novembre 2011

Posté le 30 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Mouchons nos morveux ! »

Stop ! L’auteur en a assez ! De cette époque actuelle où l’enfant est roi. Pire encore, demi-dieu devant qui les adultes doivent s’incliner. L’enfant pleure? Lla faute des parents. Il cambriole une banque ? C’est la faute des parents. Il ne dit pas bonjour ? C’est la faute des parents.

Mouchons-nos-morveux-conseils-aux-parents-qui-ne-veulent-plus-se-laisser-marcher-sur-les-pieds-jean-louis-fournier-9782709638401« Révoltons-nous, mouchons nos morveux ! »Jean-Louis Fournier, dont on devine qu’il a au moins un enfant, n’y va pas de main morte dans son ouvrage. Le récit est insolent, souvent méchant avec une plume trempée dans le vinaigre pur. Mais très drôle.
Le ton est donné dès les premières pages de cet ouvrage publié aux éditions JC Lattès : « Pour la mère, le pire c’est pas l’accouchement dans la douleur. C’est après. Les trente années qui suivent. Avant qu’ils quittent la maison. Oui c’est vrai, c’est beau un bébé. Mais attention, le bébé qui gazouille peut devenir, à quinze ans, l’adolescent qui zigouille. »

Divers chapitres répondent en détails à des questions pratiques. Celles inévitablement posées par les futurs parents.  Enfant ou animal de compagnie, que choisir ? Que faire quand un bébé pleure la nuit ? Le conseil du psy : « on peut lui dire ta gueule. Ça ne sert à rien, mais ça soulage. » Comment abandonner ses enfants ? L’enfant est-il un bon placement ? Non explique l’auteur. « L’enfant est un placement à long terme sans intérêt dont on perd le capital au bout de trente années. »  Les enfants sont-ils plus malins que leurs parents ? Une fois encore c’est non ! « Les plus beaux arbres ne donnent pas forcément les plus beaux fruits. Regardez le chêne. Il donne des glands. »
D’autres nombreuses questions trouvent des réponses pratiques au fil des pages. Que faire quand un enfant de 30 ans s’incruste à la maison ? Doit-on prêter de l’argent aux enfants ….

Même si l’on sait que l’auteur force le trait, difficile de résister à ses traits d’esprit . On pense à du Desproges ou du Guy Bedos.

 « Tout cela c’était pour dire qu’on les aime bien, surtout quand ils s’en vont. »

Voulez-vous être aussi vicieux que son auteur ? Offrez donc le livre à de futurs parents.  Ou mieux, à de jeunes parents encore émerveillés par leur progéniture. Histoire de semer le doute ou de générer les remords.

 Et si vous avez aimé le livre, vous aimerez sans doute son adaptation au théâtre, « Tout enfant abandonné sera détruit ».

 Philippe Degouy

 “Mouchons nos morveux. Conseils aux parents qui ne veulent plus se laisser marcher sur les pieds. Par Jean-Louis Fournier. Editions JC Lattès. 15 euros. 196 pages.

 Couverture : éditions Lattès

Posté le 30 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Mans 2011: pour 13 petites secondes…

Malgré la perte de deux voitures dans des accidents effrayants, Audi s’est imposé d’un cheveu avec la seule voiture restante face à la meute des Peugeot lors des 24 heures du Mans en juin dernier. Pour revivre cette course haletante, rendez-vous dans l’annuel 2011 des 24 heures, qui vient de sortir de presse aux éditions belges Apach. C’est le cadeau que chaque amateur de sport automobile attend sous le sapin.

MANS2011Sur 250 pages agrémentées de quelques 800 photos, c’est la folle semaine du Mans qui défile: pesage, vérifications techniques, parade, course, podium, palmarès. Tout y est, tandis que les modélistes trouveront une documentation précise pour décorer leurs miniatures.

La partie historique est consacrée à l’œuvre du photographe Bernard Chotard, 83 ans, qui évoque ses souvenirs des 24 heures 1955, l’année du crash qui avait fait plus de 80 morts, ou encore le tournage du film Le Mans de Steve McQueen en 1970.

Plus que le récit d’une course, les trois auteurs, Christian Moity (dont ce sont les 55e 24 heures !), Jean-Marc Teissèdre et Alain Bienvenu proposent une véritable plongée dans une discipline du sport automobile qui a conservé, malgré la F1 omniprésente, tout le charme des courses d’antan.

