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Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 25 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

L'exécution des ordres, pas optimale en Belgique

L'Esma, le superviseur européen des marchés financiers, a publié ce mercredi 25 février 2015 un compte-rendu de sa révision des régulateurs nationaux de marché, dont la FSMA. Vingt-neuf régulateurs de marché ont été passé au crible sur la manière dont ils ont adapté les règles de la directive MiFID, et plus particulièrement celle de la "meilleure exécution". Pour rappel, MiFID a été votée en 2004 et est entrée en vigueur en novembre 2007 (un bon timing...).

La règle de  la meilleure exécution stipule, en Europe, que les firmes d'investissement prennent les  dispositions nécessaires pour obtenir le meilleur résultat pour leurs clients en tenant compte des prix, des coûts, de la vitesse, de la probabilité d'exécution et du règlement de la transaction.

Les firmes qui exécutent des ordres de bourse pour le compte de leurs clients doivent se plier à cette règle.

Mais en 2007, les régulateurs des marchés nationaux ont pu adapter, en respectant leur droit national, cette directive, avec le résultat qu'on connaît: la France et l'Italie l'ont adaptée à la lettre, voire même encore plus durement, tandis que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont trouvé des petits arrangements.

En principe, MiFID2, votée en 2014, mais d'application en 2017, doit être mise en vigueur par tous les régulateurs nationaux de la même façon. Il revient à l'ESMA de mettre en détails pratiques les textes de loi. C'est pour cela que le superviseur européen a consulté le secteur financier. Et on sait désormais qu'il va renoncer à tester les algorithmes des firmes de trading à haute fréquence, alors que le texte de loi le prévoit.

Dans le cas de l'examen des régulateurs nationaux, l'Esma a pointé plusieurs faiblesses du côté de la meilleure exécution.

Il a relevé que:

  • la supervision nationale de la meilleure exécution se limite souvent à vérifier la mise en place de la règle, sans évaluer la méthode employée par les firmes de courtage pour déterminer la qualité d'une exécution
  • la meilleure exécution est souvent définie au niveau national par le prix. Les autres paramètres sont oubliés
  • l'exécution des ordres reste concentrée sur le marché domestique principal. Les plateformes alternatives sont souvent oubliées.
  • l'absence d'une base de données consolidées (où sont affichés tous les prix d'un titre provenant des différentes plateformes de transactions) rend difficile la tâche de déterminer ce qu'est la meilleure exécution
  • la supervision des marchés autres que les actions est absente
  • un manque de compréhension des investisseurs qui expliquerait pourquoi le thème de la meilleure exécution des ordres n'est pas soulevé dans le grand public

Sur ce dernier point, il faut rappeler que certains, comme Peter Randall, l'un des fondateurs de Chi-X Europe (une plateforme de transactions alternatives) qualifient MiFID de "Many Investors Find it difficult", autrement dit, c'est du chinois pour les investisseurs...

L'ESMA recommande aux régulateurs nationaux de faire un effort. Elle relève notamment qu'en Belgique, il manque des détails sur l'exécution des ordres de bourse. Mais elle ne pousse pas à la création d'une base de données consolidées. Il faut dire que les Bourses comme Euronext, Deutsche Börse, et le London Stock Exchange n'y tiennent pas.

Quel est le problème en Belgique?

Pour Monsieur et Madame Toulemonde qui exécutent leurs ordres de bourse, il n'existe pas de détail sur la manière dont le courtier ou la banque a exécuté son ordre. Ils reçoivent juste le prix auquel ils ont acheté ou vendu leurs titres, le montant de la transaction et les coûts (TOB inclue). Pas de détail sur le lieu d'exécution de leurs transactions, ni de comparaison des prix entre les différentes plateformes de transaction.  Pour ceux qui utilisent un cours limite, ces détails n'ont toutefois pas d'importance. Pour les ordres au marché, là c'est discutable.

Prenons l'exemple du titre Viohalco, qui signe la meilleure performance depuis le début de l'année sur la Bourse de Bruxelles (+108%).

