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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 28 juillet 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Ces titres qui devraient être traités en bourse

BATS Chi-X Europe, une plateforme de transactions concurrente aux Bourses traditionnelles comme Euronext, a calculé que la majorité des actions européennes sont traitées sur les dark pools. Un dark pool est un marché pas forcément réglementé (Liquidnet et Posit sont réglementés) où les ordres restent anonymes. Y sont négociés les ordres de grande taille, par des investisseurs institutionnels soucieux de limiter leur impact sur le marché.

 

Le Bel20 n'échappe pas à cette règle, puisque selon les calculs de BATS, 16 des 20 valeurs de l'indice sont traitées sur les dark pools.

Or, en vertu de MiFID2 (qui doit entrer en vigueur en janvier 2017), le montant maximum que peuvent négocier les dark pools ne devra plus excéder 8% de la capitalisation boursière du titre.

BATS Chi-X Europe a calculé que sur les six derniers mois, 13 valeurs du Bel20 ont dépassé cette limite. KBC a systématiquement franchi le seuil sur la période.

BATS

Concrètement, cela signifie que ces volumes de transactions devraient retourner sur les marchés "lit", où  ces transactions restent visibles.

Actuellement, la grande partie des transactions sur le Bel20 se fait hors bourse, comme on peut le voir sur le graphique de Fidessa.

Fidessa

La réglementation européenne vise à minimiser ce qui transite par les dark pools. Mais du côté de Liquidnet, on ne s'inquiète pas, car on estime que les ordres Large-In-Scale (de grande taille) vont passer à travers les mailles du filet.

D'ailleurs, le London Stock Exchange s'apprête à ouvrir une fenêtre de trading pour ces ordres en pleine séance. Mais le service n'est pas encore opérationnel.

De plus, Turquoise, une plateforme de transactions que le LSE a racheté, a été choisi pour fournir la technologie à Plato, une plateforme de transactions de bloc lancée par des banques et des fonds d'investissement. L'histoire se répète, puisque Turquoise émane elle-même d'un consortium de banques désireuses de concurrencer le LSE.

Les transactions ciblées par la régulation sont celles dont la taille ressemble à celle des ordres exécutés sur les marchés lit. Celles-ci résultent souvent d'un découpage d'un ordre de plus grande taille, issu d'un investisseur professionnel, qui souhaite éviter d'être repéré par les autres participants du marché, en particulier les firmes de trading à haute fréquence. Parce que la transaction lui reviendrait plus cher.

Mais on l'a vu aux Etats-Unis, avec le cas du dark pool de Credit Suisse, baptisé Crossfinder, celui-ci laissait une firme de HFT voir le marché arriver à l'insu des autres participants.

 

 

 

Posté le 27 juillet 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Un ton plus sévère à l'égard du HFT?

Les régulateurs allemands et français ont adopté un ton plus sévère envers les firmes de trading à haute fréquence. En Allemagne, la BaFin a beaucoup dérangé celles-ci en exigeant qu'elles enregistrent une filiale auprès du superviseur des marchés financiers. En France, l'AMF a plaidé dans sa cartographie des risques financiers pour un frein sur les marchés, afin de limiter l'action du trading à haute fréquence. Le régulateur a demandé aux firmes de HFT de se déclarer.

La directive MiFID2, qui doit entrer en vigueur en janvier 2017, prévoit aussi des mesures pour encadrer cette activité, dont le contrôle des algorithmes, l'enregistrement,  et l'obligation pour les firmes teneurs de liquidité de respecter une présence dans les marchés. Deux autres directives, celles sur les abus de marché, et CRD4, concernent aussi le HFT. Cette dernière directive inquiète aussi les firmes de HFT, car elles craignent que la limitation des bonus (prévue pour le secteur bancaire) soit appliquée à elles.

Du côté des régulateurs, on ne considère pas le HFT comme une mauvaise chose, même si en lisant le rapport de l'AMF, on ne peut pas dire que le régulateur envoie des fleurs aux firmes de HFT, car il le classe parmi les risques pour les marchés financiers.

Mais parmi les autres superviseurs de marché, on pointe que "les effets du HFT sur les marchés ont fait l'objet de nombreuses études académiques récentes. La plupart des études académiques empiriques concluent à un effet neutre ou positif du HFT sur la qualité des marchés".

