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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 25 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

2014, un bon cru pour le HFT, mais pas pour tous

1147969Optiver, la plus grande firme de trading à haute fréquence (HFT) amstellodamoise (et européenne), vient de dévoiler ses résultats financiers pour 2014. Elle a enregistré une hausse de 46% de son bénéfice net par rapport à 2013, à 246,9 millions d'euros.  Ses revenus du trading ont augmenté de 33% à 619,8 millions d'euros pour la période. Et la société a indiqué avoir engagé du personnel. Elle a par ailleurs payé 16,75 millions de dollars pour régler un litige contre un groupe d'investisseurs dans l'affaire du "marteau", cet algorithme utilisé en 2007 pour manipuler les cours du pétrole, à 24 reprises.

IMC, une autre firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam, a connu une hausse de 30% de son bénéfice net à 165 millions d'euros en 2014.

Flow Traders, un autre HFT basé à Amsterdam, a aussi vu son bénéfice net augmenter de 27% à 67,9 millions de dollars en 2014.

On dirait que les firmes européennes ont connu une meilleure année que celles basées aux Etats-Unis. Car Virtu Financial, dont le siège est situé à New York, a enregistré une hausse de seulement 0,26% de son bénéfice net, à 194,9 millions de dollars en 2014 selon des données de Bloomberg. Mais la firme connait une embellie de ses revenus depuis le début de l'année, grâce notamment au trading de devises.

KCG, dont le siège est situé à Chicago, a lui vu son bénéfice net reculer de 67,7% à 76,8 millions de dollars en 2014 selon les données de Bloomberg. Le premier trimestre 2015, selon ses propres chiffres, montre une amélioration, à nuancer. Le bénéfice net par action ressort à 2,19 dollars contre 0,31 au premier trimestre 2014. Les revenus du groupe ont atteint 696,156 millions contre 383,665 millions de dollars sur les trois premiers mois de 2014. Mais les revenus du trading ont diminué de 19%  sur la même période de comparaison. KCG a bénéficié de la vente de Hotspot à la plateforme de transactions BATS  en  janvier 2015, pour 373,8 millions de dollars.

 Chopper Trading  avait  rapatrié aux Etats-Unis ses activités européennes en 2014. Cette firme de HFT américaine  a fait l'objet d'une offre de rachat. DRW a racheté en janvier 2015 Chopper Trading.

Allston Trading, une firme basée à Chicago, a annoncé en janvier l'arrêt de son activité sur les actions américaines.

Même  Tradeworx, une firme basée à Redbank dans le New Jersey, traverse quelques difficultés, car son co-fondateur, Manoj Narang, a quitté le navire en janvier.

Posté le 21 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Flow Traders se lance en Bourse

La firme Amstellodamoise de trading à haute fréquence Flow Traders a annoncé le 18 juin 2015 son intention de se faire coter sur la Bourse d'Amsterdam. La fourchette de prix pour cette introduction en Bourse n'est pas encore connue. 

La société prévoit de mettre 40% de ses titres, détenus actuellement par le fonds Summit, les fondateurs de Flow, Avalon holdings et Javak Holding, sur le marché.

Elle suivra les pas d'une autre firme de trading à haute fréquence, Virtu Financial, qui s'est lancée sur le Nasdaq le 15 avril 2015, et qui a depuis progressé de plus de 20%, valorisant la société à quelque 3 milliards de dollars.

Flow Traders, fondé en 2004 par deux anciens de la firme de trading à haute fréquence amstellodamoise Optiver ( Roger Hodenius et Jan Van Kuijk), pèsera moins au terme de son introduction en Bourse. Au total, la société sera valorisée à 1,1 milliard d'euros

Cette firme est spécialisée dans le trading des ETP (fonds indiciels cotés en Bourse). En 2014, elle avait négocié pour 527 milliards d'euros d'ETP, générant 172,1 millions d'euros de revenus de trading. Elle a dégagé un bénéfice net de 67,9 millions d'euros en 2014, contre 53,6 millions d'euros en 2013 et 27,7 millions d'euros en 2012. On le voit, ses bénéfices s'améliorent. 

