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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 15 décembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le centre de données, nouveau visage de la Bourse

La récente annonce du prochain déménagement de la Bourse de Bruxelles hors du Palais de la Bourse a mis en lumière le nouveau visage des marchés. Car les transactions sur les titres des sociétés cotées belges sont localisées depuis 2010 à Basildon, dans le sud-est de Londres.

La plupart des gens s'imagine encore que les transactions sur les marchés s'effectuent par interaction humaine, comme sur ces photos.

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 Mais en réalité, l'essentiel des transactions sur les marchés dans le monde s'effectue dans à peine quinze centres de données, où le bruit des machines a remplacé celui des traders humains.

Grands comme trois stades de football, ces centres de données sont souvent protégés par un important service de sécurité. Ces bâtiments souvent sans fenêtres sont situés dans une zone géographique stratégique, loin des côtes, loin des aéroports, ... pour éviter tout risque d'attentats ou de catastrophe naturelle.

Les Bourses ont commencé à y installer leur moteur d'appareillement des transactions aux alentours de 2009, et à proposer le service de co-location des serveurs des utilisateurs. Pour un cabinet dans un centre de données, l'utilisateur doit payer entre 1500 et 15000 dollars par mois. Plusieurs firmes de trading indiquent utiliser  les services de co-location d'au moins quatre ou cinq centres de données.

Le sociologue Donald MacKenzie a relevé que sur les quinze centres de données, six  se concentrent aux Etats-Unis, avec celui du Chicago Mercantile Exchange (plus important marché de dérivés au monde) à Aurora, près de Chicago, un autre centre multi-usages situé aussi à Chicago (employé par l'IntercontinentalExchange), et les quatre autour de New Jersey, dont celui du NYSE (à Mahwah) et le NY4 à Secaucus, qui abrite un des trois marchés de devises d'EBS mais aussi la Bourse Direct Edge, le marché obligataire et celui des options.

L'Europe compte cinq centres de données, dont trois rien que dans les environs de Londres. BATS Chi-X Europe a choisi le centre de données exploité par Equinix à Slough, le LD4, qui abrite aussi l'un des trois marchés de devises d'EBS. Celui de Basildon accueille les transactions du Liffe (appelé désormais ICE Futures Europe) et d'Euronext. Le London Stock Exchange a installé son centre de données en plein coeur de Londres. A Francfort, Deutsche Börse a migré les transactions sur Xetra et sur Eurex vers le centre de données FR2 d'Equinix. Et Nasdaq OMX, qui loue son centre de données à Carteret dans le New Jersey à Verizon Business, dispose aussi d'un centre de données à Stockholm.

Le Japon compte aussi un centre de données qui abrite le troisième marché de devises d'EBX et les transactions en actions de la Bourse de Tokyo. En Australie, l'ASX dispose d'un centre de données situé à 10 kilomètres du Harbourg Bridge de Sydney.

Le service de co-location des serveurs informatiques des utilisateurs trouve lui ses origines en 1996-97, avec la plateforme Island (absorbée par Nasdaq OMX). Ce système est né de la rencontre entre deux personnages, Josh Levine, le fondateur d'Island et Dave Cummings, le fondateur de la firme de trading Tradebot et de la plateforme BATS. Cummings cherchait un moyen d'obtenir plus rapidement ses données de marchés et d'exécuter plus rapidement ses transactions, alors il a demandé à Levine d'abriter ses programmes de trading dans ses propres serveurs.

Depuis, cette logique d'obtenir le plus rapidement les données de marché n'a cessé de prévaloir. En Europe, Chi-X Europe a été le premier à adopter le système de co-location dans un centre de données, dès 2007. Les autres Bourses comme Euronext ont réagi en adoptant le même système.

La place près du moteur d'apareillement des transactions des Bourses dans le centre de données est très disputée. Plus le serveur est proche de celui-ci, plus les données de marché et l'exécution des ordres est rapide.

Les utilisateurs de ces centres de données se battent aussi pour raccourcir le temps de transmission des données de marchés entre deux points. MacKenzie souligne qu'aux Etats-Unis, la bataille s'est concentrée sur la route entre le centre d'Aurora et ceux du New Jersey. Les firmes de trading paient des millions de dollars pour établir la transmission de données de marché par faisceaux hertziens et aussi par lasers entre ces deux endroits.

