Posté le 24 novembre 2011 par Jennifer Nille

Que font les régulateurs?

CheetahLes relations entre régulateurs et traders à haute fréquence ne sont pas toujours au beau fixe. Bart Chilton, un des commissaires de la Commodity Futures Trading Commission, a qualifié ces derniers de "cheetah", l'animal le plus rapide sur cette planète.

Mais aux Etats-Unis, à ce jour, aucune mesure n'a été prise sur le trading à haute fréquence, à l'exception des coupes-circuits généraux des marchés américains.

De l'autre côté de l'Atlantique, l'ESMA (l'autorité européenne des régulateurs de marché) a lancé une consultation sur ce type de trading. Une étude de l'IOSCO, qui rassemble les régulateurs mondiaux, a souligné elle combien les stratégies sophistiquées de ces traders sont difficiles à comprendre pour ceux-ci.

La Commission européenne a elle proposé d'imposer une obligation de liquidité pour les traders à haute fréquence. Ceci signifie qu'il leur serait demandé de rester en permanence sur le marché.

Mais la plus grosse offensive revient à la France. L'AMF avait suggéré d'imposer une taxe sur les annulations d'ordre et de mieux encadrer les pas de cotation.

Le Sénat français a voté vendredi dernier une taxe de 0,1% sur les annulations d'ordre. Les firmes qui annulent plus de 50% d'ordres par jour se verront imposées. Petite précision, cette mesure, qui devrait entrer en vigueur au début 2012, doit encore recevoir l'aval de l'Assemblée.

Du côté des traders à haute fréquence, on juge cette taxe "complètement dingue". "Les volumes de transactions à Paris vont baisser, les spreads vont s'élargir. Ce sera mauvais pour tout le monde" relève un acteur du marché. Les traders à haute fréquence vont tout simplement éviter de passer par Paris pour exécuter leurs transactions.

L'un d'entre eux m'a avoué son incompréhension de l'attitude du régulateur français. "Nous venons de passer trois heures avec ses représentants pour leur expliquer ce que nous faisons. Il n'y a rien de mystérieux là- dedans".

Visiblement, le dialogue a tourné à une conversation entre sourds...

Pourtant, certains régulateurs adoptent une approche différente. Aux Pays-Bas, l'AFM est en contact fréquent avece les traders à haute fréquence, via leur groupe de lobby, the European Principal Traders Association.  Elle reconnaît que ceux-ci lui posent un challenge, celui de suivre la technologie de ces traders. Mais elle essaie de recruter des employés de ces firmes parmi ses rangs. 

Les régulateurs ne peuvent intervenir qu'a posteriori des transactions. Ils doivent analyser les données de marché des séances déjà clôturées. "Mais tout abus de marché a en commun une hausse de la quantité de transactions soudaine sur un titre. C'est ce qui attire notre attention" m'a-t-on confié à l'AFM.

Tout n'est pas rose dans le trading à haute fréquence, dois-je le rappeler. Des stratégies comme le layering  ou le quote stuffing sont réprimées par la loi. Optiver a été condamné pour manipulation  de ce genre sur les cours du pétrole en 2009, Trillium également, en 2010, mais cette fois pour les cours du Nasdaq.

La technologie de ces traders est aussi constamment améliorée, et de plus en plus sophistiquée.

Mais plusieurs observateurs de marché soulignent qu'il est illusoire de croire qu'en les taxant, ceci va changer leurs pratiques. "Ils se déplaceront vers d'autres marchés moins contraignant" commente l'un d'entre eux.

 

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