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septembre 2011

Posté le 28 septembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“11 septembre. New York”

Photographe freelance, Jean-Michel Turpin fut l’un des premiers reporters à pouvoir accéder à la scène de crime du 11 septembre à New York, désormais connue sous le nom de Ground Zero.

« 14 septembre 2001. Non loin de Times Square. Seul, debout, devant un public invisible, un Noir pleure du Miles Davis dans son saxophone. Il joue pour toute la ville. Ce sera ma première photographie, celle qui me guidera. Je n’irai pas à Ground Zero. Je préfère rester près des New-Yorkais, être le témoin de leur souffrance, partager cette tragédie avec eux et tenter de comprendre comment ils appréhendent ce désastre que la planète a suivi en direct. » Par cette explication, l’artiste résume son travail de mémoire publié dans cet album aux éditions de la Martinière.
Turpin Un ensemble cohérent de clichés essentiellement en noir et blanc qui incarnent l’émotion de toute une ville.
Le photographe a joué la carte de l’humain pour ne pas reproduire ces images de décombres, vues et revues ad nauseam et a voulu donner un visage à cette abomination. Celui des New-Yorkais, tous réunis autour du drapeau national devenu  symbole de la résistance face à l’ennemi et trait d’union entre tous les Américains. Blancs, Noirs, Jaunes, chrétiens, musulmans…

Une ville habituellement individualiste qui s’est transformée en mémorial géant avec des lieux de cultes improvisés autour de ces affichettes qui illustrent la photo des disparus (missing) avec un numéro de téléphone comme ultime espoir. Ces hommes et femmes, évaporés en quelques minutes un matin lumineux de septembre et qui figurent sur les photos prises par le photographe.
« Peu à peu, les Tours du WTC perdent leur anonymat. Elle était secrétaire, il était cadre, lui trader, lui agent d’entretien. Ils se retrouvent placardés les uns près des autres, réunis dans la même souffrance. »
Ailleurs dans la ville, le photographe immortalise la douleur des pompiers qui ont payé un lourd tribut ce 11 septembre avec leurs 343 disparus.  Des portraits réalisés avec pudeur et discrétion et magnifiés par le noir et blanc. Bel hommage à ces héros des temps modernes aux yeux rougis par les larmes et au visage fermé par la perte d’un ami, d’un frère d’armes. « Chaque camion de pompiers croisé est accueilli par des applaudissements. On les acclame, on les embrasse. Héros malgré eux, ils restent prostrés dans leur mutisme. »

Et tandis que débutent les chants de guerre quelques semaines après la catastrophe, le photographe se mélange à la foule qui manifeste son refus d’une nouvelle guerre qui risque d’entraîner l’Amérique.  En vain, la haine est trop dure à contenir. Quelqu’un doit payer pour cette attaque.

Revenu à New York 10 ans après la tragédie, l’auteur de ce très bel album de souvenirs souligne le climat d’apaisement qui semble désormais guider la ville. « Dix ans après, les New-Yorkais peuvent faire leur deuil. Justice est faite. Oussama ben Laden a été tué. Le terroriste responsable du meurtre de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Même si ce n’est pas la fin du terrorisme, c’est un nouveau départ pour New York ».

 Philippe Degouy

 “11 septembre. New York. » Photographies de Jean-Michel Turpin. Editions de la Martinière. 29,90 euros. 160 pages.

 Couverture : éditions de la Martinière

Posté le 27 septembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“La dernière séquence” (BD)

Après l’album « Les films du dimanche soir », le duo Chanoinat/Da Costa poursuit sur sa lancée avec « La dernière séquence » (publié également aux éditions 12 bis).
DERNIERESEQUENCE Un nouvel album dédié cette fois aux légendes du cinéma américain. Celles qui occupaient le haut de l’affiche dans les années 50-70.
Et force est de constater que le casting avait de quoi faire rêver tout bon réalisateur.
Steve McQueen, Charles Bronson, John Wayne, Marlon Brando, William Holden, Lee Marvin … Comme le disent les auteurs, « de quoi calmer les velléités de certains acteurs (français ou américains) qui , après trois navets et un demi-succès commercial, pensent qu’ils sont les nouveaux grands du cinéma. »