Parmi les images fortes de l’édition 2011, le crash de McNish après une heure de course, suivi de celui de Rockenfeller en pleine nuit dans la ligne droit des Hunaudières, nous glacent encore d’horreur. Deux miracles au sens propre du mot puisque personne n’a été blessé - ni pilotes ni spectateurs - alors que les voitures ont été pulvérisées.

Quant au sprint final entre l’Audi restante et les trois Peugeot lancées à ses trousses, l’écart de 13 secondes sur la ligne d’arrivée restera comme le plus serré de l’histoire de l’épreuve après l’édition 1969, qui avait vu Jacky Ickx triompher de Hans Herrmann avec 120 mètres d’avance.

Il ne reste plus qu’à attendre l’édition 2012, pour un nouveau match France-Allemagne entre deux constructeurs qui ont fait des 24 heures leur objectif de l’année.

Jean-Paul Bombaerts

«Les 24 heures du Mans 2011», Jean-Marc Teissèdre, Christian Moity et Alain Bienvenu, éditions Apach, 49 euros

Posté le 30 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Les 70’s. Les folles années de la F1 »

Avouons le d’emblée, ce gros ouvrage publié aux éditions teNeues figure parmi nos coups de cœur de cette année, tous genres confondus.

Formula-1-the-roaring-70s_largeIl constitue une formidable machine à souvenirs pour les amateurs de sport automobile.
« Formula 1. The roaring 70’s » constitue la suite logique de l’album précédent de Rainer W. Schlegelmilch consacré aux années 60. Son auteur n’est pas un amateur. Photographe professionnel, il peut se targuer de plus de 50 ans de métier, de la publication d’une vingtaine de livres dédiés à la F1  et de quelques 400.000 diapositives. Excusez du peu.

Certes, l’ouvrage est en anglais et en allemand (à part l’introduction traduite en français). Mais ce n’est guère un obstacle. Le livre est essentiellement visuel avec des photos publiées en pleine page. Et en couleurs. Il témoigne d’une époque révolue, les années 70 en formule 1, période charnière avant une remise à zéro des règles et une domination des argentiers.
Dans ces années, la compétition est encore une affaire de passionnés, au sein des écuries et des pilotes. L’âge d’or entamé dans les années 60 est proche de sa fin, marquée au début des années 80. Ce sont les années 70 qui transforment la F1 en spectacle mondial. L’argent débarque dans le milieu, notamment celui des producteurs de cigarettes. Comme Marlboro ou John Player. Cette dernière marque laissera bien des souvenirs. Y compris au sein des lecteurs non fumeurs. Qui a pu oublier ces Lotus de Colin Chapman baptisées Lotus JPS( pour John Player Special)  et décorées d’une livrée magnifique faite de noir et d’or ? De loin, nos préférées (ndlr)

 Au cœur des années 70, des champions quittent la scène. Comme le coureur écossais Jackie Stewart, d’autres entament une belle carrière. Comme Niki Lauda.
Nombreux sont les pilotes à assurer le spectacle et dont les noms occupent les pages de cet album : Cevert, Andretti, Peterson, Laffite, Ickx, Stewart…. Des années 70 à l’origine également de voitures fantastiques comme ces Tyrell P34 à six roues ou cette Lotus 79 de Colin Chapman avec effet de sol. Le début d’une révolution technologique.
Parmi les faits de course devenus historiques figure cette unique victoire, le 15 août 1976, de l’écurie américaine Penske-Ford. Une voiture pilotée par le Britannique John Watson.

