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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 18 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une amende pour Latour Trading

Latour Trading, une filiale de la firme de trading Tower Group, basée aux Etats-Unis, a écopé d'une amende de 16 millions de dollars infligée par la Securities and Exchange Commission. Le superviseur des marchés américains reproche à Latour Trading de ne pas avoir maintenu une réserve de capital suffisante de manière répétée entre 2010 et 2011, à 19 occasions.

Le régulateur américain veille, en imposant une exigence de capital, à ce que les firmes de trading ne prennent pas de risque excessif.  

Latour Trading, qui peut peser entre 4 à 9 % des volumes de transactions aux Etats-Unis, doit payer une amende record. La précédente infligée par le gendarme des Bourses américaines pour le même délit s'élève à 400.000 dollars.

A la FIA EPTA, le lobby européen des firmes de trading,  Mark Spanbroek se dit étonné. Il souligne que les firmes européennes de trading doivent aussi se plier à des exigences de capital, qui peuvent varier de 5 à 10% selon les régulateurs européens. "Le régulateur doit approuver cette marge de capital, mais aussi la chambre de compensation" indique-t-il. "Mais en Europe, une violation comme celle de Latour Trading n'entraînerait pas une amende aussi importante" ajoute-t-il. "De plus, les firmes européennes reçoivent d'abord un avertissement de la chambre de compensation, avant celui du régulateur des marchés".

Mark Spanproek affirme n'avoir jamais vu une telle amende infligée pour les firmes de trading européennes."Et une amende de ce genre ne serait pas justifiée, sauf en cas de trouble pour les clients de la firme. Or, nos firmes de trading (à la FIA EPTA) ne négocient pas pour le compte de clients tiers" précise-t-il.

 

Posté le 9 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Pourquoi l'Asie reste hermétique au HFT

La part de volumes de transactions effectuées par le trading à haute fréquence s'élève seulement à 12% en Asie. C'est peu par rapport aux Etats-Unis, où plus de la moitié des transactions provient de ces programmes informatiques qui calculent quand et où acheter ou vendre sur les marchés. En Europe, cette proportion atteint 40% des volumes de transactions.

Seule la Bourse de Tokyo compte plus de 50% de ses volumes de transactions effectués par le HFT. Cette progression s'explique par la concurrence sur les transactions. Car la Bourse de Tokyo doit compter avec la présence de Chi-X Japan, une plateforme de transactions concurrente. En outre, la Bourse de Tokyo avait lancé en 2010 Arrowhead, son nouveau système de transactions, plus rapide que le précédent.

Toutefois, la Bourse de Singapour, malgré l'implémentation de son système Reach en 2011, n'a pas connu la même évolution. Les volumes de transactions n'ont jamais décollé. En 2013, la Bourse de Singapour s'est fait avaler par la Bourse de Thaïlande, faute de volumes de transactions. En cause, on retrouve une taxe sur les transactions en actions qui décourage les firmes de trading. Seul le marché de dérivés de Singapour connaît une progression du HFT.

La Corée du Sud impose aussi une taxe de 0,3% sur les transactions  en actions sans exemption. Car la Bourse de Seoul ne veut pas défavoriser les petits investisseurs. Toutefois, comme pour la Bourse de Singapour, les transactions sur les dérivés ne sont pas soumis au même régime. Sur le marché d'options coréen, le HFT progresse lui aussi.

A Hong Kong, les transactions sur les actions sont aussi soumises à une taxe de 0,1% sans exemption, qui gène beaucoup les firmes de trading.  D'ailleurs, KCG a fermé son bureau à Hong Kong en 2013, un an après IMC. 

Ces taxes sur les transactions, combinées à l'absence de concurrence pour les Bourses nationales qui n'offrent pas la co-location des ordres (elles n'acceptent pas d'héberger dans leurs serveurs informatiques les programmes de trading de ses utilisateurs), expliquent pourquoi le trading à haute fréquence ne parvient pas à décoller sur les marchés d'actions asiatiques, contrairement aux Etats-Unis et à l'Europe. Et les problèmes des marchés américains, et européens, n'incitent pas les pays asiatiques à vouloir les imiter.

