Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 1940, une population française trahie

Printemps 1940. La France affronte l'Allemagne dans une lutte inégale. Une armée française mal équipée. Commandée par des chefs qui ont une guerre de retard face à une armée allemande très mobile. Montée sur des chars plus modernes, puissants, et soutenus par une aviation qui domine les cieux. Côté français, le lieutenant Tanguy Brettin d’Arçonet, fils d’un colonel, héros de la Première guerre mondiale, refuse de céder au courant de défaitisme.
«Nous sommes le 12 mai 1940. Qu’avons-nous fait depuis l’entrée en guerre contre l’Allemagne le 3 septembre 1939 ? Nous avons sagement attendu derrière la grande œuvre du génie français, notre inexpugnable ligne Maginot. Tellement formidable que Hitler l’a contournée pour nous prendre à revers».
Brettin? Comme le dit un soldat, c'est un vrai pisse-froid, cynique. En rage contre les politicards et ces vieilles badernes qui n’ont pas donné à l’armée les moyens de vaincre les Boches. Volontaire, presque suicidaire pour sauver son honneur. En règle devant Dieu, comme il dit. Une sacrée personnalité, forgée par l’éducation sévère d’un père, héros de 1914-18, militariste et pétainiste de la première heure.
Ses hommes savent au moins une chose : avec lui, ils ne mourront pas de vieillesse dans leur lit. De fait, les multiples affrontements entre les chars français commandés par Brettin et ceux des Allemands laissent bien des tankistes français au tapis. Victimes d'une doctrine guerrière française digne de la guerre précédente.
Le dessin de Manuel Garcia, semi-réaliste, très nerveux, rend bien toute l’intensité des combats. Les corps criblés de balles, les civils bombardés par les Stuka ou les tankistes pris au piège d’un char en flammes. Rien n'est occulté. L'album se lit comme un reportage au coeur de l'horreur de cette campagne de France. Comme le dit Brettin, les héros n’existent pas. Il n’y a que des morts au combat.
On suit sa grande vadrouille, avec les Boches aux fesses, comme il dit, de Sedan à la côte. Jusqu'à Dunkerque, où subsiste un dernier îlot de résistance française. Pour permettre l’embarquement des restes du corps expéditionnaire britannique. Un dernier baroud d’honneur. Du 27 mai au 4 juin 1940, quelque 350.000 soldats seront évacués de Dunkerque. Au prix de 18.000 soldats français tués et 34.000 prisonniers.

GENERATIONBDAvec Populations trahies, deuxième tome de la série Une génération française (éd. Quadrants), Thierry Gloris au scénario et Manuel Garcia au dessin, mettent en scène un jeune officier français qui a refusé de baisser la tête devant l’Occupant. Un destin qui va en croiser d’autres dans ce nouveau portrait d’une période noire de l’histoire mondiale. Une série qui débute par un cycle de six albums. Prometteur si la qualité des prochains volumes est identique à celle de ce tome. Le lecteur suit avec intérêt ce patriote, qui préfère mourir que subir la loi du vainqueur teuton. Par chance, la faucheuse devra attendre son tour car ce jeune lieutenant survit à la campagne de France. La mort dans l’âme, les larmes aux yeux après le fameux discours radiophonique de Pétain : «c’est le cœur brisé que je vous dis qu’il faut cesser le combat
Pour le lieutenant Brettin, la défaite est désormais consommée, la lutte clandestine va commencer. Pour bouter l’ennemi hors de France.
Une génération française? Encore une excellente série qui se doit de figurer dans la bédéthèque. Réaliste et bien documentée.

Philippe Degouy

Une génération française tome 2. Populations trahies. Scénario de Thierry Gloris. Dessin de Manuel Garcia. Éditions Quadrants, 48 pages, 14,50 euros environ
Couverture : éditions Quadrants

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Il s'en passe des choses en Belgique

Savez-vous ce qui est arrivé à un ami? Non? Lisez donc ce qui suit.
Bien avant l’arrivée des réseaux sociaux, terreau fertile pour certains cerveaux dérangés, des rumeurs plus folles les unes que les autres ont circulé de bouche à oreille. Pour mettre en garde, effrayer le brave citoyen qui n’en demandait pas tant pour être angoissé. Une histoire colportée, déformée. Et jamais prouvée. Ce que l’on appelle aujourd'hui une légende urbaine. Le sujet de cet essai étonnant et drôle publié aux éditions Avant-Propos par Aurore Van De Winkel, docteur en information et communication à l’UCL. Son livre, Les légendes urbaines de Belgique, recense la majorité des légendes urbaines qui ont circulé au sein de notre petit royaume. Un travail de recherche conséquent, bien illustré. Plaisant à lire. Comment définir une légende urbaine? «Elle raconte un événement inattendu qui se serait glissé dans le quotidien d’un citoyen lambda. Elle est présentée comme authentique. Pourtant, sa véracité ne résiste pas longtemps à une relecture critique. Des récits parfois belgicisés en les plaçant dans des lieux de passage quotidiens et connus du grand public
Au fil des pages du livre, certaines légendes font sourire, d’autres frémir. Elles sont toutes remises dans leur contexte historique et sociologique. L'écriture

