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juillet 2016

Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 24 juillet 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

L'étude qui démonte le latency arbitrage

Deux professeurs de l'université de Berkeley en Californie, Robert P.Barlett, et Justin McCrary, ont récemment publié une étude qui remet en cause l'avantage de vitesse des firmes de trading à haute fréquence sur les autres participants de marché. Ils se sont attaqués au latency arbitrage, une stratégie de trading qui consiste à profiter de la différence de diffusion des prix sur les marchés américains. Cette stratégie avait été mise en cause notamment dans le livre "Flash Boys" de Michael Lewis, car elle s'effectue au détriment des autres participants de marché. Aux Etats-Unis, beaucoup d'observateurs, allant du fondateur de la firme de données de marché Nanex, Eric Hunsader, en passant par les fondateurs de la plateforme de transactions IEX, Brad Katsuyama et Ryan Ronan, au fondateur de la firme de recherche Tabb Group, Larry Tabb, ont mis en cause la structure des marchés financiers américains, où les participants de marché qui sont co-logés dans les centres de données des Bourses américaines bénéficient des prix du Direct Feed (donnés par les Bourses directement aux traders co-logés) dix fois plus rapidement que le reste du marché qui regarde les prix affichés par le SIP (Securities Information Processus). Une universitaire de l'université du Michigan, Elaine Wah, avait même démontré dans une étude que le latency arbitrage avait coûté environ 3,03 milliards de dollars aux investisseurs en 2014. 

Barlett et McCrary se sont penchés sur les données du SIP, horodatées en microsecondes, provenant du NYSE et du Nasdaq. Ils soulignent dans leur étude que les données manquent sur la latence (le temps de transmission des données de marché) entre le SIP et le Direct Feed. Depuis le mois d'août 2015, les Bourses américaines ont été obligées de rapporter leurs données de marché du SIP en microseconde. Les deux universitaires se sont penchés sur les données des titres du Dow Jones 30 entre août 2015 et juin 2016. Ils ont découvert que le délai pour un changement de cotation entre le SIP et le Direct Feed des Bourses s'élève en moyenne à 1,13 milliseconde, mais de 22,84 millisecondes pour une transaction. Cette différence de temps s'explique selon les deux chercheurs par le fait que deux tiers des transactions s'opèrent en dehors des Bourses aux Etats-Unis (sur des dark pools) alors que les cotations restent rafraîchies sur les Bourses. 

Les deux chercheurs ont mesuré que 97% du temps, le temps des transactions sur le SIP et le Direct Feed correspondait. Sur les 3% restant, seul 10% des transactions ont été effectuées au détriment d'un trader qui prend de la liquidité sur le marché. Les deux chercheurs estiment que les preuves pour démontrer un avantage des traders plus rapides sur le reste du marché sont inexistantes. Au mieux, les ordres qui retirent de la liquidité sur les marchés ont gagné en moyenne 0,0003 dollars par action sur la période étudiée. 

Evidemment, la Modern Markets Initiative, qui défend les intérêts des firmes de trading à haute fréquence aux Etats-Unis, s'est empressée de twitter cette étude. 

Du côté d'Eric Hunsader, c'est la consternation.

 

Posté le 22 juillet 2016 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des dark pools peu contrôlés en Europe

La Financial Conduct Authority, organe de supervision des marchés financiers britanniques, vient de publier un rapport sur les dark pools, ces plateformes de transactions où les ordres restent anonymes. En Europe, la part de transactions négociées sur ces plateformes atteint 8% des volumes de transactions. Cette part a augmenté depuis 2007, et l'implémentation de la directive MiFID, comme le montre ce graphique de Bloomberg.

Darkpool

Ces dark pools sont opérées entre autres par des banques, comme Goldman Sachs, Credit Suisse et UBS. Certaines ont essayé de requalifier leur dark pool en MTF (davantage régulé) en vue du changement de réglementation prévu pour 2018, avec la révision de MIFID, qui limite les volumes de transactions sur les dark pools. Mais toutes ne l'ont pas fait. La FCA a constaté que beaucoup de dark pools opérées par les banques n'ont pas mis en place un contrôle suffisant de l'activité de leurs clients. Elle a aussi pointé le manque de transparence sur la manière dont opèrent ces dark pools auprès de leurs utilisateurs. Elle a appelé ceux-ci à mener leur examen sur le fonctionnement de ces plateformes.

Aux Etats-Unis, depuis 2012, la Securities and Exchange Commission a mené la même enquête auprès des dark pools, bien plus nombreuses qu'en Europe. Les marchés américains comptent une soixantaine de dark pools, alors qu'en Europe, leur nombre tourne autour de 38 selon Tabb Group. Aux Etats-Unis, les amendes ont plu sur ces plateformes, où il leur a été reprocher de ne pas suffisamment protéger l'information de leur clientèle. La SEC a redoublé ses efforts depuis 2014.Elle a infligé  154 millions de dollars d' amendes à Barclays et Credit Suisse, après 20,3 millions de dollars pour ITG  et 14 millions de dollars pour UBS.

Plusieurs professionnels du secteur pensent que de telles amendes pourraient aussi pleuvoir en Grande-Bretagne envers les dark pools, où ces plateformes sont domiciliées.

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