Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 23 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Flash Crash 2010: rappel des faits

130423183605-dow-flash-crash-620xaLe trader isolé Ravinder Sarao a été accusé aux Etats-Unis d'avoir provoqué le flash crash du Dow Jones Industrial Average le 6 mai 2010. Dans un curieux élan de solidarité (?), le Chicago Mercantile Exchange a tenu à préciser, par voie de communiqué, que le marché des futures n'a pas causé le flash crash ce jour-là.

C'est pourtant de là que tout est parti.

Le 6 mai 2010, à 14h45 heure de New York, le Dow Jones Industrial Average a connu un brusque retournement de tendance. Ce jour-là, les marchés européens étaient déjà fermés, tandis que les Bourses asiatiques n'étaient pas encore ouvertes quand cet événement s'est produit. La crise grecque venait de commencer, alors que se déroulaient les élections britanniques. Il faut noter que cette année, les mêmes échéances tombent dans le calendrier...

L'enquête de la Securities and Exchange Commission et de la Commodity Future Trading Commission déterminera cinq mois plus tard que l'origine de ce krach vient d'un mutual funds, Waddell & Reed, basé au Kansas. A 14h32, alors que "la volatilité était inhabituelle et que la liquidité était faible", un grand ordre de vente de 75.000 e-mini futures sur le S&P500 (d'une valeur de 4,1 milliards de dollars) a été déclenché. Cet ordre provenait de Waddell & Reed. Les autres intervenants des marchés, surtout les firmes de trading à haute fréquence, se sont mis à vendre et acheter frénétiquement ces mêmes contrats, générant une chute du prix du future.

Entre 14:41 et 14:44, les firmes de trading à haute fréquence se sont mises à arbitrer entre le e-mini future sur le S&P500 et la quantité équivalente en actions (dont des titres comme Apple, Procter & Gamble, ...) du S&P500, provoquant une frénétique variation de ces titres.

Le Chicago Mercantile Exchange a dû activer un coupe-circuit à 14:45:28, pour permettre au marché de se reprendre, avant de relancer la machine à 14:45:33.

Mais sur le New York Stock Exchange, alors que toutes les autres Bourses d'actions procédaient à des annulations d'ordres, un flux d'ordres de ventes est arrivé brutalement, envoyant au tapis le Dow Jones.

Dans ce documentaire, datant de 2012, les différents intervenants (dont Eric Hunsader) ont rappelé les faits.

 

Eric Hunsader, le fondateur de Nanex, a voulu comprendre l'action de Sarao, le trader incriminé pour le flash crash. Il a découvert que ce jour-là, l'algorithme mis au point par Sarao a cessé de fonctionner à 14h42.

 

 

 

Visiblement, le trader a aussi coupé son programme, comme tant d'autres firmes de HFT et de hedge funds, devant l'emballement du marché ce jour-là.

Et il faut noter que Gregg Berman, l'expert en structure de marché de la SEC (et directeur du rapport de la SEC/CFTC sur le flash crash) a démissionné de ses fonctions le 8 avril dernier.

Par ailleurs, l'analyste Michael Gayed a découvert une corrélation assez troublante avec les prix des obligations à haut rendement aux Etats-Unis.

 

Mais quand on voit le détail des transactions par Nanex, on se demande si d'autres firmes/ traders ne se sont pas livrés à du spoofing également.

 

Hunsader soutient que le trading à haute fréquence est responsable du flash crash de 2010. L'arrestation de Sarao est venue donner de l'eau à son moulin.

Alors, est-ce que Sarao est l'Edouard Snowden, malgré lui, des marchés financiers américains?

Posté le 22 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les nombreuses questions derrière l'arrestation de Sarao

 

Navinder Sarao, le trader isolé de Londres qui vient d'être arrêté et risque l'extradition vers les Etats-Unis, laisse beaucoup de questions derrière lui.

Il est accusé de spoofing, fraude informatique et manipulations de matières premières par la Justice américaine. Il risque 380 ans de prison.

Le spoofing est une manipulation de marché, interdite aux Etats-Unis par la loi Dodd-Frank, qui consiste à envoyer une grande quantité d'ordres sur le marché, pour créer un faux mouvement de cours, et ensuite annuler ces transactions, tout en passant un ordre contraire au premier, pour tirer profit de cette tendance artificielle. Pour ce faire, il est nécessaire d'avoir la technologie suffisante, car les marchés sont dominés par le trading à haute fréquence, des robots qui exécutent les ordres de Bourse en quelques millisecondes. 