 On lit cet ouvrage comme on le ferait pour un album de famille. Avec délice, nostalgie et une pointe de regret pour les figures disparues. Et Dieu sait que la F1 a réclamé un lourd tribut en vies humaines. François Cevert, Mark Donohue, Bruce McLaren, Ronnie Peterson, Jochen Rindt, Pedro Rodriguez, Jo Siffert… Tous morts. Sans compter les pilotes disparus de mort violente. Comme le gentleman driver Graham Hill, tué dans un accident d’avion.
Plus agréables, par contre, sont ces clichés des épouses de pilotes, immortalisées par l’auteur dans les paddocks. Faussement décontractées, avec une lueur d’inquiétude dans le regard. Des images qui ajoutent de l’intérêt au livre car elles permettent de découvrir un aspect méconnu de la F1, plus people certes mais indispensable à la stabilité du pilote. Ces photos témoignent de la vie de famille qui régnait dans le monde de la F1 des années 70. Une famille d’ailleurs élargie à tous les pilotes et compagnes. Une communauté soudée et émue à chaque disparition de pilote. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Des années 70 qui marquent la fin d’une époque faite de passion, de pilotes charismatiques, proches de personnages de cinéma. A l’instar de l’impayable James Hunt, « l’homme aux 5.000 femmes » représenté avec une bouteille de bière à la main et une cigarette à la bouche.  Les fans de Jacky Ickx seront aux anges avec de nombreux portraits du champion belge. Toujours décontracté.

Et sur quel circuit verrait-on aujourd’hui un pilote dédicacer le sein droit d’une fille dans le public  (Bienheureux Ronnie Peterson) ? Le plaisir de conduire allié aux plaisirs de la vie, c’était cela aussi les années 70.  Après tout, la F1 « ce n’est qu’un sport » rappelle l’introduction. On est pourtant loin de cet état d’esprit en ce début de troisième millénaire où la F1 est régie par d’énormes sommes d’argent. La récréation est finie depuis bien longtemps.

 Ce très bel album est dédié à ceux qui ont forgé la légende de la F1 et qui ont payé le prix fort.

 Philippe Degouy

 « Formula 1. The roaring 70’s.” Rainer W. Schlegelmilch. Éditions teNeues. 217 pages. 65 euros.

 Couverture : éditions teNeues.

Posté le 29 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les 32 champions du monde de F1 vus par Schlegelmilch

Depuis 1950, 32 pilotes ont remporté au moins une fois le championnat du monde de Formule 1. Le photographe allemand Rainer W. Schlegelmilch, qui arpente les stands des Grand Prix depuis 1962, propose ses clichés de ces 32 virtuoses du volant, tandis que son compère Hartmut Lehbrink s’est chargé des textes.

F1championsDe l’Italien Giuseppe Farina au jeune prodige allemand Sebastian Vettel, ce sont six décennies de courses qui sont passées en revue. Le noir et blanc prévaut jusque le milieu des années 60.

Le plus titré est Michael Schumacher, avec 7 titres, suivi de Fangio (5) et de Prost (4). Viennent ensuite les triples champions du monde : Stewart, Lauda, Brabham, Piquet et Senna. Les doubles couronnes reviennent à Ascari, Clark, Graham Hill, Fittipaldi, Hakkinen, Alonso et Vettel.

Seule réserve concernant cet ouvrage grand format à la présentation luxueuse : la plupart des photos ont déjà été publiées par Schlegelmilch dans ses livres précédents (Grand Prix, 1993 ; Portraits of the Sixties, 1994). Sachant que l’auteur dispose d’un fonds d’archives de 15.000 négatifs et de 400.000 photos numériques, on aurait pu espérer pouvoir profiter de matériel inédit.

Certains clichés n’en restent pas moins saisissants et spectaculaires à souhait. Ainsi, la grille de départ du Grand Prix d’Autriche 1971, sur le circuit ultrarapide de Zeltweg, montre sur une double page une foule compacte massée le long de la piste, à quelques mètres à peine des voitures. Une scène inimaginable de nos jours…

Les connaisseurs apprécieront également la double page montrant la Ferrari 312 T de Lauda à pleine vitesse sur l’ancien Nürburgring en 1975 : une très belle auto dans un décor sylvestre qui accueillait le circuit le plus long et le plus difficile du championnat.
Les pilotes en avaient certes peur, mais était-ce une raison suffisante pour se rabattre sur des tourniquets insipides comme Bahrein, Shanghai ou  Budapest ?

Jean-Paul Bombaerts

« Formula 1 World Champions », Rainer W. Schlegelmilch et Hartmut Lehbrink, teNeues éditions, 256 pages, 79,90 euros

Posté le 28 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Michael Schumacher. Dossier Michel Vaillant »

Enfin. Voilà l’album tant attendu par les fans du Kaiser, Michael Schumacher. Le Dossier Michel Vaillant qui a failli rester à jamais dans les cartons  de l’éditeur. Tout cela pour un sombre conflit entre ce dernier et divers intervenants de l’ouvrage. Initialement prévue pour  le GP de F1 de Belgique, la publication a finalement eu lieu début novembre. Le reste de cette histoire n’est plus que de l’histoire ancienne même si elle a laissé des marques, comme en témoigne l’avertissement sur la couverture.

