La potion du Barron's pour sauver l'Europe
“What about Europe? Fuck Europe.”
C’est peu de dire que les investisseurs américains en ont par dessus la tête de la crise de la dette qui s’éternise chez nous. A l’image de ce blogueur qui, au milieu de l’énumération des raisons qui lui font voir le marché des actions d’un œil optimiste pour le second semestre, s’écrie « Fuck Europe ».
Le ras-le-bol général pourrait bien atteindre des sommets alors qu’une enquête réalisée auprès d’économistes d’entreprises ou d’associations montre que 47% d’entre eux estiment que la crise en Europe a fait chuter les ventes des sociétés aux USA. Plus de la moitié sont d’avis que cette situation perdurera dans les six prochains mois. Ils étaient seulement 21% à le penser en avril dernier.
C’est dans ce contexte que l’hebdomadaire Barron’s, considéré comme la référence en matière de placements outre-Atlantique, propose son remède miracle pour sortir l’Europe de la mouise. Une potion d’autant plus étrange de la part de la Bible de Wall Street qu’elle a le goût et la couleur de celle concoctée dans les laboratoires du PS français et que François Hollande a tenté, avec un succès mitigé, de faire avaler à Angela Merkel.
« La solution pour résorber les déficits, c’est la croissance. Et le moyen le plus rapide pour doper la croissance c’est via la relance monétaire » résume le Barron’s .
"Un euro moins cher- à parité avec le dollar- peut rétablir la compétitivité de l’Europe, mettre un terme à la crise de la dette et sauver sa devise, écrit l’hebdomadaire. Cela a déjà marché dans le passé. Nous sommes aujourd’hui à mi-chemin de la parité, d’un pic de 1,6 dollar en 2008 à 1,22 aujourd’hui. Après deux années de restrictions et de demi-mesures, le seul moyen pour sauver l’euro est de l’affaiblir. »
Pour cela, il faudrait, bien sûr que la Banque centrale européenne (BCE) se résolve à actionner la planche à billet. Cela provoquerait une inflation contrôlée en Allemagne au profit des pays de la périphérie. La baisse de la monnaie unique profiterait également aux économies les moins robustes. Un scénario qui se heurte aux statuts actuels de la BCE qui lui interdisent d’imprimer de la monnaie.
Mais The Bank Credit Analyst, abondamment cité dans l’enquête du Barron’s croit en une fin heureuse après une « émeute du marché » qui entraînera une « mutualisation du risque » via l’émission d’euro-obligations. Le MES (mécanisme européen de stabilité) pourrait ensuite prendre le statut de banque et émettre ses propres obligations triple « A » que la BCE achèterait sans aucune limite, imprimant des euros et mettant fin à la crise.
Remercions nos amis américains pour leurs judicieux conseils. C'est vrai qu'en matière de montagne de dettes, ils ont l'expérience d'un alpiniste de l'Everest qui, à mesure qu'il progresse, ne voit pas que le sommet s'éloigne et que sa bonbonne d'oxygène se vide.
Stéphane Wuille


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