En Inde, les autorités de régulation des marchés ont en outre imposé des règles très strictes pour le trading algorithmique, qui représente toutefois 30 % environ des volumes de transactions. Mais ce trading alorithmique n'est pas forcément du trading à haute fréquence. Depuis 2012, l'Inde regarde avec circonspection ces programmes de trading. Car le 5 octobre 2012, l'indice NFY 50 a connu un épisode de flash crash, où 60 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont envolés brusquement suite à une erreur de trading.

Toutefois, on voit que du côté des dérivés, les règles sont plus souples que pour les marchés d'actions en Asie. C'est pourquoi certaines firmes de trading voient toujours l'Asie comme une zone d'expansion.

 

Posté le 8 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Nouveaux griefs contre le HFT

Le Wall Street Journal a récemment relaté le cas d'Andrew Cunagin, le fondateur du hedge funds Rinehart, qui accuse le trading à haute fréquence d'avoir causé la faillite de sa firme. 

Ceci n'a pas échappé à Remco Lenterman, managing director de la firme de trading amstellodamoise IMC (et accessoirement ancien responsable de la FIA EPTA, le lobby des firmes de trading à haute fréquence en Europe).

 

A en croire Remco Lenterman, l'argument d'Andrew Cunagin ne tient pas la route car la Bourse de Seoul ne compte qu'un très faible pourcentage de volumes de transactions libellés HFT. Je n'ai pas su trouver de statistiques récentes, mais en 2011, le trading à haute fréquence représentait à peine 4% des volumes de transactions à Seoul, alors qu'aux Etats-Unis et en Europe, cette part touchait 70% et 40 % respectivement. En outre, la Bourse de Séoul impose une taxe sur les transactions de 0,3% sans possibilité d'exemptions, et ne propose pas la co-location des ordres (elle n'accepte pas d'héberger les algorithmes des firmes de trading dans ses propres serveurs informatique) qui favorise le HFT.

Mais il n'est pas rare dans le monde des hedge funds d'entendre quelqu'un se plaindre ouvertement du trading à haute fréquence.  L'Efama (association européenne des gestionnaires de fonds) ne s'est toutefois jamais prononcé publiquement sur la question. Mais le son de cloche est différent aux Etats-Unis. 

Lors du salon Trade Tech 2014, François Bonin, le PDG du hedge funds John Locke Investments, avait   égratiné le HFT en critiquant surtout la structure des marchés américains et la nécessité d'imposer des freins sur les transactions. 

Certains, comme Kenneth Griffin, le PDG du hedge funds Citadel, défendent le HFT.

 

Les voix les plus publiques contre le HFT sont celles des acolytes de Themis Trading et de la firme de données de marché Nanex. On retrouve aussi des grands investisseurs comme Charlie Munger, le vice-président du holding Berkshire Hathaway, et Ovyd Schanke, le gestionnaire du fonds souverain norvégien.

L'essentiel des critiques se concentre sur les marchés américains, là où le trading à haute fréquence domine. On le sait, la polémique est repartie de plus belle avec la publication du livre de Michael Lewis, "Flash Boys". Mais depuis 2012, et la publication du livre "Dark Pools" du journaliste Scott Patterson, les superviseurs des marchés et la justice américaine se montrent de moins en moins cléments envers le HFT, qui s'est senti obligé de multiplier son lobbying, à l'image du lancement de Modern Market Initiatives. Et de s'adjoindre les services de Bart Chilton

Posté le 4 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Vols de code sévèrement punis dans le HFT

GM1EA931SCY01_GOLDMAN-ALEYNIKOVDans le livre  Flash Boys de Michael Lewis, l'auteur revient sur l'affaire Sergey Aleynikov. Ce programmeur informatique russe (photo) émigré aux Etats-Unis a été accusé d'avoir volé les codes informatiques servant au trading chez Goldman Sachs. Dans le bras de fer judiciaire qui l'oppose à la banque d'investissement, Aleynikov est en train de perdre

Aleynikov a été condamné à huit ans de prison en 2010 pour avoir volé ce code. Il a été emprisonné pendant un an avant que la Cour d'Appel de New York ne suspende le jugement. Mais le procureur de l'Etat de New York l'a à nouveau accusé des mêmes faits. 