 SCHUMACHERTout en respectant la brillante carrière du pilote, le journaliste Xavier  Chimits n’évite pas pour autant les sujets qui fâchent.  Comme le comportement (parfois) limite de Michael Schumacher en piste. Des écarts de conduite qui ont laissé des traces chez certains pilotes, dont ses partenaires, réduits à de seconds rôles. Et même au sein du public. Jamais en effet, Schumi, le bad guy de la F1,  n’a connu la même popularité qu’un Ayrton Senna, son modèle. Même si son palmarès est resté inégalé et inégalable à ce jour. Schumacher trop agressif sur la piste ? Comme le souligne l’auteur, « autant reprocher à un boxeur d’être violent ».

Un aspect détaillé dans ce Dossier qui présente également la face cachée du pilote. Plus positive. Un homme fidèle en amitié, bon père et actif dans les œuvres de bienfaisance.  Journaliste et spécialiste de la F1, Xavier Chimits a connu Schumacher sur les circuits et peut donc dresser un portrait fidèle de l’homme et du pilote, aussi différents que Jekyll et Hyde.

Les années Ferrari, marquées par les victoires de Schumi sont naturellement bien détaillées, jusqu’à cette dernière saison 2006 où le pilote allemand quitte l’équipe, un peu forcé. Un départ au goût amer. Une dernière course, le GP du Brésil, racontée en BD. A ce propos, soulignons le seul bémol que l’on peut reprocher à l’album : le peu de ressemblance des personnages dessinés, Schumi en particulier. Presque méconnaissable.

Pour la prochaine saison de 2012, le champion est prêt à se battre. Encore et encore. « Schumi sait qu’il n’est plus l’homme le plus rapide du monde. Mais il n’a jamais renoncé à mener un combat sous prétexte que l’issue en était incertaine. »

Au fil des pages de son récit, bien documenté et illustré, l’auteur relate aussi ses regrets. Comme ce duel manqué entre Ayrton Senna, disparu trop tôt, et Michael Schumacher. Un spectacle  qui aurait pu être d’anthologie avec ces deux caractères bien trempés.

Un dossier Michel Vaillant qui se termine au garage. Celui où sont rangés les bolides pilotés par le maître de maison. De la Van Diemen  Formule Ford de 1988 à la Mercedes MGP WO2 de la saison de F1 2011 en passant par la Benetton B192 grâce à qui Schumacher a remporté sa première victoire à Spa. Sans oublier les différentes Ferrari avec qui le champion allemand a remporté ses plus belles courses. A noter aussi la présence d’une moto, la Honda CBR 1000 utilisée par Michael Schumacher (alias Marcel Niederhausen) pour s’essayer (sans grand succès) au Superbike Allemand. On aurait pu aussi y ajouter le kart de ses débuts. Mais soit, ne boudons pas notre plaisir d’effectuer un voyage dans un passé où la présence de Schumacher sur la ligne de départ était synonyme de spectacle assuré.

 « Jamais de toute l’histoire de ce sport, un pilote n’a tant écrasé la F1. » (Stirling Moss)

 Philippe Degouy

 “Michael Schumacher. Dossier Michel vaillant. » Par Xavier Chimits et Philippe Graton. 19,95 euros. 96 pages. Editions Graton

 Couverture : éditions Graton

Posté le 28 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Et toque! Petite anthologie savoureuse de l’esprit à table »

