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octobre 2017

Ce blog veut essayer de faire découvrir le monde obscur du trading. Il veut décrire comment les dark pools, algo-traders, MTFs,... fonctionnent, et ce qu'ils entraînent comme changement sur les marchés. Les autres acteurs (régulateurs et Bourses traditionnelles) seront également épinglés.

Posté le 31 octobre 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Des exigences en capital qui inquiètent le HFT

Belgaimage-18218382-fullParmi les dispositions que la nouvelle directive MiFID2 va apporter, une règle inquiète particulièrement le milieu des traders à haute fréquence, mais aussi les Bourses. La directive veut que les firmes de trading à haute fréquence se soumettent aux exigences de fonds propres définies dans la directive CRD-4, qui couvre en principe le secteur bancaire. En vertu de celle-ci, les firmes devront limiter leur levier à 3 fois leurs fonds propres (en principe, cela ne devrait pas leur poser de problèmes, car les firmes de HFT n'utilisent pas de levier), maintenir un niveau stable de fonds propres  et des fonds propres pondérés au risque.

"Comme les firmes de trading à haute fréquence sont flat à la fin de la journée (càd, elles ont liquidé toutes leurs positions), les exigences de fonds propres vont rendre leur activité plus onéreuse. Alors elles vont devoir réduire leur activité pour compenser ces coûts supplémentaires" souligne un acteur des marchés qui a souhaité rester anonyme.

Du côté de la FIA Epta, qui défend les intérêts de 29 firmes de trading en Europe, le vice-président Mark Spanbroek regrette que les régulateurs assimilent les firmes de trading pour compte propre à des banques. "Nous ne sommes pas exposés au flux de consommateurs comme les banques" indique-t-il. "Si une banque fait faillite, les Etats et la BCE viennent à sa rescousse pour la sauver, ce n'est pas notre cas. Nous disposons de services de compensation, de gestion de risque et d'un niveau de barrière de sécurité. Si un de nos membres fait faillite, les 28 autres vont remplir le trou qu'il crée sur le marché. Nous avons pu l'observer avec Timber Hill. Les autres firmes ont pris le relais" ajoute-t-il. Il rappelle que les firmes de trading sont soumises aux règles des chambres de compensation, qui peuvent exiger un haircut en cas de problème.

"Si on impose des exigences de fonds propres aux firmes de trading, cela va amener à une augmentation de 50 à 3000% leur besoin de capitaux. Pour certaines classes d'actifs, la liquidité va disparaître, car qui va vouloir ajouter 3000% de capitaux pour pouvoir négocier des titres? Dans ce cas-là, la volatilité va augmenter de manière exponentielle" craint Mark Spanbroek.

Selon lui, la Commission européenne doit recalculer ces exigences. Un rapport final est attendu en décembre.

Posté le 24 octobre 2017 par Jennifer Nille Réactions | Réagir

Une base de données consolidées impossible en Europe?

Alors qu'aux Etats-Unis, les prix sur les différentes Bourses (14 pour les marchés d'actions) et marchés d'options sont repris sur une base de données consolidées (consolidated tape) depuis 2007, les marchés européens ne disposent pas d'un tel système, où chaque Bourse, chaque dark pools, chaque plateforme de transactions envoie ses données de marché moyennant rétribution.

Pourtant, l'European Securities and Markets Association avait appelé à la création d'une base de données consolidées en Europe. Mais le régulateur européen  a préféré laisser l'initiative au secteur privé. Thomson Reuters et Bloomberg avaient essayé de lancer leur propre base de données consolidées, mais les deux agences se sont heurtées à des problèmes de partage des données de marché. De plus, l'Esma confie l'initiative et la supervision de cette base de données consolidées au soin "des autorités nationales" précise un porte-parole. "A cause de leurs contraintes, les fournisseurs de données de marchés n'ont guère reçu d'incitant pour rendre possible une base de données consolidées. C'est le sentiment général" souligne Rebecca Healey, head of Market Structure chez Liquidnet. "Et cela, alors que les marchés d'actions européens risquent de devenir encore plus fragmentés" avec l'entrée en vigueur de MiFID2 le 3 janvier 2018, ajoute-t-elle.

MiFID2, pour rappel, va engendrer la disparition des Brokers Crossing Networks (BCN) après le 3 janvier 2018. Mais de l'avis de nombreux observateurs, les Systematic Internatisers (SI) vont prendre le relais. Cette catégorie de marché, définie sous MIFID1, permet à un acteur de marché d'internaliser ses ordres. Sous MiFID2, les transactions qui sont exécutées sous SI ne devront pas être comptabilisées et reportées comme sur les Bourses et les MTF (Multilateral Trading Facilities), alors les transations qui y sont exécutées ne devront pas être soumises à la limitation des dark pools (suspension de trading si le volume de transactions dépasse 8% des volumes sur les marchés, et 4% des volumes sur un titre). En  outre, les SI auront plus de flexibilité avec la tick size rule (voir final report ESMA/2015/1464, p.252-253) par rapport aux deux autres catégories de marchés d'actions."Les SI posent un vrai challenge. De nouvelles plateformes arrivent, même si le statut SI existe déjà. Il n'a pas été exploité jusqu'à présent. Avec la disparition des BCN, les courtiers n'auront d'autres choix que de se tourner vers les SI et cela  va  réinitialiser le dark trading" souligne Rebecca Healey.

L'analyste souligne que les participants de marché vont avoir des difficulté à savoir où leurs transactions seront executées. Une tuile, alors que les gestionnaires de fonds devront objectiver leurs coûts de transactions et fournir le détail de leurs transations à leur régulateur national. Une enquête de la Royal Bank of Canada auprès des gestionnaires de fonds européens a montré que 75% d'entre eux s'inquiètent de la liquidité sur les marchés européens après le 3 janvier 2018.

Rebecca Healey craint que les marchés d'actions ne deviennent encore plus opaques. "Une base de données consolidées aurait été une solution à ce problème, mais là, c'est trop tard. Les participants de marché vont devoir comprendre comment passer leurs transactions après le 3 janvier 2018 et ne pas attendre après une base de données consolidées. Ils vont devoir trouver une solution pour comprendre où la liquidité se négocie désormais" indique-t-elle.

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