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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 6 février 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La semaine dans le monde du THF

Comme l'actualité ne se tarit jamais dans le monde du trading à haute fréquence, j'ai décidé de lancer une nouvelle rubrique sur ce blog, inspirée par une ancienne blogueuse de l'Echo, qui se reconnaîtra. Alors, que s'est-il passé cette semaine dans le monde du THF? Il faut noter qu'on a beaucoup parlé de "latency arbitrage", une forme d'arbitrage qui permet à son instigateur de détecter les mouvements de marché avant le reste des intervenants.

  • Lundi 1er février

La semaine démarre sur une amende importante pour Crédit Suisse et Barclays, qui acceptent de payer à la justice américaine et à la Securities Exchange 154 millions de dollars. Barclays avait été accusé d'avoir dissimulé la présence de traders à haute fréquence sur son dark pool ( une plateforme où les ordres sont censés rester anonymes), à l'insu des autres participants de marché. Credit Suisse est lui sanctionné pour avoir systématiquement dirigé tous les ordres de sa clientèle sur son dark pool.

  • Mardi 2 février

La présidente de la Securities and Exchange Commission, Mary Jo White,  prévient que le superviseur des marchés va continuer à faire toute la lumière sur les dark pools.

Le titre de la firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam et spécialisée dans les ETF Flow Traders touche 50 euros, et affiche une insolente progression comparée à celle de Virtu Financial, une autre firme de THF, basée à New York

 

  • Mercredi 3 février

Citadel Securities rachète le siège de KCG, une firme de trading à haute fréquence, dont le chiffre d'affaires a reculé de 24% en 2015 (selon les comptes de résultats) sur le parquet du New York Stock Exchange, où désormais, plus aucune banque n'opère en tant que teneur de liquidité. Seules des firmes de THF y subsistent, ainsi que des acteurs spécialisés.

IEX, la plateforme mise en avant dans le livre "Flash Boys" de Michael Lewis, dénonce le frein de vitesse du NYSE, qui désavantage de 200 à 400 microsecondes ceux qui ne savent pas se connecter au protocole Binary.

 

  • Jeudi 4 février 

Le NYSE, par la voix de son propriétaire, l'IntercontinentalExchange, réplique et déclare que IEX, en voulant devenir un marché réglementé, deviendra un monopole.

 

Virtu Financial annonce  qu'il va proposer dès le deuxième trimestre de 2016 l'accès à son système informatique pour des participants de marché externes.

Aquis Exchange, un MTF européen, veut bannir les stratégies prédatrices de THF de sa plateforme et veut interdire le latency arbitrage.

 

La Financial Conduct Authority (FCA) veut inclure un régime comptable pour les firmes de THF, qui inclut l'approbation des directeurs des firmes par le superviseur des marchés financiers britanniques. En France, un député du Front National a déposé une proposition de loi pour interdire le THF en France.

Mark Gorton, le fondateur de la firme de THF Tower Research Group, prévient d'une éventuelle catastrophe sur les marchés

 

  • Vendredi 5 février

Navinder Sarao, le trader britannique accusé d'avoir provoqué le flash crash du Dow Jones Industrial Average (ce que contestent trois universitaires de Californie) le 6 mai 2010, est entendu par la justice britannique en vue de son extradition vers les Etats-Unis, d'où émane l'accusation. 

 

  • Samedi 6 février

AOptix, une société de services technologiques, cesse ses activités. Elle offrait notamment des services de laser aux firmes de THF aux Etats-Unis, qui leur permet d'obtenir plus rapidement leurs données de marché entre New York et Chicago.

 

Posté le 3 février 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Comment mettre de l'ordre dans la structure des marchés

Aux Etats-Unis, Crédit Suisse et Barclays viennent de payer 154 millions de dollars pour solder les poursuites engagées par le procureur de la ville de New York et la Securities Exchange Commission. La partie adverse leur reprochait d'avoir trompé leur clientèle, en cachant la présence de firmes de trading à haute fréquence sur leur plateforme (dans le cas de Barclays), ou en dirigeant tous les ordres de la clientèle vers sa propre plateforme (Crédit Suisse). Les plateformes des deux banques sont des dark pools, où les ordres restent anonymes.

Un éditorialiste de Bloomberg en est venu à se demander si les banques doivent continuer à gérer des dark pools. Décidément, le débat fait rage sur le rôle des banques sur les marchés. Car aux Etats-Unis,les principaux dark pools sont opérés par des banques, comme le montre ce graphique de l'agence financière.

Dark

IEX est le seul dark pool indépendant. Il est par ailleurs le seul à imposer un frein de 350 microsecondes à la vitesse des transactions aux Etats-Unis (au Canada, Aequitas et la Bourse de Toronto ont aussi mis en place un frein). Et tente actuellement de devenir un marché réglementé comme BATS, le Nasdaq et le NYSE aux Etats-Unis.