Sans parler des 22 films choisis et dans lesquels jouent ces VIP du cinéma US. Quelques titres sélectionnés au hasard des pages : « Le Parrain », « Rio Bravo », "Les 7 mercenaires" (couverture), « La nuit du chasseur », « Alamo », « Guet-Apens », « La Horde sauvage »…  Rien de bien neuf certes, mais des films qui méritent à coup sûr une rediffusion.
Une sélection qui dévoile aussi un net penchant des auteurs pour les films d’action. On ne donne pas ici des matinées enfantines. Et les films d’auteur n’ont pas leur place.
A la fois album de caricatures (très réussies sous la plume experte de Charles Da Costa) et anthologie de chroniques dédiées aux classiques du cinéma, l’album mélange sans honte anecdotes amusantes, éléments biographiques et traits d’humour distillés par Philippe Chanoinat: "Dean Martin, une décontraction naturelle à faire passer Paul Meurisse pour un excité."

Avec comme résultat final un album qui se lit avec plaisir malgré quelques petites erreurs. Ainsi Stuart Whitman dont l’ouvrage salue la prestation dans « La grande évasion » n’a jamais joué dans le film. Une petite confusion avec « La dernière évasion » de Walter Grauman (1970) dans lequel il figure effectivement au générique.
A noter cependant, l’absence (inexpliquée et inexplicable) de la dernière star du cinéma US encore en activité : Clint Eastwood. Ce qui ne manquera pas de faire bondir les fans de la star.
Alors, soit les auteurs n’aiment pas Eastwood (et ils seraient bien les seuls), soit cet album est dédié aux stars défuntes.
Ceci dit, ne boudons pas le fruit d’une passion pour le cinéma de papa qui a conservé de beaux restes.

 Philippe Degouy

 «La dernière séquence ». Dessins de Charles Da Costa et scénario de Philippe Chanoinat. Editions 12 bis. 54 pages. 10,50 euros

 Couverture : éditions 12bis

Posté le 27 septembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Une nuit de pleine lune” (BD)

Quand l’actualité sordide inspire les auteurs de BD….

Quelques jeunes petites crapules décident de s’offrir des rêves d’oisiveté à bon compte en s’en prenant à un couple de retraités vivant dans une demeure isolée dans la campagne. Les victimes sont âgées, donc fragiles, faciles à attaquer. Et riches. La cible idéale. « On traite avec des bourges, et les bourges, ça tombe au premier coup de vent. Pouvez me croire, ils joueront pas leur vie pour un peu de fric » souligne l’un des malfrats.
Sauf que parfois, la victime choisie cache au fond d’un tiroir un terrible secret venu du passé et qu’il aurait mieux valu ne jamais découvrir. Il n’avait pourtant pas l’air dangereux le père Boisseau avec ses petites lunettes…. Non, mais il ne fallait pas exécuter sa femme, ni faire ressurgir son goût pour le sang.

Force est de constater que l’on referme l’album quelque peu troublé par ce déchaînement de violence entretenu dès le début par ces fripouilles au comportement peu assuré et aux troubles comportementaux. Le soleil qui inonde les premières cases de l’album n’est qu’un rideau fragile qui va se déchirer très rapidement. Pour plonger le lecteur dans la sinistre obscurité de ce manoir isolé, décor rêvé pour une danse macabre où les victimes et les bourreaux vont échanger leurs rôles.

Les auteurs, Hermann et Yves H. (son fils qui s’est fait un prénom dans le domaine du scénario) ont réussi avec « Une nuit de pleine lune » (publié chez Glénat) à mettre sur pied un album classique qui devrait plaire aux amateurs de polars glauques et d’ambiance lourde et poisseuse comme le sang versé.

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Difficile d’échapper au découpage dynamique qui empêche de décrocher avant la fin. Brutale et qui laisse le lecteur seul face à une scène finale d’une grande cruauté. On imagine sans peine cette histoire de vengeance entre les mains d’un Quentin Tarentino.
Des scènes violentes (nombreuses) qui obligent à réserver cet album à un public averti.

 « Lors des nuits de pleine lune, parfois les chats se transforment en tigres. »

 Philippe Degouy

 « Une  nuit de pleine lune ». Dessins réalisés par Hermann. Scénario d’Yves H. Editions Glénat. 56 pages.