En Europe, la distance entre le FR2 d'Equinix et le LD4 et Basildon tente d'être optimisée au maximum par les firmes de trading. Jump Trading avait payé 5 millions d'euros à l'Etat belge pour l'acquisition d'une antenne de communication à Houtem, située sur cette route optimale entre Francfort et Londres. Les firmes de trading se battent ici en Europe à coups de faisceaux hertziens pour la transmission de données de marché. Le laser n'est pas encore employé.

Ailleurs, on a vu que l'ASX a déployé un nouveau câble de fibres optiques sous-marin vers le centre d'Aurora, afin de gagner 2 millisecondes de temps de transmission.

Les marchés financiers ont désormais un visage bien froid, déshumanisé. Est-ce que c'est ça, l'économie digitale?

 

 

Posté le 8 décembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Bourse: un déménagement lourd de sens

6a00d83451decd69e201a511c1d3a2970cLa Bourse de Bruxelles devrait quitter son palais pour déménager avant cet été dans un batîment près de la Gare Centrale selon le site de la Libre.

Le Palais de la Bourse, de style néo-palladien, avait été construit en 1873 par l'architecte Léon Sluys pour y accueillir les activités des agents de change, seuls habilités à pouvoir négocier des titres. Mais depuis 1996, leur présence a été rendue obsolète avec la fin de la criée des prix et de la craie employée pour noter les cours des actions, au profit de l'électronique.

Néanmoins, malgré le passage à l'électronique, la Bourse de Bruxelles a continué à occuper les lieux. Sous l'effet de la fusion avec la Bourse de Paris et d'Amsterdam (en 2000), puis avec celle de New York (en 2007), ses effectifs se sont réduits comme peau de chagrin. 

Mais la Bourse de Bruxelles pouvait compter sur un loyer peu cher (100.000 euros par an), même si la direction américaine du groupe a voulu rationnaliser tout ça. En 2011, le groupe a renégocié le bail emphytéotique du Palais de la Bourse (signé en 1994) avec la ville de Bruxelles, qui voyait d'un mauvais oeil les projets d'exploitation des lieux (notamment l'installation de la Vlerick School Management). La ville de Bruxelles a fini par reprendre le bail, mais la Bourse de Bruxelles est restée locataire du bâtiment, et y organise régulièrement des cérémonies de la cloche avec ses émetteurs ou des associations diverses.

Toutefois, depuis la scission d'Euronext (qui rassemble la Bourse de Bruxelles avec celle de Paris, Amsterdam et Lisbonne) du groupe NYSE (repris par l'IntercontinentalExchange), la nouvelle entité cherche à générer des économies. La Bourse de Paris, qui n'occupe plus le Palais Brongniart depuis 1998, déménagera aussi au cours du second semestre de l'année 2015, de la rue Cambon vers le site Praetorium du quartier de la Défense. Ce déménagement lui permettra d'économiser la moitié de son loyer. 

Pour la Bourse de Bruxelles, l'inconnue demeure sur le loyer qu'elle paierait pour son bâtiment près de la Gare centrale.

"L'abandon du Palais de la Bourse peut se comprendre : plus aucune opération n'y a lieu et le système informatique n'est même plus situé en Belgique, ce que la plupart des investisseurs ignorent. Mais c'est la page tournée sur une valeur symbolique : Ce Palais aura connu six Rois et plus d'un siècle d'Histoire grandiose. C'est l'adieu à un certain faste. Jean Peterbroeck, Etienne Cooremans, Olivier Lefebvre et moi avions tout fait pour garder la Bourse dans son Palais" constate Bruno Colmant, ancien président de la Bourse de Bruxelles.

Rappelons que les opérations de la Bourse de Bruxelles, mais aussi celle de Paris, d'Amsterdam et de Lisbonne, se font depuis 2010 depuis Basildon, dans le sud-est de Londres. Ce centre de données appartient aujourd'hui à l'IntercontinentalExchange, qui vient d'annoncer vouloir vendre les 6% de parts qu'il détient encore dans Euronext.

Dans le groupe Euronext, seule la Bourse d'Amsterdam reste encore dans son palais. Jusqu'à nouvel ordre.

