L’ENB, c’était la Belgique qui gagne
Pendant les années 50 et 60, les voitures jaunes de l’Ecurie nationale belge (ENB) ont porté haut les couleurs de la Belgique sur tous les circuits d’Europe. Il était temps qu’un livre évoque cette formidable épopée.
Pour les jeunes générations, l’Ecurie nationale belge (ENB) n’évoque sans doute pas grand-chose. Et pourtant, pendant 11 saisons, de 1951 à 1962, des voitures de course peintes en jaunes ont porté haut les couleurs de la Belgique, que ce soit en Formule 1 ou dans les grandes courses d’endurance comme les 24 heures du Mans.
C’est cette épopée que retracent Christophe Gaascht et Claude Yvens, deux Verviétois passionnés et érudits de sport automobile. Au terme de sept années de travail, ils proposent un ouvrage exhaustif sur le sujet. Pour l’occasion, ils se associés à l’artiste-éditeur Benoît Deliège, qui agrémente l’ouvrage de plusieurs lithographies des célèbres voitures jaunes.
L’ENB est née de la volonté de Pierre Stasse, directeur du journal « Les Sports » qui, avec la Belgian Shell comme principal soutien, a permis à toute une génération de pilotes belges de s’illustrer sur les meilleures voitures de l’époque, Ferrari et Jaguar principalement. Willy Mairesse, Olivier Gendebien, Paul Frère, John Claes, Lucien Bianchi ont tous roulé à un moment ou un autre de leur carrière pour l’ENB.
Parallèlement l’importateur Ferrari en Belgique, Jacques Swaters (décédé en décembre 2010), créait en 1952 son «Ecurie Francorchamps». Celle-ci alignait également des bolides jaunes, ce qui n’allait pas sans susciter une certaine confusion auprès du public. Entre Stasse et Swaters, les relations étaient souvent tendues. Au point que Shell a dû de temps à autre intimer les deux fortes têtes à unir leurs efforts, compte tenu des moyens limités mis à disposition.
La gloire au Mans
Mais c’est sans conteste aux 24 heures du Mans que l’ENB a enregistré ses plus beaux résultats : troisième en 1955 (l’année de l’accident qui a tué 82 spectateurs), quatrième en 1956 et troisième à nouveau en 1957, chaque fois sur Jaguar Type-D. Bien sûr, comme il s’agissait d’une équipe d’amateurs, la préparation et l’organisation n’était pas toujours du niveau des équipes d’usine. A cela s’ajoutent des choix techniques pas toujours judicieux, comme le moteur Maserati (au lieu du Climax anglais) pour équiper la monoplace Emeryson en 1961. Mais c’est l’enthousiasme qui primait.
L’ouvrage de Gaascht et Yvens est à recommander à plus d’un titre. D’abord, il restitue une époque bénie du sport automobile où on ne se prenait pas trop au sérieux. Le revers de la médaille, c’étaient les accidents, nombreux et souvent aux conséquences dramatiques en raison de l’absence totale de protection des pilotes et des spectateurs. Enfin, les auteurs livrent quantité d’anecdotes sur les courses et les pilotes belges qui y participaient. Au point que même ceux qui croyaient bien connaître le sport automobile de l’après-guerre peuvent être assurés d’apprendre encore une foule de choses.
Vers le milieu des années 60, la professionnalisation croissante du sport sonnera le glas pour ces amateurs éclairés. Mais ils seront efficacement relayés par un jeune prodige nommé… Jacky Ickx, qui portera les couleurs belges bien plus haut encore sur tous les circuits du monde.
Jean-Paul Bombaerts
«ENB, l’étonnante aventure de l’Equipe nationale belge», Christophe Gaascht et Claude Yvens, éd. Benoît Deliège, 288 pages, 250 photos et dessins, 59 euros.

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