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Posté le 25 avril 2017 par Jennifer Nille

La transparence des marchés financiers

Le 3 janvier 2018, les marchés européens vont connaître une petite révolution avec l'entrée en vigueur de MiFID2. Comme l'a souligné Gerard Rameix, le président de l'Autorité des Marchés Financiers ce mardi lors du salon Trade Tech à Paris, "MiFID1 (en 2007) a amené une forte baisse de la transparence sur la formation des prix"  car depuis cette date, les dark pools, ces plateformes où les transactions restent anonymes, ont connu une progression importante, passant de 2,7% en 2011 à 9,1% en 2016. Une des raisons à cette progression est la volonté de certains acteurs de marché d'éviter les traders à haute fréquence qui ont vu leur envol sur les Bourses. Mais pas seulement. Les banques qui opèrent ces plateformes, comme Goldman Sachs, UBS et Credit Suisse, ont activement fait la promotion de leur dark pools auprès de leur clientèle, séduites par des prix plus attractifs pour les transactions. Parallèlement, les transactions de gré à gré (sans passer par une Bourse) sont restées importantes.

Avec MiFID2, une sévère limite va être imposée pour toutes les transactions qui  dépassent un certain seuil en termes de volumes. Car il faut rappeler que l'existence des dark pools se justifie par la nécessité pour des gros acteurs de marché de minimiser leur impact sur les marchés lorsqu'ils achètent et vendent des titres. Un seuil de 4% du montant total des volumes de transactions pour un titre traité sur une plateforme, ou 8% s'il est traité sur plusieurs plateformes, sera imposé à partir du 3 janvier. Ceci signifie que les transactions qui dépassent ce seuil ne peuvent plus être négociées sur les dark pools, et devront revenir sur des marchés réglementés, ce qui fait plaisir à Euronext, Aquis Exchange,... Richard Seemark, responsable d'UBS MTF, prédit que le 3 janvier 2018, beaucoup d'actions vont tomber dans cette limite. Selon une étude du London Stock Exchange, que plusieurs participants ici à Trade Tech ont mentionné, 96% des actions européennes vont tomber dans cette limite. Toutefois, les transactions "large in scale" échappent à cette exigence. Pour être qualifiée de "large in scale", la taille des transactions doit excéder 50.000 euros pour une valeur qui se traite à un volume de 0,5 million de titres par jour, "cinq fois la taille moyenne d'une transaction" relève Robert Barnes, de Turquoise.

Cette limite vise à réduire les transactions de gré à gré. Elle visait au départ les dark pools des banques, mais celles-ci sentant le vent tourner, ont décidé, comme UBS et Goldman Sachs, de requalifier leur dark pool en MTF, soumis à des obligations plus strictes. Chez Liquidnet, un dark pool, Mark Pumfrey, souligne que ces cinq dernières années,12 à 15% des volumes sur les MTF des banques sont faites sur un mode non transparent. "Cette proportion a doublé en 5 ans" relève-t-il.

La notion "large in scale"a fait réfléchir les acteurs de marché. Mark Pumfrey souligne que pour atteindre cette limite qui échappe aux exigences de transparence requises par MiFID2, les firmes commencent à collaborer pour obtenir une taille correspondant au "large in scale". Ce ne sera pas sans conséquence, puisque la taille d'une transaction sur les dark pools équivaut en général désormais à celle sur un marché réglementé, soit 10.000 euros.

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