Posté le 3 décembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Janecek, l'ovni des traders à haute fréquence

 

Le magazine français Elle a dressé dans son édition du 28 novembre le portrait de Karel Janecek. Le Tchèque est actuellement en "tournée" pour promouvoir son système démocratique, baptisé D 2.1 (Demokracie 21) qui fait étrangement écho à la théorie de Sheena Iyengar, professeur de finance à la Columbia Business School, sur l'art de choisir. Selon elle, plus les êtres humains ont de choix, plus ils ont tendance à retarder leur choix, à faire les mauvais choix et puis regretter de l'avoir fait. Janecek considère que plus les gens ont le choix pour voter, plus ils font les mauvais choix, et le regrettent ensuite, pour finir par ne plus voter, découragés par l'issue des votes. Mais lui suggère de donner deux votes plutôt qu'un, afin d'obtenir une plus grande satisfaction des votants. 

Janecek, sur ce blog, est surtout connu pour être le fondateur de la firme de trading RSJ, basée à Prague. En 2011, le commissaire de la Commodity Futures Trading Commission (qui régule le marché des dérivés américain) avait pointé du doigt cette firme qui génère les plus gros volumes de transactions sur les matières premières aux Etats-Unis, mais aussi sur les futures cotés sur Eurex et le Liffe (désormais ICE Futures Europe depuis la migration effectuée par son nouveau propriétaire, l'ICE). Bart Chilton avait à l'époque traité cette firme, mais aussi les autres firmes de trading à haute fréquence, de "Cheetah traders". Mais depuis, Chilton est parti chez la firme d'avocats DLA Piper, qui conseille notamment Modern Markets Initiative, défendant le trading aux Etats-Unis, et son discours a changé.

Janecek est un ovni dans le monde du trading à haute fréquence car lui cherche avant tout à changer la démocratie dans son pays, alors qu'il aurait pu émigrer aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni pour livrer sa science dans des banques comme Goldman Sachs ou des firmes de trading à haute fréquence. En 2013, il s'est employé à pousser vers la sortie Petr  Necas, l'ancien premier ministre, accusé de corruption. Il a aussi dans son viseur l'actuel président tchèque Milos Zeman, pro-russe, et très critiqué dans son pays.

Mais du point de vue de son approche des marchés, Janecek se différencie moins. Lui aussi a repris la théorie des jeux pour élaborer ses algorithmes de trading. Il s'est aussi fait la main en jouant au black jack, comme certains de ses prédécesseurs dans le monde du trading à haute fréquence. Cela l'a rendu suffisamment riche pour devenir un contre-pouvoir dans son pays.

Posté le 2 décembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Apple, un flash crash impressionnant

Lundi 1er décembre 2014, le titre Apple, malmené depuis l'ouverture de Wall Street, s'est soudainement replié vers 9h50 (heure New yorkaise) de plus de 6% avant de rebondir et finalement terminer la séance sur un recul plus modéré. Mais sur ces quelques minutes de plongeon, la capitalisation boursière d'Apple a soudain vu 3,8 milliards de dollars disparaître en une minute.

 

Fondamentalement, la valeur d'Apple devrait toujours rester stable. Mais ça, c'est la théorie. Car sur les marchés, on ne peut pas dire que les titres évoluent autour de leur valeur fondamentale. Parce que notamment, beaucoup d'intervenants sur les marchés n'achètent pas un titre uniquement pour le rendement de son dividende. 

Ce n'est pas la première fois qu'Apple subit ce genre de krach, qui a déclenché les coupe-circuits sur les marchés imposés par la Securities and Exchange Commission depuis le flash crash du Dow Jones le 6 mai 2010. 

Le précédent cas qui me vient à l'esprit remonte au 23 mars 2012, au moment de l'introduction en Bourse ratée de BATS, où une transaction de 100 titres à 544 dollars (alors que le cours tournait à 597 dollars) est passée. Et a provoqué un arrêt momentané des transactions. Mais dans ce cas-là, la transaction a été annulée.  Et elle avait mis en lumière l'emploi des stub quotes (cotation largement en dehors des cours) employés par certains teneurs de liquidité sur les marchés américains.

Dans le cas présent, on ne peut pas faire de comparaison avec mars 2012, car Eric Hunsader, le fondateur de la firme de données Nanex, n'a pas relevé de parallèle avec le plongeon de cette année-là. Par contre, il a noté que les ETF (fonds qui suivent un indice et cotés en Bourse) ont suivi le même mouvement qu'Apple vers 9h50 lundi 1er décembre 2014.

 

 

Et effectivement, ce mouvement est très étrange. Surtout que les ETF jouent un rôle important sur les marchés. En 2010, au moment du flash crash, le SPYDER (ETF qui suit le S&P500) a connu des soubresauts à cause de la variation insensée de titres comme Procter & Gamble, eux-mêmes impactés par des ventes massives de e-mini futures sur le S&P500.