Le titre est coté sur Euronext Bruxelles, sur Equiduct, sur Blockmatch, sur Liquidnet, sur UBS MTF et sur Turquoise.

A 14h03, le titre s'affiche à 4,005 euros sur Euronext Bruxelles, 3,96 sur Equiduct, 3,957 sur Turquoise. Le prix n'est pas visible sur les autres plateformes, mais celles-ci sont des dark pools (où les ordres restent cachés).

La meilleure exécution devrait-elle se faire sur Euronext Bruxelles ou sur une autre plateforme?

 

 

Posté le 24 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Où se trouve le HFT agressif?

Belga67944381La Banque d'Angleterre a récemment publié une étude sur l'impact du trading à haute fréquence (HFT) sur les 20 actions les plus négociées à la Bourse de Londres. Elle a examiné le comportement de 10 firmes de  HFT  et de 20 banques d'investissement sur ces titres, et en a conclut que le HFT n'exerce pas de pression sur les prix et des dislocations sur le London Stock Exchange.

"Il apparaît que les HFT essaient de s'éviter, mais lorsqu'ils traitent la même valeur,  ils semblent plus agressifs " est-il écrit dans l'étude.

"Les HFT reçoivent l'information presque simultanément et on peut affirmer qu'ils achètent et vendent des titres collectivement au bon moment" ajoute l'étude, en pointant que le trading des HFT est corrélé.

"Du trading agressif dans le chef des HFT amène les autres HFT à adopter la même stratégie dans les minutes qui suivent, alors que pour les banques d'investissement, c'est le contraire: le trading agressif conduit à du trading agressif dans la direction opposée " indique l'étude.

Une autre étude, signée elle d'Irene Aldridge, directrice d'Able Alpha Trading, et de Steve Krawciw, PDG de AbleMarkets.com, souligne que le trading agressif des HFT, caractérisé par "la nécessité d'arriver avant tout le monde sur le marché pour tirer profit des inefficiences à court terme", se concentre surtout sur  des actions à prix élevé, à faible dividende et à volatilité élevée, sur les marchés américains.

Google est le titre qui concentre le plus de HFT agressif selon les deux auteurs. Quelque 38% des volumes de transactions sur l'action en 2014 ressort du HFT agressif.

"En moyenne, une différence de 100 dollars dans les prix d'une action attire 3% de HFT agressif supplémentaire en termes de volumes de transactions" constatent-ils.

De même, une hausse de 1% de la volatilité d'un titre attire 0,23% de HFT agressif en plus en termes de volumes de transactions, selon eux.

Curieusement, le titre Google ne fait parler de lui en termes de flash krach, pas comme Apple.

Du moins, je n'en ai pas le souvenir.

Posté le 23 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Ces marchés à la criée qui résistent

Le 2 juillet 2015, le Chicago Mercantile Exchange va fermer son emblématique parquet, autrefois cirque d'une intense activité humaine où des centaines de traders s'époumonaient, voire se battaient pour acheter et vendre des futures sur les prix des matières premières. 

Des images comme celles-ci feront bientôt partie du passé.

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 Le CME a décidé de basculer toutes ses transactions vers l'électronique. Ce mouvement ne date toutefois pas d'hier. Depuis 1987, date du plus grand krach en séance du Dow Jones Industrial Average, la Bourse de Chicago avait entamé son passage à l'électronique. Le président du groupe de l'époque, Leo Melamed, avait reçu des menaces de mort à cause de son initiative. En 1992, Globex, la plateforme électronique du CME, démarre, aux côtés des traders du pit. Lentement, leur présence va devenir obsolète, comme l'illustre le documentaire Floored. Tous ne réussiront pas leur reconversion sur le marché électronique.

Mais le CME ne fermera pas tous ses "pits". Celui des options va subsister.

Une autre Bourse, le Chicago Board of Options Exchange, conserve aussi sa criée. Pourtant, sur le CME, la moitié des transactions en options sont désormais électroniques, contre 13% en 2009. Sur le CBOE, toutes les transactions effectuées par les particuliers sont électroniques. Mais les contrats les plus complexes et les plus importants demeurent dans le giron des traders du parquet.  Des contrats comme les options sur VIX volatility Index et  sur le S&P500  sont toujours négociées à la corbeille. 60% des volumes de transactions du CBOE s'effectuent encore sur le parquet.