Couverture : éditions Glénat

Posté le 27 septembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Bruxelles fait son cinéma»

D’accord. Bruxelles n’a ni le climat de Los Angeles, ni son décor de rêve. Mais la ville dispose néanmoins
d'atouts indéniables qui attirent les cinéastes belges ou étrangers.
Notre capitale possède en effet la particularité de pouvoir incarner à l’écran une ville anonyme, indéfinie ou au contraire celle de pouvoir exposer sa belgitude.  Comme le souligne également le critique de films Henri Sonet dans l’introduction : «si les cinéastes étrangers s’efforcent de désigner la ville  et de la faire reconnaître, leurs collègues belges auraient plutôt tendance à la cacher ou plutôt à vouloir en donner une image différente en choisissant des quartiers moins fréquentés. »

Professeur de littérature et de langues latines dans une haute école de la ville, Georges Lebouc s’est ensuite reconverti dans l’écriture, une autre de ses passions avec le cinéma. Le grand écran pour qui il a animé des ciné-clubs et rédigé des critiques dans des magazines spécialisés.

BruxellesCinema
Avec "Bruxelles fait son cinéma" (publié aux éditions 180°) Georges Lebouc dresse un résumé de l’activité cinématographique de Bruxelles avec une sélection d’une soixantaine d’œuvres qui ont été tournées entièrement ou en partie à Bruxelles.  L’occasion est belle de voir ou revoir des classiques. Comme « La rupture », « M. Hire », « Préparez vos mouchoirs » (avec le jeune acteur belge Riton qui n’a hélas pas connu le succès mérité), « L’étoile du Nord », « Rue Haute » ...
Des curiosités sont également présentes. Comme le film d’André Delvaux, « Belle », hommage au peintre Paul Delvaux avec la représentation des gares (ici celle de Watermael-Boitsfort) et de la nudité féminine.  
Curieux aussi ce film de Boris Szulzinger, « Les tueurs fous », tourné dans la Forêt de Soignes et quasiment « le premier film sur les tueurs en série. » A voir également sa parodie hilarante des films de vampires, « Mama Dracula. » Pour chaque entrée dans le guide, l'auteur présente anecdotes et critiques. Avec humour et érudition.

Un  hommage particulier est rendu à Jerzy Skolimowski qui « fut l’un des premiers cinéastes à utiliser tous les coins de Bruxelles avec son film « Le départ » (1967).

 Des films et des lieux

 Outre cet échantillon de films qui permettra de découvrir des pépites méconnues, l’auteur présente également les lieux qui font de Bruxelles une capitale digne d’un grand festival à l’aura internationale. Mais force est de constater que  de nombreuses manifestations consacrées au cinéma ont déjà largement dépassé nos frontières et même celles de l’Europe.
Comme le « Festival du dessin animé et du film d’animation » ou le « Festival international du Film fantastique de Bruxelles ».
Une ville qui conserve en de nombreux endroits des vestiges de l’âge d’or du cinéma bruxellois. Avec des salles restées « historiques » pour les bruxellois. Comme la grande et magnifique salle de l’UGC place de Brouckère qui a échappé à la démolition. Quant au Kinepolis du plateau du Heysel, « il fut à sa création le plus grand complexe mondial avec ses 25 salles. »
A voir également, le monument Joseph Plateau situé rue…Joseph Plateau à 1000 Bruxelles. Peu connu du grand public mais représentatif du premier siècle du cinéma, Plateau découvrit le principe de la persistance rétinienne et inventa le phénakistiscope dont vous trouverez l’explication dans l’ouvrage.

 Cinéma. Comme aurait pu le chanter Jacques Brel dans sa chanson « L’enfance », le cinéma, c’est comme « l’enfance, c’est encore le droit de rêver. Et le droit de rêver encore. »

 Philippe Degouy

 « Bruxelles fait son cinéma. Lieux de tournages, cinémas oubliés, cadres insolites. » Textes de Georges Lebouc. Photographies de Laurent Poma. 180° éditions. 132 pages. 19 euros.

 Photo : 180° éditions

Posté le 26 septembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les Cent-Jours racontés par Napoléon

Les éditions Tallandier rééditent les mémoires de Napoléon, une première depuis plus de 100 ans. Le troisième et dernier volume traite de l’Île d’Elbe et des Cent-Jours, la fin d’une période mouvementée de l’histoire européenne.

