Les riches ne sont pas de notre monde
En 2009, le footballeur Thierry Henry a perçu un revenu annuel d'environ 17 millions d'euros. Soit l'équivalent d'un siècle du salaire minimum en France. La même année, Bernard Arnaud, le PDG du groupe LVMH, a touché une rémunération annuelle de plus de 9 millions d'euros.
Soit environ 3.000 euros brut de l'heure. Des sommes qui donnent le vertige, mais qui ne sont encore que la partie émergée de l'iceberg, les revenus ne constituant qu'une proportion souvent modeste des grandes fortunes.
Faut-il s'en offusquer? Oui, trois fois oui, estime Thierry Pech, directeur de la rédaction du mensuel "Alternatives économiques". Car au-delà de l'indignation croissante qu'il suscite sur le plan moral, ce "puissant mouvement de sécession des riches" est politiquement dangereux et n'a de surcroît pas de réelle justification économique. Selon Pech, l'émergence ces dernières décennies d'une classe d'ultra-riches "brise la continuité de la chaîne des revenus, mais également l'idée appartenir au même monde, de pouvoir se comparer sous l'angle du mérite, du talent ou de l'utilité commune". Ces formes d'enrichissement discréditent un peu plus chaque jour les promesses d'égalité et de méritocratie associées au Pacte républicain en France.
Le point de vue est orienté - les écarts de richesse sont après tout une réalité historique et géographique -, mais Pech développe son propos avec force arguments. Là où il se montre convaincant, c'est lorsqu'il examine les justifications économiques censées expliquer cette fracture: la richesse extrême, qui s'associe de surcroît régulièrement au refus de l'impôt, n'a pas les vertus qui lui sont souvent associées, dont celles de la performance ou de la "dynamique productive". Thierry Pech ne croit pas un seul instant à la théorie du "ruissellement", selon laquelle une partie de cette fortune fertiliserait l'ensemble de la société, sous forme d'investissements, d'emplois ou de consommation.
Reste une question: comment cette situation a-t-elle pu se produire? Pour l'essayiste, c'est avant tout la tolérance des dirigeants politiques à l'égard de l'enrichissement qui a produit l'envolée d'une minorité.
Olivier Gosset
Thierry Pech, "Le temps des riches (anatomie d'une sécession)". Editions du Seuil. 180 pages, 15 euros.
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