Depuis que l’homme a découvert le plaisir de manger et de converser, la table incarne le lieu idéal où chacun peut s’exprimer sur tout et sur tous.
Chacun en a déjà fait l’expérience lors de réunions de famille ou amicales. Les bons mots fusent, souvent savoureux,  cruels ou parfois vulgaires. ToqueComme les propos tenus par les invités réunis dans cette anthologie rédigée par Laurent Mariotte et Marc Pasteger et publiée aux éditions Albin Michel. 
De Napoléon à Léon Daudet en passant par Pierre Tchernia, Philippe Bouvard, Sacha Guitry ou Joseph Kessel. Des invités de marque, tous amateurs de bonne pitance et de traits d’esprits souvent redoutables. Ou féroces, comme ce commentaire de Sacha Guitry à la sortie d’un restaurant : « le vol-au-vent, c’était du vol, il n’y avait que du vent. »
Plongé dans une période de vache maigre, Charles Baudelaire écrit alors ces mots dans son journal intime : « Pas de restaurants. Moyens de se consoler : lire des livres de cuisine. »
Une fois n’est pas coutume, le menu proposé tient ses promesse. Tout comme l’addition : une dizaine d’euros pour de tels plats, c’est donné.
Quelques douceurs en guise de dessert, avant de vous laisser déguster ce recueil bien à l’aise? Soit.
A la fin d’un souper avec de nombreux invités issus de tous les milieux, le pamphlétaire Rivarol répond à un ami qui lui fait remarquer qu’il a beaucoup parlé : « oui c’est vrai, je parlais de peur d’écouter. »


Et que serait un bon repas sans son petit pousse-café? Du bon, du costaud. Comme ce trait d’humour au vitriol du regretté Coluche : « Dieu a dit : je partage en deux. Les riches auront de la nourriture, les pauvres de l’appétit. » Il vous en faudra pour apprécier pleinement ces multiples citations qui pourront resservir lors d’un prochain repas. C’est connu. Certains plats sont meilleurs réchauffés.

 Philippe Degouy

 “Et toque! Petite anthologie savoureuse de l’esprit à table”. Par Laurent Mariotte et Marc Pasteger. Editions Albin Michel. 10 euros, 182 pages.

 Couverture : éditions Albin Michel

Posté le 25 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Black Sheep à la rescousse” (BD)

Août 1943. L’Amérique est en guerre contre le Japon depuis près de deux ans et le vent de la victoire commence à tourner en défaveur des forces japonaises.
Passé le choc initial, les pilotes américains rêvent d’en découdre avec leurs adversaires.
Notamment Steve et Franck, deux pilotes blessés en Chine. De retour sur le front, ils retrouvent le major Greg Boyington au sein du corps des Marines. Ce dernier, cloué au sol par l’administration, met la dernière main à la création d’une nouvelle escadrille : la  VMF 214 Black Sheep Squadron. Il ne lui manque que des bons pilotes...

Tetes brûléesLa genèse de cette escadrille devenue mythique est racontée dans ce deuxième volume d’une collection publiée par les éditions Zéphyr. Un éditeur français spécialisé dans la publication de DVD et d’ouvrages liés à l’aéronautique militaire.

 De quoi subvenir aux besoins des amateurs de bandes dessinées consacrées à l’aviation et frustrés depuis la disparition de "Buck Danny" et des "Chevaliers du ciel".

Cet album fait honneur à son sujet. Avec un dessin précis, notamment pour des avions réalistes jusqu’au dernier boulon, qui met en valeur le cheval de bataille préféré des pilotes du corps des Marines dans le Pacifique : le F-4U Corsair. Une monture qualifiée de vicieuse et détestée par la marine américaine. Mais assez bonne à ses yeux pour équiper les Marines.
Une anecdote véridique et rappelée par le scénariste qui suit de près la biographie de Greg « Pappy » Boyington pour coller à la réalité. Les lecteurs apprécieront. De même que la précision des traits des personnages.  Contrairement à d’autres albums biographiques, on reconnaît parfaitement le héros principal, le major Boyington.
Soulignons par contre les traits quelque peu caricaturaux des autres personnages. Mais juste pour trouver une critique à formuler. Les dialogues, alternant scènes d’humour et sérieux lié aux missions de combat ne laissent quant à eux aucun temps mort. L’album se savoure d’un trait.

Les (quelques) lecteurs déçus par le premier tome, trop calme à leurs yeux, se réjouiront des scènes de combats aériens, plus nombreuses dans ce deuxième volume. Dessinées avec rythme et animées par une mise en page nerveuse. On s’y croirait. On transpire avec les pilotes dans ces combats sans pitié.
A souligner la double page (42-43) qui illustre un assaut aérien américain. Une beauté qui pourrait, appel à l’éditeur, faire l’objet d’un poster. Magnifique.
 L’album se termine par un suspens qui trouvera son épilogue dans le troisième tome déjà annoncé : « La mort selon Boyington».
Vous avez aimé la série TV ?  Vous aimerez cette collection dédiée aux Têtes Brûlées. 

