ont mis au point des algorithmes pour reconnaître les visages, mais quant aux émotions exprimées par ceux-ci, là, la science travaille encore dessus.

Posté le 18 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le gestionnaire de fonds robot (2)

MDF57061L'effort d'automatisation des gestionnaires de fonds se concentre actuellement dans l'exécution de leurs ordres. Comme ceux-ci gèrent des millions, voire des milliards d'euros, chacun de leurs ordres d'achat ou de vente peut provoquer un impact significatif sur les marchés. C'est pourquoi ceux-ci doivent trouver une solution pour minimiser cet impact. Et c'est là que l'automatisation entre en scène.

Les gestionnaires de fonds confient à leur courtier le soin de découper leurs ordres et de les exécuter sur différentes plateformes, à des périodes de temps différentes, grâce à un router d'ordres intelligent (SOR). Mais Larry Tabb, fondateur de Tabb Group, une firme de recherche, souligne que les gérants de fonds peuvent aussi recourir au  DMA (accès direct aux marchés), c-à-d qu'ils utilisent les accès du courtier à la Bourse pour exécuter leurs ordres en direct.

Ces ordres sont envoyés soit vers une plateforme de transactions "lit", ç-à-d que les ordres restent visibles, soit vers un dark pool, soit de gré à gré (hors Bourse, hors contrôle. Lorsque la grosse partie des ordres est cachée par les dark pools et le gré à gré, on appelle ça un ordre Iceberg. Comme le soulignait François Bonin,  PDG de John Locke Investments, à TradeTech2014, le but du jeu, c'est de cacher ses ordres. Et comme le constate plusieurs observateurs du secteur, la taille des ordres reste identique quelque soit la plateforme employée, c-à-d petite.

Les algorithmes employés pour découper ces ordres varient en fonction de paramètres tels que la volatilité des marchés et la liquidité d'un titre. Comme le résumait Stéphane Leroy, vice-président de la firme technologique S&P Capital IQ, à TradeTech2014, ces algorithmes servent à savoir quand et comment acheter sur les marchés.

TWAP, VWAP, Implementation Shortfall, Percentage of Volume (POV) comptent parmi ces algorithmes et le VWAP est le plus utilisé. Il consiste en un calcul du produit de la multiplication du nombre de titres achetés par le prix du titre, le tout divisé par le nombre total de titres achetés. Le but est d'acheter un titre sous le VWAP.

Les gestionnaires de fonds commencent aussi à automatiser l'analyse de leurs coûts de transactions. Comme le soulignait Larry Tabb à TradeTech2014, les pays scandinaves et les Etats-Unis sont plus avancés que la zone euro dans ce domaine. 50% des gestionnaires de fonds américains utilisent l'outil TCA (analyse des coûts de transactions) et le DMA, contre 44% pour les pays scandinaves et 21% des gestionnaires européens selon lui.

A TradeTech2014, Saurabh Srivastava, directeur du trading électronique chez Invesco, a indiqué que son équipe avait recruté deux quants (docteurs en maths ou en physique) pour trouver une nouvelle génération d'algorithme capable d'aller plus loin dans la collecte et l'analyse des coûts de transactions. "Grâce à eux, nous avons réussi à créer une plateforme d’analyse de trading, où nous pouvons analyser chaque ordre passé par Invesco sur les marchés et la manière dont celui-ci est exécuté" explique-t-il.

Jens Jakob Foged, trader pour compte propre chez Viewpoint Investors, a jugé qu'Invesco est "avancée" dans son processus d'automatisation.

Et l'enjeu de cette automatisation devient plus grand à mesure que les fonds à gérer deviennent de plus en plus gros.

Posté le 17 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Un marché complexe, mais nécessaire

02572427Le 15 avril 2014, Gregg Berman, le responsable recherches et analyses de la Securities Exhange Commission, a donné un speech très éclairant sur la structure des marchés américains lors du North American Trading Architecture Summit.

Il s'est basé sur les recherches produites grâce à MIDAS, son système de surveillance des données de marché en temps réel, développé par la firme de trading Tradeworx. Ce partenariat date du début 2013, et depuis, sur le site de la SEC, on y retrouve toutes les recherches produites à partir des données de MIDAS.

On apprend, grâce au discours de Berman, que le marché américain des actions n'est pas dominé par des cotations en millisecondes, voire en microsecondes. Car selon Berman, 60% des ordres restent en vigueur au moins plus d'une demi-seconde.