Son dossier repose dans les mains de la SEC, qui collecte en ce moment les avis des concurrents d'IEX (dont ceux de BATS, du NYSE et Citadel Securities, opposés à la plateforme).

Récemment, le co-fondateur d'IEX, Don Bollerman, s'en est pris au NYSE à travers le blog de la plateforme. Car il accuse la Bourse de New York d'imposer lui aussi un frein aux marchés, à travers un réseau plus rapide que n'a pas manqué de noter Eric Hunsader, le fondateur de la firme de données de marchés Nanex, très anti- THF (trading à haute fréquence).

 

Car selon Bollerman, les intervenants de marchés qui utilisent la connection FIX sont ralentis, et désavantagés par rapport à ceux qui utilisent le protocole Binaire du NYSE (de 200 microsecondes), un service qui requiert une connectivité que tous les participants de marché ne peuvent se permettre.

Cela devient fréquent de s'envoyer des fleurs par blog interposé entre les plateformes de marché. Au Canada, Aequitas n'hésite pas non plus à pointer les défauts de la Bourse de Toronto.

En Europe, par contre, rien de tout ça.

Aquis, un MTF, préfère écarter les stratégies prédatrices de THF (le momentum ignition, qui consiste en une série d'ordres rapides à l'achat ou la vente pour ensuite les annuler pour influencer la direction des marchés) plutôt que d'imposer un frein technique. Ce qui demande de les identifier.

Mais aucun MTF européen n'essaie de se requalifier en marché réglementé comme Euronext, Deutsche Börse ou le London Stock Exchange.

Toutefois, l'Europe commence seulement à observer des scandales sur la structure des marchés, à l'image de l'amende infligée par l'AMF à Euronext pour avoir avantagé Madison Tyler sur les valeurs françaises en 2009, alors qu'aux Etats-Unis, la vague d'amendes qui s'abat sur les dark pools et autres plateformes remonte à 2012. Ce qui donne un terrain fertile pour la critique...

Posté le 30 janvier 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Sarao, non coupable d'avoir causé le flash crash?

232390574Navinder Sarao (photo), le trader britannique accusé d'avoir provoqué le flash crash du Dow Jones le 6 mai 2010, ne serait pas coupable, selon trois professeurs de finance, de droit et d'astrophysique. Eric Aldrich (Université de Californie), Joseph Grundfest (Stanford) et Gregory Laughlin (Université de Californie) ont analysé milliseconde après milliseconde l'événement datant d'il y a plus de cinq ans, et conclut qu'il était hautement improbable que les transactions de Sarao, furent-elles illégales, soient à l'origine de ce krach spectaculaire.

Le 6 mai 2010, pour rappel, le Dow Jones Industrial Average a subi "le plus fort déclin en une heure" de toute son histoire, perdant près de 1000 points entre 2:41 et 2:45 pm (heure newyorkaise), pour rebondir spectaculairement 15 minutes plus tard. Des titres comme Accenture ont chuté de 39,98 dollars à un cent en trois minutes avant de remonter à 39,51 dollars, tandis que l'action Apple a touché brièvement 100.000 dollars, avant de revenir à son cours normal.

Tout a démarré avec la vente massive de e-mini futures sur le S&P500 par un fonds, Waddell &Reed, qui s'est propagé aux marchés d'actions.

Navinder Sarao avait été accusé, par un rapport de la CFTC  (Commodity Futures Trading Commission), d'avoir manipulé les e-mini futures sur le S&P500 dans les minutes précédant le krach, et provoqué par son action celui-ci.

Les trois professeurs nient cette accusation, car ils estiment que l'algorithme du trader londonien n'a eu un impact que de -0,0135 point de base sur le carnet d'ordres du contrat, alors que l'impact observé durant les minutes précédant le flash krach fut de 500 points de base de perte. Autrement, le trader n'a eu aucun impact sur le carnet d'ordre.

L'étude s'est penchée sur les messages envoyés sur le Chicago Mercantile Exchange, sur le Nasdaq et sur la base de données consolidées durant la période entourant le flash crash. Une méthode différente des autres études, qui ont passé en revue les transactions durant la période. Les auteurs ont découvert qu'entre 2:42 et 2:46pm, les prix ont dévié du consensus de marché, résultant en des transactions retardées. Mais ces prix n'ont pas été répertoriés comme déviants, et "pourraient avoir été interprétés comme prix sur le marché, alors qu'ils ne reflètaient rien" suggèrent les auteurs. Ils pensent que ces délais peuvent avoir contribué à l'évolution du flash crash.

Les trois professeurs soulignent que ce dernier point mérite d'être approfondi. Mais si leur hypothèse tient la route, elle remettra encore en cause la structure extrêmement complexe des marchés américains. Les auteurs ont aussi pointé un problème d'horodatage, entre des données de marchés estampillées en millisecondes sur le CME et la base de données consolidées, et en nanosecondes sur le Nasdaq.

