Une spéculation anonyme sur les matières premières
Mercredi dernier, un reportage de Question à la Une revenait sur la spéculation sur les matières premières, accusée de faire flamber les prix des denrées alimentaires.
Dans le reportage, un des traders du pit du Chicago Mercantile Exchange explique que les transactions sont devenues anonymes, avec les changements de régulation, et la montée des transactions électroniques.
Mais Bart Chilton, un des commissaires de la CFTC (l'organe de régulation des marchés de dérivés aux Etats-Unis), a récemment souligné que le troisième trader sur le CME est situé à Prague."Nous ne parviendrons jamais à obtenir un historique des transactions de ces traders" a-t-il souligné.
Il souligne aussi que les traders à haute fréquence, responsables de la majorité des transactions sur le CME, ne sont pas enregistrés à la CFTC. Pourtant, des firmes spécialisées dans le trading de futures situées à Chicago m'ont toutes répondu qu'elles reçoivent régulièrement la visite des régulateurs, comme la FINRA et la CFTC. "Chaque régulateur a sa propre approche, et elle peut varier du tout au tout d'un régulateur à l'autre, c''est un vrai cauchemar de se conformer à chacun d'entre eux" m'a avoué un trader.
Evidemment, les firmes étrangères ne sont pas soumises au même régime. Et puis, il y a les autres investisseurs, des particuliers, qui jouent aussi beaucoup sur les matières premières, grâce aux turbos.
Ceux-ci ont vu le jour grâce à la création d'indices sur les matières premières, dont Goldman Sachs détient la paternité. Ces indices sont très controversés.
Outre-Moerdijk, ces turbos sont très, très populaires auprès des petits boursicoteurs. "Et les banques gagnent énormément d'argent grâce à la construction de ces produits" m'a confié un acteur de l'industrie.
En Belgique, ce succès est plus confidentiel. Quoique. Quand je vois le succès des séminaires de Royal Bank of Scotland sur les turbos (ils invitent Jim Rogers ou d'autres grands noms quand même), je me dis qu'il y a aussi des fans de ces produits dans notre Royaume.
Et bien sûr, tous ces particuliers restent anonymes.
Toutefois, comme le montre le reportage de la RTBF, le journaliste ne gagne pas sur ses paris sur le blé tendre. Les cours fluctuent à la hausse et à la baisse. Les "spéculateurs" ne font que surfer sur les tendances.
Ce qui est, à mon sens, plus critique, repose sur la détention physique des matières premières par ceux qui jouent sur le cours de ces dernières. Des hedge funds disposent de larges hangars pour stocker celles-ci, mais des banques d'investissement aussi. Ceci leur permet de contrôler les prix.
Le plus célèbre exemple de ce genre de pratique revient à Enron. Les traders de la salle de marché de la société ont manipulé les lignes électriques alimentant la Californie pour faire monter les prix. Ces lignes appartenaient au groupe.
Plus récemment, on a vu aussi le conflit opposant Coca-Cola à Goldman Sachs et Glencore, accusés de manipulation sur les cours de l'aluminium.

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