Google et le rêve d'Albert Frère
Quartiers d'été
Le blog « Les cracks en action » prend ses quartiers d’été et sera donc mis en veilleuse pendant trois semaines.
Pour vous aider à patienter jusqu’au mardi 21 août 2012, nous publierons une sélection des articles du blog qui ont rencontré le plus de succès auprès des échonautes au cours de ces derniers mois. Première publication de ce billet: 13 avril 2012.
Larry Page et Sergey Brin (photo) sont les seuls maîtres à bord de Google et entendent bien le rester. La preuve: les co-fondateurs du moteur de recherche introduit en Bourse en 2004 vont verrouiller à double tour le contrôle de leur société.
Un premier tour a déjà été effectué au moment de l’IPO avec la création de deux types d’actions : les actions A cotées en Bourse et valant un droit de vote chacune (257,55 millions de titres) et les actions B, non cotées, valant chacune 10 droits de vote (67,3 millions de titres). Ces dernières sont principalement entre les mains de Page et de Brin qui avec un investissement minimal demeurent les vrais patrons (60%) .
Les actions A et B détenues par les co-fondateurs de Google (cliquez sur le tableau pour l'agrandir)
(Source: Google)
Pour ceux qui s’en souviennent, ces droits de vote multiples représentaient un vieux rêve, jamais réalisé, d’Albert Frère. L’existence d’une telle technique en Belgique aurait permis à des actionnaires familiaux de s’assurer une majorité confortable dans le tour de table de leur groupe sans devoir mobiliser des capitaux importants. A la place, ceux-ci auraient pu être alloués au développement de leurs activités.
Mais le législateur en a décidé autrement et cette idée ne fut jamais mise en œuvre. A la place, les groupes familiaux se sont rabattus sur les « stichting administratiekantoor » néerlandaises permettant de séparer droits de vote et droits économiques (dividendes).
Revenons-en à Google et au deuxième tour de vis destiné à protéger l’entreprise de pressions extérieures ou d’offres de rachats non sollicitées. Annoncé jeudi, il prendra la forme d’une division de l’action par deux. La particularité de ce « stock-split » longtemps réclamé par des actionnaires c’est qu’il donnera naissance à une nouvelle classe de titres, les actions C, qui seront dépourvues de droits de vote et cotées séparément.
L'action Google depuis son IPO en 2004 (cliquez sur le graphique pour l'agrandir)
(Source: Forbes)
Pourquoi créer un 3e type d’actions ? Pour éviter une dilution du pouvoir (sur le long terme) lors de l’exercice de stock-options attribués au personnel et lors d’opérations de rachats financées avec des actions du groupe, avancent les co-fondateurs dans une lettre adressée aux actionnaires.
Alors, la question que se pose tout actionnaire de Google est de savoir si l’action C qu’il va recevoir sera affublée d’une décote. On verra comment le marché valorisera la voix de chaque action. Mais dans la mesure où Page et Brin concentrent déjà l’essentiel du pouvoir, la moins-value devrait être minime.
Stéphane Wuille
(Photo: AFP)


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