Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 27 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Gaston, 60 ans et toujours aussi gaffeur...M'enfin!

    Par Philippe Degouy

En marge de l’exposition Gaston Lagaffe qui se tient au Centre Pompidou (1), le très beau catalogue mérite de rejoindre votre bédéthèque. Un bel objet à la couverture jaune, joyeux de la première à la dernière page. Avec des planches en couleur, des reproductions de documents, des photos de Franquin. Autant de trésors qui permettent de raviver les souvenirs aux plus anciens et d'amener une nouvelle génération de lecteurs à découvrir le talent d’André Franquin. Plus moderne que jamais. Un artiste soucieux d'écologie, sensible aux animaux, omniprésents dans son oeuvre, et à l'humour potache. Parfait pour se faire aimer des jeunes.

Qui mieux que son géniteur, pouvait raconter la vie de Gaston Lagaffe, ce personnage farfelu, ce poète rebelle? «Je dessine Gaston uniquement pour le plaisir de dessiner et faire rire les autres. La bande dessinée, ce n’est jamais qu’un enfant qui dessine pour d’autres enfants» déclarait Franquin à propos de son personnage d’employé de bureau sans emploi. Un anti-héros qui a pourtant su trouver sa place, en poussant un peu dans les cases.
«À cette époque, (nous sommes en 1957, ndla), on ne faisait pas de héros con.» Et ce con va devenir peu à peu une star auprès des lecteurs de Spirou. Immense, au point de générer une saga, célébrée à Paris. Excusez du peu.
L'héritage Gaston Lagaffe? C’est la somme de quelque 900 gags parus dans Spirou et qui ont mis à mal nos zygomatiques. On s’en voudrait de parler de Franquin sans citer la complicité d’Yvan Delporte, rédac chef du magazine Spirou et grand déconneur lui aussi. Une figure dont l’ombre plane sur cet ouvrage qui fête les 60 ans d’un garçon de bureau frappé du syndrome de Peter Pan.

Gaston-lagaffe-730x932C'est un fait. Ce beau livre se savoure. Il ravive une douce nostalgie pour ces années d'or. Avec des reproductions de planches commentées par le maître. À la lecture de ses commentaires ou de ses anecdotes, on entend presque sa voix souriante, empreinte d’amour paternel pour ce fils de papier pour lequel il éprouve un tendre amour. Car ce gamin, c’est un peu lui. Cet adulte qui se préfère en enfant. Et ses gaffes, ses révoltes sont les siennes.

Même si chacun d'entre nous a sans doute lu les albums, ces planches isolées et rassemblées dans le livre permettent de (re)découvrir des détails passés inaperçus jusqu’alors. Comme cette vignette d’une boutique de nettoyage à sec, baptisée Sec-shop. En lisant vite, on découvre le jeu de mots coquin de Franquin qui a réussi, dans un joyeux bras d’honneur, à contourner la censure de l'époque.
Les planches sont classées par thèmes. Pour révéler les pans de l’œuvre de Franquin. Son goût pour la nature et les animaux, avec les bestioles de Lagaffe, aussi cinglées que lui, son antimilitarisme et son allergie à l’autorité. Dont les cibles préférées seront Fantasio, le pauvre agent Longtarin et Léon Prunelle. On n’oublie pas non plus les gags relatifs aux recettes de cuisine inventées par un Gaston jamais en manque d’imagination. Sans parler de ses expériences de chimie amusante qui ont fait le bonheur des pompiers, alertés à de multiples reprises pour un début d'incendie chez Dupuis.
On se risque sur le bizarre avec sa fameuse morue aux fraises avec mayonnaise Chantilly aux câpres et flambée au pastis?

Bon, on a bien rigolé au fil de cette lecture, mais... et ce courrier en retard Gaston?
Rogntudjuuu!

«Gaston au-delà de Lagaffe. Une visite guidée dans l’univers de Gaston commentée par Franquin». Éditions Dupuis/Bibliothèque Centre Pompidou, 210 pages, 30 euros
Couverture : éditions Dupuis

(1) Gaston au-delà de Lagaffe. Bibliothèque publique d’information. Du 7 décembre 2016 au 10 avril 2017. Entrée libre. http://www.bpi.fr

Posté le 25 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Créer et utiliser un blog, «votre maison sur l’Internet»

       Par Philippe Degouy

Méprisé par certains, le blog reste pourtant un outil indispensable pour se faire connaître sur la Toile.
Spécialiste du blogging et du marketing, Stéphane Briot partage une part de son expertise dans son ouvrage, Bien utiliser son blog (éd. Eyrolles). Comme il le précise d’emblée, «le blog est comme le bon vin. Un assemblage de méthodes qui se peaufine et se bonifie avec le temps pour donner le meilleur des nectars

L’ouvrage, d'une lecture accessible, constitue une clé, un mode d’emploi.
De la création du blog à son référencement, chaque étape est expliquée en détails, articulée autour de l’expérience de l’auteur. Plusieurs questions doivent être envisagées avant de lancer dans le grand bain : pourquoi créer un blog? Quel sera mon public? De quels moyens je dispose?
Si l’on doit définir la qualité première de l’auteur, c’est son choix des mots. L’habitude du bloggeur confirmé pour convaincre et guider, sans user d’un langage abscons. «Votre blog, c’est un lien entre vous et votre société, entre elle et vos lecteurs, vos clients. C’est une trace, une empreinte que vous allez laisser sur l'Internet

