mai 2011

Posté le 31 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

L’ENB, c’était la Belgique qui gagne

Pendant les années 50 et 60, les voitures jaunes de l’Ecurie nationale belge (ENB) ont porté haut les couleurs de la Belgique sur tous les circuits d’Europe. Il était temps qu’un livre évoque cette formidable épopée.

Pour les jeunes générations, l’Ecurie nationale belge (ENB) n’évoque sans doute pas grand-chose. Et pourtant, pendant 11 saisons, de 1951 à 1962, des voitures de course peintes en jaunes ont porté haut les couleurs de la Belgique, que ce soit en Formule 1 ou dans les grandes courses d’endurance comme les 24 heures du Mans.

C’est cette épopée que retracent Christophe Gaascht et Claude Yvens, deux Verviétois passionnés et érudits de sport automobile. Au terme de sept années de travail, ils proposent un ouvrage exhaustif sur le sujet. Pour l’occasion, ils se associés à l’artiste-éditeur Benoît Deliège, qui agrémente l’ouvrage de plusieurs lithographies des célèbres voitures jaunes.

ENB

L’ENB est née de la volonté de Pierre Stasse, directeur du journal « Les Sports » qui, avec la Belgian Shell comme principal soutien, a permis à toute une génération de pilotes belges de s’illustrer sur les meilleures voitures de l’époque, Ferrari et Jaguar principalement. Willy Mairesse, Olivier Gendebien, Paul Frère, John Claes, Lucien Bianchi ont tous roulé à un moment ou un autre de leur carrière pour l’ENB.

Parallèlement l’importateur Ferrari en Belgique, Jacques Swaters (décédé en décembre 2010), créait en 1952 son «Ecurie Francorchamps». Celle-ci alignait également des bolides jaunes, ce qui n’allait pas sans susciter une certaine confusion auprès du public. Entre Stasse et Swaters, les relations étaient souvent tendues. Au point que Shell a dû de temps à autre intimer les deux fortes têtes à unir leurs efforts, compte tenu des moyens limités mis à disposition.

La gloire au Mans

Mais c’est sans conteste aux 24 heures du Mans que l’ENB a enregistré ses plus beaux résultats : troisième en 1955 (l’année de l’accident qui a tué 82 spectateurs), quatrième en 1956 et troisième à nouveau en 1957, chaque fois sur Jaguar Type-D. Bien sûr, comme il s’agissait d’une équipe d’amateurs, la préparation et l’organisation n’était pas toujours du niveau des équipes d’usine. A cela s’ajoutent des choix techniques pas toujours judicieux, comme le moteur Maserati (au lieu du Climax anglais) pour équiper la monoplace Emeryson en 1961. Mais c’est l’enthousiasme qui primait.

L’ouvrage de Gaascht et Yvens est à recommander à plus d’un titre. D’abord, il restitue une époque bénie du sport automobile où on ne se prenait pas trop au sérieux. Le revers de la médaille, c’étaient les accidents, nombreux et souvent aux conséquences dramatiques en raison de l’absence totale de protection des pilotes et des spectateurs. Enfin, les auteurs livrent quantité d’anecdotes sur les courses et les pilotes belges qui y participaient. Au point que même ceux qui croyaient bien connaître le sport automobile de l’après-guerre peuvent être assurés d’apprendre encore une foule de choses.

Vers le milieu des années 60, la professionnalisation croissante du sport sonnera le glas pour ces amateurs éclairés. Mais ils seront efficacement relayés par un jeune prodige nommé… Jacky Ickx, qui portera les couleurs belges bien plus haut encore sur tous les circuits du monde.

Jean-Paul Bombaerts

«ENB, l’étonnante aventure de l’Equipe nationale belge», Christophe Gaascht et Claude Yvens, éd. Benoît Deliège, 288 pages, 250 photos et dessins, 59 euros.

Posté le 30 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

Le sport automobile sous l'ère nazie

« Courir pour Hitler » raconte l’histoire des champions et des industriels de l’automobile durant la montée du nazisme, en Allemagne, et du fascisme, en Italie.