Legendes-urbaines-de-BelgiqueComment ne pas s’esclaffer à la lecture de cette rumeur qui a longtemps circulé au sein de l’ULB dans les années 90. Celle d’un comptoir où les étudiantes pouvaient revendre leurs petites culottes usagées pour rejoindre la collection d’un pervers japonais. Une légende, bien entendu. Vous pouvez désormais laver votre lingerie.
Plus mémorable encore, celle qui s’était répandue dans les années 80, relative aux couloirs du métro bruxellois (stations Anneessens et Comte de Flandre). De jeunes hommes en parfaite santé étaient enlevés puis retrouvés avec une énorme cicatrice dans le bas du dos. Et des organes en moins. Les plus de 40 ans se souviennent certainement de cet épisode. Plus récemment, la presse a relayé certaines rumeurs, folles et infondées, relatives à des bananes infectées par la bactérie mangeuse de chair. Ou à propos d’un jeune Brésilien, jamais identifié, retrouvé mort après avoir mangé des bonbons Mentos avec du Coca-Cola. Parmi les autres sujets qui alimentent l'ouvrage, citons les crocodiles qui hantent les égouts, les toilettes publiques bruxelloises où disparaissent des jeunes femmes pour être menées sur un navire présent sur le canal…
Une autre légende urbaine, fameuse elle aussi, a marqué durablement le public. Elle concernait certains magasins de la Rue Neuve et de la Porte de Namur. Certaines femmes disparaissaient des cabines d’essayage pour être envoyées à l'autre bout du monde, en esclavage. À ce propos, qui se souvient de ce film étonnant des années 80, Mama Dracula? Une comédie d’horreur réalisée par Boris Szulzinger (1980) qui racontait l’histoire de jeunes filles, vierges de préférence, capturées dans une boutique pour être offertes à la comtesse Dracula. Une curiosité à revoir. Notamment pour le jeu des frères Wajnberg. Fermons la parenthèse.

«Si les légendes urbaines dépeignent la Belgique comme dangereuse, rappelons-nous que ces histoires racontées sont fausses et permettent simplement aux Belges de parler de leurs préoccupations et de rappeler leurs valeurs et de conjurer les peurs» explique l’auteure en guise de conclusion. Soit, mais avouez que vous n’aurez plus vraiment l’esprit tranquille au moment d’essayer ce  vêtement sympa déniché dans cette petite boutique obscure. Et pourquoi ce rideau de cabine d’essayage est-il donc si étroit? Oui, il s’en passe de drôles en Belgique.

Les légendes urbaines de Belgique. Par Aurore Van de Winkel. Éditions Avant-propos, 309 pages, 25 euros
Couverture : éditions Avant-propos

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Objectif Ter, d'où viens-tu Mandor?

Par Philippe Degouy

Année ? Indéterminée. Lieu ? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : « Main d’or ». Baptisé Mandor par Pip, l’étranger est ramené au village, chez Pip et sa sœur Yss. Incapable de communiquer, sans mémoire, mais pas inutile. Il sait réparer les objets pillés par Pip dans les tombes.
Quand Mandor réussit à réfaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. Tous veulent voir cet étranger qui fait apparaître des images de la Seconde Guerre mondiale et des attaques du 11 septembre 2001 sur des buildings. Un passé méconnu pour ces citoyens captivés par les images. Mandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, le Bourdon et Beth, la reine du collège des femmes. Inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Et si cet inconnu était ce messager annoncé par les psaumes : « Alors surgira un homme des entrailles de Ter qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni bien, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » Peu à peu, Mandor apprend à parler, à lire, à s’intégrer. Grâce à Pip et sa sœur Yss, pour qui il ressent bien davantage que de la gratitude.

Quand il apprend que l’endroit se nomme Ter à cause de trois lettres présentes sur un flanc de montagne, Mandor souhaite les voir. Sur place, un glissement de terrain laisse apparaître d’autres lettres, des chiffres aussi. La surprise est totale pour Pip et Yss. L' histoire de Ter est remise en cause. Il est désormais certain que Ter n’est pas la nôtre….

Nous n’en dirons pas plus, de peur de briser l’effet de surprise de cette dernière planche. Qui donne envie de connaître la suite.

TERRéalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche, au vu du matériel récolté par Yip et entreposé dans sa cave aux trésors. Une guitare Fender, des montres, un mixeur de cuisine, de vieilles horloges, jusqu’à cette reproduction de la fameuse fusée d’Hergé, clin d’oeil au maître de la bande dessinée belge.

On admire le dessin de Christophe Dubois, simplement superbe et envoûtant, avec des premières planches qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. Avec des statues géantes, d’inspiration aztèque version cosmique, abandonnées dans un décor lunaire dont se dégage une ambiance de plénitude agréable. Un récit raconté par Mandor, à la fois narrateur et acteur principal de ce premier tome, séduisant d’emblée son lecteur.

Au fil du récit, on se laisse envoûter par cette histoire très bien racontée par Rodolphe, un scénariste qui distille les éléments pour intriguer les lecteurs jusqu'à la fin. Les planches font rêver de cet ailleurs étrange. Avec cette planète à l’atmosphère respirable, au climat chaud et des villages perchés, semblables à ces cités rustiques du film La planète des singes. Les personnages, dominés par la présence de Mandor, sont bien amenés dans l’intrigue et laissent deviner que certains d'entre eux vont prendre davantage d’ampleur dans les deux prochains tomes.

Une saga née d’une rêverie issue du cerveau imaginative de Rodolphe. « Pour Ter, j’aime bien l’idée de ce personnage-narrateur (il raconte l’histoire à la première personne) qui surgit ainsi au tout début de l’histoire, sans nom, sans âge, sans passé et nu. Cette image-là a sans doute été l’une des toutes premières à l’origine du récit et peut-être son déclencheur » explique Rodolphe.
Une lecture qui fait penser à Stargate, à Dune mais aussi par certains aspects à Game of Thrones et Mad Max.

Si l’histoire trouve son aboutissement à la fin de la trilogie, les auteurs soulignent qu’ils laissent la porte ouverte pour d’éventuelles suites. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année.
Ne manquez pas le carnet graphique qui clôture l’album, avec des esquisses somptueuses. Des personnages, des décors. De quoi s’attarder davantage sur les coulisses de cette intrigue prometteuse. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.

Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ
Parution le 13 avril.
Un album qui s’accompagne d’une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée du 23 mai au 8 octobre 2017
Couverture : Daniel Maghen

 

Posté le 19 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 40 à Dunkerque, un gamin au coeur de la tourmente

«J’avais 10 ans en 1940 quand éclata la première grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, en France. Elle se termina par la victoire d’Hitler. À Dunkerque, où je vivais. Je rêvais, je voulais, je croyais que les Français allaient gagner. Mais j’ai connu le drame de la défaite et le défilé, dans ma rue, de milliers et de milliers de prisonniers français
Ainsi débute le récit de Jacques Duquesne, journaliste et auteur de nombreux ouvrages à succès. Avec Dunkerque 1940. Une tragédie française  (éd. Flammarion), il relate le résultat de ses longues années de recherche sur un sujet historique plutôt méconnu. Le rembarquement du corps expéditionnaire britannique au cours d’une opération restée dans les manuels sous son nom de code : Dynamo. Le dernier acte d’un drame de guerre qui a scellé le cours de la guerre et plongé Dunkerque dans la nuit pendant plus de cinq ans.
Le document, passionnant de bout en bout, apporte aussi le témoignage de l’auteur, gamin au moment des faits, plongé au cœur de la tourmente. Un jeune garçon qui, comme beaucoup d'autres gamins, n’aurait pas dû subir ces visions d’horreur. «Nous les gosses, avions accueilli avec bonheur, ou plutôt un certain plaisir, la déclaration de guerre. Nous pensions moins aux souffrances et aux morts qu’aux défilés de la victoire

DUNKERQUEMais les événements ont rapidement effacé ces impressions de bonheur. Jacques Duquesne relate ainsi ses visions de bombardement de sa ville, avec les incendies, les familles ensevelies, les colonnes de prisonniers… Le défilé des Allemands dans les rues. Si l’espoir est longtemps resté présent au sein de la population, «peu à peu, un mot dramatique était apparu aux habitants de Dunkerque : la défaite. Jusqu’à hanter les esprits
Au fil des chapitres, construits sur ses recherches historiques, l’auteur démonte également quelques idées reçues. Comme celle liée au coup d’arrêt allemand. Soudain, et longtemps attribué au respect de l’Allemagne pour l’Angleterre. En vérité, il s’agissait pour Hitler de jouer sur la notion de flatterie. De laisser un peu des plaisirs de la victoire à l’infanterie allemande. Jacques Duquesne voit juste quand il déclare qu’ «un dictateur doit toujours se méfier de ses généraux : leur gloire personnelle peut leur donner des idées.» Il était hors de question de laisser toute la gloire aux soldats montés sur blindés. Lesquels avaient, par ailleurs, un grand besoin de souffler et de réparer les véhicules, malmenés par de multiples engagements.

Dunkerque? Au mieux un délai

L'avis de Jacques Duquesne sur les généraux alliés n’est guère tendre. On suit ainsi tout le processus britannique qui a mené au départ précipité du territoire français. Un rembarquement décidé sans consultation préalable des alliés français. Du point de vue français, l’héroïsme, celui des défenseurs de Dunkerque, a côtoyé la lâcheté la plus crasse, celle des déserteurs qui se sont glissés parmi les troupes à évacuer. «Tout ce qui a pu être sauvé l’a été», rapporte le général Alexander. «Non, mon général, reste l’honneur» réplique le capitaine de frégate de La Pérouse. Un extrait de dialogue savoureux cité par un auteur qui dénonce des attitudes méprisables, reflets du comportement humain. Le chacun pour soi, la lâcheté et l'idiotie de certains généraux. Sans oublier le déclenchement prématuré, stupide, d'une guerre sans y être préparé. Hitler lui-même aurait préféré attendre quelques années de plus.
Oui, c’était étrange comme guerre. Le plus destructeur des conflits de l'histoire.

«Il n’y eut pas de miracle à Dunkerque, seulement des lâchetés et de l’héroïsme. Des hommes, quoi. Au total, 340.000 hommes furent embarqués pour l’Angleterre. Dont quelque 140.000 Français, aussitôt renvoyés en France
Ce qui est présenté dans les livres comme une victoire n’en est pas une souligne l'auteur.
«Ce fut, au mieux, un délai qui permit de se renforcer et de nouer de nouvelles alliances
Un livre poignant qui se présente comme le complément idéal au nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque.

Philippe Degouy

Dunkerque 1940. Une tragédie française. Par Jacques Duquesne. Éditions Flammarion, 312 pages
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 19 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Georges Clemenceau, les colères du Tigre

Quand son père est arrêté, suspecté d’avoir participé à l’attentat contre Napoléon III, le jeune Georges Clemenceau se promet de ne jamais oublier ses paroles : «toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses.» Révolté, Clemenceau le sera tout au long de sa vie. «La rébellion c’est l’action» disait-il.

Publiée chez Glénat, en partenariat avec Fayard, Clemenceau se présente comme une BD parfaitement documentée. Le scénario de Renaud Dély retrace davantage la face politique de Clemenceau. Ce fervent défenseur d’une République ferme, d’une République radicale. «Ma mission, disait-il, c’est de défendre la patrie à l’extérieur et de faire respecter l’ordre républicain à l’intérieur
Clemenceau, un amoureux de la liberté, dreyfussard (le titre du manifeste de Zola, J’accuse, est de lui), anticolonialiste, défenseur de la France, opposé à la peine de mort, anticlérical, briseur de grèves. «C’était un combattant, de la parole et de la plume, pour la liberté, la justice, la laïcité, anticolonialiste et patriote. Farouche démocrate, écoeuré par la médiocrité des politiques» explique l’historien Jean Garrigues. Le dessin de Stéphano Carloni, sombre et réaliste, permet au lecteur de s’immiscer au cœur des débats politiques, de suivre le parcours d’un «soldat de la démocratie». CLEMENCEAUUn tigre, prêt à sortir les griffes pour livrer ses combats. Et quand il a fallu faire la guerre en 14-18, il l’a faite. En galvanisant les troupes, il a gagné son surnom de Père la victoire.
Les nombreuses joutes oratoires présentes dans l’album, qui peuvent faire fuir le jeune lectorat, ne peuvent que rappeler celles présentes dans le film d’Henri Verneuil, Le Président, avec Jean Gabin. Un pur chef-d’œuvre, qu’il faut revoir pour se rendre compte de la médiocrité politique actuelle. Fermons la parenthèse.