Posté le 29 janvier 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les THF prennent la place des banques

GF10000061532_VIRTU-FINCL-IPOSur le parquet du New York Stock Exchange, Barclays vient de céder sa place à GTS, une firme de trading à haute fréquence qui pèse entre 3 et 5% des volumes de transactions en actions américaines. La banque était la dernière à encore placer des traders sur le parquet de la Bourse de New York. Après elle, il ne reste plus que des firmes de trading à haute fréquence (THF), comme Virtu Financial, IMC et KCG, aux côtés de firmes dont le métier tourne autour du market making comme Brendan Cryan et J Streicher.

Seul 13% des volumes de transactions du NYSE est traité sur le parquet, mais les firmes présentes y gardent un emplacement stratégique, et le propriétaire de la Bourse de New York (l'Intercontinental Exchange) ne veut pour l'instant pas toucher à ce modèle.

En 2014, Goldman Sachs avait laissé son siège à la firme de THF basée à Amsterdam, IMC. Les banques n'y trouvent plus leur compte dans cette activité. Certains diront que ce n'est pas plus mal, car ce n'est pas forcément aux banques d'assurer la liquidité des marchés. IMC, KCG et Virtu Financial se présentent comme des teneurs de liquidité et en principe, ces firmes doivent constamment gérer leur risque et éviter d'engager trop de dettes sur les marchés.

Mais il faut aussi rappeler que le parquet du NYSE a fort rétréci au cours des années, pour devenir principalement un plateau de télévision. Les chaînes Bloomberg TV et CNBC, qui étaient localisées au-dessus du parquet avant 2007, occupent désormais une place centrale sur le parquet. Barclays avait repris en 2007 l'activité de la firme Van der Moolen, puis Bear Wagner en 2009, et Labranche en 2010, pour fusionner les trois entités.

Ce qui se passe sur le parquet du NYSE n'est guère différent dans les centres de données des Bourses, là où se traite l'essentiel des transactions sur les marchés. Les banques, pour des raisons de rentabilité ou de régulation, ferment leur desk de trading ou réduisent sérieusement la voilure, laissant la place aux firmes de trading à haute fréquence. Leur tâche n'est pas forcément aisée, car comme peuvent en témoigner certaines, elles doivent composer avec des interruptions fréquentes du moteur d'appareillage des Bourses (autrement dit, la Bourse ne répond plus).

Posté le 21 janvier 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

AB InBev, la seule valeur belge qui intéresse le HFT?

RTR28WF1Le groupe brassicole AB InBev est aujourd'hui à la Bourse de Bruxelles ce que Nokia était à la Bourse d'Helsinki à la fin des années 90. Avec une capitalisation boursière de 172,1 milliards d'euros, elle pèse à elle seule plus de la moitié de la capitalisation boursière de l'ensemble de la Bourse de Bruxelles.

En termes de volumes de transactions, la société a enregistré pour 189,7 millions d'euros de transactions par jour en 2015 selon les chiffres d'Euronext, contre 128,6 millions d'euros en 2014. Le volume de transactions moyen par jour de la Bourse de Bruxelles s'est établi à 514 millions d'euros en 2015, autrement dit, AB InBev pèse a lui seul 36% des volumes de transactions de la Bourse de Bruxelles.

Récemment, une firme de trading à haute fréquence a avoué que seul AB Inbev l'intéressait parmi les valeurs belges. Les firmes de trading à haute fréquence, en particulier celles qui font du market making, cherchent avant tout des valeurs liquides, et aussi (pas toujours) négociées sur plusieurs marchés.

Ceci explique pourquoi le volume de trading à haute fréquence sur la Bourse de Bruxelles s'avère moindre que sur d'autres marchés européens, où entre 30 et 40% des volumes est attribué au HFT. L'ESMA, en 2014, avait réalisé une cartographie du HFT en Europe, où le régulateur européen avait divisé en trois en termes de valeur négociée, du nombre de transactions et du nombre d'ordres (car un ordre ne résulte pas forcément en une transaction faut-il le rappeler) et avait constaté ceci.

HFTesma

L'ESMA avait pris un échantillon de six valeurs belges pour son étude, et avait conclu que pour les actions belges, les desk HFT des banques étaient plus actives que les firmes de HFT indépendantes. Mercredi, Euronext Bruxelles avait récompensé Morgan Stanley comme acteur le plus actif sur les actions du Bel20.

Ceci ne veut pas dire que les valeurs belges sont largement ignorées par le HFT. Car lorsqu'un particulier exécute un ordre de Bourse sur une valeur belge chez son courtier en ligne, il a de fortes chances de se retrouver face à une firme de HFT en tant que contrepartie. Mais le particulier belge, selon Euronext Bruxelles, ne pèse que 3 à 5% du volume des transactions sur les valeurs du Bel20  (celle-ci monte à 12% pour le Bel Mid, 25% pour le Bel Small, 35% pour Alternext et 50-60% sur le Marché Libre, mais la liquidité des titres y est beaucoup moindre, et ne risque pas d'attirer un HFT).