En Allemagne, deux grandes écuries, Mercedes et Auto Union, ont dominé les Grands Prix entre 1934 et 1940. Elles alignaient des pilotes exceptionnels sur des voitures de très haute technologie. C’étaient les fameuses Flèches d’argent, aussi rapides que dangereuses avec leurs moteurs à la puissance disproportionnés par rapport à leurs fines roues.

Caracciola, Rosemeyer, Lang, Stuck, von Brauchitsch, Nuvolari, Fagioli : tels étaient les grandes vedettes d’avant-guerre. Alain van den Abeele, ancien journaliste de la RTBF, raconte la vie, les passions, les angoisses de ces pilotes face à un pouvoir qui pensait les manipuler pour la gloire du Troisième Reich.

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Ivresse collective

Leur histoire est doublée de celle des industriels de l’automobile, mis face à leurs responsabilités par deux hommes : Hitler et Mussolini. Alain van den Abeele montre à quel point des marques telles que Ford, General Motors, Mercedes, BMW ou Porsche ont soutenu à des degrés divers les nouveaux pouvoirs. « Une sorte d’ivresse s’empare des hommes en combinaison blanche, de leurs ingénieurs, de leurs mécaniciens et de leurs directeurs techniques. Cette orgie de vitesse est commanditée en sous-main par Hitler qui les pousse sans arrêt à faire plus », explique l’auteur.

Les accidents n’étaient pas rares. Le plus marquant fut celui de Bernd Rosemeyer, le pilote de pointe d’Auto Union et sans doute aussi un des plus réfractaires au régime. Il s’est tué en 1938 lors d’une tentative de record de vitesse sur autoroute. Sur le podium du Grand Prix d’Allemagne 1937 (qu'il avait terminé à la troisième place), il tourna en dérision le protocole officiel en mettant une cigarette dans la bouche d'une statuette offerte par Adolf Hühnlein, le dirigeant du NSKK, une unité paramilitaire.

Caracciola s’exile en Suisse

Le livre, agrémenté de nombreuses photos, contient une foule d’anecdotes peu connues. Ainsi, le régime hitlérien n’a jamais accepté que Rudolf Caracciola ait choisi de résider en Suisse, précisément pour tenter de s’affranchir un tant soit peu de la pression du parti nazi. En vertu de l’interdiction de sortir de l’argent hors des frontières allemandes, le régime s’arrangera pour que le grand Rudi ne touche jamais la moindre prime de ses nombreuses victoires.

Autant les années 50 et 60 évoquent une irrésistible nostalgie dans le chef des amateurs de sport automobile, autant cette période d’avant-guerre suscite perplexité voire dégoût face à un tel endoctrinement des masses populaires à travers le sport.

Jean-Paul Bombaerts

« Courir pour Hitler », Alain van den Abeele, éd. Luc Pire, 220 pages, 24 euros

Posté le 26 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

“Forces spéciales. L’avenir de la guerre?”

La récente intervention des Navy Seals au Pakistan pour neutraliser ben Laden fournit l’occasion rêvée de présenter une réédition relative à l’histoire des forces spéciales (FS)  en action dans le monde. L’auteur, Eric Denécé, est un spécialiste qui dresse dans son ouvrage publié aux éditions du Rocher un portrait des forces en présence et leur usage sur le terrain.

FS

Des forces spéciales largement médiatisées depuis le début des conflits afghan et irakien. Mais le concept est loin d’être neuf puisque depuis le début de la Seconde Guerre mondiale, des unités spéciales ont été constituées et envoyées au combat dans de nombreux conflits. Les Malouines, le Vietnam, l’intervention soviétique en Afghanistan ou dans les Balkans.
« Ces unités, bien équipées et entraînées, sont indispensables lorsque le déploiement d’unités conventionnelles n’est pas possible mais aussi lorsqu’il s’agit de préparer l’engagement de celles-ci. Les unités spéciales permettent un traitement avancé des crises à faible coût, en évitant l’engagement de forces régulières dans un conflit à l’issue toujours incertaine. Elles sont l’outil idéal pour le type de guerre chaotique et diffuse, sans front ni zone arrière» explique l’auteur.