Pour les auteurs, il était bien difficile de caser en un album une personnalité aussi riche que celle de Clemenceau. Mission réussie, même si le portrait présenté occulte sa vie d’homme (dont son amitié avec Monet) ou son influence dans la création de la police scientifique et des brigades régionales mobiles, mieux connues sous le surnom de brigades du Tigre. Le dossier historique de Jean Garrigues, présent en fin d’album, permet de combler les vides et d’en apprendre davantage sur le Tigre et son importance dans la vie politique française. Dans ce bonus, on découvre également le making of de la BD, ainsi qu'une riche bibliographie pour en savoir plus sur Clemenceau, modèle politique du général Charles de Gaulle.
Un politique fort en gueule qui a marqué l’histoire de France et qui, depuis le 24 novembre 1929, repose à jamais dans le petit cimetière de Mouchamps, au cœur de sa Vendée adorée.

Une BD qui fait honneur à la collection publiée par Glénat et Fayard, Ils ont fait l’Histoire. Des portraits biographiques en BD, qui permettent de comprendre comment et pourquoi les grands personnages ont façonné le monde. Parmi les titres déjà parus figurent Robespierre, Luther, Napoléon, Kennedy... Ou Clemenceau, ce meneur d'hommes qui a cumulé les surnoms élogieux : le tombeur de ministères, le Tigre, le Premier flic de France ou le Père la victoire.

Philippe Degouy

Clemenceau. Scénario de Renaud Dély, dessin de Stéphano Carloni. Collection : ils ont fait l’histoire. Éditions Glénat/Fayard, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 18 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Playas, le Truman show du terrorisme

Par Philippe Degouy

Il suffit parfois de la promesse d'un sujet d'article ou de livre prometteur pour déplacer des montagnes, ou du moins pousser un auteur curieux à parcourir plus de 8000 kilomètres pour le découvrir et l’approfondir. Artiste et écrivain britannique, Jason Oddy publie Notes du désert. Son premier livre. Le récit d'un voyage au milieu de nulle part, dans l’un des coins les plus reculés des Etats-Unis : au cœur du Nouveau-Mexique.
Un Etat moins populaire que la Californie, soit, mais qui réserve bien des surprises à ses visiteurs. Terriens ou pas. Des espaces infinis, qui semblent capables d’héberger le monde entier, à donner le vertige. Véritable paradis pour tout misanthrope, qui n’aura pas l’occasion d’être plongé dans ce tourisme de masse si envahissant.
Seul au monde pourrait être la devise du Nouveau-Mexique. Des déserts immenses où rouillent les restes de voitures et d’anciennes mines abandonnées. Des vestiges de motels désaffectés, parfaits comme décors pour des thrillers de série B, voient passer les rares voitures. Un trop plein d’espace qui ne manque pas de charme pour qui cherche l'inspiration.

« L’idée de plonger au fond de ce qui était en train de secouer l’Amérique m’avait emmené jusqu’au Bootheel, un coin perdu dans le Sud-Ouest du Nouveau-Mexique. Quelques ranchs, quelques mines désaffectées. Et d’innombrables migrants traversant la frontières. » Parmi ces fantômes d’un passé révolu, la petite ville de Playas. Un trou perdu comme il en existe tant dans l’Amérique profonde. Une grand-rue, quelques boutiques, un restaurant local et des buissons transportés par les bourrasques. Le tout sous la chaleur écrasante de l’été. Un vrai décor de film à la Tarantino.
Jugé parfait également par le gouvernement américain pour servir de terrain d’entraînement « en vrai » aux forces de police du pays. Une ville, construite dans les années 70, rachetée clés sur porte pour 5 millions de dollars, habitants compris à la compagnie minière Phelps Dodge.
Une ville devenue terrain d’entraînement pour les soldats, les policiers destinés à la lutte contre le terrorisme. Un parc d’attractions pour forces de police où l’enfer se déchaîne chaque jour. De 9h à 5. Benvenidos a Playas, New Mexico. La ville de la terreur.

NOTESDESERTSur le ton du candide de service, Jason Oddy observe et relate dans ses notes du désert cet étrange cérémonial qui se déroule dans les rues de ce coin paumé d’Amérique. Entraîné malgré lui dans la lutte contre le terrorisme qui a suivi les actes du 11 septembre. Revenue à la vie grâce à la terreur, Playas sert maintenant de vitrine à l’étranger. Les alliés de Washington peuvent ainsi louer la ville et ses hôtes pour quelque 10.000 dollars la journée. Décors réalistes, explosions et citoyens de Playas déguisés en terroristes orientaux compris.

« Dans ce coin reculé du Nouveau-Mexique, Playas, qui ne créait plus rien, s’était ainsi rendue parfaitement indispensable. Offerte au service de la sécurité des Etats-Unis. La ville réinventée. » Le Truman show du terrorisme en sorte.
Si le lecteur a quelques fois l’impression d’être dans une fiction, le récit relève pourtant de la réalité, avec un auteur qui sert de guide, véritable éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Playas, une ville qui aurait pu se reconvertir dans quelque chose de plus lucratif mais qui s’est rassemblée avec enthousiasme sous l’ombre de la bannière étoilée. Avec cette impression de participer à sa manière au combat contre les forces du Mal. « Ce que l’on fait à Playas est d’essayer d’empêcher l’histoire de se répéter. »

À quelques heures de route de Playas, Roswell n’a rien à lui envier question originalité. Ici aussi, la ville a su se redresser. Sur un autre segment. Plus juteux pour le commerce : les aliens. Ceux qui auraient crashé une soucoupe en été 1947. Depuis, la ville se nourrit des complots, des propos d'experts, des touristes venus voir le site du « crash » et dépenser les dollars dans les boutiques et le musée international des ovnis.
Avec ce don d’observation, Jason Oddy dresse un portrait hilarant, en quelques touches d’humour britannique, de ce microcosme qui vit dans un autre monde. Il s’en passe des choses au Nouveau-Mexique, où l’on découvre avec l'auteur les traces d’anciens scientifiques nazis, « invités » par les Américains après la défaite de l’Allemagne en 1945. Il reste des vestiges de leur passage dans le désert de White Sands, avec cet étrange musée de missiles, dressés comme des totems.