Pour cette année, au premier trimestre, Flow Traders a engrangé 76,9 millions d'euros de revenus de trading et 30,7 millions d'euros de bénéfices, contre 36,5 millions d'euros de revenus de trading au premier trimestre 2014 et 13,2 millions d'euros de bénéfices sur la même période. 

Elle est génère moins de revenus que les deux plus grandes firmes de trading amstellodamoises, Optiver et IMC. En 2013, Optiver avait dégagé 191 millions d'euros de bénéfices nets, et IMC 169 millions d'euros.

Le blog Amsterdam Trader rappelle qu'en 2012, les actionnaires de Flow Traders avaient tenté de vendre leur société, mais n'ont pas trouvé d'acheteurs. Toutefois, le ciel s'est dégagé pour la firme, puisque ses bénéfices se sont améliorés depuis 2012. 

Un signe qui ne trompe pas: depuis 2014, la firme tient un stand lors du salon du trading électronique Trade Tech, alors qu'auparavant, ce n'était pas le cas.

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Sa présence à Trade Tech montre que Flow Traders se sent part intégrante de l'écosystème des marchés financiers. Mais elle admet recevoir, quatre ou cinq fois par an, la visite de représentants de firmes d'investissement, dont Amundi (qui propose des ETF aux investisseurs particuliers) soucieux de comprendre (et surveiller) les activités de Flow Traders sur les ETF. La firme se présente comme un teneur de liquidité sur ces fonds indiciels. Un autre HFT, Susquehanna, officie aussi sur ce segment.

Flow Traders sera le troisième HFT coté, après KCG et Virtu Financial.

Posté le 18 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une interaction d'algorithmes ou du frontrunning?

Deux professeurs de l'université d'Amsterdam, Vincent van Kervel et Albert Menkveld, ont découvert que les traders à haute fréquence ont davantage tendance à aller contre la tendance lorsqu'un fonds exécute ses ordres.

Leur étude, portant sur les titres composant l'indice OMX Stockholm 30 entre le 1er janvier 2011 et le 31 mars 2013, indique que les firmes de HFT vont contre la tendance durant la première heure où le fond envoie ses ordres au marché, puis suivent la tendance si ces transactions prennent plusieurs heures.

Car il faut rappeler qu'un fond ou un investisseur institutionnel n'envoie pas d'un coup ses ordres de Bourse, afin de minimiser son impact sur les marchés.  Soit il passe par des dark pools où l'ordre de taille peut être exécuté presque tel quel, sans que la transaction ne soit rendue publique (les ordres restent anonymes). Soit il demande à son courtier de diviser ses ordres. Le courtier envoie ces multiples ordres découpés sur différentes plateformes d'exécution. Albert Menkveld avait souligné dans une autre étude que les ordres de bloc ont tendance à rester sur les dark pools en temps normal, mais lorsque les fonds doivent liquider rapidement leurs positions, ils envoient leurs ordres découpés sur des MTF.

L'algorithme le plus utilisé pour les transactions de bloc est le VWAP,un algorithme passif. Mais depuis la crise financière, un autre algorithme, dit de participation, appelé Implementation shortfall, est de plus en plus utilisé.

Les données utilisées par Menkveld et van Kervel ont été notamment fournies par le fonds souverain norvégien, qui s'était plaint de la structure des marchés américains et avait indiqué privilégier les transactions de bloc. Car le fonds constate que ses transactions sur les actions américaines lui reviennent plus chères en termes de coûts de transactions, en raison du trading à haute fréquence.

On le sait, les gestionnaires de fonds se tournent de plus en plus vers l'analyse poussée de leurs coûts de transactions, à travers l'outil TCA automatisé. La tendance est plus marquée aux Etats-Unis qu'en Europe, mais les pays scandinaves sont plus avancés en la matière que le reste de l'Europe.

