« Reiser. Les années Pilote » (BD)
Quand le journal "Hara-Kiri" se voit frappé de censure en mai 1966, le jeune Reiser rejoint « Pilote » le magazine phare des éditions Dargaud dirigé par René Goscinny. "Hara-Kiri", "Pilote", deux magazines bien différents qui obligent Reiser à répartir ses planches.
Du plus « soft » pour "Pilote" au plus « hard » pour "Hara-Kiri" qui retrouve les kiosques en 1967. Reiser va collaborer aux deux titres de presse. Un numéro d’équilibriste qui n’aura plus sa raison d’être en mars 1972. Poussé dans le dos par la rédaction en chef du magazine "Hara-Kiri", Reiser quitte « Pilote » pour se consacrer exclusivement au magazine « bête et méchant ».
Publié par les éditions Glénat, « Reiser. Les années Pilote » publie les planches d’un auteur de bandes dessinées devenu l’un des symboles de la rébellion au politiquement correct. Un trublion qui aurait peu de chance aujourd’hui de voir ses planches publiées.
Pour celles publiées dans "Pilote", Reiser avait déjà mis de l’eau dans son vin pour les rendre, disons, acceptables par la direction des éditions Dargaud.
Sous le trait appuyé de Reiser, tout le monde en prenait pour son grade. Avec comme cible préférée tout ce qui représentait l’autorité : les flics, l’armée, les patrons. Mais aussi les chasseurs, les cons ou les banquiers.
Classées par années et resituées dans leur contexte politique, les planches de l’anthologie illustrent cette liberté de ton de ces années 60-70 qui n’a plus sa place aujourd’hui.
La nostalgie ou la pollution étaient deux des sujets privilégiés par Reiser. Nombreux sont ses dessins qui dénoncent les ravages commis par l’humain sur la nature. Comme cette planche où un petit gamin et sa pelle évoque le bon vieux temps et dénonce « le tout au béton » dans les villes. « Les squares ne sont plus ce qu’ils étaient. Avant on faisait des trous, des trous. Maintenant, on a 50 cm de terre et toc, on tombe sur le béton du parking souterrain. »
A peine vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Reiser osait évoquer la nostalgie des anciens combattants allemands. Il serait bien difficile de trouver dans l’album une séquence plus incorrecte que cette histoire de rassemblement d’anciens combattants SS qui se disputent sur le nombre de victimes civiles exécutées.
Deux planches d’humour noir, comme l’uniforme des SS de sinistre réputation. Les femmes sont invitées et ne sont pas moins dérangeantes dans leur discours. Comme dans ce dialogue de deux épouses d’anciens nazis: « Et si on dit que votre mari est criminel de guerre ? Je réponds que si un homme ramène sa paye tous les mois à la maison, il n’a pas le droit d’être appelé comme ça. »
Des dessins ravageurs mélangés à des idées de bricolage (comment transformer votre pavillon de banlieue en château ?) ou à des démonstrations absurdes et pseudo-scientifiques comme l’explication des trois heures à attendre après un déjeuner avant de se mettre à l’eau.
Cette anthologie reprend des dessins restés inédits en album. Si vous aimez l’humour au deuxième degré, voire plus, vous serez aux anges.
Comme le souligne Jean-Marc Parisis dans sa préface, « Si Reiser est bien l’enfant d’"Hara-Kiri" et le fils le plus prodigue de "Charlie-hebdo", il a aussi grandi dans "Pilote". »
Philippe Degouy
« Reiser. Les années Pilote ». Editions Glénat. 270 pages.
Couverture : éditions Glénat

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