Sarao, via sa société dont il était le seul employé, disposait-il de cette technologie? Selon l'accusation, il s'est tourné vers son courtier pour automatiser sa stratégie. Est-ce que son courtier lui a fourni la DMA (accès direct au marché)? Si oui, il aura pu bénéficier de la technologie similaire à celle que les firmes de trading à haute fréquence utilisent (colocation dans les centres de données des Bourses, faisceaux hertziens,...). Si non, comment a-t-il fait?

Le trader a généré 40 millions de dollars en cinq ans de bénéfices illicites. Mais selon la Justice britannique, qui lui a accordé une liberté sous caution de 5,5 millions de dollars, Navao disposait d'un compte de pari de 100.000 GBP, et d'un compte de trading de 5 millions de GBP. Où est passé le reste? Surtout que d'après le voisinage de Sarao, sa famille et lui-même ne vivent pas dans le grand luxe, ni dans une maison très cossue.

Sarao-1

En outre, la manipulation de Sarao sur les e-mini futures sur le S&P 500 laissait des traces très visibles, comme l'a relevé Eric Hunsader, qui a pu retracer tout l'historique des transactions du trader le 6 mai 2010, jour du flash crash du Dow Jones.

 

Bien sûr, le trader a été repéré par le Chicago Mercantile Exchange, qui lui a demandé à plusieurs reprises de cesser ses manipulations. En mars 2010, juste avant le flash crash du Dow Jones, Sarao aurait répondu au CME d'aller se faire voir ailleurs, selon l'accusation.  Mais il a pu continuer pendant cinq ans. Pourquoi est-ce que le CME n'a pas pu l'arrêter?  Pourquoi est-ce que la Commodity Future Trading Commission n'a réagi que cinq ans plus tard? Et surtout, pourquoi est-ce que la tâche d'arrêter ce trader revient à la justice américaine, et au FBI? Est-ce que la Bourse de Chicago a perdu tout contrôle?

Et puis aussi, si Sarao est à l'origine du flash crash de 2010, pourquoi n'y a-t-il pas eu d'autres flash crash du Dow Jones depuis 2010, alors que le trader a continué à manipuler le marché?

Par ailleurs, je tient à rappeler que le 6 mai 2010, les firmes de trading et les hedge funds quantitatifs ont dû couper leurs programmes de trading devant l'affolement du marché!!! Car comme le souligne Haim Bodek, fondateur de Decimus Capital sur la BBC, les algorithmes de trading ne sont pas programmés pour des conditions extrêmes de marché. Le marché a eu la chance, ce jour-là, qu'une firme n'ait pas connu de boucle (où ses algorithmes entrent en interaction) comme lors du Knightmare?

Et puis, que serait-il arrivé, si une vraie firme de trading avait manipulé le marché ce jour-là, et pas un trader isolé?

 

Posté le 22 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Sarao, le trader derrière le flash crash de 2010?

Le 21 avril, Navinder Singh Sarao a été arrêté par Scotland Yard. Il attend son extradition, qu'il conteste, pour les Etats-Unis, où il est attendu pour être jugé. Une plainte a été déposée contre lui par la Commodity Futures Trading Commission, qui supervise les marchés de dérivés américains. Il est accusé de spoofing, une manipulation de marché qui consiste à créer un faux mouvement en envoyant une grande quantité d'ordres sur le marché, pour les annuler ensuite, et prendre une position contraire dans la foulée pour profiter du changement de tendance. Aux Etats-Unis, cette pratique est interdite, selon la loi Dodd-Frank. Elle peut être assortie d'une peine de prison.

Navinder Singh Sarao, un trader isolé, est accusé d'avoir manipulé pendant cinq ans le e-mini future sur le S&P500, un contrat à terme coté sur le Chicago Mercantile Exchange, qui réplique la performance du S&P500. Les faits remontent à avril 2010, un mois avant le flash crash du Dow Jones Industrial Average. Le 6 mai 2010, le Dow Jones avait connu un krach spectaculaire, perdant subitement 10% pour remonter quinze minutes plus tard de 6%.

