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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 20 octobre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Retour sur le flash crash du taux dix ans US

Le 15 octobre 2014, journée particulièrement difficile pour les marchés d'actions européens, le taux américain à dix ans a connu un épisode de krach éclair, où il s'est soudainement replié de 35 points de base pour remonter quelques minutes et effacer tout son repli.

 

Plusieurs spécialistes avaient prévenu dès 2012 d'un krach éclair sur les obligations d'Etat américaines (Treasuries). Car depuis 2010, le trading en actions est devenu moins profitable pour les firmes de trading à haute fréquence. Alors, des sociétés comme Virtu Financial, Hudson River, Sun Trading, Jump Trading, et GSA Capital Partners se sont tournées vers les obligations. Et comme toutes les firmes de trading à haute fréquence ont une préférence pour les titres les plus liquides (les plus échangeables), leur choix s'est posé sur les obligations d'Etat américaines.

Ce jour de flash crash, le S&P500 a aussi connu, au même moment entre 9:33 et 9:45, un repli soudain de 1% avant de rebondir quelques minutes plus tard.

Nanex relève que sur le Chicago Mercantile Exchange, les futures sur les Treasuries ont connu durant la même période un assèchement brutal de liquidités, provoquant une hausse des prix (et une baisse des rendements).

Les volumes de transactions étaient à un record ce 15 octobre, davantage que durant la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 et en août 2011, lorsque la note de crédit de la dette américaine a été abaissée, souligne Nanex.

Nanex ne désigne pas le coupable, mais connaissant un peu  Eric Hunsader, on se doute que son regard se tourne vers les firmes de trading à haute fréquence.

Posté le 17 octobre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Athena Capital, un HFT à nouveau à l'amende

672353La Securities and Exchange Commission, le superviseur des marchés d'actions américains, a sanctionné une firme de trading appelée Athena Capital pour avoir manipulé les cours des actions sur le Nasdaq entre juin et décembre 2009.

Athena Capital a accepté de payer un million de dollars à la SEC.

Le régulateur des marchés lui reproche d'avoir envoyé des dizaines de milliers d'ordres d'achat ou de vente deux secondes avant la clôture du Nasdaq, afin de faire bouger le marché dans sa direction et forcer les autres participants à prendre la position inverse. Athena Capital a utilisé un algorithme, baptisé Gravy (sauce en français) pour y parvenir. 

C'est le premier cas de manipulation par une firme de trading à haute fréquence sanctionné par la SEC. Mais ce n'est pas le premier du genre sur les marchés américains.

En effet, en 2007, Optiver s'était fait pincer pour avoir pilonné les cours du pétrole avant la clôture des marchés, à l'aide d'un algorithme appelé "marteau". La firme amstellodamoise a dû s'acquitter d'une amende de 14 millions de dollars.

Plus récemment, il y a eu le cas Panther Energy. Le fondateur et unique employé de la firme risque la prison.

Et par ailleurs, la SEC a infligé en septembre de cette année une amende de 16 millions de dollars à Latour Trading. Pas pour manipulation de cours, mais pour réserve insuffisante de capital.

Latour Trading est une filiale de la firme de trading new yorkaise Tower Group. Or, certains des dirigeants d'Athena Capital proviennent eux aussi de Tower Group.

 

 

Décidément, le nom de Tower Group circule beaucoup en ce moment sur les réseaux sociaux dès qu'on parle de manipulation de cours. Et un lecteur de ce blog rappelle que Tower Group s'est fait condamner il y a quelques années pour piratage musical, au travers d'une filiale, LimeWire.

Le Huffington Post avait rencontré en 2012 le fondateur de Tower Group, Mark Gorton, appelé par certains le "Bernard Madoff du crime internet"... 

Mais le cas d'Athena Capital, et celui de Latour Trading, montre que la SEC a décidé d'en découdre avec les firmes de trading. Il se peut aussi que des firmes rivales se sont mises à dénoncer les agissements de leurs confrères. Car les marges bénéficiaires des firmes de trading s'amenuisent. Alors, on ne se fait plus de cadeaux sur les marchés...

