« 11 septembre 2001. Le jour du chaos »
« Où étiez-vous ce jour-là ? Que faisiez-vous quand vous avez appris la nouvelle ? » Deux questions souvent posées à propos de deux événements historiques, la mort de Kennedy ou la mission Apollo 11 de juillet 1969, et qui resteront également à jamais liées à l’une des plus grandes tragédies connues par l’humanité. Ce 11 septembre 2001, jour maudit quand des islamistes ont jeté des avions sur des cibles civiles et militaire américaines.
Beaucoup de livres, des bons comme des mauvais, ont déjà été publiés sur le sujet. Ce dixième anniversaire sera sans doute celui de la sortie d’une nouvelle livraison. Parmi les nouveautés annoncées, l’ouvrage de Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis, et de Dominique Simonnet, journaliste, sort du lot. Les auteurs ont pu avoir accès aux archives déclassifiées pour écrire un livre (publié aux éditions Perrin) construit comme le plus poignant des thrillers. Un scénario que personne n’aurait jamais pu publier. Trop peu crédible. « Qui pouvait imaginer en effet que des êtres humains puissent réaliser une entreprise aussi fondamentalement décivilisée ? C’est précisément parce cet acte était impensable que l’Amérique n’a pu le prévenir. Ce jour-là, l’intégrisme islamiste nous a ramenés aux temps obscurs des dévots criminels et frustrés. Ce jour-là, une nouvelle forme de guerre s’est déclarée avec des ennemis masqués qui frappent les civils et n’ont rien à négocier, et surtout pas la paix. »
L’ouvrage retrace les événements de la journée heure par heure et parfois minute par minute en multipliant les angles. Afin de pouvoir constituer une vue d’ensemble de ce jour de folie. Au fil des pages défilent à nouveau devant nos yeux ces clichés que personne ne pourra jamais oublier : ces tours qui explosent sous l’impact d’avions de ligne puis s‘écroulent dans un nuage dévastateur de poussière grise. Ces civils, coincés par les flammes qui préfèrent se jeter dans le vide pour éviter d’être carbonisés vivants.
Les auteurs retracent ces scènes horribles comme celle vécue par les rescapés des tours et qui découvrent en sortant à l’air libre une vision d’enfer : « un amas de débris de toute nature, des blocs de pierre et d’acier, des fragments d’avion, des restes humains. Et toujours, des coups sourds, l’impact des corps qui s’écrasent au sol. »
Jamais le terme chaos n’a été aussi bien choisi pour titrer un livre. Car tel est le cas lorsque le premier avion frappe le World Trade Center en début de matinée. Les responsables du transport aérien pensent d’abord à un accident. La maladresse d’un pilote imbécile.
De leur côté, les militaires pensent qu’il s’agit d’un exercice prévu de longue date et demandent plusieurs fois si « c’est réel ». Une attaque d’envergure qui les laisse désemparés devant cet événement unique. « Car il n’existe aucun plan de riposte pour faire face à une attaque aérienne contre les Etats-Unis. D’où viendraient les avions ? Personne n’a jamais imaginé que la menace viendrait de l’intérieur, au moyen d’avions civils transformés en missiles. »
« 09h13. Pendant que New York est en feu et que des êtres humains se jettent dans le vide, que fait le président des Etats-Unis ? Figé sur une chaise, dans une salle de classe de Floride, il écoute une histoire de chèvre apprivoisée. » Ce jour-là, l’ignoble se partage avec l’absurde.
Avec également des pointes de surréalisme. Comme cette conversation tenue entre le président et ses parents en fin d’après-midi et rapportée par les auteurs. « A 16h55, le président demande à ses parents où ils sont. Dans un petit motel de Brookfield, Wisconsin, répond sa mère. Mais qu’est-ce que vous fichez là-bas ? demande le président. Mon fils répond Barbara Bush, tu as obligé notre avion à se poser en catastrophe. Comme les 4.000 autres appareils en vol, celui des parents Bush a été contraint d’atterrir. »
Des questions sans réponses
De temps en temps, les auteurs mettent le récit sur pause, le temps de se poser des questions existentielles pour lancer la réflexion au sein des lecteurs. « Qui peut dire ce qui se passe dans la tête de ces jeunes fanatiques ? Quels sentiments les animent ? La haine, la peur ? L’orgasme de la mort… Est-ce cette pulsion, ce mélange de fanatisme et de frustration qui les a conduits à trancher la gorge de jeunes hôtesses de l’air d’un coup de cutter et qui les décide à précipiter des hommes, des femmes et des enfants dans l’horreur ? »
Des pauses pour se poser des questions, mais également pour mettre le doigt sur les nombreux dysfonctionnements qui ont mené à ce drame au sein des agences de renseignements et qui ont causé la mort inutile de victimes. Sur place, devant les tours en flammes, les policiers et les pompiers disposaient de matériel de radio aux fréquences différentes.
Une rivalité entre départements qui a coûté cher. Trop cher pour les dizaines de pompiers et de policiers qui n’ont pas entendu les appels d’évacuation des tours et qui sont morts ensevelis.
Et pendant que le président passe la journée dans son Air Force One, loin de New York et de Washington, un homme entre dans l’histoire de New York : le maire de la ville, Rudolf Giuliani. Jusqu’à l’épuisement il va s’activer sur les lieux de ce drame new yorkais qui devient à jamais « Ground zero », le lieu de la dévastation. Non loin de Big Apple, à bord du vol 93, des passagers prennent le contrôle de l’avion et obligent les terroristes à s’écraser dans un champ.
Avec la publication des enregistrements des passagers, les auteurs arrivent à rendre le récit aussi dramatique que la situation vécue par les victimes.
Seul reproche à faire aux auteurs, cet usage constant du mot kamikaze dans le récit et qui constitue pour tout historien une insulte à la mémoire de ces pilotes japonais qui se sont sacrifiés (en vain) en se jetant sur des navires de guerre lors des derniers mois du dernier conflit mondial pour retarder la défaite.
« Pour George W. Bush, la journée du 11 septembre 2001 s’achève comme elle a commencé. Ce matin, il courait en short dans l’obscurité. Ce soir, il a couru en short dans les couloirs de la Maison-Blanche. Toute la journée, George Bush aura couru dans le noir. »
Dix ans après, « un mémorial a été construit sur le site du WTC. Deux fosses profondes délimitent l’ancien emplacement des tours jumelles, au fond desquelles s’inscrivent les noms des 2749 disparus du 11 septembre. »
Et dire que ce mardi promettait d’être une belle journée de fin d’été avec son ciel d’azur. Mais les promesses de l’aube sont rarement tenues.
Philippe Degouy
« 11 septembre. Le jour du chaos. Minute par minute. Au cœur du pouvoir américain. » Par Nicole Bacharan et Dominique Simonnet. Editions Perrin, 335 pages, 21 euros environ.
Couverture : éditions Perrin

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