Cela ne m'étonnerait pas que ces futures aient encore connu des petits couacs sur la journée du 1er décembre.

 

Posté le 25 novembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des robots pour plus d'éthique sur les marchés

GM1EABD040S01_BANKS-FOREX-SETTLEMENTDepuis la publication des conversations par messagerie des traders impliqués dans le scandale du Forex, de nombreuses voix s'élèvent contre cette culture toujours présente dans les salles de marché des banques. De Lucy Kellaway, journaliste au Financial Times à Sheila Bair, présidente du Systemic Risk Council, le constat est amer: rien n'a vraiment changé dans les salles de trading depuis la crise financière.

Alors, pour restaurer de l'éthique sur des marchés comme le Forex, certains vont jusqu'à proposer de remplacer les traders humains par des algorithmes. En Suisse, la Finma (autorité des marchés financiers) a imposé à UBS de remplacer ses courtiers en devises par des algorithmes. A terme, 95% des transactions de la banque en devises devront être effectuées par des robots.  Le régulateur espère réduire le risque de manipulation dans le futur.

Mais dès lors, la question de l'éthique des machines se pose, à l'heure où des patrons comme Elon Musk (Tesla) déclarent que l'intelligence artificielle représente un danger pour l'humanité.

Il faut aussi rappeler que derrière un algorithme se trouve encore un être humain, qui l'a conçu. Aux Etats-Unis, de nombreuses manipulations de cours sur les marchés ont été effectuées à l'aide d'un algorithme. Celui-ci peut porter un petit nom, comme le marteau de la firme Optiver ou Gravy (Sauce) de la firme Athena Capital.

Par ailleurs, contrôler les algorithmes n'est guère plus simple que contrôler les êtres humains. En outre, les robots, plus rapides que l'être humain, génèrent plus de transactions. Ce volume considérable pose un défi de taille pour les régulateurs de marché qui doivent pouvoir analyser ces flux importants de données.

 

Posté le 19 novembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Nouveau cas de spoofing détecté

Bloomberg rapporte que la firme de trading basée à Chicago 3Red Trading et ses deux fondateurs, Igor Oystacher et Edwin Johnson, ont été poursuivis par la Commodity Futures Trading Commission pour manipulation sur les matières premières.

Le superviseur des marchés de futures américain accuse 3Red Trading d'avoir commis du spoofing, cette pratique qui consiste à envoyer une large quantité d'ordres et à les annuler immédiatement pour faire bouger les prix en sa faveur. Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank interdit depuis 2010 cette pratique.

3Red Trading est la deuxième firme après Panther Energy à être épinglée de la sorte. Les faits remontent à 2012, un an après Panther Energy. Selon Bloomberg, 3Red Trading indique avoir été poursuivie en 2012, et a dû remettre les enregistrements de transactions au régulateur. Les deux fondateurs ont été entendus par la division des peines de la CFTC.

Le régulateur n'a pas encore infligé d'amende à la firme de trading, car la manipulation de marché n'a pas été avérée. Mais si tel est le cas, Igor Oystacher et Edwin Johnson peuvent s'attendre à de lourdes amendes, et à être poursuivis par la Justice américaine. Je rappelle que c'est le cas de Panther Energy. Le fondateur de la firme de trading risque aujourd'hui la prison.

Mais dans le cas présent, la bataille se situe plutôt entre les anciens avocats de 3Red Trading et les deux fondateurs. Car Edward Johnson s'est retourné contre ses avocats pour avoir "échoué à le conseiller sur la nature et l'étendue des violations de trading, et l'impact sur 3Red". Car entretemps, Johnson s'est fait remercier par sa propre firme. Et il est aussi en procès avec Oystacher et 3Red.

Cela fait un peu désordre. Au moins, chez Panther Energy, Michael Coscia, seul et unique employé, n'avait pas ce problème.

 

Posté le 17 novembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Le fonds souverain norvégien renie les algorithmes

Oevyind Schanke, le responsable de la gestion des actifs du fonds souverain norvégien, n'aime pas trop la structure des marchés américains. Lors d'une interview accordée à Bloomberg, il a indiqué que la gestion du fonds emploie moins de stratégies algorithmiques et se tourne vers le trading en bloc afin d'éviter de laisser des traces de ses transactions trop visibles pour les autres acteurs du marché.