Posté le 13 octobre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des transactions plus chères sur les options

Il n'est pas rare sur les forums et blogs spécialisés dans le trading de trouver des plaintes récentes sur le mauvais fonctionnement de certains courtiers. Sur Linkedin, un groupe de discussion argumente en ce moment de l'incapacité d'Interactive Brokers à suivre la cadence durant les périodes de volumes de transactions élevés. Tandis que sur le blog Amsterdam Trader, c'est la qualité des services de DeGiro qui est passée au crible.

DeGiro et Interactive Brokers (accessible en Belgique à travers des courtiers online comme Lynx) se présentent comme des courtiers à bas coûts pour les particuliers. DeGiro est arrivé sur le marché belge l'an dernier avec une politique commerciale agressive, n'hésitant pas à se comparer avec ses rivaux. Mais Lynx en avait fait de même en 2012. 

Sur Linkedin, Interactive Brokers est épinglé pour ralentir la cadence en cas de pic de volumes. Certains intervenants font remarquer que c'est une question de bande passante, mais d'autres soulignent que le courtier se met de plus en plus en travers de leurs transactions, quitte à forcer à liquider anticipativement la transaction.

Toutes les plaintes se portent sur les transactions en options, des contrat qui permettent de jouer à la hausse ou à la baisse un sous-jacent (actions, panier d'actions) à une échéance donnée. 

Or, Mark Spanbroek, président de la FIA EPTA (le lobby des firmes de trading européennes) souligne que sur ce marché, les chambres de compensation ne cessent de relever leurs marges. "Il n'y a pas de concurrence sur cette activité de post-marché. Et ces chambres de compensation relèvent leurs marges, si bien que celles-ci n'ont jamais été aussi élevées" indique-t-il. 

"Cela freine les activités de certaines firmes de trading car leurs marges bénéficiaires sont devenues plus faibles. Résultat, certaines ne font plus de transactions, et d'autres diminuent leurs nombres de transactions" affirme-t-il.

"Les marchés d'options demandent plus d'investissement en capital, alors cet effet est plus marqué. L'inventaire sur les options se fait le lendemain, pas comme sur les actions où l'on peut terminer flat à la fin de la journée" ajoute-t-il.

Mark Spanbroek relève que les marchés d'options perdent de plus en plus de participants. "Il y en a moins qu'il y a cinq ans". 

Or, en Europe, des plateformes comme TOM se livrent à une concurrence sur les transactions en options avec des Bourses comme Euronext. Pour les courtiers en ligne, cette équation semble difficile. D'où les plaintes des utilisateurs.

Et il faut aussi se demander pourquoi les chambres de compensation font autant d'appel de marges en Europe. D'expérience, je dirais que ce n'est pas bon signe. 

Posté le 3 octobre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Premier procès en justice contre le spoofing

MDF76396Michael Coscia, le fondateur de la firme de trading Panther Energy, pris la main dans le sac en 2011 pour avoir manipulé les prix de l'énergie et des matières premières sur l'IntercontinentalExchange et le Chicago Mercantile, risque désormais la prison. 

Après avoir écopé d'une amende de 4,5 millions de dollars auprès de la CFTC, le superviseur américain des marchés de dérivés, et la FCA, le régulateur des marchés financiers britanniques, en juillet 2013, Coscia se voit désormais accusé par la Justice américaine de six chefs d'accusations pour  fraude sur les matières premières et  de six chefs d'accusations pour spoofing. Il s'agit de la première accusation judiciaire pour spoofing aux Etats-Unis. La loi Dodd-Frank, qui réforme Wall Street depuis 2010, interdit cette manipulation de cours. 

Le spoofing, pour rappel, consiste à placer une grande quantité d'ordres à l'achat en les annulant dans la foulée, afin de créer un faux mouvement de marché et forcer les autres participants de marché à liquider leurs positions pour se sortir de ce marché. L'auteur de cette manipulation empoche lui un beau gain en se plaçant de l'autre côté de la transaction.

