Posté le 26 juillet 2010 par Stéphane Wuille

Un stress test n’est jamais rien d’autre qu’un stress test

Oscar Bernal ok Oscar Bernal, économiste chez ING, et collaborateur régulier de notre blog "Les cracks en action" apporte son éclairage à propos des résultats des tests de résistance des banques européennes publiés vendredi soir.

Les mots en gras et les intertitres sont le fait de la rédaction et non de l'auteur.



Parmi les 91 banques examinées par le Comité des Superviseurs Bancaires Européens, seules 7 ont échoué le fameux stress test, c’est-à-dire qu’elles verraient leur Tier 1 tomber en dessous du seuil de 6% retenu pour le test. Si le minimum réglementaire se situe à 4%, il est néanmoins vrai qu’en cas de stress les marchés tendent à se montrer bien plus exigeants concernant le niveau de capitalisation des banques.

A ce titre, il est intéressant de remarquer qu’en augmentant le seuil de réussite du test – disons à 8%, ce qui correspond au minimum réglementaire généralement attendu par le marché en ce qui concerne les futurs accords de Bâle III – ce ne seraient pas moins de 39 banques qui auraient échoué.

Néanmoins, l’écrasante majorité des banques européennes ont réussi le test, ce qui soulève des interrogations concernant les hypothèses des scénarios envisagés ainsi que sur la crédibilité des résultats. Beaucoup a été écrit depuis vendredi à ce sujet.

En substance, les principales objections qui ont été avancées sont au nombre de quatre :

1. Les scénarios envisagés ne seraient pas assez « durs » ;
2. L’hypothèse d’un défaut souverain a été exclue;
3. Les dépréciations sur la dette souveraine ne concerne que le compte de trading (alors que la dette publique détenue par les banques l’est majoritairement jusqu’à maturité);
4.Le test se concentre sur le niveau de capitalisation et exclut le risque de liquidité.

Malgré que ces objections soient légitimes, je ne pense pas que l’on puisse rejeter les résultats du test d’un simple revers de la main. Tout d’abord, le scénario de stress peut certes apparaître comme relativement modéré.  Mais, compte tenu des chiffres du PIB du premier trimestre de l’année et de ce que l’on peut attendre pour le second (la Commission Européenne table sur 0,4%, ce qui semble assez pessimiste), la croissance au second semestre devrait être en moyenne de -0,4% à -0,5% par trimestre pour atteindre une contraction de 0,2% sur l’ensemble de l’année. Cela resterait assez éloigné des chutes du quatrième trimestre de 2008 et du premier trimestre de 2009 (où le PIB avait reculé respectivement de 1,9% et 2%), mais cela demeurerait quand même très mauvais.

Par ailleurs, il faut souligner que le scénario de stress envisage pour deux années consécutives une combinaison explosive entre pressions déflationnistes et augmentation généralisée des taux d’intérêts en Europe, ce qui correspondrait à une situation où, concrètement, les banques centrales auraient perdu, du moins partiellement, la capacité d’influencer les taux d’intérêts par leur politique monétaire. 

Défaut souverain

Concernant l’hypothèse d’un défaut souverain et le fait que les dépréciations sur la dette ne concernent que les seuls comptes de trading, il ne faut pas oublier non plus que les gouvernements de la Zone euro ont crée le « European Financial Stability Facility » précisément pour limiter ces risques.

Ce mécanisme peut collecter des fonds jusqu’à hauteur de 440 milliards d’euros sur les marchés avec la garantie des Etats membres pour ensuite accorder des prêts aux Etats en difficulté. Ce mécanisme ne serait clairement pas suffisant pour aider l’ensemble des pays européens « à risque » simultanément.

Mais ce qui semble devoir compter ici est plus le signal que la mise en place d’un tel mécanisme véhicule, à savoir l’existence d’une volonté en Europe de ne pas laisser un défaut souverain survenir. Cela dit, il semble clair également qu’en cas de défaut de paiement sur sa dette de l’un des pays de la Zone euro, celle-ci basculerait dans son ensemble dans une dimension bien éloignée du cadre d’application du stress test. A cet égard, on peut difficilement blâmer les autorités européennes d’avoir écarté cette éventualité.

Enfin, en ce qui concerne la liquidité, la BCE ainsi que d’autres banques centrales européennes n’ont pas hésité à en injecter massivement dans le marché interbancaire lorsque les taux ont explosé. Il n’y a pas de raison objective pour laquelle les banques centrales se détourneraient de cette stratégie si des tensions vives devaient réapparaître sur le marché monétaire. A cet égard, n’oublions pas que, à l’heure actuelle, la BCE s’est virtuellement substitué au marché monétaire pour ce qui concerne le refinancement à court terme du secteur bancaire en Zone euro.

Oscar Bernal Graphique

Pas d'enthousiasme débridé

Les marchés semblent ne pas avoir réagi avec un enthousiasme débridé à la publication des résultats. Cela était prévisible. Néanmoins, on ne peut exclure le fait que les banques qui n’ont réussi le test que de justesse puissent être mise quelque peu sous pression.

Mais, ce qui semble être le plus important est de garder à l’esprit qu’un stress test n’est rien d’autre qu’une évaluation de ce qui se passerait « si ». Il semble à ce titre déraisonnable que les scénarios de stress deviennent un benchmark, comme cela est parfois le cas. En attendant, même si elle n’est pas très vigoureuse, la reprise continue en Europe et dans la Zone euro.

Oscar Bernal
Economiste ING
Maître de conférences aux FUNDP
Chercheur visiteur à l’ULB

Le précédent article d'Oscar Bernal: La fin de l'euro ne résoudra rien

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