Comment, après tout cela, en vouloir à l’auteur de voir des lapins géants et des cubes volants dans la nuit. Le désert peut détraquer toute notion de réalité pour un Britannique à la recherche d’un raccourci pour rejoindre l’Arizona. Un raccourci que jamais il ne trouva. Car la vérité est ailleurs, alors que résonnent dans le désert  les paroles du tube patriotique de Darryl Worley, Have you forgotten, devenu l'hymne de guerre de Playas :  « have you forgotten how it felt that day? To see your homeland under fire and her people blown away. Have you forgotten when those towers fell? »

Notes du désert. Par Jason Oddy. Éditions Grasset, 256 pages, 20,00 euros
Couverture : éditions Grasset

Posté le 18 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quelques livres pour un été réussi

     Par Philippe Degouy

Les vacances, attendues, méritées, sont à nos portes. L’occasion pour beaucoup d'entre nous de s’attaquer, enfin, à cette pile de livres mis de côté faute de temps pendant l'année. C’est certain, vous n’aurez ni le temps, ni la volonté réelle de tout lire.
Nous vous proposons donc une petite sélection de nos coups de cœur du premier semestre. Ces livres lus et appréciés, conseillés sans retenue.
Préparez votre petit cabas estival, voici de quoi le remplir.

Pour l’info, le blog littéraire de L’Echo restera ouvert tout l’été. Avec de nombreuses nouveautés déjà sélectionnées. Vous ne manquerez pas d’idées de lecture, c’est certain.

Bonnes vacances. Rendez-vous aussi sur http://lechoblogs.typepad.com/lupourvous/ pour toutes nos chroniques de ce premier semestre. Au plaisir de vous lire aussi sur Twitter @Lupourvous

Les romans ont toujours la cote sur la plage ou à l’ombre d’un arbre, le verre de rosé pas trop loin de la main. Avec, comme d'habitude, les thrillers sur la plus haute marche du podium.
Gros coup de cœur pour Du feu de l’enfer (éd. Presses de la Cité), roman de Sire Cedric. L’auteur que l’on compare à Stephen King. Son ouvrage ne se laissera pas reposer avant la fin. Les amateurs de films d’horreur et de thrillers bien poisseux (par le sang versé) seront à la fête avec cet hommage au personnage de slasher (un tueur qui élimine les personnages un par un, ndla), cher au cinéma américain. Du feu de l’enfer atteint son but, magistralement : déstabiliser le lecteur dès les premières pages. Pour ne plus le lâcher jusqu’au dernier mot.
FEUDELENFERThanatopracteur, Manon Virgo vit en permanence avec la mort. Celle de ses clients, qu’il faut rendre présentables aux familles. Une existence sans vie sociale. Quand son frère Ariel vient lui demander de l’héberger pour une nuit, elle sait d’emblée que les ennuis vont suivre. De fait, les morts se suivent, plus horribles les uns que les autres. Une mystérieuse secte traque Ariel. Pour récupérer un objet dérobé.
Le livre refermé laisse la même impression que celle ressentie à la sortie de ce train fantôme présent dans chaque foire qui se respecte : le plaisir d’avoir tremblé. Avant de retrouver la sécurité du monde réel. La sécurité? Vraiment? Ne voyez-vous pas la menace qui vous entoure? «Ils» sont là. Partout. «Il existe sous la surface de notre société des cercles puissants, des hommes et des femmes qui ont ouvert les portes de l’enfer
Du feu de l’enfer. Thriller de Sire Cedric. Collection Sang d’encre. Éditions Presses de la Cité, 558 pages, 21,50 euros


Appelez Zach si vous manquez d’assurance

Avec Police d’assurance, Stéphane Denis propose un roman qui hésite entre genre policier et peinture sociale. Zacharie Lourne, le personnage principal, est flic des assurances. Après un excès de zèle, la voilà mutée au cœur de la France profonde. Sans se démonter, Zach accepte la sentence, avec philosophie, à défaut d'une épaule masculine sur qui se reposer. Sur place, elle se lance sur la trace d’un incendiaire de granges de ferme. Mais à défaut de pyromane, c’est un meurtrier qui va se mettre sur sa route. POLICEDrôle de dossier d’ailleurs, avec des bourgeois locaux, présents à la messe le dimanche matin mais aussi à la tête d’un réseau d’amazones rurales. Le genre à pratiquer la bête à deux dos pour quelques billets.
Une affaire qui roule, jusqu'au jour où un grain de sable grippe la mécanique du réseau de prostitution. Police d’assurance (éd. Grasset) est un roman qui livre un savoureux et truculent portrait de la vie de province, «là où le matin est comme le soir, une lueur triste». Plus que l’intrigue policière, la peinture de ce coin de France profonde se révèle particulièrement réussie, acerbe et drôle. On sent, chapitre après chapitre, l’hommage adressé à Simenon et à la filmographie de Claude Chabrol, le cinéaste qui a décrit cette bourgeoisie de province dans plusieurs classiques du cinéma.
Force est de constater que Stéphane Denis a pris un malin plaisir à rassembler cette belle brochette de personnages bas de plafond. «Et on dit qu’il ne se passe rien en province!»
Police d’assurance. Roman de Stéphane Denis. Éditions Grasset, 128 pages, 14 euros