Le but des régulateurs est de mieux encadrer le HFT, afin d'éviter qu'un algorithme serve à manipuler le marché, et qu'un algorithme parte en vrille.

Encore faut-il que les superviseurs de marché puissent surveiller correctement l'activité du HFT, car dans le milieu financier, on relève, sous couvert d'anonymat, que "l'AMF n'a jamais puni de firmes de HFT en raison d'une manipulation de marché. Il n'a jamais relevé de comportement répréhensible". Ce n'est pas tout à fait exact, puisque l'AMF a sanctionné en 2011 (!) la firme hollandaise Kraay Trading et que le régulateur mène d'autres enquêtes, dont une contre Madison Tyler (une firme rachetée par Virtu Financial).

On voit que ces enquêtes prennent du temps, à l'heure où les transactions défilent en millisecondes.

En Belgique, la FSMA a aussi sanctionné en mai 2010 une firme basée dans les îles Caïmans pour manipulation de cours sur plusieurs actions belges, à l'aide d'un algorithme.

Posté le 16 juillet 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La part du HFT sur le CAC40 augmente

L'autorité des marchés Financiers en France, qui supervise la Bourse de Paris, indique dans sa cartographie 2015 des risques et tendances sur les marchés financiers et l'épargne, que la part du trading à haute fréquence a augmenté sur le CAC40. On notera au passage que l'AMF appelle un chat un chat et n'utilise par le terme "firme de trading pour compte propre" comme l'ont fait la SEC, la CFTC, le Trésor américain et la Federal Reserve dans leur rapport sur le flash crash du taux US à dix ans survenu le 15 octobre 2014.

Cette part s'élevait, à la fin 2014, à 40 % en termes de volumes contre 37% fin 2013. En termes d'ordres, cette proportion s'élève à 47%. L'AMF a additionné la part réalisée par les traders haute fréquence "purs" (se décrivant comme exclusivement opérant en tant que tels), de 25%, à celle du HFT mixte (desk de HFT logés au sein des banques), de 15%.  Les deux ont augmenté sur un an. On ne peut pas dire que cela ravit l'AMF.

L'AMF classifie le HFT dans ses risques pour les marchés financiers car celui-ci rend difficile voire impossible à analyser le carnet d'ordres, "puisque de nouveaux ordres pourront avoir modifié le carnet entre le moment de l'envoi de l'ordre par un acteur non HFT et le moment de son insertion effective dans le carnet". Le régulateur constate aussi l'impact du HFT sur les autres participants de marché, pouvant "inciter les autres teneurs de marché et les investisseurs finaux à se tourner vers des plateformes non transparentes  réputées moins favorables aux déploiements des stratégies de HFT (...) au détriment du processus de formation des prix".

L'AMF note que "les clients finaux ne bénéficient de cette activité (de HFT) que dans la mesure où les gains à l'échange sont au moins  en partie partagés entre les HFT et leurs contreparties".

Le régulateur émet aussi des doutes sur la qualité de la liquidité fournie par les traders à haute fréquence. "Elle semble peu robuste aux épisodes de volatilité accrue, et donc se raréfie voire disparaît  aux moments où elle serait le plus nécessaire". "Cette liquidité apparaît difficilement prévisible pour les acteurs moins rapides".

L'AMF pointe le risque pour la stabilité financière, dans la mesure où le HFT transmet "le choc sur les prix de manière instantanée  entre plateformes traitant un même actif ou entre marchés d'actifs dont les valeurs fondamentales sont liées. Cela peut contribuer à une plus grande volatilité". "De plus, les comportements des HFT peuvent transmettre des chocs sur les prix entre instruments a priori non corrélés". "La résilience des infrastructures de marché, en particulier des plateformes d'échanges, peut être négativement affectée par la charge opérationnelle générée par le grand nombre de messages envoyés et annulés par le HFT".

L'AMF suggère deux mesures pour encadrer le HFT, comme l'enregistrement obligatoire et le renforcement de la qualité du contrôle des risques (pour éviter du self-trading?). Il propose aussi une évolution de la structure des marchés, soit par enchères périodiques (toutes les secondes ou toutes les 100 millisecondes) soit par retardement des ordres au marché (de manière aléatoire, et en quelques millisecondes).