 Les deux professeurs estiment, sur base de leur analyse des données, que les ordres des fonds ne sont pas devancés par le trading à haute fréquence. "Les résultats sont inconsistants en regard du frontrunning, à savoir le fait qu'un HFT détecte un ordre de bloc et se mette à passer ses transactions avant cet ordre" indiquent-ils. "Nous estimons que le HFT sent le déséquilibre provoqué par un ordre de bloc. En conséquence, il va passer ses ordres en dehors des positions de l'ordre de bloc, car il sait que rester contre la tendance en tant que teneur de liquidité  lui demande une position d'inventaire à long terme, alors qu'il veut clôturer ses positions à la fin de la journée" ajoute-t-il.

Leur étude montre que le déséquilibre provoqué par les ordres des fonds augmente les revenus de trading des HFT, de 39% en moyenne. Plusieurs études ont déjà démontré que le HFT adore la volatilité sur les marchés.

Une remarque: cette étude porte sur les actions suédoises, qui, comme les autres valeurs européennes, restent concentrées sur leur marché domestique, malgré la présence de BATS Chi-X Europe, qui pèse 20% des transactions (pour les actions suédoises), et d'autres plateformes concurrentes. Les prix des transactions ne sont pas affichés dans une base de données communes, contrairement aux Etats-Unis, où là, 99,99% du marché voit les prix avec le SIP, et les 0,01% avec le Direct Feed, dix fois plus rapide que le SIP. Autrement dit, là, les utilisateurs du Direct Feed peuvent anticiper le reste du marché.

 

 

Posté le 17 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

L'effet Flash Boys dans les médias

Lorsque Michael Lewis a publié son livre Flash Boys en avril 2014, les recherches google sur le trading à haute fréquence ont explosé. L'intérêt a surtout été marqué aux Etats-Unis, en Australie, au  Royaume-Uni et au Canada.

Trends

Il faut dire qu'aux Etats-Unis, le sujet fait déjà polémique depuis 2010, année du flash crash du Dow Jones. Les auditions à la chambre des Représentants et au Sénat sur le sujet se sont multipliées.

En Europe, des auditions ont aussi eu lieu sur le sujet, mais elles s'inscrivaient dans le contexte de la révision de la directive MiFID, sur les services financiers. En Belgique, une audition a été tenue à la Chambre des Réprésentants le 11 janvier 2013, dans le cadre de la commission sur le suivi de la crise financière, avec notamment l'auteur de ce blog...

MediaMiser s'est penché sur la couverture du trading à haute fréquence dans la presse nord-américaine en 2014. Elle a constaté que la publication du livre de Michael Lewis a eu un impact significatif sur la couverture de ce sujet, car la mention trading à haute fréquence a bondi de 440% dans les trois mois qui ont suivi la publication du livre.

Flashboys

La firme de trading à haute fréquence Virtu Financial a été la plus citée dans les médias durant cette période.

Mediamiser

Il faut dire que la firme, qui s'est introduite sur le Nasdaq le 15 avril 2015 (et dont le cours a progressé de 22% depuis lors), avait tenté cette opération en 2014, mais s'était ravisée sans doute à cause du bruit provoqué par la publication du brûlot de Michael Lewis, très critique sur le trading à haute fréquence (il avait déclaré que les marchés américains sont truqués).

Car le livre est arrivé comme sujet numéro un de la couverture des médias en 2014, devant les dark pools, les enquêtes du FBI et du Département de la Justice américaine, et le flash crash.

Goldman Sachs est la banque la plus citée dans les médias en relation avec le trading à haute fréquence durant cette période. La banque avait soutenu publiquement IEX, la plateforme mise en avant dans le livre de Michael Lewis. Barclays, sous le coup d'une enquête, arrive en deuxième position. Curieusement, MediaMiser ne s'est pas penchée sur le cas d'IEX dans les médias américains.

En Belgique, on ne peut pas dire que le livre ait créé un tel effet dans les médias francophones. J'ai relevé seulement 55 mentions du trading à haute fréquence (30 pour l'Echo, 12 pour le Soir, 8 pour Trends) sur les sites internet et les journaux print en 2014. Seuls L'Echo et le magazine Trends ont mentionné le livre de Michael Lewis (et la Libre Belgique, une seule fois). C'est dire si le sujet paraît lointain.

