janvier 2012

Posté le 31 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Reiser. Les années Pilote » (BD)

Quand le journal "Hara-Kiri" se voit frappé de censure en mai 1966, le jeune Reiser rejoint « Pilote » le magazine phare des éditions Dargaud dirigé par René Goscinny. "Hara-Kiri", "Pilote", deux magazines bien différents  qui obligent Reiser à répartir ses planches.
Du plus « soft » pour "Pilote" au plus « hard » pour "Hara-Kiri" qui retrouve les kiosques en 1967. Reiser va collaborer aux deux titres de presse. Un numéro d’équilibriste qui n’aura plus sa raison d’être en mars 1972. Poussé dans le dos par la rédaction en chef du magazine "Hara-Kiri", Reiser quitte « Pilote » pour se consacrer exclusivement au magazine « bête et méchant ».

ReiserPublié par les éditions Glénat, « Reiser. Les années Pilote » publie les planches d’un auteur de bandes dessinées devenu l’un des symboles de la rébellion au politiquement correct. Un trublion qui aurait peu de chance aujourd’hui de voir ses planches publiées.
Pour celles publiées dans "Pilote", Reiser avait déjà mis de l’eau dans son vin pour les rendre, disons, acceptables par la direction des éditions Dargaud.
Sous le trait appuyé de Reiser, tout le monde en prenait pour son grade. Avec comme cible préférée tout ce qui représentait l’autorité : les flics, l’armée, les patrons. Mais aussi les chasseurs, les cons ou les banquiers.

Classées par années et resituées dans leur contexte politique, les planches de l’anthologie illustrent cette liberté de ton de ces années 60-70 qui n’a plus sa place aujourd’hui.

La nostalgie ou la pollution étaient deux des sujets privilégiés par Reiser. Nombreux sont ses dessins qui dénoncent les ravages commis par l’humain sur la nature. Comme cette planche où un petit gamin et sa pelle évoque le bon vieux temps et dénonce « le tout au béton » dans les villes. « Les squares ne sont plus ce qu’ils étaient. Avant on faisait des trous, des trous. Maintenant, on a 50 cm de terre et toc, on tombe sur le béton du parking souterrain. »
A peine vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Reiser osait évoquer la nostalgie des anciens combattants allemands. Il serait bien difficile de trouver dans l’album une séquence plus incorrecte que cette histoire de rassemblement d’anciens combattants SS qui se disputent sur le nombre de victimes civiles exécutées.
Deux planches d’humour noir, comme l’uniforme des SS de sinistre réputation. Les femmes sont invitées et ne sont pas moins dérangeantes dans leur discours. Comme dans ce dialogue de deux épouses d’anciens nazis: « Et si on dit que votre mari est criminel de guerre ? Je réponds que si un homme ramène sa paye tous les mois à la maison, il n’a pas le droit d’être appelé comme ça. »
Des dessins ravageurs mélangés à des idées de bricolage (comment transformer votre pavillon de banlieue en château ?) ou à des démonstrations absurdes et pseudo-scientifiques comme l’explication des trois heures à attendre après un déjeuner  avant de se mettre à l’eau.
Cette anthologie reprend des dessins restés inédits en album. Si vous aimez l’humour au deuxième degré, voire plus, vous serez aux anges.

Comme le souligne Jean-Marc Parisis dans sa préface, « Si Reiser est bien l’enfant d’"Hara-Kiri" et le fils le plus prodigue de "Charlie-hebdo", il a aussi grandi dans "Pilote". »

 Philippe Degouy

 « Reiser. Les années Pilote ». Editions Glénat. 270 pages.

 Couverture : éditions Glénat

Posté le 27 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Lumière sur les dessous de l’affaire Empain

Souvenez-vous. C’était hier, c’était au siècle dernier. En 1978. L’affaire avait fait grand bruit dans la presse franco-belge: l’enlèvement à Paris, le 23 janvier 1978, du baron belge Edouard-Jean Empain, 41 ans, à la tête d’un groupe puissant qui tient dans sa main tout le nucléaire français. Le scandale est énorme.