 Des trois Etats les plus efficaces dans le domaine des FS (Etats-Unis, Royaume-Uni et France), la référence en la matière n’est autre que les troupes britanniques qui bénéficient d’une longue tradition historique. Eric Denécé en profite pour tordre le  coup à cette image d’Epinal véhiculée par le cinéma et relative à l’efficacité sans faille des FS américaines. L’auteur, tout en reconnaissant les succès récents, tend à nuancer cette aura. D’accord, l’avance des FS américaines est indéniable dans les domaines de l’armement, de la furtivité ou de la logistique. Mais "la seule référence au modèle américain s’avère infondée dans plusieurs domaines de la conduite des opérations. C’est en particulier le cas dans les situations où la rusticité et l’adaptation face à l’imprévu doivent prévaloir ». Il en résulte des succès, certes, mais aussi des échecs cuisants, comme le Vietnam, l’intervention en Iran ou en Somalie.

 Quant à la question posée dans le titre du livre, l’auteur apporte une réponse positive en expliquant pourquoi les forces spéciales (FS) seront incontournables dans la gestion des crises. « Le monde est entré dans une phase nouvelle où la violence sous toutes ses formes fait peser de nombreuses hypothèques sur l’équilibre international. Chaque jour, territoires chaotiques et espaces incontrôlés, urbain ou ruraux, se multiplient, dans le tiers-monde comme au sein même de nos cités. Le terrorisme et les guerres ethniques ou religieuses ont  remplacé les conflits traditionnels interétatiques. »
Il est à noter que l’édition originale de l’ouvrage a été publiée en 2002. Certains chapitres sont donc obsolètes mais ils n’enlèvent rien au sérieux de l’ouvrage.

 « Une démocratie qui se priverait, tel l’Occident face à Hitler, de l’usage d’une violence limitée visant à étouffer dans l’œuf la violence systématique ne servirait pas le développement pacifique de l’humanité. » (Raymond Aron)

 Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 « Forces spéciales. L’avenir de la guerre ? De la guérilla aux opérations clandestines. » Par Eric Denécé. Editions du Rocher. 22 euros. 304 pages.

 Couverture : éditions du Rocher

Posté le 25 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

“U-Boot. Tome 1: docteur Mengel”

Nul doute, notre compatriote Jean-Yves Delitte, l’auteur de cette BD, se révèle doué pour brouiller les pistes. En regardant la (magnifique) couverture, illustrée d’un sous-marin faisant surface, on pourrait croire que l’histoire racontée traite de la guerre sous-marine. Et bien, pas du tout. Nulle trace de combats maritimes dans cet étrange album. Même si une grosse partie de l’intrigue tourne autour d’un U-Boot de la Seconde Guerre mondiale.

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Il n’y a aucune unité de temps ou de lieu dans cette BD publiée aux éditions 12bis et qui débute dans une cité futuriste de 2059 peu après une explosion qui rappelle la catastrophe de septembre 2011.  Aussitôt après, l’album vous transporte à bord d’un sous-marin allemand en mission secrète vers l’Amérique du Sud en 1945. A son bord, un équipage désabusé qui tente d’échapper à la défaite allemande. Des hommes rendus inquiets par le chargement mystérieux embarqué à bord, et par des meurtres barbares commis sans témoins ni coupable visible. Et qui est ce docteur Mengel , propriétaire du chargement?
Une histoire qui se déroule à huis-clos et qui devient rapidement oppressante dans ce sous-marin où chaque coursive peut se révéler lieu d'embuscade idéal pour le tueur. 
Plus tard, en mai 1951, une expédition de cartographes britanniques découvre un sous-marin échoué en Amazonie. A son bord, un homme qui semble avoir perdu la raison. Qui est-il ? Pourquoi ce sous-marin s’est-il retrouvé là ? Le temps de se poser ces questions, l’auteur change encore d’époque et transporte ses lecteurs dans la cité de Venise en 2059. Un étudiant et son professeur d’université sont retrouvés assassinés au moment où ils allaient révéler les dessous d’un scandale financier de grande envergure.