BlogSi le particulier peut s’inspirer du contenu du manuel pour la création d'un blog personnel, Stéphane Briot s’adresse avant tout aux PME et aux micro-entrepreneurs. Ceux-ci trouveront un exposé axé sur le côté pratique de la création du blog. Comment se faire connaître, attirer de nouveaux clients, etc. L’auteur s’attache à distiller conseils et avis éclairés sur le blogging, avec de longs chapitres consacrés à la visibilité et au référencement, phases capitales de l’opération. «Votre blog, c’est un peu votre maison sur Internet, c’est là que vous allez recevoir vos invités
Chapitre après chapitre, le lecteur est guidé par un auteur qui relate ses premières erreurs, et pose les premiers jalons. Ses multiples conseils sont à méditer.
«Le plus compliqué, ce n’est pas d’ouvrir un blog, mais de durer. Ne perdez jamais l’aspect qualitatif de votre blog, c’est ce que vous allez écrire qui fera la différence.» Du bon sens, soit, mais pas inutile à rappeler.
L’importance des réseaux de veille, les moyens de rentabiliser le blog, ou le maintien du lien avec le public, rien n’est oublié.
L’ouvrage se referme sur une partie importante de la vie d’un blog : le référencement. Un chapitre rédigé par un autre spécialiste, Laurent Bourrely.

«Le blogging reste et restera une aventure humaine. Je ne vous dit pas que ce sera facile, mais que cela en vaudra la peine», explique Stéphane Briot en guise de conclusion à un ouvrage qui a réussi pleinement sa mission première : inciter à la création d’un blog. Quelque 200 millions de blogs sont déjà recensés dans le monde. Il ne manque que le vôtre.

«Bien utiliser son blog. Création, visibilité, influence et performance», par Stéphane Briot. Éditions Eyrolles, 208 pages, 20 euros

Rendez-vous également sur le blog de l'auteur : http://stephanebriot.xyz

Couverture : éditions Eyrolles

Posté le 24 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Jean-Luc Béghin, l'histoire de l'aviation s'écrit dans le cockpit

Quel adulte amateur de BD et d'aviation a bien pu oublier ces posters de cockpits publiés voici quelques décennies dans le magazine Spirou? Majoritairement réalisés en noir et blanc, et souvent épinglés dans les chambres des ados d’antan. L’œuvre d’un homme : Jean-Luc Béghin. L’artiste belge se rappelle à notre mémoire avec la publication, aux éditions Paquet, d'un ouvrage nostalgique. Une biographie illustrée construite comme un coffre aux trésors. Avec le récit de rencontres, de vols au sein d’appareils mythiques ou de trouvailles d’objets aéronautiques.

Ce livre revient sur une carrière de dessinateur encore loin d'être achevée. Installé en Californie depuis 1976, Jean-Luc Béghin poursuit sa passion. Il reste tant à voir, à reproduire dans ce monde de l’aviation où le rêve est permanent.
Avec les nombreux cockpits reproduits au fil des pages, c’est toute l’histoire de l’aviation qui défile également sous nos yeux. Retracée par un artiste qui se souvient du petit garçon de cinq ans qu’il était lors de la Libération, en 1944. «Ma culture aéronautique s’est faite aux sons des Merlin, des Pratt & Whitney, des Wright et des Allison.» Des sons, mais aussi des images. Comme ces escadrilles de chasseurs et de bombardiers alliés qui survolaient la Belgique. Ou ces avions de métal ou de toile exposés après la guerre dans les grandes villes comme Liège ou Anvers.

Oui, sans conteste, ce livre peut se comparer à un magasin de jouets. Chapitre après chapitre, le lecteur savoure cette lecture, et découvre des pièces d’archive de grande valeur historique. Comme ce cliché du roi Baudouin, admiratif devant un poster de YF-16 dessiné par l’auteur (ce F-16 que la Belgique entend remplacer). Ou cette lettre de la NASA rédigée et signée par Wernher von Braun, père de la conquête spatiale américaine (et, hélas, des sinistres fusées V2), en guise de félicitations pour le poster de la cabine Apollo.

COCKPIT2Une biographie illustrée de nombreux clichés personnels et de reproductions de cockpits. Elle se lit les yeux grands ouverts, non sans une certaine jalousie. Pour ces rencontres avec des pilotes, des astronautes… Ceux qui ont marqué l'Histoire. Des moments de légende relatés par l’auteur avec de nombreuses anecdotes à la clé. Souvent drôles. Comme ce poster réalisé en pleine guerre froide avec les codes Otan reproduits dans le cockpit du chasseur. Des codes, présents par erreur, qui durent être rapidement changés.
À noter la reproduction du poster du cockpit du F-104, celui que l’on surnommait «la grand-mère qui se plaint» (à cause du bruit du moteur), en couleur, avec un Gaston ajouté par Franquin. Un petit trésor pour celui qui le possède encore.