La directive MiFID2, qui doit entrer en vigueur en janvier 2017, va dans le même sens. Mais la directive se concentre sur un nouveau régime de pas de cotation harmonisé (écart minimal entre deux prix dans le carnet d'ordre) pour limiter les effets indésirables du HFT. Les HFT devront s'enregistrer, et soumettre leurs algorithmes pour identification auprès de l'ESMA. Plus de transparence sur les tarifs offerts par les différentes plateformes (et les types d'ordres?) et les conditions d'accès à la colocation est prévue.

L'AMF avait déjà anticipé la directive en demandant aux firmes de HFT actives sur les actions françaises de se déclarer. Ce qui ne les avait pas ravis.

Posté le 15 juillet 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

De nouvelles règles en vue pour le HFT?

Le Département du Trésor américain et les superviseurs des marchés financiers (Federal Reserve, SEC et CFTC) aux Etats-Unis ont publié un rapport sur l'incident du 15 octobre 2014, où le taux à dix ans américain avait connu de brusques variations. Autrement dit, un flash crash, comme le montre ce graphique.

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Le taux américain à dix ans a perdu brusquement entre 9h33 et 9h45  35 points de base pour remonter aussitôt la pente. Mais ce jour-là, simultanément, le S&P 500 a aussi brusquement perdu 1%, alors qu'au même moment, les futures sur Treasuries ont connu sur le Chicago Mercantile Exchange un  assèchement de liquidités, provoquant une hausse des prix (et une baisse des rendements).

Cet épisode de douze minutes a montré la fragilité du marché des Treasuries, pesant 12000 milliards de dollars, et inquiète les régulateurs. Car ce marché compte des gouvernements comme intervenants, autrement dit, il joue un rôle important, car le taux US à dix ans sert de référence pour les coûts d'emprunts et représente aussi un actif refuge en temps de crise.

Le rapport indique que ce jour-là, la moitié des volumes de transactions sur le taux US à dix ans venait de firmes de trading pour compte propre (soit des firmes de HFT). Il pointe qu'avant 9h33, plusieurs transactions de taille, pas inhabituelles, ont eu lieu, juste après la publication des chiffres de ventes au détail. Il observe qu'avant 9h33, le trafic de messages sur les futures sur Treasuries a augmenté, dû à un nombre élevé d'annulations d'ordres.

"Les données montrent aussi une proportion plus élevée de self-trading durant la période" indique le rapport. Quelque 14,9% du volume des Treasuries et 11,5 % du volume des futures sur Treasuries ont été concernés par ce self-trading (où les firmes de trading passent leurs transactions avec elles-mêmes, autrement dit, sont leurs propres contreparties). En temps normal, selon le rapport, cette proportion s'élève à 5,6% sur le marché au comptant, et 2,7% sur les Treasuries. Selon le rapport, ce self-trading vient surtout des firmes de trading pour compte propre "sans doute à cause du fait que ces firmes peuvent faire tourner plusieurs algorithmes simultanément".

Cela m'étonne un peu, car une firme de trading à haute fréquence m'avait un jour confié qu'elle évite que ses algorithmes entrent en interaction, afin d'éviter un épisode à la Knight Capital.

Mais il faut aussi observer que les revenus liés au trading des firmes de trading à haute fréquence en 2014 ont baissé pour les sociétés américaines. Visiblement, elles n'ont pas réussi à éviter ce genre d'interaction.

Le rapport conclut sur la nécessité d'exigences supplémentaires pour les firmes de trading automatisées, et une gestion de risque accrue. Mais les autorités de régulation ne plaident pas pour une régulation plus sévère, pour l'instant.

Le rapport vient contredire, six mois après, l'enquête menée par la Federal Réserve américaine après ce flash crash. La Fed avait attribué cette variation à l'action des hedge funds global macro.

 

 

 

 

Posté le 25 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

2014, un bon cru pour le HFT, mais pas pour tous

1147969Optiver, la plus grande firme de trading à haute fréquence (HFT) amstellodamoise (et européenne), vient de dévoiler ses résultats financiers pour 2014. Elle a enregistré une hausse de 46% de son bénéfice net par rapport à 2013, à 246,9 millions d'euros.  Ses revenus du trading ont augmenté de 33% à 619,8 millions d'euros pour la période. Et la société a indiqué avoir engagé du personnel. Elle a par ailleurs payé 16,75 millions de dollars pour régler un litige contre un groupe d'investisseurs dans l'affaire du "marteau", cet algorithme utilisé en 2007 pour manipuler les cours du pétrole, à 24 reprises.