Pourtant, la Bourse de Bruxelles compte environ 30% de ses volumes de transactions effectués par du trading à haute fréquence.

 

Posté le 12 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Goldman Sachs en a marre d'être "lent"

Bloomberg rapporte que la banque Goldman Sachs se lance à son tour dans la course à la vitesse des transactions, un an après avoir publiquement demandé des réformes sur le trading à haute fréquence, juste avant la publication du livre "Flash Boys" de Michael Lewis.

La banque avait été la première à se connecter à la plateforme IEX, mise en avant par le livre de Michael Lewis. Mais depuis, IEX a révélé que Virtu Financial, une firme de trading à haute fréquence, s'est connectée dès le premier jour à sa plateforme. Son co-fondateur, Brad Katsuyama, a même classé la firme parmi les bons HFT.

Goldman Sachs semble penser tout et son contraire sur le trading à haute fréquence. Mais la banque, qui est l'une des plus importantes sur l'activité de trading en actions aux cotés de Morgan Stanley et Credit Suisse, a décidé d'investir pour rester dans la course. Car ses rivales ont toutes investi pour upgrader leur plateforme de transactions (appelée crossing networks).

Il faut dire que Sigma X, la plateforme de Goldman Sachs, avait connu une série de pannes. En mars 2014, la banque avait dû dédommager ses clients après avoir découvert des erreurs de prix sur Sigma X.  Elle avait aussi payé une amende de 800.000 dollars à la Finra car en 2011, Sigma X avait exécuté plus de 395.000 transactions à un prix inférieur au National Best Bid Offer, sans s'en rendre compte.

Tout cela faisait un peu désordre. Goldman Sachs avait même envisagé de fermer Sigma X. Mais il faut croire que la banque tient beaucoup à son crossing network. Depuis longtemps d'ailleurs.

Michael Lewis l'avait expliqué dans un article consacré à Sergei Aleynikov, le programmeur russe arrêté et condamné pour avoir volé les codes de Goldman Sachs. La banque a établi le squelette de sa plateforme de transactions sur celle de Hull Trading, une firme de trading à haute fréquence qu'elle avait achetée en 2004. Ce squelette a été renforcé au fil des années, mais touche à ses limites.

Comme l'indique un trader, Sigma X a toujours été "lent et mauvais". La plateforme semble avoir du mal avec le Direct Feed, le système de prix qui affiche les prix sur les valeurs américaines après 190 millisecondes (contre 2000 millisecondes pour le SIP, le système de prix légal, que 99,99% des intervenants de marchés consultent).

Ceci illustre encore une fois combien l'évolution technologique des marchés financiers est intense en capital pour les intervenants de marché, même pour Goldman Sachs.

 

 

 

 

Posté le 10 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La vitesse du HFT, pour quoi faire?

 

Alvin Roth, Prix "hommage" Nobel d'Economie en 2012, a récemment été interrogé sur le rôle des traders à haute fréquence. Et il ne semble pas les porter dans son coeur, à juger par sa réponse:

"Les gens préféreraient que les marchés financiers soient un endroit où les intervenants se battent sur les prix. Mais certaines firmes de trading à haute fréquence se livrent à une compétition sur la vitesse. Un marché qui semble épais (liquide) pris à la minute ou à la seconde peut sembler fin à la milliseconde" indique-t-il.

"Le fonctionnement actuel des marchés repose sur un principe d'enchères où le premier arrivé est le premier servi. Dans le milieu universitaire, certains ont proposé d'instaurer des enchères à la seconde, où la demande rencontre l'offre, et le prix se forme par le règlement de la transaction" ajoute-t-il.

La vitesse des traders à haute fréquence est aussi questionnée dans une étude de trois chercheurs de la Goethe University de Francfort. Ils se sont penchés sur les volumes de transactions sur le DAX entre août et septembre 2009, période où les marchés étaient encore soumis à une importante volatilité.

Ils ont voulu mesurer l'impact du trading à haute fréquence sur la résistance du carnet d'ordres en cas de choc sur les marchés. Diverses études universitaires, et les comptes financiers des firmes de trading à haute fréquence en témoignent: le HFT aime la volatilité des marchés, particulièrement quand elle touche un sommet comme en 2008. Les bénéfices de Getco (KCG) ont touché cette année-là un sommet.