Dans le cas de Coscia, cette manipulation a eu lieu à l'aide de deux programmes informatiques  sur des contrats à termes sur l'or, le tourteau de soja, l'huile de soja, le cuivre, l'euro/dollar ,  la livre sterling/dollar,... Et cela, entre août et octobre 2011. Coscia a empoché 1,59 million de dollars sur ces trois mois. 

Depuis 2013, sa firme Panther Energy, poussée à la faillite, a cessé ses activités. Coscia a aussi reçu l'ordre de  suspendre pendant un an ses activités de trading. 

Avec ce procès, Coscia risque très lourd. Chaque chef d'accusation pour fraude sur les matières premières peut résulter en une pénalité de 250.000 dollars et un maximum de 25 ans de prison. Chaque chef d'accusation pour spoofing peut conduire à une pénalité de maximum 10 ans de prison et 1 million de dollars. 

Mais le cas Coscia ouvre aussi une nouvelle ère pour les marchés américains.

Comme le pointe sur Twitter Remco Lenterman, directeur de la firme de trading IMC, les fauteurs de trouble comme Coscia sont prévenus. 

 

 

Car il rappelle que les firmes de trading comme IMC sont fort touchées par ce type de manipulation.

C'est pourquoi les firmes de trading n'hésitent pas à dénoncer ces manipulations. Il faut rappeler que Virtu Financial avait prévenu les régulateurs du cas Coscia.

Il faut toutefois rappeler qu'en 2012, la firme de trading à haute fréquence concurrente d'IMC, Optiver, a écopé d'une amende de 14 millions de dollars pour avoir manipulé  le marché en 2007  à l'aide d'un algorithme baptisé  "le marteau". Comme son nom l'indique, cet algorithme était chargé de pilonner les cours du pétrole sur le Nymex, pour faire bouger les prix en sa faveur juste avant la clôture du marché. Mais Optiver n'a pas été inquiété par la justice américaine. Pour l'instant.

Posté le 1 octobre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les traders particuliers n'ont pas dit leur dernier mot

Belga61685636Au Japon, malgré la présence des firmes de trading à haute fréquence qui pèsent 50% des volumes de transactions, les traders particuliers parviennent à tirer leur épingle du jeu. L'agence Bloomberg a calculé que ceux-ci représentaient 28% des volumes de transactions de la Bourse de Tokyo en 2013, et 24% cette année. Parmi eux, on retrouve une toute petite fraction (1% des clients des courtiers japonais en moyenne) de day traders, qui exécutent plusieurs transactions par jour, mais qui peuvent avoir un impact déterminant sur la Bourse japonaise.

L'un d'entre eux, le mystérieux CIS, âgé de 35 ans, a gagné l'an dernier 6 milliards de yens (43,3 millions d'euros) après taxes grâce au trading. A lui seul, il est capable de faire bouger le cours d'une action. Bloomberg raconte un épisode où après une chute de 20% sur neuf jours du titre SoftBank, le trader a senti que l'action allait rebondir et s'est mis à acheter frénétiquement le titre. Au bout de 90 minutes, le marché s'est retourné en sa faveur, et CIS a empoché un gain de 140,6 millions de yens (1,02 million d'euros). 

CIS n'a pas vraiment de diplôme. Fan de jeux video, il s'est mis au trading. Son premier gros coup sur les marchés remonte à 2005, sur le titre J-Com Co. Le courtier Mizuho securities a commis un fat finger (une erreur d'encodage) sur l'action en exécutant 610.000 ordres pour un yen sur le titre au lieu d'un. CIS a senti qu'il s'agissait d'une erreur et s'est mis à acheter 3.300 actions J-Com Co, soit un quart des titres en circulation, en pariant sur une remontée.  Mizuho Securities a laissé des plumes dans cette transaction, mais CIS a empoché un gain de 600 millions de yens sur le titre.