Et pour les hedge funds et même des firmes de trading à haute fréquence, il est important de conserver une présence physique sur ce marché.

IMC, une firme amstellodamoise de trading, a son rond de serviette au CBOE, tout comme au NYSE d'ailleurs, où elle officie comme designated market maker. Cela peut paraître paradoxal pour IMC, mais Virtu Financial, une autre firme de trading à haute fréquence, assure aussi sa présence sur ces marchés.

Pourquoi? Parce que ces Bourses fonctionnent sur le modèle quote driven, où des teneurs de liquidités sont requis pour assurer la tenue du marché. Les teneurs de liquidité reçoivent un avantage à occuper cette fonction. De plus, leur présence sur le parquet leur permet de récolter de l'information sur les intentions des clients des autres firmes présentes sur place, à commencer par l'expression sur le visage des traders lorsqu'ils reçoivent un coup de fil de leur clientèle.

 

Posté le 19 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Virtu reconsidère son introduction en Bourse

Le Wall Street Journal souligne que Virtu Financial, une firme de trading à haute fréquence, projette à nouveau de s'introduire en Bourse.

Virtu Financial avait déjà tenté cette opération en 2014, mais en avril, après la publication du livre de Michael Lewis, "Flash Boys" et la polémique sur le trading à haute fréquence qui a suivi, la firme a dû renoncer à ces plans.

Il faut ajouter que la firme s'est retrouvée parallèlement sous le coup d'une enquête du procureur général de la ville de New York, Eric Schneiderman. Car celui-ci voyait d'un mauvais oeil le fait que Virtu Financial n'a connu qu'une seule journée de perte de trading sur 1238.

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Mais depuis, Virtu a réussi à redorer son image, notamment grâce aux fondateurs d'IEX, la plateforme de transactions mise en avant dans "Flash Boys". Lors du salon Trade Tech Europe en avril 2014, juste après la publication du livre de Michael Lewis, Ronan Ryan, l'un des fondateurs d'IEX, a souligné que Virtu s'est connecté dès le premier jour à IEX.

Brad Katsuyama, l'acolyte de Ronan Ryan, a qualifié Virtu de "bonne firme de trading à haute fréquence" en raison de son comportement sur IEX.

En décembre 2014, le fonds souverain singapourien Temasek a pris une participation de 10% dans Virtu, valorisée à 200 millions de dollars.

L'année passée, Virtu voulait lever 200 millions de dollars avec son entrée en Bourse. Il faut voir si ses plans ont changé.

Posté le 18 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Pinging, une manipulation autorisée aux USA

 

Les Etats-Unis ne finiront jamais de me surprendre. En lisant cet article de Traders Magazine, je me suis rendue compte que les superviseurs des marchés financiers américains ont une vision différente de ce qui ressort de la manipulation de cours.

Il faut dire que la plupart des marchés américains, que ce soit d'actions ou de dérivés, opèrent avec un modèle quote driven,où des firmes assurent la liquidité du marché en se portant comme contrepartie des ordres arrivant sur le marché. Le New York Stock Exchange est un bel exemple de ce modèle, tout comme le CBOE. Mais ce modèle rend floue la limite entre manipulation de marché et tenue de liquidité.

Traders Magazine cite une étude de Gregory Scopino, employé de la Commodity Futures Trading Commission, qui supervise le marché des dérivés.

Scopino souligne que les Ping orders sont autorisés sur les marchés américains. Cette pratique consiste à envoyer une faible quantité d'ordres afin de détecter les ordres de gros poissons comme les gestionnaires de fonds (Fidelity, Vanguard, Legg Mason,...) sur le marché. En Europe, elle est considérée comme une manipulation de marché.

Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis. Haim Bodek, un trader à haute fréquence fondateur de la firme Decimus Capital, estime que les ping orders vont continuer à être autorisés. "C'est actuellement une zone grise" reconnaît-il.

Du côté de la Securities and Exchange Commission, on ne fait pas de commentaire.

La SEC  distribue pourtant à tour de bras des amendes aux dark pools (des plateformes où les ordres restent anonymes et où les gros investisseurs passent leurs transactions pour limiter leur impact sur les marchés). Elle leur reproche d'avoir donné des informations sur les transactions de leurs clients à des firmes capables d'exploiter celles-ci. Dans le cas de Barclays, elle avait épinglé l'utilisation d'ordres favorisant une firme de trading à haute fréquence au détriment des autres participants de marché.

Mais dans tous ces cas, il n'a jamais été reproché à une firme de trading d'avoir sondé le marché pour tenter de détecter un gros ordre caché. Il n'est donc pas étonnant que des initiatives comme Luminex voient le jour.

Par ailleurs, il ne semble pas que les autorités américaines souhaitent changer les règles, du moins du côté de la SEC. Gregg Berman, le directeur de la recherche de la SEC, s'est récemment demandé quel est le problème avec les marchés américains... Par contre, au sein de la CFTC, le débat est posé.

 

Posté le 17 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Nouvelle panne sur Eurex

Un problème technique a retardé ce mardi 17 février 2015 l'ouverture d'Eurex, le marché de dérivés de Deutsche Börse. Le trading sur les futures sur obligations allemandes et sur l'indice DAX a redémarré à 9h20. Deutsche Börse a justifié ce retard par des "problèmes techniques".

Bloomberg a interrogé Rebecca Healy, analyste pour la firme de consultance Tabb Group sur cette panne, qui survient quatre mois après un couac technique sur Xetra, la plateforme de trading en actions de Deutsche Börse, qui avait suspendu les transactions pendant 72 minutes.

Euronext connaît aussi les mêmes déboires. Le 27 décembre, le groupe qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne a dû patienter 3 heures pour démarrer le calcul des indices. Le 15 décembre, il avait dû retarder pendant deux heures le trading de dérivés sur indices.

Rebecca Healy souligne que les Bourses ont dû augmenter leurs investissements pour assurer la fiabilité de leur système de transactions. "Ceci en dit long sur les investissements que doivent consentir les Bourses actuellement pour s'assurer que leur système est robuste et peut supporter le type de volatilité que l'on observe" a-t-elle indiqué à Bloomberg.

Le VStoxx, qui mesure la volatilité de l'indice Euro Stoxx 50, a atteint 25,6 points. Le VDax, qui mesure la volatilité du Dax, a lui grimpé à 19,7 points. Les tensions autour du dossier grec ont poussé à une hausse de ces deux indices.

Toutefois, il faut relativiser car le VStoxx a touché d'autres sommets, tout comme le VDAX, comme le montrent ces graphiques.

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En 2008, en pleine tempête financière, ces deux indices avaient atteint un record. Et de mémoire, je ne me souviens pas que les Bourses aient subi des pannes ou incidents techniques. Par contre, des traders de banque témoignaient alors qu'ils devaient couper leur programme algorithmique de trading pour revenir à des transactions manuelles.

 

 

 

Posté le 13 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Qui est irresponsable sur les marchés?

 

Blair Hull, le fondateur de la firme de trading Hull Trading Company (rachetée par Goldman Sachs) et  de Ketchum Trading, multiplie les conférences où il défend le trading à haute fréquence, mais aussi présente sa stratégie pour battre le S&P500.

Ce vieux briscard de la finance a commencé à "investir" comme il le dit en jouant au black-jack. Dans le milieu du trading à haute fréquence, beaucoup de petits génies comme Hull ont commencé par la table de jeux avant d'élaborer de savants algorithmes de trading qui consistent tout simplement à répliquer leur stratégie de casino. C'est notamment le cas du Tchèque Karel Janecek, fondateur de la firme de trading RSJ, et plus gros acteur sur les marchés de dérivés.