L'affaire Aleynikov n'est pas un cas à part de vols de codes dans le milieu du trading. Le programmeur avait été débauché par Teza Technologies. Durant ses dernier jours chez Goldman Sachs, il avait téléchargé ses codes informatiques qu'il avait écrit sur un serveur basé en Allemagne.  Ce que le règlement de la banque interdit. Les juges ont accusé Aleynikov d'avoir voulu utiliser ces codes pour son nouvel employeur.

Mais Aleynikov est le seul à avoir fait de la prison pour ce genre de méfaits. Jusqu'à présent. Car Yihao Ban Pu, 26 ans, risque lui aussi dix ans de prison et une amende de 250.000 dollars pour avoir volé les codes informatiques de trading de Citadel, le hedge funds fondé par Kenneth Griffin et d'une autre firme de trading. Yihao Ban Pu a été accusé de vol en 2011 et a récemment reconnu les faits. Sa sentence est attendue pour le 7 novembre 2014. Le programmeur a été aussi accusé en 2010 d'avoir volé les secrets de trading d'une firme de trading basée à Red Bank dans le New Jersey (Tradeworx?) dont le nom n'a pas été dévoilé.

Chunlai Yang, un ancien directeur du CME, risque lui aussi dix ans de prison et 250.000 dollars pour avoir volé les codes de la Bourse de dérivés de Chicago pour établir un nouveau marché de dérivés en Chine.

Les Etats-Unis ont décidé d'être plus sévères sur le vol de codes de trading. Car en 2009, un ancien directeur de Citadel, Mikhael Malyshev, avait été retardé dans son projet de monter sa nouvelle firme de trading, Teza Technologies (celle qui a recruté Aleynikov) suite à une décision de justice. Au terme d'une défense pour le moins olé-olé, Malyshev a dû s'acquitter d'une amende de 5 millions de dollars, mais n'a pas été condamné à de la prison, pour avoir utilisé des informations sensibles de Citadel. 

Deux anciens employés de la firme de trading basée au Texas, Quantlab, ont du souci à se faire. Depuis 2007, Quantlab a accusé deux docteurs ukrainiens virés en 2007, d'avoir volé ses codes de trading et de les avoir exploités pour fonder SXP, une firme de trading basée à Milwaukee. En mars 2013, Le FBI est descendu dans les locaux de SXP, éparpillés sur 7 Etats américains, pour saisir ordinateurs, serveurs et flash drives, à la recherche du code volé de de Quantlab. Le procès des deux fondateurs de SXP doit commencer en 2015.

Mais hors Etats-Unis, il semble que les vols de code sont punis moins sévèrement. En Australie, la bataille qui oppose Optiver et la firme de trading Tibra  toucherait enfin à sa fin, après huit ans. Optiver Australia, la filiale de la firme amstellodamoise, accuse des anciens traders d'avoir volé une grosse partie de son code source pour fonder la firme Tibra, dont le siège est basé à Sydney. La justice australienne a été jusqu'à demander à Google de donner accès aux emails et gtalk des accusés pour y trouver des éléments compromettant. Les accusés devraient ramasser une amende de 10 millions de dollars. Je n'ai vu nulle part la mention de la case prison.

Tibra serait aussi impliqué dans un autre vol de code si l'on en croit ce blog. Cette fois-ci, les codes proviendraient de Getco. Mais la justice n'a pas encore été saisie. 

Rappelons qu'en Europe, la directive sur les abus de marché prévoit d'ici 2016 la case prison pour les firmes de trading qui seront reconnues coupables de manipulation de marché

Posté le 2 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le NYSE fait peau neuve

8847470106Le Wall Street Journal a révélé les plans de l'IntercontinentalExchange pour dynamiser le New York Stock Exchange. Pour ceux qui l'ignorent encore, l'IntercontinentalExchange, rival du Chicago Mercantile Exchange sur les produits dérivés sur l'énergie, est devenu le propriétaire de la Bourse de New York en novembre 2013, alors intégrante au groupe NYSE Euronext. Euronext a été scindé et mis en Bourse le 20 juin dernier.

