«Comment revivre sans Internet après une overdose»
« Depuis quinze ans, chaque année avec de plus en plus d’intensité, je partage ma vie en ligne. Je donne et je reçois du bonheur. Je ne suis jamais seul. Je dois tout au Net. »
L’auteur, Thierry Crouzet est un spécialiste des nouvelles technologies. Depuis des lustres, le Net n’a plus aucun secret pour lui et ses blogs sont lus par un public fidèle. Il s’est habitué au succès. Et il en veut encore et encore. Mais le corps ne suit plus et le conduit au service des urgences. Crise cardiaque? Non, juste une grosse fatigue provoquée par un excès d’internet. La surprise est grande. «Peut-on être addict au Net comme à une vulgaire drogue ?» Inconcevable, mais pourtant … Le sevrage est indispensable, au risque de passer l’arme à gauche. «J’admets que je dois changer de vie. Je ne suis jamais au repos. Je suis accro. Cette technologie imaginée pour nous aider à mieux communiquer a fini par me transformer en toxicomane. Je ne contrôle plus rien, consumé par ce qui m’a nourri. Je dois me réapproprier ma vie, ne plus la subordonner aux messages qui déferlent sur moi. Personne avant nous n’a vécu avec Internet. Personne ne peut nous guider.»
Comme un drogué qui possède encore une ultime pointe de lucidité, Thierry Crouzet décide d’entamer une cure. Radicale : couper les liens virtuels pendant six mois. Autant dire une éternité pour un geek. Une addiction pernicieuse, car sans symptômes physiques. «Je découvre soudain que pour les gens, je suis celui qui passe sa vie en ligne. Un animal de foire que personne ne prend au sérieux.»
Ce livre, « J’ai débranché » (paru aux éditions Fayard), relate cette cure sous la forme d’un roman, d’un carnet de bord. Mois après mois. Drôle mais avec cet humour qui déclenche ce rire jaune. Car Thierry Crouzet, c’est vous ! C’est moi ! C’est nous ! Tous plus ou moins englués dans ce monde virtuel qui nous entoure et qui nous coupe des plaisirs de la vie. Bien réels. Nous suivons donc avec intérêt cette désintoxication, en futures victimes de ce Net qui coule sur nos vies inquiètes. Un ouvrage qui n'est pas une attaque contre le Net, mais qui dénonce sa mauvaise utilisation.
Une déconnexion du village global qui provoque des crises d’angoisse, des peurs existentielles. Comme l’explique l’auteur : «vivre en déconnecté ne me déplaît pas. Cet état végétatif me convient. Mais je vois un danger : me replier sur moi-même, finir par ne plus parler à personne.»
Sans mail, sans blog, le «malade» redécouvre peu à peu les petits bonheurs du quotidien, de la vie en famille.
Puis, un jour, il se reconnecte. Pour voir.
«Je me suis reconnecté mais avec un régime drastique. Au diable les dévoreurs de temps, les mails inutiles. Expéditeur indésirable. Désabonnez-moi. Je ne veux plus être dérangé, dépouillé de mon temps, arraché aux beautés avec lesquelles j’ai choisi de vivre. Le contrôle exige de la discipline. J’espère que je m’y tiendrai.» Nous aussi.
Philippe Degouy
« J’ai débranché. Comment revivre sans Internet après une overdose. » Par Thierry Crouzet. Éditions Fayard. 18 euros. 308 pages.
Couverture : éditions Fayard

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