On s'aperçoit vite, dans la vidéo ci-dessus, que Hull cherche une distribution parfaite dans les cartes, en éliminant les "extrêmes". Répliqué au S&P500, on imagine que son algorithme  évite aussi les variations extrêmes du S&P500, et cherche les petits profits constants.

Mais à la fin de son discours, Hull explique l'importance de l'allocation tactique des investissements. Car selon lui, trop d'intervenants sur les marchés vendent leurs titres quand ils chutent et essaient de les garder jusqu'à ce qu'ils atteignent un sommet, ce qui crée de l'instabilité sur les marchés. Soit une mauvaise allocation tactique. Lui prédit qu'à ce rythme, d'ici 40 ans, tous ceux qui continuent sur cette voie vont être considérés comme irresponsables.

Autrement dit, le particulier qui, selon plusieurs études universitaires, utilise cette "stratégie" serait irresponsable selon Blair Hull. Mais bon, tous les particuliers ne disposent pas de deux docteurs en physique/ informatique/ maths pour leur construire un robot de trading.

Posté le 5 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

2007: l'an Un du trading à haute fréquence

HFT
Eric Hunsader
, le fondateur de la firme de données de marchés Nanex basée à Winnetka (près de Chicago), date le début du trading à haute fréquence à 2007. Il n'est pas le seul à partager cet avis. Chez Finance Watch, le Greenpeace de la finance, c'est aussi le même constat.

Il convient tout d'abord de définir le trading à haute fréquence, qui se caractérise par une stratégie d'achat et de vente de titres  à l'aide d'un algorithme à très haute vitesse.

Le professeur de finance Jonathan Brogaard le définit comme une stratégie d'investissement où les titres sont achetés et revendus rapidement par un algorithme et où les titres sont détenus à très court terme, en quelques secondes, voire quelques millisecondes.

Le professeur de finance de l'université d'Amsterdam Albert Menkveld le définit comme une stratégie de market making (tenue de liquidité) avec une latence inférieure à 1,67 millisecondes, pour compte propre, et qui se termine à la fin de la journée avec une position nette à zéro.

Peter Gomber (Goethe Universiteit à Francfort) caractérise lui le trading à haute fréquence par l'emploi d'algorithmes pour générer des décisions de trading, et élaborés pour minimiser l'impact sur les prix. Les paramètres de configuration de l'algorithme incluent les prix, les volumes de transactions, les informations,  la classe d'actifs et le timing.

Eric Hunsader date à 2007 le début de ce trading en raison de deux phénomènes: Reg NMS (une règle qui instaure la concurrence sur les marchés d'actions aux Etats-Unis) et le développement des ordinateurs, capables désormais d'atteindre la vitesse de la lumière. En Europe, la directive MiFID a joué le même role que Reg NMS.

La concurrence a poussé les Bourses à davantage répondre à la demande de leurs utilisateurs. Aux Etats-Unis, le New York Stock Exchange interdisait, jusqu'en mai 2006, d'introduire de multiples ordres à partir d'un même compte sur un même titre, à moins de 30 secondes d'intervalle. Cette règle 1005 a été retirée depuis mai 2006.  En Europe, jusqu'à la naissance de Chi-X Europe (en mars 2007), des Bourses comme Euronext téléphonaient dans les salles de marché de leurs clients pour leur demander de couper leur programme de trading, lorsque la volatilité des marchés touchait un pic. 

La concurrence a également poussé les Bourses à adopter la décimalisation des prix (la décimale après la virgule) jusqu'à sept chiffres après la virgule.

Eric Hunsader pointe qu'en 2006-2007, la puissance des ordinateurs est devenue telle que la distance entre l'ordinateur de trading et celui de la Bourse a commencé à prendre beaucoup d'importance. Et ce parce que la lumière (et donc la vitesse de l'information) se déplace au maximum à 300 kilomètres par milliseconde. Etre situé loin de l'ordinateur de trading de la Bourse devenait un désavantage. Aussi, en 2007, les principales banques d'investissement se battaient pour se rapprocher du bâtiment du NYSE à Wall Street, avant que la Bourse n'offre en 2009 la colocation c'est-à-dire l'hébergement des ordinateurs de trading de ses utilisateurs dans ses propres serveurs, dans son centre de données situé à Mahwah, dans le New Jersey

Hunsader observe que chacune des Bourses américaines a choisi son centre de données à une distance de moins de 100 millisecondes  l'un de l'autre, comme sur cette photo. 