CIS est devenu depuis une star au Japon. Il est même passé à la télévision locale en 2011, en maintenant son anonymat, où il a été encensé. Jamais on ne verra ça en Belgique ni en France, car ici, les traders n'ont pas vraiment bonne presse. Et pour passer sur des plateaux comme celui du Grand Journal de Canal Plus, il vaut mieux être anti-système, être pessimiste parmi les pessimistes, ou recommander de faire sauter la banque...

Il existe pourtant en France des salons du trading, et en Belgique, il existe aussi une communauté de day traders qui se rassemblent autour de forums sur internet. Mais en Belgique, ceux-ci ne pèsent pas lourd sur la Bourse de Bruxelles.  Cela leur coûterait cher avec la taxe sur les opérations de Bourse de 0,25% à l'achat et à la vente. Seuls les banques teneurs de liquidité sont exemptées de cette taxe. Les day traders sont plutôt actifs sur le Forex (devises), les contracts for difference, les options et les turbos. "La TOB n'existe pas pour les produits over the counter comme le Forex et les CFD" rappelle Géraud Missonnier, directeur de Saxo Banque Belgique. Et ces produits offrent la possibilité de doubler voire décupler sa mise initiale grâce à un effet de levier.

Géraud Missonnier constate qu'il n'y a pas de trader star parmi la clientèle de Saxo Banque en Belgique, composée majoritairement de day traders. Steven Van De Sype, directeur commercial de KBC Bolero, souligne que les traders particuliers préfèrent rester inconnus. Chez KBC Bolero, 5 à 10% de la clientèle fait du day trading selon lui. "Le trader qui fait le plus de transactions chez nous a exécuté 4000 transactions sur les neuf derniers mois" constate-t-il. "Nous avons visité quelques day traders, qui disposent de tout le matériel de trading chez eux à la maison, comme ce qu'on peut trouver dans notre salle de marché. J'ai même vu des écrans Bloomberg chez certains d'entre eux" ajoute-t-il.

Pour rappel, un abonnement à un terminal Bloomberg revient à environ 3000 euros par mois au minimum. "Ces day traders font beaucoup de profit, et cela, parce qu'ils négocient beaucoup sur les options" commente Steven Van De Sype.

 

Posté le 29 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

La régulation en Europe fait fuir les HFT

Le 11 septembre 2014, RGM Advisors, une firme de trading à haute fréquence basée au Texas, a annoncé la fermeture de son bureau londonien. Quatorze personnes travaillaient pour cette firme à Londres. Elles seront soit affectées à un autre poste aux Etats-Unis chez RGM Advisors, soit contraintes de chercher un nouvel employeur. 

Les temps sont-ils difficiles pour les firmes de trading? Spire Europe vient juste de publier ses résultats pour 2013. Ses revenus du trading ont diminué à 59,9 millions de livre sterling (76,6 millions d'euros) contre 72,9 millions de GBP  (93,2 millions d'euros) en 2012. En 2013, la firme avait pourtant recruté quinze personnes, dont des anciens employés d'Eladian Partners, une  joint-venture de plusieurs traders de Citigroup. Et cette année, elle a embauché le responsable européen du trading en actions de Getco. Spire Europe avait constaté une amélioration au deuxième semestre. Ce qui explique sans doute ses recrutements, qui ont tout de même pesés sur ses coûts. Ses coûts de compensation ont augmenté de 17 millions de livre sterling en 2013. 

D'autres firmes, comme Optiver et IMC, ont aussi noté une amélioration dans leurs revenus. Optiver recrute aussi. IMC avait dû réduire la voilure de son personnel en 2013.

2011 et 2012 ont été des années difficiles pour les firmes du trading à haute fréquence, pénalisées par une chute de la volatilité sur les marchés et des volumes de transactions. Mais à cela est venu s'ajouter des contraintes de régulation. Certaines firmes de trading ne les supportent pas.