L'étude souligne qu'en cas de choc sur les marchés, les firmes de HFT, qui se caractérisent par une très courte période de détention des titres,  profitent de leur avantage en termes de vitesse pour bénéficier de l'élargissement des spreads (entre cours d'achat et de vente) et diminuer ceux-ci  durant les premières secondes suivant le choc. Ce sont les firmes qui sont cologées  dans les centres de données des Bourses qui agissent comme force de rétablissement des spreads. Mais pour le rétablissement de la liquidité sur le marché, là, le HFT n'intervient plus. L'étude démontre que l'intervention humaine est nécessaire pour restaurer la liquidité sur les marchés . "Ce rétablissement ne peut être effectué que par des traders humains qui contribuent en envoyant des ordres de grande taille et des provisions anormalement importantes de liquidités" note l'étude.

Le graphique ci-dessous l'illustre, sur une période de dix secondes.

Depth

Sans l'action du HFT en cas de choc sur les marchés, est-ce que les traders humains viendraient restaurer la liquidité? Il faut rappeler qu'en cas de choc, les chambres de compensation font des appels de marges aux participants de marché.  Il y a déjà un système mis en place depuis des décennies sur les marchés d'actions pour restaurer la liquidité.

L'autre question que pose aussi cette étude repose sur les spreads. Avec un spreads moins élevé, est-ce que les traders humains bénéficient de meilleures conditions de marché pour intervenir en cas de choc?

 

Posté le 8 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des traders chinois plus forts que le HFT

04633405La Bourse de Hong Kong est aujourd'hui prise d'assaut par les particuliers chinois du continent. Bloomberg rapporte que Brett McGonegal, directeur de Reorient Group (une banque d'investissement basée à Hong Kong) estime que "les investisseurs individuels venant de Chine pourraient remplir le vide laissé par les firmes de trading à haute fréquence" sur la Bourse de Hong Kong.

Car cette Bourse, qui impose une taxe sur les transactions de 0,1%, fait fuir les firmes de trading à haute fréquence qui préfèrent agir sur les ETF, les options et futures à  Hong Kong, échappant à cette taxe. Elles n'offrent donc pas de contrepartie aux ordres passés sur la Bourse de Hong Kong, contrairement aux marchés américains et européens, où elles pèsent plus de 30 % des volumes de transactions.

Alors, la venue de nombreux Chinois du continent sur la Bourse de Hong Kong, grâce à la connection entre celle-ci et la Bourse de Shanghaï depuis novembre, est considérée comme bénéfique car le marché chinois est beaucoup plus étroit (en terme de liquidité) que les marchés occidentaux.

Les particuliers Chinois représentent 80% des volumes de transactions sur la Bourse de Shanghaï. Mais beaucoup se tournent vers celle d'Hong Kong (ouverte aux investisseurs étrangers)  pour pouvoir acheter des actions qu'ils pourraient pourtant acheter à Shanghaï. A Hong Kong, ils bénéficient d'une décote des titres par rapport à leur marché domestique. Mais ils peuvent aussi emprunter davantage pour acheter des titres avec  levier, car les taux d'intérêt sont plus avantageux à Hong Kong.

Les Chinois du continent ont acheté environ 99 milliards de yuans (16 milliards de dollars) de titres cotés à Hong Kong, où plus de 38 milliards de dollars sont échangés actuellement.

Mais il y a une grande différence entre un particulier et une firme de trading à haute fréquence (outre la vitesse): les firmes de trading à haute fréquence ont prouvé leur résistance au krach de Wall Street en 2008. Ces firmes n'utilisent pas de levier. Plus récemment, lors de l'abandon du cours-plancher du franc suisse face à l'euro (le 15 janvier), aucune firme de HFT ne s'est plainte d'avoir subi des pertes, alors que du côté des particuliers, les dégâts sont manifestes.