Playas, le Truman show du terrorisme

Notes du désert (éd. Grasset) n’est pas un roman, mais le lecteur pourrait le penser dès le début de sa lecture. Les faits racontés sont tellement énormes que l’on doute. Jason Oddy conduit ses lecteurs au Nouveau-Mexique, à Playas. Une ancienne ville minière rachetée par le gouvernement américain pour servir de terrain de jeu aux forces anti-terroristes. Avec des habitants qui jouent le rôle des bad guys. Avec plaisir. Une ville étrange mais pas plus que ses voisines, dont Roswell, devenue la capitale mondiale des ovnis depuis le crash supposé d’un objet volant en 1947.
NOTESDESERTL’auteur sert de guide, véritable éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Playas, une ville qui s’est rassemblée avec enthousiasme sous l’ombre de la bannière étoilée. Avec cette impression de participer à sa manière au combat contre les forces du Mal.
Avec son don d’observation, Jason Oddy dresse un portrait hilarant, en quelques touches d’humour britannique, de ce microcosme qui vit dans un autre monde. Il s’en passe des choses au Nouveau-Mexique, où l’on découvre avec l'auteur les traces d’anciens scientifiques nazis, «invités» par les Américains après la défaite de l’Allemagne en 1945. Il reste des vestiges de leur passage dans le désert de White Sands, comme cet étrange musée de missiles, dressés comme des totems. Comment, après tout cela, en vouloir à l’auteur de voir des lapins géants et des cubes volants dans la nuit. Le désert peut détraquer toute notion de réalité pour un Britannique à la recherche d’un raccourci pour rejoindre l’Arizona. Une joyeuse découverte littéraire.
Notes du désert. Par Jason Oddy. Éditions Grasset, 256 pages, 20,00 euros

Roswell, un dossier non classé depuis 70 ans

En cet été 2017, on «fête» le cinquantième anniversaire du crash de Roswell. Que s’est-il passé dans cette prairie perdue dans l'Ouest américain en ce début de juillet 1947? Pour l’armée, ce n’était qu’un ballon-sonde. Pour les témoins, il s’agissait plutôt d’un engin venu d’ailleurs, avec des corps de créatures étranges. Rédigé par Gildas Bourdais, spécialiste des ovnis, Roswell la vérité se lit comme un roman. Un document qui étonne, interpelle. Il pousse à la réflexion et suscite bien des questions. ROSWELLQue s’est-il réellement passé à Roswell en juillet 1947? Aura-t-on un jour une réponse? Impossible à dire. Dans l’attente, «le débat sur ce qui s’est écrasé continue.»
Le cas Roswell est d'une grande importance pour le phénomène ovni. Si une preuve de ces débris retrouvés était ramenée à la surface par un témoin, elle marquerait la fin de cette politique du silence.
Roswell, la vérité. Par Gildas Bourdais. Éditions Presses du Châtelet, 272 pages, 20 euros environ


Au 36, on sert encore le poulet à l’ancienne

À quelques semaines de leur déménagement, les forces de police du 36, quai des Orfèvres dressent un bilan de leur action. Journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Patricia Tourancheau invite le lecteur à la suivre au cœur d’un mythe, sur les traces des grands flics et des grandes affaires criminelles. L’enlèvement du baron Empain, Landru, la mort de Mesrine, Action directe, Guy Georges …
36QuaiSon livre fait figure d’état des lieux avant changement de locataire(s). Nombreux sont les anciens patrons à témoigner de leur vécu au sein de ces murs. Et c'est loin d'être triste.
Au 36, si les poulets font leurs adieux à la Seine, ils ne quittent pas pour autant la scène…de crime. Allez, debout les morts, on change de cimetière, pour reprendre cette citation populaire. Entre deux affaires, le ton vire parfois à l’ambiance digne d’un San Antonio de Frédéric Dard. Avec ces pots de départ ou servis pour fêter la mise à l’ombre d’un beau crâne (un truand d'envergure, ndla). Bienheureux le fournisseur de pastis au 36.
On sourit, on rit, à l’évocation du passage régulier en les murs de Serge Gainsbourg, dont on connaissait la sympathie pour les flics. Il venait siroter quelques verres, pour se délecter de faits divers.
«Il s’engagea sous la voûte de la PJ. Il fut triste à l’idée que, dans si peu de temps, il ne viendrait plus ici chaque matin» (Georges Simenon, L’Amie de madame Maigret).
Le 36. Histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série. Par Patricia Tourancheau. Éditions Le Seuil/Les Jours.fr, 395 pages, 22,50 euros


L’été, c’est aussi l’occasion de se gaver de bulles. Et nombreuses furent les BD publiées en six mois. Voici, pour terminer notre chronique, un petit florilège de coups de cœur. Là aussi, la qualité a été au rendez-vous. Avec de tout. Dans tous les genres. Du western à la science-fiction, en passant par le policier.

Objectif Ter, d’où viens-tu Mandor?

Année? Indéterminée. Lieu? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : «Main d’or». Quand l’inconnu, désormais baptisé Mandor par Pip, réussit à refaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. TERMandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Réalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.
Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ


Steve McQueen en pole position au Mans

Steve McQueen in Le Mans (éd. Garbo Studio) rend un double hommage. À Steve McQueen, d’abord. Un acteur apparu à l’artiste suisse Sandro Garbo dans un rêve. Au Mans ensuite, l’une des épreuves les plus mythiques du sport automobile qui réunit chaque année un plateau hors du commun. Plus qu’une BD, il s’agit plutôt d’un livre conçu et construit comme un beau livre.
L'ouvrage, à la couverture solide et imprimé sur du papier glacé, repose sur le film Le Mans, dans lequel Steve McQueen s’est impliqué à 100% pour dresser un portrait proche de la réalité. L'album est devenu culte, épuisé en quelques semaines.
LEMANSMCQUEENPour les auteurs, il s’agit de la récompense d’une vaste entreprise qui a duré plus de trois ans, avec sept dessinateurs au travail. Pour reproduire au mieux tous les détails du spectacle, des coulisses, des bolides et des scènes les plus célèbres du film. Même si les fans connaissent le film par cœur, on se laisse envoûter par le dessin. Chaque planche est méticuleusement réalisée, avec une multiplication des plans pour rendre le côté dynamique de la course. Si vous ne devez acheter qu’une BD sur l’automobile cette année, ne cherchez plus, vous l’avez.
«Steve McQueen in Le Mans.» Tribute edition (version française). Adaptation de Sandro Garbo. Dessins et couleurs de Florian Afflerbach, Jared Barel, Julien Dejeu, Sandro Garbo, Thomasa Lebeltel, Guillaume Lopez et Pierre Ménard. Garbo Studio, 64 pages, 32 euros

Gaston Lagaffe fête 60 ans de gaffes. M’enfin !