Atlantique, Amazonie, Venise. Trois lieux différents, un point commun : l’eau. Le domaine de prédilection de Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la marine belge, qui ne manque jamais de traiter de son amour pour la mer.
Difficile de parler du scénario, accrocheur certes mais qui, à ce stade, ne livre pas toutes les clés de compréhension pour permettre un jugement définitif.

Quant aux dessins, ils  sont d’une précision étonnante. Comme ces cases de l’intérieur du U-Boot qui repose sur une documentation précise. Magnifiques aussi ces vues d’une Cité des Doges asséchée. Comme dans la série Tanâtos (du même auteur), certaines planches sont entourées de noir pour souligner davantage le climat d’oppression de l’action en cours.

Refermé, l’album ne laisse qu’un seul regret. Celui de devoir attendre avant de connaître l’épilogue de cette intrigue complexe. Bien malin d’ailleurs celui qui pourra deviner la fin de l'histoire qui promet encore bien des surprises.  Au terme de ce premier volet, aucune question ne trouve de réponse. Un peu frustant. Sans doute.  Mais aussi la preuve que le scénariste a réussi son travail : accrocher notre attention.
On aime et conseille cette lecture qui relève à la fois du thriller mais aussi de la série de science-fiction teintée de fantastique.  

 Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 “U-Boot. Tome 1 : docteur Mengel”. Scénario et dessin de Jean-Yves Delitte. 48 pages. 13,50 euros. Editions 12bis

 Couverture: éditions 12bis

Posté le 24 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

Roosevelt voulait la guerre pour gagner la paix

Si Pearl Harbor a marqué l’entrée des Etats-Unis dans la guerre le 7 décembre 1941, la décision de Franklin Roosevelt d’entrer en guerre contre le fascisme est bien antérieure. De là à affirmer, comme certains adeptes de la théorie du complot, que Roosevelt aurait provoqué Pearl Harbor afin de pouvoir disposer d’un prétexte, absolument rien ne permet de l’attester.

L’historien français Arnaud Blin, spécialiste de l’histoire des conflits, se sert de l’entrée en guerre des Etats-Unis comme fil rouge pour saisir l’homme Roosevelt, comprendre le pays qu’il dirige, ainsi que le monde qu’il a largement contribué à redéfinir.

ROOSEVELT

Rien, au départ, ne destinait Franklin Roosevelt, descendant lointain d’immigrants hollandais, à la présidence des États-Unis. Et tout indiquait que le pacifiste convaincu qu’il était s’évertuerait à éviter à cette nation profondément isolationniste un nouvel engagement dans un conflit planétaire.

Un long cheminement

Au départ se pose une question fondamentale : faut-il faire la guerre pour obtenir la paix ? Avant de pouvoir lui-même y répondre, Roosevelt va suivre un long cheminement, à la fois personnel et politique, qui l’amène à faire un choix, puis à convaincre son peuple de le suivre.

Roosevelt n’est pas tout seul. Il a avec lui Churchill, avec qui il met au point une vaste stratégie, bien avant Pearl Harbor, pour vaincre Hitler et Hiro-Hito. Il a surtout sa remarquable compagne, Eleanor, avec qui il forme un tandem indissociable. Contre lui, il a ses propres convictions religieuses et politiques, ses partenaires politiques et ses (nombreux) adversaires, ainsi que le peuple américain qui ne rêve que de paix.

Enfin, Roosevelt a pour lui ses propres qualités. « Comme Richelieu ou Bismarck avant lui, Roosevelt avait cette capacité à appréhender en un clin d’œil une situation politique complexe, à fixer des objectifs et les moyens de ces objectifs, à convaincre son entourage de le suivre dans cette voie », explique Arnaud Blin.

« Chez Roosevelt, les motifs sont clairs, nets, rationnels : point de mégalomanie stalinienne, de furie hitlérienne, de sentimentalité churchillienne. Il s’agit de faire plier la volonté de l’autre : le peuple américain d’abord, pour qu’il se rattache à la cause interventionniste ; les forces de l’Axe ensuite, pour les réduire à néant », poursuit l’auteur.