Entre avril 2012 et décembre 2013, un ratio de 20 ordres pour un a été annulé sur les actions, et 60 à 80  pour un sur les ETF selon Berman. Sur 1000 cotations en actions, 30 résultent en une transaction. Sur 1000 cotations en ETF, 3 résultent en une transaction.

Ces annulations surviennent davantage lorsque les cotations apparaissent en dehors des spreads (écarts entre cours d'achat et cours de vente), pour 60% des cotations. Seuls 16% des transactions résultent d'une interaction entre les participants de marchés en dehors des spreads. Berman note que la durée de vie de ces cotations hors spreads est plus longue que celles endéans les spreads, c'est-à-dire plus qu'une demi-seconde.

Berman souligne que le moteur des marchés américains ne repose pas que sur ce jeu de quotations et d'annulations. Il relève un autre paramètre: l'utilisation des algorithmes par les gestionnaires de fonds pour effectuer leurs transactions de bloc. Berman note que la taille des ordres des gestionnaires de fonds reste identique selon la plateforme utilisée, en moyenne de 374 actions. Environ 11% des volumes de transactions sur les marchés américains est effectué hors des Bourses. Sur ces 11%, 40% est exécuté sur une plateforme de transactions alternative, le reste est fait de gré à gré (au téléphone) ou sur une plateforme non réglementée. Berman note que sur les plateformes alternatives, la taille des ordres des gestionnaires de fonds s'élève en moyenne à 100 actions.

Ceci s'explique par l'emploi des routers d'ordres intelligents, qui découpent les ordres des gestionnaires de fonds et les envoient (les disséminent) sur plusieurs plateformes. J'y reviendrait dans un autre post.

Gregg Berman souligne que les marchés américains sont complexes. Mais il relève, en faisant l'analogie avec son smartphone, que cette complexité est nécessaire pour permettre de faire ce que l'on veut faire.

Remco Lenterman, le président de la FIA EPTA, qui défend les firmes de trading, utilise la même analogie pour défendre sa chapelle.

Il n'a d'ailleurs pas loupé ce discours.


 



Posté le 16 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le bouton stop des HFT

IMG_9697_DxOLors du salon TradeTech2014, qui se tenait du 8 au 9 avril au CNIT à Paris, j'ai remarqué ce stand tout noir qui se trouvait sur le chemin de la principale salle de conférence.

Seule la société ITG (qui opère le dark pool Posit) avait fait le même choix de couleur que Flow Traders pour son stand. Comme si ces exposants avaient voulu accentuer le côté obscur de leur profession...

Flow Traders est une firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam. Christopher Meyers, que l'on voit à gauche sur la photo, sales, explique que sa société est spécialisée dans le trading des ETF (des fonds indiciels cotés en Bourse). Il ajoute que Flow Traders couvre 1800 produits, dont le Bel20, pas très liquide, selon lui. Sa firme est le plus gros teneur de liquidité sur le FTSE100, devant Susquehanna et Morgan Stanley.

Flow Traders emploie 43 personnes, mais le gros des transactions est effectué par des algorithmes. Christopher Meyers souligne que tous les deux mètres dans la salle de marché, on trouve un bouton stop entre les écrans. Dès que quelque chose ne tourne pas rond sur les marchés, les traders humains doivent appuyer sur ce bouton qui arrête toutes les transactions. Meyers indique qu'un Knightmare n'aurait jamais pu leur arriver pour cette raison.

Flow Traders tente d'éviter que ses algorithmes entrent en boucle comme Knight Capital le 1er août 2012."Une fois, on a constaté que deux de nos algorithmes maison se sont touchés. Cela nous a fait rire, mais il ne faut pas que cela arrive" relève Meyers.

Bien sûr, il n'a pas compris l'acharnement contre le trading à haute fréquence, qui a de nouveau pris de l'ampleur après la publication de "Flash Boys". Il explique que sa firme tente d'analyser à l'aide de ses algorithmes la valorisation des titres, et intervient sur les marchés pour gommer les erreurs de prix. Soit du scalping.

Le bouton stop vient juste rappeler que Flow Traders ne peut pas tenir dans des marchés instables. Elle n'est pas la seule firme de trading à posséder ce genre d'outil. Visiblement, chez Knight Capital, il n'y en avait pas.