"RGM Advisors a décidé de se retirer des marchés européens à cause d'une augmentation de la régulation. Rien qu'en Allemagne, il est désormais demandé aux firmes de trading d'enregistrer une filiale en Allemagne" constate Mark Spanbroek, président de la FIA EPTA, le lobby européen des firmes de trading.

"En général, la taxe sur les transactions financières n'inquiète pas nos membres. Celle-ci va augmenter les coûts de transactions, mais se répercutera dans les spreads (différence entre cours d'achat et de vente). En revanche, nous ne pouvons pas répercuter le coût de la régulation dans nos prix. La régulation obstrue notre activité" ajoute-t-il.

Rappelons que d'ici 2016, la directive MiFID2 doit entrer en vigueur, et apportera son lot de nouvelles règles pour les firmes de trading à haute fréquence, dont celle d'une obligation de présence sur les marchés pour les teneurs de liquidités.

RGM Advisors prévoit d'annuler ses adhésions au London Stock Exchange, à Euronext, au  Liffe, et à Eurex. Difficile de dire si ce retrait va provoquer une chute des volumes de transactions sur ces marchés. Lorsque Citadel Securities a décidé de fermer sa branche européenne en janvier 2013, l'effet ne s'est pas fait ressentir sur le moment. Sauf peut-être pour la plateforme Equiduct, qui perdait là son principal actionnaire et acteur de marché. Mais depuis, Equiduct a retrouvé de nouveaux actionnaires et acteurs de marché. Si bien que la plateforme grignote de plus en plus de part de marché à Euronext, comme le montre ce tableau de BATS Chi-X Europe.

Equiduct

Mais le cas de Citadel Securities Europe était un cas isolé. 

Posté le 26 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Voyage au bout de la nuit du trading (2)

Le deuxième épisode de la série "Traders: Millions by the minute" de la BBC s'attarde sur les traders particuliers. Ceux-ci s'énumèrent par milliers dans le monde grâce à l'avènement des courtiers en ligne. Rien qu'en Belgique, le particulier peut compter sur l'offre de Keytrade Bank, Binckbank, KBC Bolero, Lynx, Saxo Bank, Fortuneo, DeGiro,... Tous se battent pour offrir les services les plus diversifiés ou les moins chers, avec un accent dans certains cas sur des produits dérivés comme les turbos, les contracts for difference, et les futures sur le Forex (Foreign Exchange).

 

Le reportage suit le parcours de quatre traders amateurs et un groupe de traders particuliers, assez âgés. Il est bien précisé que seuls 10% des traders particuliers parviennent à vraiment gagner avec le trading sur le long terme. Et effectivement, à la fin du reportage, on voit que le groupe de traders et l'un des quatre traders accusent des pertes, même supérieures au montant initialement engagé sur les marchés. Quant aux autres, l'un avoue n'avoir engrangé que dix livres sterling de bénéfices sur des mois de trading. 

L'un d'entre eux parvient toutefois à tirer son épingle du jeu. A la fin du reportage, il se voit même proposer de gérer l'argent des autres, admiratifs devant sa réussite. Il est par ailleurs tout fier d'avoir réussi à abaisser à 4% sa masse graisseuse, au prix d'un régime draconien... Et il faut noter qu'il conduit une voiture bien plus bling-bling que la Touran de Remco Lenterman, le directeur de la firme de trading à haute fréquence IMC, croqué dans le précédent volet de l'émission. Même si sa Ferrari a été achetée d'occasion.

Ferrari

 

Hormis l'infirmière, qui décide de se lancer sur le trading du Forex après s'être entraînée avec le logiciel de démo que fournit son courtier en ligne et le groupe de traders âgés, les traders particuliers sont équipés d'un matériel imposant de trading, consistant en plusieurs écrans, et les outils d'analyse technique (on voit l'évolution des cours en bougies). L'un d'entre eux paie même 200 livres sterling pour avoir les bonnes données. Mais le reportage précise qu'il négocie depuis 17 ans sur les marchés.