Flashcrash

Cet épisode ne s'est plus reproduit depuis. Les superviseurs des marchés américains avaient découvert qu'un grand ordre sur les e-mini futures, émanant d'un mutual funds basé au Kansas, Waddell & Reed, avait provoqué ce krach spectaculaire. Car comme en 1987, date du plus grand krach en séance du Dow Jones, les problèmes ont commencé sur le Chicago Mercantile Exchange, où des ventes paniques ont fini par se répercuter sur le New York Stock Exchange.

Cette version des régulateurs a été remise en cause par des personnes comme Eric Hunsader, le fondateur de Nanex. Selon lui, la cause du flash crash se trouve du côté du trading à haute fréquence, dont les manipulations de cours ont faussé le marché.

L'arrestation de Sarao arrive comme un cheveu dans la soupe au milieu de cette version. Eric Hunsader  juge peu plausible qu'un seul trader ait pu causer le flash crash.  Le trader avait été sommé par le Chicago Mercantile Exchange d'arrêter ses manipulations de cours dès 2009. Il avait répondu à la Bourse de se mêler de ses affaires.

Comme le pointe Dave Lauer, de Better Markets, Sarao pesait lourd sur le CME en 2010, juste avant le flash crash.

 

Et du côté d'Eric Hunsader, c'est un peu la consternation, car il pointe que le CME aurait pu alerter les autorités de contrôle depuis cinq ans.

 

 

Il a pu retracer les transactions de Sarao le 6 mai 2010.

La CFTC reproche à Sarao d'avoir créé des déséquilibres sur le marché en mai 2010 qui se sont répercutés sur le marché d'actions américains.

A l'aide d'un programme informatique, il a placé pour 200 millions de dollars d'ordres à la baisse sur les e-mini futures sur le S&P500, une transaction qui représentait entre 20 et 29% des ordres sur le marché le 6 mai 2010. Ces ordres ont été modifiés et replacés 19.000 fois avant d'être annulés dans l'après-midi. 

Selon la CTFC, cette manipulation a causé un plongeon des cours du e-mini future sur le S&P500.

Mais le plus incroyable dans cette histoire, c'est que Sarao ait pu continuer à manipuler les marchés pendant encore quatre ans après, et ait retiré 40 millions de dollars de bénéfices illicites. Selon le FBI, le trader aurait manipulé aussi bien les marchés européens qu'américains un an avant le flash crash. Contacté par le CME en mars 2010 pour justifier ses actes, Sarao aurait demandé si "la vaste manipulation par les nerds du trading à haute fréquence allait se terminer"...

Le trader risque 25 ans de prison, et une amende d'un million de dollars.

Est-il responsable du flash crash de 2010? Je dirai qu'il n'est qu'un des éléments du puzzle.

Posté le 22 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Perseus, le rachat clé de Goldman Sachs

123203746Goldman Sachs a pris une participation minoritaire dans Perseus Telecom, pour un montant de 20,5 millions de dollars.

Perseus Telecom est une fintech, spécialisée dans les faisceaux hertziens. Elle a aussi lancé une plateforme de transactions sur le bitcoin en 2014.

Outre Perseus Telecom, d'autres firmes, comme Colt, Custom Connect, et même des firmes de trading à haute fréquence (comme Jump Trading et le tandem Optiver/ Flow Traders) se disputent la route entre le centre de données FR2 d'Equinix situé à Francfort et  le LD4/Basildon à Londres pour la transmission des données entre Eurex et le Liffe. Mais tandis que les autres se limitent à l'Europe, Perseus Telecom prétend lui connecter par faisceaux hertziens les marchés américains et européens depuis 2014.

Mais le PDG du groupe, Jock Percy, admet que la transmission de données de marché reste largement dépendante de la fibre optique, plus lente que les faisceaux hertziens.

Car Londres et New York restent connectés par fibre optique. En mars 2014, lorsque Perseus Telecom a annoncé avoir connecté ces deux distances par faisceaux hertziens, il s'appuyait sur un câble transatlantique. Le LD4 d'Equinix à Slough est connecté par câble à Long Island. Le message est repris à partir de là par faisceaux hertziens au bout des 117 miles qui le sépare New York. Ceci permet de diminuer de 5 millisecondes la transmission de données entre le NY4 d'Equinix à New York et le LD4 à Londres (soit 67,68 millisecondes) contre 73,5 millisecondes par fibre optique.

