Pourquoi les Bourses rationalisent
Chez Deutsche Börse, les valves de l'ancien bâtiment qui abritait le siège du groupe affichaient des avis de syndicats inquiets pour l'avenir du personnel. Petite précision: le groupe vient de déménager à Eschborn, pour profiter d'un régime fiscal plus favorable et donc faire des économies. En Allemagne, la presse a tiqué sur ce déménagement: la Bourse de Francfort déménage à Eschborn!
Un plan de restructuration prévoit le départ de quatre-vingt trois cadres. Le groupe a déjà délocalisé son informatique à Bratislava depuis l'an dernier. On le voit donc, Deutsche Börse se rationalise.
Chez NYSE Euronext, même constat. London Stock Exchange n'a encore rien annoncé, mais la Bourse de Londres doit seulement procéder à une intégration de ses services informatiques.
Qu'est-ce qui se cache derrière cette rationalisation?
- La concurrence: une étude de la Fédération des Bourses européennes (FESE) souligne que 95% des revenus des Bourses viennent de moins de 10% du trading des valeurs les plus liquides. L'arrivée des Chi-X et consorts est venue sérieusement rogner leurs marges bénéficiaires. Ces plateformes ont surtout forcé les Bourses traditionnelles à copier leur modèle, basé sur des coûts de transactions moins chers, et une plateforme de transactions plus rapide. Lorsque Chi-X est arrivée sur le marché en mars 2007, elle pouvait assurer 52.000 transactions à la seconde. Elle est montée au -delà de 100.000 transactions à la seconde. Le London Stock Exchange ne peut traiter que 10.000 transactions à la seconde. Seule UTP, la plateforme de NYSE Euronext, peut rivaliser.
- La concurrence (bis): NYSE Euronext a dû changer son système informatique pour pouvoir rivaliser avec Chi-X. Tout ceci a créé des coûts supplémentaires pour le groupe, et celui-ci a dû les répercuter en réduisant ses dépenses ailleurs.
- Une tendance de fond: Patrick Young, président de Derivatives Vision, souligne que les Bourses comptent "trop de personnel". "L'International Stock Exchange (propriété d'Eurex, filiale de Deutsche Börse, ndlr) compte 250 personnes environ. Son principal concurrent, (et beaucoup plus âgé), le Chicago Board of Options en compte plus de 1000" indique-t-il. "Depuis les années 60, le London Stock Exchange a réduit son personnel de 5000 à 1500 personnes et c'est encore trop" ajoute-t-il. "La Bourse la plus rentable est le marché de dérivés sud-africain, où seulement 5 personnes travaillent".
- Des causes internes: En 2004-2005, Deutsche Börse a dû batailler avec ses actionnaires activistes. TCI et Atticus Capital estimaient que la Bourse devait plus rétribuer ses actionnaires au travers de rachat d'actions et de dividendes plus généreux. Ces deux hedge funds ont poussé à la démission le patron du groupe, le bouillant Werner Seifert. Celui-ci raconte (avec un sérieux parti pris) cet épisode dans un pamphlet, "l'invasion des sauterelles". Ces deux hedge funds ont voulu que le groupe se sépare de Clearstream et d'autres activités pour rendre davantage aux actionnaires. Avec la crise financière, cette chasse aux dividendes s'est avérée périlleuse pour le groupe.

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