Pratiquement seul face à une nation hostile, la sienne, Roosevelt fut l’un des tout premiers à comprendre la mesure du conflit qui allait inévitablement entraîner la planète dans la tourmente.

Jean-Paul Bombaerts

« Comment Roosevelt fit entrer les Etats-Unis dans la guerre », Arnaud Blin, éd. André Versaille,  240 pages, 19,90 euros

Posté le 23 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

"Paris. 100 lieux mythiques"

Chroniqueur sur France Info et  France Bleu, Frédérick Gersal aime partager sa passion pour l'histoire et le patrimoine de France. Un enthousiasme qui se retrouve dans ce nouveau guide  "100 lieux mythiques de Paris" et publié aux éditions Hachette.

PAris Au fait, s'agit-il d'un ouvrage d'histoire ou d'un guide touristique? La question est posée mais qu'importe au fond. Paris subjugue toujours autant ses hôtes. Et cet ouvrage déborde d'anecdotes et de petites histoires qui permettent de voir Paris sous un autre angle.
Tous les sites présentés sont connus, mais en va-t-il de même pour leur passé tumultueux ou croustillant?
Pourquoi avoir donné le nom de Champs-Elysées à cette avenue mythique qui relie la place de la Concorde à l'arche de la Défense? Pourquoi le cimetière du Père Lachaise est-il devenu ce haut lieu du tourisme parisien?

Un guide instructif, éclairé et ...drôle avec l'explication d'expressions passées dans le langage courant et nées à Paris.  Comme "faire la grève" ou plus amusante : "payer en monnaie de singe"? Au Moyen-Âge, la traversée du Petit-Pont (qui relie la rive gauche à la rue de la Cité) était payante. Seuls à bénéficier de la gratuité du passage, les montreurs d'animaux et les forains devaient juste s'acquitter d'un petit numéro devant le préposé au Pont. Vous trouverez aussi l'explication des expressions "côté cour et côté jardin" ou "amusant comme un arracheur de dents". Notamment.

"C'est une véritable leçon d'histoire, d'achitecture et d'amour à ciel ouvert à laquelle je vous convie" déclare Frédérick Gersal. Nous confirmons.

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

"Paris. 100 lieux mythiques". Frédérick Gersal. 12 euros. 224 pages. Editions Hachette

Photo: éditions Hachette

Posté le 23 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

« Jabos sur l’Angleterre ! 1941-1943 »

En quittant les chemins balisés, il n’est pas rare de tomber sur des ouvrages au sujet original et qui méritent davantage de traitement. Comme ce dernier numéro (56) de la série Batailles aériennes publiée par les éditions Lela Presse.

Jabos La guerre livrée dans les airs par la Grande-Bretagne et l’Allemagne nazie ne s’est pas limitée à la Bataille d’Angleterre ou aux bombardements massifs. Comme le prouve ce volume consacré aux attaques des chasseurs-bombardiers allemands sur le Sud de l’Angleterre.  Des attaques baptisées « tip and run » (que l’on peut traduire par l’expression « larguer les bombes puis dégager en vitesse ») et effectuées par des petites formations de chasseurs transformés en bombardiers.
A l’époque des faits, entre 1941 à 1943 (soit 15 mois de bombardements sauvages), aucune ville britannique ne semblait à l’abri de ces attaques menées par surprise.
La défense anti-aérienne était trop peu nombreuse et la côte anglaise trop étendue pour une surveillance permanente.
Si les résultats ont été sous-estimés du côté allemand, au point de transférer les avions en 1943 dans le sud de l’Europe, ces raids ont cependant terrifié la population et causé des pertes sensibles mais qui n’ont cependant jamais réussi à faire basculer le cours de la guerre en faveur des nazis. Comme le souligne l’as allemand, Adolf Galland : « à part la nuisance occasionnée (à l’ennemi), peu de résultats ayant une valeur militaire furent accomplis. »

Bien illustré de clichés historiques et de témoignages des deux camps, ce numéro de la série Batailles aériennes  prouve qu’il est encore possible de trouver des sujets inédits sur le dernier conflit mondial. Des jabos (ou chasseurs-bombardiers) dont les méthodes furent ensuite copiées et utilisées intensivement par les forces aériennes alliées. Notamment lors de la campagne de Normandie en 1944 ou de l’assaut contre l’Allemagne en 1944-1945. Aujourd’hui encore, cette arme, sous-estimée par la Luftwaffe, figure au sein de toutes les forces aériennes.

