Que serait le trading à haute fréquence sans la structure actuelle des marchés?
Au séminaire Trade Tech, qui se tenait du 16 au 18 avril 2013 à Londres, Joe Saluzzi, un des fondateurs de la firme de courtage Themis Trading, a souligné que le problème des marchés américains tient moins au trading à haute fréquence qu'à la structure actuelle des Bourses.
Aux Etats-Unis, même les patrons des Bourses comme BATS, NYSE Euronext, IntercontinentalExchange,... reconnaissent que les marchés sont devenus d'une extrême complexité.
"Tout a commencé lorsque Haim Bodek, qui relate son expérience dans le livre Dark Pools de Scott Patterson, s'est rendu compte des différents types d'ordres qui existent sur les Bourses américaines" a expliqué Saluzzi lors d'une présentation lors du séminaire.
"Haim, qui ne comprenait pas pourquoi il se faisait distancer sur les marchés, s'est retrouvé un jour à la table d'un patron de Bourses qui lui a rétorqué: quoi? Vous n'utilisez pas le hide not slide?" ajoute Saluzzi.
Bodek s'est penché sur ce type d'ordres et a découvert des pratiques qui ont poussé la Securities and Exchange Commission à s'y intéresser sérieusement. Depuis lors, les patrons de Bourses commencent à prendre leur distance avec ces ordres.
Et à Trade Tech, Saluzzi, Ari Burstein (conseiller chez l'ICI, l'association des mutual funds aux Etats-Unis) et Larry Tabb (le fondateur de Tabb Group) ont appelé à une révision des ordres de Bourses aux Etats-Unis.
En Europe, le hide not slide n'est pas possible. Pour la simple raison que les marchés européens ne sont pas connectés entre eux, contrairement aux Etats-Unis.
Ceci s'explique par la directive RegNMS outre-Atlantique, qui stipule qu'un ordre de Bourse doit être envoyé vers la plateforme qui offre le meilleur prix. Par exemple, si à l'instant T, une action Coca-Cola s'affiche à 42,725 $ sur le NYSE, à 42,724sur BATS, et à 42,72 sur Direct Edge, l'ordre d'achat doit être dirigé vers Direct Edge.
En Europe, la directive MiFID laisse au broker le soin d'offrir la meilleure exécution à son client. En d'autres termes, s'il veut envoyer son ordre exclusivement sur NYSE Euronext, il est libre de le faire.
Aux Etats-Unis, si, par hasard, les cours des actions d'une société s'affichent à l'identique sur les différentes plateformes, une procédure appelée "locked market" se met alors en place, mais uniquement pour les ordres dont le cours est affiché. Et bien sûr, il y a des ordres dont le cours n'est pas affiché. Qui peuvent continuer d'être exécutés. Pour ceux qui y ont accès.
En Europe, en l'absence de base de données consolidées, tout ceci n'est pas possible.
L'absence de base de données consolidées freine par ailleurs la fragmentation des marchés européens. Car chaque plateforme de transactions qui publie ses données sur cette base de données reçoit une rémunération aux Etats-Unis. En Europe, les données de marchés restent encore la chasse gardée des Bourses comme le London Stock Exchange, NYSE Euronext ou Deutsche Börse.
"On comprend pourquoi le secteur européen tarde à implémenter une base de données consolidées" persifle un acteur du marché.
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