Posté le 7 décembre 2011 par Philippe Degouy

«Bruxelles vue par les grands écrivains »

Vrai « ket » de Bruxelles, Georges Lebouc, ancien professeur de langues latines et de littérature, ne manque jamais une occasion de célébrer « sa »  ville.
BRUXELLESA ce titre, son nouveau livre, « Bruxelles vue par les écrivains » (publié aux éditions Luc Pire), constitue sans doute sa plus belle réussite éditoriale. Osons le dire. Sans pour autant dénigrer ses précédents ouvrages. Mais celui-ci se classe parmi les beaux livres illustrés de cette fin d'année. Ceux que l’on aime laisser sur une table basse pour les feuilleter régulièrement. Georges Lebouc a délaissé les dictionnaires linguistiques pour revenir à ses premières amours, les belles lettres.

Loin d’être aussi mythique que Paris ou Rome, Bruxelles a pourtant inspiré les écrivains. Belges ou étrangers. Rendons l'hommage mérité à Eustache Deschamps qui fut le premier auteur à parler de Bruxelles dans un poème rédigé en 1380.  Colette, John Dos Passos, Walter Scott, les sœurs Brontë, Sacha Guitry…  Nombreux furent les auteurs à passer à un certain temps à Bruxelles pour humer  son ambiance si particulière. En touristes, ou pour y vivre un exil comme Victor Hugo ou le pamphlétaire Jean-Baptiste Rousseau.
Il serait naturellement bien malvenu de passer sous silence les auteurs belges qui ont également célébré la capitale : de Charles De Coster à Franz Hellens, en passant par Simenon, Gaston Compère, Jacqueline Harpman…

Tous n’ont cependant pas apprécié le séjour bruxellois. A l’instar de Chateaubriand ou... Voltaire, considéré comme le créateur de « la querelle linguistique belge »  avec ses propos incendiaires à propos des Flamands et cette affirmation, méchante et fausse : « Bruxelles est l’éteignoir de l’imagination. »
Mais ne restons pas sur cette mauvaise note, avec l’évocation de Joris-Karl Huysmans qui a inauguré quant à lui le tourisme gastronomique à Bruxelles : « J’ai épuisé toutes les joies de la ville, j’ai goûté à toutes les bières… » (« Le drageoir aux épices »). Une mode toujours de mise en ce début de XXIe siècle et suivie par de nombreux touristes qui viennent des quatre coins d’Europe pour déguster notre bonne pitance (baignée de bonne bière) dans les petits restaurants du vieux Bruxelles.  

Après l’aperçu des auteurs « Bruxellophiles ou phobes », l’ouvrage vous entraîne à la découverte des trésors architecturaux de la cité. Une promenade agréable au cœur de l’île Robinson, de la place de Brouckère si chère au grand Jacques, sur les rives des étangs d’Ixelles ou au milieu de la Grand-Place, « le plus beau théâtre du monde » selon Jean Cocteau. Les clichés choisis sont superbes.

 Enfin, qui peut se targuer de savoir que l’on doit à Gérard de Nerval la paternité du premier guide touristique de qualité sur Bruxelles ? Preuve qu’il n’est point nécessaire d’être Bruxellois pour l’aimer ou la chroniquer. Quant au prix du plus beau compliment adressé à Bruxelles, remettons-le à l’artiste Eugène Fromentin : « la Belgique est un livre d’art magnifique (…) dont la préface est à Bruxelles et n’est qu’à Bruxelles. » 

Un album à savourer, avec dans les oreilles  l'hommage musical de Dick Annegarn, "Bruxelles". 

 

Philippe Degouy

 « Bruxelles vue par les grands écrivains ». Par Georges Lebouc. Préface de Jean-Baptiste Baronian. Editions Luc Pire. 29 euros. 160 pages.

 Couverture : éditions Luc Pire

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