IMC, une autre firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam, a connu une hausse de 30% de son bénéfice net à 165 millions d'euros en 2014.

Flow Traders, un autre HFT basé à Amsterdam, a aussi vu son bénéfice net augmenter de 27% à 67,9 millions de dollars en 2014.

On dirait que les firmes européennes ont connu une meilleure année que celles basées aux Etats-Unis. Car Virtu Financial, dont le siège est situé à New York, a enregistré une hausse de seulement 0,26% de son bénéfice net, à 194,9 millions de dollars en 2014 selon des données de Bloomberg. Mais la firme connait une embellie de ses revenus depuis le début de l'année, grâce notamment au trading de devises.

KCG, dont le siège est situé à Chicago, a lui vu son bénéfice net reculer de 67,7% à 76,8 millions de dollars en 2014 selon les données de Bloomberg. Le premier trimestre 2015, selon ses propres chiffres, montre une amélioration, à nuancer. Le bénéfice net par action ressort à 2,19 dollars contre 0,31 au premier trimestre 2014. Les revenus du groupe ont atteint 696,156 millions contre 383,665 millions de dollars sur les trois premiers mois de 2014. Mais les revenus du trading ont diminué de 19%  sur la même période de comparaison. KCG a bénéficié de la vente de Hotspot à la plateforme de transactions BATS  en  janvier 2015, pour 373,8 millions de dollars.

 Chopper Trading  avait  rapatrié aux Etats-Unis ses activités européennes en 2014. Cette firme de HFT américaine  a fait l'objet d'une offre de rachat. DRW a racheté en janvier 2015 Chopper Trading.

Allston Trading, une firme basée à Chicago, a annoncé en janvier l'arrêt de son activité sur les actions américaines.

Même  Tradeworx, une firme basée à Redbank dans le New Jersey, traverse quelques difficultés, car son co-fondateur, Manoj Narang, a quitté le navire en janvier.

Posté le 21 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Flow Traders se lance en Bourse

La firme Amstellodamoise de trading à haute fréquence Flow Traders a annoncé le 18 juin 2015 son intention de se faire coter sur la Bourse d'Amsterdam. La fourchette de prix pour cette introduction en Bourse n'est pas encore connue. 

La société prévoit de mettre 40% de ses titres, détenus actuellement par le fonds Summit, les fondateurs de Flow, Avalon holdings et Javak Holding, sur le marché.

Elle suivra les pas d'une autre firme de trading à haute fréquence, Virtu Financial, qui s'est lancée sur le Nasdaq le 15 avril 2015, et qui a depuis progressé de plus de 20%, valorisant la société à quelque 3 milliards de dollars.

Flow Traders, fondé en 2004 par deux anciens de la firme de trading à haute fréquence amstellodamoise Optiver ( Roger Hodenius et Jan Van Kuijk), pèsera moins au terme de son introduction en Bourse. Au total, la société sera valorisée à 1,1 milliard d'euros

Cette firme est spécialisée dans le trading des ETP (fonds indiciels cotés en Bourse). En 2014, elle avait négocié pour 527 milliards d'euros d'ETP, générant 172,1 millions d'euros de revenus de trading. Elle a dégagé un bénéfice net de 67,9 millions d'euros en 2014, contre 53,6 millions d'euros en 2013 et 27,7 millions d'euros en 2012. On le voit, ses bénéfices s'améliorent. 

Pour cette année, au premier trimestre, Flow Traders a engrangé 76,9 millions d'euros de revenus de trading et 30,7 millions d'euros de bénéfices, contre 36,5 millions d'euros de revenus de trading au premier trimestre 2014 et 13,2 millions d'euros de bénéfices sur la même période. 

Elle est génère moins de revenus que les deux plus grandes firmes de trading amstellodamoises, Optiver et IMC. En 2013, Optiver avait dégagé 191 millions d'euros de bénéfices nets, et IMC 169 millions d'euros.

Le blog Amsterdam Trader rappelle qu'en 2012, les actionnaires de Flow Traders avaient tenté de vendre leur société, mais n'ont pas trouvé d'acheteurs. Toutefois, le ciel s'est dégagé pour la firme, puisque ses bénéfices se sont améliorés depuis 2012. 