Screen

 

On constate que tous espèrent changer leur vie grâce au trading. L'infirmière, l'antiquaire et les deux hommes de Birmingham qui parviennent à se voir confier de l'argent à gérer par un footballeur (et même plusieurs) veulent changer leur quotidien. Il y a toujours une part d'irrationnel derrière chaque décision...

Le groupe de traders âgés vit lui pour l'excitation du marché. Car ils le disent, il n'y a rien de plus ennuyeux que d'être "Buy and hold" sur les marchés. Pourtant, certains des meilleurs gestionnaires de fonds peuvent garder pendant des années la même valeur en portefeuille...

Quant au trader qui tire son épingle du jeu, là, ses motivations, à part gagner de l'argent, restent floues. Mais les marchés fascinent. Il suffit de voir quels sont les articles les plus cliqués sur le site de l'Echo.

Le reportage s'est aussi penché sur le courtier Saxo Bank et le Facebook du trading, eToro. En fait, il existe plusieurs sites dits "Facebook du trading". Même Saxo Bank en propose un.

EToro

Ces médias sociaux du trading présentent la particularité de permettre l'échange d'informations de trading, mais aussi de suivre, voire copier les transactions des traders  qui gagnent le plus, répertoriés dans un classement consultable par tous. Sur eToro, pour copier les transactions de ces brillants traders, le particulier doit débourser 100 dollars. Si bien que ces traders gagnent encore plus d'argent...

Le sociologue Alex Preda, du King's College à Londres, s'est penché sur ces brillants traders issus de la communauté des réseaux sociaux. Il a constaté que ces traders étaient très jeunes, entre 20  et 25 ans, mais aussi très calés en informatique/ physique/ mathématique et travaillent par groupe de 3 ou 4 pour développer leur propre algorithme de trading. 

Tout est fait pour faire rêver le particulier avec le trading. Mais la chute est dure, car il est possible de tout perdre avec le trading, et même davantage, car le Forex, les turbos, les CFD permettent de parier avec un effet de levier sur les marchés. Les gains peuvent être décuplés grâce à ce mécanisme, mais les pertes aussi. 

Posté le 25 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Voyage au bout de la nuit du trading (1)

La BBC a produit une série de reportages sur le trading, intitulée "Traders: Millions by the minute". Le premier épisode porte sur les traders professionnels, en devenir ou confirmés, allant même jusqu'au trader à haute fréquence. Le trader en question est Remco Lenterman, directeur de la firme de trading amstellodamoise IMC.

 

Mais le reportage commence par le parquet du Chicago Mercantile Exchange, où la BBC suit le parcours de deux traders, l'un sur le marché de grains, l'autre sur le marché du bétail, en passe de raccrocher après plus de 30 ans passés sur le parquet du Merc. On voit aussi qu'ils se sentent dépassés par l'évolution de leur marché, devenu pour sa grande part électronique, et colonisé par le trading  à haute fréquence. Je vous invite à regarder aussi le très intéressant documentaire "Floored" pour comprendre comment le CME a basculé dans cette évolution.

Le reportage s'attarde ensuite sur un trader et fondateur de la firme londonienne de trading Amplify Trading, active sur le Forex (Foreign Exchange, ou marché des changes). On le voit guetter la conférence de presse de la Banque centrale européenne, prêt à parier sur une baisse de l'euro face au dollar. De l'autre côté de l'Atlantique, la BBC a trouvé un trader de la firme de trading et de courtage T3 Trading, qui lui cherche à tirer profit des grandes capitalisations boursières comme Google. Les meilleurs traders de la firme peuvent générer par an 7 millions de dollars de bénéfices, encore manuellement...

La BBC a aussi interrogé la fondatrice du hedge fund new yorkais Metropolitan Capital Advisors, qui elle se décrit comme un investisseur à plus long terme que les traders que l'on voit précédemment dans le reportage.