Entre deux escales, l'auteur nous ouvre les portes de son atelier. Pour dévoiler ses petits secrets de fabrication. Sa technique? «Montrer le cockpit avec le moins de déformation possible, un 180° de gauche à droite, et de bas en haut, sans déformations. Un processus resté identique aujourd’hui, avec néanmoins un regret avoué : la tendance aux cockpits équipés en ‘tout digital’, beaucoup moins amusants à dessiner qu’une ‘boutique d’horloger’ d’un ancêtre

Ce beau livre, c’est un inventaire à la Prévert. Avec ses reproductions de cockpits d’avions de la Première guerre mondiale, de ceux des chasseurs à hélice, des jets, de celui d’une cabine Apollo, des cabines de liners... Il se referme sur cet étrange Gossamer Albatross. Sorte de vélo des airs dont le cockpit n’a pas dû être facile à reproduire.
Blériot XI, Spitfire, T-38, F-16, Boeing 747, Airbus A320, Boeing 777…, tous composent une formidable escadrille. Avec des absents, comme le F-4U Corsair ou les P-38, F-86 et autres classiques. Mais l’artiste n’a pas dit son dernier mot. Le moment n’est pas venu pour lui de sortir le train pour un dernier poser.
Si la période des fêtes n’est plus qu’un lointain souvenir, rien n'empêche de se faire plaisir. Ce beau livre est parfait pour un «kiss landing» au cœur de votre bibliothèque aéronautique.

Philippe Degouy

«Cockpits», par Jean-Luc Béghin. Collection Cockpit. Éditions Paquet, 210 pages
Couverture : éditions Paquet

www.jeanlucbeghin.com

Posté le 23 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Bien manger pour être heureux

   Par Philippe Degouy

Plutôt que de dénoncer ce qui est nocif dans notre frigo, Bernard Fontanille et Marie-Laurence Grézau, respectivement médecin urgentiste et journaliste, ont préféré traiter du côté positif de notre alimentation. Avec «Ces aliments qui rendent heureux» (éd. Michel Lafon), ils souhaitent démontrer que le bonheur se trouve dans notre assiette, à portée de bouche. Le fil rouge d'un ouvrage qui détaille ce que devrait être le panier idéal de la ménagère. Quels sont les fruits et légumes à privilégier? Quels poissons choisir? Et quid de la viande, du chocolat ou du vin? Autant de sujets qui ont donné lieu à de multiples études, souvent contradictoires. À tel point que nous ne savons plus quoi en penser. «Sortons des messages anxiogènes, et retrouvons le plaisir élémentaire de manger et de se faire du bien. Oui, déclarent les auteurs, il existe encore bel et bien des aliments qui rendent heureux

AlimentsSans remplacer des médicaments essentiels, nombre d’aliments sont porteurs de neuromédiateurs qui influencent favorablement notre humeur et notre santé. Comme la sérotonine (présente dans le foie, la dinde, le chocolat noir…), la dopamine (banane, chocolat…) ou l’acétylcholine, ce messager de la mémoire. Des auteurs qui démontent des idées reçues, des mythes. Oui, disent-ils, le bonheur est dans l’œuf, n’en déplaise à sa mauvaise réputation véhiculée par certaines études. Et oui, l’avocat est un super aliment avec des propriétés de protection cardiaque.
De même, la tomate (deuxième aliment le plus consommé au monde après la pomme de terre) aurait des vertus bénéfiques du fait de la présence de lycopène. Une tomate plus utile cuite que crue.
De nombreux chapitres proposent les conseils pour le choix de nos aliments, mais aussi une multitude de petits trucs à connaître pour les cuire, laver fruits et légumes («les passer sous le robinet ne sert à rien car les produits chimiques sont conçus pour résister à des averses d’au moins vingt minutes»)…

Un ouvrage agréable, rédigé avec un langage clair pour tous, et non dénué d’humour. Avec de nombreuses anecdotes ou explications médicales d’expressions courantes. Ainsi, pourquoi parle-t-on de crétin des Alpes? Une insulte ancienne, et valable jusqu’au début du XXe siècle. Jusqu’alors, la carence en iode, élevée parmi les habitants des montagnes, provoquait le crétinisme. Même moment humoristique en ce qui concerne la question de savoir si la consommation de chocolat rend plus intelligent. Ou pas.
Une lecture dont on ressort ragaillardi, pour vider son frigo et le remplir de ces aliments prometteurs de bonheur.
Bernard Fontanille et Marie-Laurence Grézaud ne prétendent pas apporter de solutions miracles à nos maux. Libre à chacun  d’intégrer leurs conseils au quotidien. «Gardons à l’esprit que nous sommes ce que nous mangeons. Chaque jour, c’est grâce aux aliments que notre corps renouvelle et entretient nos cellules. Aucun médicament préventif au monde n’est aussi efficace que l’alimentation équilibrée. Au lieu de se jeter sur les premières gélules de vitamines qui traînent, commençons par nous soigner avec ce que nous mettons dans notre assiette
Soit la voie tracée par Hippocrate, «que ton alimentation soit ta première médecine