Posté le 15 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La fin du modèle maker-taker

La Securities and Exchange Commission ne chôme pas en ce moment. Après les dark pools et le trading à haute fréquence, le régulateur des marchés américains se penche désormais sur le modèle maker-taker. Pour rappel, ce modèle, créé en 1997 par Josh Levine (le fondateur de la plateforme de transactions Island) a fait son chemin dans le secteur des Bourses. Il consiste à récompenser les firmes qui apportent de la liquidité et à charger celles qui retirent de la liquidité sur les marchés comme le montre le graphique du Wall Street Journal. 

Ce modèle a été accusé d'avoir favorisé la prolifération du trading à haute fréquence sur les marchés d'actions, car selon ses détracteurs, il permet de financer le trading à haute fréquence par l'action des investisseurs. Ce qui ne fait pas forcément plaisir à ceux-ci.

Lors du séminaire TradeTech2014, Martin Ekers, responsable des transactions chez Northern Trust Asset Management, a appelé à bannir ce modèle.

 

 

Alasdair Haynes, le PDG de la plateforme de transactions européennes Aquis Exchange, prédit lui que d'ici 5 ans, le modèle maker-taker aura disparu, sous le coup de la régulation. "Des alternatives existent" a-t-il souligné.

Aquis Exchange a été lancé en janvier 2014 avec une politique de prix qui ne récompense pas les traders les plus actifs sur sa plateforme. Elle charge 2000£ par mois pour les traders qui soumettent jusqu'à 25.000 messages par mois, et 10.000£ par mois pour ceux qui soumettent un nombre illimité de messages. Mais Haynes souligne que cette politique donne un prix fixe pour un nombre illimité de messages.

En Europe, Chi-X Europe a bâti son succès sur le modèle de prix maker-taker. Les Bourses ont dû suivre en proposant des rabais pour les gros volumes de transactions. Lors du débat avec Haynes et Ekers, David Howson, le COO de Bats Chi-X Europe, a estimé lui que ce modèle n'allait pas disparaître.

Il reste à voir si les régulateurs européens ne vont pas tenter d'interdire ce modèle.

Posté le 14 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une nouvelle ère pour les dark pools

IMG_9663_DxOAux Etats-Unis, la Securities and Exchange Commission réflechit à limiter les volumes de transactions qui transitent sur les dark pools. Comme le notait une étude  du CFA Institute datant de 2012, les volumes de transactions sur ces plateformes où restent cachés les ordres ont progressé de 50% entre 2009 et 2012 sur les marchés américains.

Il existe actuellement environ 45 dark pools (et 200 internaliseurs d'ordres) sur les marchés américains, traitant au total 10% des volumes de transactions par jour en actions.

Comme l'avait pointé François Bonin (photo), PDG de John Locke Investments, lors du salon TradeTech2014 du 8 et 9 avril 2014, "aujourd'hui, le jeu sur les marchés consiste à cacher ses ordres" à cause du trading à haute fréquence. Précisons que ce jeu concerne les firmes de gestion d'actifs, qui gèrent plusieurs millions, voire milliards de dollars.  Celles-ci cherchent à minimiser leur impact sur les marchés en utilisant les dark pools.

En Europe aussi, le volume de transactions sur les dark pools a augmenté. En 2013, il a progressé de 50% pour atteindre 10% des volumes de transactions. Mais la directive MiFID2, qui devrait entrer en vigueur en 2016, prévoit de limiter le volume  qui transite sur ces plateformes. Pour rappel, cette directive prévoit d'ici 2016 l'arrêt des transactions sur les dark pools pendant 6 mois lorsque 4% de la capitalisation boursière d'un titre est atteint sur ces plateformes ou lorsque ces transactions excèdent 8% du montant total négocié sur un titre en Europe.

L'Australie et le Canada ont déjà adopté des limitations sur les dark pools en 2013, mais comme le souligne David Angel, directeur européen pour ITG (qui opère le dark pool Posit) , ces deux marchés disposent d'une plus petite microstructure.

Aux Etats-Unis, il faut rappeler que les dark pools ont connu leur lot de scandales en 2012 après l'affaire Pipeline Trading et eBX LLC. Pipeline Trading a été condamnée à une amende d'un million de dollars pour avoir caché à ses clients que la majorité des ordres sur la plateforme était envoyé vers Milstream Strategy Group, une filiale de trading de Pipeline.  eBX LLC a lui été condamné pour avoir autorisé Lava Trading (une filiale de Citigroup) à exploiter les données de trading confidentielles de sa clientèle. Pipeline Trading a dû cesser ses activités suite à cette amende.