LUMIEREPlus de trois décennies plus tard, l’un des organisateurs de ce rapt, Alain Caillol livre aux éditions du cherche midi un témoignage poignant d’une époque où lui et ses potes du mitan se prenaient pour des gangsters idéalistes. La cible idéologique était ce monde du pouvoir, des riches. Après les braquages à la petite semaine, trop faciles, sans grande envergure, l’auteur et ses comparses décident de passer à la vitesse supérieure en enlevant une grosse pointure. Plutôt que de s’attaquer aux transports d’oseille, ils visent directement la source, les grosses fortunes.  

Comme pour une opération militaire d’envergure, les ravisseurs vont mettre un an à régler les détails. Et à choisir la cible. Une liste est dressée : Dassault, Rothschild, Liliane Bettencourt ou Empain. Les deux premiers sont d’emblée écartés à cause de leur religion, la troisième car c’est une femme, ce qui pose trop de problèmes en captivité. Il ne reste in fine que le Belge, le baron Empain, déjà ciblé par la presse de gauche comme le pourfendeur d’emplois, l’aristo contre-révolutionnaire. « Ce mec-là, il va nous adorer ! » déclare l’équipe de gangsters.
Avec son style bien à lui, sans fioritures, direct, Alain Caillol détaille son pedigree judiciaire. Ses rencontres aussi, comme celle avec Mesrine, dit « Le Grand ». L’auteur relate notamment un partage de magot qui a failli se terminer au duel improvisé, flingue contre flingue. Légende ou réalité, peu importe en fait. Le récit devient réellement passionnant quand il dévoile les coulisses du rapt du baron Empain. Longtemps ignorées dans ses détails. Alain Caillol ne peut cacher, trente ans après son admiration pour sa cible. Contrairement à Mesrine, l’ancien gangster ne s’est jamais  vanté de son exploit. Que du contraire. Il avoue son erreur sur la personne, respectable.

« Pour nous quatre, Empain était un objet économique et surtout un symbole. Un concept abstrait qui avait une grande valeur d’échange. Je me demande aujourd’hui pourquoi il n’est jamais venu à l’esprit qu’il pouvait être tout simplement un homme. »  Un homme respecté par ses bourreaux pour sa dignité face à la douleur, la peur. « Ce mec, il en avait du courage ! Empain était en notre pouvoir mais son courage forçait le respect. Il était digne, jamais il n’a quémandé, supplié. C’est un mec qui avait de l’honneur, un mot que les anciens employaient et qui n’a plus de sens aujourd’hui. »
Le témoignage n’occulte pas les passages à glacer le sang comme l’amputation à vif d’un doigt d’Empain ou ce tirage au sort qui devait décider du sort de Wado, le surnom d’Empain. L’auteur l’avoue, il avait voté pour l’élimination d’Empain. Personne ne voulait payer la rançon demandée, que faire alors de cet homme devenu encombrant ? Une erreur commise par les ravisseurs, comme l’explique l’auteur. Une somme de 30 millions (d’euros) était disponible d’emblée. Mais par fierté, Alain Caillol et ses hommes réclament 80 millions (d’euros).  Le groupe industriel refuse de payer la rançon, la famille hésite. Abandonné à son sort le baron. Et le temps passe.

 « Pour être aussi aveugles, comment on a pu faire ? On a oublié dès le début les fondamentaux du kidnapping. Le troisième commandement disait d’aller vite. Ça devait durer une semaine cette affaire, tout au plus. Ça aurait pu durer une semaine ! » explique Caillol. Mais rien ne s’est passé comme prévu.

 Le calvaire du baron belge a duré… 63 jours. Soixante-trois longs jours.

 Philippe Degouy

 « Lumière ». Par Alain Caillol. Témoignage. Éditions le cherche midi. 216 pages. 15 euros.

 Couverture : éditions le cherche midi

Posté le 27 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les secrets bancaires se diluent dans le sang (BD)

Rares sont les bd’s à aborder la crise financière.  Un sujet certes compliqué et jugé sans doute peu attractif. « Secrets bancaires USA », série publiée aux éditions Glénat, a choisi pourtant choisi ce thème comme toile de fond à des enquêtes policières. Il fallait oser, mais le résultat tient la route et captive de bout en bout. Sur des scénarios de Philippe Richelle et un dessin de Dominique Hé, la série évolue dans les coulisses pas très nettes des milieux bancaires.
Les intrigues donnent l’occasion au scénariste d’expliquer clairement, par la bouche des inspecteurs du FBI, les mécanismes parfois abscons qui ont rempli les pages des journaux financiers.