Depuis 2012, les choses ont changé, puisqu'en France, les transactions sur les titres dépassant un milliard d'euros sont taxées (à 0,2%), et il est question d'inclure les transactions intraday dans le champ de cette taxe cette année. Vincent Van Dessel, le président d'Euronext Bruxelles, a constaté que cette taxe avait poussé certains investisseurs à privilégier les valeurs belges plutôt que françaises.

En Belgique, depuis le 1er janvier, les particuliers sont soumis à une taxation sur la plus-value boursière dégagée en moins de six mois sur des actions (de 33%). Euronext Bruxelles s'attend à une chute de la participation des particuliers sur la Bourse de Bruxelles.

L'écart entre AB Inbev et le reste la cote belge risque-t-il de se creuser davantage?

Posté le 13 janvier 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Hilgers (Optiver) plaide pour de bonnes pratiques de marché

Optiver, l'une des plus grandes firmes de trading à haute fréquence basées en Europe, va fêter cette année son trentième anniversaire. C'est l'une des plus vieilles firmes de trading qui existe encore, car toutes n'ont pas su opérer leur transformation technologique. Paul Hilgers, le nouveau patron de la firme basée à Amsterdam (depuis 2014 et le pas de côté du fondateur de la firme, Johann Kaemingk), a accepté ma proposition d'interview. Jusqu'à présent, la FIA Epta, qui défend les intérêts des firmes de trading, était principalement mon seul interlocuteur. Mais en 2015, Remco Lenterman, puis Johannah Ladd, (respectivement président et secrétaire générale de la FIA Epta) ont abandonné leur fonction. Alors, de nouveaux visages apparaissent dans le HFT...

Akoptiver3En 29 ans, Optiver a beaucoup changé. Pouvez-vous expliquer comment?

Optiver a commencé avec une personne sur le parquet de la Bourse d'Amsterdam (Johann Kaemingk) qui opérait en tant que teneur de marché sur les options. C'est toujours ce que nous faisons actuellement. Mais nous opérons à plus grande échelle (Optiver compte 750 employés, NDLR) et avec plus de technologie. Notre coeur d'activité n'a pas vraiment changé depuis 29 ans. Ce qui a changé, c'est la façon dont nous exécutons les ordres. Toutefois, nous disposons toujours de traders sur le parquet, à Chicago, car il y a toujours une partie des volumes de transactions qui se négocie sur le parquet. C'est le cas de l'euro-dollar, où la majorité des volumes se fait encore sur le parquet, et pas sur les écrans d'ordinateurs. Nous voyons Optiver comme un moteur de prix, qui donne le prix pour des titres cotés sur les Bourses.

L'emploi de la technologie dépend-il de la classe d'actifs?

Oui. Cela dépend aussi de la stratégie. Par exemple, si vous voulez négocier le Nikkei entre Tokyo et Singapour, il vous faudra une stratégie à faible latence (temps d'exécution des ordres). Par contre, si vous voulez négocier de gros blocs de transactions sur l'Eurostoxx ou sur les options, c'est une autre approche, car il faut par exemple vérifier que vous avez des couvertures en place...

Aux Etats-Unis, beaucoup de cas de "spoofing" (envoi d'une très grande quantité d'ordres pour ensuite les annuler et manipuler le marché) ont été sanctionnés par les gendarmes des marchés. Mais on a vu que cela concernait surtout des traders individuels. Tout a commencé lorsque la loi Dodd-Frank est entrée en vigueur et a interdit cette manipulation de marché. Mais avant, celle-ci évoluait dans une zone grise. Comment devez-vous vous adapter?

Nous devons nous adapter. Mais nous sommes en faveur d'une meilleure régulation des marchés. Je pense toutefois que la régulation doit soutenir la croissance économique. Et il faut aussi de la clarté sur les règles. C'est pour cela que nous travaillons en collaboration avec les Bourses et les régulateurs pour discuter ce qui relève des bonnes pratiques sur les marchés financiers, et ce qui ne l'est pas. Car notre activité est de fournir un service à la société, en permettant le transfert de risque et une allocation d'actifs moins chère en réduisant les coûts de transactions grâce à des faibles spreads (écarts de cours). Si nous perdons la confiance des investisseurs dans les marchés financiers, il y aura un problème. Nous avons intérêt à ce que les investisseurs allouent leurs actifs. Plutôt que de se focaliser sur le trading à haute fréquence, il faudrait se concentrer sur la définition des bonnes et mauvaises pratiques de marché. Si vous regardez un des cas de spoofing, vous verrez que la stratégie employée n'est pas très sophistiquée. Ce n'est donc pas une question de technologie, mais une question de bonnes pratiques. Le CME (Chicago Mercantile Exchange) fait un bon travail. L'année passée, il a adopté des règles pour suspendre les mauvaises pratiques. Il nous a envoyé un questionnaire pour les déterminer. En tant que participant de marché, nous avons besoin de comprendre quelle est la teneur de ces règles.