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 Batailles aériennes n°56. « Jabos sur l’Angleterre ! Les opérations Tip and Run, 1941-1943. » Editions Lela Presse. 13,50 euros. 82 pages.

 Couverture : éditions Lela Presse

Posté le 19 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

« Brigitte Bardot. Un hommage photographique »

Quoi de plus normal en pleine période de Festival de Cannes que de célébrer celle qui fut la plus belle des ambassadrices du cinéma français ? Brigitte Bardot, à qui les éditions Hors Collection rendent hommage en photographies. Une sélection soignée de clichés qui illustrent la carrière de l’actrice, du modèle photographique et dressent plus généralement un portrait de la femme.

Brigitte bardot « Dans la France des années 50, le désir ne faisait pas ou peu de vagues. Et puis soudain, Brigitte apparut. Elle ne composait pas, elle ne trichait pas, elle était. Elle était comme personne, elle était elle. Vive, aérienne, insolente, libre. » Telle est la B.B. décrite par Henry-Jean Servat dans sa préface. Un juste portrait auquel il faut ajouter son refus de la futilité et son rôle d’ambassadrice de la cause animale. Des décennies avant la mode actuelle de protection de l'environnement et des espèces menacées. Un rôle qui lui vaut le titre de « fée des animaux » auprès des enfants. Sans doute le compliment le plus apprécié. Sa défense des bébés phoques faisait rire les humoristes dans les années 70. Maintenant, elle inspire le respect auprès des organismes de défense des animaux. « Je suis une chatte changée en femme…je ronronne, je griffe. Et parfois je mords…" (B.B.)

 Composés de citations de la star (terme justement utilisé pour une fois), de témoignages d’amis ou d’ex-maris (Delon, Belmondo, Arditi, Trintignant, Vadim…) , l’album retrace par l’image la vie et la carrière de BB. De quoi admirer page après page sa jolie plastique photogénique. On l’aura compris, l’ouvrage se veut subjectif dans son traitement de la personnalité.

Même le général de Gaulle avait succombé sous le charme de la belle : « cette jeune personne est dotée d’une simplicité du meilleur aloi. »

Outre ses rôles et ses portraits dans les magazines, Bardot avait aussi influencé la mode avec ses colliers fantaisie, les carreaux vichy ou la mode des seins nus à Saint-Tropez.

Un album qui ravira les témoins d’une époque insouciante.

 Définition (définitive ?) de Brigitte Bardot: «B.B., des initiales qui  enflammèrent le monde.»

 Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 « Brigitte Bardot. Un hommage photographique ». Préface de Henry-Jean Servat. Editions Hors Collection. 16,90 euros. 538 pages.

 Couverture : Hors Collection.

Posté le 18 mai 2011 par Philippe Degouy 0 réactions | Réagir

« Le Mur de l’Atlantique », « Les enfants du bunker » (BD)

A l’opposé de certains courants d’opinion favorables à l’oubli du passé, des auteurs ou des éditeurs décident de raviver le souvenir de ceux qui sont tombés. Victimes d’une époque noire pas si lointaine.
Dans la collection publiée par Casterman, « Les reportages de Lefranc », Olivier Weinberg et Jacques Martin présentent ainsi un album dédié au « Mur de l’Atlantique ».