Secretsbancairestomes3Dans ce troisième tome, la crise des subprime sert de mobile à de mystérieux assassinats de patrons d’organismes de prêts bancaires. Quelqu’un a décidé de faire le ménage dans le monde financier américain. Les suspects sont nombreux : les milliers d’Américains qui ont tout perdu par la faute des banques. Les requins naviguent en eaux troubles dans cette série qui s’amuse à mener les lecteurs sur de fausses pistes pour ménager ses effets.  


Les agents spéciaux du FBI Capelli et Horowitz sont chargés de dénouer les fils d’une intrigue qui semble les dépasser. Qui (et pourquoi ?) a tué Aldo Moretti, l’ancien dirigeant d’un organisme de prêt bancaire ?  
« Secrets bancaires » a le rythme de ces séries policières des années 70 avec New York comme décor naturel. Les gangsters portent le costume cravate et pèsent quelques millions de dollars. Comme les victimes, toutes issues du milieu de la finance.
Quant aux flics, même si on nous rejoue le classique duo du jeune flic clean et du vétéran désabusé, force est de constater que l’on s’attache à cette paire d’inspecteurs tome après tome. Ni super-flics, ni loosers, ils laissent le côté humain de leur profession prendre quelques fois le dessus. 


Un bon scénario, un dessin réaliste, de l’action et des traits d’humour. Le tout saupoudré d’un soupçon d’érotisme. Que demander de plus ?

 Philippe Degouy

 « Secrets bancaires USA. T.3 Rouge sang » Scénario de Philippe Richelle. Dessin de Dominique Hé. Collection Investigations. 48 pages. 11,50 euros. Editions Glénat.

 Couverture : éditions Glénat.

Posté le 26 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Mufle ou le roman d’un mensonge”

« Ce sont les dernières secondes de ma vie. Mon esprit vient d’être expédié en soins intensifs. » Les premiers mots du nouveau roman d’Eric Neuhoff, « Mufle », publié aux éditions Albin Michel.

Dès la première page de son roman, l’auteur entraîne ses lecteurs dans une spirale amoureuse entre son personnage, un homme dans la cinquantaine et sa maîtresse, Charlotte. Une passion qui va virer à l’anamour comme le chantait Gainsbourg. L'auteur adore la musique, pourquoi donc se priver de citer l'ami Serge.


Mufle%20-%20Eric%20NeuhoffComment affronter ce moment pénible où l’on se rend compte que l’autre joue la comédie des sentiments depuis des mois ? La question que se pose le narrateur quand il découvre par hasard un sms romantique adressé à un autre homme que lui.
Un message qui le rend furieux, abasourdi,  lui qui n’a rien vu venir au fil de ces mois passés avec une maîtresse, certes extravagante mais tellement belle. Comment cette femme a-t-elle pu profiter de son cœur sans remords  et donner son corps de femme à des hommes de passage ? « Coucher avec un homme par pays, tel semblait avoir été le but de Charlotte. Le tour du monde en 80 lits. Charlotte n’avait pas fait les choses à moitié. »
La découverte de son carnet intime et la fouille de son téléphone portable vont ébranler sa raison. Des larmes, des souvenirs de vacances que l’on dénigre. Son quotidien de mâle cocufié.  Sa jalousie s’exprime vis-à-vis de ces amants qui ont désormais les faveurs d’une femme qu’il souhaitait garder pour lui. Eric Neuhoff a le don de transformer ces sentiments en mots, écrits à la plume trempée dans le vitriol : « La vieille odeur de l’adultère. Elle vous prend à la gorge. C’est une odeur tenace, violente, une odeur qui n’ose pas dire son nom. Prière de se munir de masques à gaz.  Les femmes qui vous trompent ne sentent plus pareil. Elles traînent après elles des relents d’arrière-cour, d’épluchures, de faux-semblants. » Difficile d’être plus explicite.
En une petite centaine de pages, Eric Neuhoff réussit à traiter le thème de l’adultère, usé jusqu’à la trame, de façon originale. On verrait bien ce roman adapté au théâtre avec de longs monologues. De nombreux passages se révèlent fort drôles malgré la situation qui ne l’est guère pour cet homme qui semble perdre toute virilité face à cette dévoreuse d’hommes. Mufle ? L’est-il en fouillant les secrets de sa maîtresse ? Sans doute, mais comment lui en vouloir ? Incapable de rompre, le narrateur va laisser le temps faire les choses pour lui. Ne plus répondre aux messages, ne plus lui téléphoner, la laisser s’éloigner vers d’autres rivages. S’enivrer d’alcool et de musique des Stones puis se reprendre en main tandis que les souvenirs de Charlotte s’effacent peu à peu, comme des négatifs brûlés.