 

 

En Europe, comme par hasard, Euronext a choisi Basildon, pas très loin à vol d'oiseau de Slough (75 kilomètres), de Londres  (City et Docklands), là où se trouvent les centres de données de Chi-X Europe, du London Stock Exchange et de BATS  respectivement. Mais Deutsche Börse a délocalisé son ordinateur vers le centre de données FR2 d'Equinix à Francfort. Toutefois, la Bourse de Francfort a choisi Equinix, le même exploitant que Chi-X Europe et EBS, la plateforme de devises d'ICAP.

Coïncidence ou pas, cette transformation s'est opérée en plein pendant la crise financière de 2007-2008, période où les Bourses américaines et européennes ont enregistré des volumes de transactions record. Rien que pour la Bourse de Bruxelles (un nain à l'échelle du NYSE), les volumes pouvaient atteindre 1 milliard d'euros par jour au moment de la faillite de Lehman Brothers, alors qu'aujourd'hui, ils tournent autour de 350 millions d'euros. Et pendant ce temps-là, l'horodatage des transactions est resté avec ses problèmes (dont le delta négatif: le fait qu'un ordre d'achat se retrouve daté après un ordre de vente)...

Les bénéfices des firmes de trading à haute fréquence ont explosé en 2007-2008. Il leur suffisait d'être les plus rapides.

Mais très vite, ces bénéfices ont commencé à diminuer, de plus de 81% depuis 2009, sous l'effet d'une concurrence devenue de plus en plus nombreuse.

Alors, selon Eric Hunsader, les firmes de trading se sont mises à employer des ordres pour créer des faux mouvements sur les marchés et se faire de l'argent sur les erreurs provoquées volontairement chez les autres participants.

Il faut toutefois constater que les firmes de trading ont aussi multiplié les dépenses d'investissement à partir de ce moment-là. Chez Optiver, une firme de trading amstellodamoise, les traders ont commencé à être dépassés en nombre par les informaticiens à partir de 2009.

Certaines, comme Allston Trading, ont créé des sociétés d'informations (Need to Know news) pour obtenir les info-clés telles que la décision de la Réserve Fédérale américaine sur les taux d'intérêt avant tout le monde, et même des données de la Securities and Exchange Commission.

D'autres, comme Tradeworx, ont créé des sociétés d'exploitation de données comme Thesys Technologies, qui vont exploiter des nouvelles sources de transmission des données de marché, comme les faisceaux hertziens, pour gagner en rapidité. Tradeworx, quand il n'est pas occupé à détecter les ordres du milliardaire Warren Buffett sur les marchés, a aussi décroché un contrat d'analyse de données de marché en temps réel avec la Securities and Exchange Commission, baptisé MIDAS.

Le fondateur de Nanex note qu'à partir de 2007, les mini-krach sur des valeurs individuelles se sont multipliés. Un flash krach a eu lieu le 6 mai 2010 sur le Dow Jones Industrial Average. Des introductions en Bourse comme celles de Facebook ont été un vrai fiasco. Et une firme de Wall Street, Knight Capital, s'est retrouvée au bord de la faillite à cause d'un algorithme fou. Il ne faut pas croire que l'Europe soit épargnée.

A cela, il faut ajouter des pannes des Bourses de plus en plus fréquentes. Et des transmissions de données de marché souvent retardées (du moins pour ceux qui n'ont pas payé des primes de transmission aux Bourses).

Il faut aussi ajouter un certain ras-le-bol des gestionnaires de fonds  et des courtiers face à des marchés devenus très complexes.