Les particuliers chinois alimentent une bulle sur leur marché d'actions domestiques, selon plusieurs observateurs. Il faut rappeler que rien que sur le mois de mai, la Bourse de Shanghaï a pris plus de 50% (en euros), et sur un an, elle a grimpé de plus de 140%. Celle de Shenzen connaît la même euphorie, comme le pointe The Economist.

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 Les épisodes d'euphorie chez les particuliers et de krachs qui s'en suivent jalonnent l'histoire, avec des fins toujours dramatiques.

 

 

 

Posté le 19 mai 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Virtu devance les particuliers en Bourse?

Aux Pays-Bas, la polémique ne cesse de gonfler autour de TOM et Binckbank. Pour rappel, à la fin de l'année 2014, le courtier concurrent de Binckbank, DeGiro, a accusé TOM, la plateforme sur laquelle Binckbank envoie par défaut tous les ordres de ses clients particuliers, de laisser un trader à haute fréquence devancer tous ces ordres. DeGiro s'était livré à une expérience, en envoyant sur TOM des ordres (de grandes tailles) sur des titres comme Heineken, Solvay, L'Oréal, Unibail et Randstad.

Le courtier met en cause le smart order router de TOM, un système qui permet la redirection des ordres vers la plateforme de transactions offrant le meilleur prix. Car depuis la directive MiFID datant de 2007, les Bourses comme Euronext ne sont plus les seules à afficher le prix d'un titre. Des concurrents comme BATS Chi-X Europe et Turquoise le font aussi. Ainsi, par exemple, le titre Thrombogenics peut afficher simultanément un prix de 5,241 EUR sur Euronext, 5,24 EUR sur BATS, 5,24 EUR sur Chi-X Europe et 5,248 EUR sur Equiduct.

DeGiro affirme que sur TOM, ses ordres n'ont pas été orientés vers la plateforme présentant le meilleur prix. Et surtout, le courtier souligne que ces ordres ont connu du "flash trading", c'est-à-dire qu'ils ont été devancés par un trader à haute fréquence, les rendant plus chers.

Optiver, la firme de trading à haute fréquence amstellodamoise à l'origine de TOM (avec Binckbank et ABN Amro) nie être ce trader qui devance les ordres des particuliers venant de Binckbank. Le blog Amsterdam Trader a une idée sur l'identité de ce trader. Selon lui, il s'agit de Virtu Financial, la firme qui vient d'entrer en Bourse aux Etats-Unis, et qui n'a connu qu'une seule journée de perte de trading  en 5 ans.

Virtu Financial n'est pas joignable.

Mais comme le pointe le blog Amsterdam Trader, Virtu Financial ne joue pas vraiment ce rôle. Car TOM fonctionnait (elle a cessé de fonctionner pour les actions depuis deux mois) avec des teneurs de liquidité, chargés de délivrer le meilleur prix pour l'ordre encodé par un particulier via Binckbank. La plateforme Equiduct fonctionne sur le même principe.

Le teneur de liquidité procède à un arbitrage de prix sur les différentes plateformes, ce qui est parfaitement légal comme le souligne Amsterdam Trader. Cela signifie qu'il achète un titre sur une plateforme et le revend sur une autre plateforme, à un cours plus avantageux, par exemple. Si le particulier introduit un cours limite, le teneur de liquidité peut en outre empocher le rabais qu'offrent des plateformes comme Chi-X Europe pour les ordres passifs (qui arrivent sur le carnet d'ordres sans rencontrer de contrepartie, et qui sont considérés comme des ordres qui amènent de la liquidité). Il se rémunère sur les écarts de cours (spreads).

Dans le cas d'Equiduct, c'est Equiduct qui calcule le prix (selon le critère de la meilleure exécution) que le teneur de liquidité doit obtenir. Chez TOM, c'est le même principe.

Le problème réside dans ce critère de la meilleure exécution. En Europe, il ne signifie pas que le courtier doit obtenir le meilleur prix. Cette règle européenne stipule que les firmes d’investissement prennent les dispositions nécessaires pour obtenir le meilleur résultat pour leurs clients en tenant compte des prix, des coûts, de la vitesse, de la probabilité d’exécution et du règlement de la transaction. Elle implique que les courtiers se connectent à toutes les plateformes de transactions telles qu’Euronext, BATS Chi-X Europe, Turquoise,... Autrement dit, si le prix sur une plateforme paraît le plus intéressant, mais que la liquidité et les coûts ne sont pas intéressants, il ne sera pas exécuté sur cette plateforme.