 « La vie, la vie passée, il en avait gaspillé trop d’instants. Il ne s’était pas rendu compte qu’il s’agissait de l’or du temps. Les victimes suivantes de Charlotte, il leur souhaitait bonne chance. Bon courage les gars ! » 

 Un roman à déconseiller, peut-être, aux jeunes amants, de peur de leur retirer toutes leurs illusions sur l’amour éternel. Mais à savourer par les autres, pour son écriture qui caractérise le style d’Eric Neuhoff : incisif, des phrases courtes qui partent dans tous les sens, des mots choisis pour atteindre leurs cibles et faire sourire, souvent. Car ce roman d’un mensonge autopsié n’est pas sinistre ou teinté de rancœur misogyne.
D’accord, la femme n’a pas le beau rôle mais son portrait par Eric Neuhoff la rend néanmoins désirable, attirante.  A tel point qu’elle génère un happy end inattendu.
L’amour est souvent synonyme de naufrage. Et puis, un jour, on quitte son île déserte pour reprendre la mer et découvrir de nouvelles terres promises, un cœur de femme à explorer, à coloniser.

Ceux qui (comme nous) ont apprécié les romans précédents de l’auteur ne seront pas déçus par celui-ci, une lecture qui occupera parfaitement une soirée disponible.

 Philippe Degouy

 « Mufle ». Roman d’Eric Neuhoff. Éditions Albin Michel, 11,90 euros, 115 pages.

 Couverture : éditions Albin Michel

Posté le 25 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“La bataille de Stalingrad”

Cette année 2012 marquera le 70e anniversaire de la bataille de Stalingrad qui a marqué les esprits comme l’une des plus terribles de la Seconde Guerre mondiale. Et l’un des plus graves échecs enregistrés par le IIIe Reich.
Parmi les ouvrages qui seront publiés ou réédités pour l’occasion, celui de l’historien couronné par l’Académie française, Pierre Montagnon mérite l’attention. Il retrace la genèse et le déroulement de ce drame. De cette horreur sans nom.

Stalingrad « Un coup de pied dans cette baraque pourrie et tout s’écroulera ». C’est par ces mots qu’Hitler décrit son point de vue sur sa prochaine offensive d’envergure : la ruée vers les immenses territoires de Russie. Le dictateur précise que le succès dépendra d’une campagne courte mais décisive. Les premières semaines lui donnent raison.  « L’Allemand s’enfonce rapidement dans la terre russe en laissant derrière lui une traînée de misères et de deuils. Les villages flambent, les récoltes sont détruites et le bétail abattu »  explique l’auteur. Mais les vastes étendues russes et une offensive débutée trop tardivement dans l’année 1941 (en juin)  vont freiner l’avancée des troupes allemandes. Une ville va symboliser l’échec nazi: Stalingrad.  L’horreur personnifiée et racontée en détails par l’auteur. L’histoire de deux camps mis face à face et qui vont rivaliser de bestialité. Les détails racontés dans le livre sont édifiants. Débutée le 23 août 1942, la bataille s’achève le 2 février 1943 avec un bilan humain dantesque : 500.000 combattants de l’Axe tués pour 200.000 Russes tués lors des combats pour la forteresse. Un massacre qui ne s’achèvera pas à la capitulation allemande.
« Pour les vainqueurs ne comptent que l’agression du 22 juin 1941 et les horreurs commises. Des files d’hommes venant de se rendre sont fauchées par la mitraille. Des blessés sont achevés. »
Face à la faim dans les camps de prisonniers allemands se développera également le cannibalisme.

Parmi les Allemands détenus en captivité, un petit pourcentage de 5% reverra l’Allemagne. Les autres auront la Russie comme dernière demeure.

