Après une première édition publiée en 2006 et rapidement épuisée, l’ouvrage « V1, l’arme du désespoir » rédigé par Yannick Delefosse entame une deuxième vie aux éditions Lela Presse. Il ne s’agit nullement d’une réédition mais d’une refonte de l’ouvrage sur base de nouveaux documents, de nouvelles études. Et force est de constater qu'il constitue sans doute l’étude de langue française la plus complète sur le sujet. Fruit de la culture encyclopédique de l’auteur et de son travail de recherche sur le terrain avec ses reportages sur les sites de lancement, devenus un patrimoine historique à préserver.
Un travail résumé dans ces 384 pages consacrées au génie machiavélique des scientifiques allemands. Parmi les chapitres du livre, le lecteur découvre ainsi l’historique de cet engin aux multiples surnoms (dont « corneille », le plus réaliste au vu de la situation de l’Allemagne en 1944), l’histoire du centre de recherche de Peenemünde, les multiples phases de lancement, les différentes versions, les peintures de camouflage ou la visite de vestiges toujours visitables par l’amateur de patrimoine militaire. De nombreux plans et clichés, en couleur ou en noir et blanc parsèment également l’ouvrage. De quoi régaler les maquettistes qui trouveront là source d’inspiration.
Une arme de représailles 1 (V1) conçue puis rendue opérationnelle pour venger les bombardements anglo-saxons sur les villes allemandes : Lübeck, Cologne mais aussi et surtout Hambourg et Dresde.
Comme l’explique l’auteur, « entre avril 1942 et le 8 mai 1945, 1.350 000 tonnes de bombes furent déversées en Allemagne (soit 50% du tonnage de bombes), faisant 600.000 morts et 780.000 blessés. Sans oublier les monuments artistiques rasés et les 25 millions de livres brûlés.» Un pays qui a échappé de peu au bombardement atomique, un moment envisagé, ainsi qu’à l’attaque bactériologique souhaitée en août 1944 par Churchill. 500.000 bombes à l’anthrax avaient été commandées aux Etats-Unis révèle l’auteur. Qui démonte, preuves à l’appui, l’efficacité de ces raids de bombardement intensifs. « Les raids de terreur ont été le plus grand échec de cette guerre. Non seulement ils ont soudé les Allemands autour de leurs dirigeants mais en plus, ils n’ont pas empêché l’obligation de mener des campagnes terrestres. » Une erreur qui sera répétée encore et encore dans les conflits futurs. En Corée, au Vietnam, en Irak et en Afghanistan.
Le premier tir complet du Fi 103 (le nom officiel du V1) a lieu le 24 décembre 1942. Charmant cadeau de Noël pour l’humanité !
Le mardi 13 juin 1944, à 03h50, le premier V1 opérationnel est lancé sur l’Angleterre et marque le début d’une longue série de raids de saturation. Entre 32.600 et 32.800 V1 ont été construits sur les 60.000 exemplaires envisagés. Deux campagnes de tirs ont eu lieu vers les objectifs alliés. Du 12 juin au 1er septembre 1944, 8617 V1 ont été catapultés contre 12 263 lancés durant l’offensive de l’hiver 1944-1945.
La Belgique ne sera pas épargnée avec des attaques sur Anvers (8696 tirs) , Bruxelles (151) ou Liège (3141).
Au moment de dresser le bilan des offensives V1, il reste à savoir si les Alliés ont gagné la guerre contre ces avions sans pilote. La réponse est à nuancer avec une tendance nettement négative. Comme l’explique Yannick Delefosse. D’un point de vue économique, il faut mettre les chiffres à plat. « Le V1 coûtait dix fois moins cher que le V2, qui lui-même avait un prix de revient 30 fois inférieur à celui d’un bombardier lourd allié, y compris les bombes et la formation de l’équipage. Soit un rapport de 1 à 300. Intenable à long terme. » Et « chaque chasseur détruit dans la lutte contre les V1 nécessitait 12.000 heures de construction contre 250 pour un V1. » Sans parler du coût humain. La perte d’un V1 ne provoquait pas la mort d’un pilote. Pour tenter d’endiguer le flux des lancements de ces bombes volantes, quelque 100.000 tonnes de bombes ont été larguées sur les sites de lancement au cours de l’opération Crossbow pour le prix de 443 avions et 2924 aviateurs perdus. L’auteur démonte aussi quelques clichés, comme celui du procédé de basculement des V1 par l’aile des chasseurs alliés. Les cas vérifiés se comptent sur les doigts de la main.
En résumé, «comme bombe volante, le V1 est arrivé six mois trop tard pour gêner les préparatifs de l’invasion et modifier le cours de la guerre à l’Ouest, mais comme missile, il est arrivé trop tôt, beaucoup trop tôt. »
Philippe Degouy
“V1, l’arme du désespoir”. Par Yannick Delefosse. Collection Histoire de l’aviation n°29. Editions Lela Presse. 384 pages. 55 euros.
Couverture : éditions Lela Presse
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