Posté le 9 février 2012 par Philippe Degouy

« 1944-1945, dans l’enfer de Gouvy-Beho »

La bataille des Ardennes débutée en décembre 1944 n’est pas un sujet très neuf. Soit, mais il révèle encore de multiples anecdotes et des histoires restées inédites. L’ouvrage de Joseph Neysen, préfacé par Roger Marquet, spécialiste du sujet, retrace la confrontation terrible qui a eu lieu au cœur de sa région natale, celle de Gouvy-Beho, située entre Houffalize et St-Vith.
Comme beaucoup de témoins de cette terrible épreuve, Joseph Neysen a tenu a rendre hommage à ces jeunes soldats américains qui ont, pour beaucoup d’entre eux, trouvé une dernière demeure dans les Ardennes belges. Aux Etats-Unis, cette bataille du Saillant (Battle of the Bulge) est aussi connue que la campagne de Normandie. Plus de 500.000 hommes des deux camps ont combattu dans la région sur presque deux mois.

Gouvy-beho-cov-web L’ouvrage de Joseph Neysen (publié aux éditions Weyrich) n’est pas un livre d’Histoire. Mais plutôt un recueil de témoignages illustré d’une centaine de clichés et cartes.

 Né à Gouvy, l’auteur a souhaité donner la parole aux acteurs des multiples affrontements qui ont eu lieu autour de la localité. Le récit, dramatique et vivant, retrace l’ambiance des combats dans toute leur horreur.  Le récit plonge ses lecteurs au cœur de ce terrible mois de décembre 1944 qui réservera un sort peu enviable aux civils pris entre deux feux.
Comme ceux déclenchés par ces duels d’artillerie qui provoquent des crises de folie au sein des réfugiés cachés dans les caves. Marcel Peters, un civil ardennais, témoigne : «nous logions dans la cave où on ne pouvait chauffer les aliments que sur un tout petit poêle. Les adultes dormaient à même le sol et les enfants étaient couchés sur des planches placées sur des tonneaux.  (…) Nous étions calfeutrés dans la cave depuis un mois au moins quand les obus ont commencé à pleuvoir. C’était tellement horrible que, même avec les mains à plat sur les oreilles, nous nous mettions à hurler pour ne pas entendre les explosions. »

 Durant des semaines, les deux camps s’affrontent pour un village, un carrefour, un bois. Avec des pertes effroyables, des combats rapprochés, des prisonniers fusillés sur place, des blessés achevés, amputés ou estropiés par les nombreuses mines. Survivre devient un coup de chance. Comme le souligne un G.I. « dans l’infanterie, le job et les combats sont déjà si durs que mourir semble être la plus grande injustice de ce monde. En tant qu’individu, seul au combat, survivre était simplement une question de chance, car nous avions seulement trois options : être tué, être sérieusement blessé ou survivre jusqu’à la fin de la guerre. C’était une loterie. »

Gouvy-web-4Pour les soldats engagés sur le terrain ardennais, cet hiver 1944-1945 se révèle plus cruel encore que les combats. Un climat qui multiple par deux les difficultés des combats. Ainsi, le nombre de soldats déclarés inaptes au combat atteint une proportion équivalente à la somme des tués et blessés.  « Le G.I risque des engelures et des coups de froid à tout moment. Trop de vêtements, ça le gêne lors des assauts et trop peu, ça le fait grelotter. Le pire avec ce froid c’est que les armes gelées refusent de fonctionner et quand on a besoin d’administrer une seringue de morphine à un blessé, elle est gelée. »

 Alors, encore un ouvrage sur la guerre ? Oui. Mais nécessaire. Pour découvrir des témoignages encore inconnus, mais surtout entretenir le devoir de mémoire. Pour se souvenir des propos du philosophe George Santayana : « ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à la répéter. »

 «Les événements sont inscrits en lettre de sang et resteront gravés en nous de manière indélébile. Il est impossible de raconter d’une façon parfaite l’atmosphère et la terreur qui ont régné en Ardenne pendant ces terribles semaines. L’angoisse et la peur ont dominé toute cette tragédie. » (Cécile Gérard, infirmière en 1944-45)

 Philippe Degouy

 “Gouvy-Beho. Dans les pas des 3e DB, 83e DI, 84e DI. Collection Bataille des Ardennes. Par Joseph Neysen. Editions Weyrich. 336 pages. 26 euros

 Photos : éditions Weyrich

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