MURATLANTIQUE Un ouvrage de fortifications réparti sur plus de 4.000 kilomètres qui couvrait le littoral du front Ouest. Du nord des Pays-Bas à la frontière espagnole.
Un Mur destiné à empêcher tout débarquement allié dans le dos des armées allemandes engluées dans le bourbier russe depuis juin 1941.
A la veille du débarquement en Normandie, en juin 1944, le Mur est bien loin d’être achevé. Cependant, ce fameux jour J, il sera à l’origine de pertes effroyables au sein des rangs alliés. A Omaha Beach, dans le secteur américain, les troupes perdront sur les plages plus de 3.000 hommes ce jour-là.

 Cet album didactique alterne textes historiques, photos d’époque et planches de bande dessinée de grande qualité pour faire découvrir aux lecteurs tous les aspects liés à cette organisation colossale. La construction des casemates, la vie quotidienne des troupes stationnées le long du littoral ou la technique du camouflage, parfaitement maîtrisée par les Allemands qui savaient transformer un bunker en paisible ferme ou villa de bord de mer, avec fausse cheminée, toit peint de façon réaliste et même présence de bétail pour faire plus réaliste.

Des vues en coupe permettent de pénétrer au sein de ces casemates  de fer et de béton. Soulignons aussi la couverture de l’album, tout simplement superbe d’intensité. (voir ci-contre)

Selon les auteurs, « on estime que l’organisation Todt, responsable de l’édification du Mur, a eu recours à 450.000 ouvriers pour ériger ce système de défenses. De 1942 à 1944, les Allemands vont utiliser plus de 17 millions de tonnes de béton et plus d’un million de tonnes d’acier. »
L’album se termine par l’inventaire des redoutables pièges préparés par l’armée allemande pour causer le maximum de pertes aux armées d’invasion alliées. Effroyablement efficaces le jour J.
Et si vous éprouvez l'envie d’aller voir sur place à quoi ressemblait ce Mur, une sélection de sites conservés invite au voyage. De nombreux musées ont vu le jour sur place et permettent de se remettre dans l’ambiance.

Il n’est d'ailleurs pas forcément nécessaire de se rendre en Normandie pour retrouver ce fameux Mur. A quelques dizaines de kilomètres de la frontière franco-belge se trouve le musée de la batterie Todt, à Audinghen. Il permet d’admirer une série de bunkers intacts mais aussi une pièce unique en Europe : un gigantesque canon de 280 mm allemand, monté sur une voie ferrée et capable de bombarder l’Angleterre.
Encore plus proche, à Oostende, le domaine de Raversijde, préservé par le prince Charles, présente une partie du Mur de l’Atlantique restauré tel qu’il était en 1943 lors de la visite de Rommel. Une visite de plus de 90 minutes dans un décor authentique.

 En complément de cet album historique, Casterman publie également « Les enfants du bunker », la deuxième histoire des aventures de Guy Lefranc publiée depuis la disparation de Jacques Martin.

Les-enfants-du-bunker-casterman-10-40- Une histoire tragique, plus adulte que d’habitude qui met en scène Jean-Jean, et non pas Guy Lefranc, en retrait. Une histoire qui débute comme une aventure de la Patrouille des castors mais qui se termine dans un climat fantastique avec des expériences de mort imminente et de fantômes.
Le cadre de l’histoire prend place en Basse-Normandie au sein d’un camp de scouts. Jean-Jean, l’ami de Lefranc va y vivre des expériences étranges et des rencontres avec des revenants, marqués par les événements subis par cette région en 1944. Une atmosphère surnaturelle flotte en permanence sur « Les enfants du bunker » au point d’ »obliger » le lecteur à  recommencer la lecture pour saisir toutes les subtilités de cet album au doux parfum de…violette.

 Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 “Le Mur de l’Atlantique”. Collection Les voyages de Lefranc. Par Olivier Weinberg et Jacques Martin. 56 pages. 12,90 euros. Editions Casterman

 « Les enfants du bunker ». Tome 22 des aventures de Guy Lefranc. Alain Maury/Michel Jacquemart/Jacques Martin. 48 pages. 10,40 euros. Editions Casterman

 Couvertures : éditions Casterman

Posté le 16 mai 2011 par Philippe Degouy 1 réactions | Réagir

« Le vétéran. Onze ans dans les camps »

D’accord, nombreux sont déjà les ouvrages relatifs à la barbarie nazie et aux collabos qui ont participé à sa mise en place.  Ce nouveau document publié aux éditions Fayard apporte cependant un nouvel éclairage sur la vie dans les camps de concentration allemands. Celui d’un prisonnier politique qui a passé onze ans de sa vie aux mains des barbares. Dachau, Buchenwald, Flossenbürg, Lichtenburg, Sachsenhause. Autant de noms de camps de concentration attachés à jamais à l’horreur.