DeGiro ne se connecte pas aux autres plateformes. Le courtier envoie ses ordres vers les Bourses historiques comme Euronext, Deutsche Börse et le London Stock Exchange, qui comptent elles aussi entre 30 et 40% de volumes de transactions effectués par du trading à haute fréquence. DeGiro a en outre signé un partenariat avec Euronext depuis 2014.

Et puis, comme le souligne Amsterdam Trader, l'expérience de DeGiro s'est faite avec des ordres de grande taille (ex: 5000 actions Randstad à 39,95 EUR), pas vraiment représentatifs d'un ordre de particulier (à moins que je sous estime le patrimoine des particuliers qui investissent en Bourse). Ce qui montre que TOM a du mal à gérer ces ordres, qui normalement, devraient être découpés pour pouvoir être exécutés plus facilement.

 

 

 

qui stipule que les firmes d’investissement prennent les dispositions nécessaires pour obtenir le meilleur résultat pour leurs clients en tenant compte des prix, des coûts, de la vitesse, de la probabilité d’exécution et du règlement de la transaction. Elle implique que les courtiers se connectent à toutes les plateformes de transactions telles qu’Euronext, BATS Chi-X Europe, Turquoise,…
qui stipule que les firmes d’investissement prennent les dispositions nécessaires pour obtenir le meilleur résultat pour leurs clients en tenant compte des prix, des coûts, de la vitesse, de la probabilité d’exécution et du règlement de la transaction. Elle implique que les courtiers se connectent à toutes les plateformes de transactions telles qu’Euronext, BATS Chi-X Europe, Turquoise,…
qui stipule que les firmes d’investissement prennent les dispositions nécessaires pour obtenir le meilleur résultat pour leurs clients en tenant compte des prix, des coûts, de la vitesse, de la probabilité d’exécution et du règlement de la transaction. Elle implique que les courtiers se connectent à toutes les plateformes de transactions telles qu’Euronext, BATS Chi-X Europe, Turquoise,…

Posté le 15 mai 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La structure des marchés américains en voie de changer?

Le 12 mai 2015, la Security and Exchange Commision a rassemblé pour la première fois son comité d'experts sur la structure des marchés. Pour rappel, au début de l'année, l'éviction de Joseph Stiglitz, prix "hommage" Nobel d'Economie, de ce comité avait fait couler beaucoup d'encre. 

Ce comité comprend 17 experts des marchés américains, dont Brad Katsuyama, le fondateur de la plateforme de transactions IEX (star du livre "Flash Boys" de Michael Lewis, Joe Ratterman, le PDG de la plateforme de transactions BATS Direct Edge et le sénateur démocrate Ted Kaufman.

La réunion a duré 7 heures (avec pause). Le sujet du jour portait sur la règle 611, qui en principe empêche l'exécution d'un ordre sous le Best Bid & offer price (prix de référence), mais qui présente toute un série d'exceptions aujourd'hui remises en cause. Car cette règle a permis à certains acteurs de remonter la file des ordres  (et de passer avant tout le monde). Certaines Bourses américaines ont développé des types d'ordres pour contourner cette règle. De plus, cette règle a favorisé l'exécution des transactions en dehors des Bourses, sur des dark pools, qui ont été frappées de nombreuses amendes pour avoir privilégié certains acteurs au détriment des autres participants de marché.

Haim Bodek, le fondateur de Decimus Capital, et Peter Kovac, l'auteur du livre "Flash Boys, not so fast", ont appelé à trouver un compromis sur cette règle, car selon eux, elle empêche les courtiers d'obtenir la meilleur exécution des ordres de leurs clients. Ils demandent que la responsabilité qui incombe aux Bourses  selon cette disposition de loi soit transférée aux courtiers. C'est aussi la position de la FIA Principal Traders, qui défend les intérêts des firmes de trading à haute fréquence aux Etats-Unis. Et aussi, selon un participant au débat, beaucoup de monde, y compris les acteurs qui ne défendent pas la position des HFT, est d'accord avec cette proposition.