L'ICE a aussi bâti son groupe en rachetant à tour de bras des marchés de dérivés historiquement à la criée, où la formation des prix s'effectue par l'interaction de courtiers et traders sur un parquet, pour les transformer en Bourses entièrement électroniques

Lorsque par deux fois, l'une en 2011, l'autre en 2012, l'ICE se présente pour acquérir le NYSE, beaucoup craignent pour l'avenir du parquet de la Bourse de New York, l'un des seuls encore actifs dans le monde, même si son rôle a beaucoup changé depuis 2007 et où les plateaux de télévision de CNBC, Bloomberg TV,... colonisent désormais une bonne partie des lieux. 

Mais comme l'indique le Wall Street Journal, l'ICE n'a aucunement l'intention de fermer le parquet du NYSE. Le quotidien  souligne que l'ICE a consacré 80 millions de dollars pour rénover d'ici novembre 2015 le parquet de la Bourse, l'espace dans le bâtiment et les bureaux. Le nouveau directeur du NYSE, Thomas Farley, lieutenant de Jeffrey Sprecher , le PDG de l'ICE, a décidé de consacrer un espace pour les sociétés cotées, en lieu et place de l'actuelle salle du comité d'administration et des salons pour les anciens membres du NYSE. Il veut aussi réduire le nombre de marchés, de 5 à 2, du NYSE et les services technologiques de la Bourse. 

Le quotidien  souligne que ceci revient à défaire tout ce que le prédécesseur de Farley, Duncan Niederauer, a mis en place durant sept ans. Ce serait pour cette raison que Niederauer a quitté brutalement la société en mai 2014.

L'ICE veut simplifier la structure du NYSE, et ce, en révisant à la baisse ses services de trading. Jeffrey Sprecher avait déjà annoncé vouloir supprimer certains types d'ordres, même si dans les faits, ces types d'ordres s'avèrent moins utilisés par des firmes de trading plus regardantes à leurs coûts de transactions.

Sprecher semble prendre à coeur la remise en forme du NYSE. Car jusqu'à présent,  cet ingénieur en chimie a toujours cherché à développer sa société dans les produits dérivés. Le rachat de NYSE Euronext en 2013 s'inscrivait dans cette optique: l'ICE voulait avant tout s'emparer du LIffe, le marché de dérivés londonien du groupe.

Mais pour acheter NYSE Euronext, Sprecher a dû promettre à Charles Schumer, le sénateur de l'Etat de New York, de ne pas sacrifier le NYSE. Sprecher a dû aussi trouver des actionnaires de référence pour Euronext, à la demande des régulateurs des marchés européens.

Il faudra voir si l'ICE va pouvoir tirer profit du NYSE. Certains, comme l'ancien directeur du NYSE, Kenneth Langone, en doutent. "Le NYSE n'est plus que l'ombre de lui-même" a -t-il déclaré au Wall Street Journal.

 

Posté le 1 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Dénonciations dans le HFT de manipulation sur le CME

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L'agence Bloomberg indique qu'HTG Capital Partners, une firme de trading à haute fréquence, accuse son rival Allston trading d'avoir manipulé les prix sur le Chicago Mercantile Exchange.

HTG a déposé plainte au Chicago Mercantile Exchange en argumentant avoir détecté un modèle de trading consistant à annuler des ordres d'offre et de demande afin d'influencer les autres traders et les prix en faveur d'Allston Trading. Autrement dit, HTG accuse Allston Trading de "spoofing". Allston nie avoir commis les faits.

Dans une règle introduite le 28 août 2014 pour admission auprès de la Commodity Futures Trading Commission, le CME a interdit ce genre de pratique.

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Bloomberg précise que c'est la première fois que le CME soumet une règle sur le spoofing, alors que jusqu'à présent, la Bourse de dérivés l'a toujours interdite. Mais on sait aussi que les Bourses américaines doivent faire preuve de transparence sur leurs pratiques de marché auprès des superviseurs financiers.

Mais comme le précise l'agence de presse, il est possible que le CME ait accidentellement causé cette manipulation, à cause d'un software installé depuis 2013 qui empêche les "wash trades" (où un trader achète et se vend ses propres titres). Bloomberg explique qu'une firme de trading qui cherche à annuler automatiquement ses ordres peut déclencher ce software. Et parce que cette transaction est annulée par le propre système informatique du CME, les autres traders ne peuvent pas savoir que l'ordre a été retiré. 