 Stalingrad. Une victoire militaire pour les Russes, certes, mais surtout politique pour Staline qui en profitera pour créer son image de monarque absolu. « L’URSS, deuxième puissance mondiale de l’après-guerre, est née à Stalingrad. »
L’historien démonte également les idées reçues relatives à ce drame. «Stalingrad ne constitue pas le grand tournant de la Seconde Guerre mondiale. Il est plus exact de constater que Stalingrad survient au grand tournant du conflit mondial : défaite allemande à El-Alamein, débarquement allié en Afrique du Nord, défaite japonaise à Midway et décision prise par les Alliés de poursuivre la guerre jusqu’à la capitulation sans conditions des troupes de l’Axe. » Le drame de Stalingrad est plutôt à ranger dans un autre registre : l’humain. « Stalingrad fut un Verdun en pire. Pas de relève, des prisonniers mitraillés, des blessés agonisants, sans soins. L’homme regardé comme moins qu’une bête, jeté en appât aux chars, aux canons, aux mitrailleuses. Ainsi le voulaient les deux destructeurs d’humanité du XXe siècle, nazisme et communisme, qui s’opposaient.  Stalingrad, une bataille qui fait honte à l’homme. »

 Philippe Degouy

« La bataille de Stalingrad ». Par Pierre Montagnon. Editions du Rocher. 214 pages. 19,90 euros.

 Couverture : éditions du Rocher

Posté le 23 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Le petit Audiard illustré par l’exemple"

Journaliste et biographe, Philippe Durand va vous éviter à coup sûr le "nervous breakdown" (comme on dit maintenant) avec son dictionnaire de l’univers de Michel Audiard publié aux éditions du nouveau monde. L’ouvrage  rassemble en effet les plus belles répliques de l’univers « audiardien » et donne en prime l’explication de certains termes qui témoignent de la culture  étendue de Michel Audiard.  
Populaires, au propre comme au figuré, ses répliques sont entrées dans la légende, et apprises par cœur par les amateurs des classiques du cinéma de « papa ».
AUDIARDEn piochant des mots au fil des pages du dico, on revoit sans peine des scènes de films et nous reviennent en mémoire les dialogues de stars  comme Gabin, Blier ou  Ventura, capables de mettre en valeur la puissance des textes d’Audiard.

Des monologues qui, placés dans la bouche d’un Jean Gabin, par exemple, ont gardé une saveur inégalée. A l’instar de cette tirade extraite du film « Le Pacha » : « moi, le mitan (le milieu des truands, ndlr) , j’en ai jusque-là ! Je l’ai digéré à toutes les sauces et à toutes les modes, en costard bien taillé et en blouson noir. Ça tue, ça viole, mais ça fait rêver le bourgeois et reluire les bonnes femmes. Moi, les peaux-rouges, je vais pas les envoyer devant les jurés de la Seine, comme ça, y aura plus de remise de peine et de non-lieu…Je vais organiser la Saint-Barthélémy du mitan. »

Dans  ce dictionnaire du petit Audiard illustré, le lecteur y apprend que la valse n’a pas la même signification pour tous. Dans le milieu, elle fait office de synonyme de bourre-pif, de mandale ou de beigne. Quant au beuglant, l’ancêtre du karaoké ou des émissions de variétés actuelles, c’était à l’origine, un café-concert où la clientèle avait droit au chapitre. « L’alcool n’aidant pas, le bruit des chanteurs rappelait celui des vaches que l’on mène à l’abattoir. »

Quant au nave, alias le branque, le braque ou le lavedu, il s’agit du crétin fini, de l’obtus total.  Les amateurs de sorties musicales apprendront aussi l’origine de l’expression « le Balajo », plutôt péjorative d’ailleurs.

 « L’Audiard, c’est une épée, un cador. Moi je suis objectif, on parlera encore de lui dans cent ans. (…) Les gens de sa partie l’appellent le Dabe et enlèvent leurs chapeaux rien qu’en entendant son blase », aurait pu dire Bernard Blier.

 Bienvenue en « Audiardie » les aminches !

 
Un dico à savourer en écoutant ces sonates d’Arcangelo Corelli qui ont participé, bien involontairement, au succès de la comédie « Les Tontons flingueurs ».

 Philippe Degouy

 « Le petit Audiard illustré par l’exemple ». Par Philippe Durant. Nouveau monde éditions. 220 pages, 14 euros environ

 Couverture : nouveau monde éditions

Posté le 20 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Le Tueur. Tome 10” (BD)

Le Tueur est de retour. Et met du cœur à l’ouvrage dans un dixième tome publié aux éditions Casterman qui clôture le deuxième cycle d’une série que nous suivons toujours avec le même plaisir depuis 13 ans.