Les firmes de gestion d'actifs américaines avaient, suite à ces affaires, procédé à un examen complet des pratiques des dark pools.

Depuis lors, Goldman Sachs envisage de fermer Sigma X, son dark pool, selon le Wall Street Journal, après une série de couacs dont un problème de fixation de prix en 2011. Mais Larry Tabb, fondateur de la firme de recherche Tabb Group, souligne que le problème de Goldman Sachs est surtout lié aux marchés américains.

Goldman Sachs sent-il le vent tourner aux Etats-Unis? On me crie dans l'oreillette que oui...

 

crédit photo: redrabbitproductions

Posté le 10 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

IEX n'exclut pas les HFT

31-ronan-ryanMercredi 09 avril 2014, les organisateurs du salon électronique TradeTech2014 ont demandé à Ronan Ryan (photo) de consacrer quinze minutes pour une conversation Skype. Tous les participants ont pu le voir répondre en direct à Richard Balarkas, PDG de Quendon Consulting.

Balarkas a avoué ne pas avoir lu le livre "Flash Boys" de Michael Lewis, qui met en avant les co-fondateurs de la plateforme IEXBrad Katsuyama et Ronan Ryan, "le shit'ol", a-t-il plaisanté. L'Irlandais Ryan a rit. Car il a admis que son père l'appelait comme ça. (C'est sympa, l'Irlande...)

Ryan a admis être le héros involontaire du livre de Lewis. "Nous avons rencontré Michael Lewis lors d'un dîner et il a simplement demandé sur quoi on travaillait" explique-t-il.

Bien sûr, Flash Boys a jeté la lumière sur IEX et sur le modèle de Bourse novateur que Katsuyama et Ryan ont mis sur pied. Car pour rappel, IEX a choisi de volontairement imposer un délai de 350 microsecondes entre l'envoi et l'exécution d'un ordre, en ne proposant pas la co-location. "Nous ne permettons pas à nos clients de se co-loger près de nous" rappelle Ryan. Et il ajoute qu'IEX est la plateforme la plus rapide, car après ce délai de 350 microsecondes, l'ordre est exécuté immédiatement, selon lui.

Ryan admet ne pas se plaindre de l'attention reçue depuis la publication du livre." Mais je reconnais que Michael Lewis a mis l'accent sur un problème que nous avions rencontré en 2009 et que nous avions solutionné. Mais il faut rappeler que la plupart des courtiers avaient déjà effectué ces changements" reconnaît-il. "Et nous ne pensons pas que les marchés américains sont truqués" ajoute-t-il, contredisant ainsi Michael Lewis.

Interrogé sur un barrage des marchés aux traders à haute fréquence, Ryan prend aussi ses distances avec les propos de Lewis. "Nous avons rencontré une douzaine de firmes de trading à haute fréquence" souligne-t-il. "Virtu Financial traite sur IEX depuis notre premier jour de lancement" précise-t-il. "Parce que nous sommes la Bourse la plus rapide".  "Les firmes de trading à haute fréquence apportent un service aux marchés. Il y a de la place pour le trading à haute fréquence. Mais il y a aussi du trading à haute fréquence qui n'est pas nécessaire" nuance-t-il.

 Ryan indique que les régulateurs américains supportent leur initiative."Parce qu'ils savent que chaque fois qu'ils prennent une décision, cela conduit à d'autres problèmes. Regardez Reg NMS. La route était pavée de bonnes intentions mais la règle avait négligé des aspects technologiques comme par exemple la distance entre le SIP et le Direct Feed. Mais en 2007, cette distance avec le Direct Feed (qui alimente en données de marché les traders) s'élevait à 300 millisecondes par rapport au SIP (mécanisme de transmission des données de marchés à la base de données consolidées). Les régulateurs n'ont pas pensé qu'avec la colocation, cette distance serait terriblement réduite "  rappelle-t-il. "C'est pour cela que nous ne voulons pas de colocation".

Ryan a ajouté que les autres Bourses américaines pourraient imiter leur modèle, si IEX gagne des parts de marché.Il précise qu'IEX a été approché pour lancer la même initiative sur les marchés européens. Mais là, il n'a pas donné plus de détails.