Ce système est optionnel, mais il permet à un trader mal intentionné de placer un ordre de vente sur le marché et de cacher son annulation d'ordres. Résultat, les autres traders se retrouvent face à un marché qu'ils croient baissier. Et pour sortir de ces transactions, ils doivent racheter leurs contrats à terme à perte auprès de leur contrepartie sur le marché.

L'agence ne précise pas si HTG a porté plainte auprès de la CFTC également. Car ici, cette affaire va se régler entre la Bourse et les deux firmes de trading. Ceci ne signifie pas que le CME va se montrer clément. Citadel Securities a dû s'acquitter en juin d'une amende de 420.000 dollars au Nasdaq, de 160.000 dollars au NYSE et 170.000 dollars à BATS pour avoir envoyé des ordres erronés. 

L'année passée, Virtu Financial avait dénoncé Panther Energy et son unique trader/fondateur, Michael Coscia, auprès du régulateur britannique et auprès de la CFTC, pour avoir commis du spoofing à ses dépens. Virtu ne s'est pas publiquement dévoilé.  Panther Energy a dû s'acquitter de 4,5 millions de dollars auprès des deux régulateurs, et a dû fermer boutique pour cause de faillite.

 

Posté le 22 août 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des recrues prestigieuses pour le HFT

22475702_h563763Aux Etats-Unis, le recrutement de Bart Chilton (photo), l'ex-commissaire de la CFTC, par DLA Piper n'est pas passé inaperçu.

DLA Piper est une firme d'avocats, qui vient d'annoncer s'associer avec Modern Markets, un lobby du trading à haute fréquence, jeudi dernier.

Bart Chilton, dont la coupe de cheveux rappelle au choix celle du populiste hollandais Geert Wilders ou celle de Doc dans Retour vers le futur, est surtout connu pour avoir dénoncé le trading à haute fréquence du temps où il était à la CFTC, qualifiant ces firmes de "Cheetah Traders".

C'était en 2012. Depuis, le discours de Chilton a changé sur le trading à haute fréquence.

On me rétorquera qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...

Sinon, dans les autres recrutements notables du secteur, Financial News a pointé ceci.

 

Sharon Bowles est une députée britannique active au Parlement européen jusqu'en 2014, notamment membre des Commissions économiques et légales. Elle a travaillé sur les textes législatifs européens après la crise financière et sur  MiFID2. Pour le London Stock Exchange, ce recrutement est stratégique.

Car MiFID 2, qui n'est pas encore implémentée, risque de changer le paysage des Bourses européennes. La Fédération des Bourses Européennes a d'ailleurs prévenu l'Esma (autorité européenne des marchés financiers) , en charge de l'implémentation de cette directive, d'un déplacement des transactions vers le gré à gré sur les dérivés en actions.

Aux Etats-Unis, le secteur des traders à haute fréquence est actuellement mis sous enquête par le procureur de la ville de New York, qui tente de déterminer si ces acteurs disposent d'avantages par rapport aux autres intervenants.

Parallèlement, la Securities and Exchange Commission mène aussi son enquête sur les pratiques dans le secteur. Elle vient de demander aux différentes Bourses de soumettre le détail de leurs types d'ordres d'ici le mois de novembre. Et BATS tente de trouver un accord avec le régulateur pour éviter une amende. Car le groupe, qui a fusionné avec Direct Edge en janvier 2014, proposait notamment des types d'ordres qui permettent aux firmes de trading de passer avant tout le monde dans la file des ordres.

Alors, recruter un homme(ou une femme) du sérail, ça peut aider.

Posté le 21 août 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le HFT amène-t-il de la liquidité sur les marchés?

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L'argument clé des défenseurs du trading à haute fréquence repose sur la liquidité que ce type d'acteur apporte sur les marchés financiers.

En d'autres termes, l'avènement de ce type de trading, caractérisé par une prise de décision et une exécution des ordres en quelques nanosecondes, permettrait à tout intervenant sur les marchés de pouvoir acheter et vendre des titres facilement et rapidement.