«Ces aliments qui rendent heureux», par Bernard Fontanille et Marie-Laurence Grézaud. Éditions Michel Lafon, 270 pages
Couverture : éditions Michel Lafon

Posté le 22 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Travailler, mais en mode «allegro ma non troppo»

    Par Philippe Degouy

Un collègue qui fait un burn-out. Un autre, décédé, victime d’une crise cardiaque, ou d’un AVC survenu après une période de stress intense. On a tous de tels exemples à raconter, de drames provoqués par un environnement professionnel nocif.
À l’aide de nombreux témoignages de témoins et d'avis d’experts du Credir, une start-up associative qui accompagne des victimes de problèmes professionnels, Jean-Denis Budin apporte une approche pratique d’un problème encore tabou au sein de notre société où le dépassement de soi est valorisé : l’abus de travail. «L’être humain est trop souvent sacrifié sur l’autel de la rentabilité» dit-il. Il faut désormais travailler sans compter, pour rester dans la course des rats et prouver sa juste place en entreprise. Une suractivité qui n’est pourtant pas sans risques. «Oui, au XXIe siècle, il est encore possible de mourir au travail dans nos pays développés, dotés de législations avancées sur les risques industriels et psychosociaux.» Bien entendu, ses propos ne visent pas les métiers où le risque d’accident est permanent et connu. Mais bien tous les autres, y compris ces postes sédentaires d’employés. Une pénibilité au travail encore aggravée par la technologie et ses outils qui rendent difficile la coupure entre travail et vie privée. Tablette, GSM, télétravail etc…

TRAVAILAvec «Ne vous tuez plus au travail» (éd. Alisio), Jean-Denis Budin ne prend pas de gants pour rappeler, avec raison, que la notion de surhomme chère à Nietzsche n’a pas lieu d’être. Dépasser la plage nominale d’utilisation du corps ne peut que conduire à la surchauffe et son cortège de conséquences : AVC, trouble de la libido, burn-out, sommeil perturbé, alimentation négligée…
D’où la nécessité d’équilibrer les deux plateaux de la balance professionnelle, entre travail et santé. Pour créer un être bien.
Aimer son travail, oui d'accord, mais dans la joie et sans abuser. Allegro ma non troppo.
L’objectif de l’ouvrage tend à rompre cette spirale du surplus de travail. L’auteur et son équipe du Credir jouent sur la prévention. Tant du côté de l’employeur que de celui du travailleur. Avec en ligne de mire ce syndrome des 3S. Trois indicateurs de bonne santé à tenir à l’œil : la suractivité, le stress prolongé et le sommeil insuffisant.

Être conscient de la zone de danger à ne pas dépasser, soit une période supérieure à 80 heures par semaine. Savoir changer drastiquement l’organisation et se ménager des temps de détente hebdomadaires. Autant d'attitudes à mettre en pratique. Une lutte contre la suractivité qui passe aussi par des phases de repos suffisantes, des activités sportives ou culturelles et des vacances à prendre obligatoirement, au moins deux fois par an, et d’une période de minimum deux semaines. Pour alléger l’organe le plus important et le plus fragile de notre corps : le cerveau. La première victime du surtravail.

Au fil des nombreux chapitres, illustrés de cas vécus et de conseils, chacun y trouvera certainement une partie de son expérience personnelle, avec des erreurs à corriger. Comme le manque de sommeil, fléau de notre époque. Nous avons tous tendance à diminuer notre temps passé à dormir pour avoir l’impression de vivre au maximum. Une action néfaste, à l’origine de possibles pathologies à ne pas négliger : tendances dépressives, problèmes cardiovasculaires, troubles de l’alimentation, pensée confuse…

L'ouvrage se referme sur une liste de recommandations à suivre et sur un coup de gueule de l'auteur. «Non, dit-il, la mort au travail n’est pas une fatalité

Devenez cet être bien dans sa tête et son corps, le souhait de Jean-Denis Budin.

«Ne vous tuez plus au travail», par Jean-Denis Budin. Éditions Alisio, 296 pages
Couverture : éditions Alisio

Posté le 21 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Denis Safran, médecin de choc au milieu des flics

   Par Philippe Degouy

Souligner que Denis Safran fut le premier médecin à entrer au Bataclan avec les forces d'assaut après la tuerie de novembre 2015 serait bien trop réducteur. Car ce médecin a connu plusieurs existences. «Ma vie est un arbre, avec un tronc, mon métier de médecin, et des branches, comme autant de chemins de traverse
Chef d’un service d’anesthésie-réanimation, plus tard devenu un élément clé de l’organisation de l’hôpital Georges-Pompidou où il a notamment développé une culture policière, il a rejoint la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), mieux connue sous son ancien nom, l’Antigang. Une nouvelle carrière entamée à un âge digne de profiter d’une retraite possible. Au sein de la BRI, il va y apporter un élément jusqu’alors absent : la présence d’un médecin lors de chaque missions. Lui, va gagner le pouvoir d'étancher sa soif d'action, ce besoin d'adrénaline pour vivre.
Son témoignage, «Médecin de combat» (éd. Grasset), répond longuement à cette question : mais pourquoi et comment un grand médecin dont les grands-parents ont été arrêtés par des policiers français en 1940 s’est retrouvé au cœur des missions de la BRI. Pour les soigner et partager leur vie dangereuse.