Chez Custom Connect, Anthony Kingsworth, chief operating officer, a expliqué durant le salon Trade Tech Europe 2015 qu'il reste impossible de transmettre les données de marché par faisceaux hertziens à travers l'Atlantique. Car le signal doit être relayé par antennes distantes au maximum de 120 kilomètres. Et ces antennes sont sensibles à la chaleur (orages, montées brusques de températures) selon lui.

Avec Perseus, on dirait que Goldman Sachs se lance aussi dans la course aux données de marché.

 

 

Posté le 19 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Flash Boys, not so fast

Cpt15041535Lors du salon Trade Tech Europe 2015, qui se tenait du 14 au 15 avril 2015 au Centre des Nouvelles Industrielles et Technologies à Paris, Peter Novac (photo), l'auteur du livre "Flash Boys, not so fast" est venu en personne défendre son livre.

Le jeune auteur, qui ressemble à Barney Stinson en brun (de la série "How I met your mother"), a écrit ce livre en réaction au pamphlet de Michael Lewis contre le trading à haute fréquence, "Flash Boys". Mais en Europe, son ouvrage est resté inaperçu dans les médias. Il faut dire que contrairement à Michael Lewis, Peter Novac demeure inconnu au bataillon en dehors des cercles de la finance. Et puis, le livre de Novac a reçu la publicité de lobby comme la Modern Market Initiative, pro trading à haute fréquence.

Novac a travaillé pour Madison Tyler, une filiale de Virtu Financial (qui doit être auditionnée en juin par l'Autorité des Marchés Financiers pour expliquer ses agissements sur le marché français). Il ne travaille actuellement plus dans le secteur des fintechs, comme il l'a expliqué lors de son discours.

Son livre se lit moins facilement que celui de Lewis, formaté pour Hollywood, comme le disent les mauvaises langues. Novac affirme que Michael Lewis a tort, que les marchés américains ne sont pas truqués. Il démonte point par point les arguments avancé par l'ancien trader en obligations dans "Flash Boys".

Pourtant, même à Trade Tech Europe, certains orateurs ont reconnu que Michael Lewis avait raison sur un point: la différence de temps entre le SIP et le Direct Feed (lire l'interview de Ronan Ryan) qui permet à ceux qui utilisent le Direct Feed d'anticiper le reste du marché, soit  99,99 % des investisseurs. Novac prétend dans son livre que les firmes de trading à haute fréquence sont incapables de voir les ordres du marché arriver. Et qu'il n'est pas possible de faire de l'arbitrage de latence en dehors du SIP selon lui. Même Larry Tabb, le fondateur du forum des fintechs Tabb Forum, reconnaît que c'est possible. 

Novac est revenu sur le titre Amgen, que Michael Lewis cite dans son livre. "Michael Lewis prend l'exemple du titre Amgen, négocié selon lui sur le New York Stock Exchange. Or, ce n'est pas le cas. Et après la publication de la première version de son livre, Michael Lewis a revu sa version et cité un autre titre: AMD. Sauf que AMD n'a jamais été négocié à un prix de 40 dollars". 

Novac a essayé de démonter l'argument de Michael Lewis, selon lequel un ordre de 100 titres sur Amgen peut être devancé sur le marché, car l'envoi de cet ordre génère un signal pour les firmes de trading à haute fréquence."Mais si on regarde sur le marché les tailles d'ordres, 30  à 50% du temps, ce sont des ordres de 100 titres" indique-t-il. "Michael Lewis prétend que les courtiers disposent d'ordinateurs super rapides capables de reconnaître ce que vous faites sur les marchés. Mais la vitesse importe peu. Par exemple, si je laisse tomber sur une feuille une tâche d'encre, qui peut me devancer et reproduire exactement cette tâche d'encre? Ici, la vitesse n'a pas d'importance. On peut appliquer ça à la technologie de l'information. C'est pourquoi l'argument de Michael Lewis n'est pas valide" insiste-t-il.

Lors de la publication de son livre, Themis Trading s'est empressé de le lire et d'en tirer ses conclusions. Elles vont dans le sens de Larry Tabb et consorts.

 

Posté le 17 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Comment IEX se protège du HFT prédateur

IMG_0690_DxO[1]Ronan Ryan, le co-fondateur de la plateforme de transactions IEX (mise en avant dans le livre "Flash Boys" de Michael Lewis), est venu en chair et en os cette année au salon Trade Tech Europe, qui se tenait du 14 au 15 avril 2015 à Paris.