En marge de l’exposition Gaston Lagaffe tenue au Centre Pompidou, le très beau catalogue mérite de rejoindre votre bédéthèque. Un bel objet à la couverture jaune, joyeux de la première à la dernière page. Avec des planches en couleur, des reproductions de documents, des photos de Franquin. Autant de trésors qui permettent de raviver les souvenirs aux plus anciens et d'amener une nouvelle génération de lecteurs à découvrir le talent d’André Franquin.
Un beau livre qui se savoure. Il ravive une douce nostalgie pour ces années d'or. GASTON60Avec des reproductions de planches commentées par le maître. À la lecture de ses commentaires ou de ses anecdotes, on entend presque sa voix souriante, empreinte d’amour paternel pour ce fils de papier pour lequel il éprouve un tendre amour.
Les planches sont classées par thèmes. Pour révéler les pans de l’œuvre de Franquin. Son goût pour la nature et les animaux, avec les bestioles de Lagaffe, aussi cinglées que lui, son antimilitarisme et son allergie à l’autorité. Un must.
«Gaston au-delà de Lagaffe. Une visite guidée dans l’univers de Gaston commentée par Franquin». Éditions Dupuis/Bibliothèque Centre Pompidou, 210 pages, 30 euros

Posté le 18 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

70 ans d’un phénomène OVNI toujours inexpliqué

      Par Philippe Degouy

Si les témoignages d'observations se font plus rares depuis quelques années, le phénomène OVNI n'est pourtant pas mort et enterré. Il fête cet été son 70e anniversaire. C'est en juin 1947 que débute effectivement le phénomène ufologique. Avec l’utilisation, pour la première fois, de l’expression soucoupe volante. Un pilote américain, Kenneth Arnold, aperçoit dans le ciel un groupe de neuf objets qui ressemblent à des soucoupes. Un mois plus tard, Roswell, Nouveau-Mexique, devient le centre de toutes les attentions avec un crash attribué à un engin spatial. Des témoins parlent de corps d’aliens aperçus dans les décombres. Pour les militaires, il ne s'agit que des restes d'un ballon-sonde. L'affaire va rapidement engendrer passion et débats houleux entre sceptiques et partisans d’une vie extraterrestre. Aujourd'hui encore, ce dossier suscite toujours l'intérêt des curieux, nombreux à venir en pèlerinage à Roswell, devenue capitale mondiale de l'ufologie (étude des ovni). Le mythe a la vie dure.

Avec Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture (éd. Tana), Fabrice Canepa, scénariste mais aussi écrivain, retrace la genèse du phénomène OVNI, des années d’après-guerre à nos jours.
Un sujet qui a dépassé depuis longtemps les frontières de la science pour imprégner notre imaginaire. « Ce livre n’est pas un traité d’ufologie. Ce que j’ai voulu, c’est décrire l’évolution d’un mythe, celui de l’alien. (…) Rien ne nous renvoie plus intensément à cet Ailleurs que la figure de l’extraterrestre » précise l’auteur dans son avant-propos.
Précisons que ce beau livre ne cherche ni à convaincre, ni à fermer la porte à une énigme qui n’a pas fini de faire couler l’encre.
En ce 70e anniversaire, nul doute que les ouvrages vont abonder en librairie. Du plus sérieux au plus fantaisiste. Celui-ci mérite une découverte et une lecture attentive. De par son large champ d’étude, son sérieux et la masse de documents rassemblée. On y retrouve notamment de nombreux clichés relatifs à des dossiers connus, ou pas, mais tous surprenants.

AliensPrécis, mais accessible à tous, l'album se révèle passionnant. Par sa mise en page et l'écriture alerte de l'auteur. Chapitre après chapitre, on y découvre notamment les coulisses de la vague belge de 1989-90, la visite de ces mystérieux hommes en noir, les rumeurs sur les activités de la fameuse Area 5I, où seraient testés des engins venus d'ailleurs.

Fabrice Canepa rappelle aussi les cas d'enlèvements d'humains, les théories complotistes qui entourent l’ufologie, les personnages originaux qui gravitent au cœur de ce mythe. Comme George Adamski et Raël, deux « témoins » qui auraient rencontré nos visiteurs venus d’ailleurs.
De nombreuses bulles d'air aèrent le récit avec les séries de science-fiction et les films axés sur la thématique. On retrouve ainsi Les envahisseurs, V, Taken, ID 4, E.T., Rencontres du troisième type, X-Files… La BD n'est pas en reste avec Vol 714 pour Sydney, un épisode des aventures de Tintin dans lequel Hergé a abordé le thème des extraterrestres. Le jeu vidéo n'est pas en reste avec Space Invaders, jeu du début des années 80 et devenu culte pour les fans de retrogaming.

L’album refermé, il reste au lecteur à lever les yeux vers le ciel. Pour tenter d’imaginer d’où viendraient nos visiteurs. Parmi les mérites de ce beau livre, il est à souligner celui qui nous pousse à nous interroger sur notre place dans l’univers. Méritons-nous vraiment une attention particulière ? Qui peut répondre ? Comme le dit l'agent Fox Mulder, « la vérité est ailleurs ».

Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture, par Fabrice Canepa. Tana éditions, 192 pages, 30 euros environ
Couverture : éditions Tana

Posté le 17 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Silence, on souffre!

Le patient couché sur son lit de douleur à l’hôpital peut-il imaginer que le personnel médical qui s’occupe de lui souffre également? D'une autre souffrance. Plus pernicieuse. Plus psychologique. Ce que l’on nomme harcèlement. Certes, l’hôpital est un endroit dur, violent, avec ses peines, la mort omniprésente. Les étudiants peuvent l’accepter, mais pas cette maltraitance décidée par un supérieur. Et si courante. comme le démontre ce document.

Rédigé par le docteur Valérie Auslander, Omerta à l’hôpital (éd. Michalon) propose les témoignages de 130 étudiants issus du monde médical. Le résultat, édifiant, d’un appel à témoins lancé en 2015 par l'auteur. Tous ont raconté, anonymement, ces moments pénibles qui ont poussé certains à changer d’orientation, provoqué des maladies nerveuses ou poussé au suicide. Terrible, ce récit d'une étudiante qui avoue avoir pensé à «se foutre en l’air sur l’autoroute», pour se libérer de cette maltraitance présente jour après jour à l'hôpital.