Dans cet épisode, un long passage est consacré à des particuliers qui ont payé une formation chez Amplify Trading pour devenir traders professionnels. Ce qui est curieux dans ce reportage est ce moment où les traders apprentis parviennent à dégager un bénéfice alors que dans le même temps, les traders professionnels dans la pièce à côté accusent des pertes sur la journée.

Et enfin, le reportage bifurque sur IMC, qui ouvre ses portes pour la première fois à la télévision. Je suppose que Remco Lenterman a voulu montrer que sa firme n'est pas, comme le décrit Michael Lewis dans son livre "Flash Boys", un minuscule local où s'activent quatre à cinq traders qui ne quittent pas leurs écrans du regard et où le plus arrogant est le chef... On voit bien dans le reportage que ces traders sont plus nombreux que ça.

IMC

Il est précisé dans le reportage de la BBC que les traders de la salle de marché d'IMC disposent de diplômes prestigieux en physique et mathématique, contrairement à ceux sur le parquet du Merc.

Remco Lenterman a aussi montré la salle des serveurs informatiques d'IMC, qui en compte 200. Chaque serveur a son petit nom.

IMC

Hormis les deux traders du CME qui s'apprêtent à raccrocher, on constate que les autres traders ne capitulent pas face aux firmes de trading à haute fréquence, où un ordinateur décide à la place du trader quand et quoi acheter sur les marchés. Le métier (ou plutôt la capacité de gagner beaucoup d'argent très vite) fait encore rêver,  à l'image des particuliers qui se sont inscrits à la formation d'Amplify Trading. C'est aussi le cas des milliers de particuliers qui se laissent tenter par le trading, devenu tellement accessible avec les nombreux courtiers en ligne. 

 

 

 

Posté le 24 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les ETF à nouveau dans le collimateur

Les Exchange Traded Funds (fonds qui suivent la performance d'un indice) inquiètent toujours les superviseurs financiers. Bloomberg rapporte que Carolyn Wilkins, l'une des gouverneurs de la Banque du Canada et membre du Comité de Stabilité Financière, s'interroge sur la liquidité de certains ETF alors que les taux d'intérêt vont remonter d'ici l'année prochaine outre-Atlantique. 

Elle vise en particulier les ETF en obligations, dans le collimateur de l'agence de notation Fitch et la Federal Reserve depuis 2013, car ces produits gagnent en popularité alors que l'inventaire en obligations ne suit pas. En effet, la liquidité devient rare sur le marché obligataire américain (hors Treasuries) en raison d'une régulation plus stricte. Et les émetteurs d'ETF n'emploient pas toutes les lignes de l'indice obligataire qu'ils tentent de répliquer, parce que cela coûte cher. 

C'est pourquoi les régulateurs s'inquiètent de leur liquidité, en particulier à un moment où le marché risque de se retourner et où les investisseurs peuvent être tentés de retirer leur argent de ces ETF.

Or, on l'a vu avec le cas de Latour Trading, personne ne détient vraiment tous les titres qui composent l'indice de référence que l'ETF tente de répliquer. Alors, chaque firme utilise une méthode de calcul pour tenter de répliquer à l'aide de futures l'indice de référence. Dans le cas de Latour, la méthodologie employée a été sanctionnée par la Securities and Exchange Commission, qui estime que celle-ci a résulté en une insuffisance de capital de réserve pour la firme de trading entre 2010 et 2011.

La SEC vient aussi de lancer une enquête sur les méthodes de pricing des ETF émis par Pimco, le plus gros gestionnaire de fonds obligataires. 

 

 

La Réserve Fédérale américaine avait souligné  que les ETF ont joué un rôle dans la crise financière en accentuant le plongeon des marchés. 

Lors du krach éclair du Dow Jones le 6 mai 2010, les ETF ont aussi provoqué des variations anormales sur les titres composant le S&P500. Ce jour-là, la panique s'est déclenchée sur les e-mini futures sur le S&P500 après qu'un fonds , Waddell &Reed, s'est retrouvé à vendre massivement ses titres sur ce contrat à terme. L'onde de choc a causé des ventes massives sur le contrat, qui se sont répercutées sur les ETF sur le S&P500 puisque certains algorithmes pratiquent de l'arbitrage entre le contrat à terme et l'ETF, qui ont provoqué à leur tour des ventes sur les composants de l'indice, dont Procter&Gamble et Apple, pour finalement atteindre le Dow Jones Industrial Average.