Le fonds souverain norvégien, qui pèse quelque 689 milliards d'euros, détient environ 150 milliards de dollars en actions américaines. Mais le gros de son portefeuille (400 milliards d'euros) est investi dans les actions européennes. Il est d'ailleurs le plus gros investisseur sur les Bourses européennes, et le plus gros actionnaire du Bel20.

Oevyind Schanke  indique que les marchés européens sont plus faciles pour un fonds comme le sien. Il est plus facile d'exécuter des transactions de bloc en Europe qu'aux Etats-Unis selon lui. Il faut dire qu'en l'absence d'une base de données consolidées comme aux Etats-Unis, il est surtout plus facile de rester inaperçu sur les marchés européens.

Mais il faut voir comment le changement de stratégie du fonds souverain norvégien va s'opérer. Une étude d'Albert Menkveld (Université d'Amsterdam), Bart Z. Yueshen (Insead) et Haoxiang Zhu (Massachussett Institute of Technology) souligne que les flux de transactions vers les dark pools (où sont exécutés notamment les ordres de bloc, de manière anonyme) privilégient les plateformes à faibles coûts, mais qui mettent du temps à exécuter les ordres. Mais lorsque le VIX (indice de la volatilité des options sur le S&P500) monte , ces flux ont tendance à se diriger vers les plateformes à coûts élevés, mais qui exécutent immédiatement les ordres.

Selon la firme Tethys Technology, les dark pools américaines qui concentrent les plus gros blocs d'ordres sont DLTA Dealerweb, Citigroup Global Market et Liquidnet.

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Or, c'est précisément cette hausse de coûts de transactions qui ennuie le fonds souverain norvégien. Oeyvind Schanke l'attribue à la fragmentation des marchés américains, qui compte plus de 52 plateformes d'exécution  selon lui ( Menkveld et cie relèvent plus de 30 dark pools aux Etats-Unis, et plus de 200 internaliseurs d'ordres).

En filigrane, on comprend surtout que le fonds souverain norvégien n'est pas très content de son courtier. Le fonds ne peut que constater ses coûts de transactions sur le bordereau d'exécution remis par son broker, qui exécute ses ordres. Le broker, vu la taille des ordres, est contraint de diviser ceux-ci en plus petites portions, et les envoie vers différentes plateformes. Or, celui-ci doit s'équiper technologiquement pour pouvoir négocier sur des marchés américains de plus en plus complexes. Avec des algorithmes donc.

Après la publication du livre "Flash Boys" de Michael Lewis, de nombreux courtiers ont été assaillis de questions sur l'exécution des ordres de leur clientèle.

 

 

Posté le 9 novembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

181,5 millisecondes entre Chicago et l'Australie

Le 4 novembre 2014, ASX, l'opérateur des Bourses australiennes, a dévoilé lors de la conférence FIA Expo 2014 le nouveau câble sous-marin reliant l'Australie et Chicago.

14900 kilomètres séparent le centre de données d'ASX (situé à moins de dix kilomètres du Harbourg bridge de Sydney) et celui du Chicago Mercantile Exchange, situé à Aurora, dans l'Illinois (pas très loin de Chicago).

Il fallait 183,5 millisecondes pour que les données soient transmises entre ces deux centres. ASX vient d'abaisser à 181,5 millisecondes ce délai grâce à un nouveau câble. Rappelons qu'en juin 2014, Hibernia Express a aussi diminué le temps de transmission des données entre Londres et New York (distance: 7400 kilomètres) à 59 millisecondes au lieu de 65 millisecondes. Pour donner une échelle, un battement de paupière se déroule en 350 millisecondes.

Toute cette course à la vitesse profite surtout aux acteurs capables d'exploiter cette vitesse, autrement dit les firmes de trading à haute fréquence. Car pour celles-ci, la moindre microseconde (millionième de seconde) compte. 

Pourtant, comme l'a observé Patrick Young, président de Derivatives Vision, dans sa lettre Exchange Invest, le patron de l' ASX, Elmer Funke Kupper, a souvent critiqué dans le passé les modèles de marché qui favorisent le trading à haute fréquence, allant même jusqu'à les qualifier de dangereux. Et récemment, il a précisé que les marchés australiens ne sont pas attractifs pour les stratégies les plus agressives de trading observées à l'étranger.