Vétéran

Des camps dont l’origine remonte à 1933 dans une Allemagne qui expérimentait alors des méthodes d’élimination des « nuisibles ». Comme le souligne l’auteur, « rien n’était plus simple, ni plus facile que de trouver le chemin menant à un camp de concentration allemand. Le moindre soupçon, la moindre critique permettait d’arracher un individu à sa famille, à son travail, à son existence. » C’est ce qui est arrivé à Carl Schrade, citoyen suisse d’origine allemande, en mai 1934 à la suite de réflexions défavorables aux nazis lancées à voix haute dans un espace public.
Comme l’écrit le professeur Fabrice d’Almeida dans sa préface, « le livre de Carl Schrade représente le chaînon manquant dans l’histoire des camps. Aucun détenu n’a vécu et décrit l’évolution du système sur quasi toute sa durée. Et tout cela à cause de quoi ? De quelques déclarations politiques. »

Le témoignage de Carl Schrade ressemble à celui d’un journaliste. Il décrit ce qu’il voit autour de lui, comme un reporter enfermé parmi les victimes. Brimades, exécutions, mauvais traitements médicaux, tout est raconté. Froidement. Simplement. «Dès son arrivée au camp, l’interné est tellement secoué, battu, éreinté, qu’en peu de temps, il deviendra ce que ses anges gardiens veulent obtenir de lui en guise d’idéal : un automate obéissant. »

Au sein des camps, l'auteur occupe diverses activités, notamment comme secrétaire aux travaux d’écriture relatifs aux prisonniers. Sa description des premiers instants de prisonnier est terrifiante. « Lorsque les nouveaux arrivent au camp, ils sont tout d’abord conduits aux bains-douches. Là, tous leurs vêtements leur sont retirés. On leur prend évidemment aussi tout ce qu’ils possèdent, argent, photos, montres, bijoux etc. Ils sont tondus de la tête aux pieds puis on les conduit au magasin d’habillement. Ce sont alors des zébrés que l’on reçoit au block ou habillés de vieux vêtements civils marqués devant et derrière des grosses majuscules infâmantes K.L. (Konzentration-Lager, camp de concentration). »

 Un sacré voyage au bout de la nuit concentrationnaire. Malgré sa terrible expérience, Carl Schrade s’en est sorti. Des millions de prisonniers n’ont pas eu sa chance de pouvoir connaître la fin de la guerre.

 Son livre, bouleversant, se lit d’une traite. Impossible d'ailleurs de le refermer avant son dénouement. Plus puissant qu’un ouvrage rédigé par un historien, ce livre, écrit simplement, se veut le témoignage vécu d’un prisonnier qui rédige comme il parle. Sans volonté d’enjoliver son rôle. Son récit n’est pas davantage un récit de haine vis-à-vis de ses anciens gardiens. Schrade a préféré donner une tournure plus positive pour l’humanité. « Quelles que soient les circonstances et les contraintes, il existe la possibilité d’agir en humaniste et de préserver les sentiments les plus élevés de la nature humaine. »

 Carl Schrade est mort en 1974. Son manuscrit, laissé en dépôt de longues années chez un ami résistant, se voit enfin publié aux éditions Fayard.  Un choc.

 « Mon expérience de vétéran me créait le devoir de coucher noir sur blanc ce dont j’avais été témoin. » (Carl Schrade)

 Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

 “Le vétéran. Onze ans dans les camps de concentration ». Par Carl Schrade. Editions Fayard. 20 euros. 362 pages.

 Couverture : éditions Fayard

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