 Avec ses deux partenaires commerciaux, Mariano et Haywood, le Tueur prend pied dans le monde impitoyable du pétrole. Avec leur compagnie Petroleo Futuro Internacional, ils pensaient avoir trouvé le moyen idéal de blanchir l’argent sale. Chaque détail avait été réglé pour défier sans risque les compagnies pétrolières américaines. Mais entre la théorie et la réalité du monde des affaires, la chute est brutale…
Encore ébloui par son nouveau statut d’homme d’affaires «honorable », le Tueur a d’entrée de jeu cette pensée prémonitoire : « la lucidité, c’est ce dont je vais avoir le plus besoin pour tirer mon épingle de ce jeu nouveau dans lequel je me suis aventuré. »

Effectivement, si le trio veut dans un premier temps jouer aux Pieds Nickelés, le plomb va très vite remplacer le nickel.
Impitoyable, méticuleux et amoureux de son travail, le Tueur va devoir ressortir ses « outils » pour calmer le jeu. D’abord pour effacer les opposants cubains chargés par la CIA de s’attaquer aux plates-formes pétrolières du trio puis pour réduire les appétits financiers des assureurs en exécutant un financier pour l’exemple. Business is business.

 TUEURL’album se veut nettement plus violent que le précédent, à réserver donc à un public averti à cause de scènes qui pourraient choquer les esprits sensibles. Le dessin est toujours aussi magnifique, avec des cadrages dynamiques et des couleurs chaudes pour incarner à merveille le climat de Miami et de Cuba.
Avec ce dixième tome, le Tueur, alias  Frank Tallec, un faux nom bien imité, prend encore un peu plus d’épaisseur, toujours aussi cynique et amateur de citations. Les auteurs ont même distillé quelques détails sur ses centres d’intérêt. Ou ses lectures, dont le roman de Jerry Stalh, « anesthésie générale » laissé sur sa table de nuit et qui révèle davantage son rejet des Etats-Unis et sa haine de l’hypocrisie occidentale. Malgré son statut d’ange exterminateur bien rémunéré, le Tueur déteste ce monde consumériste et ne cesse de distiller sa morale à deux balles (de 9mm).

Quant au voile de protection qu’il aime déployer autour de lui, il va se déchirer brutalement, de façon imprévisible lors d’un passage à Paris. Une rencontre totalement inattendue va bouleverser la fin de cet album qui figure parmi nos préférés dans la série et réalisé comme un excellent thriller.  

 Philippe Degouy

 « Le Tueur. Le cœur à l’ouvrage. Dessin de Luc Jacamon et scénario de Matz. 56 pages. 10,95 euros. Editions Casterman.

 Couverture : éditions Casterman

Posté le 19 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“U-47. Tome 2 Le survivant” (BD)

Sorti miraculeusement d’un affrontement avec  l’ennemi, le sous-marin allemand U-47 met le cap sur Lorient, son port d’attache pour recevoir de nouveaux ordres. Le Taureau n’a pas quitté l’arène même si les choses ont bien changé depuis sa première mission. La politique  provoque des tensions internes au sein de l’Amirauté, désormais infiltrée par la SS. Les sous-marins sont devenus des instruments fort disputés.
Revenu en grand secret à Lorient, l’U-47 est chargé par l’Amiral Donitz de participer à l’opération Phoenix : rapatrier en Europe des marins allemands évadés de camps de prisonniers canadiens. Mais les Anglo-Saxons qui ont mis la main sur la machine à coder les messages Enigma sont au courant de la mission et tendent un piège.

 U47Cette deuxième aventure du U-47 marque le début  de la fin pour l’as de la marine allemande. La bataille finale est engagée entre les Nazis et les Alliés. Ceux-ci  disposent maintenant d’escorteurs, d’une aviation offensive et de meilleurs équipements de détection.