Mais derrière le trading à haute fréquence se trouve une série de stratégies différentes, qui reposent sur de l'arbitrage entre différentes classes d'actifs, par exemple entre un ETF sur l'Eurostoxx 50 et un future sur le même indice. Ces actifs sont censés évoluer parallèlement, puisqu'ils suivent le même sous-jacent. Toutefois, sur la séance boursière, des variations de prix sont observables entre ces deux classes d'actifs, que les firmes de trading essaient d'exploiter, en faisant tourner leur portefeuille plusieurs fois sur la journée. C'est pour cette raison qu'elles se battent pour obtenir plus rapidement les données de marchés entre Londres et Francfort notamment, où se concentrent les transactions sur les ETF et les futures (sur Eurex). On notera toutefois que cette recherche se concentre sur les titres les plus négociés.

Les critiques du trading à haute fréquence, tels que Michael Lewis, Eric Hunsader, Better Markets et les acolytes de Themis Trading aux Etats-Unis démontent toutefois l'argument de liquidité avancé par les associations de défense du HFT.

Hunsader a relevé un exemple, sur le titre Ford Motors, où la liquidité disparaît soudainement pour un trader qui souhaite acheter 20.000 actions du groupe à 17,38 dollars, alors que le carnet d'ordres indique qu'un lot de 24.800 actions est disponible à ce prix. Le trader n'obtient que 12.133 actions au prix demandé, dont 600 proviennent d'un dark pool (une plateforme où les ordres restent anonymes). L'explication tient dans les ordres annulés. Plus de vingt ordres contre un sont annulés sur les marchés américains, à cause de l'emploi massif des ordres fill or kill.

Le professeur de finances Terence Henderschott a pourtant conclu dans une étude que le trading automatique améliore la liquidité du marché, durant les phases de hausse du marché. Dans une autre étude, très contestée par les opposants au  HFT, menée avec les chercheurs Jonathan Brogaard et Ryan Riordan, il a démontré que le HFT améliore les prix et parvient à réduire la volatilité durant les moments de panique sur les marchés.

Mais on a vu aussi que parfois, les algorithmes employés par les firmes de trading peuvent s'affoler et créer des remous sur les marchés. Ce fut le cas d'Infinium capital, de Knight Capital et de Citadel Securities, notamment.

Du côté universitaire, on ne remet pas en cause l'avènement du HFT, considéré comme une évolution naturelle à la transformation informatique des marchés financiers. Toutefois, certains, comme Andrei Kirilenko, et Jonathan Brogaard, ont démontré dans une étude que les firmes les plus agressives gagnent plus que les autres. Et Kirilenko n'a pas hésité à affirmer devant le Sénat américain que l'environnement des marchés américains est propice à une concentration des acteurs, où le gagnant prend tout.

Kirilenko, mais aussi Albert Menkveld, et d'autres professeurs d'université, ont appelé à ralentir la cadence des marchés, qui ne profitent qu'à une poignée d'acteurs sur les marchés (et visiblement, pas à Getco Knight Capital, au vu de ses résultats en 2013), et qui résultent en une augmentation des coûts de transactions.

Aux Etats-Unis, la naissance de la plateforme IEX, qui cherche à devenir une Bourse, est symptomatique de cette réflexion. IEX a mis en place un frein, où les ordres doivent patienter 350 microsecondes avant d'être exécutés. Les fondateurs ont voulu aussi se distancer du modèle de co-location (où les serveurs de la Bourse sont côte-à-côte avec ceux des firmes de trading et des banques dans un centre de données).

Mais tous ne partagent pas l'avis de ralentir les marchés financiers.

 

En Europe, l'autorité européenne des marchés financiers (Esma) réfléchit à imposer un temps minimum de présence des firmes de trading qui se disent teneurs de liquidité. Car on a constaté, durant le flash crash du 6 mai 2010, que certaines firmes se sont retirées du marché parce qu'elles ont senti que quelque chose ne tournait pas rond.

En tout cas, le HFT n'a pas fini de faire débat.

 

 

Posté le 20 août 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les problèmes de Citadel Securities

GriffincitadelLe 16 juin 2014, Citadel Securities a reçu une amende de la Finra (autorité américaine de régulation de l'industrie financière)  de 800.000 dollars. Motif? Entre le 18 mars 2010 et le 8 janvier 2013, la firme de trading a envoyé des ordres erronés sur les marchés américains.