Un signe qui ne trompe pas: depuis 2014, la firme tient un stand lors du salon du trading électronique Trade Tech, alors qu'auparavant, ce n'était pas le cas.

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Sa présence à Trade Tech montre que Flow Traders se sent part intégrante de l'écosystème des marchés financiers. Mais elle admet recevoir, quatre ou cinq fois par an, la visite de représentants de firmes d'investissement, dont Amundi (qui propose des ETF aux investisseurs particuliers) soucieux de comprendre (et surveiller) les activités de Flow Traders sur les ETF. La firme se présente comme un teneur de liquidité sur ces fonds indiciels. Un autre HFT, Susquehanna, officie aussi sur ce segment.

Flow Traders sera le troisième HFT coté, après KCG et Virtu Financial.

Posté le 18 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une interaction d'algorithmes ou du frontrunning?

Deux professeurs de l'université d'Amsterdam, Vincent van Kervel et Albert Menkveld, ont découvert que les traders à haute fréquence ont davantage tendance à aller contre la tendance lorsqu'un fonds exécute ses ordres.

Leur étude, portant sur les titres composant l'indice OMX Stockholm 30 entre le 1er janvier 2011 et le 31 mars 2013, indique que les firmes de HFT vont contre la tendance durant la première heure où le fond envoie ses ordres au marché, puis suivent la tendance si ces transactions prennent plusieurs heures.

Car il faut rappeler qu'un fond ou un investisseur institutionnel n'envoie pas d'un coup ses ordres de Bourse, afin de minimiser son impact sur les marchés.  Soit il passe par des dark pools où l'ordre de taille peut être exécuté presque tel quel, sans que la transaction ne soit rendue publique (les ordres restent anonymes). Soit il demande à son courtier de diviser ses ordres. Le courtier envoie ces multiples ordres découpés sur différentes plateformes d'exécution. Albert Menkveld avait souligné dans une autre étude que les ordres de bloc ont tendance à rester sur les dark pools en temps normal, mais lorsque les fonds doivent liquider rapidement leurs positions, ils envoient leurs ordres découpés sur des MTF.

L'algorithme le plus utilisé pour les transactions de bloc est le VWAP,un algorithme passif. Mais depuis la crise financière, un autre algorithme, dit de participation, appelé Implementation shortfall, est de plus en plus utilisé.

Les données utilisées par Menkveld et van Kervel ont été notamment fournies par le fonds souverain norvégien, qui s'était plaint de la structure des marchés américains et avait indiqué privilégier les transactions de bloc. Car le fonds constate que ses transactions sur les actions américaines lui reviennent plus chères en termes de coûts de transactions, en raison du trading à haute fréquence.

On le sait, les gestionnaires de fonds se tournent de plus en plus vers l'analyse poussée de leurs coûts de transactions, à travers l'outil TCA automatisé. La tendance est plus marquée aux Etats-Unis qu'en Europe, mais les pays scandinaves sont plus avancés en la matière que le reste de l'Europe.

 Les deux professeurs estiment, sur base de leur analyse des données, que les ordres des fonds ne sont pas devancés par le trading à haute fréquence. "Les résultats sont inconsistants en regard du frontrunning, à savoir le fait qu'un HFT détecte un ordre de bloc et se mette à passer ses transactions avant cet ordre" indiquent-ils. "Nous estimons que le HFT sent le déséquilibre provoqué par un ordre de bloc. En conséquence, il va passer ses ordres en dehors des positions de l'ordre de bloc, car il sait que rester contre la tendance en tant que teneur de liquidité  lui demande une position d'inventaire à long terme, alors qu'il veut clôturer ses positions à la fin de la journée" ajoute-t-il.

Leur étude montre que le déséquilibre provoqué par les ordres des fonds augmente les revenus de trading des HFT, de 39% en moyenne. Plusieurs études ont déjà démontré que le HFT adore la volatilité sur les marchés.

Une remarque: cette étude porte sur les actions suédoises, qui, comme les autres valeurs européennes, restent concentrées sur leur marché domestique, malgré la présence de BATS Chi-X Europe, qui pèse 20% des transactions (pour les actions suédoises), et d'autres plateformes concurrentes. Les prix des transactions ne sont pas affichés dans une base de données communes, contrairement aux Etats-Unis, où là, 99,99% du marché voit les prix avec le SIP, et les 0,01% avec le Direct Feed, dix fois plus rapide que le SIP. Autrement dit, là, les utilisateurs du Direct Feed peuvent anticiper le reste du marché.