Napoléon

Dans les dernières années de sa vie à Sainte-Hélène, Napoléon a dicté ses mémoires. Conscient du caractère exceptionnel de son destin, il ne voulait laisser à personne le soin de le raconter ou de l’interpréter.

Soigneusement composés, relus et corrigés par Napoléon en personne, ces mémoires constituent le point de vue du principal acteur de l’épopée sur plusieurs étapes importantes de son parcours. On comprend mal dès lors que cet ensemble n’ait plus été réédité depuis plus de cent ans.

C’est chose faite à présent grâce aux éditions Tallandier qui proposent au public les principaux morceaux des mémoires de Napoléon, vérifiés et officialisés par la Commission du Second Empire. Trois volumes sont au menu, dont le dernier à propos de l’Île d’Elbe des Cent-Jours, vient de sortir en librairie :

-          La première campagne d’Italie

-          La campagne d’Egypte

-          L’île d’Elbe et les Cent-Jours

Une œuvre inachevée

On remarquera que les mémoires portent sur le début et la fin de l’épopée napoléonienne. La plus grande partie du Consulat et l’Empire ne sont pas traités. Le prisonnier de Sainte-Hélène avait pourtant l’intention de s’y atteler, mais il n’en a pas eu le temps, puisque son séjour sur l’île n’a duré que 6 ans. De plus, il lui manquait la documentation – dont principalement son fameux Moniteur Universel - qui devait servir de base pour travailler sur cette période du milieu.

Napoléon n’était pas seul pour réaliser ses mémoires. Le captif avait été autorisé par les Britanniques à se faire accompagner par trois officiers et un secrétaire. Il avait choisi les généraux Bertrand, Montholon et Gourgaud, auxquels il a adjoint le conseiller d’Etat Las Cases. C’est à ces quatre personnes que l’Empereur dictait ses textes.

Après la mort de Napoléon, les quatre scribes ont ramené les manuscrits en Europe pour être édités en 1823 en 8 volumes en français et en anglais. Dans les années qui ont suivi, l’œuvre a été éditée en allemand, en suédois, en norvégien et en espagnol.

Chaque volume de la collection proposée par Tallandier est assorti d’une introduction signée par l’historien français Thierry Lentz. «Si l’Empereur donne évidemment sa vérité, s’il privilégie la cohérence de son parcours et se donne toujours le beau rôle, il ne modifie pas les faits, leur chronologie et leur déroulement», note Thierry Lentz. «Quant à ses interprétations, elles ne peuvent être stigmatisées : pourquoi lui refuserait-on de donner son avis et sa version, alors qu’on l’accepte de la part des autres témoins et, plus encore, des historiens de la période ?», interroge-t-il.

Un choc sans équivalent

S’agissant de ce dernier volume, Thierry Lentz rappelle que «dans l’histoire de France, le retour de l’Île d’Elbe, le désastre de Waterloo et ses conséquences furent un choc exceptionnel, sans équivalent jusqu’à la défaite de juin 1940». «Jusqu’à la guerre de Crimée, la diplomatie française ne put plus donner de la voix sans être sur-le-champ contrée par une Angleterre super-puissante et maîtresse du jeu international», poursuit l’historien.

Rapetissée, surveillée et vaincue dans sa grande ambition géopolitique, la France était aussi quasiment ruinée. Au second retour de Louis XVIII, l’arriéré se montait à 700 millions de francs. Le Traité de Paris y avait ajouté 700 millions d’indemnités et les années d’occupation qui suivirent représentaient 328 millions de frais d’entretien des troupes alliées. «En tout, il y en avait pour 2 milliards de francs, à une époque où le budget annuel de l’Etat était inférieur au milliard», rappelle Thierry Lentz.

Ceci étant, dans ses dictées, Napoléon ne se défend pas. C’est même le contraire : il attaque. De son point de vue, le retour de l’Île d’Elbe a été la réponse de l’empereur à «un appel de la nation». La campagne de Belgique a été perdue par la faute de maréchaux qui ont mal exécuté les ordres de l’empereur. Enfin, ce sont les traîtrises et les trahisons à l’intérieur et le désir de revanche des grandes puissances qui ont eu raison des «intentions pacifiques de l’empereur».

Jean-Paul Bombaerts

«Mémoires de Napoléon, tome 3: l’Île d’Elbe et les Cent-Jours», éditions Tallandier, 296 pages, 21,90 euros

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