Deuxième volume de l’excellente série « U-47 » dessinée par Gerardo Balsa sur un scénario de Mark Jennison, cet album se révèle aussi prenant que le premier tome. Les scènes maritimes sont de toute beauté et l’atmosphère sombre de cette période est très bien rendue. Mis à part certains personnages un peu trop caricaturaux, rien n’est à reprocher au dessin basé sur une solide documentation. Le dynamisme des planches et les multiples scènes de combats laissent peu de chance au lecteur de s’ennuyer. Plongé au cœur  d’une lutte sans pitié où le premier qui commet une erreur passe de vie à trépas.
Le scénario, même s’il est largement inventé pour la série, s’appuie néanmoins sur des faits réels, des personnages qui ont réellement existé.
Si vous avez apprécié le film « Das Boot » de Wolfgang Petersen qui mettait en scène la vie à bord d’un U-Boot, cette série, au climat oppressant, d’où se dégage cette odeur teintée de mazout et de peur, devrait vous plaire également. Une saga publiée par l’éditeur Zéphyr, habituellement plus concerné par le monde de l’aviation militaire mais qui n’hésite pas à quitter les chemins balisés de l’édition quand un bon sujet se présente.

 Un tome 3 est déjà prévu: « Convois de l’Arctique »

 Un bel album au prix de vente plus élevé que d’ordinaire en raison de la présence d’un volumineux dossier historique réalisé par Luc Braeuer et consacré aux U-Boote de Lorient, la base des « as ».
L’auteur retrace l’histoire de cette base de Lorient qui a vu passer pas moins de 203 u-Boote en quatre ans. Ses hôtes ont mené les 7 missions de combat les plus létales du conflit.

Mais les Allemands vont commettre l’erreur de se reposer sur leurs lauriers et sous-estimer lourdement  les capacités de leurs adversaires. Comme le souligne Luc Braeuer, « l’amiral Donitz est loin de se douter des possibilités gigantesques des chantiers navals américains. (…) Pendant la seule année de 1942, l’industrie des Etats-Unis réussira ainsi l’exploit de construire l’équivalent de 8 millions de tonnes de bateaux. »

Le supplément historique est illustré de nombreux clichés d’époque, dont ceux d’équipages qui n’ont pas connu la fin de la guerre. Il met aussi en lumière les lacunes existantes dans le camp allié et qui offrirent aux Allemands des cibles faciles. Chassés des côtes atlantiques européennes, les U-boote sont partis chasser le long des côtes américaines et ont profité des erreurs initiales des forces américaines. Ce sera l’opération Paukenschlag, la dernière période de succès avant la mise en place de tactiques alliées qui décimeront les flottes ennemies.

 Philippe Degouy

 “U-47. Tome 2. Le survivant. Scénario de Mark Jennison. Dessins de Gerardo Balsa. Editions Zéphyr. 20.00 euros. 89 pages.

 Couverture: éditions Zéphyr

Posté le 18 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Snoopy. Les trésors du chien le plus célèbre du monde »

Avec Rintintin, Milou ou Rantanplan, Snoopy fait partie des chiens les plus connus de la BD. Il était donc juste de lui rendre hommage. À lui mais également à son père Charles M. Schulz, que l’auteur de cet ouvrage, Nat Gertler, présente comme « l’un des meilleurs auteurs de comics trips de tous les temps. »
Un homme, un père de famille, qui était persuadé que son rôle était d’aider la presse à se vendre avec ses dessins.  Publiés par sept quotidiens en 1950, les dessins de Snoopy étaient publiés dans quelque 2.600 journaux lors de la disparition de Charles M. Schulz en 2000.

SnoopyCe beau livre replonge le lecteur dans les délices de l’enfance, ces années d’insouciance. L’auteur, spécialiste du sujet avec une bibliothèque personnelle de plus de 1000 ouvrages consacrés à l’univers de Snoopy, connaît son sujet et les moyens de le faire découvrir de la plus belle des manières. Les anecdotes sont nombreuses, comme les crayonnés inédits, les documents d’archive et les reproductions qui parsèment l’ouvrage. Plus qu’un livre, il s’agit d’un coffre aux trésors, qu’il faut découvrir peu à peu.
Contrairement aux apparences, cet univers n’est pas enfantin. L’auteur s’en explique : « si Snoopy met en scène des enfants, Charles M. Schulz a toujours considéré que son  véritable public était adulte. Mais les thèmes philosophiques abordés par la bande dessinée n’empêchèrent jamais les enfants de l’apprécier. » A tel point que Snoopy et ses amis furent utilisés pour servir d’outil éducatif pour expliquer aux enfants certaines maladies, la nécessité de respecter l’environnement ou les besoins d’une mixité raciale dans la société américaine. Au fil des pages sont aussi présentés les objets dérivés, les adaptations en dessin animé ou au cinéma sans oublier les liens étroits qui existent entre la bd et le monde de la pub.