La taille d'Optiver vous permet-elle de mieux vous adapter aux changements de régulation, comparé à des petites firmes de trading?

Je crois que c'est une question de bonnes pratiques. Nous n'avons pas commencé avec 15 personnes, ni avec plusieurs centaines de millions d'euros de capitaux. La firme a débuté avec trois fondateurs, dont un trader. Dès le premier jour, nous avons fait attention aux risques. Nous sommes très frileux envers le risque dans cette société. Aussi, nous prenons le temps d'analyser nos risques et de peser ceux que nous prenons. Cela nous permet de construire le cadre de notre activité. Bien sûr, ce n'est pas parfait. Il y a toujours des zones d'ombre. Mais nous essayons de les identifier, grâce à notre équipe de gestion de risque. Si vous êtes un trader individuel, vous devez comprendre la régulation et les risques, pas juste les bénéfices à court terme. C'est comme cela que nous existons depuis 29 ans. Nous ne prenons pas de raccourcis pour générer des bénéfices à court terme.

Quel est le plus gros risque pour Optiver? Craignez-vous un épisode comme celui de la firme Knight Capital (où un algorithme fou a poussé à la faillite la société)?

Le cas de Knight Capital a été un vrai signal d'alarme pour tous les participants de marché. Les associations de trading comme la FIA en Europe et aux Etats-Unis ont réfléchi à comment gérer ce risque. Elles sont venues avec des solutions comme un bouton panique ou un coupe-circuit généralisé. Et puis, les Bourses ont réagi, et les régulateurs aussi. La CFTC vient de lancer sa consultation sur ses propositions de règles pour les firmes de trading à haute fréquence. Elles tiennent sur plus de 500 pages, avec quelque 200 questions que nos équipes à Chicago sont en train d'analyser. Aussi, je crois que ces dernières années, nous avons beaucoup travaillé pour limiter nos risques. Ceci dit, cela ne nous garantit pas que rien ne peut se passer. Durant les épisodes de flash crash comme en mai 2010 et plus récemment, sur le taux US à dix ans, comment réagit Optiver? En période de stress sur les marchés, les teneurs de marchés comme nous ont un rôle très important. Chez Optiver, nous avons été capables de rester dans le marché et fournir de la liquidité. Cela permet aux investisseurs de transférer leur risque. Nos spreads changent en période de stress, car la volatilité devient plus élevée et nous devons nous ajuster. Si nous devons ajuster notre capital en fonction du risque, nous devons demander des frais plus élevés.

Vous ne tirez pas la prise de l'ordinateur durant les flash crash?

Non, car nous avons une obligation envers les Bourses de fournir de la liquidité, entre 70 et 80% du temps. C'est notre force, notre coeur de métier, de pouvoir fournir des prix au marché.

Arrive-t-il qu'Optiver doive tirer la prise? Oui, parfois, parce que c'est nécessaire. Parfois, nous recevons trop tard une confirmation de transaction. Si nous ne parvenons pas à réconcilier nos données de transactions avec celle des Bourses, nous nous retirons du marché. Il est absolument nécessaire que nous ayons le contrôle de nos opérations, de nos stratégies, de nos positions sur le marché. Mais j'ajouterai que neuf fois sur dix, nous restons sur le marché. En période de stress, nous restons dans le marché.

Dans la directive européenne MiFID 2 (qui doit entrer en vigueur en 2017 en principe), il est prévu une synchronisation de l'horodatage des transactions, car actuellement, ce n'est pas le cas entre les différentes Bourses et plateformes de transactions. Comment faites-vous chez Optiver pour gérer ce problème d'horodatage?

Pour nous, cela ne fait pas une grande différence que l'horodatage des Bourses soit synchronisé. Nous parvenons à synchroniser nos transactions. Nous avons beaucoup de réseaux de faibles latences en place, qui nous permettent d'obtenir les données de marché aussi rapidement que possible entre les différentes plateformes de transactions. Cela fait longtemps que nous composons avec cette difficulté.

Optiver, comme d'autres firmes de trading à haute fréquence, dispose de son propre réseau d'antennes hertziennes. Pourquoi?

Les marchés sont interconnectés. Il faut pouvoir transmettre les données de marché aussi rapidement que possible, dans différentes destinations. Cela permet d'analyser les données et d'obtenir un meilleur prix. Si cela nous prend 5 minutes pour se rendre compte que le S&P a un impact sur l'Eurostoxx, nos prix ne seront pas justes. Nous ne pouvons amener le meilleur prix aux investisseurs et aux marchés si nous n'avons pas les bonnes données.

 

L'interview a été publiée dans le journal papier le 2 janvier.