 

 

Posté le 17 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

L'effet Flash Boys dans les médias

Lorsque Michael Lewis a publié son livre Flash Boys en avril 2014, les recherches google sur le trading à haute fréquence ont explosé. L'intérêt a surtout été marqué aux Etats-Unis, en Australie, au  Royaume-Uni et au Canada.

Trends

Il faut dire qu'aux Etats-Unis, le sujet fait déjà polémique depuis 2010, année du flash crash du Dow Jones. Les auditions à la chambre des Représentants et au Sénat sur le sujet se sont multipliées.

En Europe, des auditions ont aussi eu lieu sur le sujet, mais elles s'inscrivaient dans le contexte de la révision de la directive MiFID, sur les services financiers. En Belgique, une audition a été tenue à la Chambre des Réprésentants le 11 janvier 2013, dans le cadre de la commission sur le suivi de la crise financière, avec notamment l'auteur de ce blog...

MediaMiser s'est penché sur la couverture du trading à haute fréquence dans la presse nord-américaine en 2014. Elle a constaté que la publication du livre de Michael Lewis a eu un impact significatif sur la couverture de ce sujet, car la mention trading à haute fréquence a bondi de 440% dans les trois mois qui ont suivi la publication du livre.

Flashboys

La firme de trading à haute fréquence Virtu Financial a été la plus citée dans les médias durant cette période.

Mediamiser

Il faut dire que la firme, qui s'est introduite sur le Nasdaq le 15 avril 2015 (et dont le cours a progressé de 22% depuis lors), avait tenté cette opération en 2014, mais s'était ravisée sans doute à cause du bruit provoqué par la publication du brûlot de Michael Lewis, très critique sur le trading à haute fréquence (il avait déclaré que les marchés américains sont truqués).

Car le livre est arrivé comme sujet numéro un de la couverture des médias en 2014, devant les dark pools, les enquêtes du FBI et du Département de la Justice américaine, et le flash crash.

Goldman Sachs est la banque la plus citée dans les médias en relation avec le trading à haute fréquence durant cette période. La banque avait soutenu publiquement IEX, la plateforme mise en avant dans le livre de Michael Lewis. Barclays, sous le coup d'une enquête, arrive en deuxième position. Curieusement, MediaMiser ne s'est pas penchée sur le cas d'IEX dans les médias américains.

En Belgique, on ne peut pas dire que le livre ait créé un tel effet dans les médias francophones. J'ai relevé seulement 55 mentions du trading à haute fréquence (30 pour l'Echo, 12 pour le Soir, 8 pour Trends) sur les sites internet et les journaux print en 2014. Seuls L'Echo et le magazine Trends ont mentionné le livre de Michael Lewis (et la Libre Belgique, une seule fois). C'est dire si le sujet paraît lointain.

Pourtant, la Bourse de Bruxelles compte environ 30% de ses volumes de transactions effectués par du trading à haute fréquence.

 

Posté le 12 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Goldman Sachs en a marre d'être "lent"

Bloomberg rapporte que la banque Goldman Sachs se lance à son tour dans la course à la vitesse des transactions, un an après avoir publiquement demandé des réformes sur le trading à haute fréquence, juste avant la publication du livre "Flash Boys" de Michael Lewis.

La banque avait été la première à se connecter à la plateforme IEX, mise en avant par le livre de Michael Lewis. Mais depuis, IEX a révélé que Virtu Financial, une firme de trading à haute fréquence, s'est connectée dès le premier jour à sa plateforme. Son co-fondateur, Brad Katsuyama, a même classé la firme parmi les bons HFT.

Goldman Sachs semble penser tout et son contraire sur le trading à haute fréquence. Mais la banque, qui est l'une des plus importantes sur l'activité de trading en actions aux cotés de Morgan Stanley et Credit Suisse, a décidé d'investir pour rester dans la course. Car ses rivales ont toutes investi pour upgrader leur plateforme de transactions (appelée crossing networks).

Il faut dire que Sigma X, la plateforme de Goldman Sachs, avait connu une série de pannes. En mars 2014, la banque avait dû dédommager ses clients après avoir découvert des erreurs de prix sur Sigma X.  Elle avait aussi payé une amende de 800.000 dollars à la Finra car en 2011, Sigma X avait exécuté plus de 395.000 transactions à un prix inférieur au National Best Bid Offer, sans s'en rendre compte.