Comme le veut l'usage, Citadel Securities a nié avoir commis une faute. Mais les régulateurs ne partagent pas son avis.

Quatre problèmes ont été sanctionnés par la Finra. Le régulateur reproche tout d'abord à Citadel Securities d'avoir provoqué 24 mini flash crash sur des titres individuels. Il le condamne aussi pour avoir utilisé un algorithme précédemment abandonné qui a exécuté par erreur des ventes sur 2,75 millions d'actions de PC Group durant 11 minutes, en avril 2010. En août 2011, Citadel Securities a connu un épisode de boucle avec un de ses algorithmes tout juste upgradé (le cauchemar de tout trader à haute fréquence). Et enfin, la Finra relève que le 13 décembre 2012, la firme a utilisé de mauvaises données de marchés pour envoyer, durant 2 minutes, des ordres limites sur 16 différents titres.

Ces incidents ne sont pas passés inaperçus aux Etats-Unis, comme en témoigne Eric Hunsader, le fondateur de la firme de données de marchés Nanex

 

 

Sur les 800.000 dollars d'amendes, Citadel Securities doit 420.000 dollars au Nasdaq, 160.000 dollars au NYSE, 170.000 dollars à BATS et 50.000 dollars à la Finra.

Car il faut rappeler que les Bourses doivent mettre en place un système de surveillance des marchés afin de garantir leur intégrité. Ceci est valable aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. Lorsque Knight Capital a connu des problèmes avec son algorithme devenu fou le 1er août 2012, le NYSE a été le premier intervenant à lui signaler de remettre immédiatement les choses en ordre. En vain.

Mais ces incidents posent aussi la question de la santé financière de Citadel Securities. Car un algorithme fou peut causer des pertes colossales pour une firme de trading. Knight Capital en sait quelque chose.

Citadel Securities avait d'ailleurs fermé sa division européenne au début 2013, après seulement quatre années de présence sur le continent.

Mais le patron de la maison-mère, Kenneth Griffin (en pleine procédure de divorce), n'a montré aucun signe de contrariété lors de son audition devant la commission financière du Sénat américain, portant sur la structure des marchés américains.

 

Posté le 19 août 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Quand la nature se met au travers du trading

Google a décidé de renforcer ses câbles transatlantiques au kevlar pour éviter que des requins viennent les dévorer.

Le géant de l'internet utilise des câbles de fibre optique pour transmettre les données internet plus rapidement qu'avec des fils de cuivre. Seulement, d'après le Nouvel Observateur, les squales aiment particulièrement machouiller les câbles de fibre optique, qui émettent un champ électromagnétique attirant ces prédateurs, comme on peut le voir sur cette vidéo (datant de 2010).

 

Hibernia Networks a aussi déployé un câble transatlantique en fibre optique qui relie New York et Londres. Long de 6021 kilomètres et coûtant 300 millions de dollars, ce câble permet de transmettre les données de marchés entre les Bourses de New York et de Londres en 59 millisecondes. J'ignore si les responsables du projet ont pensé aux attaques de requins...

Le monde animal vient parfois narguer le monde du trading. En 1994, le Nasdaq a subi une panne durant 34 minutes car un écureuil avait rongé un des fils de connexion de la Bourse électronique. En décembre 1987, le Nasdaq avait déjà vécu la même mésaventure.

Et puis, maintentant que les firmes de trading à haute fréquence se lancent dans les antennes de communication hertzienne pour obtenir plus rapidement leurs données de marché entre Chicago et New York d'une part, Londres et Francfort d'autre part, on peut se demander si des oiseaux peuvent venir troubler leurs plans.

Car les nuées d'oiseaux peuvent perturber la communication entre deux tours. 

Toutefois, les firmes de trading à haute fréquence utilisent aussi la fibre optique pour transmettre les données de marché. Les deux technologiques sont employées, car les fréquences hertziennes présentent l'inconvénient de dépendre des conditions météorologiques. Or la Belgique, qui se trouve en plein milieu du champ à vol d'oiseau entre Londres et Francfort, et où se trouvent certaines antennes de communication comme celle d'Houtem, n'est pas réputée pour disposer du meilleur temps.

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