«Bruxelles fait son cinéma»
D’accord. Bruxelles n’a ni le climat de Los Angeles, ni son décor de rêve. Mais la ville dispose néanmoins
d'atouts indéniables qui attirent les cinéastes belges ou étrangers.
Notre capitale possède en effet la particularité de pouvoir incarner à l’écran une ville anonyme, indéfinie ou au contraire celle de pouvoir exposer sa belgitude. Comme le souligne également le critique de films Henri Sonet dans l’introduction : «si les cinéastes étrangers s’efforcent de désigner la ville et de la faire reconnaître, leurs collègues belges auraient plutôt tendance à la cacher ou plutôt à vouloir en donner une image différente en choisissant des quartiers moins fréquentés. »
Professeur de littérature et de langues latines dans une haute école de la ville, Georges Lebouc s’est ensuite reconverti dans l’écriture, une autre de ses passions avec le cinéma. Le grand écran pour qui il a animé des ciné-clubs et rédigé des critiques dans des magazines spécialisés.
Avec "Bruxelles fait son cinéma" (publié aux éditions 180°) Georges Lebouc dresse un résumé de l’activité cinématographique de Bruxelles avec une sélection d’une soixantaine d’œuvres qui ont été tournées entièrement ou en partie à Bruxelles. L’occasion est belle de voir ou revoir des classiques. Comme « La rupture », « M. Hire », « Préparez vos mouchoirs » (avec le jeune acteur belge Riton qui n’a hélas pas connu le succès mérité), « L’étoile du Nord », « Rue Haute » ...
Des curiosités sont également présentes. Comme le film d’André Delvaux, « Belle », hommage au peintre Paul Delvaux avec la représentation des gares (ici celle de Watermael-Boitsfort) et de la nudité féminine.
Curieux aussi ce film de Boris Szulzinger, « Les tueurs fous », tourné dans la Forêt de Soignes et quasiment « le premier film sur les tueurs en série. » A voir également sa parodie hilarante des films de vampires, « Mama Dracula. » Pour chaque entrée dans le guide, l'auteur présente anecdotes et critiques. Avec humour et érudition.
Un hommage particulier est rendu à Jerzy Skolimowski qui « fut l’un des premiers cinéastes à utiliser tous les coins de Bruxelles avec son film « Le départ » (1967).
Des films et des lieux
Outre cet échantillon de films qui permettra de découvrir des pépites méconnues, l’auteur présente également les lieux qui font de Bruxelles une capitale digne d’un grand festival à l’aura internationale. Mais force est de constater que de nombreuses manifestations consacrées au cinéma ont déjà largement dépassé nos frontières et même celles de l’Europe.
Comme le « Festival du dessin animé et du film d’animation » ou le « Festival international du Film fantastique de Bruxelles ».
Une ville qui conserve en de nombreux endroits des vestiges de l’âge d’or du cinéma bruxellois. Avec des salles restées « historiques » pour les bruxellois. Comme la grande et magnifique salle de l’UGC place de Brouckère qui a échappé à la démolition. Quant au Kinepolis du plateau du Heysel, « il fut à sa création le plus grand complexe mondial avec ses 25 salles. »
A voir également, le monument Joseph Plateau situé rue…Joseph Plateau à 1000 Bruxelles. Peu connu du grand public mais représentatif du premier siècle du cinéma, Plateau découvrit le principe de la persistance rétinienne et inventa le phénakistiscope dont vous trouverez l’explication dans l’ouvrage.
Cinéma. Comme aurait pu le chanter Jacques Brel dans sa chanson « L’enfance », le cinéma, c’est comme « l’enfance, c’est encore le droit de rêver. Et le droit de rêver encore. »
Philippe Degouy
« Bruxelles fait son cinéma. Lieux de tournages, cinémas oubliés, cadres insolites. » Textes de Georges Lebouc. Photographies de Laurent Poma. 180° éditions. 132 pages. 19 euros.
Photo : 180° éditions

Réactions