MEDECINAvec le journaliste Vincent Rémy, qui apporte en voix off certains éclairages personnels sur la vie du médecin, l’ouvrage plonge le lecteur au cœur d'un quotidien hors du commun. Celui d'un scientifique qui ne regrette nullement sa retraite comme médecin et qui prend désormais plaisir à profiter pleinement de son temps passé avec les policiers de la BRI. Entre entraînements au tir, descentes en rappel d’hélicoptère et descentes au petit matin chez un suspect à interpeller. Sans compter sa fonction de conseiller ministériel. Une vie bien remplie, qu’il adore. Le coup de téléphone pour une urgence, le pied pour ce sexagénaire. Une vie pépère sur sa péniche garée en bord de Seine? Une idée inimaginable.
Oui bon, mais alors, finalement, pourquoi cette passion pour la police? «Parce que la police française n’est plus celle de 1940. C’est une police républicaine. Au service des gens

De ses démêlés avec les gestionnaires d’un hôpital, les conflits d’intérêt entre médecins qui plombent le quotidien au détriment des patients, aux interventions de crise avec ses amis policiers, ses frères d’armes, rien n’est occulté. Ses drames familiaux non plus. L’ouvrage est rédigé sans langue de bois par un homme qui n’a pas peur de heurter, de pousser un coup de gueule. Quand on vit avec la mort en permanence, on y va franco.

Son témoignage relatif à ses interventions au Bataclan et à l’Hyper Casher glace d’effroi. Le récit clinique d’une situation digne d’une zone de guerre. Avec de nombreux blessés par balle, qu’il faut trier entre les cas urgents ou non, ceux qui vont vivre ou mourir. «Ce qui allait me frapper au Bataclan, c’est l’extrême jeunesse des victimes. Des gamins, ça c’est rude.» Pour l’Hyper Casher comme pour le Bataclan, le constat est identique. Avec la même détresse des victimes, les mêmes corps mutilés par des munitions de guerre.
«Putain, heureusement que tu es là !» Un cri du cœur lancé par ses collègues policiers, fréquemment entendu par Denis Safran en opération. Sans doute la meilleure conclusion à apporter à cet ouvrage sur lequel plane des airs de cornemuse écossaise. L’une des passions du médecin, avec l’amour de la mer et des bons cigares.
Un médecin de combat qui sait que «le jour où il ne se sentira plus apte à porter la lourde combinaison des flics de la BRI et à crapahuter à leurs côtés, le jour où il risquera de mettre le groupe en danger, il arrêtera, mais extrêmement frustré

«Médecin de combat. Du bloc opératoire aux unités d'élite de la police», par Denis Safran et Vincent Rémy. Éditions Grasset, 208 pages, 18 euros environ
Couverture : éditions Grasset

Posté le 20 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La 4 CV, la voiture qui ne devait pas naître

   Par Philippe Degouy

1939, au Salon de l’automobile de Berlin. Les ingénieurs de Renault sont séduits par la petite KDF Wagen allemande, présentée comme la voiture du peuple. De retour en France, la délégation française fait face au refus sévère du patron, Louis Renault. Il ne croit pas du tout en l’avenir d’une petite voiture pour les classes populaires. Il mise davantage sur sa Juvaquatre. La guerre éclate et l’usine Renault est désormais soumise aux ordres des Allemands. Toute la production est tournée vers l’effort de guerre. Mais dans les coulisses, la résistance s’organise au sein de Renault pour produire cette fameuse voiture populaire. Les quatre ingénieurs, réunis dans un petit groupe clandestin, misent sur l’après-guerre et la nécessité d’avoir une voiture de crise, leur 4 CV.
Le 4 janvier 1943, la première 4 CV, un prototype construit en secret, effectue ses premiers essais nocturnes. Prometteurs.
La guerre terminée, avec l’usine nationalisée et un nouveau patron, le ciel s’éclaire pour la 4CV. Enfin acceptée et produite en masse. Lors du premier Salon de l’automobile en octobre 1946, le succès populaire est immédiat. La 4 CV, surnommée la motte de beurre, sera vendue plus d’un million d’exemplaires jusqu’au début des années 60.

4CVPubliée dans collection Plein gaz des éditions Glénat, La naissance de la 4CV rend hommage à cette voiture populaire, restée, aujourd’hui encore, l’une des favorites d’après-guerre avec sa bonne bouille. Une petite quatre places qui a sans doute traversé l’histoire de nombreuses familles françaises.
Sur un dessin de Bruno Bazile, au style très ligne claire, Dugomier retrace l’histoire de cette légende en même temps que l'atmosphère de ces terribles années 40 dans un scénario articulé autour du personnage fictif de Wirtz. Un ingénieur français qui sert de guide à cette histoire digne d’un roman, avec cette voiture conçue dans les caves d’une usine dirigée par les Allemands et truffée de mouchards.
De nombreuses anecdotes relatives à la marque sont intégrées dans le scénario, même si certaines peuvent relever de la rumeur. Peu importe, le lecteur se laisse entraîner par ce récit digne d’une comédie des années 60, avec des Allemands ridiculisés par de bons Français patriotes, qui travaillent à l’avenir de la France d’après-guerre, persuadés de la victoire alliée.
Nostalgique à souhait, l’album représente un heureux intermède dans l’excellente collection Plein gaz, entre deux albums de courses automobiles.