 

 

 

Posté le 4 février 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Les manipulations liées au HFT peu avérées en Europe

En Europe, depuis décembre 2011, les régulateurs nationaux ont été priés d'adapter les lignes de conduite publiées par l'ESMA (l'autorité européenne des superviseurs de marché) pour les systèmes de contrôle des plateformes de transactions.

Ces lignes de conduite identifient les pratiques de marché à éviter, liées à l'automatisation des transactions. L'ESMA a relevé quatre types de manipulations de marché. Les voici.

Manipulation

L'ESMA a anticipé la législation européenne, car la directive sur les abus de marchés datant de 2003 devait être remplacée par une autre directive (MAR), votée en 2014, qui entrera en vigueur le 3 juillet 2016. Mais la ligne de conduite de l'ESMA a été intégrée dans l'avis technique que le régulateur a proposé le 3 février 2015 à la Commission européenne, dans le cadre de MAR.

L'ancienne directive de 2003 ne couvrait pas ce genre d'interdiction de manipulation de marché. Mais dès 2010, la révision de la directive sur les services financiers (MiFID) datant de 2004 a posé la question de ces manipulations, alors que les marchés  européens ont vu leur vitesse s'accélérer depuis la mise en vigueur du texte en novembre 2007. Et se fragmenter entre les MTF comme Chi-X Europe, les dark pools, les Bourses comme Euronext et le London Stock Exchange, et les crossing networks des banques (comme Sigma X et Crossfinder).

MIFID 2 et MAR ont donc été révisées concomitamment.

En décembre 2011, l'ESMA avait donné un délai de deux mois aux régulateurs nationaux pour adopter ses lignes de conduite contre les manipulations de marché. 

Mais la FCA(autorité des marchés britanniques) avait déjà adopté des règles strictes sur les pratiques de marché avant cette date. En septembre 2011, elle avait remis une amende de 8 millions de livres sterling à Swift Trade, pour layering.  En juin 2013, la FCA  a infligé une amende de 903.000 dollars à la firme américaine Panther Energy, et à son seul employé, Michael Coscia, pour spoofing sur les cours du pétrole.

Le bilan est maigre jusqu'à présent en Europe. Ou alors, il faut croire que les Etats-Unis concentrent les manipulations de marché.

 

 

Posté le 28 janvier 2015 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

81% de bénéfices en moins pour le HFT depuis 2009

Allston Trading, une firme de trading à haute fréquence basée à Chicago, cesse ses activités sur les actions américaines. La société, fondée en 2001 par trois anciens traders en futures, va se concentrer sur des titres plus lucratifs, tels que les dérivés, selon un porte-parole cité par Bloomberg.

La concurrence est devenue intense sur le trading en actions. Les bénéfices des firmes de trading à haute fréquence sur les transactions en actions américaines ont fondu de 81 % depuis 2009, passant de 7 milliards de dollars en 2009 à 1,3 milliard de dollars, selon un rapport de Tabb group datant du mois de mars 2014.

Allston faisait aussi face à une fuite de ses cerveaux. Certains, comme David Lauer, sont partis en claquant la porte pour des raisons idéologiques. Lauer a rejoint l'association Better Markets, le pendant américain de Finance Watch, en tant que consultant.

D'autres employés sont passés à la concurrence, notamment auprès des banques d'investissement. Le PDG d'Allston, Raj Mahajan, a été recruté par Goldman Sachs pour superviser sa division de stratégies algorithmiques.

L'ancien CTO (responsable de la technologie) Peter Nabicht a lui rejoint les rangs de Modern Market Initiative, un lobby du trading à haute fréquence aux Etats-Unis, depuis le début de 2014.

 Allston n'est pas la seule firme à subir des transformations en profondeur. Chopper Trading s'est récemment fait racheter par DRW. Tradeworx a perdu son fondateur, Manoj Narang, suite à des différends avec son comité de gestion.

Outre des bénéfices en recul, les firmes de trading à haute fréquence subissent aussi une régulation plus sévère, avec des procès à la clé. Tower Research, GTS et Hudson River, sont actuellement sous le coup d'une enquête du procureur général de la ville de New York, Eric Scheiderman, dans le dossier Barclays.

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