Mais il faut aussi rappeler que l'ASX est soumis à la concurrence de Chi-X Australia, une plateforme alternative, et des dark pools ( des plateformes où les ordres restent cachés). Et que le trading à haute fréquence pèse environ 27% des volumes de transactions sur les marchés australiens.

Alors, ce câble transatlantique en dit long sur les intentions de l'ASX.

Posté le 5 novembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

En France, une nouvelle règle qui gêne le HFT

Financial News indique que dès janvier 2015, les firmes qui emploient des systèmes de trading à haute fréquence devront documenter ceux-ci auprès de l'Autorité des Marchés Financiers, si les valeurs négociées sont issues par des sociétés dont le siège est situé en France.

 

Autrement dit, dès 2015, le superviseur des marchés financiers français devrait recevoir tous les algorithmes employés par les firmes de trading, et pouvoir se faire une idée sur la manière dont ces formules sont utilisées et dans quel contexte. En théorie.

Bien sûr, du côté des firmes de trading, cette décision fait grincer des dents. Car cette règle, d'après la FIA EPTA, qui défend les firmes de trading européennes, n'est pas détaillée. "Nous n'en connaissons pas tous les détails" précise Mark Spanbroek, président de l'association, qui doit rencontrer le régulateur français très prochainement.

Mais Johannah Ladd, vice-présidente de la FIA EPTA, ajoute qu'aucun des membres de l'association n'a de siège en France. "Toutefois, pour toutes les firmes qui négocient des actions françaises, il y aura un impact" indique-t-elle. "Mais nous ne connaissons pas tous les détails, à commencer par le descriptif précis  des algorithmes à remettre au régulateur" ajoute-t-elle.

La FIA EPTA s'inquiète que cette règle vienne s'entrechoquer avec celles de MIFID 2, qui doivent entrer en vigueur en 2016, et qui confèrent notamment à l'ESMA (l'autorité européenne de régulation des marchés financiers) le soin de tenir un registre des algorithmes employés par les firmes de trading.  "Nous n'avons pas besoin de différentes régulations entre l'Europe et les pays de la région" martèle Mark Spanbroek.

Rappelons que l'Allemagne a elle aussi adopté des règles plus strictes pour les firmes de trading, imposant à celles-ci l'enregistrement d'une filiale auprès de la BaFIn, l'autorité des marchés financiers allemands.

Ce durcissement de ton commence à faire fuir certaines firmes, à l'image de RGM Advisors, une firme texane, qui a décidé de se retirer des marchés européens. Financial News indique aussi que Chopper Trading, dont le siège est à Chicago, vient de fermer sa filiale européenne, en raison de la régulation accrue et de coûts opérationnels en hausse.

Le morcellement des marchés européens, pourtant unis par une devise commune (l'euro), a toujours été un obstacle pour les firmes de trading, qui se plaignent de coûts de transactions dix fois plus chers qu'aux Etats-Unis. Mais là, on entre dans un autre débat...

 

 

 

Posté le 3 novembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Même la SEC donne un avantage au HFT

GM1EAAH038801_MARKETS-STOCKS-USALe quotidien les Echos indique que la Securities and Exchange vend en primeur des données sensibles reçues par la Réserve Fédérale américaine à une poignée d'acteurs. Et parmi cette vingtaine d'acteurs, on retrouve des firmes de trading à haute fréquence. 

Tout se passe au sein de son système de collecte et de redistribution d'informations légales, baptisé Edgar. Moyennant quelques milliers de dollars par mois, des firmes de trading peuvent obtenir ces informations dix secondes avant qu'elles ne soient publiées sur le site de la SEC. Autant dire que dans le monde du trading à haute fréquence, des milliers de transactions se sont déjà passées durant ce court laps de temps.

Or, Mary Jo White, la présidente de la SEC, a été l'une des premières à critiquer Michael Lewis, l'auteur du livre "Flash Boys", martelant que les marchés américains ne sont pas truqués.

Et plus récemment, la SEC vient d'attraper Athena Capital, une firme de trading à haute fréquence, pour avoir manipulé le Nasdaq entre juin et décembre 2009. Son premier cas.

Il faut rappeler que la SEC a vu son budget quelque peu amputé depuis 2010, sur décision du Congrès américain. Le gendarme des Bourses américaines a dû faire appel à Tradeworx, une firme de trading basée à Red Bank dans le New Jersey, pour l'aider à monter son système de surveillance des marchés en temps réél, Midas. 

Néanmoins, ce mélange des genres fait bizarre pour un régulateur des marchés.  

 

 

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