«La naissance de la 4CV», dessin de Bruno Bazile, scénario de Dugomier. Collection Plein gaz. Éditions Glénat. 48 pages, 13,90 euros environ
Couverture : éditions Glénat

Posté le 15 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mourir pour Keating, le fort Alamo afghan

    Par Philippe Degouy

À la lecture des parutions des éditions Nimrod consacrées à la guerre en Afghanistan, nous découvrons notre immense méconnaissance de ce conflit, absent des médias. Il faut lire les ouvrages rédigés par des vétérans pour découvrir cette guerre menée dans ce pays sauvage, théâtre de combats d’une violence inouïe. À l’instar de cette bataille livrée par quelque 50 soldats américains pour la survie de l’avant-poste de Keating, au Nouristan. Un poste rejoint par des soldats de la Black Night Company chargés de le démanteler. Un poste trop isolé pour être défendu.
La Violence de l’action (éd. Nimrod), est un document rédigé par le sergent-chef Clinton Romesha, acteur du drame. Impossible à reposer dès la lecture entamée.
L'auteur nous donne rendez-vous dans l’un des endroits les plus paumés sur Terre. Situé au cœur de vallées encaissées, à des lieues de toute trace de civilisation. Probablement le pire endroit trouvé par l’armée américaine pour établir un avant-poste afin de fixer les talibans.
«Dès qu’ils posaient le pied sur le sol en descendant de l’hélicoptère, vous pouviez lire l’effroi sur le visage des nouveaux au cours de ces quelques instants qu’il leur fallait pour prendre la mesure du merdier dans lequel nous nous retrouvions. (…) Ce poste, c’était un putain de coupe-gorge

Rédigé à la première personne, le livre nous conduit directement en enfer. Et ce dès les premières pages. Keating, le fort Alamo afghan, «le symbole de la capacité de l’armée à mettre toutes les chances de son côté pour que les choses puissent tourner à la catastrophe
De fait, tout ce qui pouvait échouer a échoué. La loi de Murphy version GI.

Comment défendre, en effet, un avant-poste situé au fond d’une vallée avec un ennemi le surplombant de tous les côtés. Si les Américains avaient déjà connu de fréquents assauts de la part de l'ennemi, rien ne fut pourtant comparable à celui lancé le 3 octobre 2009 à 5h58 du matin par quelque 300 talibans bien décidés à exterminer la petite garnison de 50 soldats américains. Plus de 14 heures de combats incessants seront livrées.
Un assaut de grande ampleur résumé en un extrait : «Koppes eut l’impression que quelqu’un avait pris le contrôle du ciel, ouvert un grand trou dedans et qu’il s’en servait pour déverser directement sur sa tête toutes les bombes et les munitions susceptibles d’exister dans l’est de l’Afghanistan
De fait, de toutes les hauteurs surplombant cet avant-poste, les talibans firent feu avec toutes les armes possibles, sans laisser aux Américains la possibilité de répliquer efficacement sans perdre des hommes. Pour aider une garnison, de plus en plus dégarnie par les pertes, des avions, des hélicos et des drones sont appelés à la rescousse. Y compris un bombardier B-1, celui qui eut le dernier mot.
Durant la bataille, les Américains sont seuls, abandonnés par les soldats afghans de l’ANA, de véritables couards restés planqués durant toute la bataille.

KEATINGL’ouvrage réussit aisément à immerger son lecteur au cœur de l’action. L'écriture est vive, rapide comme la progression des hommes sur le terrain. On ressent sans peine la tension, la douleur des survivants à chaque perte d'un frère d'armes. On peut entendre le bruit et la fureur des combats. Il ne manque que les odeurs. Celle de la peur, de la sueur et de la poudre. «L’hélicoptère d’attaque était presque au-dessus de nous lorsqu’il fit tonner son canon. La puissance destructrice des obus fut encore amplifiée par le grondement du canon qui donnait l’impression qu’une sorte de tronçonneuse géante débitait l’air. Le déluge de plusieurs centaines de douilles incandescentes qui nous tomba dessus depuis le ciel fut tout aussi impressionnant. Putain, songea Jones, c’est de la pure folie

Ce témoignage, le plus fidèle possible aux faits historiques, salué par la presse américaine, peut se lire comme le moyen trouvé par l’auteur pour évacuer cette horreur présente au fond de lui. «J’ai eu la conviction que le fait de raconter cette histoire –notre histoire- était l’unique moyen de rendre hommage à ce que nous avions accompli. Le seul moyen pour moi de faire revenir chez eux les camarades qui n’avaient pas survécu à la bataille pour Keating.» Ce qu'il reste de Keating, les souvenirs d’amis perdus, et une médaille, la célèbre Medal of Honor, reçue des mains du président Obama. La belle affaire pour Clinton Romesha.