 Philippe Degouy

 « L’escadrille des Têtes Brûlées. Tome 2. Black Sheep à la rescousse. » Scénario de Pierre Veys. Dessin de Jean-Michel Arroyos et Vincent Jagerschmidt. Editions Zephyr BD. 14 euros. 50 pages.
ww.zephyreditions.net/bd

 Couverture : éditions Zephyr

Posté le 24 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Under. Tome 2. Goliath” (BD)

Ce second volume de la mini saga "Under", "Goliath" (éditions Le Lombard) marque la fin de mission pour le lieutenant Wilson Jericho. Officier muté en guise de punition au sein de la police des égouts, le voilà bien décidé à détruire le monstre qui hante les égouts de Megalopol en laissant des cadavres horriblement mutilés.
UnderUn album qui flirte avec le genre gore et qui n’est pas destiné aux cœurs sensibles. Les égouts ne sentent pas la rose et ce qui s’y trouve a de quoi faire dresser les poils. Entre fœtus morts colonisés par des centaines d’araignées et restes humains calcinés, les rencontres ne laissent guère de place aux relations sentimentales entre les personnages.

Comme dans les bons vieux films de papa, celui-ci finit par un happy end. Vraiment? Vous en jugerez. Inutile de vous dévoiler la dernière case de cette série au dessin précis et propre à générer une angoisse  permanente.

En bonus, le scénariste Christophe Bec revient sur les créatures qui peuplent sa série : les solifuges. Des arachnides bien réelles et présentes dans le désert mais qui ont alimenté les plus folles rumeurs sur l’internet.
A cause des récits inventés par les GI's présents dans le désert d’Irak qui prétendaient avoir vu des araignées géantes dévorer des humains, des dromadaires etc
Avec cet épilogue baptisé « Goliath » prend fin une honnête série de science-fiction qui n’avait d’autre but que de rendre hommage aux séries Z  des années 60-70 et captiver ses lecteurs par des scènes d’action à glacer le sang. Mission réussie. Les décors sont magnifiques, les personnages volontairement caricaturaux pour souligner la fonction parodique du récit. On ne s’ennuie pas un instant et on savoure cette lecture comme le film du samedi soir. Sans chercher un instant la vraisemblance du récit qui rappelle l’ambiance du premier volet de la saga Alien, le modèle des auteurs. Comme la créature d’Alien, les bestioles présentes ici n’ont pas vraiment une gueule de porte-bonheur.

Philippe Degouy

 “Under. 2/2 Goliath”. Scénario de Christophe Bec et dessin de Stefano Raffaele. 56 pages. 13,95 euros. Editions Le Lombard

 Couverture : éditions Le Lombard

Posté le 24 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Napoléon : son splendide isolement sur l’île Elbe

Le 2 avril 1814, dans Paris occupé par les Coalisés, Alexandre Ier, tsar de Russie, reçoit le général de Caulaincourt. Les deux hommes s’entretiennent de l’abdication de Napoléon Ier et du lieu qui accueillera son exil. Quelques jours plus tôt, lâché par ses maréchaux, l’Empereur avait été vaincu et la Grande Armée balayée par les armées alliées.

NapoLe choix de l’île d’Elbe avait fait l’objet d’âpres négociations entre Coalisés mais également avec l’Empereur déchu. Les Britanniques affichaient déjà leur préférence pour Sainte-Hélène… Quelques années plus tard, exilé à Sainte-Hélène, Napoléon estimera qu’il n’avait pas obtenu assez : «Si j’eusse voulu traiter alors sensément, j’aurai obtenu l’Italie, la Toscane ou la Corse ; tout ce que j’aurais voulu. Ma décision fut une faute de mon caractère.»

Le 3 mai 1814, il est débarqué à l’île d’Elbe. Durant 300 jours, il règnera en maître absolu sur cette île d’à peine 224 km², située entre la Corse et la Toscane, qu’il s’emploiera à moderniser. Perpétuellement en mouvement, il s’active sans relâche, visitant chaque recoin de l’île, lançant de nombreux projets.