Mais l'encours des ETF ne cesse de grossir, pour atteindre 2622 milliards de dollars à la fin juillet, selon la firme de recherche ETFGI. 

 

Posté le 22 septembre 2014 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Retour sur le cas de Latour Trading

Le 17 septembre 2014, Latour Trading s'est vu infliger une amende record de 16 millions de dollars par la Securities and Exchange Commission. Le superviseur des marchés américains a également sanctionné d'une pénalité de 150.000 dollars  l'ancien PDG de la firme de trading, le Français Nicolas Niquet, un ancien de la Société Générale. Celui-ci n'avait pas cherché bien loin pour trouver le nom de sa firme, filiale de la firme de trading Tower Group.

En examinant la plainte de la Securities and Exchange Commission, on se rend vite compte que les griefs du régulateur portent sur l'activité de trading en ETF (fonds indiciels cotés en Bourse) dans laquelle Latour Trading s'est spécialisé. La SEC reproche à Latour d'avoir employé une mauvaise méthode de calcul pour négocier les ETF, ce qui résulte en une réserve de capital insuffisante, observée à 19 reprises entre 2010 et 2011.

Comme me l'a expliqué un trader en ETF, toutes les firmes actives dans le trading des ETF emploient une méthode de calcul pour négocier les ETF car personne ne détient vraiment tous les titres qui composent l'indice de référence. Par exemple, pour un ETF sur le MSCI World, qui serait composé de 10.000 titres, les traders tentent de répliquer cet indice au moyen de futures, pour être correlé à 99,99% à cet indice. Mais ils ne détiennent pas ces titres. 

Dans le cas de Latour Trading, la SEC pointe ceci:

Latour

Dans les calculs de la firme, qui négociait les ETF sur le S&P500, on voit que celle-ci employait un ratio entre les Futures sur le S&P500 (SP dans le tableau) et les e-mini futures sur le S&P500 (ES dans le tableau). Comme le note la SEC, les e-mini futures sur le S&P500 représentent une fraction de cinq du future sur l'indice. Latour n'a pas appliqué cette proportion correctement selon le rapport, ce qui explique l'insuffisance de réserve de capital. Or, la SEC souligne que Latour trading pouvait détenir des milliards de dollars en ETF sur la séance boursière. La firme pouvait représenter jusqu'à 9 % des volumes de transactions sur le marché.

Ce qui est aussi intéressant dans le rapport de la SEC est l'absence de contrat écrit entre Latour Trading et sa chambre de compensation, qui s'avérait être un participant de marché, que la SEC ne nomme pas. Or, en cas d'insuffisance de réserve de capitaux, la chambre de compensation aurait normalement dû avertir la firme de trading.  Curieusement, Mark Spanbroek, de la FIA EPTA (le lobby des firmes de trading à haute fréquence en Europe) m'a dit ne pas connaître Latour Trading. Un autre trader m'a avoué la même chose.

Il faut aussi rappeler qu'en 2011, au moment des faits, le Comité de Stabilité Financière avait tiré la sonnette d'alarme sur les ETF, les accusant de pouvoir provoquer une nouvelle crise financière.  Le comité avait pointé une augmentation de l'opacité et de la complexité des ETF synthétiques (qui répliquent un indice à l'aide de futures). Et en Europe, les deux plus gros émetteurs d'ETF synthétiques sont Société Générale (dont provient Nicolas Niquet) et Deutsche Bank. Suite à ce cri d'alarme, les investisseurs avaient massivement retiré leur argent de ces ETF, avant que les émetteurs ne décident de se montrer plus transparents.

Les ETF ne sont pas devenus plus simples pour autant. 

 

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