Posté le 12 janvier 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Couac sur le titre General Electric

Alors qu'en Europe, la construction d'une tour de 320 mètres à Richborough en Grande-Bretagne (et probablement la même en Belgique, puisque selon le Daily Mail, Vigilant Global prévoit de construire une tour de la même hauteur) fait débat, c'est business as usual sur les marchés américains.

Lors de la journée du 11 janvier, le titre General Electric a connu un drôle de mouvement vers 11h30 heure locale.

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Le titre a pris subitement 4,68% pour redescendre aussitôt. Mais Eric Scott Hunsader, le fondateur de la firme de données Nanex, observe que ceci résulte d'une transaction sur le NYSE.

D'après lui, ce couac provient d'un membre de la Bourse qui aurait fait disparaître ses cotations.

 

Rappelons que GE pèse 269,7 milliards de dollars de capitalisation boursière, et dégage un chiffre d'affaires de 147,8 milliards de dollars en 2014, qui ne varie pas en un claquement de doigt.

Posté le 5 janvier 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

De plus hautes tours du HFT

Richborough, un paisible village situé dans le Kent près de Douvres en Grande-Bretagne, va accueillir une tour de communications. La firme Vigilant, derrière laquelle se cache la firme de trading à haute fréquence basée à Chicago DRW, veut y construire une de ses antennes relais pour obtenir plus rapidement les données de marché entre Francfort et Londres. Ce réseau d'antennes n'existe actuellement qu'en Europe, entre Londres, où se trouve les centres de données des actions, dérivés et devises, et Francfort, où se trouve le centre de données de Deutsche Boerse , ainsi qu'aux Etats-Unis, entre New York et Chicago. Ce réseau relie les centres de données où sont logés les serveurs informatiques des Bourses, mais aussi ceux des firmes de trading à haute fréquence et des banques.

La particularité de la tour de DRW est sa taille: 320 mètres de hauteur. Comme l'explique Vigilant sur son site internet, la hauteur est nécessaire pour remédier à un problème de transmission des données. La terre n'étant pas plate, Vigilant a calculé la hauteur nécessaire pour obtenir la transmission radio la plus claire entre deux antennes relais, comme il le montre sur un schéma.

DRW

320 mètres, c'est haut. A titre de comparaison, l'antenne de télécommunications d'Houtem, en Belgique, rachetée à l'Etat belge en juillet 2014 par la firme de trading à haute fréquence Jump Trading, ne culmine qu'à 244 mètres. 320 mètres, c'est presque aussi haut que la Tour Eiffel.

 

Les firmes de trading à haute fréquence comme DRW et Jump Trading, mais aussi Optiver, Flow Traders et KCG, cherchent à obtenir la meilleure (et plus rapide transmission) de leurs données de marché. Relever la hauteur des antennes relais représente une solution. Alphabet (Google) évalue actuellement l'emploi de ballons à haute altitude, pour transmettre plus rapidement les données.

Alors, une question se pose: risque-t-on de voir pousser en Belgique (en plein axe de la route de données Francfort-Londres) des tours de communications de plus de 300 mètres?

Posté le 22 décembre 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les temps forts du HFT en 2015

Le trading à haute fréquence a traversé une année 2015 riche en événements. En voici la liste (non-exhaustive), inspirée par les tweets de Remco Lenterman, Eric Scott Hunsader, Alexandre Laumonier et les acolytes de Themis Trading.

Janvier:

  • La plateforme TOM se retrouve au coeur d'une polémique liée au trading à haute fréquence. L'affaire fait grand bruit outre-Moerdijk. Elle part de l'accusation du courtier DeGiro, qui affirme avait vu ses ordres sur TOM devancés systématiquement. Depuis, Binckbank, actionnaire de TOM, a renvoyé les ordres de ses clients sur Euronext. Ce n'était pas l'année de TOM, qui a perdu un procès en juillet contre Euronext en justice. La justice néerlandaise a demandé à la plateforme de cesser de copier les produits proposés par Euronext.
  • Aux Etats-Unis, la plateforme de transactions Direct Edge (propriété de BATS) reçoit une amende de 14 millions de dollars pour avoir permis, grâce à un type d'ordres (le hide not slide) caché du reste des participants de marché, à des firmes de trading à haute fréquence de devancer la file des ordres dans le carnet d'ordres.

 

Mars:

  •  HTG, une firme de trading à haute fréquence américaine, porte plainte en justice contre X, pour manipulation sur les futures sur le taux US, entre janvier 2013 et août 2014. Cette manipulation s'appelle du spoofing (elle consiste à envoyer une grande quantité d'ordres sur le marché, pour l'annuler en induisant le reste du marché en erreur). C'est la première fois qu'une firme de trading à haute fréquence se plaint publiquement de spoofing.
  • Flash Crash sur le dollar

 

 

Le trading à haute fréquence pèse  environ 40% des volumes de transactions sur le marché des changes.