«L’armée estimerait plus tard que les hommes de la compagnie Black Night avaient tué entre cent et cent cinquante insurgés. Pour 27 Américains blessés et 8 tués. (...) Telle fut la note du boucher pour la défense de l’avant-poste de combat de Keating.» Ce qui accentue davantage le côté dramatique de la lecture réside dans la présence de nombreux clichés du site, pris avant et après les combats. Sans oublier ceux de soldats américains, souriants devant l’objectif, et morts dans l’assaut taliban. Des soldats sacrifiés pour quoi? Un coin de vallée en Afghanistan. Sans aucun intérêt stratégique.
Un récit poignant qui rappelle quelque peu la célèbre bataille des Thermopyles et le film Le merdier, film de guerre de Ted Post avec Burt Lancaster.
Pour la bande son à choisir pour le générique, certains titres viennent naturellement à l’esprit. Comme ce tube des Animals, We gotta get out of this place, American Soldier de Toby Keith, ou ce morceau, If I die in a combat zone de John Hagarty.
Un dernier mot encore pour saluer la très belle traduction effectuée par Franck Mirmont. Il réussit à reproduire ce climat infernal.

«La violence de l’action. La bataille pour l’avant-poste de Keating», par Clinton Romesha. Éditions Nimrod, 385 pages, 21 euros environ
Couverture : éditions Nimrod

Posté le 13 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avoir vingt ans en 44, avec la guerre comme cadeau

   Par Philippe Degouy

De nombreux liens subsistent entre les vétérans américains et la Belgique. Certains reviennent à Bastogne, pour le souvenir, d’autres sont restés après la guerre. Pour y vivre avec une femme rencontrée après la Libération. Comme ces deux GI’s dont il est question dans l’ouvrage de Philippe Carrozza, J’ai vingt ans, on fait la guerre et on se marie, publié aux éditions Weyrich.
«Leur vie qu’ils déroulent devant nos yeux est un formidable message d’espoir et de fraîcheur» déclare l’auteur.

Ce document, constitué de souvenirs de guerre, d’entretiens accordés à l'auteur, raconte le destin de Curtis Phillips et Sergio Moirano. Deux soldats américains envoyés en Europe pour la libérer du joug nazi. Un récit terrible de deux jeunes soldats qui ont connu l’horreur du débarquement en Normandie puis celle de la Libération, en France et en Belgique.
Très souvent, lors de la lecture de ces quelque 100 pages, on pense entendre ces vétérans, avec la voix tremblante d'émotion. On imagine sans peine leur visage aux yeux humides. Pour le souvenir de ces moments d’enfer et la perte de tant de frères d’armes. Comme en témoigne Sergio Moirano, resté hanté jusqu’à sa mort par les images du débarquement sur les plages de Normandie : «je n’ai jamais eu la force mentale de retourner sur les plages d’Utah Beach, ni d’ailleurs sur aucune plage du débarquement, tellement c’est dur. Même après autant d’années, la douleur est toujours là, bien présente

Les témoignages se succèdent et amènent aussi leur lot d'anecdotes étonnantes. Curtis Phillips, par exemple, avait bien failli trouver la mort bien avant de débarquer en France. Lors d’un entraînement en Floride, il s'était fait mordre trois fois par un serpent corail. Une quatrième morsure aurait été fatale au soldat. Lui aussi avait préféré le front européen, car il jugeait les Allemands plus «civilisés» que les Japonais. Un vétéran resté marqué lui aussi par les combats et la vision des champs de bataille : «j’ai bien cru que cette guerre allait me rendre fou. Malgré tous les efforts, je n’ai jamais réussi à me souvenir de tous les détails

VINGTANSUn livre illustré de nombreux clichés personnels. Mention spéciale pour le dernier de Sergio Moirano, avec son casque, fidèle compagnon d’une épopée meurtrière. Ou celui où il pose avec la petite-fille du fameux général George S. Patton, dont les chars ont permis de rompre l’encerclement de Bastogne. «Oui, chaque homme est effrayé par sa première bataille. S’il dit qu’il ne l’est pas, c’est un menteur. Le vrai héros est l’homme qui combat même s’il a peur» avait déclaré l'officier à ses hommes lors d’un discours devenu mythique (et reproduit dans le livre, à lire pour le langage fleuri adopté par le général ndla).
Un récit émouvant qui laisse un témoignage fort de ces libérateurs. Deux parmi des millions. Sergio Moirano est décédé en 2016, mais son histoire est désormais imprimée. Tout comme celle de Curtis Phillips.
Deux hommes qui ont connu l’horreur chez nous, mais également l’amour. Avec deux Wallonnes, l’une à Binche, l’autre à Marchin. Juste récompense pour ces deux soldats qui ont fêté leurs 20 ans en plein cœur du bocage normand. Sans cadeau ni gâteau, mais sous le feu allemand.

Comme l’a souligné le général Douglas MacArthur lors de son discours d’adieu au Congrès américain le 19 avril 1951, «old soldiers never die, they just fade away» («les vieux soldats ne meurent jamais, ils disparaissent tout simplement.»).