Tout cela faisait un peu désordre. Goldman Sachs avait même envisagé de fermer Sigma X. Mais il faut croire que la banque tient beaucoup à son crossing network. Depuis longtemps d'ailleurs.

Michael Lewis l'avait expliqué dans un article consacré à Sergei Aleynikov, le programmeur russe arrêté et condamné pour avoir volé les codes de Goldman Sachs. La banque a établi le squelette de sa plateforme de transactions sur celle de Hull Trading, une firme de trading à haute fréquence qu'elle avait achetée en 2004. Ce squelette a été renforcé au fil des années, mais touche à ses limites.

Comme l'indique un trader, Sigma X a toujours été "lent et mauvais". La plateforme semble avoir du mal avec le Direct Feed, le système de prix qui affiche les prix sur les valeurs américaines après 190 millisecondes (contre 2000 millisecondes pour le SIP, le système de prix légal, que 99,99% des intervenants de marchés consultent).

Ceci illustre encore une fois combien l'évolution technologique des marchés financiers est intense en capital pour les intervenants de marché, même pour Goldman Sachs.

 

 

 

 

Posté le 10 juin 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La vitesse du HFT, pour quoi faire?

 

Alvin Roth, Prix "hommage" Nobel d'Economie en 2012, a récemment été interrogé sur le rôle des traders à haute fréquence. Et il ne semble pas les porter dans son coeur, à juger par sa réponse:

"Les gens préféreraient que les marchés financiers soient un endroit où les intervenants se battent sur les prix. Mais certaines firmes de trading à haute fréquence se livrent à une compétition sur la vitesse. Un marché qui semble épais (liquide) pris à la minute ou à la seconde peut sembler fin à la milliseconde" indique-t-il.

"Le fonctionnement actuel des marchés repose sur un principe d'enchères où le premier arrivé est le premier servi. Dans le milieu universitaire, certains ont proposé d'instaurer des enchères à la seconde, où la demande rencontre l'offre, et le prix se forme par le règlement de la transaction" ajoute-t-il.

La vitesse des traders à haute fréquence est aussi questionnée dans une étude de trois chercheurs de la Goethe University de Francfort. Ils se sont penchés sur les volumes de transactions sur le DAX entre août et septembre 2009, période où les marchés étaient encore soumis à une importante volatilité.

Ils ont voulu mesurer l'impact du trading à haute fréquence sur la résistance du carnet d'ordres en cas de choc sur les marchés. Diverses études universitaires, et les comptes financiers des firmes de trading à haute fréquence en témoignent: le HFT aime la volatilité des marchés, particulièrement quand elle touche un sommet comme en 2008. Les bénéfices de Getco (KCG) ont touché cette année-là un sommet.

L'étude souligne qu'en cas de choc sur les marchés, les firmes de HFT, qui se caractérisent par une très courte période de détention des titres,  profitent de leur avantage en termes de vitesse pour bénéficier de l'élargissement des spreads (entre cours d'achat et de vente) et diminuer ceux-ci  durant les premières secondes suivant le choc. Ce sont les firmes qui sont cologées  dans les centres de données des Bourses qui agissent comme force de rétablissement des spreads. Mais pour le rétablissement de la liquidité sur le marché, là, le HFT n'intervient plus. L'étude démontre que l'intervention humaine est nécessaire pour restaurer la liquidité sur les marchés . "Ce rétablissement ne peut être effectué que par des traders humains qui contribuent en envoyant des ordres de grande taille et des provisions anormalement importantes de liquidités" note l'étude.

Le graphique ci-dessous l'illustre, sur une période de dix secondes.

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Sans l'action du HFT en cas de choc sur les marchés, est-ce que les traders humains viendraient restaurer la liquidité? Il faut rappeler qu'en cas de choc, les chambres de compensation font des appels de marges aux participants de marché.  Il y a déjà un système mis en place depuis des décennies sur les marchés d'actions pour restaurer la liquidité.

L'autre question que pose aussi cette étude repose sur les spreads. Avec un spreads moins élevé, est-ce que les traders humains bénéficient de meilleures conditions de marché pour intervenir en cas de choc?

 

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