Par ailleurs , on connaît bien entendu le célèbre dessin de Snoopy en tenue de pilote sur le toit de sa niche. Mais le meilleur ami de l’homme fut aussi envoyé dans l’espace. Avec l’astronaute Michael J. Massimino qui a volé avec une petite poupée Snoopy. Un chien devenu synonyme de récompense au sein de la Nasa où naquit le Silver Snoopy award, remis « à ceux qui ont largement contribué à la sécurité d’un vol spatial ».

Ce joli coffret publié aux éditions Michel Lafon est présenté par la fille du créateur de Snoopy, Amy Schulz Johnson.
Sa préface peut également faire office de conclusion à ce voyage artistique : « mon père pensait qu’il était né pour dessiner son comics trip et ses fans le considèrent comme un génie. Je pense que c’est pour sa capacité à créer des personnages aussi attachants que s’ils étaient réels et à dessiner pendant cinquante ans des strips qui ont trouvé une résonance dans la vie de millions de lecteurs. » À tel point qu’il est devenu bien plus qu’un dessinateur, un artiste reconnu par les critiques d’art. En 1990, il est devenu le premier dessinateur américain de BD à être invité  au Louvre pour une rétrospective.

Charles M. Shulz est mort en 2000. Et si c’était sa mort, le bug tant redouté ? « Charlie Brown, Snoopy, Linus, Lucy…How I can ever forget them”, le verso de la médaille du Congrès  octroyée à l’auteur de plus de 18.000 strips. La presse américaine peut lui dire merci.

 Philippe Degouy

 “Snoopy. Les trésors du chien le plus célèbre du monde”. Par Nat Gertler. 66 pages. 25 euros environ. Editions Michel Lafon

 Couverture : éditions Michel Lafon

Posté le 18 janvier 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Buck Danny. Intégrale T.4 » (BD)

Piochée dans le trésor éditorial des éditions Dupuis, la série Buck Danny mérite une redécouverte.
Pour son réalisme et son rôle joué dans le déclenchement de carrières de pilotes, inspirés par cette série d’aviation développée par le tandem Charlier/Hubinon.
Dupuis propose le quatrième tome de cette saga qui possède le charme de ces vieux films, vus et revus avec le même plaisir.

IntégralebuckdannyCe volume qui regroupe quatre classiques de la saga - « Avions sans pilotes », « Ciel de Corée », « Un avion n’est pas rentré » et « Patrouille à l’aube » -marque un jalon important dans la saga. Buck Danny est nommé colonel à la fin du diptyque coréen et dans « Un avion n’est pas rentré », il retourne à ses premières amours : l’aéronavale. Accompagné cette fois de ses équipiers Tumbler et Tuckson.  

 Dans ce quatrième tome, le trio rencontre un ennemi bien plus cruel et implacable que les Mig coréens : la commission de censure française. Cette fameuse Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence. A l’époque, dans les années 50 et 60, les auteurs de BD doivent respecter une série de règles dictées par la Commission. Absurdes mais inévitables sous peine d’être bannis des rayons des librairies. « Le héros est toujours loyal même avec des adversaires déloyaux. Il faut éviter les scènes troubles entre hommes et femmes, les femmes aux tenues ou aux attitudes provocantes. .. » Quelques extraits des conseils à respecter impérativement.
Une tartufferie racontée en détails par Patrick Gaumer dans le dossier d’archives qui accompagne les albums. « Ces interdictions n’étaient pas dénuées d’arrière-pensées politiques et économiques. Dupuis était belge, donc étranger. » Dans cette Commission figuraient en effet plusieurs éditeurs français, heureux de pouvoir mettre des bâtons dans les roues des concurrents. Cqfd.

Pour l’anecdote, « Ciel de Corée «  et « Avions sans pilotes » seront interdits en France jusqu’en …1968.

Philippe Degouy

« Buck Danny. L’intégrale tome 4. » Par Hubinon et Charlier. Editions Dupuis

 Couverture : éditions Dupuis

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