Lors de l'édition 2014, Ronan Ryan (à droite sur la photo) avait été interrogé via Skype. Et il avait avoué que Virtu Financial, la firme de trading à haute fréquence qui n'a  connu qu'une seule  journée perte de trading  en cinq ans et qui vient de faire son entrée sur le Nasdaq, s'était connecté dès le lancement d'IEX en octobre 2013.

Cette année, il est revenu sur le Direct Feed, un système de prix qui coexiste avec le Security Information Processor (SIP) sur les marchés américains. Le SIP est le moyen légal pour obtenir le NBBO (la meilleure offre de prix) aux Etats-Unis. Les Bourses doivent envoyer les prix vers ce système. En Europe, en l'absence d'une base de données consolidées qui agrège tous les prix des différentes places d'exécution, ce système n'existe pas.

Ronan Ryan (et il n'est pas le seul ) constate que le Direct Feed donne un avantage de temps à ceux qui l'utilise, c-à-d tous ceux qui sont cologés dans les centres de données des Bourses aux Etats-Unis. Ce n'est qu'une minorité des intervenants du marché. Le prix arrive après 190 millisecondes d'attente avec le Direct Feed, contre 2000 millisecondes (2 secondes) pour le SIP. Avec cette différence de temps, celui qui utilise le Direct Feed a tout le loisir de déployer une stratégie d'arbitrage sur les prix (ce qui était dénoncé dans le livre de Michael Lewis).

 Il a accepté de répondre  à mes questions. Voici son interview:

Aux Etats-Unis, la Securities and Exchange Commission se penche sur le Direct Feed. Est-ce que c'est dû à la publication de "Flash Boys"?

Non, ce sujet était abordé depuis un certain temps au sein de l'industrie. Mais nous n'avons pas vu de changement de réglementation. Le sujet est de plus en plus abordé. Je crois qu'à terme, on va assister à une migration du SIP vers le Direct Feed. Chez IEX, nous n'avons pas attendu ce changement. Nous avons voulu présenter notre solution, car nous ne trouvions pas correct de gagner de l'argent sur de l'arbitrage entre le SIP et le Direct Feed.

IEX a débuté en octobre 2013. Comment se passe la croissance de votre marché?

Nous avons débuté comme dark pool (où les ordres restent anonymes). Depuis deux semaines, nous offrons aussi des transactions lit ( visibles) car nous prévoyons de devenir une Bourse à part entière d'ici six mois. Actuellement, 10% de nos transactions se font "lit" et le reste "dark". Nous détenons une part de marché de 1,5% sur les actions, même si parmi les dark pools, nous sommes l'une des plus grosses plateformes de transactions.

Est-ce que vous prévoyez de vous faire coter en Bourse?

Non, ce n’est pas à l’ordre du jour. Il faudra encore attendre quelques années et nous avons encore beaucoup de travail à effectuer avant d’y parvenir. Il nous faudra atteindre 8 à 10% de part de marché sur les transactions en actions américaines.

Est-ce qu'IEX compte se déployer en Europe?

Non. Mais notre prochaine étape serait logiquement l'Europe. Nous avons déjà l'expérience des interactions avec le marché européen. Mais nous n'avons pas de plan pour nous développer. Nous sommes trop petit pour ça pour l'instant.


Comment fonctionne votre frein de 350 microsecondes sur les transactions?
IEX dispose de deux centres de données situés à 41 microsecondes de distance, connectés entre eux par un câble de  fibre optique qui transfère les données d’un centre où se trouve les transactions à l’autre où se trouve le moteur d’appareillement des transactions en 309 microsecondes. Nous avons volontairement imposé ce frein pour pouvoir savoir quand les prix changent avant les participants de marché. Nous ne voulons pas que les participants voient les changements de marché avant nous. Ceci nous protège des stratégies prédatrices de trading à haute fréquence.


Que pèse le trading à haute fréquence sur IEX?
22% des volumes. Certaines firmes nous ont rejoint. Mais la plupart ne le fera pas à cause de notre technologie. Depuis notre premier jour d'existence, nous avons indiqué que le trading à haute fréquence était le bienvenu.  A cause du délai volontaire que nous imposons, certaines stratégies de trading à haute fréquence ne fonctionnent pas. Elles resteront sur d'autres plateformes de transactions, qui fonctionnent différemment de nous.