Des petites mains sans importance?

«Dans le fonctionnement actuel d’un hôpital, les étudiants en médecine ne sont pas des êtres humains. Ils sont des petites mains payées au rabais, permettant de faire tourner les CHU. Des petites mains de l’ombre, jamais remerciées, rarement encouragées, toujours méprisées, qui se disent qu’il faut en passer par là. Les staffs s’enchaînent, les semaines à 90 heures de boulot, les gardes aux urgences… » explique Charlotte Bailly, interne en pédiatrie, dans une introduction qui donne le ton du livre.
Tous les étudiants interrogés témoignent que les mots des chefs de stage, ou de service, sont plus blessants que les coups : «le monde paramédical est un monde qui n’est pas tendre et quand on a la moindre faiblesse, il y a toujours quelqu’un pour appuyer là où ça fait mal
OMERTAAides-soignants, kinés, ambulanciers, étudiants en médecine, sages-femmes… tous sont touchés par ce phénomène, loin d’être neuf au sein de la profession mais en forte augmentation, explique l’auteur. «Je crois que plus on entreprend ces études avec du cœur et moins on est susceptible de réussir souligne un intervenant, qui ajoute que «la pénurie d’infirmières n’est malheureusement pas une conséquence de la difficulté des études mais bien liée à la maltraitance des étudiants

Quelle est l’origine de ces violences subies? Qui sont les agresseurs? Les victimes ont-elles toujours le même profil? Pourquoi cette loi du silence? Autant de questions posées par ce livre noir qui inquiète quant à l’avenir des soins de santé. En effet, ces victimes, une fois diplômées, n’auront-elles pas tendance à reproduire ces maltraitances sur d’autres? Patients faibles ou étudiants.

Page après page se découvrent des témoignages poignants, douloureux à lire et qui furent sans doute très difficiles à coucher sur papier pour les victimes. Des récits complétés par les avis et commentaires d’experts, de chercheurs, de cadres et maîtres de conférence. Choqués, eux aussi par l'ampleur du phénomène. Comme le déclare Bénédicte Lombart, docteur en philosophie pratique, «il faut lire ces récits pour (enfin) regarder en face le tragique du quotidien de nombreux étudiants du secteur médical. Tous prisonniers d’un système capable du meilleur comme du pire
Pour le professeur Didier Sicard, «on assiste à une sélection non pas des étudiants les plus doués, mais des moins sensibles, des plus clivés, de ceux qui supportent des profanations de leurs personnalités. »

Le livre refermé, subsiste une question, fondamentale. Peut-on accepter que de jeunes étudiants qui se destinent à la médecine, pour soigner leur prochain, puissent venir travailler la peur au ventre, des idées de suicide en tête («14% des étudiants ont déjà eu des idées suicidaires»)? La réponse est clairement négative. Ce livre noir des maltraitances faites aux étudiants en santé donne souvent la nausée. Et l’envie folle de gifler ces chefs de service qui prennent plaisir à humilier des jeunes, garçons ou filles, qui ne peuvent réagir, sous peine de rater un stage.
C'est une évidence, «après la publication de cette étude, nous ne pourrons plus dire que’ nous ne savions pas’» explique Gilles Lazimi, maître de conférence. Et si le document concerne les hôpitaux français, il est probable, sinon certain, que la situation est identique en Belgique comme ailleurs.

Silence on souffre? Non, on en parle. Pour briser l'omerta à l'hôpital.

Philippe Degouy

Omerta à l’hôpital, par le docteur Valérie Auslander. Éditions Michalon, 320 pages, 21 euros
Couverture : éditions Michalon

Posté le 17 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Game of Thrones», la saga qui remplit les cimetières

Non, décidément, l’intérêt pour la série ne montre pas encore de faiblesse auprès de ses fans. En témoignent les nombreux ouvrages récemment publiés, en parallèle avec la septième saison qui débute. «Game of Thrones. In memoriam» (publié chez Pygmalion) mérite une lecture estivale. Il propose un petit récapitulatif des (nombreux) personnages disparus. Ce qui constitue l'une des particularités de la saga réside dans le fait que les personnages principaux ne sont pas épargnés par la colère de la Camarde. Et force est de constater que cette dernière ne reste pas oisive. «Tous les hommes doivent mourir» dit un personnage. Certes, mais dans cette lutte pour le trône de fer, on y meurt plus vite qu’ailleurs. Et de façon plutôt… brutale. C’est à qui trouvera la mort la plus spectaculaire. La palme revient sans aucun doute à Viserys Targaryen, qui se voyait déjà roi, brûlé par une couronne d’or fondu. Suivent Oberyn Martell, énucléé par Gregor Clegane, alias «la Montagne» ou bien Kraznys, maître esclavagiste et misogyne, condamné à mort par Daenerys et carbonisé par le souffle de Drogon.

Gameofthrones«Dans cet ouvrage, nous commémorons ceux qui se sont perdus dans ce paysage perfide. Ce monde de Game of Thrones où règnent la tromperie, la vengeance, la guerre et de mystérieuses forces».
Ce guide des disparus, dont le dernier chapitre n’est pas encore rédigé, peut se lire comme un petit résumé de la saga, avec une fiche illustrée des personnages. Avec leur rôle et le récit de leur fin tragique. Un beau petit livre bien présenté et à ranger dans la bibliothèque de tous les fans du «Trône de fer».
Un petit conseil pour terminer? Ne vous attachez pas trop à un personnage, il risque bien de ne voir arriver l’hiver. Car nul n’est à l’abri de la faucheuse dans «Game of Thrones».

«Nous serons bientôt tous réunis. Je le promets» (Robb Stark, roi du Nord). D’accord, mais pas trop vite.

Philippe Degouy

«Game of Thrones. In memoriam.» Collectif. Éditions Pygmalion, 112 pages. 11,90 euros.
Couverture : éditions Pygmalion

Dernières réactions sur nos blogs