L’île est plus exiguë que la ville de Paris, mais Napoléon y bénéficie néanmoins d’un revenu annuel de 2 millions de francs et d’une garde de 400 hommes.

Loin des grandes batailles qui ont forgé sa réputation, c’est aussi un homme qui tente, malgré les dimensions dérisoires de son «royaume d’opérette», de reconstituer le cadre impérial, avec son organisation, son étiquette et sa cour. Mais surtout, c’est depuis l’île d’Elbe qu’inlassablement il prépare son évasion et son retour en France.

À partir des mémoires, de la correspondance officielle et de multiples témoignages de compagnons d’exil, Marie-Hélène Baylac fait revivre le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe, de son arrivée sous bonne escorte à son départ secret dans la nuit du 26 au 27 février 1815. C’était reparti pour un nouvel épisode, de 100 jours cette fois, l’un des plus sanglants de l’histoire européenne.

J-P. B.

«Napoléon, empereur de l’île d’Elbe», Marie-Hélène Baylac, éditions Tallandier, 336 pages, 22,90 euros

Posté le 23 novembre 2011 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Anne Sinclair ne voulait pas voir

La biographie non approuvée de l’ex-présentatrice vedette explique pourquoi l’épouse de DSK a tant de fois accepté de passer l’éponge.

Avant le tremblement de terre du 14 mai 2011, l’existence d'Anne Sinclair, l’épouse de Dominique Strauss-Kahn, avait plutôt ressemblé à un conte de fées pour enfant des Trente Glorieuses. Petite-fille d’un des plus grands marchands d’art de l’avant et l’après Seconde Guerre mondiale, fille d’un combattant de la France libre, elle a grandi dans le Paris bourgeois avant de concrétiser ses rêves d’adolescente. D’Europe Nº1 à France Inter en passant par TF1, avec ses émissions 7 sur 7 et Questions à domicile, la carrière d’Anne Sinclair a été récompensée par quatre Sept d’or et a fait d’elle une star. Dans un an, c’était à l’Élysée qu’Anne et Dominique réuniraient peut-être leur belle et grande tribu familiale et amicale.

AnneC’est ce parcours sans faute que retracent les deux journalistes Alain Hertoghe (La Croix) et Marc Tronchot (Europe 1) dans une biographie autorisée, mais non approuvée, précisent-ils. Si Anne Sinclair a consacré beaucoup de son temps aux auteurs et leur a ouvert les portes de sa famille ainsi que de ses amis, elle n’a, semble-t-il, eu aucun droit de regard sur le manuscrit avant sa publication.

Le non-lieu prononcé à New York au bénéfice de DSK le 23 août, s’il lève l’hypothèque judiciaire, n’efface pas les cent jours de cauchemar qui ont ébranlé le monde d’Anne Sinclair. «Tout ce qui n’a pas tué la dame de cœur a renforcé la femme de tête», soulignent les auteurs.

Chef de clan                 

Reste la question que chacun se pose encore aujourd’hui: comment comprendre que la journaliste, qu’on considérait il y a six mois à peine comme une femme affranchie, n’ait pas craqué plus tôt ? D’après Alain Hertoghe, interviewé dans la revue «Elle», «le clan que Dominique Strauss-Kahn lui a offert, à elle la fille unique, est l’une des choses les plus importantes pour elle. Elle ne renoncera pas à tout cela facilement». Elle a souvent dit sa fierté d’avoir réussi une belle famille recomposée, six enfants à eux deux, elle faisant le lien, poursuit le magazine. La femme amoureuse est depuis longtemps devenue aussi «mamita», le pivot de la famille.

Dans l’hebdomadaire français «L’Express», les auteurs livrent leur intuition : «Elle n'a pas voulu voir, entendre ou lire - formidable paradoxe pour une journaliste - parce que cela remettait en question sa vie telle qu'elle l'avait imaginée. Son pire cauchemar serait sans doute de divorcer de son second mari, cela ne cadre pas avec ses valeurs. Mais une chose est sûre: aller à l'Elysée ne l'intéressait pas.»

J-P. B.

« Anne Sinclair, femme de tête, dame de cœur », Alain Hertoghe et Marc Tronchot, éditions Calmann-Lévy, 326 pages, 20,90 euros

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