Aux Etats-Unis, la SEC distribue les amendes aux dark pools et plateformes de transactions. Est-ce que vous croyez que les pratiques de favoritisme envers certains acteurs de marché vont disparaître?

J'ai entendu que d'autres amendes doivent encore tomber. Le marché se corrige de lui-même. Avec toute cette suspicion autour des dark pools, les discussions vont bon train sur les fermetures de ces plateformes. Comme le marché américain est trop fragmenté, ces fermetures sont bienvenues.

 Crédit photo: WBR

Posté le 16 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une base de données consolidées européennes, un rêve?

Lors du salon Trade Tech Europe 2015, la question de la base de données consolidées, où sont répertoriés tous les prix des transactions en actions sur les différentes plateformes de transactions, a été abordée. Il faut rappeler qu'en 2012, l'ESMA, l'autorité européenne des marchés financiers, avait laissé le soin au secteur financier de venir avec une solution pour mettre sur pied cette base de données, qui existe aux Etats-Unis et qui permettrait de faire toute la transparence sur les prix des transactions. Le particulier pourrait ainsi savoir si son ordre de Bourse a été envoyé vers la plateforme qui lui offre le meilleur prix, en regardant le bordereau de sa transaction. Ce n'est pas le cas actuellement. En Belgique, les courtiers indiquent seulement le prix de la transaction, le lieu d'exécution et les frais (TOB et frais de courtage). Pour les professionnels, cette absence de détails pose aussi problème.

Deux initiatives ont depuis été lancées, mais elles ont échoué. L'une d'entre elles, COBA a débuté en novembre 2012 et a été abandonnée trois mois plus tard. Le noeud du problème repose sur les Bourses traditionnelles, qui ne veulent pas de la création d'une telle base de données. Car aux Etats-Unis, cette base de données rétribue toutes les plateformes qui lui envoient leurs prix, un vrai coup de pouce à la concurrence des Bourses.

BATS Chi-X Europe, las de voir arriver cette base de données européennes, a commencé à demander des frais pour ses données de marché depuis mai 2012. Avant, la plateforme de transactions les donnait gratuitement. Elle a voulu s'aligner sur la politique de prix des Bourses comme Euronext et le London Stock Exchange.

Mais durant un des débats à Trade Tech, Larry Tabb, le fondateur de TABB Forum, une plateforme de discussion pour tout le secteur des Fintech, a constaté que depuis 2010, les Bourses et plateformes de transactions ont toutes revues leur politique de tarifs pour les données de marché. "Aux Etats-Unis, en 2010, il se traitait pour 30 milliards de dollars d'actions. Aujourd'hui, ce chiffre a diminue de moitié. Alors, les Bourses se sont mises à se concentrer sur une autre source de revenus: les données de marché. On a vu les Bourses se transformées en sociétés de données" souligne-t-il. "Aux Etats-Unis, les Bourses et ATS ont commencé à augmenter ici et là les frais de colocation, de bandes passantes, ... Et tout ça en catimini. Les courtiers et les fonds sont très fâchés de cette nouvelle politique de prix" a-t-il ajouté.

Larry Tabb a aussi relevé que la base de données consolidées n'est pas la panacée pour tout le monde.  "Cette base de données consolidées aux Etats-Unis rassemble les prix des onze Bourses et donne la valeur juste des titres aux investisseurs. Mais si vous êtes dans le business du trading,  cette base de données vous offre des opportunités d'arbitrage car elle crée un faux sentiment sur la direction du marché" constate-t-il. "Pour 99,99%  des personnes qui n'utilisent pas les données quantitatives de trading, la base de données consolidées est un bon produit.  Mais si vous êtes un quant, vous ne voulez pas utiliser ces données" explique-t-il.

Giovanni Beliossi, directeur d'Auriel Capital, un fonds quantitatif, a reconnu utiliser le Direct Feed (j'y reviendrai dans un autre post) au lieu de la base de données consolidées. L'avantage de ce système? Des données de marchés obtenues plus rapidement, mais plus chères aussi.

Il faut préciser qu'aux Etats-Unis, cette base de données consolidées  se situe sur les prix pre-trade (avant la transaction). En Europe, la volonté du secteur est de créer une base de données consolidées post-trade (après la transaction).