  • Début pour Aequitas Neo au Canada, le 27 mars. La plateforme de transactions, initiative de Jos Schmitt (ancien directeur du BelFox à la Bourse de Bruxelles), présente la particularité d'imposer un frein aux firmes de trading à haute fréquence, entre 5 et 9 millisecondes, afin d'éliminer leur avantage de vitesse par rapport aux autres acteurs de marché.

 

Avril

  • La firme de trading à haute fréquence basée à New York Virtu Financial voit son titre bondir de 20% lors de sa première cotation  sur le Nasdaq. C'est une réussite pour la firme, qui avait dû retarder son opération initialement prévue en 2014, en raison notamment de la controverse soulevée par le livre de Michael Lewis, "Flash Boys", très critique envers le trading à haute fréquence, et le début de l'enquête du procureur de la ville de New York, Eric Schneidermann, sur le secteur.
  • Arrestation de Navinder Sarao, un trader particulier basé à Londres, accusé d'avoir provoqué le flash crash du Dow Jones Industrial Average  le 6 mai 2010, grâce au spoofing. Il fait l'objet d'une demande d'extradition aux Etats-Unis.

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Mai

  • Deux traders du Chicago Mercantile Exchange se font suspendre pour layering, une manipulation de marché.
  • Sergey Aleynikov, l'ancien programmeur informatique de Goldman Sachs, se voit condamné  pour vol de codes.

 

Juin

  • La firme de trading à haute fréquence, spécialisée dans les ETF, Flow Traders, annonce vouloir se faire coter sur la Bourse d'Amsterdam. L'introduction a lieu le 10 juillet. Le titre a pris 13% lors de sa première journée.
  • La banque Goldman Sachs se lance à son tour dans la course  à la vitesse des transactions, un an après avoir demandé des réformes sur le trading à haute fréquence.
  • Optiver, l'une des plus grandes firmes de trading à haute fréquence en Europe, indique avoir connu une progression de 46% de son bénéfice net en 2014 par rapport à l'année précédente.  Les firmes européennes de HFT ont connu une meilleure année que les firmes américaines, comme KCG.

 

Juillet

  • L'Autorité des Marchés Financiers en France recommande trois mesures pour encadrer le trading à haute fréquence: l'enregistrement obligatoire, le renforcement de la qualité du contrôle des risques, et une évolution de la structure des marchés, soit par enchères périodiques (toutes les secondes ou les 100 millisecondes),soit par retardement des ordres au marché.

 

Août

  • Remco Lenterman annonce son départ de la direction de la firme amstellodamoise de HFT IMC. Il quitte aussi la présidence de la FIA Epta, association qui défend les intérêt des firmes de HFT en Europe. Il reste encore très présent sur Twitter.
  • La Chine annonce vouloir contrôler les firmes de trading à haute fréquence.
  • ITG, l'opérateur d'un des plus vieux dark pools, reçoit une amende de 20,3 millions de dollars de la Securities and Exchange Commission, qui distribue les amendes à tour de bras, pour avoir dévoilé les informations de ses clients entre 2010 et 2011.
  • Virtu Financial annonce un bénéfice historique pour la journée du 24 août, marquée par une forte volatilité, et requalifiée de lundi noir. Les ETF ont connu bien des secousses ce jour-là.

 

Septembre

  • La banque Barclays échappe à une amende. La justice américaine décide d'abandonner ses poursuites contre elle, ainsi que sept Bourses américaines, à la demande d'un groupe de fonds de pension qui les accusait de favoriser les traders à haute fréquence.
  • Da Vinci, une firme de trading britannique, reçoit une amende de 7,5 millions de livres sterling de la Financial Conduct Authority, le régulateur des marchés britanniques, pour avoir commis du layering (semblable à du spoofing) en 2011 sur le London Stock Exchange.
  • Hibernia, une société de technologie, annonce avoir rendu opérationnel son câble transatlantique, qui va permettre de gagner 5 millisecondes  l'aller et le retour d'un ordre entre New York et Londres. Il ne faut plus que 59,5 millisecondes de délai.

 

Octobre

  • Latour Trading écope d'une deuxième amende, pour avoir employé des ordres Post Only à l'insu des autres participants de marché.
  • Le trading à haute fréquence s'invite dans la campagne présidentielle américaine. La candidate démocrate Hillary Clinton suggère d'instaurer une taxe sur les annulations d'ordres, afin de freiner le spoofing.
  • Timothy Massad, le président de la Commodity Future Trading Commission, indique lors d'un discours que 35 flash crash sont survenus cette année sur le WTI (référence de pétrole aux Etats-Unis). Il désigne comme responsable le self trading.

 

Novembre

  • Virtu Financial voit son action connaître un flash crash après la publication de ses résultats trimestriels. La société se retrouve aussi sur le banc des accusés à la Commission des sanctions de l'AMF, aux côtés d'Euronext. Le régulateur français demande une amende de 5 millions d'euros pour Euronext, et 4 millions d'euros pour Virtu, pour avoir enfreint les règles.
  • La CFTC vote en faveur de nouvelles règles pour le trading à haute fréquence. Elle veut notamment demander le code de trading des firmes de HFT, gardé secret jusqu'à présent. Elle veut aussi déterminer le self trading.

