Posté le 21 février 2012 par Stéphane Wuille

Bons d'Etat: le rendez-vous manqué

Bons 21 fevIronie du calendrier. L’Agence de la dette a  choisi le mardi gras pour nous proposer des bons d’Etat à face de carême…

Le bon sur 5 ans qui sera disponible dans toutes les institutions financières à partir du 23 février et directement sur le site de l’Agence de la dette offrira un taux annuel de 2,35%. Celui d’une durée de 8 ans sera un chouïa plus généreux: 3,10%. Ces taux chagrins seront encore rabotés de 21% au titre du précompte mobilier.

Comme vous le voyez, pas de quoi vendre vos Krugerrands ou vos actions Apple dans la précipitation pour prêter votre bel argent à l’Etat belge.

Certes, il faut bien admettre qu’il n’y a guère d’investissement plus sûr que ce papier, si ce n’est peut-être votre abonnement à L’Echo.  Mais cette sécurité a un prix. Et ici, il est d’accepter que l’argent prêté finira érodé par l’inflation (2,6%).

A moins d’un krach boursier ou d’une guerre en Iran dans les deux semaines, on voit donc mal comment cette nouvelle campagne de bons d’Etat pourra rivaliser avec le succès phénoménal de la précédente.

Avec du 4%, un précompte limité à 15% et le coup de pub d’Yves Leterme, le bon à 5 ans a réalisé un tabac chez les épargnants. Toutes catégories confondues, et à la surprise du gouvernement qui escomptait 200 millions d’euros, 5,7 milliards d’euros sont rentrés dans les caisses de l’Etat. 

Je me souviens à l’époque avoir lu qu’un tel engouement populaire pour le papier belge était quelque chose de très positif pour nos finances publiques. Et qu’il fallait encourager cette tendance. Car plus la dette est détenue intra muros, moins elle est sujette aux pressions extérieures et aux agences de notation.

Le taux belge à cinq ans sur les douze derniers mois:

Taux 21 fev
(Bloomberg)

Regardez le Japon. Ils ont là-bas une dette supérieure à 200% de leur PIB. Et cela n'empêche pas les Japonais de dormir car ce sont eux qui la détiennent à hauteur de 95%. 

On aurait donc pu espérer que pour compenser ces taux chétifs- qui ne sont que le reflet de ce qui se passe sur les marchés, rappelons-le-  des mesures fiscales ou autres soient annoncées pour mettre en œuvre une stratégie identique.

Mais le court terme (se financer à bon marché avec un coupon de 2,35%), les ajustements budgétaires et la volonté de ne pas trop concurrencer un secteur bancaire déjà mal en point ont, semble-t-il, eu raison de cette vision stratégique. Au grand dam des investisseurs belges et des 218 milliards d'euros qui continueront à sommeiller sur leurs comptes épargne. 

Stéphane Wuille

 

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