Faute de solution du secteur, l'ESMA devra reprendre la main sur la création de ce système. "On pourrait attendre jusqu'en 2020 à ce rythme" a soupiré Julia Streets, PDG de Streets Consulting, qui modérait le débat.

Posté le 14 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

L'Allemagne plus sévère avec le HFT

Durant un débat organisé pendant le salon Trade Tech Europe le 14 avril 2015, le sujet de la loi allemande sur le trading à haute fréquence a été amené  sur la table. Sandra Bramhoff, vice-présidente en charge des développements de marché chez Deutsche Börse (l'opérateur de la Bourse de Francfort), l'a expliquée alors qu'elle devait apporter son argument sur le sujet "Comment le comportement des traders à haute fréquence et leur possible front running nuisent aux marchés". 

Le modérateur des débats a commencé par demander à toutes les personnes présentes dans la salle si elles pensent  que le trading à haute fréquence est néfaste. Personne n'a levé le bras. 

Sandra Bramhoff a même appelé à ce que l'on accepte le trading à haute fréquence comme "une part intégrante de l'écosystème des marchés".

Les deux autres intervenants, Josh Levy, trader pour compte propre chez Tactical Asset Management, et Huw Gronow, directeur du trading en actions chez Principal Global Investors, n'ont pas non plus tapé sur le trading à haute fréquence, ni bon, ni mauvais selon eux. 

Sandra Bramhoff a avoué être surtout gênée par la régulation sur le trading à haute fréquence, car en Allemagne, depuis 2014, les firmes de trading à haute fréquence sont priées d'enregistrer une filiale auprès de la BaFin, l'autorité des marchés  financiers allemands. Cette nouvelle réglementation a fait grincer des dents la communauté, et provoqué le départ de Chopper Trading et RGM Advisors du continent européen, d'autant plus que la France a aussi serré la vis.

Une loi sur le trading à haute fréquence a été adoptée pour établir le cadre réglementaire autour de la profession en Allemagne. Sandra Bramhoff a rappelé que cette loi établissait une définition du trading à haute fréquence selon quatre critères. Il faut que la firme traite pour son propre compte, qu'elle possède une infrastructure pour abaisser son temps de latence pour l'exécution des ordres  (par l'usage de la colocation), qu'elle utilise des algorithmes et non une interaction humaine pour exécuter les ordres de Bourse, et  qu'elle procède à une fréquence élevée d'annulations d'ordres.

Bramhoff précise que la définition de l'ESMA (autorité européenne des marchés financiers) va encore plus loin dans cette définition. Car elle inclut l'accès aux données de marché, à haute vitesse.

Josh Levy a plaisanté sur la classification allemande. "Mais c'est effrayant, cette propension allemande à classer tout le monde" a-t-il sifflé. Dans la salle, certains ont ri. Sandra Bramhoff pas vraiment.

Elle a ajouté que la France a adopté le même genre de règle. Et l'AMF l'a joué assez cavalier seul pour le coup, car cela a donné quelques sueurs froides à la communauté des traders à haute fréquence.

Posté le 14 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La FCA sur la lancée de la SEC face aux HFT

Le salon du trading électronique Trade Tech, qui se tient ce 14 et 15 avril à Paris, a centré ses débats cette année sur la qualité des exécutions d'ordres de Bourse. L'année passée, une attention toute particulière a été portée sur la régulation, alors que la directive européenne MiFID 2 venait d'être votée par la Commission européenne, le Parlement européen et le  conseil des ministres.

Mais dans les allées, et dans les conférences, certaines personnes ont remarqué que les régulateurs nationaux n'ont pas attendu les textes européens, qui doivent entrer en vigueur en 2017. L'exemple de l'Allemagne, qui depuis 2014 dispose d'une loi sur le trading à haute fréquence, a été cité, et a donné lieu à de nombreux commentaires. J'y reviendrai dans un autre post

Par contre, pas de commentaires sur ce qui se passe en Grande-Bretagne, où la Financial Conduct Authority  mène depuis juillet 2014 une enquête sur les pratiques de trading, comme l'ai fait la Securities and Exchange Commission trois mois auparavant, avec les résultats que l'on connaît (amendes en cascade pour les dark pools, et pour BATS Direct Edge).

