“11 septembre. New York”
Photographe freelance, Jean-Michel Turpin fut l’un des premiers reporters à pouvoir accéder à la scène de crime du 11 septembre à New York, désormais connue sous le nom de Ground Zero.
« 14 septembre 2001. Non loin de Times Square. Seul, debout, devant un public invisible, un Noir pleure du Miles Davis dans son saxophone. Il joue pour toute la ville. Ce sera ma première photographie, celle qui me guidera. Je n’irai pas à Ground Zero. Je préfère rester près des New-Yorkais, être le témoin de leur souffrance, partager cette tragédie avec eux et tenter de comprendre comment ils appréhendent ce désastre que la planète a suivi en direct. » Par cette explication, l’artiste résume son travail de mémoire publié dans cet album aux éditions de la Martinière. Un ensemble cohérent de clichés essentiellement en noir et blanc qui incarnent l’émotion de toute une ville.
Le photographe a joué la carte de l’humain pour ne pas reproduire ces images de décombres, vues et revues ad nauseam et a voulu donner un visage à cette abomination. Celui des New-Yorkais, tous réunis autour du drapeau national devenu symbole de la résistance face à l’ennemi et trait d’union entre tous les Américains. Blancs, Noirs, Jaunes, chrétiens, musulmans…
Une ville habituellement individualiste qui s’est transformée en mémorial géant avec des lieux de cultes improvisés autour de ces affichettes qui illustrent la photo des disparus (missing) avec un numéro de téléphone comme ultime espoir. Ces hommes et femmes, évaporés en quelques minutes un matin lumineux de septembre et qui figurent sur les photos prises par le photographe.
« Peu à peu, les Tours du WTC perdent leur anonymat. Elle était secrétaire, il était cadre, lui trader, lui agent d’entretien. Ils se retrouvent placardés les uns près des autres, réunis dans la même souffrance. »
Ailleurs dans la ville, le photographe immortalise la douleur des pompiers qui ont payé un lourd tribut ce 11 septembre avec leurs 343 disparus. Des portraits réalisés avec pudeur et discrétion et magnifiés par le noir et blanc. Bel hommage à ces héros des temps modernes aux yeux rougis par les larmes et au visage fermé par la perte d’un ami, d’un frère d’armes. « Chaque camion de pompiers croisé est accueilli par des applaudissements. On les acclame, on les embrasse. Héros malgré eux, ils restent prostrés dans leur mutisme. »
Et tandis que débutent les chants de guerre quelques semaines après la catastrophe, le photographe se mélange à la foule qui manifeste son refus d’une nouvelle guerre qui risque d’entraîner l’Amérique. En vain, la haine est trop dure à contenir. Quelqu’un doit payer pour cette attaque.
Revenu à New York 10 ans après la tragédie, l’auteur de ce très bel album de souvenirs souligne le climat d’apaisement qui semble désormais guider la ville. « Dix ans après, les New-Yorkais peuvent faire leur deuil. Justice est faite. Oussama ben Laden a été tué. Le terroriste responsable du meurtre de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Même si ce n’est pas la fin du terrorisme, c’est un nouveau départ pour New York ».
Philippe Degouy
“11 septembre. New York. » Photographies de Jean-Michel Turpin. Editions de la Martinière. 29,90 euros. 160 pages.
Couverture : éditions de la Martinière

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