 

 

 

Posté le 9 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le gestionnaire de fonds robot (1)

TradeTech2014, le salon du trading électronique, s'est penché cette année sur les fonds d'investissement. 

Comme l'a souligné Stephane Leroy, vice-président de Real Time Solutions, une firme de services technologiques, lors d'un débat ce mardi, depuis les années 90, "les Bourses se sont complètement automatisées, puis dans les années 2000, ce fut au tour des courtiers qui ont adopté les routers d'ordres intelligents et les algorithmes d'exécution des ordres". "Dans les 5 à 10 prochaines années, le Buy Side (fonds d'investissement) va suivre le mouvement. Aujourd'hui, le secteur évolue dans un milieu semi-automatisé. On passera à un monde entièrement automatisé. Cela dépend de la communauté" affirme-t-il.

"Les courtiers ont développé des algorithmes pour savoir quand et comment acheter sur les marchés. Le Buy Side développe des algorithmes pour savoir quoi, et pourquoi acheter sur les marchés. On essaie de répliquer le processus de gestion d'un gestionnaire de fonds humain. Cela implique beaucoup de mathématiques pour déceler un modèle. Et cela va changer complètement la conception du temps et de l'espace" ajoute Leroy.

Mais aujourd'hui, ce type d'algorithme n'est pas encore très développé, constate-t-il. C'est aussi l'avis de Jens Jacob Foged, trader pour compte propre chez Viewpoint Investors. Il souligne que ces algorithmes tiennent plus à de l'art en ce moment. "Le but, c'est de parvenir à un algorithme capable de prédire les conditions de marché en avance sur le temps. Mais pour cela, il faut accumuler les données historiques de marché pour pouvoir modifier l'algorithme" ajoute-t-il.

Car il faut rappeler l'exemple de LTCM, entièrement géré par des modèles, mais incapable de prévoir le défaut de la dette russe, faute de données historiques suffisantes...

Or, durant la première journée du salon, beaucoup de participants ont souligné la difficulté d'obtenir des données de marché de qualité pour les marchés européens.

Ceci n'empêche pas, comme le constate Mark Hudson, architecte IT chez TIBCO Software, de constater une augmentation significative de l'utilisation des données historiques. "Mais l'on constate que lorsque le modèle échoue, l'intervention humaine prend le pas. Et cette tendance augmente également" note-t-il.

 

 

Posté le 7 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les débuts discrets d'IEX

120388772IEX (The Investors Exchange) a reçu beaucoup de publicité ces derniers jours suite à la publication du livre "Flash Boys" de Michael Lewis. Car si le livre dénonce les pratiques du trading à haute fréquence, il le fait du point de vue de Brad Katsuyama (photo), le fondateur d'IEX.

William O'Brien, le patron de BATS/Direct Edge, l'avait d'ailleurs rappelé lors d'une confrontation directe avec Katsuyama sur le plateau de CNBC la semaine dernière. Il avait dénoncé les 274 pages de publicité pour IEX en parlant du livre de Michael Lewis.

Mais il faudra voir si IEX va bénéficier des retombées de tout ce buzz. Car jusqu'à présent, cette plateforme qui se veut volontairement lente n'a pas vraiment réussi à s'imposer sur les marchés américains.

Depuis le mois d'octobre 2013, sa part de marché a grimpé, mais elle reste très faible.

Au mois de mars, 18,89 millions de titres ont été échangés sur IEX.

Ces chiffres proviennent du site internet d'IEX, auxquels il faut rapporter environ 6,89 milliards de transactions par jour sur l'ensemble des marchés américains, selon Justin Schack, analyste auprès de la firme de recherche Rosenblatt Securities. La part de marché d'IEX en mars s'élève à  0,27% .

Si IEX parvient à s'imposer, ce sera un aveu d'échec pour les Bourses américaines, relèvent plusieurs observateurs. Mais cette plateforme devra pour cela offrir les meilleurs prix, en vertu de Reg NMS, si elle veut obtenir de la liquidité. Katsuyama a pris un pari très risqué avec IEX, volontairement lente, et transparente.  La plateforme vise à attirer les flux des investisseurs institutionnels, qui utilisent surtout les dark pools (où les ordres sont anonymes) pour les transactions.

Les marchés américains sont peut-être 'injustes' selon les termes de Michael Lewis, mais force est de constater qu'ils sont surtout complexes.