Pourtant, chez Liquidnet, un dark pool, Per Loven, responsable de la stratégie européenne, estime que la FCA pourrait arriver aux mêmes résultats que la SEC. "Il y a des chances raisonnables pour que l'on observe cela à partir de l'année prochaine"indique-t-il, car la FCA ne rendra ses conclusions que l'année prochaine.

Pour rappel, aux Etats-Unis, la SEC a découvert que des dark pools comme celui de Barclays ou d'UBS ont favorisé des firmes de trading à haute fréquence pour leur permettre d'exécuter leurs ordres avant ceux du reste de leur clientèle, sans bien sûr mentionner ce détail à tout le monde. Dans le cas de BATS Direct Edge, c'était aussi une question d'ordres litigieux, favorisant certaines firmes de trading par rapport au reste du marché.

Le travail de la SEC avait été notamment facilité par Haim Bodek, le fondateur de la firme Decimus Capital, trader à haute fréquence lui-même. Il avait découvert comment Direct Edge avait favorisé certains participants de marché. Il faut lire son aventure dans "Dark Pools", du journaliste Scott Patterson, publié en 2012. Le livre n'avait pas attiré autant l'attention que Flash Boys, le pamphlet contre le trading à haute fréquence de Michael Lewis.

On verra ce que va trouver la FCA. 

Posté le 8 avril 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Virtu se lance en Bourse, Flow se tâte

 

A la mi-avril, Virtu Financial, une firme de trading électronique basée à New York, fera son entrée sur le Nasdaq. Elle proposera 16,5 millions de dollars de titres, valorisés entre 17 et 19 dollars l'action. Au total, cette opération portera la valeur de Virtu à 2,6 milliards de dollars. Mais son ratio cours/bénéfice s'établira autour de 14 (si l'on prend en compte ses bénéfices en 2014). Ce n'est pas beaucoup, en sachant, comme le souligne le blog Amsterdam Trader, que la firme doit constamment investir pour garder le rythme sur les marchés. Et rien que le remplacement de ses algorithmes de trading, qui ont une durée de vie de moins de cinq ans, représente un gros poste de dépenses. 

Virtu Financial avait déjà tenté en 2014 de faire son entrée en Bourse. Mais la firme a été gênée par la publicité négative sur le trading à haute fréquence suite à la publication de "Flash Boys", le livre de Michael Lewis, très critique envers ce trading. Elle a aussi provoqué la stupéfaction générale lors de la publication de ses comptes financiers, où elle a révélé n'avoir connu qu'une seule journée de pertes en cinq ans.

Mais depuis, les critiques se sont un peu calmées. Et surtout, la firme de Vincent Viola, ancien président du New York Mercantile Exchange, a reçu le soutien de Brad Katsuyama, le PDG de la plateforme IEX, héros du livre de Michael Lewis. Katsuyama a désigné Virtu comme l'une des bonnes firmes de trading à haute fréquence. Il faut dire que Virtu s'est connecté à IEX dès son lancement en octobre 2013. Cela sent à peine l'échange de bons procédés...

Comme le souligne les Echos, Virtu traîne quelques casseroles. Le superviseur des marchés australiens a lancé une enquête le 7 avril 2015 pour déterminer si des firmes de trading ont pu obtenir le communiqué de la Banque centrale australienne qui a annoncé un statu quo surprise de ses taux d'intérêt avant la publication officielle.  Car le dollar australien a connu des brusques variations avant la publication de ce communiqué. En France, l'Autorité des Marchés Financiers va auditionner en juin Virtu pour que la firme explique les agissements de Madison Tyler, une de ses filiales, en 2009, sur le marché français.

Avec cette entrée en Bourse, Virtu ira rejoindre KCG, la seule autre firme de trading à haute fréquence cotée. Mais les rangs pourraient grossir, car Flow Traders, une firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam, envisage aussi de se faire coter. Cette firme est spécialisée dans le market making des ETF (fonds indiciels). Mais le blog Amsterdam Trader souligne que derrière l'opération de Flow Traders, il y a surtout une volonté des fondateurs de vendre leurs participations. Toutefois, il faut aussi souligner que Flow Traders fait partie de ces firmes de trading en Europe qui ont développé leur propre réseau d'antennes hertziennes, afin d'obtenir plus rapidement les données de marché entre Eurex (situé à Francfort) et le Liffe (à Londres). 

Dernières réactions sur nos blogs