 

Décembre

  • BATS, la plateforme de transactions et deuxième marché d'actions aux Etats-Unis, veut retenter son entrée en Bourse en 2016, plus de trois ans et demi après l'échec de son opération.
  • La Commission des sanctions de l'AMF inflige une amende de 5 millions d'euros à Euronext, et la même à Virtu Financial. Elle accuse la Bourse d'avoir permis à Virtu la colocation de ses serveurs informatiques dans son centre de données d'Aubervilliers en 2009, et de l'avoir favorisé avec un programme pilote qui a évité à Virtu de devoir payer des pénalités pour un ratio d'annulations d'ordres supérieur à 100:1. Virtu est accusé de layering. Les deux sociétés font appel.
  • Johannah Ladd annonce son départ de la FIA Epta.

 

 

Posté le 10 décembre 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Pourquoi Virtu reçoit une amende de l'AMF, et pas les autres HFT

GF10000061532_VIRTU-FINCL-IPOAvant la sanction officielle de Virtu Financial et d'Euronext par la commission des sanctions de l'AMF, certains se demandaient pourquoi Virtu se retrouvait seul sur le banc des accusés du côté des firmes de trading à haute fréquence.

Car Euronext s'était défendu devant l'AMF en mentionnant un programme pilote, accordé à plusieurs acteurs de marché, entre 2009 et 2010, afin de répondre à la concurrence des plateformes alternatives (Chi-X Europe, en particulier). Ce programme prévoyait une exemption pour les annulations d'ordres dépassant le ratio de 100 ordres pour une transaction (100:1).

Dans le rapport de l'AMF, il est mentionné que Virtu (Madison Tyler) avait obtenu d'Euronext l'installation de ses serveurs informatiques dans son centre de transactions situé à l'époque à Aubervilliers (près de Paris), ce qu'on appelle dans le jargon des Bourses la colocation. Seul Virtu disposait de cet avantage, qui lui permettait de recevoir 5 millisecondes avant le reste du marché les messages d'Euronext, autrement dit, il voyait le marché avant tout le monde. Grâce à l'exemption d'Euronext pour le ratio d'ordres, Virtu a pu envoyer 5 millions d'ordres sur Euronext, sur 27 titres du CAC40, et les annuler/modifier en 2 millisecondes. Ce qui signifie que dans l'intervalle, les ordres de Virtu avaient déjà disparu lorsque le reste du marché s'activait.

Le ratio d'annulations d'ordres de Virtu sur Euronext atteignait 253:1 selon l'enquête de l'AMF. Il aurait dû payer 19,6 millions d'euros de frais supplémentaires si Euronext n'avait pas adopté une exemption. Mais ce ratio était aussi élevé, si pas plus, sur les quatre autres plateformes où tournait l'algorithme soap (et ses pendants, Tourist et Schwamm). En moyenne, le reste du marché annulait environ 12 ordres pour une transaction durant la période.

Ce n'est pas l'exemption accordée par Euronext qui est mise en cause par l'AMF, mais bien la colocation accordée par Euronext à Virtu, qui lui permettait de voir le marché avant tout le monde. Ce privilège contrevient au principe de neutralité et d'impartialité dont doit faire preuve Euronext, selon l'AMF. L'AMF accuse aussi Virtu de layering, une manipulation de marché qui consiste à envoyer une grande quantité d'ordres pour les annuler, et fausser la direction du marché.

L'enjeu de la latence (la rapidité à obtenir les messages des Bourses) a démarré en 2007, lorsque les ordinateurs ont atteint la vitesse de la lumière. Toutefois, dans l'histoire des Bourses, dès 1999, la firme de trading à haute fréquence américaine Tradebot avait obtenu la colocation de ses serveurs informatiques par la plateforme Island, concurrente du Nasdaq et du NYSE. Le fondateur de Tradebot, et de la plateforme de transactions BATS, Dave Cummings, ne voulait pas perdre de temps.

L'enquête de l'AMF a démarré en 2010. Sans doute sur base de dénonciations. Les autres acteurs de marché, dont les autres firmes de trading à haute fréquence, ont dû se rendre compte que leurs ordres étaient systématiquement devancés.

Euronext conteste cependant les faits, et fait appel de cette décision.

Une question se pose encore: est-ce que les titres du Bel20, de l'AEX et du PSI ont été soumis au même régime durant l'été 2009 par Virtu? Il faut rappeler qu'Euronext est le groupe qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Lisbonne et Bruxelles. A l'époque, il comprenait aussi le marché de dérivés Liffe, et faisait partie de l'ensemble NYSE Euronext, une multinationale qui détenait aussi la Bourse de New York, depuis 2007.

 

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