 

Posté le 2 avril 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Histoire de la colocation en Bourse

Eric Schneiderman, le procureur de la ville de New York, a récemment désigné la colocation comme un des avantages dont profitent les traders à haute fréquence.

Pour ceux qui l'ignorent encore, la colocation désigne l'espace dédié aux algorithmes des firmes de trading à haute fréquence, mais aussi des banques, dans les centres de données appartenant aux Bourses. Ceci sert à gagner en vitesse (en microsecondes) pour exécuter les ordres, en se rapprochant au maximum possible du moteur de trading des Bourses.

L'ESMA, l'autorité européenne des marchés financiers, note dans un rapport que la colocation est surtout employée par les traders à haute fréquence.

Colo

Ces centrées de données sont d'une taille considérable, de plus ou moins 40.000 m², soit trois stades de foot. Ils sont situés loin des côtes, loin des cours d'eau, et gardés comme des forteresses. De l'extérieur, cela ressemble à ça.

Carteret

Et de l'intérieur, cela ressemble à ça.

Nasdaqcolo

 

D'après Hirander Misra, fondateur de GMEX, une plateforme de trading alternative sur les dérivés, les origines de la colocation remontent au début des années 2000 aux Etats-Unis. Mais Justin Schack, de la firme de recherche Rosenblatt Securities, souligne lui que la colocation a démarré en 1997, après la naissance de la plateforme Island aux Etats-Unis.

Dans le livre de Scott Patterson "Dark Pools" et dans "5", le livre d'Alexandre Laumonier (dont je reparlerai ici prochainement), il est rappelé que cette plateforme est née de l'imagination du petit génie de la programmation Josh Levine. Celui-ci avait réussi à créer Island, un système suffisamment robuste pour pouvoir accueillir les programmes de Dave Cummings, le fondateur de la firme TradeBot, et de Jim Simons, le fondateur de Renaissance Technologies (dont le fonds Medallion pouvait dans ses bons jours peser plus de 10% des volumes de transactions sur les marchés de dérivés).

En Europe, Hirander Misra indique que Chi-X Europe "dix fois plus rapide que les Bourses traditionnelles" fut la première plateforme à offrir la colocation en mars 2007 sur le Vieux Continent, dans le centre de données d'Equinix à Slough, une riante ville industrielle dans la banlieue de Londres.

Les autres Bourses, comme le London Stock Exchange, et NYSE Euronext ont commencé à proposer des services de colocation en 2009-2010. "Euronext voulait répondre à la demande de ses plus gros clients situés à Londres en installant son centre de données à Basildon" explique Frédéric Hertogs, ancien directeur du marché cash d'Euronext Bruxelles, aujourd'hui CEO de la firme de consultance Kurt Salmon. "L'option était inévitable, alors qu'Euronext subissait la pression des plateformes alternatives comme BATS, Turquoise et Chi-X Europe" ajoute-t-il.

Le Chicago Mercantile Exchange a lui inauguré son centre de données à Aurora, près de Chicago, en août 2010.

Mais toutes ne possèdent pas leur propre centre de données, à l'image du Nasdaq, qui loue ses facilités à Verizon Business à Carteret dans le New Jersey, et Deutsche Börse et Six Swiss Exchange qui louent les capacités d'Equinix à Francfort et à Zurich. C'est aussi le cas de Direct Edge qui utilise le centre de données d'Equinix à Secaucus (dans le New Jersey), de BATS qui utilise celui de Savvis à Weekhawken (New Jersey) et dans les Docklands de Londres.

Avant la colocation, Hirander Misra explique que les ordres étaient envoyés en direct via une ligne téléphonique à la Bourse ou via un réseau extranet. Frédéric Hertogs souligne que chez Euronext, les membres de la Bourse (ceux qui paient le droit de négocier sur la Bourse) étaient branchés en direct sur les Bourses respectives . "Et puis on a rationalisé après la création d'Euronext (en 2000). Les ordres sur les titres belges étaient envoyés à Paris," ajoute-t-il.

La location d'un cabinet dans ces centres de données, autrement dit le prix de la colocation, varie d'une Bourse à l'autre, allant de 14.000 dollars par mois à cinq fois plus. Mais les Bourses et leurs concurrents offrent parfois des remises ou des mois gratuits à certains de leurs clients.

Il faut voir maintenant si ces politiques de prix vont changer avec tout le débat autour du trading à haute fréquence, relancé ce lundi par la publication du livre de Michael Lewis, "Flash Boys".

 

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