«J’ai vingt ans, on fait la guerre et on se marie», par Philippe Carrozza. Éditions Weyrich, 115 pages
Couverture : éditions Weyrich

Posté le 12 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Embarquement pour l’enfer de Neuengamme

Par Philippe Degouy

Si, en ce début de XXIe siècle, nous pensons tout connaître de l’enfer concentrationnaire des années 40, certains travaux dévoilent pourtant de nouveaux pans méconnus de cette sinistre période. À l’instar du sujet de ce document rédigé par les historiens Pierre Vallaud et Mathilde Aycard. Avec Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona 3 mai 1945 (éd. Tallandier) ils invitent leurs lecteurs dans le nord de l’Allemagne, pour une croisière sans retour.
Mais avant, direction Neuengamme. Comme point de départ au récit.
Bergen-Belsen, Auschwitz, Dachau… autant de camps connus et mis en avant dans les livres d’histoire. Mais pas celui de Neuengamme. Et pourtant, l’endroit, initialement créé pour servir de réserve de main-d’œuvre corvéable au complexe militaro-industriel de la région d’Hambourg, a apporté son lot d'horreur et de victimes à l’univers concentrationnaire. Plus de 60.000 morts furent enregistrés sur une population totale de près de 100.000 prisonniers.
«Travail, brimade, tortures rythment la vie du camp, où un personnel féroce a droit de vie et de mort sur les détenus. La première impression à l’arrivée au camp? Tout est nu et plat, une immense terre sans horizon.» Un camp en fait semblable aux autres, avec ses clôtures de fil de fer barbelé, ses miradors, ses sauvages SS, son crématorium. Ses hôtes? Des communistes, beaucoup de soldats soviétiques, des résistants venus de toute l’Europe occupée. Des simples citoyens, dénoncés, ou des notables. Des célébrités aussi, comme le boxeur Johann Trollmann, champion de boxe d'Allemagne, envoyé au camp en 1942 et tué pour ses origines tziganes.
Les moins bien lotis travaillent à la fabrique de briques et tuiles, épuisés par le poids des matériaux, sans guère de nourriture. D'autres travaillent à la construction d'un blockhaus inutile et détruit  lors d'un raid aérien.

NEUENGAMMELe cauchemar au sein du camp va durer jusqu’au début de l’année 1945. Conscient de la défaite imminente, le régime nazi décide alors d’évacuer les camps, dont Neuengamme, et d’effacer les traces de leurs actes barbares. Ce sera le début des marches de la mort pour des déportés qui passeront d’un camp à l’autre. Pour ceux de Neuengamme, direction le nord de l'Allemagne. Vers la Baltique et l’embarquement à bord de navires devenus des camps flottants. Comme le Cap Arcona. Un mouroir sans comparaison avec l'image d'un navire conçu pour le plaisir de ses invités. «Sans eau ni nourriture, les hommes boivent la pluie qui suinte des parois. Le noir, la dysenterie, la puanteur, la surpopulation, l’asphyxie ou les cadavres viennent à bout des plus forts

Le 3 mai 1945, une attaque surprise d’avions britanniques s’abat sur les navires présents au large de la côte. Rapidement transformé en brasier, le Cap Arcona laisse peu de chance de survie à ses passagers involontaires. Quelque 7300 déportés vont périr dans ce qui est resté comme la plus grande tragédie maritime de la Seconde guerre mondiale. Parmi les morts, Roland Malraux, demi-frère d’André.
Quant au camp de Neuengamme, il ne sera jamais libéré. Les troupes britanniques le trouveront vidé de ses martyrs.

L’ouvrage des deux historiens s’attache à humaniser ce drame, avec le destin de quelques déportés dont l’histoire et les noms sont relatés au fil des chapitres. Suivis à Neuengamme puis jusqu’à leur sort funeste, à bord du Cap Arcona. Cet ancien paquebot, fierté de l’Allemagne d’avant-guerre, qui reliait le pays au Brésil. Aujourd’hui, il ne reste rien de cette épave au lourd passé, démantelée en 1949.
Et dire que ce navire était l’un des transatlantiques les plus beaux de la flotte, l’un des plus rapides d’avant-guerre, baptisé pour lui éviter le même drame en mer que le Titanic. Ironie du sort, le Cap Arcona avait joué le rôle du Titanic dans un film de propagande nazi. Avant de finir aussi tragiquement. Sinon davantage, avec ses passagers qui avaient juste quitté un enfer pour un autre.

Cet ouvrage, inédit et parfaitement documenté, laisse son lecteur abasourdi par les faits relatés. Choqué.
De cette lecture, il reste aussi ces mots attribués à Kurt Schumacher, héros allemand de 14-18, envoyé à Neuengamme pour avoir dit la vérité : «le nazisme est un appel au salaud qui dort dans l’homme

«Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona 3 mai 1945», par Pierre Vallaud et Mathilde Aycard. Éditions Tallandier, 304 pages, 20,90 euros environ
Couverture : éditions Tallandier

Dernières réactions sur nos blogs