Les représentants des Bourses, des courtiers et des firmes d'investissement du comité ont aussi plaidé pour une révision de la règle. Mais les firmes d'investissement craignent les effets secondaires d'une modification de la règle, qui forcerait leurs transactions à prendre le chemin des Bourses, où les attendent les firmes de trading à haute fréquence. 

Mary Jo White, la présidente de la SEC, a bien insisté sur la nécessité de changer la structure des marchés américains. Dans son discours d'introduction, elle a soulevé plusieurs questions telles que:

  • la concentration des Bourses (trois contrôlent les 11 Bourses américaines en actions)
  • Le taux élevé (94%) d'annulation d'ordres
  • Le faible pourcentage (1%) d'exécution sur les dark pools où sont envoyés en moyenne 2,9 milliards d'ordres par semaine
  • L'emploi important d'ordres passifs (49%) par les firmes de trading à haute fréquence
  • L'envoi des ordres des particuliers aux Bourses qui offrent les plus gros rabais aux courtiers.

Rappelons que la SEC ambitionne de réformer les marchés d'actions américains, selon ce plan d'actions

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La tâche risque d'être ardue.

Posté le 11 mai 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Vol de codes: Aleynikov condamné

AleynikovSergey Aleynikov, l'ancien programmeur informatique de Goldman Sachs, a été jugé coupable de vol de codes informatiques. Les faits remontent à 2009, où après avoir travaillé pour la banque, Aleynikov, recruté par Teza Technologies, avait téléchargé les codes de trading de Goldman Sachs pour son usage personnel. Il plaidera dans sa défense son intention de mettre ces codes disponibles en open source. Mais la justice américaine, très sévère avec le vol de codes, ne l'a pas entendu de cette oreille.

Aleynikov sera condamné une première fois en décembre 2010 à huit ans de prison et à une amende de 12.500 dollars. Il fait appel de sa condamnation en mars  2011, et en février 2012, il sera relâché  après un jugement favorable en appel.

Six mois plus tard, le procureur du district de Manhattan, Cyrus Vance, fait arrêter le programmeur. Celui-ci repasse au tribunal sous un nouveau chef d'accusation, mais il lui est toujours reproché le vol de codes.

Au terme d'un procès rocambolesque, au cours duquel deux  membres du jury sont écartés après des accusations d'empoisonnement (!), Aleynikov se voit de nouveau rendu coupable de vol de codes.

Michael Lewis, dans son livre "Flash Boys", consacre un long chapitre à cette affaire. L'auteur ne croit pas à la culpabilité d'Aleynikov, dépeint comme un autiste.

Mais Aleynikov est le premier d'une liste de programmeurs arrêtés par Cyrus Vance pour vol de codes. Jason Vuu  a été accusé par Flow Traders, une firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam (et qui fera bientôt son entrée en Bourse à Amsterdam) d'avoir volé les codes et les stratégies de la société. Il a reçu une peine de prison de 5 ans. Kang Gao, un  ancien quant de Two  Sigma Investments, un hedge funds, a plaidé coupable en février pour avoir volé ses données. En échange, il écoppe de dix mois de prison.

Toutefois, les fondateurs de SXP Analytics ont réussi à éviter le tribunal. Ils ont  aussi été accusés de vol de code par Quantlab, une firme de trading à haute fréquence basée  au Texas. Le juge a constaté que les preuves étaient insuffisantes pour accuser SXP Analytics.  Le FBI, après trois ans et demi  d'enquête, a été incapable de rassembler des preuves, alors que les fondateurs de SXP (dont un qui aspirait à être moine) ont toujours clamé qu'ils avaient démarré leur société de trading  avec leurs propres codes, et non pas ceux volés à Quantlab, leur précédent employeur.  Ils ont quand même accepté de payer 28,5 millions de dollars pour régler cette affaire.

 

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